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capitalisme

Adam Smith
Adam Smith

Le capitalisme est un système de production dont les fondements sont l'entreprise privée et la liberté du marché. Il s'agit d'un ensemble d'éléments solidaires dont les relations permettent la production, la répartition et la consommation des richesses indispensables à la vie d'une collectivité humaine. Le capitalisme est à la fois un système économique, mais aussi un type d'organisation sociale. C'est aujourd'hui le système économique dominant dans le monde, qui est à l'origine du phénomène de mondialisation.

1. Qu'est-ce que le capitalisme ?

Le capitalisme est un système composé de plusieurs éléments. L'ensemble des auteurs s'accordent à le définir à partir des caractéristiques suivantes : le capitalisme repose sur la propriété privée des moyens de production, la division du travail, l'existence d'un marché qui permet la régulation de l'activité économique, l'objectif d'un profit individuel pour les propriétaires du capital et la séparation entre le capital et le travail. Il convient également d'ajouter un certain état d'esprit, la présence de certaines représentations collectives qui sont inséparables du système capitaliste.

1.1. Le capitalisme est fondé sur la propriété privée des moyens de production

Cette caractéristique est la plus souvent évoquée pour définir le capitalisme. On entend par moyens de production tout ce qui permet de produire, c'est-à-dire les terres, les bâtiments, les machines ou les outils qui, exploités par le travail de l'homme, aboutissent à la réalisation des biens et des services qui permettent la consommation, et donc la survie, des populations. L'histoire de la propriété est aussi vieille que l'histoire de l'homme. C'est souvent une histoire controversée, notamment entre ceux qui possèdent les instruments de production et ceux qui ne les possèdent pas. L'un des premiers à défendre la propriété privée est le philosophe grec Aristote (384-322 avant J.-C.). Ce dernier considère que la propriété est un des plaisirs de la vie et que l'homme se soucie plus de ce qui lui appartient en propre que de ce qui appartient à tout le monde. Saint Thomas d'Aquin, dans la Somme théologique, synthèse de la pensée aristotélicienne et de la pensée chrétienne, reprend la même idée mais en préconisant la charité auprès de ceux qui sont dans le besoin. Le développement des villes, de l'artisanat, l'apparition de la bourgeoisie sont liés à l'existence de la propriété. Les révolutions libérales de la fin du xviiie s., notamment la Révolution française de 1789, consolideront le rôle de la propriété privée. L'article 17 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (26 août 1789) stipule que la propriété est un droit inviolable et sacré.

1.2. L'économie capitaliste repose sur la division du travail

La répartition des tâches n'est pas spécifique des sociétés capitalistes, néanmoins la division des rôles productifs y est plus développée que dans le cadre des systèmes économiques antérieurs. Les sociétés rurales, qui ont précédé l'instauration du capitalisme industriel, étaient marquées par une faible différenciation entre les fonctions de chacun. Le travail de la terre, le temps des moissons supposaient la collaboration d'un grand nombre d'hommes, de femmes, d'enfants sans réelles spécialisations professionnelles.

La naissance du capitalisme industriel, l'avènement de la manufacture se traduiront par une division accrue des tâches entre les agents productifs. À cet égard, l'exemple le plus célèbre est sans nul doute la division du travail dans une manufacture d'épingles à la fin du xviiie s., telle qu'elle est décrite et commentée par Adam Smith (1723-1790), dans la Richesse des nations (1776). Dans cette entreprise, la réalisation matérielle de chaque épingle est divisée en dix-huit opérations distinctes. Cet éclatement du processus de production permet, et c'est sa raison d'être, une augmentation substantielle de la production par travailleur employé. En langage économique moderne, on dirait que la division du travail permet d'augmenter la productivité, c'est-à-dire le rapport entre une certaine quantité de produit et le nombre des travailleurs recrutés pour la réaliser.

