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Tibet

en chinois Xizang

Potala, Lhassa
Potala, Lhassa

Une des cinq régions autonomes de la Chine.

  • Superficie : 1 221 000 km2
  • Population : 3 002 165 hab. (recensement de 2010)
  • Nom des habitants : Tibétains
  • Capitale : Lhassa

GÉOGRAPHIE

La densité de la population est la plus faible de toutes les régions chinoises. Il s'agit en effet d'une contrée située aux trois quarts à plus de 3 500 m d'altitude, cernée elle-même de hauteurs encore plus considérables : Kunlun au N., Himalaya au S., Pamir et Karakorum à l'O., Alpes du Sichuan à l'E. Trois régions se distinguent dans ce vaste ensemble. Le haut Tibet (800 000 km2) est formé de chaînes sédimentaires de 5 000 à 6 000 m, séparées de vallées (à 4 500 m) riches en lacs et dont la moyenne thermique annuelle (− 4 °C), le long hiver et la sécheresse (100 mm par an) font un monde hostile. Le Tibet oriental (l'ancien Tchamdo) se compose de vallées N.-S. où coulent la Salouen, le Mékong, le Yangzi Jiang, séparant plateaux ou chaînes de 5 000 à 6 000 m ; le climat relativement plus doux, plus arrosé, y entretient de riches forêts. Le Tibet méridional, enfin, est centré sur la vallée du Zangbo (haut Brahmapoutre), ouverte à 3 500-4 000 m d'altitude et de climat remarquablement doux (janvier − 1 °C à Lhassa, juillet 17 °C), les pluies variant de 500 à 1 500 mm.

Les trois quarts de la population habitent cette dépression, où se pratique la culture de l'orge et des légumes ; les vallées de l'est, plus tièdes, y joignent du maïs, du riz et des arbres fruitiers. L'élevage transhumant utilise durant l'été les pâturages des hauteurs, et le nomadisme est la seule ressource du haut Tibet : il intéresse le mouton et le yack (qui fournit, outre le transport, son cuir et son poil, sa viande et son lait). Le lait, mêlé sous forme de beurre à du thé et à la farine d'orge grillée, constitue le mets national des Tibétains. Ceux-ci vivaient, lorsque les Chinois occupèrent la contrée en 1951, sous un régime de caractère féodal où les terres appartenaient au dalaï-lama, aux monastères ou à l'aristocratie laïque et religieuse, les familles paysannes étant soit tenancières, soit serves. Malgré une vive opposition (soulèvement de 1959), le servage fut aboli, les fermages réduits et, en 1961-1964, toutes les terres redistribuées, les paysans étant regroupés en équipes d'entraide, puis en coopératives, enfin en communes populaires comme dans le reste de la Chine. L'irrigation a permis de gagner des dizaines de milliers d'hectares à l'agriculture, enrichie également d'espèces nouvelles (blé, betterave à sucre, tabac par exemple) ; l'élevage est modernisé. L'énergie est fournie par un petit bassin houiller et de très nombreuses centrales hydrauliques, et un embryon d'industrie a été implanté, à Lhassa notamment, utilisant les ressources locales (filatures et tissages, tanneries, industrie laitière) ou les complétant (matériel agricole, engrais).

L'installation de nombreux colons chinois réduit les Tibétains à n'être plus qu'une minorité dans leur propre pays. En 1985, Lhassa est déclarée zone ouverte aux touristes individuels. Pour relier le pays, dont l'isolement naturel est sans doute unique au monde, de grandes routes ont été ouvertes (10 000 km de 1959 à 1974), les principales reliant Lhassa ou Xigazê au Sichuan, au Qinghai et au Xinjiang, et une voie ferrée relie désormais Lhassa à Pékin, en franchissant un col à 5 072 m d'altitude et en desservant la gare la plus haute du monde, à 5 068 m.

HISTOIRE

Les débuts de l'histoire du Tibet sont peu connus, sinon par l'entremise des Chinois. Appelés Qiang par ceux-ci, les habitants du Tibet se heurtent souvent aux Chinois dont ils pillent régulièrement les établissements situés non loin de leurs frontières.

1. La période des rois (iiie-viie siècles)

Le premier souverain, Gnya-khri, aurait été un Indien du Kosala. Il inaugura une dynastie de sept rois mythiques (les sept Nam-la-khri). Le premier de la seconde dynastie, Dri Gum, aurait favorisé et répandu les doctrines du bon-po (→ bouddhisme), la religion autochtone du Tibet.

La dynastie des Legs (six rois) aurait apporté la technique de la métallurgie du fer, du cuivre et de l'argent. Sept rois lui succèdent mais ne règnent pas, de même que les cinq souverains suivants, laissant le pouvoir à des ministres, sortes de maires du palais.

