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PCF

sigle de parti communiste français

Henri Barbusse
Henri Barbusse

Parti politique français formé en décembre 1920 au congrès de Tours sous le nom de « section française de l'Internationale communiste » à la suite de la scission provoquée par le vote de la grande majorité des socialistes appartenant à la SFIO.

1. Naissance d'un parti révolutionnaire de type nouveau

1.1. L'adhésion à l'Internationale communiste

Le PCF naît le 29 décembre 1920 au congrès de Tours, lorsque la section française de l'Internationale communiste (SFIO), par 3 252 mandants sur 4 763, décide d'adhérer à l'Internationale communiste (IC) fondée à Moscou en mars 1919.

À l'origine de cette décision de la majorité des socialistes français, il y a la condamnation de l'attitude de leur parti durant la Première Guerre mondiale (acceptation et justification de la guerre en dépit des résolutions de congrès antérieurs à 1914, participation aux ministères d'Union sacrée) et l'attrait de la révolution russe de 1917.

Il se produit alors, dans un contexte de révolutions en Europe et de grands mouvements sociaux en France (grèves de 1919-1920), une radicalisation du parti socialiste : la tendance de gauche, dite du Comité de la IIIe Internationale (Fernand Loriot, Boris Souvarine, Paul Vaillant-Couturier), recevant l'appui décisif de la majorité du centre (→ Ludovic Oscar Frossard, secrétaire général du parti et Marcel Cachin, directeur de l'Humanité).

En adhérant à l'Internationale communiste, le parti socialiste s'engage à accepter les « 21 conditions » qui doivent faire de lui un parti révolutionnaire de type nouveau, solidaire des Républiques soviétiques et des « mouvements libérateurs des colonies ». Les principaux leaders du PCF participent aux instances de l'IC et sont quelquefois envoyés par elle comme délégués auprès des autres partis communistes (Jacques Doriot en Chine, Jacques Duclos et Octave Rabaté en Espagne). En retour, des représentants permanents de l'IC résident en France et jouent un rôle important auprès du PCF, comme le Suisse Jules Humbert-Droz dans les années 1920 ou le Tchèque Evžen Fried (dit Clément) dans les années 1930.

1.2. Les années 1920 : premières difficultés

À la différence de la plupart des partis qui adhèrent à l'Internationale communiste, le PCF est un parti nationalement implanté, de près de 110 000 adhérents. Pourtant, en une dizaine d'années, il perd ce capital initial et se retrouve très affaibli vers 1930-1932 (30 000 adhérents). Durant cette période, les difficultés qui assaillent le nouveau parti sont diverses :
– application d'une stratégie révolutionnaire (mot d'ordre de « Tout le pouvoir aux soviets ») à une situation politique qui ne l'est pas ;
– ralliement à l'IC d'ordre sentimental chez beaucoup d'adhérents ou de pure forme chez certains dirigeants ;
– âpreté des conflits de tendances (en 1922, l'affrontement entre la direction du parti et la gauche, soutenue par l'IC, se solde par la démission du secrétaire général Frossard ; en 1924, Boris Souvarine est exclu) ;
– autoritarisme des directions qui réclament des adhérents une obéissance absolue (en 1923-1924, avec Albert Treint, secrétaire général, ou en 1929-1931, avec Henri Barbé et Pierre Célor, en l'absence des deux autres secrétaires, Benoît Frachon, en prison, puis Maurice Thorez, dans la clandestinité) ;
– décisions imposées par l'IC et mal acceptées par le parti (le « front unique » en 1922, la tactique « classe contre classe » en 1927-1928) ;
– vigueur de la répression gouvernementale (arrestations de militants et de dirigeants pour leur opposition à l'occupation de la Ruhr en 1923, à la guerre du Rif en 1925, ou pour leur participation à la journée du 1er août 1929 contre la guerre) et de la répression patronale (licenciement des militants).

Si les effectifs du parti s'effondrent, l'électorat résiste mieux : 876 000 en 1924 (10 % des sufffrages exprimés) ; 1 064 000 et 11 % en 1928 ; 795 000 et 8 % en 1932. Des adhérents et des dirigeants de la première heure, attachés au socialisme parlementaire, quittent le parti, mais ils sont partiellement remplacés par de nouveaux adhérents, venant notamment du syndicalisme révolutionnaire (Haston Monmousseau en 1923).

