
Chef de l'État : Élisabeth II représentée par Michael Jeffery
Chef du gouvernement : Kevin Rudd
Nature de l'État : monarchie constitutionnelle à régime parlementaire
Constitution :
Adoption : 9 juillet 1900
Entrée en vigueur : 1er janvier 1901
Révision : mars 1986
Exécutif
Chef de l'État : roi
Chef du gouvernement : Premier ministre
Législatif
Le Parlement se compose de Sa Majesté, de la Chambre des représentants et du Sénat.
L'Australie est, dans l'ensemble, un pays peu élevé : l'altitude moyenne est de 210 m et le plus haut sommet, le mont Kościusko, n'atteint que 2 228 m. Les grands ensembles sont orientés du nord au sud. La Cordillère australienne, de la presqu'île d'York à la Tasmanie, domine parfois par de grands escarpements une plaine littorale de largeur variable. Ces hauteurs forment des plateaux entaillés par des vallées profondes, ou de lourdes croupes que séparent des vallées assez évasées (alpes australiennes, Snowy Mountains). Le relief de la Tasmanie est plus vigoureux par suite de l'érosion des grands glaciers quaternaires. La dépression centrale, entre le golfe de Carpentarie et la région située au sud d'Adélaïde, se divise en deux bassins : au nord, le « grand bassin artésien », cuvette de terrains crétacés dont le fond descend au-dessous du niveau de la mer (lac Eyre) ; au sud, le bassin drainé par le Murray et ses affluents (Darling), qui est rempli de terrains tertiaires. Ces deux bassins sont séparés par un seuil de hauteurs à peine marquées au nord (Broken Hill), mais plus individualisées à l'ouest (monts Flinders). Le plateau occidental, d'une altitude moyenne comprise entre 200 et 600 m, présente d'immenses étendues couvertes de latérite, de grès et de sables. Quelques lourds massifs s'élèvent au-dessus de 1 000 m (monts Musgrave et Macdonnell). Au sud s'étale le plateau calcaire de Nullarbor, et au sud-ouest l'étroite plaine de Swanland ; cette partie occidentale de l'Australie est l'une des plus vieilles terres du globe, correspondant à une partie du Gondwana. Le rajeunissement de ce vieux socle a été marqué par un soulèvement d'ensemble et par quelques cassures engendrant des escarpements de faille.
De part et d'autre du tropique du Capricorne, l'Australie a dans l'ensemble un climat chaud et sec, au caractère continental, accentué par la massivité du pays. Les régions bien arrosées ne forment qu'une frange de quelques centaines de kilomètres au maximum, dans l'est et le sud-ouest. On distingue plusieurs zones climatiques. La zone la plus étendue est, au centre, la zone aride ; les températures sont élevées (Alice Springs : moyenne 23,3 °C) et les précipitations très faibles (sur de vastes étendues, moins de 150 mm). L'air est extrêmement sec, les averses, rares et courtes, la variation diurne de la température importante, et, après une chaleur accablante le jour, le gel n'est pas inconnu la nuit. La zone tropicale, au nord et au nord-est (Queensland), a des températures élevées (Darwin : moyenne 27 °C), avec d'énormes pluies de saison chaude (en décembre) et une longue sécheresse pendant la saison la moins chaude. La zone tempérée, au Sud-Est (Tasmanie, Victoria), a des températures moyennes (Melbourne, 14,6 °C ; Hobart, 12,4 °C), des pluies en toutes saisons, mais avec un maximum d'hiver.
