Elle s'allonge sur 2 800 km de l'Indus au Brahmapoutre, entre le Karakorum et l'Arakan. Sa largeur, variable, atteint 280 km entre la plaine gangétique et la chaîne transhimalayenne du Kailas. Le point culminant est l'Everest, 8 848 m.
L'Himalaya est une chaîne alpine résultant de la dérive, puis de la collision du bloc continental indien (ainsi que de blocs intercalaires de type arcs insulaires) avec l'Eurasie. Des sutures à matériel ophiolitique, comme la suture de l'Indus-Cangpu, témoignent de la disparition par subduction des domaines océaniques téthysiens intermédiaires. La poursuite du mouvement de l'Inde vers le nord, à la manière d'un poinçon (hypercollision), a provoqué l'écaillage de la partie septentrionale du continent indien et donné lieu à de grands chevauchements crustaux avec épaississement considérable de la lithosphère. Dans la plaque Eurasie, il en a résulté de grands accidents cassants, en particulier des décrochements qui tendent à expulser latéralement de grands panneaux et dont le jeu se traduit actuellement par d'importants séismes. L'Himalaya est formé des matériaux sédimentaires accumulés dans la mer himalayenne depuis le précambrien et finalement dans une partie résiduelle de la Téthys au cénozoïque ; les matériaux d'origine précambrienne y tiennent une place plus importante que les matériaux récents. L'orogenèse ancienne a laissé peu de traces. Le relief actuel est dû au grand soulèvement alpin-himalayen, porté localement à un paroxysme. Les géologues ont distingué plusieurs phases dans le soulèvement himalayen : la phase de Thorung (crétacé supérieur), qui donne naissance à une cordillère ; la phase des charriages (miocène), qui forme, plus au sud, une grande chaîne en déversant d'énormes nappes de charriage vers le sud ; la phase postmiocène, qui soulève la dalle tibétaine à environ 5 000 m et porte l'Himalaya à sa plus haute altitude. Ces mouvements se prolongent jusqu'à l'époque actuelle, tandis qu'une érosion vigoureuse abaisse et démantèle le relief. On admet que les mouvements tangentiels des socles (rapprochement du Deccan et du continent nord-asiatique) sont responsables de l'altitude exceptionnelle atteinte par la chaîne.
Le relief himalayen présente une disposition zonale. En partant de la plaine gangétique, on rencontre successivement :
– les Siwalik, chaînes préhimalayennes peu élevées (600 à 2 000 m), formées de terrains détritiques pliocènes ;
– le Moyen Himalaya, zone des nappes de charriage, où les crêtes sommitales atteignent 3 000 et 4 000 m ;
– le Grand Himalaya, axe le plus élevé, avec des sommets de 6 000 à plus de 8 000 m ;
– la zone transhimalayenne, haut plateau au Tibet, et, dans l'Ouest, masse montagneuse du Karakorum.
La ligne principale de partage des eaux, formée dès la phase de Thorung, est située au nord du Grand Himalaya, dont le soulèvement fut plus tardif. Il en résulte que plusieurs cours d'eau, Indus, Sutlej, Arun, Brahmapoutre, franchissent le Grand Himalaya par des gorges épigéniques gigantesques. Au-dessus de 1 000 m, l'Himalaya présente des étages climatiques tempérés et froids, la limite supérieure des forêts se situant vers 3 900 m et la limite inférieure des neiges permanentes vers 5 000 m. La distribution de l'humidité montre de grands contrastes entre l'Est, très humide, le Centre, caractérisé par le climat de mousson, et l'Ouest, beaucoup plus sec, avec des pluies méditerranéennes d'hiver. Le climat de la zone transhimalayenne est désertique.
Le peuplement est composite. Au-dessus de 3 000 m vivent les Tibétains. Dans le Moyen Himalaya et le bas pays, on rencontre des tribus mongoloïdes à l'est, des populations venues de l'Inde ou du Moyen-Orient à l'ouest, avec quelques éléments localisés d'origine tibétaine (Bhoutanais, Newars, etc.). Cette variété a pour conséquence la diversité culturelle, particulièrement religieuse. L'ensemble du monde himalayen est peuplé de près de 30 millions d'habitants, vivant principalement dans l'étage tempéré chaud, entre 1 000 et 2 500 m d'altitude, et groupés dans des villages. La vie urbaine s'est développée surtout dans les basses vallées (Kangra, Dehra Dun), dans quelques centres politiques (Katmandou, Srinagar), enfin dans des stations climatiques (Simla, Darjeeling).
Les types d'économie sont très diversifiés, en fonction des conditions géographiques et de la civilisation. Vers 2 000-2 500 m se situe la transition entre deux milieux écologiques : au-dessous règnent les climats tempérés chauds et tropicaux, où se pratiquent des types d'agriculture intensive en terrasses à double récolte annuelle (blé, pomme de terre, maïs, riz) ; au-dessus, le type tibétain, avec cultures en terrasses clairsemées (blé, sarrasin, pomme de terre) et élevage. L'Himalaya occidental pratique une vie pastorale avec transhumance verticale. L'Himalaya oriental conserve, au-dessous de 1 800 m, des cultures itinérantes sur brûlis. La vie économique, naguère limitée par les conditions du transport, portage humain ou animal (chevaux, mulets, moutons), est de plus en plus influencée par la construction de routes, par les transports en autobus et en camions, sauf dans les villages (majoritaires) où la circulation motorisée ne peut accéder.