À la fin du vie siècle, le pays n'est encore qu'un groupement de 17 fiefs autour de la principauté de Yar-klungs, non loin de l'actuelle Lhassa.

Le roi Nam-ri commence alors (début du viiie siècle) de fédérer les fiefs tibétains sous son autorité ; il envoie en Inde son conseiller Thon-mi Sambhota afin d'en rapporter un système d'écriture. Nam-ri périt empoisonné et son fils Srong-btsan Sgam-po lui succède ; en 641, celui-ci épouse une princesse chinoise et une princesse népalaise, toutes deux bouddhistes, et fonde la ville de Lhassa, y commençant la construction d'un grand palais, le Potala, sur l'emplacement d'un autre palais édifié un siècle auparavant.

Les rapports des Tibétains avec la Chine et l'Inde vont permettre d'améliorer le côté matériel de la vie au Tibet : la bière, l'eau-de-vie, l'art de la poterie, de l'irrigation (pour cultiver l'orge), le papier, l'encre datent du règne de ce grand roi. Srong-btsan, converti au bouddhisme, ouvre une route directe vers l'Inde, passant par le Népal, qui rend les échanges plus faciles entre les deux pays.

Le petit-fils de Srong-btsan, Khri-mang Song-mang, lui succède, gardant avec lui le Premier ministre de son grand-père, Gar (mGar), qui de 659 à 663 conquiert le Koukou Nor. mGar meurt en 667. Les Tibétains envahissent en 670 le Turkestan oriental et obligent les Chinois à abandonner leurs postes avancés en Asie centrale, puis ils envahissent peu après le Yunnan et le Sichuan, y établissant des garnisons.

Le roi Khri-hdus-song (mort en 704), qui réside soit au Népal, soit dans les vallées tibétaines, bat de nouveau les Chinois et enfin traite avec eux en 699. À la suite de raids tibétains sur les provinces frontalières chinoises (714), les Chinois ripostent, massacrant les Tibétains. Ces derniers subiront encore deux défaites par les Chinois, en 725 et 727.

En 730 est conclu un traité entre la Chine et le Tibet, ce qui n'empêche pas les Tibétains de continuer une guerre incessante (surtout de pillage) contre la Chine.

La monarchie tibétaine atteint son apogée avec Khri-srong-Ide-btsan (755-797). Les Tibétains s'emparent en 763 de la capitale chinoise des Tang, Changan (→ Xi'an), et mettent l'empereur en fuite, mais se retirent après avoir pillé la ville. La cavalerie mobile des Tibétains, qui utilisaient un arc court et puissant, leur conférait un grand avantage sur les armées plus lourdement équipées et moins maniables des Chinois.

Pendant tout le viiie siècle, les Tibétains vont, d'escarmouche en escarmouche, agrandir leur empire ; en 787, par traîtrise, ils massacrent une mission de paix chinoise. Khri-srong-Ide-btsan, bouddhiste éclairé, a fait venir de l'Inde un savant docteur bouddhiste, Padma Sambhava, qui a su allier les doctrines mahāyāniques avec les croyances du bon-po, créant la secte des Rnying-ma-pa (« Bonnets rouges »). Mais le bouddhisme n'est encore qu'une religion de cour, et le peuple reste attaché à ses anciennes croyances ; il a cependant été proclamé religion officielle à la fin du viiie siècle.

Le dernier des « rois guerriers », Ralpa-chan, un pieux bouddhiste, monte sur le trône en 816. Il traite en 821 et 822 avec la Chine et propage le bouddhisme du Mādhyamika (de la « Voie moyenne »). En 842, un moine assassine le roi gLang-dar-ma, qui s'opposait à la diffusion du bouddhisme.

2. Déclin de l'empire tibétain

Pendant les deux siècles qui vont suivre, la monarchie, affaiblie par les luttes des bouddhistes et des bon-po, va disparaître ; le pays tombe aux mains des ministres et des chefs de sectes religieuses. Usurpations du trône, démembrement du pouvoir central, rivalités religieuses et politiques vont occuper les Tibétains, qui ne s'inquiètent plus de conquêtes et tentent de régler eux-mêmes leurs conflits internes. Mais cette période d'instabilité politique va permettre une lente éclosion du bouddhisme qui, peu à peu, se répand dans le peuple et s'amalgame aux pratiques du bon-po. De nombreux textes sanskrits sont traduits en tibétain, et naît une grande activité littéraire (légendes de Gesar, théâtre, traités de grammaire, ouvrages techniques, etc.). C'est en 1027 que les nouveaux prédicateurs bouddhistes introduisent l'ère nouvelle du Kālacakra, « Roue du temps », d'où partira désormais la chronologie tibétaine, inspirée d'un modèle chinois.

