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Océanie

Tahiti
Tahiti

Une des cinq parties du monde, l'Océanie doit son nom et sa relative unité à l'immense océan Pacifique. Elle comprend le continent australien et divers groupements insulaires situés dans l'océan Pacifique, entre l'Asie à l'ouest et l'Amérique à l'est. Seuls les archipels proches de ces deux continents (notamment le Japon, les Philippines et l'Indonésie) n'en font pas partie.

Les États d'Océanie

LES ÉTATS D'OCÉANIE

ÉTAT

Superficie
(en km2)

Nombre d'habitants
(estimation pour 2013)

Australie

7 700 000

23 343 000

Fidji

18 300

881 000

Kiribati

900

102 000

Marshall (îles)

181

53 000

Micronésie (États fédérés de)

707

104 000

Nauru

21

10 000

Nouvelle-Zélande

270 000

4 506 000

Palaos

487

21 000

Papouasie-Nouvelle-Guinée

463 000

7 321 000

Salomon (îles)

30 000

561 000

Samoa

2 842

190 000

Tonga

700

105 000

Tuvalu

24

10 000

Vanuatu

12 200

253 000

  • Superficie : 9 000 000 km2
  • Population : 38 304 000 hab. (estimation pour 2013)

GÉOGRAPHIE

1. Le milieu naturel

L'Australie représente à elle seule 85 % de la superficie de l'Océanie et regroupe avec la Nouvelle-Zélande près de 70 % de sa population. Les 10 000 (environ) autres îles sont divisées en trois grands ensembles : la Mélanésie, la Polynésie, la Micronésie. La Mélanésie comprend les îles situées au nord-est de l'Australie, de la Nouvelle-Guinée aux Fidji. La Polynésie s'étend de la Nouvelle-Zélande aux Hawaii en passant par les archipels du Pacifique central (Cook, Samoa, Polynésie française). La Micronésie englobe les îles situées au nord de la Mélanésie (Kiribati, Carolines, Marshall, Mariannes). En dehors de l'Australie, de la Nouvelle-Guinée, de la Nouvelle-Zélande, résultant de l'émergence des socles, et des atolls coralliens, la plupart des îles sont d'origine volcanique. Le climat y est tropical. Une dizaine d'États, dont certains minuscules (Nauru ou Tonga), sont indépendants. Les autres archipels sont liés aux « grandes puissances » régionales, Australie et surtout Nouvelle-Zélande (Cook) ; aux États-Unis (Hawaii en est un État), à la France (Polynésie française et Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna) ; la moitié occidentale de la Nouvelle-Guinée est indonésienne. Alors que l'Australie et la Nouvelle-Zélande jouissent d'un niveau de vie élevé, les archipels océaniens se caractérisent par une extrême vulnérabilité, tant physique qu'économique ou politique, et, à de rares exceptions, dépendent de l'aide extérieure.

2. Le peuplement

Pendant la dernière glaciation, la régression des mers est telle que la Nouvelle-Guinée, l'Australie et la Tasmanie forment un continent, le « Sahul ». Plus à l'ouest, de l'autre côté d'un bras de mer, il en va de même pour l'Asie du Sud-Est, réunie à Sumatra, Java et Bornéo, et formant le « Sunda ».

2.1. L'Australie et la Mélanésie

Le peuplement australien s'effectue il y a environ 40 000 ans avec des groupes venus de l'Asie du Sud-Est. Les traces humaines les plus anciennes ont été découvertes le long de la rivière Swan ; des sépultures d'il y a 30 000 à 28 000 ans, près du lac Mungo, confirment la présence de l'homme dans le Sud-Est australien. La Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Bretagne et la Nouvelle-Irlande sont peuplées sensiblement à la même époque que l'Australie. Ce peuplement ancien constitue le fonds mélanésien, dont sont directement issus les aborigènes d'Australie et les Papous de Nouvelle-Guinée. Ces communautés sont à l'origine de cette société océanienne ancienne dont les navigateurs intrépides vont, vers − 4000, coloniser la Nouvelle-Calédonie avant de poursuivre vers la Polynésie. Avec le réchauffement survenu à l'holocène et la montée des eaux, la Nouvelle-Guinée et la Tasmanie s'isolent à peu près en même temps de l'Australie, dont les rivages actuels se constituent vers − 7000.

