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syndicalisme

Mouvement ayant pour objectif de grouper des personnes exerçant une même profession en vue de la défense de leurs intérêts.

Unité et diversité du syndicalisme

La notion de défense des intérêts des membres d'un syndicat (du grec sun, « avec », « ensemble », et dikê, « justice ») regroupés sur une base professionnelle n'a cessé de s'étendre depuis les débuts du syndicalisme, à la fin du xviiie et au début du xixe s., jusqu'à nos jours. Le syndicalisme a toujours placé au centre de ses préoccupations les revendications concernant le salaire (augmentation ou maintien), le travail (réduction de sa durée quotidienne, hebdomadaire ou annuelle, établissement puis élargissement des congés, prise en compte de sa dangerosité, cadences imposées), l'emploi (maintien, mensualisation ou titularisation). Ces revendications initiales se sont rapidement élargies. Illégaux et quelquefois contraints à la clandestinité au début de leur existence, les syndicats ont réclamé leur légalisation et se sont efforcés d'obtenir les meilleures conditions d'exercice de leurs activités.

Au niveau politique, les syndicats peuvent être amenés à prendre position contre les régimes réduisant les libertés. Ils peuvent aussi considérer que tel ou tel conflit international est contraire à l'intérêt des travailleurs ou, à l'inverse, que leur participation à tel ou tel effort de guerre est nécessaire.

Au niveau de l'entreprise, les syndicats cherchent à accentuer leur influence par la reconnaissance de la section syndicale mais aussi par leur participation à des comités d'entreprise ou à des commissions paritaires. Les syndicats britanniques sont allés le plus loin dans cette voie en obtenant des dispositions consacrant leur puissance dans l'entreprise, en contrôlant l'embauche (closed shop) ou en obtenant que la cotisation syndicale soit retenue par l'employeur sur la feuille de paie du salarié et reversée au syndicat (check off). Quelquefois, les syndicats peuvent être amenés à gérer l'entreprise (autogestion). Certains d'entre eux prônent la révolution sociale et assignent au syndicat un rôle de gestion de l'entreprise dans une société future plus égalitaire.

Une des tâches du syndicalisme est l'établissement des priorités parmi les revendications, c'est-à-dire la mise au point d'une stratégie syndicale. Celle-ci doit tenir compte du degré de détermination des adhérents, de la résistance de l'employeur, de l'attitude de l'État et de l'opinion publique. Une fois élaborées, les revendications syndicales sont popularisées par prises de parole, tracts, journaux, affiches et présentées à l'employeur afin d'obtenir l'ouverture d'une négociation. Si celle-ci échoue ou s'avère impossible, l'étape suivante est celle de l'action directe qui peut prendre plusieurs formes : le boycott (refus d'acheter tels produits fabriqués par telle entreprise), le label (marque syndicale apposée sur un produit pour en recommander l'achat), le sabotage (travail mal fait ou fait « à la douce »), quasiment abandonné parce que fortement dévalorisant pour le monde ouvrier, et, surtout, la grève, forme la plus achevée et la plus spectaculaire de l'action syndicale. La grève dénoue une situation conflictuelle au niveau d'une entreprise ou d'un pays. Dans cette perspective, le rôle des syndicats est de donner un sens à l'arrêt de travail et de le contrôler ; les syndicats faisant figure de régulateurs sociaux capables d'éviter des pulsions désordonnées de la part des salariés grévistes (grève sauvage).

Les conditions dans lesquelles naît et se développe le syndicalisme sont de divers ordres. La première d'entre elles est l'industrialisation. Le syndicalisme débute dans l'Angleterre industrielle à l'orée du xixe s. Les autres parties du monde sont touchées en fonction de leur degré d'industrialisation. Des syndicats apparaissent ensuite dans les services et l'agriculture. Une relation doit également être établie entre syndicalisme et urbanisation. Phénomène minoritaire à ses débuts, le syndicalisme a besoin de grandes concentrations humaines pour naître et se développer. Les grandes villes sont des lieux privilégiés pour l'essor syndical. Entrent aussi en ligne de compte les facteurs nationaux. C'est dans le cadre national que le syndicalisme se meut avec le plus d'aisance. Au titre des facteurs politiques influant sur la forme que peut prendre le syndicalisme, l'interdiction des syndicats par les régimes dictatoriaux ou autoritaires suscite souvent la constitution de syndicats combatifs voire révolutionnaires, tandis que, dans le cadre de régimes démocratiques, le syndicalisme, même initialement révolutionnaire, finit par prendre une forme plus apaisée. Enfin, des facteurs de mentalité, reflets des idées dominantes à telle ou telle époque, sont à prendre en compte. C'est ainsi que pendant des décennies le syndicalisme a peu syndiqué les femmes du fait de l'attitude sexiste de nombreux syndicalistes. Aujourd'hui encore, la place des femmes dans le syndicalisme est souvent très inférieure à celle qu'elles occupent dans la population salariée. D'autres faits de mentalité pèsent sur le syndicalisme : un racisme plus ou moins affirmé, qui conduit par exemple certains syndicats à ne faire qu'une place réduite à des adhérents d'origine étrangère ; le productivisme, qui engendre la croyance en une liaison mécanique entre augmentation de la production et satisfaction des revendications ouvrières ; la sous-estimation des précautions à prendre au niveau de l'entreprise ou de l'environnement face à des dangers nouveaux comme la pollution chimique ou la pollution nucléaire.