3. La théocratie tibétaine (xie siècle-1950)

Le docteur bouddhiste indien Atisha arrive à Lhassa en 1042. Son enseignement sera à l'origine de la création des grandes sectes bouddhiques « lamaïques » du Tibet. Les monastères bouddhiques vont prendre un essor sans précédent et devenir des foyers concurrençant la grande aristocratie terrienne.

Le pays se referme sur lui-même. Il fait acte d'allégeance à Gengis Khan (1207), et, en 1260, Kubilay Khan confie à Phags-pa, supérieur du monastère de Sa-skya, le gouvernement religieux et temporel du Tibet.

En 1345, le gouvernement du Tibet revient aux lamas de la secte « blanche ». La même année voit l'avènement de la dynastie royale Phag-mo-gru qui règne sur les trois provinces traditionnelles de Tchamdo, U et Tsang.

Le bouddhisme tibétain est réformé par Tsong-kha-pa, qui fonde en 1409 le monastère de Dga-Idan et crée la secte des « Bonnets jaunes » (Dge-lugs-pa). Ses successeurs seront reconnus comme les « pontifes » du Tibet par les Chinois des Ming, et le pouvoir passe aux mains de la secte des Dge-lugs-pa. 1447 voit la fondation du monastère de Tashilhunpo, dans le Tsang, dont les chefs prennent le titre de panchen-lama. Altan Khan, prince mongol des Ordos, se convertit au lamaïsme vers 1580 et confère le titre de dalaï-lama au chef spirituel de l'Église jaune à Lhassa.

Une guerre interne oppose vers 1630 le Tsang au gouvernement de Lhassa. Les Mongols interviennent et rétablissent en 1642 le dalaï-lama sur le trône. Les moines « rouges » du Tashilhunpo sont chassés en 1643, laissant ainsi le dalaï-lama de Lhassa seul gouverneur du Tibet : c'est le début de la théocratie tibétaine, qui va durer jusqu'en 1959. Les panchen-lamas, maintenant de la secte jaune, sont soumis à l'autorité du dalaï-lama. Les Mongols Kochot se posent en protecteurs du dalaï-lama.

En 1717, à la suite de querelles intestines entre les fractions mongoles, celle des Dzoungars attaque le Tibet et prend Lhassa. Les Chinois interviennent en 1720, rétablissent le dalaï-lama sur son trône, mais lui imposent le contrôle de deux amban, ou hauts-commissaires chinois. Enfin, en 1792, les Chinois, combattant les Népalais, occupent le Koukou Nor et confirment leur suzeraineté sur le Tibet.

Jusque-là visité par les pèlerins et moines indiens, traversé par les caravanes qui se rendaient du Cachemire ou du Bengale à Pékin, et même connu des Européens depuis le voyage du jésuite portugais Andrade en 1626, le Tibet, sur l'ordre de Pékin, se ferme aux étrangers et restera isolé jusqu'en 1904. La mission des capucins établie en 1707 quitte Lhassa en 1745. Les tentatives du gouverneur anglais de l'Inde Warren Hastings pour ouvrir le Tibet en 1774 et 1783 sont vaines, cependant que la Grande-Bretagne, affermissant son emprise sur les Indes, impose son protectorat aux dépendances transhimalayennes du Tibet (Népal, Birmanie, Sikkim, Ladakh). En 1903, lord Curzon envoie un détachement armé au Tibet, qui entre à Lhassa en 1904 (mission de Younghusband) et impose (en l'absence du dalaï-lama, réfugié en Mongolie jusqu'en 1909) aux chefs religieux l'ouverture de trois villes-marchés, gardant en gage la vallée de Chumbi (entre Sikkim et Bhoutan). L'accord passé avec les Britanniques (1906) est reconnu par la Chine et la Russie (1907) et, en 1908, les Britanniques évacuent le Tibet. Les Chinois occupent alors Lhassa et destituent le treizième dalaï-lama, qui se réfugie en Inde (1910). Le panchen-lama prend parti pour les Chinois ; mais en 1912, profitant de la révolution chinoise, les Tibétains, avec l'aide des Britanniques, chassent les Chinois et rappellent le dalaï-lama.

Gardant pour lui la souveraineté du Tibet oriental, le panchen-lama se réfugie à Nankin en 1924. Le dalaï-lama est de nouveau reconnu par la Chine, qui obtient des « avantages spéciaux » au Tibet (1929). Pendant la Seconde Guerre mondiale, Tenzin Gyatso, le quatorzième dalaï-lama expulse les troupes chinoises du Guomindang.

