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inflation

(anglais inflation, du latin inflatio, -onis, de inflare, gonfler)

Situation ou phénomène caractérisés par une hausse généralisée, durable et plus ou moins importante des prix.

ÉCONOMIE

Les causes de l'inflation

Les causes de l'inflation sont multiples et se différencient en fonction du niveau d'analyse retenu, global ou non.

Les causes « partielles » de l'inflation

Relatives à des structures, à des productions ou à des tensions particulières, les causes « partielles » se généralisent par la suite.

Inflation et structures de marché

Aujourd'hui, l'analyse des causes ne se fait plus seulement en termes d'offre et de demande globales, mais aussi en termes de structure de l'offre et de la demande. En effet, l'inflation peut se déclencher, même si la demande globale reste constante, du fait d'un changement dans la composition de cette demande ; il suffit de variations internes et de l'excès d'une demande particulière sur une offre spécifique pour entraîner un mouvement de hausse des prix qui peut se propager dans toute l'économie.

Inflation et pénuries spécifiques

De même, ce n'est plus seulement en termes de rigidité de la production globale et de plein emploi de tous les facteurs de production que l'on raisonne, mais aussi en termes de goulets d'étranglement localisés (rigidités dans un secteur particulier de production) et de rigidités spécifiques de certains facteurs. Il suffit que l'un des facteurs de production – travail, capital ou ressources naturelles – soit indisponible dans certains secteurs pour qu'un blocage apparaisse et que la hausse des prix se répande dans toute l'économie. Naturellement, le déséquilibre sera plus important si l'insuffisance de ressources apparaît dans un secteur clé (matière première indispensable, pétrole par exemple) plutôt que dans un secteur ne touchant que la consommation finale (produits alimentaires, parfumerie...).

Inflation et tensions localisées

Enfin, on ne considère plus seulement les écarts entre offre et demande globales, mais aussi les tensions localisées jouant tantôt sur l'offre, tantôt sur la demande. De telles tensions peuvent se produire lors d'un accroissement brutal des dépenses publiques ou d'une création excédentaire de crédit – qui ont pour effet de modifier la structure de la demande (laquelle revêt toujours une forme monétaire) –, ou bien encore à l'occasion d'une rétention de stocks industriels ou lors de mauvaises récoltes – qui ont pour effet de modifier la structure de l'offre (laquelle revêt toujours une forme réelle).

Les causes globales de l'inflation

Cependant, on ne doit pas négliger l'analyse des causes inflationnistes sur le plan global. Elles se centrent sur les conséquences de la croissance.

Salaires et inflation

Depuis les années 1950, en Europe et en France particulièrement, le choix d'une croissance forte, impliquant une mobilisation intensive des facteurs de production, a entraîné une inflation par la demande (en excès par rapport à l'offre). En outre, au cours des Trente Glorieuses, des secteurs moteurs – où des gains de productivité importants avaient été réalisés – ont « tiré » la progression générale des salaires : les autres secteurs, à productivité plus faible, ont dû suivre l'élévation du salaire moyen. C'est ainsi qu'une inflation par les coûts s'est propagée dans l'économie, les entreprises répercutant la hausse des salaires dans leurs prix de vente.

Déséquilibres et inflation

La croissance est par nature source de déséquilibres. Elle implique la mise en place de nouvelles technologies, l'apparition de secteurs moteurs et le déclin d'activités dépassées. Il est rare qu'elle soit entièrement financée par une épargne préalable ; le recours incontournable au crédit bancaire entraîne la distribution de revenus, qui provoque en retour une augmentation de la demande (que seuls une hausse des prix et un phénomène d'épargne forcée permettent de résorber).

La propagation de l'inflation

Lorsque les tensions inflationnistes sont importantes et généralisées, elle déclenchent un processus cumulatif de hausse des prix auto-entretenue, marqué par des phénomènes de propagation et d'amplification, et qualifié de « spirale inflationniste ».

