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Bhoutan

en tibetain Druk-yul

Nom officiel : Royaume du Bhoutan

Carton de situation - Bhoutan
Drapeau du Bhoutan
Drapeau du Bhoutan

État d'Asie méridionale en bordure de l'Himalaya, le Bhoutan est limité à l'est, au sud et à l'ouest par l'Inde , au nord par la Chine.

  • Superficie : 47 000 km2
  • Nombre d'habitants : 754 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Bhoutanais
  • Capitale : Thimbu
  • Langue : dzongkha
  • Monnaies : ngultrum et roupie indienne
  • Chef de l'État : Jigme Khesar Namgyel Wangchuk
  • Chef du gouvernement : Tshering Tobgay
  • Nature de l'État : monarchie parlementaire
  • Constitution :
    • Adoption : 18 juillet 2008
Pour en savoir plus : institutions du Bhoutan

GÉOGRAPHIE

Le Bhoutan est en majeure partie couvert par la forêt. La population, majoritairement bouddhiste, compte une importante minorité népalaise, hindouiste.

Morphologiquement, le Bhoutan comprend trois zones : les Duars, plateaux détritiques en bordure de l'Himalaya ; le Moyen Himalaya, région montagneuse médiane ; le Grand Himalaya, avec des sommets de 6 000 à 7 000 m, formant la frontière avec le Tibet.

La population Bhotia, majoritaire, d'origine tibétaine, se regroupe dans des bassins, au sud du Grand Himalaya, autour de monastères bouddhistes (dzong), qui sont aussi de grands propriétaires fonciers. Les Ngalongs (ou Ngalops) d’origine tibétaine et rattachés à la population himalayenne des Bhotias, se concentrent dans l’est et le centre du pays, tandis que les Sharchops de l’Est (groupe très hétérogène) ont été en grande partie assimilés par la culture dominante des premiers ou marginalisés. À ces deux principaux groupes, s’ajoutent divers groupes minoritaires (Monpas, Khengs, Layaps, Lepchas…) et la population d’origine népalaise.

La population bhoutanaise est pauvre mais ne connaît pas la misère. Environ 95 % de la population active travaille dans le secteur agricole, qui allie culture céréalière et élevage, et fournit 40 % du produit intérieur brut (P.I.B.). La culture en terrasses irriguées permet la production d'orge et de blé (jusqu'à 3 000 m d'altitude). Le riz est cultivé dans le Moyen Himalaya, et les vallées étroites, qui entravent la circulation, permettent toutefois l'édification de barrages (notamment à Chhukha) qui fournissent le pays en électricité.

Le Sud est plus densément peuplé ; cependant, la région, qui reçoit plus de 7 m d'eau chaque année, est inhospitalière, malgré sa récente mise en valeur dans le cadre d'une modernisation du pays. C'est là que se concentre la majorité des populations népalaises du Bhoutan. Subissant de fortes discriminations de la part du pouvoir, celles-ci ont émigré en masse vers le Népal. L'Inde, dont les ressortissants encadrent l'administration du Bhoutan, a permis la construction d'axes routiers et fournit une aide économique indispensable au pays, qui exporte maintenant des minéraux (carbure de calcium), de l'électricité et du bois ; le développement de l'exploitation des forêts est prometteur. Le tourisme pourrait également constituer une source appréciable de devises, mais il est contingenté par le pouvoir depuis les années 1970. Si 95 % des échanges se font avec l'Inde, le Bhoutan cherche actuellement à se dégager de sa tutelle en sollicitant de l'aide auprès des organisations internationales.

HISTOIRE

1. La monarchie bhoutanaise

Le Bhoutan, ou Pays du Dragon, occupé au xviie siècle par des bandes tibétaines, se trouve placé, à partir de 1865, dans une situation de vassalité envers l'Inde. Il a été longtemps gouverné par deux maîtres, l'un spirituel (une incarnation du Bouddha), le Dharma raja (ou Shabdung), et l'autre temporel, le Deb raja (ou Deb zimpon). À la fin du xixe siècle, le pouvoir temporel passe aux mains du penlop (gouverneur) de Tongsa, de la famille des Wangchuk, devenu roi héréditaire en 1907. L'accord de 1910 abandonne à la Grande-Bretagne le contrôle des relations extérieures du Bhoutan, contrôle qui est confié à l'Inde en 1949. Ce royaume jouit toutefois d'une indépendance nominale : il est membre de l'ONU depuis septembre 1971.

