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Himalaya

(du sanskrit hima alaya, séjour des neiges)

Mont Everest
Mont Everest

La plus haute chaîne de montagnes du monde, en Asie, s'étendant sur le Pakistan, l'Inde, le Népal, la Chine (Tibet), le Bhoutan.

Elle s'allonge sur 2 800 km, de l'Indus au Brahmapoutre, entre le Karakorum et l'Arakan. Sa largeur, variable, atteint 280 km entre la plaine gangétique et la chaîne transhimalayenne du Kailas. Le point culminant est l'Everest, 8 848 m.
On y distingue, du sud au nord : une zone couverte d'une jungle épaisse (le terai) ; une zone de collines et de moyennes montagnes (les Siwalik) ; au-dessus de 5 000 m, la zone des glaciers et des neiges éternelles qui forme l'Himalaya proprement dit, limité par les hautes vallées de l'Indus et du Brahmapoutre ; celle-ci est dominée au Nord par le Transhimalaya, qui borde les plateaux du Tibet. Chaîne plissée, d'âge alpin, l'Himalaya est une importante barrière climatique et humaine. C'est aussi un haut lieu de l'alpinisme mondial.

GÉOGRAPHIE

1. Géologie, relief et hydrographie de l'Himalaya

1.1. L'histoire géologique de l'Himalaya

L'histoire géologique de l'Himalaya est très longue. Les matériaux sédimentaires se sont accumulés dans la mer Himalayenne depuis le précambrien jusqu'à l'éocène sur une épaisseur évaluée à 108 km. Les matériaux précambriens et paléozoïques tiennent une place beaucoup plus importante que les matériaux récents. Mais l'orogenèse précambrienne a été effacée par l'érosion et n'est décelable que par des anomalies stratigraphiques. L'orogenèse récente, marquée dans le relief, comprend les phases suivantes.

L'Inde se détache de l'Afrique

Voici 200 millions d'années, l'Inde amorce sa séparation de l'Afrique et se prépare à dériver vers le nord-est en direction de l'Eurasie. Sept mille kilomètres d'océan (la Téthys) les séparent alors.

Une subduction océan-océan

Vers – 110 millions d'années, une subduction océan-océan commence à se produire entre les deux blocs continentaux, qui se rapprochent à une vitesse d'environ 10 cm par an.

La phase de Thorung

Au crétacé supérieur, la croûte océanique glisse au Nord sous l'Asie, provoquant une subduction et le surgissement d'une cordillère de type andin sur les confins méridionaux de la mer Tibétaine. Elle atteint peut-être l'altitude de 1 500 à 2 000 m. Elle détermine définitivement la ligne de partage des eaux entre le versant de la plaine Indo-Gangétique et celui des hautes vallées du Cangpu (cours supérieur du Brahmapoutre) et de l'Indus. Au sud, la croûte océanique surmonte l'Inde (un tel phénomène est appelé « obduction »). La collision entre les deux continents a lieu vers – 45 millions d'années, coinçant entre eux des lambeaux de la croûte océanique. Ces ophiolites, témoins d'un océan refermé, la Téthys, sont bien visibles dans la vallée de l'Indus et du Cangpu (cours supérieur du Brahmapoutre), au sud du Tibet.

La phase des charriages

De la mer Tibétaine, la dalle tibétaine émerge définitivement dès l'oligocène. La compression se poursuit et d'importantes cassures affectent la partie indienne bien au sud de la zone de collision proprement dite. Puis d'énormes nappes de charriage surgissent au miocène et se déversent vers le sud : elles forment l'Himalaya primitif, qui atteint environ 4 000 m, mais sera démantelé au pliocène.

Les mouvements postmiocènes

Des mouvements tangentiels des socles (rapprochement du continent asiatique et du subcontinent indien), ajoutant leurs effets à ceux du diastrophisme local, contribuent à porter l'Himalaya à son niveau actuel au cours du pliocène et du pléistocène. La dalle tibétaine, qui est soulevée en se disloquant, atteint environ 5 000 m au pliocène. Les Siwalik, avant-monts méridionaux, constitués par les matériaux détritiques accumulés dans la mer Gangétique, se soulèvent au cours du pléistocène dans un mouvement qui se poursuit encore.

Cette orogenèse explique la disposition zonale du relief. Du sud au nord, on rencontre les éléments suivants.

