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Henri IV

Henri IV
Henri IV

(Pau 1553-Paris 1610), roi de Navarre [Henri III] (1572-1610), roi de France (1589-1610), second fils d'Antoine de Bourbon et de Jeanne III d'Albret.

Premier des Bourbons, dont il instaura le pouvoir absolu, Henri IV hérita du trône à la suite de la longue agonie des Valois. Il dut cependant conquérir son royaume et, pour parvenir à ses fins, déployer un sens politique extrêmement aigu, qui lui permit de faire taire la discorde entre les factions et de ramener ainsi la paix après trois décennies de guerre civile. Devenu « Henri le Grand » pour ses sujets, il incarna un modèle de monarque idéal, amateur de plaisirs mais soucieux avant tout des affaires de l'État, et demeure dans l'histoire de France un personnage à mi-chemin du mythe et de la réalité.

1. Le descendant de la maison de Bourbon

1.1. Le premier prince du sang

Henri naît au château de Pau le 13 décembre 1553. Par son père, qui ne lui lègue au demeurant qu'un fort modeste patrimoine foncier, il est le premier prince du sang ; de sa mère, il hérite un domaine considérable dans le Sud-Ouest : la Navarre du nord des Pyrénées, le Béarn, l'Albret, l'Armagnac, Foix et, plus au nord, le Périgord et la vicomté de Limoges.

Dès sa naissance, une légende se crée : il aurait été baptisé avec l'ail et le vin de Jurançon donné par son grand-père, celui-là même qui veut qu’on l’élève « à la béarnaise et non mollement à la française » ; aussi Henri passe-t-il sa prime jeunesse au milieu des paysans du Béarn, vêtu et nourri comme eux, parlant leur langage, courant à leurs côtés et escaladant pieds nus les montagnes du pays.

Le futur roi reçoit cependant une instruction qui n’est pas aussi négligée qu'on le prétendra. Il traduit les œuvres de César et trouve dans Plutarque – ainsi qu'il le rapporte dans ses lettres – « des maximes excellentes pour [sa] conduite et pour le gouvernement des affaires ». Mais l'essentiel de sa formation provient de son expérience des hommes et des contacts directs qu'il recherche. Des théories de gouvernement, il n'a cure ; c'est l'empirisme qui dirige ses actes – un empirisme fondé sur la connaissance des réalités de son royaume. Aussi rude soldat que bon stratège, il a comme instructeurs l'amiral Gaspard II de Coligny et le célèbre capitaine François de La Noue. Son courage dans l’adversité deviendra légendaire.

1.2. L'homme de deux religions

Sous l’influence de sa mère, fervente calviniste, Henri de Navarre est élevé dans la foi réformée. Dès l’âge de seize ans, il prend le commandement de l’armée des protestants lors des guerres de Religion et devient le chef du parti huguenot. Il renonce au calvinisme pour échapper au massacre de la Saint-Barthélemy (24 août 1572), mais il y revient en 1576, après avoir fui la cour où il était resté en otage pendant quatre ans.

C’est en 1593 qu’il se convertit définitivement au catholicisme. Ses convictions religieuses, comme celles de toute une partie de la société française en cette fin de xvie siècle, semblent donc incertaines, mais son intérêt pour les questions religieuses est constant. En 1571, il participe, aux côtés de sa mère, au synode de La Rochelle, qui, sous l'autorité de Théodore de Bèze, élabore la confession de l'Église réformée de France ; en 1593, lorsqu'il se fait enseigner les préceptes du catholicisme, avant d’abjurer la foi protestante, il discute avec les théologiens les points de doctrine qui lui semblent erronés – parmi lesquels l'existence du purgatoire.