Les différentes catégories de syndicalisme

Une des questions les plus importantes qui se posent au syndicalisme depuis ses débuts est celle des rapports avec la politique, et plus précisément avec les partis politiques. Plusieurs attitudes, à l'origine de divers modèles syndicaux, sont à cet égard possibles. Ainsi, un premier modèle est dit « corporatiste » parce qu'il se soucie quasi exclusivement des intérêts les plus immédiats des salariés. Cette caractéristique prévaut dans les premiers syndicats de métiers nés dans le milieu des ouvriers très qualifiés. Aux États-Unis, la tradition corporatiste a toujours été largement représentée dans le syndicalisme. Le modèle travailliste se constitue en Grande-Bretagne, où les syndicats, sans abandonner leur rôle revendicatif, recherchent la modification de la législation sur le travail par l'intervention au niveau parlementaire d'un parti du Travail (ou parti travailliste) constitué à cette fin par eux.

Dans la perspective du modèle socialiste de type marxiste, le parti socialiste crée des syndicats qu'il contrôle, à qui il laisse une certaine marge de manœuvre sans jamais cesser de se considérer supérieur aux syndicats. Ce modèle s'est particulièrement affirmé dans les pays germaniques. Issu du modèle socialiste de type marxiste, le modèle léniniste (ou communiste) accentue ce dernier caractère en faisant des syndicats une courroie de transmission du parti. Le modèle d'origine anarchiste est proche du modèle socialiste de type marxiste en ce qu'il s'agit là aussi du binôme organisation politique/organisation syndicale avec suprématie de la première sur la seconde. Il arrive souvent que l'organisation politique, frappée de répression ou de discrédit, s'affaiblisse alors que le syndicat demeure fortement marqué par l'idéologie révolutionnaire d'origine. On peut alors parler d'anarcho-syndicalisme. À propos de la C.G.T. d'avant 1914, le terme de « syndicalisme révolutionnaire » doit être préféré à celui d'anarcho-syndicalisme, car l'idéologie de la C.G.T. réalise alors une synthèse entre anarchisme, blanquisme et allemanisme.

La place prépondérante prise par les idéologies révolutionnaires (socialisme, communisme, anarchisme) dans le syndicalisme est due au fait qu'elles sont extrêmement valorisantes pour le monde ouvrier, à qui elles assignent un rôle fondamental dans la destruction du capitalisme et l'avènement d'une société nouvelle. Néanmoins, en s'installant dans la durée, le syndicalisme perd bien souvent sa pugnacité originelle, et ceci d'autant plus qu'il a élargi son champ d'activités à la gestion de multiples organismes (mutuelles, coopératives, voire véritables entreprises). Cela peut conduire les syndicats à une intégration de fait dans une société qu'il leur est alors de plus en plus difficile de contester radicalement.

À la fin du xixe s., l'Église catholique, en raison de sa structure hiérarchisée, de sa forte cohésion idéologique et du fait qu'elle s'est dotée d'une véritable doctrine sociale, est à l'origine d'une forme particulière de syndicalisme, le syndicalisme chrétien, ou syndicalisme blanc (par opposition au syndicalisme rouge des révolutionnaires), subordonné à la hiérarchie religieuse (les premiers syndicats chrétiens sont encadrés par des prêtres).

Initialement hostile aux syndicats, l'État libéral finit cependant par les reconnaître en traçant un cadre légal à leur fonctionnement, en contrariant leur action mais sans chercher à exercer un véritable contrôle. Tout autre est l'attitude des États forts. La mise en place, à compter de 1917 en Russie puis dans de nombreux autres pays, de régimes de type communiste conduit à transférer sur l'État la subordination du syndicat au parti qui existait dans la conception marxiste des rapports entre syndicalisme et politique. Ainsi naît un modèle soviétique de syndicalisme, dans lequel le syndicalisme se voit assigner des tâches de gestion qui occultent de plus en plus son rôle originel de revendication. Ce modèle est présent dans maints régimes socialistes tiers-mondistes souvent issus de la décolonisation. Dans l'un ou l'autre cas, il s'agit de régimes politiques qui entendent valoriser le monde ouvrier, fût-ce en le domestiquant, et qui puisent dans un syndicalisme pré-existant.

Semblable dans la forme, puisque soumettant également le syndicalisme à leur pouvoir, est l'attitude des États de type fasciste. Le syndicalisme argentin, lié au pouvoir populiste péroniste, représente un cas à part en se situant plus près des syndicalismes de type soviétique ou tiers-mondiste que fasciste.