La « bolchevisation » du PCF

Parallèlement, en 1925, s'opère la « bolchevisation », c'est-à-dire une profonde transformation du parti au niveau :
– de l'idéologie (adoption du marxisme-léninisme),
– de l'organisation (centralisme démocratique et création de cellules sur les lieux de travail),
– de la place prépondérante accordée aux ouvriers à tous les échelons de la hiérarchie (pour la première fois, en 1924, un ouvrier, Pierre Semard, devient secrétaire général et le demeure jusqu'en 1929),
– et de la pratique politique (les militants doivent être des propagandistes et des agitateurs capables d'organiser les « luttes de masse »).

Au début des années 1930, le PCF est inégalement implanté, mais il occupe de bonnes positions dans la banlieue parisienne et dans quelques départements des bordures du Massif central, dans le Nord, l'Est et sur la côte méditerranéenne. Il attire à lui des intellectuels (→ Henri Barbusse, Aragon, Éluard, et, pour un temps, André Breton).

2. De l'antifascisme à la Résistance

2.1. Le PCF en lutte contre le fascisme dans l'entre-deux-guerres

Sans cesser de s'affirmer comme un parti soucieux de défendre d'une façon privilégiée les revendications ouvrières, le PCF place son activité, du début des années 1930 au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, sous le signe de l'antifascisme.

Le tournant, pris entre 1932 et 1934, est lié à plusieurs éléments :
– l'existence d'une grave crise économique et sociale ;
– la menace fasciste en France (agitation des ligues) et en Europe (arrivée d'Hitler au pouvoir en janvier 1933) ;
– l'avènement d'une nouvelle équipe de dirigeants mise en place par l'Internationale (Maurice Thorez, secrétaire général depuis juillet 1930, assisté de Frachon, Duclos, A. Vassart et Marcel Gitton).

Dès 1932, Henri Barbusse et Romain Rolland, soutenus par le PCF, lancent le Mouvement contre la guerre et le fascisme (Mouvement Amsterdam-Pleyel). La journée du 6 février 1934 accélère le processus.

En juin 1934, Thorez précise que le choix n'est plus entre « république bourgeoise » et « république des soviets », mais entre fascisme et démocratie. L'idée d'un accord au sommet avec le parti socialiste est maintenant admise. Au sein de la SFIO, qui a perdu son aile droite en 1933, une évolution se fait jour, et, le 27 juillet 1934, naît le pacte d'unité d'action antifasciste communiste-socialiste.

2.2. Le PCF et le Front populaire

Thorez va plus loin et, le 26 octobre 1934, s'adressant aux radicaux, il propose la création – « face au front de la réaction et du fascisme » – d'un « front populaire de la liberté, du travail et de la paix ». La politique d'ouverture communiste s'étend en direction des catholiques (la « main tendue »). Pour le PCF, le Front populaire est une alliance politique antifasciste, mais non une coalition révolutionnaire. Le parti joue un rôle important de rassembleur de 1934 à 1936 et, en mai 1936, lors des élections législatives, il augmente le nombre de ses électeurs (1 487 000 suffrages et 15 % de l'ensemble électoral) et de ses députés (de 11 à 72).

Mais il ne peut faire triompher, auprès de ses partenaires socialistes et radicaux, sa conception du Front populaire (comités de base devant conforter l'alliance électorale). Favorables aux grèves de mai-juin, les communistes estiment cependant que « tout n'est pas possible ». Ils soutiennent l'action du gouvernement Blum, auquel ils ont refusé de participer, mais désapprouvent les mesures qu'ils estiment contraires à l'esprit du Front populaire (non-intervention en Espagne, dévaluation du franc, « pause » sociale). Parallèlement, leur influence progresse : plus de 300 000 adhérents en 1937.

Pour aider les républicains espagnols, le PCF organise l'envoi de Brigades internationales en Espagne (→ guerre civile d'Espagne). Contre la politique extérieure de Hitler, il préconise un « Front français » et est le seul à condamner, en tant que parti, les accords de Munich (septembre 1938).