Le long de la côte orientale, on passe progressivement du climat tempéré à un climat subtropical, et dans le Queensland, au véritable climat tropical. Les températures augmentent vers le nord, et le maximum des pluies se déplace de l'hiver à l'été. Au sud-ouest (région de Perth) et au sud (vers Adélaïde), le climat est de type méditerranéen, avec un été chaud et sec (de décembre à mars), et un hiver doux et humide. Les conditions climatiques expliquent la médiocrité d'ensemble de la végétation. La véritable forêt n'existe que dans les zones bien arrosées de l'Est et du Sud-Ouest : c'est une forêt tropicale au nord, avec son enchevêtrement d'arbres, d'épiphytes et de lianes ; plus au sud, la forêt australe comprend de magnifiques eucalyptus. Le plus souvent, la forêt est très clairsemée (open forest), avec ses bouquets d'acacias et d'eucalyptus ; elle passe rapidement à la savane (grassland ou saltbush lorsque la terre est salée) et au scrub, espèce de brousse d'acacias (mulga scrub) ou d'eucalyptus rabougris (mallee scrub). Par des transitions insensibles on arrive au désert de cailloux ou de sable, avec ses redoutables herbes porcs-épics (spinifex) et ses rares buissons épineux. Toute cette végétation naturelle, qui montre la prédominance des genres eucalyptus et acacia, a été transformée par la colonisation européenne ; la totalité des plantes cultivées viennent d'outre-mer.
La faune est extrêmement originale par ses formes archaïques, préservées grâce à l'isolement du pays et qui se sont progressivement adaptées aux conditions du milieu physique : on a pu appeler l'Australie la « contrée des fossiles vivants ». Exception faite du dingo (espèce de chien vraisemblablement introduite par l'homme et redevenue sauvage), de quelques rongeurs et de la chauve-souris, les classes supérieures de mammifères font défaut. On ne trouve que des mammifères inférieurs, monotrèmes (échidné, ornithorynque), marsupiaux (kangourou, wallaby) ; les oiseaux sont variés : perroquet, émeu ; les serpents sont nombreux, et souvent venimeux. Cette faune doit aujourd'hui lutter contre les animaux importés volontairement (moutons, bovins), ou accidentellement (rats, lapins) ; certaines espèces sont menacées de disparition.
Environ 64 % de la superficie n'ont pas d'écoulement vers la mer. D'immenses régions du Centre et de l'Ouest ne sont drainées que par des oueds (les creeks), qui coulent au moment des grandes averses. D'autres régions ont un réseau hydrographique organisé, mais les rivières vont se perdre dans des cuvettes intérieures comme le lac Eyre (écoulement endoréique). En dehors des rivières de la côte orientale, le seul fleuve important est le Murray. Bien alimenté dans sa partie amont (Cordillère australienne), il s'appauvrit peu à peu durant le reste de son parcours vers l'océan.
On dénombre actuellement quelque 350 000 Aborigènes, descendants des premiers habitants du pays, soit environ 2 % de la population. Ceux-ci furent longtemps décimés par les guerres et les maladies, mais leur déclin numérique semble aujourd'hui enrayé. Les Aborigènes vivent en marge de la société blanche, majoritaire, tant par leur lieu de résidence (soit le bush, soit la banlieue des grandes agglomérations) que par leur mode de vie. Une politique de restitution de leurs terres a été amorcée par le gouvernement de Paul Keating : en 1993, une loi fédérale, le Native Title Bill, abolissait la doctrine foncière de la Terra nullius, en vigueur depuis 1788 et qui déniait aux Aborigènes toute revendication sur l'usage et l'exploitation de certaines terres. Cette législation a cependant été remise en cause par la majorité conservatrice de la Chambre des représentants, en 1998.
Le reste de la population est fortement marqué par ses origines européennes. D'abord colonie de relégation puis de peuplement, l'Australie a maintenu jusqu'aux années 1980 une politique d'immigration très sélective en termes d'origine ethnique. Depuis 1945, la grande majorité des nouveaux arrivants est originaire du Royaume-Uni, des pays méditerranéens (Italie, Grèce) et de l'Europe centrale. Mais, depuis quelques années, l'immigration n'est plus exclusivement européenne. Le nombre d'immigrants est passé de 60 000 par an en 1985 à 150 000 au début des années 1990, et, parmi eux, on compte désormais une forte proportion d'Asiatiques (30 % à 50 % selon les années), ce qui traduit la volonté australienne de mieux s'intégrer dans son environnement régional immédiat. Les immigrés venus d'Asie (Vietnamiens, Cambodgiens, Chinois) constituent aujourd'hui plus de 5 % de la population.