On peut distinguer plusieurs catégories de syndicalisme : un syndicalisme de revendication et de contrôle de type corporatiste (États-Unis), un syndicalisme réformiste social-démocrate (Allemagne, Scandinavie, Royaume-Uni), un syndicalisme chrétien réformiste (dans divers pays), un syndicalisme de revendication et d'opposition révolutionnaire (syndicats anarchistes, communistes), un syndicalisme officiel associé au pouvoir d'État souvent contesté par des syndicats clandestins.

Les grands traits de l'histoire du syndicalisme

Naissance et affermissement (fin xviiie s.-1914)

Le syndicalisme qui naît en Europe occidentale et en Amérique du Nord à la fin du xviiie s. et au début du xixe s. a ses racines dans les nombreuses associations ouvrières telles que les mutuelles, les sociétés d'entraide ou fraternités. La révolution industrielle qui touche alors ces parties du monde permet ce passage de l'ancienne forme d'association ouvrière au syndicalisme moderne. La syndicalisation intéresse tout d'abord les ouvriers les plus qualifiés (l'aristocratie ouvrière), s'étend aux autres catégories ouvrières au milieu du xixe s. et atteint les employés au début du xxe s. Les premiers syndicats apparaissent dans les années 1820 en Grande-Bretagne (trade-unions ou unions de métiers), aux États-Unis, en Australie, puis en France et en Belgique, un peu plus tard dans les autres pays européens ou en Amérique latine. Clandestins, tolérés mais en butte à l'hostilité patronale et étatique, les syndicats sont légalisés à des dates très variables selon les pays : dès 1824 en Grande-Bretagne (reconnaissance élargie en 1874-1875) ; dans les années 1860 dans les États allemands ; en 1884 en France.

Même si nombre de syndicats sont marqués par le mutuellisme (entraide réciproque) en Europe ou en Amérique latine, les plus dynamiques sont ceux qui sont influencés par la politique. Le radicalisme égalitaire inspire les syndicats britanniques, l'idéal de la révolution américaine imprègne ceux des États-Unis comme l'idéal républicain les Français, tandis que l'empreinte maçonnique se retrouve chez les Chevaliers du travail (1869) comme dans divers syndicats latino-américains.

Mais ce sont incontestablement le socialisme et l'anarchisme qui exercent l'attraction la plus forte et la plus durable. Dès 1864, l'Association internationale des travailleurs (A.I.T.), fondé par Karl Marx, a l'ambition d'impulser toutes les formes d'organisation ouvrière, politique ou syndicale, tâche que s'assigne après la disparition de l'A.I.T. la IIe Internationale, née en 1889. La place qu'occupent les syndicats socialistes est considérable dans le monde. L'intervention des partis socialistes est souvent directe dans la création de syndicats nationaux. C'est le cas en Allemagne en 1868, lorsque le parti social-démocrate fonde la Ligue des syndicats allemands ; en 1890, en Belgique, lorsque le parti ouvrier belge décide la constitution d'une Commission des syndicats qui joue le rôle d'une confédération, ou en 1893, en Autriche, où le parti social-démocrate crée également une Commission syndicale. Sont également d'inspiration socialiste l'éphémère Fédération nationale des syndicats (1886-1895) créée en France par les guesdistes, l'Union générale du travail espagnole (1888), la C.G.T. suédoise (1899), la Confédération générale du travail italienne (C.G.L., créée en 1906 et devenue la C.G.I.L. en 1944) et la Commission générale syndicale de Roumanie (1906), ainsi que bien d'autres syndicats en Europe ou en Amérique latine. La constitution par le Trades Union Congress (TUC) britannique (créé en 1868) d'un parti du Travail, ou parti travailliste, se fait également avec la participation de socialistes. Il en va de même en Australie. L'influence anarchiste sur les syndicats est forte en Italie, en Espagne (où la Confédération nationale du travail regroupe en 1911 les syndicats de cette sensibilité), en France (sur la C.G.T., née en 1895), et dans de nombreux pays d'Amérique latine.

Dans la seconde moitié du xixe s., la pression syndicale ne s'exerce plus seulement au niveau économique dans les entreprises, mais également au niveau politique, soit par l'intermédiaire des partis de type libéral soit directement par les partis travaillistes. C'est ainsi que des lois sociales sont votées en Allemagne dès les années 1860, en Grande-Bretagne et en Australie au tournant du siècle, etc. Pourtant, ce type d'action a ses limites et les syndicats ne renoncent pas à la grève ou aux manifestations ponctuelles. La fin du xixe s. et le début du xxe s. sont fertiles en grands mouvements de grèves qui touchent la plupart des pays où les syndicats sont implantés. Certaines grèves ayant tourné à la tragédie du fait de l'affrontement avec les forces de l'ordre ont marqué la mémoire ouvrière : Chicago (2 mai 1886), Fourmies (1er mai 1891), Iquique (1907), Dublin (1913), Ancône (1914).