1.2. La disposition zonale du relief de l'Himalaya, du Sud au Nord

Les Siwalik ou chaînes préhimalayennes

Les Siwalik ou chaînes préhimalayennes, crêtes étroites et basses, très érodées, formées de grès, argiles, sables et conglomérats, encadrant de larges vallées appelées dun. La largeur de cette zone varie de 10 à 50 km, et l'altitude de 600 à 1 000 m en général.

Le Moyen Himalaya

Le Moyen Himalaya, zone de nappes de charriages, au relief escarpé, formée de matériaux anciens divers. Très démantelées, ces montagnes atteignent environ 3 000 m et ne dépassent 4 000 m que dans l'Himalaya occidental.

Les nappes se chevauchent dans une grande complexité. On distingue :
– les nappes inférieures (de Nawakot au Népal, de Krol au Garhwal) ;
– les nappes supérieures (de Katmandou au Népal, du Daling au Sikkim, du Garhwal, de Jutogh dans les pays de la Sutlej, du Cachemire).

Le Grand Himalaya

Le Grand Himalaya, qui appartient au domaine tectonique des nappes, se situe plus ou moins dans la région de leurs racines. Il est l'axe le plus élevé des chaînes, dépassant généralement 6 000 m. Plus de cent sommets dépassent 7 000 m, douze atteignent des altitudes supérieures à 8 000 m.

Les dix sommets de plus de 8 000 m de l'Himalaya

LES QUATORZE SOMMETS DE PLUS DE 8 000 M DE l'HIMALAYA

Sommet

Pays

Altitude

Everest

Népal/Chine

8 848 m

K2*

Pakistan

8 611 m

Kangchenjunga

Népal/Inde

8 586 m

Lhotse

Népal/Chine

8 545 m

Makalu

Népal/Chine

8 515 m

Dhaulagiri

Népal

8 172 m

Manaslu

Népal

8 156 m

Cho Oyu

Népal/Chine

8 154 m

Nanga Parbat

Pakistan

8 126 m

Annapurna

Népal

8 078 m

Gasherbrum I ou Hidden Peak*

Pakistan

8 068 m

Broad Peak*

Inde

8 047 m

Gasherbrum II*

Pakistan

8 035 m

Xixabangma

Chine

8 012 m

* : sommet situé dans le Karakorum.

La zone transhimalayenne

La zone transhimalayenne est formée de sédiments marins soulevés à haute altitude. Au Tibet, c'est la structure de la dalle tibétaine, donnant un haut plateau (entre 4 100 et 4 800 m autour du lac Manasarovar), aux vallonnements monotones ; la chaîne du Zaskar (environ 6 000 m) s'accole au Grand Himalaya ; plus au nord, la chaîne du Kailas (environ 6 000 m) se développe parallèlement à l'Himalaya. Dans les régions occidentales, les hauts plateaux disparaissent, la masse montagneuse du Karakorum (qui culmine au K2, 8 611 m, deuxième sommet du monde) se trouvant rapprochée du Grand Himalaya.

2.3. Le réseau hydrographique

La ligne principale de partage des eaux ne coïncide avec les crêtes du Grand Himalaya que dans la partie occidentale (à l'ouest de la Sutlej et de la Spiti). Ailleurs, elle est formée par des alignements montagneux transhimalayens, notamment la chaîne du Ladakh, dont la surrection fut antérieure à celle du Grand Himalaya. Au nord de cette ligne de partage des eaux, de nombreux cours d'eau prennent leur source dans de hauts bassins aux formes douces, parfois au-delà de l'ultime chaîne de l'Himalaya, sur les hautes plaines du Tibet : l'Indus, la Sutlej, la Tista, l'Arun, le Brahmapoutre. Les eaux se rassemblent dans les deux gouttières du haut Indus et du Cangpu (cours supérieur du Brahmapoutre). Au sud de la ligne de partage, les cours d'eau ne peuvent gagner l'océan qu'en traversant l'ensemble des chaînes himalayennes ; leur tracé étant antérieur au soulèvement de celles-ci, ils se sont enfoncés dans la masse montagneuse, creusant des gorges épigéniques gigantesques par des cluses aux versants vertigineux qui sont une caractéristique de l'hydrographie himalayenne.

La plupart des cours d'eau sont orientés vers le piémont méridional : la Jhelum, la Chenab et la Ravi vers la mer d'Oman, la Yamuna, le Gange, la Gogra, la Gandak, la Kosi, la Tista vers le golfe du Bengale.