Le taux de natalité, de l'ordre de 13 ‰, a fortement baissé depuis 1970, et la croissance démographique s'est ralentie. Avec un indice de fécondité de 1,8 enfant par femme et une espérance de vie parmi les plus élevées du monde (81 ans), l'Australie commence à connaître, comme l'ensemble des pays développés, un vieillissement sensible de sa population : 13 % des Australiens ont aujourd'hui plus de 65 ans, 19 % sont âgés de moins de 15 ans. L'accroissement naturel, assez faible (de l'ordre de 0,6 % par an), est toutefois renforcé par les apports migratoires.
Avec une densité moyenne de 3 hab./km2, l'Australie apparaît sous-peuplée au regard de sa vaste superficie. Urbaine à 91 %, la population est très inégalement répartie : le pays juxtapose de vastes régions pratiquement inhabitées, en particulier dans l'Ouest et le Centre, peuplées seulement de quelques milliers d'Aborigènes et de mineurs, et des bandes littorales plus ou moins larges, fortement urbanisées, notamment de Brisbane à Adélaïde. Les 5 principales villes (Sydney, Melbourne, Brisbane, Adélaïde et Perth), toutes littorales, regroupent 60 % de la population (40 % pour les deux seules métropoles de Sydney et de Melbourne).
Ce pays, aux fortes potentialités, peine pour surmonter des handicaps structurels. Dominée par les secteurs agricole et minier, l'économie australienne est fragilisée par sa dépendance à l'égard des cours internationaux de matières premières et des variations du dollar américain. Son ouverture à la concurrence mondiale au cours des années 1980-1990 et les politiques d'ajustement qui l'ont accompagnée ont beaucoup affecté l'économie en général, et le secteur industriel en particulier. Par ailleurs, la population australienne, que son produit intérieur brut (P.I.B.) par habitant classe parmi les plus riches du monde, a des exigences de consommation nécessitant des importations massives de biens manufacturés que ne peut fournir une industrie encore insuffisamment diversifiée. En 2007, le chômage touchait environ 4,4 % de la population active, forte de 10,5 millions d'individus.
Même si elle ne contribue qu'à hauteur de 3 % au P.I.B., l'agriculture demeure un secteur clé de l'économie nationale, dans la mesure où elle représente 30 % des exportations. L'immensité du territoire australien est propice à une agriculture extensive fortement mécanisée et permet la culture de plantes tempérées et tropicales. Mais la fragilité de l'environnement constitue un lourd handicap : l'aridité, l'érosion des sols et l'augmentation de leur teneur en sel en rendent l'exploitation difficile. Le nombre des exploitations reste stable (240 000 environ), et les rendements sont, dans l'ensemble, plutôt faibles.
L'Australie possède l'un des plus grands cheptels ovins du monde (100 millions de têtes environ). Celui-ci fournit une laine mérinos fine d'excellente qualité et de la viande (635 000 tonnes en 2007), destinées à l'exportation vers le Japon, la Russie et l'Europe occidentale. L'Australie exporte également moutons et agneaux « sur pied » à destination des pays musulmans. Le cheptel bovin est également très important (28 millions de têtes, 9e rang mondial). L'élevage des bœufs pour la viande est pratiqué en Australie tropicale (Queensland, Territoire du Nord), et celui des vaches laitières, dans le sud-est, au climat plus tempéré.