L'inflation par les coûts

L'inflation par les coûts est le plus souvent déclenchée par le fait que les salaires augmentent plus vite que la productivité (l'augmentation des coûts due à la hausse des salaires est plus forte que la diminution des coûts provenant de l'augmentation de la productivité).

La spirale salaires-prix

Dans un premier temps, l'accroissement des coûts est répercuté « sans douleur » dans les prix du marché, car, du fait de la hausse des salaires, les ménages peuvent garder leurs habitudes de consommation et acheter autant, même s'ils paient plus cher. Mais, quand les prix à la consommation s'élèvent, il se produit, à terme plus ou moins rapproché, une baisse des revenus réels (rapport entre revenus nominaux et niveau général des prix); d'où une relance des revendications et, sans doute, une nouvelle augmentation des salaires nominaux qui accentue le processus inflationniste.

Toutefois, ce mécanisme peut être enrayé si la hausse des coûts salariaux est compensée par une augmentation suffisante de la productivité, ou par une diminution du taux de profit, grâce à une réduction des autres coûts – ceux qui constituent normalement les déterminants du prix de revient (matières premières, énergie, coûts fixes), tout comme ceux sur lesquels l'État intervient et qu'il peut modifier (impôts, prix des services publics, TVA).

L'inflation par la demande

L'inflation par la demande a pour cause l'excès de la demande.

L'augmentation de la demande et des revenus

Malgré le progrès technique, et souvent à cause de lui, les besoins s'accroissent sans cesse dans la société de consommation contemporaine. Cette augmentation de la demande peut provenir aussi bien des dépenses publiques que des dépenses privées de consommation et d'investissement. Le résultat en est le plus souvent une hausse de la production, l'inflation semblant alors être favorable à l'expansion de l'économie. Le processus cumulatif apparaît avec l'accroissement des revenus distribués par suite de l'augmentation de production ; il se développe avec l'élévation de la demande, qui va se traduire par un nouvel écart par rapport à l'offre, et ainsi de suite.

Le cycle revenus-demande

Ces deux mécanismes – inflation par les coûts, inflation par la demande – tendent à conjuguer des effets qui s'amplifient mutuellement. Toute augmentation du coût de production – principalement des coûts du travail – entraîne une augmentation des revenus distribués dans l'économie, et donc une hausse de la demande. L'élévation de la demande fournit des débouchés à une production qui peut continuer à augmenter en volume, les entreprises acceptant facilement une augmentation de coûts qu'elles sont assurées de pouvoir répercuter dans leurs prix sans que cela entraîne un ralentissement des ventes.

L'inflation structurelle

Dans l'inflation structurelle, le déséquilibre initial peut provenir d'une accélération ou d'une détérioration du régime d'accumulation du capital.

Inflation et accumulation

C'est ainsi que l'intensification de l'investissement dans le secteur des biens d'équipement, au cours des Trente Glorieuses, a engendré une dynamique nouvelle de l'industrie et une accélération de la hausse des prix, qui est passée, en France, de 3,1 % en moyenne de 1964 à 1968 à 6 % en moyenne de 1969 à 1973. Plus précisément, le développement du secteur des biens d'équipement – en grande partie produits à l'étranger et qu'il fallait donc importer – a entraîné une détérioration du solde commercial (exportations/importations). L'augmentation des importations a ainsi suscité une inflation importée. Il faut tenir compte, en outre, de la réduction accélérée de la durée du travail pour expliquer l'élévation du rythme moyen de la hausse des prix, accentuée par l'évolution des prix agricoles, dans cette période.

L'inflation structurelle peut également être provoquée par une détérioration du régime d'accumulation du capital. Ainsi, au cours des années 1970, la chute de la productivité a entraîné un alourdissement des charges de production, ce qui a réduit la rentabilité des entreprises. Pour limiter cette baisse du taux de profit, on a alors augmenté les prix de vente, et donc alimenté l'inflation.

