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prix

Valeur d'échange d'un bien, d'un service, exprimée en monnaie

ÉCONOMIE

La formation des prix est au centre des préoccupations des économistes libéraux depuis la fin du xviiie s. En effet, les prix des marchandises varient, en situation de concurrence, en fonction de plusieurs paramètres. Ce sont ces paramètres, et les règles selon lesquelles ils peuvent agir, que la théorie économique tente d'élucider.

Les définitions du prix

Un prix est un nombre qui indique la valeur d'une marchandise. Généralement, cette valeur est exprimée en unités monétaires. Un des objets essentiels de la science économique consiste à expliquer la formation des prix, et ses conséquences sur la production, les échanges et le bien-être.

Prix naturel et prix de marché

Longtemps, les économistes ont distingué plusieurs concepts de prix. Pour Adam Smith, auteur des Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), il existe deux types de prix : le prix « naturel » et le prix de marché.

Le prix naturel

Il est déterminé par le coût de production d'une marchandise, lequel recouvre les valeurs des salaires (coût du travail), de la rente foncière (coût de la terre) et des profits (coût du capital) : « vrai » prix, il traduit la valeur « objective » de la marchandise.

Le prix de marché

À la différence du prix naturel, le prix de marché dépend de la demande : il gravite autour du prix naturel, au gré des variations de celle-ci. Une telle conception, dichotomique, de la formation des prix a dominé la théorie économique pendant plus d'un siècle. On la retrouve dans les écrits de David Ricardo (Des principes de l'économie politique et de l'impôt, 1817) comme dans ceux de Karl Marx (le Capital, tome I, 1867).

Le prix indice d'utilité

À la fin du xixe s., la révolution marginaliste, initiée par le Britannique William Stanley Jevons, l'Autrichien Carl Menger et le Français Léon Walras, propose une conception unifiée de la formation des prix. Jevons, Menger et Walras ne cherchent plus à expliquer la valeur objective d'une marchandise, mais tentent de comprendre comment se forment les prix relatifs. Plus trivialement, on peut dire que les marginalistes ne s'intéressent pas à la valeur objective d'une orange, mais simplement au fait qu'une orange vaut deux ou trois pommes. À cette interrogation les marginalistes ont apporté des réponses dont les insuffisances ont longtemps limité la pertinence de la théorie économique des prix.

La formation des prix

L'explication de la formation des prix dépend essentiellement de la situation de marché dans laquelle on se place. Pour schématiser, on peut distinguer la formation des prix en situation de concurrence parfaite et la formation des prix en situation de concurrence imparfaite.

En situation de concurrence parfaite

Pour expliquer la formation des prix relatifs, il faut disposer d'une représentation du déroulement de l'échange marchand.

Le fonctionnement du modèle walrasien

Dans ses Éléments d'économie pure (1874-1877), Léon Walras élabore un modèle théorique de marché dans lequel les individus effectuent des échanges à des prix donnés, de manière pacifique, en respectant des règles extrêmement précises.

Sur un marché walrasien, le prix (du kilo d'oranges, par exemple) est annoncé par un commissaire-priseur. Les agents économiques (vendeurs et acheteurs) prennent, ou ne prennent pas, le prix ainsi annoncé : on dit qu'ils sont « preneurs » de prix. En effet, chaque individu a une importance négligeable par rapport à l'ensemble du marché : il ne peut agir sur le prix en modifiant le volume de sa seule demande ou de sa seule offre. Le commissaire-priseur procède par tâtonnements : il annonce un premier prix, pour lequel tous les agents lui communiquent leurs offres et demandes (dans notre exemple, tant de kilos d'oranges) ; après les avoir confrontées, il propose un nouveau prix, plus élevé si la demande est supérieure à l'offre, et plus faible dans le cas contraire.