Par la suite, au xixe s. et au xxe s., on assistera à de nouveaux progrès dans la division du travail avec les méthodes mises au point par l'ingénieur américain Frederick Winslow Taylor (1856-1915), à l'origine du « taylorisme » ou « organisation scientifique du travail ». L'industriel Henry Ford (1863-1947), quant à lui, reprendra les idées de Taylor et ajoutera, dans les années 1910, le principe du convoyeur. Ce ne sont plus les ouvriers qui se déplacent autour des véhicules automobiles en construction, mais ce sont les moteurs qui défilent devant les ouvriers. Il s'agit du principe du travail à la chaîne. Le système créé par Henry Ford, ou modèle fordiste, a permis, d'abord aux États-Unis puis dans tous les pays capitalistes développés, l'apparition de la production et de la consommation de masse.

1.3. Le capitalisme, en tant que système économique et social de production, est régulé par le marché

Aussi les expressions « économie capitaliste » ou « économie de marché » sont-elles souvent considérées comme synonymes. Le marché est un lieu qui permet la confrontation de l'offre et de la demande de produits. Le marché peut être de dimension locale, nationale ou internationale. Les transactions peuvent porter sur des marchandises, par exemple l'automobile, des services comme le travail humain ou des produits financiers comme les actions qui s'échangent à la Bourse, appelée également « marché financier ». Sur tous ces marchés, une certaine quantité de produits est proposée aux acheteurs à un certain prix. Ces produits constituent l'offre. Les intentions d'achat des consommateurs constituent la demande.

Le marché permet la régulation de l'activité économique. Il est au cœur de l'économie libérale. Adam Smith, toujours dans la Richesse des nations, montre que le marché fonctionne comme une sorte de « main invisible » qui guide les intérêts individuels vers la satisfaction des besoins de la collectivité. Celui qui cherche à s'enrichir ne peut aboutir dans son projet qu'à la condition que ses produits puissent répondre aux attentes de ceux qui les achèteront. Si les produits ne correspondent pas à la demande ou s'ils sont d'un prix trop élevé, les consommateurs bouderont les produits proposés et notre producteur fera faillite. C'est ainsi que le marché permet de passer de la recherche égoïste du profit individuel à la satisfaction du plus grand nombre. Adam Smith entend par marché un marché où règne la concurrence. C'est grâce à la concurrence qui s'exerce entre les producteurs que les consommateurs peuvent bénéficier de produits de qualité, à des prix attractifs.

Selon l'économiste américain Paul Anthony Samuelson (né en 1915), prix Nobel d'économie en 1970, le marché assure également la régulation de l'économie dans la mesure où il permet de trouver des réponses aux trois grandes questions qui se posent en matière de production, de répartition et de consommation des richesses.

– Tout d'abord, le marché permet de répondre à la question : « que produire ? » Les entreprises, qui réalisent les biens et les services, les proposent aux consommateurs sur le marché. Les consommateurs, par leurs achats, ou leur absence d'achat, vont ainsi manifester leurs préférences à l'égard des entreprises. On parle alors de souveraineté du consommateur sur le marché.

– La deuxième question est « comment produire ? » Les quantités de facteurs de production disponibles sur le marché (la terre, le travail humain, le capital technique), de même que le prix des facteurs de production constitueront autant d'informations précieuses pour les chefs d'entreprise. Si les hommes qui désirent travailler sont en quantité insuffisante par rapport aux besoins des firmes, le chef d'entreprise substituera l'emploi de la machine au recours à la main-d'œuvre. Il agira de même si le prix du travail est trop élevé par rapport aux frais d'installation et d'entretien des machines.

– Le marché permet de répondre à la troisième question : « pour qui produire ? » La production est alors destinée à tous ceux qui possèdent un pouvoir d'achat suffisamment important pour se procurer les biens et les services auxquels ils aspirent.