Les mécanismes amplificateurs

Les mécanismes d'amplification de l'inflation relèvent de la psychologie des agents économiques et se manifestent surtout par leurs anticipations. Par exemple, la simple menace d'un déséquilibre dû à un événement externe (crise politique, instabilité du marché des changes) suffit aux agents économiques qui ont déjà été victimes de ce phénomène pour anticiper une hausse des prix, ce qui les amène à faire des achats de précaution ; l'augmentation de la demande qui en résulte peut entraîner une montée significative de l'inflation et une perte de confiance dans la monnaie.

Les conséquences de l'inflation

Les conséquences de l'inflation sont nombreuses, parfois apparemment favorables, mais souvent très graves pour l'économie du pays.

Les effets sur la production

Sur le plan de la production, une légère augmentation des prix peut constituer à court terme un encouragement pour les entreprises, qui voient leurs profits croître du fait de l'écart favorable entre prix de vente et prix de revient, ou par suite de plus-values sur stocks. Mais l'inflation fonctionne en fait comme une drogue, qui produit au début des effets euphorisants, avant d'entraîner une accoutumance et la destruction progressive de l'organisme. Les contrecoups négatifs ne tardent pas à se manifester. L'inflation fausse le calcul économique : du fait de l'augmentation des prix, la dette réelle des emprunteurs est allégée ; beaucoup d'investissements deviennent rentables et peuvent être alors engagés. L'épargne disponible est orientée de façon non rationnelle vers des placements spéculatifs, des investissements immobiliers ou fonciers, voire vers l'achat – parfois illégal – de devises, de titres ou d'actifs étrangers.

Les effets sur la répartition

L'inflation ne porte atteinte ni au revenu national ni au patrimoine, mais elle en modifie profondément la répartition, avantageant les revenus les plus élevés ; à ce titre, elle constitue un véritable impôt, partiellement indolore, mais particulièrement injuste parce qu'il pèse sur les plus défavorisés et les épargnants. L'inflation défavorise les créanciers (leurs créances réelles diminuent) et favorise les débiteurs (leurs dettes réelles diminuent), et singulièrement l'État, qui est l'agent le plus endetté de l'économie. En outre, la hausse des prix entraîne des recettes supplémentaires pour les finances publiques, en particulier par le biais de la TVA. Il est difficile d'effectuer un bilan de la « taxe » d'inflation, mais, d'une manière générale, on peut considérer qu'il y a un transfert des créanciers vers les débiteurs, et plus exactement des ménages vers les entreprises et l'État.

Les effets sur la balance commerciale

C'est sans doute sur le plan international que les conséquences de l'inflation se font le plus sentir : la hausse des prix internes rend plus difficiles les exportations et facilite la pénétration des produits étrangers sur le marché national, d'où un freinage de l'activité économique et une dégradation de la balance commerciale. Si cette situation persiste, les sorties de devises s'accélèrent et entraînent une dépréciation de la monnaie sur le marché des changes (quand le pays pratique des taux de change flexibles) ou une dévaluation (s'il pratique des taux de change fixes). Aucun pays en situation de libre-échange ne peut donc se permettre de conserver au-delà d'un très court terme un taux d'inflation supérieur à celui de ses partenaires commerciaux. C'est pourquoi la lutte contre les déséquilibres commerciaux et monétaires a longtemps été considérée comme l'objectif prioritaire de la politique économique dans les pays industriels développés. Encore faut-il ne pas se tromper d'objectif, ni se contenter d'empêcher l'aggravation des déséquilibres en limitant ou même en bloquant la hausse des prix – ces mesures étant comparables à des médicaments qui calment ou font tomber la fièvre, mais ne soignent ni ne guérissent le malade. Il est indispensable d'effectuer un diagnostic exact des causes du déséquilibre pour pouvoir y remédier et ne pas simplement en limiter les conséquences.