Le prix d'équilibre

Ce processus continue, lorsque cela est possible, jusqu'à ce que le prix égalise l'offre et la demande, c'est-à-dire jusqu'à ce que la quantité d'oranges offertes soit égale à la quantité d'oranges demandées. Notons qu'il n'y a aucun échange durant le tâtonnement, les agents se contentant de communiquer leurs offres et demandes pour les prix annoncés. Les échanges ont lieu seulement lorsque l'offre est égale à la demande ; en attendant, tous les biens sont transmis à une chambre de compensation.

Le mécanisme explicatif

Le modèle walrasien représente une situation abstraite de concurrence parfaite, qui n'est atteinte que si quatre conditions sont réunies.
– L'atomicité des participants : le marché comprend un grand nombre de vendeurs et d'acheteurs, dont aucun n'a assez de puissance pour influer par sa seule demande ou sa seule offre individuelle sur le volume global des échanges.
– L'homogénéité des produits : les agents échangent des biens rigoureusement identiques, de telle sorte que les acheteurs sont indifférents à l'identité du vendeur – ce qui implique qu'il y ait un marché par type de produit (un marché aux oranges, un marché aux pommes, etc.).
– La libre entrée dans l'activité productive : elle évite que les vendeurs ne mettent en place entre eux une entente qui fausserait la concurrence.
– La transparence du marché : les agents sont parfaitement informés du prix et de la qualité du produit.

Prix et équilibre du marché

La première conséquence d'une formation concurrentielle des prix est de mener l'économie à l'équilibre.

En trouvant le prix unique qui égalise l'offre et la demande d'un produit, le commissaire-priseur détermine le point d'équilibre du marché, celui où un maximum de quantités sont échangées au prix le plus bas possible – en effet, si le prix précédemment proposé était plus élevé que le coût de production moyen, c'est-à-dire s'il offrait des perspectives de bénéfice, de nouveaux producteurs seraient entrés sur le marché et auraient fait baisser le prix par le simple jeu de l'augmentation de l'offre. Quand un marché est ainsi en équilibre, aucun vendeur n'a intérêt à pratiquer un prix différent de celui qui est donné par le commissaire-priseur : s'il appliquait un prix plus élevé, il serait éliminé par le jeu de la concurrence.

Prix et stabilité de l'équilibre

Des déséquilibres peuvent survenir, mais ils sont suivis par un retour automatique à l'équilibre. Ainsi, lorsque, par suite d'un accroissement de l'offre, le prix d'un produit diminue, de nouveaux demandeurs entrent sur le marché tandis que, parallèlement, des offreurs s'en retirent – car ils ne peuvent plus réaliser de profits intéressants ; dans ce cas, un nouvel équilibre entre l'offre et la demande apparaît.

Prix et équilibre général

Une économie est constituée de plusieurs marchés, puisque les agents consomment, produisent et échangent de nombreux biens différents. Ces marchés sont en outre interdépendants : la modification du prix d'un bien a une influence sur les prix des autres biens. Dans son ouvrage déjà cité, Léon Walras développe un modèle théorique où l'économie est présentée comme un système de marchés interdépendants en situation d'équilibre.

Les conditions de l'équilibre général des prix

Ce sont Kenneth Arrow et Gérard Debreu qui ont défini rigoureusement, dans un article publié en 1954, les conditions d'existence d'un équilibre général en concurrence parfaite. Ces conditions, relativement techniques, concernent essentiellement les préférences des consommateurs et la technologie des firmes productrices. Arrow et Debreu ont montré que, si ces conditions extrêmement restrictives sont remplies, il y a utilisation optimale des ressources de l'économie à l'équilibre général.