1.4. L'économie capitaliste repose sur la recherche du profit

Le profit est le revenu de l'entrepreneur capitaliste. Dans la théorie économique, le profit est distinct du salaire, revenu du travail, et de la rente, revenu du propriétaire foncier. Le profit est un résidu, c'est-à-dire qu'il est égal au produit des ventes de l'entreprise auquel on retranche l'ensemble des charges comme les salaires, l'achat des matières premières et des machines, les impôts et taxes. Pour l'économiste autrichien Schumpeter (1883-1950), le profit est la rémunération de l'entrepreneur dynamique. Le chef d'entreprise qui met en œuvre une innovation, comme la création d'un nouveau produit ou l'introduction d'une nouvelle méthode dans la production, bénéficie d'un profit qui vient récompenser le dynamisme dont il a su faire preuve. Ce profit est un profit de monopole, mais à court terme. En effet, un industriel qui installe seul sur le marché un nouveau produit qui rencontre la faveur de l'ensemble des consommateurs va accroître ses marges de profit. Seulement, par un effet d'imitation, de nouveaux entrepreneurs vont à leur tour se lancer dans la fabrication du nouveau produit et, à moyen terme, les profits vont baisser.

1.5. Le capitalisme se caractérise par le rapport salarial

En effet, les employeurs, c'est-à-dire les chefs d'entreprise, sont juridiquement séparés des salariés. Les uns disposent de leur force de travail qu'ils vendent aux entreprises, les autres, propriétaires des instruments de production, achètent la force de travail à son prix de marché : le salaire. Il existe un marché libre du travail qui réunit des hommes libres. Cette distinction est importante dans la mesure où elle permet de différencier le capitalisme moderne du système économique des sociétés antiques et médiévales où le travail était régi par le système de l'esclavage ou du servage. Le rapport salarial est un rapport contractuel. Un individu accepte, par contrat, d'exercer une activité productive pour le compte d'un employeur. Ce contrat de travail peut être rompu par l'une ou l'autre des parties en présence dans le cadre de la législation du travail.

1.6. Enfin, l'économie capitaliste est fondée sur la généralisation de comportements rationnels d'un point de vue économique

Le sociologue allemand Max Weber (1864-1920), notamment dans un article qui fera date, L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme (1901), montre que le capitalisme repose sur la rationalisation des activités collectives. Weber entend par rationalité, ou processus de rationalisation, l'adaptation d'un ensemble de moyens en vue d'atteindre un objectif déterminé. Dans les sociétés précapitalistes, les difficultés économiques, comme par exemple l'insuffisance des récoltes, étaient perçues comme relevant d'une punition divine. Les pratiques religieuses, le recours à la magie, l'invocation du surnaturel étaient relativement fréquents. Les « nouvelles mentalités collectives » qui vont naître au xvie s., à la faveur de la diffusion du protestantisme (Weber a démontré que les entrepreneurs protestants ont su assimiler réussite commerciale et signe de prédestination), auront comme conséquence l'apparition d'attitudes et de comportements sociaux plus rationnels. Ainsi, lorsqu'un entrepreneur embauche des salariés en leur donnant des instructions précises quant à leur travail, lorsqu'il se procure les biens d'équipement nécessaires à la réalisation de la production, il agit rationnellement à l'endroit de son objectif prédominant, à savoir produire des biens économiques en vue de les vendre sur le marché. En même temps, il recherche par cette activité l'obtention du profit le plus important possible. Pour Weber, la rationalisation économique s'incarne dans le capitalisme moderne.

1.7. Conclusion

Ces caractéristiques qui permettent de définir le système capitaliste se retrouvent dans l'entreprise moderne. Ainsi l'économiste français François Perroux (1903-1987), dans le Capitalisme (1948), évoque l'entreprise comme le microcosme du capitalisme. L'entreprise est l'institution cardinale du capitalisme dans la mesure où elle associe la propriété privée, l'initiative individuelle, la division du travail, la séparation du travail et du capital à la recherche du profit par des stratégies rationnelles. L'économie capitaliste, régulée par le marché, est souvent entendue comme une économie d'entreprises.