Les violentes crues de printemps, provoquées par la fonte des neiges, prolongées par la fusion glaciaire et les pluies de mousson, avivent sans cesse la partie inférieure des versants. Les éboulements et glissement de terrain menacent tous les ans les chemins tracés à grand effort à mi-versant.

2. Les régions de l'Himalaya d'Est en Ouest

Situés entre 27° et 35° de latitude Nord, les pays himalayens (y compris le Karakorum) sont soumis dans leur majeure partie à des conditions tropicales. Mais la position géographique introduit de grands contrastes régionaux dans cet ensemble, et l'étagement détermine, dans chaque région, une série climatique allant des conditions tropicales aux conditions de la haute montagne.

2.1. L'Himalaya oriental

Proche du golfe du Bengale, l'Himalaya oriental (du Népal oriental à l'Assam) appartient à l'aire la plus humide des pays de la mousson estivale (3 160 mm de précipitations à Darjeeling, à 2 100 m d'altitude). La saison sèche (hiver) est courte.

Au-dessous de 1 000 m domine une forêt de sal (Shorea robusta), très humide, et, à l'est de 91° de longitude, dans les régions où la saison sèche devient insignifiante, la forêt tropicale dense à Dipterocarpus. L'étage montagnard est caractérisé par la présence d'une « forêt de brouillard », toujours verte, qui s'élève jusqu'à 3 900 m environ. Dans cette zone s'étagent des essences tropicales, qui dominent un sous-bois de bambous et de fougères arborescentes, puis des deodars, les chênes, les érables, les sapins argentés et, de 3 600 m à 4 800 m, les prairies.

Les profondes vallées transversales sont localisées surtout à l'Est, où la montagne atteint les plus hautes altitudes et semble plus jeune. Les neiges éternelles commencent dès 4 500 m. Le Népal est le domaine des sommets de plus de 8 000 m, les plus hauts du monde. Les principaux sont, d'Est en Ouest, le Kangchenjunga (8 586 m), le Makalu (8 515 m), le Lhotse (8 545 m), l'Everest (8 848 ), le Cho Oyu (8 189 m), le Xixabangma (8 046 m).

2.2. L'Himalaya central

L'Himalaya central (du Népal central au Garhwal) appartient à l'aire des pays de mousson à saison sèche marquée (1 m de pluies à Ranikhet, vers 1 900 m d'altitude). Une forêt de sal à feuilles caduques couvre les basses pentes au-dessous de 1 000 m. Un étage tempéré chaud (entre 1 000 et 2 000 m) est caractérisé par les forêts de pins chir (Pinus longifolia) ou de feuillus comme les châtaigniers orientaux (Castanopsis indica). Un étage froid lui succède au-dessus de 2 000 m, avec des arbres à feuilles caduques et, dans la partie supérieure, divers conifères et des bouleaux.

L'Himalaya central porte, toujours au Népal, quelques très hauts sommets : d'Est en Ouest, le Manaslu (8 156 m), l'Annapurna (8 078 m), le Dhaulagiri (8 172 m).

2.3. L'Himalaya occidental

À l'Ouest du Népal, l'Himalaya devient de plus en plus sec. Les pluies de mousson s'atténuent, tandis que prédominent des précipitations de caractère méditerranéen (hiver et printemps), ce qui donne à la végétation un aspect très différent : forêts xérophiles très dégradées sur les basses pentes (les basses pentes nues sont souvent très ravinées), forêts de pins bleus (Pinus excelsa) au-dessus de 1 000 m, de cèdres (Cedrus deodora) au-dessus de 2 000 m et enfin de conifères variés et de bouleaux. À l'intérieur de la montagne, les hauts bassins du Kumaon et certaines lointaines vallées du Cachemire sont de véritables déserts froids (Leh : 150 mm de précipitations par an).

2.4. La zone transhimalayenne

La zone transhimalayenne, au sol riche, est une région de steppes (Artemisia maritima, Caragana spinosa), les forêts ne s'y développant qu'au-dessus de 3 000 m. L'étage alpin des prairies apparaît, dans la plus grande partie de l'Himalaya, au-dessus de 3 900 m (3 600 m dans l'Himalaya occidental). On rencontre les neiges permanentes, plus ou moins haut, aux environs de 5 000 m. Les glaciers descendent peu au-dessous de la limite des neiges permanentes, sauf ceux du Karakorum, alimentés par des précipitations d'hiver.