2.3. Dans la clandestinité pendant la Seconde Guerre mondiale

Politiquement isolé, accusé de bellicisme vis-à-vis de l'Allemagne, le PCF envisage dès la fin de 1938 la possibilité de se dissoudre (mais la dissolution n'interviendra que dix mois plus tard, le 26 septembre 1939). Malgré le vote des crédits de guerre par ses députés, le 2 septembre, le gouvernement Daladier lui reproche son refus de désavouer l'URSS, qui a signé le 23 août 1939 un pacte de non-agression avec l'Allemagne (→ pacte germano-soviétique). Ses militants arrêtés, sa presse interdite, le PCF s'organise clandestinement avec beaucoup de difficulté.

À la fin de 1939, il fait sienne l'orientation de l'Internationale communiste dénonçant la guerre comme « impérialiste » des deux côtés. Son action clandestine est alors essentiellement dirigée contre le gouvernement de Vichy et en faveur des revendications ouvrières.

Mais dès 1940, nombre de militants agissent contre l'ennemi. Le 25 mai 1941, le PCF crée le Front national contre l'occupant hitlérien et le gouvernement de Vichy. Dirigé par Duclos et Frachon (Thorez ayant gagné l'URSS dès 1940), le PCF prend une part de plus en plus active à la Résistance. En août 1941, il lance ses premières actions armées contre l'occupant. Au début de 1942, il fonde les Francs-Tireurs et Partisans français (FTPF), dirigés par Charles Tillon, qui prennent la suite de l'Organisation spéciale (OS) née en décembre 1940.

En mai 1943, le PCF et le Front national participent à la constitution du Conseil national de la Résistance (CNR) : le communiste Pierre Villon, représentant du Front national, en préside le bureau permanent chargé d'élaborer le programme de la Commission d'action ou Comac. Deux communistes entrent au Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) constitué par le général de Gaulle. Durant l'été 1944, le PCF défend l'idée d'une insurrection populaire généralisée d'où sortira, en liaison avec les troupes alliées débarquées en Normandie puis en Provence, la libération du pays.

Pour en savoir plus, voir l'article IIIe République.

3. De la Libération à l'avènement de la Ve République

3.1. Le premier parti de France

La France libérée, en août 1944, le PCF lance le mot d'ordre : « S'unir, combattre, travailler ». Pour lui, la lutte antifasciste doit se poursuivre contre l'Allemagne nazie. Rejetant toute idée de prise du pouvoir révolutionnaire, il joue la carte de la légalité et accepte la dissolution des milices patriotiques (octobre 1944-janvier 1945).

Sa participation active à la Résistance et le prestige international de l'URSS au sortir de la guerre lui valent d'importants succès électoraux : 26 % des voix en octobre 1945 ; 26,2 % en juin 1946 ; 28,6 %, 5 489 000 voix et 169 députés en novembre 1946. Il est alors le premier parti de France et compte plus de 800 000 adhérents.

Tandis que Thorez devient vice-président du Conseil, des intellectuels de renom apportent leur adhésion au PCF : Frédéric Joliot-Curie, Paul Langevin, Pablo Picasso et Henri Wallon. Au gouvernement, les ministres prennent une part importante à l'élaboration du statut de la fonction publique (Thorez) et de la Sécurité sociale (Ambroise Croizat). Mais ils condamnent le blocage des salaires, le plan Marshall et les opérations militaires menées en Indochine. Le 4 mai 1947, le président du Conseil, Ramadier, révoque les ministres communistes.

3.2. L'isolement du PCF et la désunion de la gauche

Alors commence une période d'une quinzaine d'années environ, marquée par l'isolement du PCF et par la désunion de la gauche. Le PCF porte en effet sur la situation nationale et internationale des appréciations opposées à celles des autres partis français, y compris du parti socialiste.

Contre le « camp impérialiste »

Pour lui, comme pour les autres partis communistes membres du Kominform (1947-1956), le monde se divise en deux camps : un « camp impérialiste », dirigé par les États-Unis, qui cherche à conserver sa domination dans le monde ; un « camp anti-impérialiste et démocratique », dans lequel se trouvent les communistes du monde entier qui reconnaissent à l'URSS et au parti communiste de l'Union soviétique (PCUS) un rôle prééminent. Cette vision du monde explique ses prises de positions hostiles aux guerres d'Indochine, puis d'Algérie, au pacte Atlantique, au réarmement de l'Allemagne de l'Ouest et à la mise en place des institutions européennes.

