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rente

(latin populaire *rendita, du latin classique reddita, choses rendues)

Revenu annuel ; ce qui est dû tous les ans pour des fonds placés ou un bien mis à ferme.

ÉCONOMIE

Il y a deux manières de comprendre la rente. La première, la plus ancienne, est de considérer la rente comme la rémunération de la terre, un des trois facteurs de production (le profit rémunère le capital, et le salaire rémunère le travail) ; il s'agit alors de ce que l'on appelle la rente foncière. La seconde est de considérer la rente comme le rendement d'un facteur de production dont l'offre est totalement inélastique au prix, c'est-à-dire dont l'offre ne varie pas en fonction du prix mais en fonction de déterminants non économiques ; on parlera alors de rente économique pure ou de rente de situation. Mais, dans tous les cas, la rente reste la rémunération d'un facteur et s'analyse dans ce que les théoriciens de l'économie appellent la « théorie de la répartition ». Bien qu'assez proche, par certains aspects, du profit, la rente caractérise la fixité de l'offre du facteur qu'elle rémunère.

La rente foncière

C'est David Ricardo, économiste classique du xixe s., qui en donne la définition la plus précise : « La rente est cette portion du produit de la terre que l'on paie au propriétaire pour avoir le droit d'exploiter les facultés productives et impérissables du sol. » Une telle définition s'inscrit directement dans la problématique de la répartition du revenu.

La rente différentielle

Pour que la rente existe, il faut trois conditions : terre en quantité limitée, propriété privée des terres, terres de fertilités différentes. Ensuite, Ricardo considère que le prix des produits de la terre (le blé par exemple) est le même sur le marché et qu'il se règle sur les coûts de production les plus élevés (on les trouve sur les terres les moins fertiles, car celles-ci demandent plus de travail ou de capital pour un même rendement). En effet, si le prix ne couvre pas les coûts, la production se fait à perte et n'est pas portée au marché. Ce sont alors les terres les plus productives, c'est-à-dire les plus fertiles, qui dégageront un bénéfice plus important. La rente correspond à l'écart entre les coûts de production et le prix. Elle dépend donc des différences de fertilité entre les terres : c'est pourquoi on l'appelle rente différentielle.

Ce que Ricardo a mis en valeur en énonçant le principe d'une rente déterminée différentiellement, c'est surtout la particularité du facteur qu'elle rémunère – particularité caractérisée par les conditions d'existence et le mode de détermination de sa rémunération. On peut résumer l'ensemble de ces caractéristiques par la notion d'offre fixe du facteur, ce qui renvoit à la notion de « rente économique pure ».

La rente économique pure

Elle s'applique à l'ensemble des facteurs dont la quantité est suffisamment limitée pour qu'on considère que la totalité du facteur est déjà utilisée et que l'on ne peut en augmenter l'offre. C'est le cas, par exemple, des œuvres d'art. La Joconde de Léonard de Vinci est, entre autres, un facteur de production de contemplation et de plaisir. Puisqu'elle est unique, son offre est fixe. S'il fallait payer pour pouvoir la contempler seul, ce paiement serait une rente. Dans cette acception, tous les paiements destinés à accéder à l'usage d'un facteur unique, ou suffisamment limité pour être considéré comme tel, sont des rentes économiques pures. Dans ces conditions, le prix du facteur est déterminé par le niveau de la demande.

Rente et fiscalité

Les conséquences de la fixité de l'offre peuvent se résumer par la conclusion de Ricardo : « Le blé ne renchérit pas parce que l'on paie une rente ; mais c'est au contraire parce que le blé est cher que l'on paie une rente. » En d'autres termes, la rente n'influe pas sur le prix, elle en dépend et, si faible soit la rente, l'offre existe. L'inélasticité de l'offre au prix a inspiré un courant qui voit dans l'imposition de la rente une solution aux mécanismes dits « de désincitation ». Économiquement, on critique l'impôt, car il a tendance à fausser le jeu économique en dissuadant certains agents de produire ou de consommer. Or la rente, qui caractérise des facteurs à offre fixe et inélastique aux prix, peut être taxée lourdement sans qu'on craigne de perturber le jeu des incitations.

La rente comme régulateur

L'absence de rente payée pour un bien ou un facteur rare peut avoir des conséquences négatives sur leur allocation. Cela est particulièrement vrai dans le domaine de l'environnement. Beaucoup de ressources naturelles appartiennent à tout le monde. C'est le cas des océans, de l'air ou de l'eau des rivières. L'utilisation libre de rente de ces biens ou facteurs rares conduit à leur destruction. La dangereuse disparition de la baleine en est un exemple très médiatique. Les pollutions de l'air ou de l'eau, ce que l'on appelle les « externalités » (faire supporter un coût aux autres membres de la société), sont du même ordre. Dans ces cas, l'absence de propriétaire et les coûts de contrôle empêchent le paiement d'une rente qui permettrait de réguler et de rationaliser l'utilisation des ressources.