De 1914 à 1945

Cette période est marquée par les bouleversements qu'apportent les deux guerres mondiales, la naissance de l'U.R.S.S. et l'installation de régimes de type fasciste. L'éclatement du conflit mondial en 1914 divise le syndicalisme. Les syndicats serbes, irlandais, portugais, grecs, une partie des syndicats italiens, bulgares et l'Industrial Workers of the World (IWW) des États-Unis refusent de se rallier à leurs gouvernements respectifs pour soutenir l'effort de guerre. Au contraire, ce ralliement est, soit par conviction, soit en raison d'une forte pression nationaliste, le fait des syndicats allemands, autrichiens, britanniques, français et de l'AFL (American Federation of Labor) des États-Unis. Ces derniers se retrouvent subitement associés à des tâches de gestion et obtiennent, moyennant le renoncement à la grève et le soutien à l'augmentation de la production, une reconnaissance par le gouvernement et le patronat, le vote de lois sociales et des promesses de réformes pour l'après-guerre. Ce ralliement à une pratique réformiste jusque-là souvent réprouvée suscite cependant des résistances au sein de tous les syndicats et provoque une poussée gréviste dans toute l'Europe belligérante en 1917, année où survient en Russie la révolution bolchevique qui fait déferler sur le mouvement ouvrier international une vague révolutionnaire amplifiée par les souffrances de la guerre. La plupart des pays européens connaissent alors d'importants mouvements de grèves et une radicalisation du mouvement syndical (France, Italie), tandis qu'en Russie soviétique se met en place un nouveau syndicalisme de gestion au service de l'État et du parti.

Au début des années 1920, le syndicalisme entre dans une période difficile. Aux États-Unis, la vigueur de la répression contre l'aile radicale du syndicalisme opposée à la guerre et à l'intransigeance du patronat affaiblit considérablement les syndicats ; ceux-ci se montrent peu actifs durant les années 1920 avant que la crise économique de 1929 ne vienne encore les amoindrir.

En Europe occidentale apparaît un nouveau syndicalisme communiste, activiste et radical mais minoritaire (C.G.T.U. française) qui prend position contre les campagnes du Rif. D'une façon générale, la conjoncture politique et économique est défavorable au syndicalisme européen. L'instauration de régimes dictatoriaux en Italie (1927), en Allemagne et au Portugal (1933), en Bulgarie et en Grèce (1936) entraîne l'élimination des syndicats tandis que les syndicats insurgés sont militairement réprimés en Autriche (février 1934) ainsi que dans les Asturies (octobre 1934).

La fin des années 1930, au contraire, représente une embellie pour le syndicalisme. Aux États-Unis, l'élection en 1932 du président démocrate Franklin Roosevelt est suivie en 1935 du vote de la loi Wagner et de diverses lois sociales qui suscitent une forte croissance syndicale dont profite l'AFL avant d'être affaiblie par la scission de son aile gauche, le CIO (Congress of Industrial Organizations), en 1938. En France et en Espagne, la victoire des Fronts populaires permet une extraordinaire avancée du syndicalisme au printemps 1936, stoppée en Espagne par le putsch militaire du 18 juillet et en France par l'échec de la grève du 30 novembre 1938. En Suède, l'accord de Saltsjöbaden (1938) institue une procédure paritaire pour régler les conflits du travail, symbole d'un modèle suédois de relations sociales apaisées qui va être proposé en exemple.

Contrairement au premier conflit mondial, qui avait divisé le syndicalisme, la Seconde Guerre mondiale qui éclate en 1939 provoque des réactions identiques d'opposition aux puissances de l'Axe dans le syndicalisme nord-américain et européen. Tandis que les syndicats des États-Unis et de Grande-Bretagne prennent toute leur part à l'effort de guerre, obtenant ainsi des avantages substantiels, les syndicats des pays européens occupés par l'Allemagne nazie ou ses satellites se reconstituent dans la clandestinité et participent à la Résistance dont ils contribuent à infléchir le programme de l'après-Libération dans un sens favorable à leurs revendications, comme en témoigne le programme du Conseil national de la Résistance français.

Dans le reste du monde, cependant, la période 1914-1945 n'a pas pour le syndicalisme les mêmes caractères qu'en Europe et en Amérique du Nord. Le Première Guerre mondiale a épargné l'Amérique latine, l'Afrique du Nord et l'Asie, la Seconde n'a pas touché l'Amérique latine. De plus, les pays d'Afrique du Nord et du Sud-Est asiatique étant des colonies d'États européens, leurs syndicats se doivent d'intégrer la question nationale dans leur stratégie, question que ne peuvent également ignorer les syndicats des États indépendants d'Amérique latine, de Chine et du Japon soumis à la domination économique des pays riches.