2. Les grandes étapes du capitalisme

2.1. Introduction

Le capitalisme n'est pas un système immuable dans ses structures. Il se transforme au fur et à mesure de l'évolution des éléments qui le composent, notamment sous l'impulsion du progrès technique. Aussi distingue-t-on un capitalisme commercial qui se met en place vers la fin du Moyen Âge et qui perdurera jusqu'au milieu du xviiie s. Un capitalisme industriel et bancaire qui couvre le xixe s. Enfin le capitalisme contemporain, ou néocapitalisme, qui apparaît vers la fin du xixe s., mais qui se développera surtout après la Seconde Guerre mondiale.

2.2. Le capitalisme commercial des Temps modernes (xvie s., xviie s. et xviiie s.)

Le capitalisme dit « commercial » apparaît vers la fin du Moyen Âge. Pour l'historien français Fernand Braudel (1902-1985), les premiers soubresauts du capitalisme sont repérables à Venise dès le xive s. On y trouve, en gestation, les éléments d'un nouveau système économique qui progressivement remplaceront ceux de la société féodale : des marchés, des magasins, des foires, des changeurs et des banquiers. La capitale de la Vénétie devient une véritable plaque tournante pour toute une gamme de marchandises qui proviennent d'Europe, des îles du Levant ou des villes de l'Adriatique.

Les gouvernements ne seront pas en reste dans ce mouvement de mutations et d'enrichissement économiques. Les économistes de l'époque conseillent les princes dans le but d'accroître leurs richesses et celles de leurs sujets. Il s'ensuit une vague de grandes expéditions par-delà les océans à la recherche de nouvelles terres, suivies d'une période de colonisation et aussi… d'exploitation des richesses des pays conquis et des peuples colonisés. C’est par l'intermédiaire de sociétés par actions – précurseurs des sociétés de capitaux modernes –, que les riches négociants ont pu financer leurs expéditions. Cependant, le grand négoce est resté soumis pendant toute cette période au contrôle des gouvernements nationaux qui souhaitaient, au nom de la doctrine mercantiliste, préserver d'abord la richesse de l'État. Le système des plantations au xvie s. n'en est pas moins déjà révélateur d'une démarche capitaliste à l'échelle mondiale. La création des plantations aux Amériques a supposé des transferts de ressources d'un continent à un autre. On parlerait aujourd'hui de transferts de technologies et de savoir-faire, de même que de migrations professionnelles. Il a été nécessaire d'importer des plantes d'Afrique, on a usé du savoir-faire portugais pour l'exploitation de la canne à sucre, des colons ont dû quitter la vieille Europe pour le Nouveau Monde. Enfin, comme il fallait une main-d'œuvre abondante, les Occidentaux ont acheté des esclaves africains : c'est la « traite des Noirs ».

2.3. Le capitalisme industriel du xixe s.

Au capitalisme commercial va succéder, dans le courant du xviiie s., une nouvelle forme d'organisation économique articulée autour de l'entreprise capitaliste, de la concentration de grandes masses de travailleurs et, surtout, de l'utilisation du progrès technique. C'est en Grande-Bretagne que naît la révolution industrielle qui va complètement modifier les structures de l'économie européenne et progressivement, par effet d'imitation, celles de l'économie mondiale.

La première activité à être touchée par le progrès technique est le textile. Les grandes innovations du secteur textile comme la navette volante de John Kay, en 1738, ou le métier à tisser de Cartwright, mis au point en 1785, permettront d'accroître considérablement la production de tissu à un moment où la population européenne augmentait dans de grandes proportions. Mais c'est surtout la machine à vapeur de l'Écossais James Watt, mise au point entre 1769 et 1782, qui constituera la plus profonde rupture avec les modes de production antérieurs. Utilisée pour les transports terrestres et maritimes, la vapeur remplacera les forces naturelles (eau, vent, force humaine ou animale). Il s'ensuivra une augmentation sans précédent de la production et de la productivité du travail.