En Nouvelle-Guinée, à Kuk, sur les hauts plateaux, des traces d'horticulture maraîchère remontent à 7000 avant notre ère. De nouveaux colons venus du sud-est de l'Asie, pratiquant les techniques du néolithique, sont sans doute responsables de l'introduction du porc, devenu courant à partir de 4000 avant notre ère.

2.2. La Polynésie

Désormais, des populations austronésiennes qui possèdent la même culture ancestrale se répandent dans le Pacifique et parviennent en Polynésie. Objet de nombreux échanges interinsulaires, la céramique dite « Lapita » ne semble plus caractériser un peuplement différent comme on l'a d'abord pensé. Les différences actuelles entre Mélanésiens et Polynésiens seraient dues plus à leur environnement et à leur mode de vie qu'à leur origine ; les Mélanésiens sont sensibles aux influences étrangères, les Polynésiens vivant plus isolés. L'expansion des Polynésiens s'est faite d'ouest en est ; la Polynésie occidentale est atteinte entre 2000 et 1500 avant notre ère. La Polynésie orientale commence à être colonisée vers 150 avant notre ère (îles Marquises) alors que les îles des confins océaniens comme Hawaii, la Nouvelle-Zélande ou Pâques ne seront atteintes qu'entre le ve et le vii siècle de notre ère.

2.3. En Micronésie

Entre 5000 et 3000 avant l'ère chrétienne, le niveau des eaux laisse peu de terres émergées et le peuplement s'effectue dans l'ouest vers 1500 avant notre ère par des communautés venues des Philippines. À défaut de pierre, celles-ci fabriquent leurs outils dans des coquillages. À partir de 800 de notre ère, et jusqu'à l'arrivée des Espagnols (xvie s.), ces Micronésiens de l'ouest construisent les « latte », soubassements monumentaux de cases cérémonielles.

HISTOIRE

Les explorations européennes

Avant le xviiie s., les voyages des Européens, à la recherche de routes commerciales, ont peu d'effets durables. La lente et progressive découverte par l'Europe des diverses entités insulaires océaniennes dure près de quatre siècles. C'est à Núñez de Balboa que l'Europe doit la découverte du « Grand Océan », dont il prend possession au nom du roi d'Espagne en 1513. Sept ans plus tard, Magellan le traverse d'est en ouest jusqu'aux Philippines et le baptise « Pacifique ». Les Espagnols, sur la route de Manille à Acapulco, découvrent les Salomon (1567-1568) et les Marquises (1595), les Nouvelles-Hébrides, les Cook et les Tuamotu (1606), la Nouvelle-Guinée et le détroit qui la sépare de l'Australie (1606). Au XVIIe s., guidés par des intérêts mercantiles, les Hollandais prennent le relais des Espagnols et découvrent l'Australie (1606), la Nouvelle-Zélande, les Fidji (1642-1643), et Tonga (1616). En 1722, Jacob Roggeveen touche l'île de Pâques et les Samoa.

Après la guerre de Sept Ans, les Britanniques vont organiser des voyages de découvertes à visées tant colonialistes que scientifiques : Wallis et Carteret (1766-1769) et, surtout, James Cook lors de ses trois circumnavigations (1769-1779), grâce à qui la cartographie du Pacifique est définitivement établie. Si Bougainville reste aujourd'hui célèbre pour son séjour à Tahiti (1768), la présence française s'affirmera surtout au xixe s. avec les voyages de Dumont d'Urville, Laplace ou Dupetit-Thouars.

La colonisation européenne du xixe s.

L'Australie devient une colonie pénale en 1787 avec l'arrivée des premiers convicts du Royaume-Uni. Elle va connaître un essor continu, comme la Nouvelle-Zélande, rattachée à la Couronne britannique en 1840. À la recherche de points d'appui dans le Pacifique pour sa marine, la France impose en 1842 son protectorat sur les îles Marquises et à Tahiti sur les domaines de la reine Pomaré IV. À la rivalité des gouvernements pour la possession des territoires s'ajoute la rivalité entre missionnaires catholiques français et pasteurs protestants anglais. En 1853, l'amiral Febvrier-Despointes prend possession de la Nouvelle-Calédonie, vers laquelle, à partir de 1863, sont déportés les bagnards et les prisonniers politiques français. Le partage colonial de l'Océanie s'accélère après 1870 en raison des progrès de la navigation, du rôle nouveau du Pacifique et des grands marchés asiatiques. La Grande-Bretagne renforce sa domination sur l'Australie et la Nouvelle-Zélande tandis que l'Allemagne de Bismarck occupe les espaces insulaires jusque-là laissés vacants par Londres et Paris (Samoa, Marshall). En 1898, les États-Unis annexent Hawaii et Guam. Ainsi, entre 1840 et 1900, toute l'Océanie est sous contrôle européen.