En Amérique latine, les espoirs révolutionnaires suscités par le succès de la révolution bolchevique renforcent tout d'abord l'anarcho-syndicalisme, qui jette ses derniers feux de 1917 à 1927. Toutefois, si la grande grève de São Paulo (1917) est une réussite, d'autres mouvements provoquent des répressions sanglantes en Argentine (Buenos Aires [1919], Patagonie [1921]), chez les mineurs boliviens (1923) et chiliens (1927). Dès lors, l'influence anarcho-syndicaliste est en recul face au syndicalisme d'inspiration socialiste ou communiste qui joue un rôle important dans la constitution de Fronts populaires sur le modèle européen, notamment au Chili, en Uruguay et au Brésil. L'originalité de cette région du monde tient cependant à l'apparition d'un type nouveau de syndicalisme en liaison étroite avec le pouvoir d'État : au Mexique à travers la Confédération régionale ouvrière mexicaine (née en 1918) et en Argentine, à partir de 1943, lorsque le général Perón s'appuie sur les syndicats.

Au Japon et en Chine, les premières manifestations du mouvement ouvrier datent du milieu des années 1890, mais elles demeurent encore modestes en raison du caractère récent de l'industrialisation au Japon et de sa faiblesse en Chine. Toutefois le syndicalisme japonais s'affirme dès avant 1914 malgré la répression gouvernementale (la grève reste un délit de 1900 à 1945), alors que les syndicats chinois émergent surtout au début des années 1920. Les premiers syndicats japonais sont d'inspiration chrétienne socialisante avant de passer sous influence anarcho-syndicaliste, communiste et socialiste au lendemain de la Première guerre mondiale. En Chine, les syndicats appuient le mouvement républicain de 1921 avant de passer sous contrôle communiste et de prendre une orientation anti-impérialiste. L'extrême avancée de ce syndicalisme communiste se situe en 1927 avec la grève insurrectionnelle de Shanghai brisée par le Guomindang, qui prend dans les années 1930 le contrôle des syndicats tandis que les communistes font désormais porter l'essentiel de leurs efforts sur la lutte armée dans les campagnes. Au Japon également, une forte répression contre le mouvement syndical révolutionnaire favorise le triomphe d'un syndicalisme nationaliste et corporatiste proche du pouvoir.

Dans l'immense empire des Indes britanniques, la véritable naissance du syndicalisme est postérieure à la Première Guerre mondiale. Les petits syndicats nés avant 1914 dans les grandes villes de Bombay, Calcutta, Madras s'unifient dans le Congrès pan-indien des syndicats (AITUC) né en 1920 à l'initiative du parti nationaliste et réformiste du Congrès. Légalisés en 1926 par le colonisateur britannique, les syndicats sont de plus en plus marqués par l'influence communiste. La Seconde Guerre mondiale trouve un syndicalisme indien divisé, les syndicalistes communistes soutenant l'effort de guerre britannique par antifascisme (obtenant ainsi le vote des lois sociales), ce que refusent de faire les syndicalistes du Congrès.

Dans l'Asie du Sud-Est colonisée par les Pays-Bas (Indonésie), la France (Indochine), la Grande-Bretagne (Malaisie), les débuts du syndicalisme avant 1914 ne touchent que les noyaux ouvriers des mines ou des plantations. Si, en Indonésie, le syndicalisme de l'entre-deux-guerres est marqué par une rivalité entre communistes et islamistes, l'influence des premiers est prépondérante au Viêt Nam, où, malgré une dure répression, de nombreuses grèves sont organisées dans les années 1930. On retrouve les mêmes clivages intra-syndicaux entre communistes et nationalistes dans l'entre-deux-guerres en Turquie et en Égypte tandis qu'en Palestine sous mandat britannique se développent un syndicalisme arabe et un syndicalisme juif.

Enfin, dans les trois pays d'Afrique du Nord sous domination française, le syndicalisme est d'abord le fait des Européens, les autochtones ne pouvant accéder aux postes de responsabilité en Algérie et au Maroc. On y note l'écho des divisions syndicales françaises, une notable influence communiste et surtout l'essor précoce d'un syndicalisme proprement tunisien avec la création en 1925 d'une C.G.T. tunisienne.

De 1945 à nos jours

C'est la période de la reconnaissance par tous les États du monde non seulement du droit syndical lui-même mais aussi de la validité des revendications essentielles du syndicalisme à travers la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée par l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations unies le 10 décembre 1948. Cette déclaration stipule : « Toute personne a le droit de fonder avec d'autres des syndicats et de s'affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts » (article XXIII, 4°). En même temps, elle reconnaît à chaque individu le droit à la sécurité sociale, la satisfaction des droits économiques sociaux et culturels indispensables à sa dignité (article XXII), le droit au travail, à la protection contre le chômage, à un salaire égal pour un travail égal, à une rémunération équitable (article XXIII, 1°,2°,3°). Même si, bien souvent, ces dispositions ne sont pas partout suivies d'effets, il est légitime de voir dans cette déclaration le reflet d'une situation nouvelle, qui va bien au-delà de la participation syndicale à l'Organisation internationale du travail (O.I.T.) créé en 1919 par la Société des Nations. Une autre manifestation de l'optimisme né de la victoire alliée sur les forces de l'Axe est la fondation en octobre 1945 de la Fédération syndicale mondiale (F.S.M.), qui rassemble la plupart des confédérations syndicales à l'exception de l'AFL des États-Unis et des syndicats chrétiens regroupés depuis 1919 dans la Confédération internationale des syndicats chrétiens (C.I.S.C.). Toutefois, la guerre froide rompt rapidement cette belle unité et, dès 1949, les syndicats non communistes créent la Confédération internationale des syndicats libres (C.I.S.L.) tandis que la C.I.S.C. se transforme en 1968 en Confédération mondiale du travail (C.M.T.).