Pour tenter de réconcilier protestants et catholiques, Jeanne d'Albret et Catherine de Médicis décident, en 1572, de marier Henri avec Marguerite de Valois, sœur du roi Charles IX. Jeanne d'Albret meurt le 4 juin, mais la cérémonie de mariage est célébrée le 18 août à Paris. Elle revêt des formes inaccoutumées. Henri étant protestant, le consentement des époux est reçu avant leur entrée dans la cathédrale Notre-Dame. Henri y pénètre ensuite pour en sortir aussitôt par une porte latérale et n’y revient qu'une fois la messe achevée. Cette mise en scène contribue à échauffer les esprits des Parisiens, qui sont pour la plupart hostiles à ce mariage. Or celui-ci a fait venir à Paris un grand nombre de nobles protestants. Les chefs du parti catholique, formé autour des Guises, décident de passer à l’action. L’assassinat de l’amiral de Coligny, dans la nuit de la Saint-Barthélemy, par des gardes du roi Charles IX prélude à la tuerie, qui fera près de 3 000 victimes.

2. L'héritier présomptif de la couronne

Tant que les fils d'Henri II – Charles IX, Henri III et François d'Alençon, duc d’Anjou – n’ont pas d'héritiers mâles légitimes, Henri de Navarre est le seul héritier du trône en vertu de la loi salique. Descendant direct du sixième fils de Saint Louis, Robert de Clermont, il est en effet le plus proche parent du roi par ordre de primogéniture, alors même qu’il n’est son parent qu'au vingt-deuxième degré. Certes, le cardinal Charles de Bourbon, frère d’Antoine de Bourbon, est plus proche du roi d'un degré, mais il n’est que cadet de famille et n’a donc pas la préséance sur le fils aîné de son frère aîné.

Or Henri de Navarre, qui s’est établi en Guyenne en 1576, est redevenu le chef des huguenots. Se voulant indépendant à l’égard du pouvoir royal, il ne cède pas aux instances de Catherine de Médicis lorsque celle-ci tente un rapprochement entre Henri et son épouse Marguerite de Valois – qu’il a délaissée aussitôt après leur mariage –, dans l’espoir de le rallier à la politique d’Henri III. C’est en chef de guerre, au contraire, qu’il prend part à la poursuite des guerres de Religion : en 1580, il enlève avec témérité la place de Cahors, qu’il acceptera cependant de rendre.

Le 10 juin 1584, la mort du duc d'Anjou, dernier frère d'Henri III, ouvre la crise dynastique la plus grave de l'Ancien Régime, marquée par la lutte d’influence entre la Ligue catholique et l’Union de Navarre. Henri Ier de Guise et ses partisans de la Ligue catholique mettent en avant une tradition immémoriale des rois Très-Chrétiens : tous ont été de confession catholique. De leur côté, les partisans du roi de Navarre se coalisent en une union où font cause commune les protestants dans leur ensemble et les catholiques moins intransigeants.

3. La guerre des trois Henri

Henri III, affaibli tant par les difficultés politiques que financières, s’allie à Henri Ier de Guise contre Henri de Navarre par le traité de Nemours (7 juillet 1585). Les premières opérations militaires de la « guerre des trois Henri » tournent au désavantage du Béarnais. Celui-ci, conscient de la faiblesse des forces protestantes, fait appel aux Allemands et aux Anglais – malgré les relations difficiles qu’il entretient avec Élisabeth Ire. Il accepte aussi de rencontrer Catherine de Médicis le 13 décembre 1586, mais l'entrevue ne donne aucun résultat.

À Coutras, le 20 octobre 1587, il reprend le dessus sur les forces royales, trop mal commandées. La mort d'Henri, 2e prince de Condé, en mars 1588, le laisse seul maître du destin des protestants.

Après la journée des Barricades (12 mai 1588), qui a livré Paris aux ligueurs, l'assassinat à Blois de Henri Ier de Lorraine, 3e duc de Guise, et du cardinal Louis II de Guise (23-24 décembre 1588) constitue un événement politique majeur : Henri III se range du côté d'Henri de Navarre, en qui il a toujours vu un successeur, à la condition que ce dernier se convertisse au catholicisme – de là le mot célèbre prêté au futur Henri IV : « Paris vaut bien une messe. » L’entente des deux adversaires de la Ligue s’étant concrétisée à Plessis-lès-Tours, le 30 avril 1589, les soldats du roi et les troupes protestantes marchent effectivement sur Paris.