Parallèlement, on assiste à la création de l'entreprise moderne. Celle-ci suppose, à sa tête, un entrepreneur qui assume la mission de rechercher, dans son environnement, les ressources productives (matières premières, machines, main-d'œuvre), en vue de les agencer dans le cadre de la combinaison productive et de produire les biens et les services destinés aux consommateurs. Comme le souligne l'économiste américain Rostow, dans les Étapes de la croissance économique (1960), l'existence d'une classe d'entrepreneurs est indispensable à l'émergence d'une économie moderne.

Si l'entrepreneur investit, c'est-à-dire augmente son stock de capital (machines, instruments de production), il doit également embaucher des travailleurs pour faire tourner l'entreprise. Dans le système préindustriel ou précapitaliste, la production manufacturière est tirée d'une activité artisanale autonome, ce qu'on appelle le « domestic system » : un donneur d'ouvrage remet des matières premières et des outils à des travailleurs ruraux qui confectionnent, durant la morte saison, des produits manufacturés. Une fois les travaux réalisés, le donneur d'ouvrage les récupère et rémunère le travail accompli. Avec l'industrialisation, le « domestic system » disparaît au profit du « manufactory system ». Celui-ci suppose le rassemblement des ouvriers dans un même lieu à des fins productives. Ainsi naît, dans le courant du xixe s., une nouvelle classe sociale : celle des ouvriers d'industrie.

En même temps, le capitalisme va se développer en dehors de l'Europe et connaître une expansion internationale. L'extraction minière, le développement de l'industrie pétrolière nécessiteront la création d'entreprises multinationales pour alimenter le continent européen en matières premières énergétiques. Durant la phase industrielle du capitalisme, la régulation de l'activité économique a surtout été le fait du marché. L'État n'est pratiquement pas intervenu, suivant en cela les recommandations des économistes libéraux britanniques ou français. C'est une période de « laisser-faire » qui consacre le triomphe de l'initiative individuelle.

2.4. Le néocapitalisme du xxe s.

L'évolution contemporaine du capitalisme, appelé « néocapitalisme », se traduit par un certain nombre de transformations qui vont affecter en profondeur les structures économiques et sociales des pays occidentaux. Certaines d'entre elles sont repérables dès le dernier tiers du xixe s., d'autres prendront forme après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Indubitablement, le capitalisme a changé, qu'il s'agisse de la taille des entreprises, du régime de la concurrence ou de l'extension des marchés. Parallèlement, on peut noter une plus grande intervention de l'État dans l'économie.

L'une des principales modifications de l'économie capitaliste, vers la fin du xixe s., concerne la taille des entreprises. Si le capitalisme de la période industrielle se caractérise par l'existence d'un grand nombre d'entreprises petites et moyennes, le néocapitalisme voit le triomphe de la grande entreprise. L'entreprise moderne suppose la réunion de ressources financières sans comparaison possible avec les mises de fonds des premières unités de production capitaliste. Les équipements sont de plus en plus coûteux, la production est destinée à un nombre toujours plus important de consommateurs. Le prix des biens d'équipement, les dépenses de recherche-développement ne peuvent être rentables qu'à partir d'une certaine dimension en termes de parts de marché. L'entreprise du xxe s. est, par ce fait même, condamnée à la grande dimension dans un système qui associe la production de masse à la consommation de masse.

L'augmentation de la dimension de l'entreprise peut s'effectuer par la croissance interne, par l'investissement, c'est-à-dire l'accumulation du capital, ou par la croissance externe, qui repose sur la réunion de deux ou de plusieurs entreprises. Un chef d'entreprise, plus dynamique que les autres, rachète ou s'associe avec ses concurrents. Il s'ensuit que l'on se trouve face à un nombre de moins en moins important de firmes, mais ces dernières sont de plus en plus grandes. Le cas extrême de ce processus est l'apparition d'un monopole, c'est-à-dire une seule entreprise face à une multitude de clients-consommateurs. Les États ne sont pas restés passifs face aux dangers occasionnés par une situation de monopole. Ainsi les États-Unis furent-ils à l'origine d'une législation antitrust (Sherman Act de 1890 et Clayton Act de 1914).