Le roi (Druk Gyalpo) Jigme Dorji Wangchuk entreprend de moderniser et d'émanciper ce pays féodal. Dès 1953 est mise en place une Assemblée nationale, comptant 150 membres dont deux tiers élus au suffrage indirect par les chefs de village et un tiers nommé par le roi parmi les fonctionnaires ou élu par le clergé bouddhiste. En 1968, le roi renonce à son droit de veto sur les résolutions qu'elle adopte ; tous les 3 ans, les députés doivent lui renouveler leur confiance à une majorité des deux tiers.

Le pouvoir spirituel tend, de son côté, à décliner, bien que le clergé (plusieurs milliers de bonzes placés sous l'autorité du Je Khenpo) soit encore puissant dans ce royaume où le bouddhisme Mahayana, de la tradition Drukpa Kargyu, largement dominant, a été jusqu'aux réformes de 2008 la religion d'État.

La vie politique semble se résumer pendant longtemps aux luttes de deux grandes familles, celle des Dorji et sa rivale, celle des Wangchuk, à laquelle appartient le roi Jigme Singye, couronné en 1974, mais au pouvoir depuis 1972.

2. La « bhoutanisation » et la question des réfugiés

Dès le milieu des années 1970, le gouvernement adopte les premières mesures destinées à freiner l’immigration en provenance du Népal. À la suite de l’adoption en 1985 d’une nouvelle loi plus restrictive sur la citoyenneté suivi d'un recensement effectué dans le sud du pays en 1988, une politique de « bhoutanisation » est menée par le monarque et l’élite politique issue de l’ethnie ngalong ou bhotia, d’origine tibétaine. Désormais considérés comme des immigrés illégaux, privés pour certains de leur nationalité quoique établis depuis longtemps, des milliers de « méridionaux » (Lhotshampas) – population d’origine népalaise et en majorité hindouiste dont les premières installations datent du xixe siècle –, sont ainsi expulsés. La plupart s’exilent au Népal.

Au nom de la protection des traditions bhoutanaises et du principe « une nation, un peuple », cette politique est poursuivie après 1989, forçant notamment les minorités à porter le costume traditionnel (gho pour les hommes et kira pour les femmes) et à utiliser le dzongkha, dialecte tibétain et langue officielle du Bhoutan. Sous le prétexte d’écarter la menace d’une déstabilisation par les menées « antinationales » de groupes activistes, les protestations sont violemment réprimées et les discriminations ne font qu’alimenter le flux de réfugiés au Népal.

L’Inde s’étant désintéressée de la question en renvoyant son règlement à un arrangement entre le Népal et le Bhoutan, le HCR a dû prendre en charge quelque 100 000 réfugiés et, faute d’un rapatriement, faciliter leur réinstallation dans des pays tiers dans le cadre d’un programme lancé en 2007.

3. Le « pays du bonheur » à l’heure de la démocratie

Dès son arrivée au pouvoir, Jigme Singye élabore pour le bien-être de ses sujets le concept du « bonheur national brut » (BNB), qui repose sur quatre piliers fondamentaux : le développement économique et social, la conservation et la promotion de la culture bhoutanaise, la protection de l'environnement et la bonne gouvernance.

Convaincu de la nécessité d'une transition vers la démocratie, le souverain lance, au début des années 2000, un projet de Constitution transformant la monarchie héréditaire en une monarchie constitutionnelle et parlementaire qui prévoit la création d'un Parlement composé de deux chambres, une Assemblée nationale de 47 membres (élus au suffrage universel direct) et un Conseil national comptant 25 sièges (dont 20 élus au suffrage universel direct et 5 nommés par le roi). Toutefois, le roi conserve d’importants pouvoirs comme celui de faire adopter ou modifier une loi et de nommer certains titulaires de l’institution judiciaire.