L'assassinat d'Henri III bouleverse à nouveau la situation du royaume. Avant de s’éteindre dans la nuit du 1er au 2 août 1589, le roi a le temps de réunir ses favoris en présence d’Henri de Navarre et, selon Charles de Valois, comte d'Auvergne, fils bâtard de Charles IX, de demander aux nobles assemblés de prêter serment à celui qu’il leur désigne comme le nouveau souverain – ce que tous feront.

4. La conquête du royaume

4.1. Les ultimes batailles

Désireux d'obtenir le soutien des grands du royaume et de compter sur l'armée royale, Henri IV publie, dès le 4 août 1589, la déclaration de Saint-Cloud dans laquelle il s'engage à maintenir la religion catholique dans le royaume et à réunir les états généraux. La noblesse non ligueuse se soumet alors au roi. En province, en revanche, seuls le sud-ouest du royaume, la Bourgogne, l'Auvergne et quelques villes de la région parisienne et du Val de Loire se rallient à Henri IV. Celui-ci installe son parlement à Tours.

La lutte contre la Ligue se précise. Le roi de France bat le duc de Mayenne à Arques, près de Dieppe, le 21 septembre 1589, puis, le 14 mars 1590, à Ivry, près de Dreux ; les ligueurs et leurs alliés espagnols perdent environ 6 000 soldats – notamment les lansquenets massacrés par les troupes royales. Pendant ce temps, les ligueurs proclament roi le cardinal de Bourbon sous le nom de Charles X.

Henri IV se décide alors à tenter le blocus de Paris, qui commence le 7 mai 1590. Il a, semble-t-il, sous-estimé les forces de la Ligue dans la capitale. Le 27 juillet, il lance un assaut, qui est repoussé. En août, la famine se généralise, provoquant la mort d’au moins 45 000 habitants sur une population qui en compte environ 220 000. Henri IV, sous la pression de l’armée espagnole commandée par Alexandre Farnèse, venu des Pays-Bas, doit se replier en septembre. En 1591, il prend Chartres et Noyon, mais, en 1592, il échoue devant Rouen.

Excommunié par les papes Grégoire XIV et Clément VIII (juin 1591 et janvier 1592), le roi va en fait tirer parti de l'incapacité du duc de Mayenne et de ses alliés espagnols à faire accepter la candidature au trône de France de l'infante Isabelle, fille de Philippe II (et petite-fille, par sa mère, d’Henri II), lors des états généraux qui se tiennent à Paris de janvier à août 1593. Après avoir rassuré les protestants (édit de tolérance de Mantes, 4 juillet 1591), il sait que l’heure est venue de faire des concessions aux catholiques dits « royaux », ou « politiques », qui acceptent de le voir monter sur le trône s’il rompt avec le protestantisme. Un pamphlet hostile aux ligueurs, la Satire Ménippée (1594), lui apportera la caution des politiques.

4.2. L'abjuration (1593) et le sacre (1595)

Après avoir reçu l'enseignement des évêques de Bourges, du Mans, d'Évreux et de Nantes, Henri IV abjure solennellement la foi protestante en la basilique de Saint-Denis, le 25 juillet 1593. Ne pouvant se faire sacrer à Reims, qui est toujours aux mains des Guise, il reçoit l’onction royale à Chartres, le 27 février 1594. La sainte ampoule que l’on utilise alors provient de l'abbaye de Marmoutier, ce qui place le nouveau roi sous la protection de saint Martin.

L’absolution que Clément VIII accorde finalement à Henri IV le consacre comme roi Très-Chrétien (17 septembre 1595) –, mais, pour lui éviter l'humiliation d’avoir à se rendre au Saint-Siège pour se prosterner aux pieds du pape, ce sont deux hommes d'Église, Armand d'Ossat et Jacques Davy Du Perron, qui le représenteront. Cet acte est le préalable qu’il fallait pour entreprendre la pacification du royaume.