La grande entreprise moderne présente également des changements du point de vue de ses structures juridiques et de l'organisation du pouvoir de direction. Dès le dernier tiers du xixe s., le développement des industries métallurgiques, de la chimie, de l'exploitation pétrolière a supposé la réunion de capitaux colossaux. Un seul propriétaire, ou un petit groupe de propriétaires, ne pouvait disposer d'une fortune suffisamment importante pour financer des activités donnant naissance à de tels empires industriels. Aussi le recours à l'épargne publique a-t-il été nécessaire. Progressivement, un grand nombre d'entreprises individuelles sont devenues des sociétés de capitaux, notamment sous la forme de la société anonyme. Les entreprises individuelles n'ont certes pas disparu, mais leurs activités sont souvent orientées vers le commerce, vers les services aux particuliers ou vers la sous-traitance destinée aux grandes entreprises.

La grande firme appartient à ses actionnaires, qui sont essentiellement intéressés par une augmentation de la valeur de leurs actions et la distribution de dividendes (revenu de l'action). De surcroît, la grande majorité des actionnaires n'a guère les compétences techniques pour prendre en charge les destinées de la firme. Aussi le pouvoir décisionnel dans la grande entreprise moderne passe-t-il des propriétaires (les actionnaires) à des managers recrutés en fonction de leur savoir-faire en matière de gestion et d'organisation d'entreprise. C'est ce que souligne l'économiste américain John Kenneth Galbraith, dans le Nouvel État industriel (1967), à partir d'une étude portant sur l'évolution du capitalisme américain depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Indépendamment des transformations qui ont affecté le monde de l'entreprise, l'évolution du capitalisme contemporain se caractérise également par une croissance de l'intervention de l'État par rapport au fonctionnement des seuls mécanismes spontanés du marché et de la concurrence. La grande crise des années 1930 et son cortège de chômage et de faillites ont souligné l’incapacité du marché à s’autoréguler. Dans sa Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (1936), l'économiste britannique John Maynard Keynes (1883-1946) préconise l'adoption de politiques fiscale et monétaire réfléchies pour stabiliser l'économie et assurer ainsi le retour au plein emploi. En 1942, durant la Seconde Guerre mondiale, le député libéral britannique William Henry Beveridge rédige un rapport, Social Insurance and Allied Services. Ce document sera à l'origine de l'« État providence » ou « Welfare State ».

Parallèlement aux politiques économiques de soutien de l'activité, de recherche de la croissance et de lutte contre le chômage vont naître des politiques sociales destinées à protéger les individus en cas de détérioration de leurs conditions de vie (maladie, vieillesse, chômage). Le capitalisme moderne n'est plus seulement fondé sur la libre entreprise et le marché concurrentiel, il est articulé à partir d'un système d'économie mixte qui associe les mécanismes du marché et l'interventionnisme étatique.

Ce système n’en met pas pour autant le capitalisme à l’abri de toute épreuve. Dans les années 1970, il a traversé une nouvelle crise, caractérisée par la conjonction de deux fléaux, l'inflation et le chômage. Jusque-là, les économistes avaient toujours considéré qu'ils ne pouvaient pas sévir simultanément ; en effet, le chômage était caractéristique des périodes de récession, et l'inflation des périodes de prospérité. Cependant, dans les années 1970, un taux de chômage élevé a coïncidé, dans les pays industrialisés d'Europe comme aux États-Unis, avec une forte inflation. À cause de cette stagflation, les gouvernements ont été confrontés à un dilemme, la lutte contre l'inflation provoquant une recrudescence du chômage, et la résorption du nombre des chômeurs relançant la hausse des prix et des salaires.