Le régime dual, religieux et politique (Chhoe-sid-nyi), est « unifié dans la personne du monarque », mais si le bouddhisme est « l’héritage spirituel du Bhoutan » et bénéficie du soutien de l’État, le roi « est le protecteur de toutes les religions » et la liberté de pensée, de conscience et de croyance fait partie des droits fondamentaux. Par ailleurs, le BNB est inscrit dans la Constitution parmi les objectifs que doit poursuivre l’État.

Avant que ce texte soit officiellement signé le 18 juillet 2008, les premières élections parlementaires du royaume se déroulent le 31 décembre 2007 et le 29 janvier 2008 pour le Conseil national, et le 24 mars 2008 pour l'Assemblée nationale, où le Druk Phuensum Tshogpa (DPT, parti de l’unité du Bhoutan) remporte 45 des 47 sièges. Jigme Thinley, dirigeant du parti après une carrière administrative et politique commencée au début des années 1990, devient Premier ministre. Le 6 novembre 2008, à la suite de l’abdication de son père en 2006, Jigme Khesar Namgyel devient le cinquième souverain de la dynastie Wangchuk.

4. La dépendance à l’égard de l’Inde

Membre fondateur de l'Association de l'Asie du Sud pour la coopération régionale (SAARC), le Bhoutan cherche timidement à se dégager de la tutelle indienne et à diversifier ses partenaires économiques.

En 2007, il conclut avec l’Inde un accord sur le tracé définitif de leur frontière commune et signe un nouveau traité d’amitié expurgé de la clause (art. 2 du traité de 1949) qui précisait que « le Bhoutan accepte d’être guidé par le conseil du gouvernement indien pour ses relations extérieures ». Cette révision ouvre ainsi la voie à une politique étrangère plus autonome.

En décembre 2009, le roi J. Khesar se rend toutefois à New Delhi pour sa première visite d’État à l’occasion de laquelle plusieurs accords de coopération et de développement sont signés, notamment dans le secteur hydroélectrique. Ce dernier contribue pour une large part – avec la dépense publique financée en grande partie par l’aide extérieure, indienne pour l’essentiel –, à la croissance de l’économie bhoutanaise – de l’ordre de 8,5  % en moyenne en 2001-2010 – mais aussi à sa très forte intégration à celle de son puissant voisin. Cette intrication se traduit aussi par une dépendance monétaire accrue comme l’illustrent la détérioration de la balance des paiements et la pénurie de roupies à partir de 2010 – principal sujet de préoccupation du gouvernement en 2012.

Le desserrement de l’emprise indienne se manifeste notamment par des relations plus soutenues avec le Pakistan (2011) et par le nouveau pas fait en direction de la Chine : ce dont témoigne notamment la rencontre entre les Premiers ministres chinois et bhoutanais en marge de la Conférence de Rio en juin 2012. Mais ce rapprochement en vue de régler de vieux litiges frontaliers et susceptible de conduire à l’établissement de relations diplomatiques entre les deux pays, suscite la méfiance de l’Inde, accusée par certains de faire pression sur les dirigeants bhoutanais et d’intervenir discrètement dans la campagne électorale pour les élections de juillet 2013.

5. Première alternance politique

Ce scrutin semble confirmer la consolidation de la démocratie dans le royaume : outre la participation de trois nouveaux partis politiques à sa première phase éliminatoire, la victoire inattendue du parti démocratique du Peuple (PDP), avec 32 sièges sur 47 contre 2 dans l’assemblée précédente, permet la première alternance politique. Tshering Tobgay, un ingénieur formé aux États-Unis, prend la tête du gouvernement. S’écartant en partie de la doctrine du BNB, le nouveau Premier ministre se donne plusieurs objectifs prioritaires, parmi lesquels – outre une décentralisation du pouvoir, la diminution du train de vie de l’État et la lutte contre le chômage des jeunes –, une réduction de la dette publique, l’ouverture aux investissements étrangers et la diversification de l’économie dans un pays qui n’échappe plus aux défis de la mondialisation. Les relations privilégiées avec l’Inde ne sont pas remises en cause et T. Tobgay lui réserve sa première visite officielle tandis que les discussions avec la Chine sont en même temps poursuivies.