5. Le retour à la paix

5.1. La paix à l'intérieur

Même couronné, Henri IV n'est toujours pas le maître de son royaume. Il doit encore le pacifier et s’assurer de la fidélité de ses vassaux. Si la plupart croient à son engagement sincère en faveur de la religion catholique, il en est d’autres qui persistent à ne voir en son abjuration qu'une feinte. Parmi les protestants, ceux qui s’estiment abandonnés constituent un parti puissant, qui ne combat pas le roi par les armes mais qui ne le soutient pas. Henri IV va se révéler grand politique et témoigner d'un esprit très en avance sur son temps. Le pays, il est vrai, las des luttes sanglantes, va lui laisser une pleine liberté d'action.

La reddition de Paris

La reddition de Paris, abandonnée par le duc de Mayenne, constitue une étape décisive : le roi fait son entrée dans la capitale le 22 mars 1594, grâce à la complicité du maréchal de Brissac, en qui les ligueurs avaient pourtant placé leur confiance. Aussitôt, le roi confirme que la religion catholique serait la seule autorisée à Paris et jusqu'à dix lieues alentour, gagnant ainsi la neutralité, voire la sympathie des ligueurs.

Le coûteux ralliement des grands du royaume

Le ralliement des grands du royaume qui avaient pris part à la Ligue va coûter fort cher au trésor, car le roi préfère acheter leur soutien plutôt que de continuer à leur livrer bataille. Sully estimera la somme réelle à 10 millions d'écus – soit environ 30 millions de livres –, alors que le chiffre officiel ne fait état que d’environ 7 millions d'écus. Nombre de villes, cependant, se rallient spontanément, après avoir chassé les ligueurs. Les plus extrémistes d’entre eux, qui ne renoncent pas, préconisent l’attentat individuel. Ainsi, la tentative d'assassinat du roi par Jean Châtel, le 27 décembre 1594, n’est pas un acte isolé ; le jeune homme ayant été élève des jésuites, ces derniers sont expulsés de France, deux jours plus tard, par décision du Parlement de Paris.

L'édit de Nantes

La paix religieuse est établie par l'édit de Nantes, signé selon la tradition le 13 avril 1598, mais en réalité le 30 avril. Le catholicisme est reconnu comme religion officielle, mais les protestants obtiennent des garanties d’ordre religieux, politique, juridique et militaire telles qu’ils sont susceptibles de former un État dans l’État.

5.2. La paix à l'extérieur

Henri IV a déclaré la guerre à l'Espagne, puissant allié de la Ligue, en 1595. Il remporte la victoire de Fontaine-Française (5 juin), mais il perd Cambrai, puis Calais en 1596 et Amiens en 1597 – cette dernière ville étant toutefois reprise par les troupes royales. Le 2 mai 1598, le traité de Vervins, conclu entre Henri IV et Philippe II d’Espagne, met fin aux hostilités en confirmant les dispositions de la paix du Cateau-Cambrésis (1559). Les Espagnols rendent toutes les places prises en Picardie, y compris Calais, mais gardent Cambrai. Leurs menées en France ont définitivement échoué.

6. Le « Bon Roi Henri », monarque absolu

Désormais seigneur en son royaume, Henri IV va gouverner seul, imposant au Parlement l’enregistrement de ses édits. Aussi son règne est-il une étape décisive dans l’instauration de l’absolutisme en France : les états provinciaux et les administrations municipales sont étroitement surveillés ; les gouverneurs sont confinés dans leurs fonctions militaires et doublés par des lieutenants généraux ; la haute noblesse est écartée du pouvoir et mise au pas.

Le roi, toutefois, sait choisir ses conseillers, qui se répartissent en un Conseil des affaires, un Conseil d'État, un Conseil des finances et un Conseil privé, chargé de rendre la justice. Le plus remarquable de ses ministres – auquel s’identifie tout son règne – est Maximilien de Béthune, fait duc de Sully en 1606. Pour le bien du royaume, Henri IV fait appel aux meilleurs serviteurs de ses prédécesseurs, à commencer par Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroi, qui avait fait partie du Conseil d’Henri III puis avait servi le duc de Mayenne. Dans les provinces, il envoie, pour une durée indéterminée, des commissaires qui sont dotés des pleins pouvoirs – et qui préfigurent les intendants.

