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SFIO

sigle de Section française de l'Internationale ouvrière

Congrès de Tours en 1920
Congrès de Tours en 1920

Parti politique français constitué lors du congrès de Paris, en avril 1905, par la fusion du parti socialiste français (PSF), du parti socialiste de France, du parti ouvrier socialiste révolutionnaire et de plusieurs fédérations autonomes.

1. L'éphémère unité socialiste (1905-1920)

L'unité socialiste, retardée par les polémiques suscitées par l'entrée d'Alexandre Millerand dans le ministère Waldeck-Rousseau (1899), se réalise sous l'influence de l'essor des luttes ouvrières et à l'appel du congrès d'Amsterdam (1904) de la IIe Internationale.

Le nouveau parti se fixe pour but la « transformation de la société capitaliste en une société collectiviste ou communiste ». Il déclare poursuivre la « réalisation des réformes immédiates » mais ne pas être pour autant « un parti de réforme, mais un parti de lutte des classes et de révolution ». C'est apparemment la victoire de Jules Guesde, qui vient du PSDF, sur Jean Jaurès, du PSF. En fait le guesdisme est déjà un courant sclérosé, tandis qu'Édouard Vaillant, autre leader du parti qui vient également du PSDF, se rapproche de Jean Jaurès. Dès 1906, le courant guesdiste est minoritaire dans le parti, sur la plupart des grands problèmes, à propos desquels Jean Jaurès l'emporte : rapports entre la SFIO et les syndicats (l'indépendance syndicale est acceptée), rapports entre réformes et révolution (jugées complémentaires), problème de la guerre (la validité d'une action en faveur de la paix est affirmée).

De 1905 à 1914, la SFIO élargit son influence en triplant le chiffre de ses adhérents (de 34 000 à 91 000) et en augmentant de 60 % son électorat, qui passe de 880 000 électeurs à 1 400 000, soit 14 % des suffrages exprimés. Les bastions du parti sont situés dans le nord du pays (Nord, Pas-de-Calais, Ardennes), dans la bordure septentrionale du Massif central (Haute-Vienne, Allier, Nièvre), dans le Midi méditerranéen (du Var à la Haute-Garonne). Rapidement le parti devient un parti parlementaire qui accorde une grande place aux compétitions électorales. Pour l'opinion française et internationale, le prestige de la SFIO tient en grande partie à la personnalité de son principal leader, Jean Jaurès (opposition à la guerre du Maroc en 1911, campagne pour la paix de 1912 à 1914).

En tant que membre de la IIe Internationale, la SFIO souscrit aux résolutions de congrès demandant aux partis nationaux de s'opposer à la guerre. Le 14 juillet 1914, en pleine crise européenne, le congrès national de la SFIO réaffirme cette prise de position. Mais le 4 août suivant, le groupe parlementaire, après l'assassinat de Jaurès (31 juillet), vote les crédits de guerre et l'état de siège, tandis que deux de ses membres (Jules Guesde et Marcel Sembat) entrent au gouvernement. La participation des socialistes à l'effort de guerre n'est pas remise en question avant 1917. Cependant, un courant, dit des « reconstructeurs », hostile à la participation avec Jean Longuet et Paul Faure, se renforce et réussit à détacher le parti de l'Union sacrée en 1917.

Au lendemain de la guerre se pose la question de l'adhésion à l'Internationale communiste, fondée en 1919. Entre les adversaires de l'adhésion (Léon Blum, Pierre Renaudel) et ses partisans (Comité de la IIIeInternationale et aile gauche des « reconstructeurs », avec Ludovic Oscar Frossard et Marcel Cachin), le centre « longuettiste » ou aile droite des « reconstructeurs », avec Jean Longuet et Paul Faure, se présente en conciliateur. Mais, les partisans de l'adhésion l'emportent au congrès de Tours (décembre 1920).