Le partage politique du monde himalayen n'a tenu aucun compte des milieux naturels, ni de la géographie culturelle. Il s'est fait en fonction des rapports de force entre l'impérialisme britannique et les pays voisins, traçant des frontières qui suscitent aujourd'hui des contestations violentes entre l'Inde et le Pakistan (Cachemire), et entre l'Inde et la Chine (Ladakh, Arunachal Pradesh). Ces contestations, en exigeant un gros effort militaire des puissances rivales, déterminent la construction des réseaux routiers, qui finiront par désenclaver le monde himalayen. Mais, en rendant difficile le passage des frontières, elles condamnent le système traditionnel d'échanges suprafrontaliers, lié jadis à la transhumance des populations tibétaines. Elles conditionnent aussi les tentatives de conquête sportive des sommets. Mis à part l'alpinisme en très haute montagne, l'Himalaya connaît aujourd'hui un développement important du tourisme (randonnée en haute montagne).
Caractérisé par un milieu bioclimatique très humide, par des vallées très évasées, l'Himalaya oriental est partagé politiquement entre le Népal oriental, le Bhoutan et l'Inde (Arunachal Pradesh, Sikkim et district de Darjeeling). Historiquement, il a toujours été la partie la moins accessible de la chaîne, en raison de sa végétation dense et du rôle protecteur joué par la plaine assamaise et le terai népalais, marécageux et malsain. Il est donc resté à l'abri de la pénétration musulmane et hindoue. Mais l'influence tibétaine a entraîné le développement de la civilisation du Bhoutan. L'influence extérieure a d'abord pénétré au Sikkim, protectorat britannique, depuis le XIXe s., colonisé par des Népalais hindous. Mais les autres régions n'ont commencé à s'ouvrir au monde que dans la seconde moitié du XIXe s.
À l'ouest de l'Arun et jusqu'à la Sutlej, l'Himalaya central se distingue par un climat que marque nettement la mousson et par le défrichement avancé de son étage tempéré chaud. Des éléments d'origine indienne y ont pris le pas sur les tribus mongoloïdes du Népal et sur les aborigènes des territoires indiens (Kumaon, Garhwal), implantant l'hindouisme et la société de castes. Mais la région a toujours été d'un accès difficile à cause de la barrière du terai et des Siwalik. Grâce au fertile bassin de Katmandou, l'originale civilisation népalaise a pu se développer dans cet isolement. Partagé politiquement entre l'Inde et le Pakistan, l'Himalaya occidental, au climat plus sec, éprouve les effets de la mousson, mais plus encore des pluies méditerranéennes d'hiver. Ses formes de végétation s'apparentent à celles du Moyen-Orient. Plus ouvert sur le monde extérieur, il a reçu un peuplement venu en grande partie du Moyen-Orient. Il a été partiellement islamisé. Le Cachemire s'y distingue par l'éclat de sa culture et sa richesse, s'opposant à la zone désertique du haut Indus, que jalonnent une série d'oasis.
L'exploration systématique de l'Himalaya débute au XIXe s. ; les topographes du Service géodésique des Indes (Survey of India) font des travaux de triangulation à partir de 1830 sur l'ordre de G. Everest.
Les expéditions d'alpinistes apparaissent peu après : les frères Schlagintweit parcourent le Garhwal (1855), et W. W. Graham le Sikkim (1883). Tandis que M. Conway of Allington va au Karakorum (1892), A. F. Mummery disparaît au Nanga Parbat (1895) et D. Freshfield fait le tour du Kangchenjunga (1899). À la veille de la Première Guerre mondiale, seuls sommets importants, le Trisul (1907) et le Kun (1913) ont été gravis. Entre les deux guerres, les expéditions se multiplient, mais les Anglais échouent à sept reprises à l'Everest (de 1921 à 1938), et les Allemands à cinq reprises au Nanga Parbat (de 1932 à 1939) ou encore au Kangchenjunga (1929 et 1931). Aucun « 8 000 m » n'a été gravi; le plus haut sommet atteint est la Nanda Devi (7 816 m) en 1936.
Les conditions changent après 1945 : techniquement, avec une amélioration du matériel et un emploi plus rationnel de l'oxygène ; médicalement, avec une meilleure connaissance de l'acclimatement ; politiquement, avec la fermeture des frontières tibétaines et l'ouverture des frontières népalaises (1950). Les assauts viendront du Sud. Tous les « plus de 8 000 m » proprement dit (donc en excluant le Karakorum) sont successivement gravis : Annapurna (1950), Everest et Nanga Parbat (1953), Cho Oyu (1954), Makalu et Kangchenjunga (1955), Manaslu et Lhotse (1956), Dhaulagiri (1960), Xixabangma (1964). Puis, comme dans les Alpes cinquante ans plus tôt, on s'attaque aux sommets « secondaires » mais de grande difficulté (Jannu, 1962) ou aux sommets déjà gravis mais en empruntant cette fois de nouveaux itinéraires (face sud de l'Annapurna, 1970 ; pilier ouest du Makalu, 1971 ; face sud-ouest de l'Everest, 1975). En 1979, l'ouverture des frontières chinoises aux alpinistes étrangers offre de nouvelles perspectives. Cette période d'après-guerre a permis de mettre au point la technique dite « himalayenne » : installation de camps d'altitude, pose de cordes fixes permettant aux alpinistes de se déplacer à l'aide d'autobloquants. Ce type d'expédition, nécessitant des tonnes de matériel, n'est réalisable qu'avec des centaines de porteurs et des crédits importants.
La fin des années 1970 a vu une évolution importante et probablement irréversible : le développement des expéditions légères, économes en moyens, en argent et en hommes, entreprenant une ascension en technique alpine (sans oxygène, sans porteurs d'altitude, sans corde fixe). Dans ces conditions, R. Messner a gravi en solitaire la face nord de l'Everest (1980). Aujourd'hui, les tentatives hivernales se multiplient, dont certaines en solitaire, ainsi que les approches sportives utilisant le ski extrême ou le parapente.
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