En Europe occidentale, le syndicalisme occupe après 1945 une place importante dans la vie politique et économique du fait qu'il est associé tout à la fois à l'effort de reconstruction des pays touchés par la guerre et aux grandes réformes sociales, notamment en Grande-Bretagne et en France. C'est alors que se dessine le paysage syndical qui va perdurer durant plusieurs décennies : montée en puissance du syndicalisme communiste en France, en Italie et en Grèce ; affirmation nouvelle du syndicalisme chrétien non seulement en Italie mais aussi au Benelux et en France ; maintien de la domination du syndicalisme socialiste en Grande-Bretagne sous sa forme travailliste, réapparition de ce même syndicalisme socialiste en Allemagne fédérale et permanence d'un syndicalisme officiel sous tutelle de l'État en Espagne et au Portugal.

De 1945 au début des années 1970, la prospérité économique permet au syndicalisme de maintenir presque partout l'essentiel de ses forces même si la vigueur des luttes inter- et intra-syndicales provoque de sérieuses érosions en adhérents. De plus, l'ensemble des syndicats européens doit assumer une fonction de gestion des organismes paritaires mis en place depuis 1945. Cela n'exclut pas une forte contestation sociale qui culmine en 1968 en France et en Italie et aboutit à des mesures sociales ainsi qu'au rajeunissement des syndicats. Mais le renversement de la conjoncture économique au début des années 1970 provoque de graves difficultés au sein des syndicats. Les fermetures d'entreprises, la montée du chômage entraînent une crise du syndicalisme, aggravée dans certains pays par des politiques antisyndicales (celle de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne) et marquée par une chute des effectifs plus ou moins importante selon les pays (forte en France, beaucoup moins en Scandinavie ou en Belgique).

L'histoire du syndicalisme est différente et obéit à des rythmes particuliers en Europe orientale, où la conjoncture économique mondiale a moins d'importance puisque l'ensemble de ces pays est soumis jusqu'en 1989-1990 à une économie de type socialiste étatique. Au lendemain de la Libération de 1945, le modèle syndical soviétique s'étend progressivement à l'ensemble des démocraties populaires, de la Pologne et de l'Allemagne de l'Est à la Tchécoslovaquie, à la Hongrie, à la Bulgarie, à la Roumanie et à l'Albanie – la Yougoslavie constituant rapidement un cas à part depuis l'instauration d'un syndicalisme autogestionnaire possédant une certaine autonomie revendicative. Ailleurs, le rôle contestataire habituel des syndicats est très fortement limité. Pourtant, à plusieurs reprises, les revendications ouvrières parviennent à se faire jour malgré une dure répression en Allemagne (1953), en Hongrie et en Pologne (1956), en Tchécoslovaquie (1968), y compris à travers les syndicats officiels. À partir de 1980, un syndicat polonais illégal, Solidarność, devient le porteur non seulement des revendications économiques ouvrières mais de l'ensemble des revendications démocratiques de la société polonaise jusqu'à être l'artisan principal de la chute du régime communiste en 1989-1990.

Aux États-Unis, la fin de la Seconde Guerre mondiale est marquée par une forte recrudescence des grèves (1945-1948) bientôt stoppée par les dispositions hostiles au syndicalisme de la loi Taft-Hartley (1947). La décennie des années 1950 est celle du développement de la société de consommation. Le niveau de vie ouvrier progresse fortement, les syndicats augmentent leurs effectifs mais deviennent plus conformistes et inattentifs aux grands problèmes sociaux de l'heure et le mouvement des « Sixties » se déroule en dehors d'eux. Quoiqu’il en soit, AFL et CIO fusionnent en 1955 et forment l'AFL-CIO, qui rassemble alors 12 millions d'adhérents. Les difficultés économiques des années 1970-1980 et la politique hostile du président Ronald Reagan diminuent leur audience. Cependant, la décennie 1990 leur est plus favorable avec la double présidence de Bill Clinton. Au Canada, le syndicalisme n'a pas les mêmes difficultés, ne connaissant qu'un léger fléchissement au cours des années 1980, tandis qu'émerge un syndicalisme québécois plus radical.