2. Première période d'affrontement entre communistes et socialistes (1920-1934)

La minorité de Tours (notamment l'aile droite des « reconstructeurs ») conserve le nom de parti socialiste SFIO. Elle représente environ le tiers des adhérents, et la majorité des élus dans les diverses assemblées. Elle dispose d'un quotidien, le Populaire, dirigé par Léon Blum, secrétaire du groupe SFIO de la Chambre, tandis que le secrétariat général du parti revient à Paul Faure. Les socialistes réaffirment leurs objectifs : opposition au capitalisme, reconnaissance de la réalité de la lutte des classes, rôle privilégié assigné à la classe ouvrière. La SFIO accorde une grande importance au travail parlementaire.

Refusant tout contact avec le parti communiste français (PCF), elle se rapproche du parti radical. Léon Blum formule alors la théorie de l'exercice du pouvoir qu'il oppose à la « conquête du pouvoir ». Cela signifie que lorsque les conditions d'un passage au socialisme ne sont pas remplies, la SFIO, si elle accède au pouvoir, se doit de « gérer les affaires de la société bourgeoise au mieux des intérêts de la classe ouvrière, d'accélérer, s'il se pouvait, le rythme de transition de la société présente à la société future ».

La SFIO propose alors un programme de réalisations immédiates :
– défense de la laïcité,
– suppression du Sénat,
– vote des femmes,
– représentation proportionnelle,
– impôt proportionnel à la fortune,
– nationalisation,
– semaine des 40 heures, etc.
Le parti est divisé en plusieurs tendances : une petite extrême gauche proche du PCF, une gauche marxiste avec Bracke et Jean Zyromski ; un centre avec Paul Faure et Léon Blum ; une droite proche des radicaux et favorable à la participation au gouvernement en leur compagnie avec Vincent Auriol et Pierre Renaudel ; une extrême droite avec Marcel Déat, attirée par certains aspects du fascisme. En novembre 1933, cette extrême droite et une partie de la droite font scission : ces « néosocialistes » vont fonder le parti socialiste de France, Union Jean-Jaurès.

3. Le Front populaire

La journée du 6 février 1934 est perçue par la SFIO comme par le PCF, comme une tentative fasciste. Devant le péril, les deux partis se rapprochent et signent le pacte d'unité d'action du 27 juillet 1934. Peu après, la SFIO se rallie à l'idée et à la formule d'un « Front populaire », élargi aux radicaux et lancée par Maurice Thorez ; mais lors de l'adoption du programme du Front populaire (janvier 1936), elle refuse les comités de base proposés par les communistes.

Aux élections d'avril-mai 1936, avec 19,9 % des votants, la SFIO régresse légèrement en pourcentage, du fait de la scission des « néosocialistes », mais, premier parti de la gauche, elle revendique le droit de former le gouvernement. Léon Blum devient président du Conseil et préside aux accords Matignon.

4. La Seconde Guerre mondiale

Devant la menace hitlérienne, le parti se divise en un courant pacifiste, avec Paul Faure, et un courant partisan de la fermeté, avec Jean Zyromski et Léon Blum.

La SFIO approuve les accords de Munich (septembre 1938) puis vote les crédits de guerre en septembre 1939. Le 10 juillet 1940, 126 parlementaires socialistes sur 175 votent les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.

À la suite de l'installation du régime de Vichy, le parti socialiste se disloque. Quelques-uns de ses membres participent à la « Révolution nationale ». D'autres s'engagent dans la Résistance et, entre juin 1941 et juin 1943, le parti se reconstitue sous la direction de Daniel Mayer, qui siège au Conseil national de la Résistance (CNR).

5. Nouvelle rupture avec les communistes

Au lendemain de la Libération, la SFIO enregistre les rentrées d'hommes comme Joseph Paul-Boncour, Pivert ou Paul Ramadier qui avait quitté le parti avant 1939, tandis qu'en sont exclus la plupart des parlementaires qui avaient voté en faveur de Pétain en juillet 1940.