Prix et optimum économique

La notion d'optimum économique a été définie par Vilfredo Pareto (Manuel d'économie politique, 1906), pour qui la concurrence parfaite crée la meilleure distribution possible des biens entre les individus, car il est impossible, dans ce cas, d'améliorer la satisfaction d'un agent sans diminuer celle d'au moins un autre agent. Tel est le premier théorème de l'économie de bien-être. Étant donné l'égalisation de l'offre et de la demande sur tous les marchés, chaque agent est assuré d'effectuer le meilleur choix, sans avoir à tenir compte des décisions des autres agents – sinon à travers les prix annoncés. Ainsi, le marché peut bien jouer le rôle de « main invisible » qui lui était attribué par Adam Smith en 1776.

L'équilibre partiel des prix

L'étude de cet équilibre général est extrêmement complexe, à cause de la multiplicité des interdépendances des marchés. Aussi de nombreux économistes – dont Alfred Marshall –, persuadés que la théorie de l'équilibre général était trop ambitieuse pour être menée à bien, ont-ils préféré se cantonner à approfondir l'analyse du fonctionnement d'un seul marché, en négligeant les interdépendances avec les autres marchés. Une telle analyse, dite « d'équilibre partiel », permet de raisonner « toutes choses égales par ailleurs », et constitue souvent une étape nécessaire avant de procéder à une analyse dans le cadre de l'équilibre général.

Les limites du modèle walrasien

Évidemment, mis à part les marchés boursiers, les marchés d'enchères, ou encore certains marchés de matières premières, la plus grande partie des marchés ne fonctionne pas selon les règles décrites par le modèle walrasien. En général, il n'y a pas de commissaire-priseur, et les prix sont fixés directement par les agents qui participent aux échanges.

L'information sur les prix

En vérité, le modèle de concurrence parfaite néglige les conflits et les problèmes posés par les carences informationnelles, dont les effets sont difficilement mesurables. Sur un marché walrasien, les agents sont censés être isolés stratégiquement : la satisfaction d'un agent ne dépend pas directement des décisions d'un autre agent, puisqu'il est impossible d'agir individuellement sur le prix. Par ailleurs, grâce à la transparence présumée du marché, tous les agents connaissent parfaitement les prix et la qualité des produits. Ces deux hypothèses constituent des limites importantes à la représentation du fonctionnement des marchés – limites que l'on a cherché à dépasser en rendant compte de la formation des prix dans des situations conflictuelles et en l'absence d'information parfaite.

En situation de concurrence imparfaite

La concurrence imparfaite concerne une grande variété de situations : le monopole, l'oligopole, la différenciation des produits par les entreprises, l'information imparfaite des agents.

En situation de monopole

La situation la plus extrême, et la plus simple à étudier, est celle du monopole, vendeur unique confronté à un grand nombre d'acheteurs. Pour l'essentiel, l'étude théorique en a été faite au xixe s. par Antoine Augustin Cournot et Jules Dupuit. Il en ressort que les monopoles fixent des prix supérieurs à ceux des marchés concurrentiels : en termes parétiens, ils sont donc moins efficaces, puisqu'ils ne permettent pas d'optimiser le bien-être de l'ensemble des agents de l'économie.

En situation d'oligopole

Les marchés oligopolistiques se caractérisent par un petit nombre de vendeurs – souvent des entreprises de grandes dimensions – , dont les décisions sont interdépendantes, et par un très grand nombre d'acheteurs en situation d'isolement stratégique.

L'analyse de Cournot

L'analyse de ces marchés est beaucoup plus complexe que celle d'un marché monopolistique ou de concurrence parfaite, car les vendeurs doivent effectuer des choix stratégiques. Au xixe s., les contributions d'Antoine Augustin Cournot, de Joseph Bertrand et de Francis Edgeworth ont abouti à la conclusion que, à l'instar d'un marché de monopole, le marché oligopolistique fixe des prix supérieurs à ceux qui prévalent en situation de concurrence parfaite.

Prix et théorie des jeux

Depuis le début des années 1980, la théorie des jeux a permis de pousser plus loin l'analyse de la concurrence sur les marchés oligopolistiques, et de définir précisément les variables stratégiques des vendeurs pour expliquer la formation des prix. A priori, ces variables stratégiques sont multiples : elles concernent les prix, mais aussi les quantités à produire, la qualité du produit, son conditionnement, sa commercialisation, les dépenses de publicité, les techniques de production, l'innovation.