3. Peuplement et civilisation de l'Himalaya

3.1. L'arrivée de différentes populations

Dans la préhistoire, l'Himalaya a été occupé tardivement, sauf sur les basses terrasses des Siwalik (terrasses de la Soan au Pendjab). C'est seulement au Néolithique que l'on constate l'occupation des hauts plateaux tibétains, des hautes plaines du Népal et du Cachemire. Le peuplement semble avoir une triple origine. Du Tibet, d'abord, sont venus des nomades, qui ont évolué vers une forme de vie sédentaire adaptée à la haute montagne ; les populations d'origine tibétaine (comme les Sherpas du massif de l'Everest) vivent généralement au-dessus de 3 000 m, mais ont occupé parfois des régions plus basses en adoptant une économie d'étage chaud, tels les Bhoutanais et les Newars du bassin de Katmandou. De l'Extrême-Orient, ensuite, sont venues diverses populations mongoloïdes qui se sont répandues depuis l'Assam jusqu'au Népal, en occupant l'étage chaud au-dessous de 2 500 m. De l'Inde sont venues probablement les anciennes populations à peau foncée, comme les Doms du Kumaon : mais ces occupants ont été asservis par des immigrants plus tardifs, appartenant à diverses castes hindoues, qui ont occupé le Népal et l'Himalaya occidental. Enfin des groupes du Moyen-Orient ont pénétré dans l'Himalaya occidental.

3.2. Plusieurs aires de civilisation

Cette diversité ethnique est la cause fondamentale du partage des pays himalayens entre plusieurs aires de civilisation. Mais il faut aussi tenir compte des facteurs d'isolement : la barrière glacée des hautes montagnes en Asie centrale ; la forêt impénétrable de l'Assam et celle du terai, qui frange les Siwalik de l'Himalaya central. Les Tibétains ont imposé leur civilisation, caractérisée par un certain type d'économie, mais aussi par le bouddhisme lamaïque, dans toutes les régions d'étage froid, depuis le Ladakh jusqu'à l'Himalaya de l'Assam. Mais le bouddhisme s'est répandu dans plusieurs régions plus basses, notamment au Népal ; il domine le Sikkim et le Bhoutan. Les populations d'origine indienne ont fait prévaloir la culture hindoue, avec la société organisée en castes, au Népal et dans une grande partie de l'Himalaya occidendal (Kumaon, Garhwal, Himachal Pradesh), au-dessous de 2 000 m d'altitude. Cependant l'islam s'est imposé dans les régions les plus occidentales de l'Himalaya (Pendjab, Cachemire) et de la zone transhimalayenne (Dardistan, Baltistan). Quant à l'animisme primitif, il ne s'est guère maintenu que dans l'aire isolée de l'Himalaya assamais.

3.3. Le découpage politique

Le découpage politique ne tient aucun compte de la carte ethnique ou culturelle. Le Tibet, en effet, est loin d'englober l'ensemble des populations de race et de culture tibétaines. L'Inde, qui doit ses frontières à l'expansion de la puissance britannique, occupe une partie de l'Himalaya hindou (à l'ouest du Népal), mais aussi des territoires de culture tibétaine (Ladakh, Lahoul, Spiti), un territoire musulman (Cachemire) et l'aire animiste de l'Assam. Des États himalayens ont pu conserver soit l'indépendance (Népal), soit une autonomie contrôlée par l'Inde (Sikkim) ou obtenir cette indépendance (Bhoutan). Cette situation fut ou est encore à l'origine de contestations frontalières : le Pakistan, occupant la plupart des territoires musulmans, n'a pas reconnu l'occupation du Cachemire par l'Inde ; la Chine, qui contrôle le Tibet depuis 1950, ne reconnaît pas la frontière appelée « ligne McMahon », établie par un accord anglo-chinois de 1914 qui n'a jamais été ratifié par le gouvernement chinois.

Ces contestations, en exigeant un gros effort militaire des puissances rivales que sont l'Inde, le Pakistan et la Chine, déterminent la construction des réseaux routiers, qui finiront par désenclaver le monde himalayen. Mais, en rendant difficile le passage des frontières, elles condamnent le système traditionnel d'échanges suprafrontaliers, lié jadis à la transhumance des populations tibétaines. Elles conditionnent aussi les tentatives de conquête sportive des sommets.

4. L'agriculture et l'étagement en altitude dans l'Himalaya

L'étagement joue un rôle capital dans la différenciation des types d'économie. C'est vers l'altitude de 2 000-2 500 m que se situe la transition entre deux milieux dont l'écologie et la vie économique diffèrent radicalement.

