
Chef de l'État : Jigme Khesar Namgyel Wangchuk
Chef du gouvernement : Lyonpo Jigme Thinley
Nature de l'État : monarchie parlementaire
Constitution :
Adoption : 18 juillet 2008
Exécutif
Chef de l'État : roi
Chef du gouvernement : Président du Conseil des ministres
Législatif
Assemblée nationale
Morphologiquement, le Bhoutan comprend trois zones : les Duars, plateaux détritiques en bordure de l'Himalaya ; le Moyen Himalaya, région montagneuse médiane ; le Grand Himalaya, avec des sommets de 6 000 à 7 000 m, formant la frontière avec le Tibet.
La population bhotia, majoritaire (62 %), d'origine tibétaine, se regroupe dans des bassins, au sud du Grand Himalaya, autour de monastères bouddhistes (dzong), qui sont aussi de grands propriétaires fonciers. La population bhoutanaise est pauvre mais ne connaît pas la misère. Environ 95 % de la population active travaille dans le secteur agricole, qui allie culture céréalière et élevage, et fournit 40 % du produit intérieur brut (P.I.B.). La culture en terrasses irriguées permet la production d'orge et de blé (jusqu'à 3 000 m d'altitude). Le riz est cultivé dans le Moyen Himalaya, et les vallées étroites, qui entravent la circulation, permettent toutefois l'édification de barrages (notamment à Chhukha) qui fournissent le pays en électricité.
Le Sud est plus densément peuplé ; cependant, la région, qui reçoit plus de 7 m d'eau chaque année, est inhospitalière, malgré sa récente mise en valeur dans le cadre d'une modernisation du pays. C'est là que se concentre la majorité des populations népalaises du Bhoutan. Subissant de fortes discriminations de la part du pouvoir, celles-ci ont émigré en masse vers le Népal. L'Inde, dont les ressortissants encadrent l'administration du Bhoutan, a permis la construction d'axes routiers et fournit une aide économique indispensable au pays, qui exporte maintenant des minéraux (carbure de calcium), de l'électricité et du bois ; le développement de l'exploitation des forêts est prometteur. Le tourisme pourrait également constituer une source appréciable de devises, mais il est contingenté par le pouvoir depuis les années 1970. Si 95 % des échanges se font avec l'Inde, le Bhoutan cherche actuellement à se dégager de sa tutelle en sollicitant de l'aide auprès des organisations internationales.
Le Bhoutan, ou Pays du Dragon, occupé au XVIIe s. par des bandes tibétaines, se trouve placé, depuis 1865, dans une situation de vassalité envers l'Inde. Il a été longtemps gouverné par deux maîtres, l'un spirituel (une incarnation du Bouddha), le Dharma raja, ou Shabdung, et l'autre temporel, le Deb raja, ou Deb zimpon. À la fin du XIXe s., le pouvoir temporel passe aux mains du penlop (gouverneur) de Tongsa, de la famille des Wangchuk, devenu en 1907 roi héréditaire. L'accord de 1910 abandonne à la Grande-Bretagne le contrôle des relations extérieures du Bhoutan, contrôle qui est confié à l'Inde en 1949 et qui continue d'être exercé par elle. Ce royaume jouit toutefois d'une indépendance nominale : il est membre de l'ONU depuis septembre 1971.
Le roi Jigme Dorji Wangchuk entreprend de moderniser et d'émanciper ce pays féodal. Dès 1953 est mise en place une Assemblée nationale, comptant 150 membres dont deux tiers élus au suffrage indirect par les chefs de village et un tiers nommé par le roi parmi les fonctionnaires ou élu par le clergé bouddhiste. En 1968, le roi renonce à son droit de veto sur les résolutions qu'elle adopte ; tous les 3 ans, les députés doivent lui renouveler leur confiance à une majorité des deux tiers.
Le pouvoir spirituel tend, de son côté, à décliner, bien que le clergé (de 5 000 à 6 000 bonzes placés sous l'autorité du jey khempo) soit encore puissant. La vie politique semble se résumer aux luttes de deux grandes familles, celle des Dorji et sa rivale, celle des Wangchuk, à laquelle appartient le roi Jigme Singye, couronné en 1974, mais au pouvoir depuis 1972.
La stabilité du pays est menacée par le problème des réfugiés tibétains, qui y demeurent depuis l'invasion de leur pays par la Chine et par celui de plusieurs milliers de réfugiés du Bhoutan qui vivent dans des camps au Népal voisin, où ont émergé plusieurs petits groupes rebelles autour du parti communiste du Bhoutan et suspectés d'être liés au mouvement séparatiste assamais actif en Inde. Le régime, qui cherche à « bhoutaniser » par la force les minorités tant népalaises que tibétaines, en les contraignant à porter le costume bhotia et à utiliser le dzongkha (dialecte tibétain), ne fait que renforcer le ressentiment de ces populations. Les chrétiens, quant à eux, font l'objet de discriminations et de violences dans ce royaume où le bouddhisme Mahayana est la religion d'État.
Dès son arrivée au pouvoir, Jigme Singye élabore pour le bien-être de ses sujets le concept du « bonheur national brut », qui repose sur quatre piliers fondamentaux : le développement économique et social, la conservation et la promotion de la culture bhoutanaise, la protection de l'environnement et la bonne gouvernance. Convaincu de la nécessité d'une transition vers la démocratie, le souverain lance, au début des années 2000, un projet de Constitution (adoptée en juillet 2008) transformant la monarchie héréditaire en une monarchie constitutionnelle et parlementaire qui prévoit la création d'un Parlement composé de deux chambres, une Assemblée nationale de 47 membres (élus au suffrage universel direct) et un Conseil national comptant 25 sièges (dont 20 élus au suffrage universel direct et 5 nommés par le roi). Le 14 décembre 2006, celui-ci abdique en faveur de son fils, le prince héritier Jigme Khesar Namgyel Wangchuk. Les premières élections parlementaires du royaume se déroulent le 31 décembre 2007 et le 29 janvier 2008 pour le Conseil national, et le 24 mars 2008 pour l'Assemblée nationale, où le parti Vertueux du Bhoutan (issu en 2007 d'une fusion du parti de Tout le Peuple et parti unifié du Bhoutan) remporte 44 des 47 sièges. Le 6 novembre 2008, le royaume couronne Jigme Khesar Namgyel, qui devient ainsi le cinquième souverain de la dynastie Wangchuk.
Sur le plan international, le Bhoutan, membre fondateur de l'Association de l'Asie du Sud pour la coopération régionale (SAARC), cherche à se dégager de la tutelle indienne, et à diversifier ses partenaires économiques ; en 1989, il a soutenu le Népal lorsque ce pays était soumis à un blocus par l'Inde. En 2007, le Bhoutan signe un nouveau traité d'amitié avec l'Inde et conclut avec cette dernière un accord sur le tracé définitif de leur frontière commune. En décembre 2009, le roi J. Khesar se rend à New Delhi pour sa première visite d'État à l'occasion de laquelle plusieurs accords de coopération et de développement (en matière d'énergie hydraulique notamment) sont signés.