Aux élections législatives d'octobre 1945, la SFIO obtient 24 % des voix, mais pour la première fois elle est devancée par le PCF. L'écart se creuse entre les deux partis lors des élections de juin 1946 (21 % pour la SFIO) et de novembre 1946 (17,9 %). La SFIO participe aux gouvernements dirigés par le général de Gaulle jusqu'à son départ (janvier 1946). Elle assure alors la direction du gouvernement de janvier à juin 1946 avec Félix Gouin, en décembre 1946-janvier 1947 avec Léon Blum, et de janvier à novembre 1947 avec Paul Ramadier. Durant cette période, la SFIO refuse toute alliance privilégiée avec le PCF. La tentative de Léon Blum de faire adopter par le parti un « socialisme humaniste » répudiant la notion de lutte des classes est écartée par la majorité, et Daniel Mayer est remplacé par Guy Mollet au poste de secrétaire général (juillet 1946). En mai 1947, Paul Ramadier exclut du gouvernement les ministres communistes. C'est la fin du tripartisme.

6. Le rapprochement avec les gaullistes

Avec l'apparition de la guerre froide, la SFIO s'engage résolument dans une politique extérieure de soutien au pacte de l'Atlantique et aux institutions européennes, tandis qu'au plan intérieur, elle participe aux gouvernements de la « troisième force » (1947-1951) opposés à la fois au communisme et au gaullisme.

Cependant l'usure du pouvoir, l'immobilisme social, la poursuite de la guerre d'Indochine provoquent le recul de son influence : 14,6 % des voix en juin 1951. Après ces élections, en désaccord avec la nouvelle majorité sur la laïcité (→ loi Barangé), les socialistes entrent dans l'opposition mais soutiennent l'expérience Mendès France en 1954. L'accord qu'elle noue pour les élections de janvier 1956 avec les républicains-sociaux (gaullistes), les radicaux et l'Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR) permet à la SFIO d'enrayer son recul (15,8 % des suffrages exprimés en janvier 1956) et d'accéder au gouvernement (Guy Mollet est président du Conseil de février 1956 à mai 1957). Des mesures sociales sont alors adoptées par le Parlement mais la continuation de la guerre d'Algérie et la désastreuse expédition de Suez (novembre 1956) affaiblissent le gouvernement qui tombe sur la question financière.

Divisé sur la politique à suivre en Algérie, le parti socialiste n'en délègue pas moins dans les gouvernements suivants deux de ses membres, R. Lacoste et M. Lejeune, partisans de l'« Algérie française ». Lors de la crise du 13 mai 1958, le désarroi frappe la SFIO : tandis que le comité directeur déclare s'opposer à une candidature du général de Gaulle, le secrétaire général Guy Mollet prend contact avec ce dernier. La direction du parti modifie alors sa position et Guy Mollet entre dans le gouvernement de Gaulle investi le 1er juin 1958. Le 28 septembre 1958, la SFIO appelle à voter « oui » au référendum sur la Constitution de la Ve République. Malgré des départs dus au refus de cette politique (Depreux, Verdier, qui fondent le parti socialiste autonome), le parti se maintient aux élections législatives de novembre 1958 (15,5 % des suffrages exprimés). Toutefois la contestation interne croît et Guy Mollet quitte le gouvernement en janvier 1959.

7. Vers la naissance du nouveau parti socialiste

Passée dans l'opposition au général de Gaulle, la SFIO entre dans le « cartel des non » constitué lors du référendum du 9 octobre 1962 avec les indépendants-paysans, les radicaux et le Mouvement républicain populaire (MRP). Les élections de novembre 1962 sont pour elle un nouveau recul (12,7 % des suffrages exprimés).

Elle conserve la stratégie d'une « troisième voie » entre gaullisme et communisme jusqu'aux événements de mai 1968, après lesquels se fait sentir la nécessité d'un renouvellement. Ainsi va se réaliser l'unification d'un nouveau parti : union de la SFIO avec l'Union des clubs pour le renouveau de la gauche (UCRG) et l'Union des groupes et clubs socialistes (UGCS) au congrès d'Alfortville (mai 1969) ; union avec la Convention des institutions républicaines ; accession de François Mitterrand au poste de secrétaire général au congrès extraordinaire d'Épinay (11 juin 1971). Le parti socialiste est né.

Pour en savoir plus, voir les articles parti socialiste (PS), socialisme.