6.1. Le redressement du royaume

La réorganisation de l’État monarchique est le but que poursuit Henri IV. Dans une ordonnance de 1599, celui-ci proclame : « La puissance et la richesse des rois et des souverains consistent dans la richesse et le nombre de leurs sujets. » Aussi va-t-il faire d’un pays ruiné par trente années de guerres une grande puissance économique. La reprise démographique est également significative, et l'on estime que le nombre de Français, en 1610, avoisine les 17 millions, dont plus de 80 % de paysans.

Le monde agricole

« Labourage et pâturage sont les deux mamelles dont la France est alimentée » proclame Sully, qui les compare aussi aux « mines et trésors du Pérou ». La France est un pays où l'argent s'investit presque uniquement dans la terre. À l’intention des nobles et des propriétaires exploitants, un gentilhomme du Vivarais, Olivier de Serres, publie en 1600 un traité d’agronomie, qui aura cinq éditions en quelques années.

Pour faciliter le développement agricole, on encourage le rachat des prés communs aliénés à vil prix par les communautés paysannes, on interdit la saisie du bétail et de l'outillage par les créanciers, on permet la libre circulation des blés et, en 1601, on proscrit la chasse dans les récoltes, du printemps aux vendanges. On crée la charge de maître des eaux et forêts, et l’on interdit les coupes de bois dans les forêts royales. L'assèchement des terres marécageuses (Marais poitevin, marais Vernier, à l’embouchure de la Seine, Limagne, Gascogne) constitue une autre entreprise originale, menée à bien avec l'expérience des Hollandais.

Les résultats de ces efforts ne sont pas douteux : ainsi, la production céréalière retrouve ses niveaux records du xvie siècle. Mais, si le nombre de paysans aisés augmente, la propriété rurale demeure réduite et la grande masse de la paysannerie, misérable. On ne saurait donc avaliser la vision idyllique d’un paysan qui « ait tous les dimanches sa poule au pot », comme la propage l’archevêque de Paris Hardouin de Péréfixe dans son Histoire du roy Henry le Grand (1661).

Plusieurs révoltes paysannes éclatent d’ailleurs : bonnets rouges en Bourgogne, gauthiers en Normandie, croquants dans le centre de la France. La plus importante touche en 1593 le Limousin puis le Périgord, où les paysans se détachent du pouvoir de la noblesse. Une partie d'entre eux est massacrée en juin 1594, et le mouvement s’éteint l'année suivante.

L'industrie et le commerce

Sous l’égide d’un petit noble du Dauphiné, Barthélemy de Laffemas, qui préside le conseil du Commerce, est mis en œuvre un mercantilisme national, qui devance d’un demi-siècle celui de Colbert. Plusieurs édits royaux encouragent l’essor des manufactures : tapisseries des Gobelins, soieries de Dourdan, dentelles de Senlis, verres de Melun, draperies de Reims, satins et damas de Troyes, cuirs du Poitou. En revanche, l’acclimatation du ver à soie en région parisienne, que tente Olivier de Serres, est un échec. Les corporations nouvelles sont réglementées, mais elles sont régies par les privilèges accordés aux artisans et aux manufacturiers. Le redressement du commerce extérieur donne lieu à des traités avec l'Angleterre et la Turquie.

Sully, qui, parmi ses charges, occupe celle de grand voyer, améliore l’état des routes (construction de ponts, pavage en certains endroits). Il ordonne aussi la construction de canaux, principalement entre Loire et Seine (→ canal de Briare), Loire et Saône, Saône et Meuse, Aude et Garonne (canal des Deux-Mers).

En revanche, c'est malgré les réticences de Sully qu'Henri IV renoue avec la politique coloniale entamée par François Ier en Nouvelle-France : il soutient l’expédition de Champlain, qui fonde Québec en 1608. De nombreux paysans, manceaux, angevins ou normands, commencent alors à émigrer au Canada.