En Amérique latine, le syndicalisme est aussi en expansion dans les années 1950-1960 au Brésil, au Guatemala, au Pérou, au Chili, au Mexique, et surtout, en Argentine et en Bolivie. En Argentine, le soutien que le gouvernement péroniste apporte aux syndicats n'empêche aucunement ceux-ci de jouer leur rôle revendicatif. En Bolivie, l'intervention armée des syndicats de mineurs, rétablit au pouvoir le président destitué par l'armée (1952) et permet l'instauration de la cogestion des mines d'étain. Cet impétueux développement syndical est stoppé au cours des deux décennies suivantes par une série de coups d'État qui installent des dictatures militaires à caractère terroriste au Guatemala (1954), en Argentine (1955), en Bolivie et au Brésil (1964), au Chili (1973). Les syndicats sont décapités, la grève souvent interdite. Seul le syndicalisme péroniste conserve l'essentiel de ses forces dans la clandestinité, le syndicalisme brésilien ne réapparaissant qu'à partir de 1973. D'une façon générale, la fin des dictatures survenant à des dates variables provoque partout la renaissance des syndicats. Sont à l'écart de cette périodisation les syndicats du Mexique, de Cuba et du Nicaragua parce que liés respectivement au Partido revolucionaro institucional (P.R.I.) au pouvoir jusqu'en 2000, au castrisme depuis 1959 et au sandinisme (1979-1990), les syndicats mexicains ayant toutefois toujours conservé une certaine autonomie d'action.

En Extrême-Orient, la poussée syndicale est forte au Japon et en Corée du Sud après la victoire des Alliés. Mais l'influence communiste sur les syndicats provoque dans les deux pays une répression gouvernementale qui s'aggrave en Corée du Sud au moment de la guerre avec la Corée du Nord puis avec l'installation de gouvernements autoritaires. Il faudra attendre la fin des années 1980 pour voir la renaissance d'un syndicalisme indépendant. L'évolution est différente au Japon, où le syndicalisme, souvent morcelé, connaît des phases d'intense activité. Peu à peu, cependant, le syndicalisme politique cède la place au néocorporatisme. En Chine et en Corée du Nord, avec l'instauration de régimes communistes, le syndicalisme devient une courroie de transmission du parti. Pourtant, la protestation ouvrière parvient à s'exprimer dans des grèves et, à plusieurs reprises, les syndicats officiels chinois sont repris en main. La situation est semblable à Taïwan, où le Kuomintang domine les syndicats. En Birmanie depuis 1962, en Indonésie depuis 1966, au Pakistan d'une façon récurrente, les régimes militaires laissent peu de place aux libertés syndicales.

Il n'en est pas de même dans l'Union indienne, où le syndicalisme ne connaît pas de telles menaces mais où à chaque mouvement politique correspond une confédération syndicale. En dehors du secteur public, ces syndicats, toutefois, sont d'une efficience modeste.

Au Proche-Orient, on retrouve la dualité syndicalisme de classe/syndicalisme nationaliste avant et après l'indépendance dans la plupart des pays. En Palestine, au Liban, en Iraq et en Iran, l'influence communiste est forte après 1945, tandis qu'en Israël le syndicalisme s'oriente vers des fonctions de gestion. Les syndicalistes tiers-mondistes autoritaires qui prennent le pouvoir dans les années 1950 en Égypte, en Syrie, en Iraq mais aussi en Tunisie et en Algérie entendent contrôler les syndicats. C'est également le cas des nouveaux États indépendants d'Afrique noire francophone (Sénégal, Guinée, etc.) ou anglophone (Kenya, Zambie, Tanzanie, etc.), même si à la fin du xxe s. cette tutelle se fait moins pesante. D'une façon générale, en Afrique noire, la faiblesse du monde ouvrier, le poids de la colonisation expliquent la modestie du syndicalisme – sauf en Afrique du Sud, où syndicalisme blanc et syndicalisme noir sont antérieurs à 1914. Dans ce dernier pays, fortement entravé dans son développement par l'apartheid, le syndicalisme noir reprend vigueur dans les années 1980 après la reconnaissance officielle de tous les syndicats.

Le syndicalisme français

Les origines

L'origine du syndicalisme en France remonte aux corporations, confréries et compagnonnages, nés au Moyen Âge, et qui restent jusqu'au xviiie s. les seules associations ouvrières. À cette époque apparaissent des « sociétés mutuelles » ou « fraternelles », encore plus ou moins secrètes et très influencées par la franc-maçonnerie. Ces mutualités, qui assurent les ouvriers qualifiés contre les risques de chômage, d'accident ou de maladie, sont organisées par professions et n'ont aucun caractère revendicatif. Après 1830 apparaissent les premiers groupements à caractère véritablement syndical. En 1833 est fondée à Paris la Bourse auxiliaire de prévoyance, une organisation professionnelle qui s'efforce de garantir les ouvriers contre le chômage, les accidents de travail et d'assurer leur vieillesse. Étienne Cabet, Charles Fourier et Louis Blanc créent les premières coopératives de production ouvrières, ouvertes à tous les travailleurs, sans critères de qualification, mais ces tentatives sont peu suivies.