Une forte action militante mais un recul des adhérents

Les communistes déploient alors leur puissance militante dans des manifestations de masse, dans la création du Mouvement de la paix (1948), dans la campagne en faveur de l'appel de Stockholm (1950), en même temps que, soucieux de maintenir des liens étroits avec le milieu ouvrier, ils apportent leur soutien aux grandes grèves dirigées par la CGT (1947, 1948 1953).

Ces actions et ces prises de position leur valent de maintenir leur influence électorale (25,6 % des voix en 1956). En revanche, les problèmes internes du mouvement communiste international et l'isolement du parti en France, provoquent un recul du nombre de ses adhérents : perte de 50 % de 1945 à 1956. En effet, l'approbation sans nuances de tous les aspects de la politique de l'URSS et des démocraties populaires en matière intérieure n'est pas sans poser de problèmes parmi les militants. D'autre part, à diverses reprises, la direction du PCF connaît de graves problèmes (maladie et éloignement de Thorez de 1950 à 1953), affaire Marty-Tillon en 1952-1953, exclusions d'Auguste Lecœur et de Pierre Hervé en 1955).

1958 : chute de son électorat et de ses élus

En mai-juin 1958, le PCF tente de s'opposer au retour du général de Gaulle, et, en septembre, il appelle à voter « non » au référendum qui appelle la Ve République. Ses prises de position vont à contre-courant d'une large partie de l'opinion et, en novembre 1958, lors des législatives, une importante fraction de son électorat l'abandonne (19 % des voix), l'établissement du scrutin d'arrondissement abaissant le nombre de ses députés à 10.

Pour en savoir plus, voir l'article guerre froide.

4. Une longue mutation politique

Entre 1959 et 1972, le PCF élabore une nouvelle stratégie politique. Il s'agit pour lui, grâce à l'Union de la gauche, de parvenir pacifiquement à une société socialiste « à la française ». (→ France : vie politique depuis 1958.)

4.1. Un « socialisme aux couleurs de la France »

L'appel lancé par le XVe congrès du PCF (1959) – s'il n'est pas suivi d'effets immédiats – inaugure pourtant une mutation politique d'envergure qui, étalée sur plusieurs années, sera marquée par des orientations nouvelles fondamentales :
– rejet de l'idée de Staline selon laquelle l'existence d'un parti unique serait une condition obligatoire du passage au socialisme (1963) ;
– recherche d'une transition pacifique du capitalisme au socialisme (Manifeste de Champigny, 1968) ;
– abandon du modèle de société soviétique et recherche d'un « socialisme aux couleurs de la France » (XXIe congrès, 1974) ;
– rejet de la thèse de la dictature du prolétariat (XXIIe congrès, 1976).

À partir de 1966 (Comité central d'Argenteuil), le PCF se défend d'intervenir dans les domaines artistique et littéraire. Il prend peu à peu ses distances vis-à-vis de certains aspects de la politique soviétique ou d'États s'inspirant étroitement de son modèle de société : « réprobation », puis « désapprobation » de l'intervention des militaire des armées du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie (1968). Sur ces problèmes, l'évolution du PCF rejoint celle des partis communistes d'Italie et d'Espagne (→ eurocommunisme).

4.2. Rapprochement avec d'autres formations de la gauche

Parallèlement, le PCF engage le dialogue avec les autres formations de la gauche. Ce rapprochement est marqué par le retrait de certains candidats communistes, arrivés en tête de la gauche, au profit de candidats socialistes ou membres de la Convention des institutions républicaines aux élections législatives de 1962 et 1967, et par le soutien apporté à François Mitterrand dès le premier tour des élections présidentielles de 1965, puis de 1974.

Lors du grand mouvement social de mai 1968, les militants du PCF s'engagent en faveur des revendications salariales, mais condamnent ce qu'ils dénomment « gauchisme » et « aventurisme ». Aux élections législatives de juin 1968, le PCF régresse, comme les autres formations de gauche, et n'obtient que 20 % des voix contre 21,8 % en 1962 et 22,5 % en 1967. À l'élection présidentielle de 1969, il présente un candidat, Jacques Duclos, qui obtient 22 % des voix.

En 1971, il appelle à voter contre l'élargissement du Marché commun à la Grande-Bretagne. Après l'accession de Thorez à la présidence du parti en mai 1964, puis sa mort, en juillet de la même année, la mise en œuvre de cette politique est le fait de Waldeck Rochet, secrétaire général du parti de 1964 à 1972, mais écarté par la maladie dès 1970, puis de Georges Marchais, secrétaire adjoint de 1970 à 1972 et secrétaire général depuis cette date.