Les finances royales

Sully s’emploie à rétablir de saines finances. Dès 1601, le budget est en équilibre : pour la première fois depuis longtemps, les recettes sont évaluées avec précision, les receveurs généraux sont étroitement contrôlés et doivent verser les surplus qui ne sont pas utilisés sur place, les dépenses sont prévues dans le détail. Les mesures fiscales se succèdent : suppression des exemptions d'impôts abusives (lettres de noblesse, usurpations des grands seigneurs) ; allégement des tailles ; création en 1596 de l’impôt dit « de la pancarte », qui s'applique aux marchandises vendues au taux de 5 %, soit un sou par livre (fort impopulaire, il sera supprimé en 1602) ; création en 1604 de la paulette – qui instaure l'hérédité des charges moyennant une redevance annuelle représentant le soixantième de leur valeur.

Non seulement Sully parvient à payer les lourdes dettes contractées par Henri IV pour financer sa guerre de reconquête du pouvoir, mais il réussit à faire faire des économies au trésor royal et à constituer d'importantes réserves. En 1602, il procède à une réforme monétaire, qui rétablit la distinction entre monnaie réelle et monnaie de compte, et permet ainsi la reprise de la frappe dans tout le royaume.

Le mécénat royal

Paris, où s’installe la cour qui n’est désormais plus itinérante, est l’objet de toutes les attentions royales. Henri IV dote le Louvre de la Grande Galerie, qui le relie aux Tuileries, et c’est de son règne que datent le Pont-Neuf, la place Royale, l’hôpital Saint-Louis et la mise en chantier de soixante-huit rues nouvelles.

La Bibliothèque royale est transférée de Fontainebleau à Paris, augmentée des manuscrits grecs des Médicis et ouverte au public. Devenue de fait la capitale du royaume, Paris attire un grand nombre d'officiers royaux. Ailleurs, on construit le château de Saint-Germain-en-Laye, le collège de La Flèche, on embellit le château de Fontainebleau.

7. L'héritage du trône

Après la dissolution, le 31 août 1599, de son mariage avec Marguerite de Valois par le pape Clément VIII, Henri IV fixe son choix sur une princesse italienne, Marie de Médicis, dont l'oncle, le grand-duc de Toscane, détenait une énorme créance sur le roi de France – plus d'un million d'écus. La négociation en vue du mariage se double donc d'une négociation sur la dette, qui sera en effet réduite du montant de la dot – soit 600 000 écus. En outre, l’alliance avec les Médicis vise à resserrer les liens du premier des Bourbons avec l'Église – ce que démontrera par la suite la politique de la reine devenue régente. Henri IV et Marie de Médicis reçoivent la bénédiction nuptiale à Lyon, le 17 décembre 1600.

Le 27 septembre 1601, à Fontainebleau, naît le futur Louis XIII : c’est la première fois depuis Henri II qu'un roi de France a un dauphin – aussi l'événement est-il considérable. Au grand scandale de la reine, Henri IV ordonnera que tous ses enfants, légitimes et légitimés, soient élevés ensemble.

8. La politique extérieure à la fin du règne

La situation en Europe reste dominée par les conflits, le plus souvent liés à des questions religieuses. Face à l'Espagne, pays champion du catholicisme, que suivent l'Italie et l'Allemagne du Sud, l'Europe du protestantisme regroupe l'Angleterre de Jacques Ier Stuart, les Provinces-Unies et les principautés d'Allemagne du Nord. La France fait figure d'arbitre, et sa puissance militaire est désormais égale, sinon supérieure, à celle des Habsbourg.

Précurseur de Richelieu, Henri IV va s’employer à réduire les ambitions de la maison d'Autriche en entrant dans des alliances à la fois contre les Habsbourg de Vienne et contre les Habsbourg de Madrid.

Une brève guerre avec la Savoie (1600-1601) se solde par l’annexion de nouveaux territoires sur les frontières de l’Est (Bresse, Bugey, Valromey, pays de Gex), qui sont accordés à la France par le traité de Lyon, en compensation du marquisat de Saluces que les Savoyards, profitant de la faiblesse française en Italie, occupaient depuis 1588. En 1602, Henri IV signe avec les cantons suisses le traité de Soleure, qui lui assure des hommes nécessaires à ses entreprises guerrières. D’une manière générale, il peut désormais s'appuyer sur l'important effort de réorganisation militaire mené à bien par Sully, qui lui concilie également les bonnes grâces de l’Angleterre lors de son ambassade de 1603 auprès de Jacques Ier.