4. Le Tibet dans la République populaire de Chine

En 1950, considérant le Tibet comme « partie intégrante du territoire chinois », la Chine populaire y fait entrer ses troupes (octobre) et, par le traité de Pékin (23 mai 1951), reconnaît les gouvernements locaux, auxquels elle accorde l'autonomie dans le cadre de la République ; le dalaï-lama doit se réconcilier avec le panchen-lama, allié normal de la Chine, qui récupère le Tsang. Tenzin Gyatso, qui s'était installé à la frontière indienne (décembre 1950), rentre dans sa capitale (août 1951), où il est bientôt suivi par l'armée populaire (octobre 1951).

Les Chinois s'attachent à moderniser le Tibet ; leur gouvernement et les dignitaires tibétains créent (avril 1956) un comité chargé de préparer l'autonomie régionale du Tibet ; il s'occupera des réformes sociales (abolition du servage), qui précéderont la réunification du Tibet, auquel sera adjoint le Tchamdo (Tibet oriental).

Les réformes sociales et économiques, entreprises à l'instigation de Pékin à partir de 1951, débouchent sur la socialisation du pays, entraînant des progrès économiques certains, caractérisés par l'accroissement des surfaces cultivées (+ 20 %) et des rendements agricoles (+ 25 %), ainsi que par un début d'industrialisation, tandis qu'est commencée la construction de routes. Parallèlement, une réforme agraire dépossède les grands propriétaires et libère les serfs, encore nombreux sous le régime des lamas.

Mais la domination politique et l'occupation militaire rendent la tutelle chinoise de plus en plus lourde, alors que l'autonomie promise n'est, en fait, pas accordée.

4.1. De l'exil du dalaï-lama aux révoltes de 2008

Le mécontentement provoque une crise grave (révolte des tribus du Tibet oriental) qui incite le dalaï-lama à s'exiler (17 mars 1959) et à chercher asile en Inde avec les principaux membres de son gouvernement. La Chine, mettant à profit le conflit entre le dalaï-lama, chef du gouvernement théocratique, et le panchen-lama, favorable aux thèses de Pékin, constitue alors, sous la présidence de ce dernier (d'ailleurs destitué à son tour le 31 décembre 1964), un « Comité préparatoire pour l'autonomie », dont les travaux aboutissent à faire du Tibet (septembre 1965) une région autonome, dotée d'une Assemblée populaire.

Mais les milieux tibétains en exil (en Inde, au Sikkim, au Népal, au Bhoutan) maintiennent le symbole de l'indépendance et dénoncent l'entreprise d'asservissement menée par la Chine, accusée de déporter en masse les Tibétains et de les remplacer par des colons chinois.

En septembre 1968, les leaders de la Révolution culturelle chinoise créent un Comité révolutionnaire, dirigé par un membre suppléant du Comité central du parti communiste chinois (PCC), qui entreprend la lutte contre le séparatisme minoritaire et les éléments antimaoïstes, tout en favorisant l'implantation chinoise et la création du travail du Front uni. Au cours de l'année 1969, l'introduction de sections de production et de construction de l'armée populaire de libération accentue l'emprise du pouvoir central par la substitution de cadres chinois aux Tibétains. Cependant la résistance tibétaine reste vive (jacquerie de décembre 1970).

Après les excès de la Révolution culturelle, le gouvernement chinois se déclare soucieux de prendre en compte le particularisme tibétain. La « politique d'ouverture » menée par Pékin, les années suivantes, ne permet pas cependant, d'enrayer le nationalisme tibétain, qui s'exprime notamment, depuis 1987, par de violentes émeutes antichinoises.

En 1980, Hu Yaobang, secrétaire général du PCC, préconise une plus grande autonomie et proclame le respect de la liberté de croyance. Pourtant, de nombreux colons chinois (évalués à 7,5 millions par le gouvernement tibétain en exil) sont installés au Tibet, réduisant les Tibétains à n'être qu'une petite minorité dans leur propre pays. Malgré plusieurs tentatives de négociation, aucun terrain d'entente n'est trouvé entre les autorités chinoises et l'entourage du dalaï-lama.

En 1981, Lhassa – source de devises – est déclarée zone ouverte aux touristes accompagnés et, en 1985, aux touristes individuels. On redouble d'efforts pour faire avancer le programme de reconstruction et de restauration des principaux monastères. Un semblant de vie religieuse renaît, le gouvernement chinois continuant toutefois de contrôler l'enrôlement des novices. Après plusieurs décennies d'isolement, le peuple tibétain peut exprimer ses souffrances et ses espoirs auprès d'Occidentaux sympathisants.