4.1. Au-dessous de 2 500 m

Au-dessous de ce niveau règnent des climats tempérés chauds, et même tropicaux au-dessous de 1 000 m, dans lesquels l'absence d'hiver froid permet de faire deux récoltes annuelles. C'est l'étage à population dense, où de gros villages font de l'agriculture sur des versants aménagés en terrasse ou sur les hautes plaines du Cachemire et du Népal, ce qui assure parfois deux récoltes par an. Le riz est la culture dominante d'été ; mais il est souvent supplanté par le maïs, qui exige moins d'eau. L'hiver, on peut cultiver des plantes comme le blé, la pomme de terre. Les arbres fruitiers apportent seuls des variétés au système de culture : les orangers et les bananiers du bassin de Katmandou sont remplacés, au Cachemire, par les vignobles et les vergers d'abricotiers. Au-dessus de 1 800 m, la culture, souvent itinérante, du sarrasin et de la pomme de terre n'obtient que des rendements beaucoup plus faibles. L'élevage (des yacks, des chèvres, des moutons) est peu important, sauf dans quelques tribus pastorales qui pratiquent la remue et même transhument à travers l'Himalaya occidental. Certaines régions, toutefois, ont des types d'agriculture particuliers, notamment les oasis des pays arides (Dardistan, Baltistan, Kohistan) et l'aire assamaise d'agriculture sur brûlis.

4.2. Au-dessus de 2 500 m

Au-dessus de 2 500 m, on observe généralement un certain vide démographique et économique, correspondant aux crêtes boisées du Moyen Himalaya. C'est au-dessus de 3 000 m, dans l'étage à hiver froid, que s'impose l'économie de type tibétain. Les villages sont plus clairsemés, exploitant de rares terres arables sur les fonds de vallée. Le climat ne permet qu'une seule récolte par an : blé, orge, sarrasin, pommes de terre, cultures qui s'élèvent plus ou moins haut selon les régions. Bien que l'orge et la pomme de terre puissent se cultiver jusque vers 4 500 m, l'étage agricole se limite pratiquement à 3 500 m. Au-dessus, s'étend un étage pastoral : des groupes tibétains, qui transhument en été jusqu'aux approches de 5 000 m, vivent exclusivement d'activités pastorales (élevage de moutons, chèvres, yacks).

5. Haute montagne et activités économiques dans l'Himalaya

5.1. Les contraintes liées à l'isolement

En raison de l'isolement, les villages himalayens pratiquent surtout des cultures vivrières et vivent en autarcie. Il y a cependant des courants d'échanges continus, soit par portage humain (surtout dans l'étage inférieur à 2 500 m), soit par animaux de bât, mulets, yacks (surtout dans l'étage tibétain), ou encore en utilisant les troupeaux de chèvres et de moutons qui font leur transhumance en portant des bissacs. Une grande partie du commerce est assumée par les paysans eux-mêmes, qui fréquentent les bazars. Aussi la circulation est-elle assez active sur les chemins de montagne. Les commerçants franchissent des cols le plus souvent situés à plus de 4 000 m d'altitude, au Népal et au Sikkim. Des routes relient les principaux centres à la plaine Indo-Gangétique.

5.2. Le développement des villes

Les progrès de la circulation et du commerce favorisent le développement des villes. Parmi celles-ci, les plus importantes restent les capitales traditionnelles : Katmandou, capitale du Népal ; Srinagar, capitale du Cachemire, seul centre industriel important. Plusieurs stations d'altitude, créées par les Britanniques, ont ajouté à leur attrait touristique des activités commerciales et culturelles ; c'est le cas notamment de Darjeeling et de Simla. Mais les villes situées au contact de la plaine et de la montagne se développent plus que les bourgades difficilement accessibles de la montagne ; c'est le cas de Hardwar, au débouché du Gange, Dehra Dun et Kangra, dans les vallées des Siwalik.

Mis à part l'alpinisme en très haute montagne, l'Himalaya connaît aujourd'hui un développement important du tourisme (randonnée en haute montagne).

ALPINISME

Les débuts de l'exploration systématique de l'Himalaya remontent pratiquement à la venue des Anglais aux Indes. Au xixe s. ; les officiers et les topographes du Service géodésique des Indes (Survey of India) font des travaux de triangulation à partir de 1830 sur l'ordre de G. Everest. Ils inventorient les montagnes et les vallées, mesurent les altitudes, établissent les premières cartes.