Pour sortir de la crise, une solution a été de revenir aux « fondamentaux » du capitalisme du laisser-faire. Cette politique a particulièrement été appliquée aux États-Unis, à partir de l’arrivée de Ronald Reagan à la Maison-Blanche (1980), et au Royaume-Uni, dirigé parMargaret Thatcher(1979). Par delà ses succès et ses échecs, cette politique a conduit au fil du temps à l’hypertrophie incontrôlée des marchés financiers, lancés dans une recherche du profit alliant prises de risque inconsidérées et déconnection des réalités de l’économie réelle. Le résultat de cette course à l’abîme, alimentée par le faible coût du crédit, a été l’effondrement de pans entiers de l’économie américaine et, par voie de conséquence, l’entrée en récession de l’économie mondiale à partir des années 2007-2008. Afin de relancer la croissance et d’enrayer la hausse du chômage, les gouvernements occidentaux, reniant pour certains leur credo économique libéral, se sont engagés dans des politiques volontaristes de soutien à l’activité, allant, comme au Royaume-Uni, jusqu’à recourir à la nationalisation.

3. Que faut-il penser du capitalisme ?

Le capitalisme, en tant que système économique et social, a été abondamment dénoncé, notamment par Marx et les marxistes. La tradition keynésienne le reconnaît comme efficace, à condition que durant les moments de crise et de chômage l'État appuie le marché. Les économistes libéraux, quant à eux, font l'apologie du système capitaliste tout en rejetant l'intervention de l'État.

C'est le philosophe et économiste Karl Marx (1818-1883) qui s'est montré le plus virulent à l'endroit du capitalisme. Dans de nombreux ouvrages, en particulier le Capital (1867), il condamne, sans circonstances atténuantes, le capitalisme. Sur le marché du travail, les propriétaires des moyens de production, c'est-à-dire la bourgeoisie capitaliste, achète la force de travail à un prix, le salaire, qui s'avère inférieur à la valeur créée par les ouvriers. Cette différence entre le salaire payé à l'ouvrier et la valeur qu'il peut produire constitue ce que Marx appelle la « plus-value ». Il s'agit d'un surtravail qui caractérise l'exploitation par la classe dominante, celle des propriétaires, de la classe des ouvriers. Pour Marx, le capitalisme n'est rien d'autre que la domination des forces du capital sur les forces du travail. Il appelle de tous ses vœux le déclenchement d'un processus révolutionnaire qui renversera la bourgeoisie en supprimant la propriété privée des moyens de production. La classe ouvrière, une fois parvenue au pouvoir, prendra en main la conduite de l'économie et permettra l'instauration du socialisme.

L'analyse marxiste a été renouvelée, au début du xixe s., par plusieurs auteurs, tels Rosa Luxemburg (1870-1919) et Lénine (1870-1924). Ce dernier, dans l'Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916), montre que la collusion du capitalisme industriel et financier, appuyé par les gouvernements des pays riches, se traduit par l'exploitation des populations des pays pauvres. Le capitalisme serait alors un système d'exploitation à l'échelle planétaire.

Keynes et les keynésiens ne remettent pas en cause la propriété privée ni le marché comme instrument de régulation de l'activité économique. Néanmoins, en période de crise, à partir du moment où le chômage augmente, ils estiment nécessaire que l'État intervienne par des politiques économiques adaptées. Une relance de l'activité générée par des augmentations de salaires ou des investissements publics sous forme de grands travaux peuvent redonner une nouvelle vigueur à l'économie en dehors de la simple régulation par le marché. L'objectif de ces politiques interventionnistes est déterminé par la recherche de la croissance la plus élevée possible, le plein-emploi et la stabilité de la monnaie et des échanges extérieurs.

Les économistes qui adhèrent au courant libéral défendent le capitalisme, qui leur semble le système le mieux adapté à l'efficacité optimale de l'économie. La juxtaposition de l'initiative individuelle et de la propriété privée de l'entreprise, l'équilibre de l'offre et de la demande sur le marché des biens et des services ainsi qu'un État minimal leur semblent un gage de progrès économique et social. Quant aux éventuels déséquilibres comme le chômage, ils tendent, selon eux, à disparaître d'eux-mêmes à la seule condition que l'État n'intervienne pas par des politiques aussi inutiles qu'intempestives.