Dans l'empire des Habsbourg, des troubles surviennent à la mort du duc Jean-Guillaume de Clèves (25 mars 1609), qui possède aussi le duché de Juliers. Les prétendants à sa succession sont nombreux, mais de religions différentes. Désireux d'empêcher la mainmise de l'Espagne sur ces territoires, Henri IV fait alliance avec les princes protestants allemands de l’Union évangélique contre Madrid et Vienne. Cependant, Rodolphe de Habsbourg occupe Juliers en juillet 1609.

La promptitude de la réaction française et l’ampleur de l’effort de guerre entrepris par Henri IV – qui lève une armée de près de 40 000 hommes – provoquent l’étonnement. Il est vrai que, si la volonté de contrer l'Espagne est déterminante, le roi cherche aussi à occuper Bruxelles, où est séquestrée Charlotte de Montmorency, princesse de Condé (1594-1650), dont il est épris.

9. Le roi contesté

Henri IV, dont la vie est menacée à plusieurs reprises par des attentats entre 1594 et 1602, est également la cible de complots venus de la noblesse. L’un d’eux est fomenté par Charles de Gontaut, duc de Biron et maréchal de France – jadis l’un des plus proches compagnons d'armes du roi –, qui, jugeant insuffisants les honneurs qu’il avait reçus, s’était rapproché de l'Espagne et du duc de Savoie, et avait entraîné avec lui le protestant Henri de La Tour d’Auvergne, vicomte de Turenne et duc de Bouillon, qui, comme lui, croyait encore à une politique d'indépendance des grands seigneurs.

Peut-être cherchent-ils à assassiner le roi, mais ils sont trahis par un aventurier, La Nocle. En 1602, Henri IV mène lui-même l'enquête, et, devant les dénégations du maréchal, décide de le faire décapiter. Tandis que le duc de Bouillon parvient à prendre la fuite, un autre important conjuré, le bâtard de Charles IX, Charles d'Auvergne, est embastillé – mais libéré quelques mois plus tard.

En 1604, Henriette d'Entragues, maîtresse du roi, fomente un nouveau complot, avec son père et avec de nouveau Charles d’Auvergne – qui est son demi-frère. Dénoncée par Marguerite de Valois, elle est condamnée à la relégation dans un couvent, mais finalement laissée libre. D’abord condamnés à mort, Charles d'Auvergne sera en fait embastillé pendant douze ans et François d'Entragues, assigné à résidence dans son propre château.

Henri IV sait donc user de clémence dans l'exercice du pouvoir. Il sait aussi user d’habileté politique. En 1603, il rappelle les jésuites, bannis depuis 1594, puis il favorise la « renaissance catholique », notamment en protégeant le théologien Bérulle. En 1605, il cède aux bourgeois de Paris qui sont entrés en sédition armée, en raison de projets tendant à réduire les rentes sur l'Hôtel de Ville, et se justifie en ces termes : « L'autorité ne consiste pas toujours à pousser les choses avec la dernière hauteur ; il faut regarder le temps, les personnes et le sujet. »

10. Le roi assassiné

Les préparatifs de guerre contre les Habsbourg sont perçus par les adversaires du roi comme une décision hostile à une monarchie porte-étendard du catholicisme et comme un enjeu secondaire dans la politique européenne. De plus, ils font craindre le retour à une lourde fiscalité. Henri IV a décidé de prendre lui-même la tête de son armée et, pour asseoir l'autorité de Marie de Médicis, qui va exercer le pouvoir en son absence, il fait couronner la reine à Saint-Denis, le 13 mai 1610. Le Conseil de régence qui est formé réunit quinze membres ; la reine, cependant, n’y a pas voix prépondérante.