Les expéditions d'alpinistes apparaissent peu après. Plusieurs sommets de 5 000 et de 6 000 m ont été facilement atteints. Des cols ont été franchis. Les frères Schlagintweit parcourent le Garhwal (1855), et W. W. Graham prétend avoir vaincu le Kabru (7 136 m), dans le Sikkim (1883). Tandis que M. Conway of Allington va au Karakorum (1892), A. F. Mummery disparaît au Nanga Parbat (1895) et D. Freshfield effectue le tour du Kangchenjunga (1899). À la veille de la Première Guerre mondiale, seuls sommets importants, le Trisul (1907) et le Kun (1913) ont été gravis.

Entre les deux guerres mondiales, de nombreuses expéditions s'attaquent aux plus grands des sommets, mais les Britanniques échouent à sept reprises à l'Everest (de 1921 à 1938), les Allemands à cinq reprises au Nanga Parbat (de 1932 à 1939) ou encore au Kangchenjunga (1929 et 1931). Aucun « 8 000 m » n'a été gravi. Le plus haut sommet atteint est la Nanda Devi (7 816 m), en 1936.

Les conditions changent après 1945 : techniquement, avec une amélioration du matériel et un emploi plus rationnel de l'oxygène (essayé d'ailleurs depuis 1924) ; médicalement, avec une meilleure connaissance de l'acclimatement ; politiquement, avec la fermeture des frontières tibétaines et l'ouverture des frontières népalaises (1950). Les assauts viendront du Sud. En quelques années, les « plus de 8 000 m » proprement dit (donc en excluant le Karakorum) sont successivement gravis. Les Français à l'Annapurna réalisent brillamment l'ascension du premier 8 000 (expédition de 1950, dirigée par Maurice Herzog, qui atteint le sommet avec Louis Lachenal. En 1953, un Allemand, Hermann Buhl, inscrit sa singulière victoire sur le Nanga Parbat (expédition allemande dirigée par Herrligkoffer). La même année, le 29 mai, le Néo-Zélandais Edmund Hillary et le Sherpa Tenzing Norgay atteignent le toit du monde, l'Everest (expédition britannique dirigée par J. Hunt), récoltant une victoire mûre et le fruit de trente années d'efforts et de ténacité, et faisant de la montagne un monde désormais fini. Le Cho Oyu est gravi la même année par une expédition autrichienne dirigée par Tichy, qui arrive au sommet en compagnie de Jochler et du Sherpa Pasang Dawa Lama. En 1955, après une expédition de reconnaissance (1954), une expédition française dirigée par J. Franco escalade le Makalu, cinquième sommet du monde, vaincu en trois assauts successifs par l'ensemble des membres de l'expédition, soit huit alpinistes français et le Sirdar Gyalzen Norbu.

La même année, à quelques jours d'intervalle et 100 km plus à l'est, C. Evans, chef d'une expédition britannique, et trois de ses compagnons atteignaient le sommet du Kangchenjunga. S'achève la conquête des autres 8 000 : le Manaslu (1955), le Lhotse (1956), le Dhaulagiri (1960), le Xixabangma (1964).

Puis, comme dans les Alpes cinquante ans plus tôt, on s'attaque aux sommets « secondaires » mais de grande difficulté (Jannu, 1962) ou aux sommets déjà gravis mais en empruntant cette fois de nouveaux itinéraires (face sud de l'Annapurna, 1970 ; pilier ouest du Makalu, 1971 ; face sud-ouest de l'Everest, 1975). En 1979, l'ouverture des frontières chinoises aux alpinistes étrangers offre de nouvelles perspectives. Cette période d'après-guerre a permis de mettre au point la technique dite « himalayenne » : installation de camps d'altitude, pose de cordes fixes permettant aux alpinistes de se déplacer à l'aide d'autobloquants. Ce type d'expédition, nécessitant des tonnes de matériel, n'est réalisable qu'avec des centaines de porteurs et des crédits importants.

La fin des années 1970 a vu une évolution importante et probablement irréversible : le développement des expéditions légères, économes en moyens, en argent et en hommes, entreprenant une ascension en technique alpine (sans oxygène, sans porteurs d'altitude, sans corde fixe). Dans ces conditions, R. Messner a gravi en solitaire la face nord de l'Everest (1980). En 1975, la Japonaise Junko Tabei est la première femme à gravir l'Everest. La Française Christine Janin a répété cet exploit en 1990. Aujourd'hui, les tentatives hivernales se multiplient, dont certaines en solitaire, ainsi que les approches sportives utilisant le ski extrême ou le parapente.