4.3. Heurs et malheurs de l'alliance avec le parti socialiste

Après 1969, les négociations reprennent avec le nouveau parti socialiste (PS).

Le temps du « programme commun »

Le 27 juin 1972, les deux partis adoptent un programme commun de gouvernement. Le PCF met alors essentiellement l'accent sur le type de société que devrait instaurer la réalisation du programme défini comme « une forme de transition vers le socialisme ».

Cependant, cet accord ne permet pas à la gauche de l'emporter aux élections législatives de 1973 ni à la présidentielle de 1974. D'autre part, tandis que le PS progresse en voix, le PCF stagne ou recule aux législatives de 1973 (21,3 %), à diverses élections partielles, notamment en 1976, et aux élections législatives de 1978 (20,6 %). Il régresse dans certains de ses fiefs ouvriers traditionnels (banlieue parisienne). L'ampleur de sa mutation (distances prises à l'égard de l'URSS et alliance étroite avec le parti socialiste) désoriente une partie de ses adhérents et de son électorat. Néanmoins, le nombre de ses adhérents augmente (630 000 en 1978) et, aux élections municipales de 1977, il obtient des gains importants.

Mais la détérioration des relations avec le PS, qui en fait a commencé en 1974, aboutit à la rupture de septembre 1977 sur la réactualisation du programme commun. Le PCF reproche au PS un « virage à droite ».

Les divergences avec le PS

Après les élections de 1978, au cours desquelles le PCF perd sa place de premier parti de la gauche, les divergences s'approfondissent entre les deux partis sur l'interprétation de la crise économique (le PCF conteste qu'elle soit due en priorité à des causes externes), sur le bilan des pays socialistes (jugé « globalement positif »), sur la politique internationale et sur l'intervention soviétique en Afghanistan (fin 1979 et début 1980), que les communistes ne désapprouvent pas.

Certaines prises de position du PCF troublent une autre partie de ses adhérents et des électeurs (des défections se produisent notamment chez les intellectuels).

Lors du XXIIIe congrès (1979), le PCF se rallie au concept du « socialisme autogestionnaire », mais, en même temps, l'accent est mis sur les réalisations économiques et sociales des États socialistes, et la validité de leur politique extérieure est affirmée.

5. Le déclin

À partir des années 1980, le PCF semble entrer dans un déclin irrémédiable.

5.1. Une perte inexorable de suffrages

Au premier tour de l'élection présidentielle du 26 avril 1981, Georges Marchais obtient 15,34 % des suffrages exprimés ; au second tour, le parti soutient le socialiste François Mitterrand et, lors des élections législatives de juin, il applique des accords de désistement conclus avec le parti socialiste.

Le PCF contribue à la spectaculaire victoire du PS, mais recule encore par rapport aux élections de 1978 ; il n'obtient que 16,17 % des suffrages au premier tour et ne retrouve que 44 sièges sur 86. Toutefois, un accord conclu avec le PS permet l'entrée de quatre ministres communistes dans le gouvernement Mauroy, formé en juin 1981. Les élections municipales de mars 1983 et les européennes de juin 1984 (11 % des voix) confirment son affaiblissement.

En juillet 1984, les communistes décident de ne pas participer au gouvernement formé par Laurent Fabius. L'hémorragie électorale s'accentue pourtant : moins de 10 % des voix aux élections législatives de 1986, à peine plus plus à celles de 1988, l'étiage est atteint avec les 6,75 % d'André Lajoinie à l'élection présidentielle de 1988.

Précédé dès les années 1970 par l'effondrement du marxisme, le déclin politique frappe l'appareil militant, les relais syndicaux, les réseaux de socialisation et entraîne avec lui, la dislocation de toute une culture de contre-société. Ni la perestroïka soviétique, ni la chute des régimes de l'Europe de l'Est, ni même la mobilisation pacifiste contre la guerre du Golfe ne viennent enrayer ce reflux. Au contraire, la direction du PCF, adossée à une CGT elle-même affaiblie, repliée sur la défense des secteurs les plus défavorisés (chômeurs, immigrés, industries et régions en crise), abandonne définitivement en 1985 la stratégie d'union de la gauche et durcit son attitude à l'égard des socialistes, au point de voter avec la droite une motion de censure en novembre 1990.