Les prix pour le consommateur

Si sur le plan théorique l'explication du prix semble limpide, dans la réalité, l'acceptation du prix par le consommateur est plus complexe.

Le prix et la qualité

En règle générale, les biens produits par deux entreprises différentes sont imparfaitement substituables du point de vue des acheteurs : telle lessive « lave plus blanc » que telle autre.

Prix et différenciation des produits

Lorsque tous les consommateurs s'accordent sur un ordre de classement des produits proposés, on parle de différenciation verticale. Le critère de différenciation le plus typique est alors la qualité : en dehors de toute considération pécuniaire, tous les consommateurs préfèrent acheter des biens de meilleure qualité. Quand aucun produit n'est objectivement meilleur que d'autres, mais que certains conviennent davantage à tels consommateurs, on parle de différenciation horizontale.

Différenciation et prix des produits

S'il n'existe pas de produit qui soit facilement substituable au sien (par exemple, un détachant miracle), tel vendeur pourra en exiger un prix relativement élevé sans courir le risque que la demande soit trop faible. Il acquiert ainsi une position comparable à celle d'un monopoleur, qui lui offre une véritable rente de situation. On voit donc bien pourquoi les entreprises ont intérêt à différencier leurs produits ; on voit aussi que ces choix stratégiques – qui affectent les prix – ne correspondent pas à un maximum de bien-être social, à l'inverse de ce qui se passe en situation de concurrence parfaite.

L'information imparfaite des agents

Les acheteurs ne connaissent pas toujours parfaitement les caractéristiques des produits qu'ils achètent. George A. Akerlof a étudié ce problème, en 1970, en considérant un marché de voitures d'occasion dont la moitié est de bonne qualité, et l'autre moitié de mauvaise qualité. Seuls les vendeurs connaissent la qualité de chaque véhicule, qu'ils ne peuvent signifier aux acheteurs de manière crédible. En effet, ces derniers savent que tout commerçant a intérêt à annoncer que son produit est de bonne qualité : ils ne tiennent donc pas compte des déclarations des vendeurs. En conséquence, les voitures seront échangées à un prix unique P.

La détermination du prix

Quel sera ce prix d'équilibre ? On imagine que, en situation d'information parfaite, les bonnes voitures seraient échangées à 3 000 euros d'aujourd'hui et les mauvaises à 1 500 euros. L'imperfection de l'information implique que les acheteurs refusent de payer n'importe quelle voiture 3 000 euros, car ils savent que la moitié des véhicules est de mauvaise qualité. Par ailleurs, ils n'ignorent pas que, pour un prix de 2 000 euros, seules les voitures de mauvaise qualité seraient vendues, les vendeurs n'acceptant pas de vendre à perte leurs voitures de bonne qualité. Conscients de cet état de fait, les acheteurs refusent de payer les voitures plus de 1 500 euros, et seules les voitures de mauvaise qualité sont échangées à ce dernier prix. Les véhicules de bonne qualité sont donc évincés du marché.

La conséquence de la libre formation des prix

Le modèle d'Akerlof peut s'appliquer à de très nombreuses situations. Il montre que la libre formation des prix peut avoir des conséquences désastreuses : élimination des bons produits, voire absence d'échanges. Dans ce cadre, une réglementation qui impose la révélation de toute ou partie de l'information, ou qui institue des procédures de recours efficaces contre les ventes de produits de mauvaise qualité, permet d'améliorer le fonctionnement des marchés. Sous cette contrainte de réglementation, la libre formation des prix en économie de marché apparaît aujourd'hui, malgré les imperfections de la concurrence, comme le moins mauvais processus d'allocation des ressources envisageable.