Reconnaissance du droit syndical

Si le Second Empire met hors la loi les associations ouvrières, par la suite il cherchera à se les concilier en leur accordant des subventions (1852) et un statut juridique (1867). Les chambres syndicales corporatives s'unissent en une fédération en 1869, le délit de coalition ayant été aboli en 1864. Bien que tolérés, les premiers syndicats sont l'objet d'une répression violente, particulièrement accrue après la Commune, de la part du patronat et du pouvoir politique. Jusqu'en 1876, le mouvement ouvrier reste très affaibli, puis les congrès ouvriers et les chambres syndicales réapparaissent. Soutenus par les partis de gauche, les syndicats obtiennent le vote de la loi du 21 mars 1884, dite loi Waldeck-Rousseau, qui reconnaît le droit d'association des ouvriers d'une même profession sans autorisation préalable. Les fonctionnaires ne bénéficient pas de ces dispositions.

Le mouvement ouvrier remporte un succès considérable avec la création de Bourses du travail, où se réunissent les travailleurs d'une même localité pour délibérer de leurs intérêts communs et s'informer du marché du travail (offres d'emplois, notamment). En février 1887, la Bourse du travail de Paris est inaugurée ; 14 Bourses sont en activité en 1892, et le nombre de 150 sera dépassé quinze ans plus tard.

Les grandes heures du syndicalisme français

Parallèlement, le mouvement de fédération se poursuit : on compte 63 fédérations professionnelles en 1905. C'est l'affiliation à une Bourse du travail ou à une fédération nationale qui ouvre le droit d'adhésion à la première centrale syndicale, la Confédération générale du travail (CGT), créée à Limoges en 1895. La charte d'Amiens (1906) consacre cette indépendance syndicale, réaffirme le principe de la lutte des classes et assigne ses buts au syndicalisme : défense des travailleurs, lutte pour l'amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Le mouvement syndical apparaît alors comme nettement révolutionnaire. Il possède une arme suprême – la grève générale – et préconise l'action directe. La création de la IIIe Internationale provoque une scission au sein de la CGT et du parti socialiste. Les « révolutionnaires », qui comptent, aux côtés des tenants du courant anarchiste traditionnel, des partisans de la théorie léniniste du syndicat, fondent en 1921 la CGTU (Confédération générale du travail unitaire). À la même époque, les patrons créent à leur tour, en 1919, un syndicat pour résister aux revendications ouvrières et à l'intervention de l'État dans le domaine social. En 1919 était également apparue la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC).

L'élan du Front populaire permet la réunification de la CGT et de la CGTU au congrès de Toulouse (le 5 mars 1936), et donne au syndicalisme français une de ses plus grandes victoires : la signature, le 7 juin 1936, des accords Matignon, conclus avec le patronat, qui se traduisent par un ensemble de lois sociales : loi du 20 juin 1936 sur les congés payés, celle du 21 juin sur les 40 heures, celle du 24 juin sur les délégués du personnel et sur les conventions collectives. En 1937, le syndicalisme s'étend à toutes les catégories de salariés : ainsi se créent la Fédération nationale des syndicats d'ingénieurs (FNSI) et la Confédération générale des cadres de l'économie (CGCE). Mais l'occupation et le régime de Vichy parviennent à briser les syndicats.

Division et crise du mouvement syndical

La Constitution de 1946 reconnaît le droit à l'action syndicale, au libre choix du syndicat, ainsi que le droit de grève, étendu aux fonctionnaires. Mais dès 1947 des tendances à la diversification se manifestent : les minoritaires réformistes de Léon Jouhaux quittent la CGT pour fonder la CGT-FO (Force ouvrière) ; plus tard, en 1964, une minorité refuse la transformation de la CFTC chrétienne en une CFDT laïque. Depuis lors coexistent la CGT, la CFDT, la CFTC, FO, la CFT, la FEN (Fédération de l'éducation nationale, issue de la CGT), la CGC (Confédération générale des cadres). La crise de mai 1968 révèle les démarches différentes des trois principales centrales : la CGT privilégie les revendications matérielles ; la CFDT préconise une action à caractère social et politique (notamment l'autogestion) ; FO, plus réformiste, prône la politique de concertation systématique avec le patronat et les pouvoirs publics. Depuis 1974, le début de la crise économique, les grandes centrales syndicales ont perdu une partie de leur audience. Au cours des années 1980, une série de crises sectorielles a provoqué la constitution de « comités de coordination », qui se font les porte-parole de mouvements revendicatifs ponctuels. L'éclatement de la FEN en 1992 et la création de la Fédération syndicale unitaire (FSU) sont une manifestation de la crise du syndicalisme en France, et des divers projets de « recomposition » qui le traversent.