5.2. Entre crises et rénovation

Par réaction, les dissidences qui se succèdent et se multiplient contribuent à aggraver la crise. Après le schisme d'André Fiszbin à la fin des années 1970, et celui de Pierre Juquin, chef de file des rénovateurs, exclu après sa candidature à la présidentielle de 1988, la fronde pénètre l'appareil lui-même : responsables fédéraux, maires de grandes villes et surtout anciens ministres communistes qui, autour de Charles Fiterman (il quittera le parti en janvier 1995), animent la tendance dite des « refondateurs ». Ce courant obtient une sorte de reconnaissance implicite au XXVIIe congrès du PCF en décembre 1990.

La tendance à la marginalisation du parti se confirme aux élections européennes de juin 1989 et aux élections régionales et cantonales de mars 1992 (7 à 8 % des voix). Pourtant, aux législatives de mars 1992, le PCF – dans un contexte global d'effondrement de la gauche – résiste relativement bien : avec un peu plus de 9 % des voix, il conserve un groupe parlementaire de 23 députés.

En 1994, Robert Hue succède à G. Marchais à la tête du PCF (avec le titre de secrétaire national, qui remplace celui de secrétaire général). Sous son impulsion le parti s'engage sur la voie de la rénovation en abandonnant le principe du centralisme démocratique et participe au gouvernement de cohabitation de Lionel Jospin (1997-2002). Lors du XXXIe congrès du parti (2001), de nouveaux statuts sont adoptés qui permettent d'élire Marie-George Buffet au poste de secrétaire nationale et R. Hue à celui de président.

Ces réformes institutionnelles, pas plus que l'esprit d'ouverture manifesté par R. Hue, ne parviennent à convaincre les militants et encore moins les électeurs du parti. Avec seulement 3,37 % des voix recueillis au premier tour de l'élection présidentielle de 2002 par R. Hue, le PCF est dépassé par les Verts, Lutte ouvrière, la Ligue communiste révolutionnaire, ainsi que par un nouveau concurrent – le Front national (FN) – qui lui ravit une partie de ses électeurs dans la classe ouvrière. Faute d'avoir atteint le seuil des 5 % qui assure le remboursement public des dépenses de campagne, le parti subit une crise politique et une crise financière sans précédent.

Le déclin du PCF est confirmé lors des élections législatives de juin, au cours desquelles le parti n'obtient que 4,91 % des suffrages exprimés ; il parvient cependant à maintenir un groupe de 21 députés à l'Assemblée, mais R. Hue n'est pas réélu. En 2003, ce dernier quitte la présidence du parti.

5.3. Au bord de la disparition

Désormais sous la seule conduite de sa secrétaire nationale, M.-G. Buffet, le PCF enregistre une amorce de redressement, perceptible dès les élections régionales de mars 2004, à l'occasion desquelles il présente ses candidats sur des listes d'alliance avec le PS. En revanche, il voit son score s'effriter lors des élections européennes du 13 juin, ne recueillant que 5,25 % des voix et 2 sièges (contre 6,78 % et 6 sièges en 1999).

Après avoir participé en mai 2004 à la fondation du parti de la Gauche européenne, le PCF mène une active campagne en faveur du « non » dans le cadre du référendum sur le traité constitutionnel européen prévu pour le 29 mai 2005.

Candidate du PCF et d'un « rassemblement populaire et antilibéral » à l'élection présidentielle de 2007, mais dans l'incapacité de réunir derrière son nom l'ensemble des forces d'extrême gauche, M.-G. Buffet ne recueille que 1,93 % des suffrages, le score le plus bas jamais réalisé par le parti.

Avec 4,29 % des voix au premier tour des législatives de juin 2007, celui-ci semble même menacé de quasi-disparition parlementaire. Mais à l'issue du second tour, il parvient à envoyer à l'Assemblée 18 députés en incluant apparentés et dissidents. Il reste que, pour la première fois depuis 1945, il n'est pas en état de former un groupe à lui seul et doit s'allier aux 4 députés Verts et à 2 élus d'outre-mer pour composer la Gauche démocrate et républicaine.

Les élections municipales de mars 2008 attestent le maintien du communisme municipal : le parti ne perd que peu des primaires imposées en de nombreux endroits par le PS. Au total, comme en 2004, ses représentants sont portés à la tête de 28 villes de plus de 30 000 habitants ; en outre, à l’échelle nationale, notamment là où prévalent les listes d’union, ils tirent les bénéfices de la nette poussée de la gauche.