Le 1er octobre 1987, quelques jours après un discours du dalaï-lama au Congrès américain, au cours duquel il propose de faire du Tibet une « zone de paix démilitarisée », Lhassa s'embrase. Des moines, descendus des monastères voisins, viennent crier leur désir d'un Tibet libre. La manifestation est durement réprimée, de nombreux Tibétains, religieux et laïcs, sont emprisonnés.

Malgré les dipositions prises par les Chinois pour prévenir de nouvelles manifestations, nationalistes, le même scénario se répète en mars, puis en décembre 1988. En mars 1989, une nouvelle rébellion de plusieurs jours, la plus sanglante depuis la fin de la Révolution culturelle, conduit à l'instauration de la loi martiale, qui reste en vigueur jusqu'en mai 1990. La propagande chinoise accuse le dalaï-lama et les Tibétains en exil de fomenter ces troubles.

En 1989, le gouvernement chinois s'élève contre l'attribution du prix Nobel de la paix au 14e dalaï-lama. Interrompus depuis 1989, les contacts entre le dalaï-lama et les autorités chinoises reprennent de 1990 à 1993 ; de 2002 à 2007, l'émissaire du dalaï-lama rencontre à six reprises des officiels chinois pour de vaines discussions.

Le 10 mars 2008, à l'occasion du 49e anniversaire de sa fuite de Lhassa et à cinq mois de l'ouverture des jeux Olympiques à Pékin, le dalaï-lama dénonce une « répression continuelle » de la part des forces chinoises ainsi qu'une des violation des droits de l'homme et la négation de la liberté religieuse dans la région autonome du Tibet. À Lhassa, des manifestations de moines tibétains sont violemment réprimées par la police chinoise. Le 14, des affrontements entre laïcs, moines tibétains et forces de l'ordre se traduisent par de nombreuses arrestations et plusieurs victimes (22 morts selon les autorités chinoises, environ 140 selon l'entourage du dalaï-lama).

Alors que les troubles s'étendent aux régions voisines du Tibet (Qinghai, Gansu, Sichuan, Yunnan), le gouvernement chinois accuse « la clique du dalaï-lama » d'avoir fomenté les troubles. Par ailleurs, la communauté internationale menace de boycotter la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques. Le gouvernement chinois impute aux représentants tibétains l'échec d'une série de discussions menées d'avril à novembre avec le PCC.

4.2. L'évolution récente

En l’absence d’observateurs sur le terrain, les témoignages de réfugiés ou de certains moines entrés en contact avec des médias internationaux et des ONG, relayés notamment par le Centre tibétain pour les droits humains et la démocratie (TCHRD, fondé en 1996 et basé à Dharamsala en Inde), restent la principale source d’information sur l’évolution de la situation intérieure. En avril 2008, la demande de Louise Arbour, alors Haut commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, de pouvoir se rendre sur place à la tête d’une mission d’observation, est rejetée par les autorités chinoises. Les relations entre la Chine et les Nations unies sur la question tibétaine ne s’améliorent guère après la nomination à ce poste de Navanethem Pillay en septembre.

Des discussions entre représentants du gouvernement en exil et les dirigeants chinois reprennent à Pékin en janvier 2010 mais ne donnent aucun résultat tangible, le dalaï-lama continuant d’être accusé, malgré ses positions plutôt modérées en faveur de l’autonomie, de menées séparatistes, de jouer la provocation et de ternir l’image de la Chine lors de ses visites à l’étranger.

En avril 2011, ce dernier se retire de la politique active et laisse la place, tout en restant guide spirituel, à l’universitaire Lobsang Sangay qui est élu à la tête du gouvernement tibétain en exil. Parallèlement, les auto-immolations de bonzes, nonnes et laïcs bouddhistes, qui avaient commencé deux ans plus tôt pour protester contre la répression et réclamer la liberté religieuse, se multiplient dans les provinces chinoises du Sichuan, Gansu et Qinghai ainsi qu’au Tibet. Ces suicides par le feu commençant à être médiatisés, les autorités tentent de les juguler tandis que devant l’ampleur de la protestation (quelque 70 immolations depuis mars 2011), N. Pillay lance un appel à Pékin (2 novembre 2012) qui réagit comme à l’accoutumée par la condamnation de toute intervention dans ses affaires intérieures. Le changement de direction à la tête du parti communiste (15 novembre) annonce peut-être un fléchissement de la politique chinoise même si les déclarations officielles très fermes du futur chef de l’État, Xi Jinping, ne semblent pas aller dans ce sens.