Les bouleversements du xxe s.

La Première Guerre mondiale permet à l'Australie et à la Nouvelle-Zélande de s'emparer des colonies allemandes (Nouvelle-Guinée, Samoa…), et au Japon des Marshall, des Carolines et des Mariannes. En 1920, la S.D.N. confirme par mandats ces changements. Dans les années 1930, les velléités d'hégémonie nippones dans le Pacifique commencent à s'exprimer. La guerre du Pacifique, qui éclate à Pearl Harbor le 7 décembre 1941, frappe durement l'Océanie. Le Japon, s'il ne parvient pas à s'emparer de l'Australie, domine la Mélanésie avant que sa défaite dans la bataille de la mer de Corail (mai 1942) ne transforme toute la Polynésie en théâtre d'opérations ; les combats acharnés de Guadalcanal (1942), des Gilbert (1943), des Marshall, des Carolines et des Mariannes (1944) ont ravagé nombre d'îles et bouleversé des populations confrontées soudain à tous les moyens des puissances modernes.

Après la Seconde Guerre mondiale, alors que certains atolls sont directement occupés par les Américains, l'O.N.U. organise un système de trusteeship (territoire administré par un pays sous contrôle international) pour les archipels de Micronésie pris aux Japonais durant les hostilités (États fédérés de Micronésie, îles Marshall, Commonwealth des Mariannes du Nord et des Palaos), afin de préparer ces territoires à l'indépendance. Quant à Hawaii, il devient le 50e État américain. Les archipels océaniens amorcent tardivement leur transition vers l'indépendance, puisque le premier État à obtenir sa souveraineté est le Samoa occidental en 1962 (il deviendra le Samoa en 1997). Seules les dépendances britanniques, australiennes et néo-zélandaises sont concernées. Les statuts vont de l'autonomie sous une forme ou une autre à l'indépendance formelle.

Les liens avec les anciennes métropoles ne sont pas rompus pour autant. En 1947, les cinq puissances métropolitaines (France, Royaume-Uni, Australie, Nouvelle-Zélande et Pays-Bas, qui s'en retirent en 1962, à la suite de leur départ d'Irian Jaya), et vingt-deux entités insulaires créent la Commission du Pacifique sud (C.P.S., devenue la Communauté du Pacifique en 1997), dont le siège est à Nouméa (Nouvelle-Calédonie). Il s'agit d'un organisme consultatif à caractère technique, actif dans les domaines de la santé, de la nutrition, de la protection de l'environnement, de la réglementation des pêches.

En 1951, les États-Unis, l'Australie et la Nouvelle-Zélande établissent l'ANZUS, un accord de sécurité et de coopération en matière de défense, qui permet d'inscrire l'Océanie dans le camp occidental pendant la guerre froide. Ces trois pays apparaissent comme les pôles d'influences prépondérants pour les archipels indépendants.

De l'Océanie au Pacifique sud

Ayant une conscience profonde de leur unité culturelle, les entités insulaires ont œuvré pour établir des solidarités politiques avant même d'être toutes indépendantes : ainsi, en 1971, elles créent le Forum du Pacifique sud (F.P.S.), qui regroupe les États indépendants de la région ou en voie de l'être. Les accessions à l'indépendance se poursuivent au long de la décennie 1970. Les îles Marshall (en 1986) et les États fédérés de Micronésie (en 1991) accèdent ensuite à l'indépendance en libre association avec les États-Unis, et enfin les Palaos deviennent indépendantes en octobre 1994, entrant à l'O.N.U. en décembre.