Le résultat des cantonales qui se tiennent en parallèle est du même ordre : le contrôle de la Seine-Saint-Denis est ravi par le PS, mais le PCF conserve le Val-de-Marne et reprend à l’Union pour un mouvement populaire (UMP) l’Allier.

6. Le PCF au sein du Front de gauche (2009-2016)

Rejetant la stricte autonomie prônée par les orthodoxes, le PCF s'allie pour les élections européennes de juin 2009 au parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, récemment créé, ainsi qu’à quelques transfuges du Nouveau parti anticapitaliste (NPA, ex-Ligue communiste révolutionnaire), partisans de la tactique de l’unité à l’extrême gauche. L'alliance électorale ainsi scellée constitue le « front de gauche pour une autre Europe démocratique et sociale, contre la ratification du traité de Lisbonne et les traités européens actuels ».

6.1. Une option contestée, des résultats contrastés

Au sein du Front de gauche, le PCF remporte près de 6,5 % des voix et conserve ses 2 élus. Il reconduit cette alliance dans le cadre des régionales de mars 2010 : le Front de gauche obtient 6,1 % des suffrages au premier tour et fait élire quelque 125 conseillers au second après accords et fusions avec les listes emmenés par le PS. L'analyse des résultats ravive toutefois la fracture entre orthodoxes et rénovateurs : son score en Limousin où il se maintient le 21 mars (19,1 %) donne du grain à moudre aux premiers, tandis que les seconds observent d'une part que, du fait d'une triangulaire avec les socialistes, le parti perd le contrôle de La Réunion, passée à droite, et d'autre part, qu’avec 95 élus étiquetés communistes, il voit fondre de près de moitié les effectifs de sa représentation territoriale. C’est cependant un de ses membres, Dominique Bucchini, qui prend la tête de l’Assemblée nationale de Corse après le basculement de l’île à gauche.

En juin 2010, Pierre Laurent, ex-rédacteur en chef de L'Humanité et bras droit de M.-G. Buffet, lui succède au poste de secrétaire national du parti. Ce dernier enregistre, au même moment, la démission de quelque 200 refondateurs – comme Patrick Braouezec, François Asensi, Jacqueline Fraysse et Pierre Zarka – partis rejoindre la Fédération pour une alternative sociale et écologique (FASE), créée en octobre 2008 et désormais intégrée au parti de Gauche.

6.2. L'amorce d'une consolidation ?

C'est donc en panne de militants et de relais, en quête de popularité et de stratégie, que le PCF fête son 90e anniversaire à la fin de l'année 2010. L'alliance électorale avec le parti de Gauche est néanmoins maintenue. Or le Front de gauche remporte près de 9 % des voix au premier tour des cantonales de mars 2011, et 5 % au second, permettant finalement aux communistes de consolider leur implantation locale, de conserver le contrôle du Val-de-Marne et de l'Allier, et d'enlever 8 sièges supplémentaires de conseillers généraux.

En juin, l'appareil avalise la candidature commune de J.-L. Mélenchon à la présidentielle de 2012, moyennant un accord pour les prochaines législatives prévoyant de réserver au parti 75 % des circonscriptions. Aussitôt consultés, les militants se prononcent également à près de 60 % en faveur de cet arrangement.

Le score à deux chiffres réalisé par J.-L. Mélenchon au soir du premier tour le 22 avril 2012 fait renouer le parti avec un passé trentenaire mais demeure éloigné des attentes que la dynamique de la campagne avait pu laisser, in fine, espérer. Absent du nouveau gouvernement Ayrault et amené par le parti de Gauche à rejeter tout accord avec le PS et EE-LV en vue des législatives de juin, le PCF voit alors ses rangs fondre à l’Assemblée, passant de 12 à 7 membres. Avec les deux représentants de la FASE (Fédération pour une alternative sociale et écologique) et l’appoint d’élus ultra-marins, il parvient néanmoins à constituer un groupe, celui de la Gauche démocrate et républicaine, qui entend être la vigie sociale de la nouvelle équipe au pouvoir.