La campagne militaire doit être lancée le 19 mai 1610. Le 14 mai, Henri IV décide d’aller rendre visite à Sully, qui est malade. Alors que son carrosse s’est mis au pas dans la rue de la Ferronnerie, une silhouette surgit à la portière – juste devant l’auberge « Au cœur couronné percé d’une flèche » ! – et poignarde le roi à deux reprises. Transporté au Louvre, Henri IV y meurt quelques instants plus tard. Son assassin est François Ravaillac, un homme de 32 ans qui passe pour mentalement dérangé.

Outre les prémonitions que le roi lui-même semblait avoir en ce mois de mai 1610, le fait étrange est que les conditions de sa mort aient été annoncées par divers courriers antérieurs à celle-ci. Cette mort est-elle l’acte d’un individu isolé ou au contraire manipulé ? Ravaillac, valet de chambre d'un magistrat d'Angoulême puis frère convers au couvent des Feuillants de Paris, s’en justifie par les théories sur le tyrannicide, alors largement répandues. Cependant, les parlementaires chargés de l'enquête vont l’orienter dans le sens de leurs convictions gallicanes et voir derrière le meurtrier d’Henri IV la main de leurs cibles favorites : les jésuites, les séides de l’Espagne ou les Espagnols eux-mêmes. Henriette d'Entragues, son ami le duc d'Épernon, le couple des Concini, dévoués à l'Espagne, et d'anciens ligueurs seront incriminés. Certes Ravaillac avait naguère fait partie de ces milieux, mais, même longuement soumis à la torture, il ne donne aucun nom. Il a le châtiment des régicides : il est écartelé en place de Grève, le 27 mai 1610.

Henri IV est inhumé à Saint-Denis le 1er juillet 1610. Sa disparition plonge l’immense majorité de ses sujets dans une douleur qui est à la mesure du risque qu’elle suscite : celui du retour au désordre et à la guerre. C’est l’image du « Bon Roi Henri », ou encore d’« Henri le Grand », qui s’impose dans les mémoires. Sully lui-même contribue à la répandre en publiant en 1638 les Économies royales. Sous la seconde Restauration, le culte dont Henri IV est l’objet atteindra son apogée.

11. Le Vert Galant et sa descendance

Le « Vert Galant » : voilà un surnom bien mérité pour un roi qui proclamait : « Je fais la guerre, je fais l’amour et je bâtis. »

Henri IV épousa en premières noces Marguerite de France (la « reine Margot »), duchesse de Valois, fille d’Henri II et de Catherine de Médicis, puis, en secondes noces, Marie de Médicis, fille aînée de François de Médicis, grand-duc de Toscane, et de Jeanne d’Autriche. Il en eut six enfants : Louis XIII, roi de France ; Élisabeth de France, mariée le 18 octobre 1615 à Philippe IV, roi d’Espagne ; Christine de France, mariée le 10 février 1619 à Victor-Amédée Ier, duc de Savoie ; Nicolas (1607-1611), duc d’Orléans ; Gaston Jean-Baptiste (1608-1660), duc d’Anjou puis duc d’Orléans ; Henriette-Marie de France, mariée le 11 mai 1625 à Charles Ier, roi d’Angleterre.

Henri IV eut aussi de nombreuses maîtresses (on lui en attribue une trentaine), parmi lesquelles : Gabrielle d’Estrées, qui lui donna César (1594-1665), duc de Vendôme, légitimé en 1595, puis Catherine-Henriette (1596-1663), légitimée en 1597 et mariée en 1619 à Charles II de Lorraine, puis Alexandre (1598-1629), chevalier de Vendôme, légitimé en 1599 ; Henriette de Balzac d’Entragues, qui lui donna Henri (1601-1682), duc de Verneuil, légitimé en 1603, puis Gabrielle-Angélique (1603-1627), duchesse d’Épernon par mariage ; Jacqueline de Bueil (v. 1589-1651), qui lui donna Antoine de Bourbon (1607-1632), comte de Moret, légitimé en 1608 ; Charlotte des Essarts (v. 1580-1651), qui lui donna Jeanne-Baptiste de Bourbon (1608-1670), coadjutrice de l’abbaye de Fontevraud, légitimée en 1608, puis Marie-Henriette de Bourbon (1609-1629), abbesse de Chelles.