La vie politique régionale s'organise autour du F.P.S. et des institutions fonctionnelles dépendant de lui. La plus importante est le Bureau du Pacifique sud pour la coopération économique (South Pacific Bureau for Economic Cooperation, SPEC), chargé de la coordination de l'action (aide au développement, études prospectives) des acteurs extérieurs à la région, comme de la recherche et des programmes régionaux concernant, par exemple les télécommunications et le développement des pêcheries. Le réseau dépendant du Forum cherche à promouvoir la coopération économique, afin d'accroître la maîtrise des pays de la région sur les conditions d'accès aux marchés internationaux et leur capacité de négociation face aux intervenants extérieurs.

Le postulat de départ, constamment réaffirmé, est que, malgré leur petite taille et leur éloignement des grandes concentrations de population, les États insulaires du Pacifique sud ont la même légitimité à disposer des mêmes instruments économiques que les autres États : lignes aériennes, télécommunications, universités régionales. Le droit de choisir ses partenaires commerciaux fait partie aussi des revendications des États insulaires. En 1976, l'établissement de relations diplomatiques entre Tonga et l'U.R.S.S. est surtout motivé par l'espérance du royaume de diversifier ses ressources en aide au développement. La conclusion, en 1982, de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer permet aux États insulaires de disposer d'une zone économique exclusive d'un rayon de 200 milles marins, démultipliant ainsi de manière prodigieuse l'espace d'où ces États peuvent tirer des ressources supplémentaires. Ils négocient alors des droits de pêche avec les États européens et asiatiques.

La lutte pour l'indépendance économique s'accompagne d'une forte opposition à la présence de la France dans la région, perçue comme un reliquat de la période coloniale, en raison du maintien de la souveraineté française sur ses trois territoires d'outre-mer (T.O.M.) et la poursuite des essais nucléaires français sur l'atoll de Mururoa (Polynésie française). La France est la cible de nombreuses attaques verbales de la part des dirigeants insulaires comme des associations pacifistes et antinucléaires australiennes et néo-zélandaises. Ni la métropole ni les territoires d'outre-mer ne participent à la vie politique et économique régionale, hors du cadre de la C.P.S.

L'« affaire » du Rainbow Warrior – ce navire de l'association écologiste et pacifiste Greenpeace coulé dans le port d'Auckland (Nouvelle-Zélande) alors qu'il s'apprêtait à envoyer une flottille contre les essais nucléaires français, opération exécutée par les services secrets français et au cours de laquelle un des passagers du navire a trouvé la mort – a suscité une très vive émotion dans la région. Elle a aussi conduit à une remise en question des modalités de la politique française dans le Pacifique sud. En 1988, la signature, par le gouvernement français et des représentants des tendances calédoniennes indépendantiste et « loyaliste », des accords de Matignon, sur l'avenir statutaire de la Nouvelle-Calédonie, contribue également à améliorer les relations de la France avec les États de la région. En 1989, la France est associée à la première rencontre dite « du dialogue » qui suit la réunion annuelle des chefs d'État et de gouvernement des membres du Forum du Pacifique sud. L'arrêt définitif des essais nucléaires français, après une ultime campagne en 1995-1996, scelle la réconciliation entre la métropole et les États de la région, Australie et Nouvelle-Zélande comprises.

La décennie 1990 marque une véritable rupture dans les relations entre les États insulaires et les États industrialisés. La disparition de la menace soviétique et la fin de la guerre froide ont conduit à une baisse des enjeux stratégiques dans la région : les États insulaires perdent alors leur principale arme politique vis-à-vis des Occidentaux. Leurs faibles potentiels économique et humain leur laissent peu d'espoir de participer de manière active aux échanges internationaux. Leurs problèmes structurels liés à l'insularité restent sans solution. Le peu de différenciation de leurs productions, essentiellement agricoles et de faible valeur, l'insuffisance des ressources des gouvernements, leur forte dépendance vis-à-vis de l'extérieur (à l'exception de Nauru) les conduisent à une rivalité acharnée pour capter les flux de plus en plus réduits de l'aide internationale. En outre, la pression démographique, qui se traduit par la surpopulation de certaines îles, la concentration des habitants dans quelques centres urbains et un déficit dans le domaine de l'éducation ont pour conséquence une émigration importante : les jeunes partent pour des centres plus développés, comme Auckland, Hawaii, Sydney, voire les T.O.M. français. Par ailleurs, l'Australie et la Nouvelle-Zélande cherchent surtout une meilleure insertion dans leur environnement régional asiatique, au détriment de leurs partenaires traditionnels de l'Océanie insulaire.