6.3. En marge de la majorité : une opposition vigilante et constructive ?

En désaccord avec l’austérité affichée par le nouvel exécutif, les élus PCF s’abstiennent lors de la présentation de la politique générale du Premier ministre Ayrault puis, à diverses reprises, dans les deux chambres, ils mêlent leurs voix à celles de la droite pour s’opposer à des projets de loi gouvernementaux. Mais soucieux de nouer des accords électoraux avec les socialistes afin de conserver leurs bastions lors des municipales de 2014, ils renâclent à suivre le leader du parti de Gauche, J.-L. Mélenchon, dans ses diatribes contre les orientations prises par le président Hollande et son équipe. Aussi des frictions agitent-elles régulièrement le Front de gauche. Il n’en reste pas moins que le PC résiste plutôt à la vague bleue de mars 2014, même s'il perd au total près d’un tiers des sièges de conseillers qu’il détenait, s’il cède à la droite nombre d’anciens bastions et symboles comme Bobigny, Bagnolet, Le Blanc-Mesnil, St-Ouen, Villejuif ou Aubagne, et si Vaulx-en-Velin passe dans le giron PS. Mais il reprend aux Verts Montreuil et aux socialistes Aubervilliers, et, dans une alliance rouge-vert, enlève à ces derniers Grenoble.

L’opposition aux orientations prises par le nouveau gouvernement Valls ne lui permet toutefois pas de capitaliser sur la colère populaire qui trouve un exutoire privilégié dans le vote FN aux élections européennes de la fin mai : avec 6,33 % des voix, le score qu’il réalise sous la bannière du Front de gauche stagne et ne lui permet pas de reconduire tous ses représentants au Parlement de Strasbourg. Il perd 3 des 5 sièges de sénateur mis en jeu à la fin septembre, puis subit un nouveau recul aux scrutins départementaux de mars 2015 en concèdant à la droite la présidence du conseil de l’Allier. Mais il parvient à conserver, de justesse, le Val-de-Marne et à maintenir un certain nombre de positions, du moins mieux que la plupart des autres forces de gauche. Toutefois, aux yeux de J.-L. Mélenchon et de ses partisans, et jusqu’à une partie des Verts, les tractations menées continûment avec les socialistes en vue de préserver les places fortes du parti et le vote de ses députés d’une motion de censure contre le gouvernement avec la droite en février repoussent d’autant les perspectives de constitution d’une grande alliance alternative au PS de type Syriza ou Podemos.

6.4. La fin du Front de gauche

La résistance que l’appareil du PC et, notamment, son secrétaire national Pierre Laurent opposent à l'idée d'une union avec les Verts en vue de l’union de la gauche non-gouvernementale pour les élections régionales de décembre 2015 accentue les dissensions avec le parti de Gauche. Après tractations, le PC rejoint néanmoins son partenaire dans la plupart des cas, mais décide de faire cavalier seul dans quatre régions. Il fusionne avec le PS là où ce dernier se maintient au second tour (hors Bretagne) – et ne parvient à sauver qu’une petite trentaine de sièges sur la centaine qu’il détenait dans les précédents conseils.

L’annonce sans concertation de la candidature à la présidentielle de J.-L. Mélenchon, le 10 février 2016, alors que ressort l’hypothèse d’une primaire à gauche, fait craindre à de nombreux cadres une aventure individuelle fort peu appréciée et rouvre l’épineux débat sur la stratégie à suivre pour 2017, tout en ravivant les tensions au sein de ce qui reste du front commun. Les uns et les autres se retrouvent pourtant bientôt dans l’opposition conjointe au renforcement de l’option sécuritaire et militaire choisie par le gouvernement à la suite des attentats de novembre, à son projet de déchéance de nationalité, puis à la loi de réforme du droit du travail qu’il entend faire passer à tout prix. Échouant de peu à présenter une motion de censure de gauche réunissant la plupart des Verts et des frondeurs du PS, les députés communistes votent – à nouveau et en vain – celle que les représentants de droite déposent en mai 2016. Ils ne parviennent pas plus à contrer l’exécutif lors de l’adoption définitive du texte au début de juillet.

Mais, au même moment, la profondeur des désaccords sur la stratégie électorale à adopter en 2017 conduit le PC d’une part, et J.-L. Mélenchon et ce qui reste du parti de Gauche d’autre part, à divorcer, et à dissoudre le Front de gauche.

Pour en savoir plus, voir les articles France : vie politique depuis 1958, Ve République.