Les cultures céréalières, qui occupent les trois quarts des terres cultivées, sont fortement soumises aux aléas climatiques et aux variations saisonnières. Une grande partie de la production est destinée à l'exportation, ce qui explique l'importance attachée par les autorités australiennes aux négociations internationales sur les tarifs douaniers et la fixation des cours mondiaux agricoles, l'Australie étant fortement opposée aux mesures protectionnistes dont bénéficient les grands marchés (Union européenne, Amérique du Nord, Japon). La moitié des terres cultivées est consacrée au blé, dont l'essentiel de la production (13 millions de tonnes en 2007, 15e rang mondial) est exporté vers la Russie, la Chine, le Japon ou le monde arabe. L'Australie produit également de l'orge, de l'avoine (pour les grandes brasseries nationales notamment) et du sorgho. Développée à partir des années 1950, l'irrigation a permis la culture du riz et du coton dans le bassin du Murray (situé dans le sud-est du pays, principalement en Nouvelle-Galles du Sud, le bassin du Murray couvre un million de kilomètres carrés et est irrigué par les principaux cours d'eau de l'Australie : le Murray et ses affluents la Darling et la Murrumbidgee). Cette politique d'irrigation, très gourmande en eau, est aujourd'hui remise en question en raison des dégâts qu'elle entraîne : problèmes de salinisation, assèchement des rivières, baisse de la qualité de l'eau.
Les fruits, cultivés dans les régions tempérées, méditerranéennes et tropicales, sont surtout destinés à la consommation nationale. La vigne s'est considérablement développée dans le Sud-Est et permet quelques exportations – l'Australie est le 6e producteur mondial de vin. Les plaines sublittorales du Queensland fournissent un terrain très favorable à la canne à sucre, la grande culture tropicale du pays (8e rang mondial), qui est produite dans de petites exploitations au rendement très élevé et que l'Australie exporte vers l'Asie essentiellement.
Sur le plan forestier, le pays exploite quelques essences d'eucalyptus pour l'industrie pharmaceutique, des forêts de pins pour la construction et certains bois durs, mais il est déficitaire en bois et en pâte à papier. La pêche, quant à elle, reste limitée ; quelques produits (langoustes, crevettes, coquilles Saint-Jacques) sont exportés vers le Japon et les États-Unis.
Le sous-sol australien est particulièrement riche en ressources minérales et énergétiques, souvent récemment découvertes (la prospection est loin d'être achevée). L'industrie extractive, dominée par quatre grands groupes, contribue de manière significative aux exportations (35 %) mais pour une faible part au produit national brut (P.N.B.), 4 %. Elle est confrontée, aujourd'hui, à divers problèmes (montée des revendications écologiques, remplacement de certains minerais par des produits de synthèse, manque de main-d'œuvre qualifiée…).
L'or a fait la fortune de l'Australie, qui reste le deuxième producteur mondial de ce précieux minerai (262 tonnes en 2005) ; les principaux gisements se situent en Australie-Occidentale. L'argent (4e rang) et le cuivre (5e rang) sont produits et raffinés en Australie-Méridionale et au Queensland. Le pays est également un important producteur de plomb (776 000 tonnes, 2er rang), de zinc (1 329 000 tonnes, 2e rang) et d'étain (9e rang). Le manganèse et l'uranium, dont la production est soumise à de constantes remises en cause politiques, sa vente étant destinée à l'approvisionnement de centrales nucléaires, sont exploités dans le Territoire du Nord, et le nickel, en Australie-Occidentale. L'Australie produit également des minerais rares (titanium, cadmium, zircon) et des pierres précieuses (opales). D'importants gisements de bauxite, dont l'Australie est le premier producteur mondial, sont exploités en Australie-Occidentale, au Queensland et dans le Territoire du Nord. La production est soit exportée vers le Japon, soit transformée sur place en alumine. L'Australie possède également d'immenses ressources en fer, avec une production de 170 millions de tonnes en 2006 (premier exportateur mondial et 3e rang mondial pour la production). La mine du Mount Whaleback, en Australie-Occidentale, est la plus grande mine à ciel ouvert de minerai de fer du monde. Les nouveaux centres d'extraction du Pilbara et de Hamersley (Australie-Occidentale) fournissent du minerai à forte teneur (plus de 65 %) pour l'exportation, vers le Japon en particulier. Le charbon (4e rang) est extrait dans plusieurs centres, dont les mines à ciel ouvert de Bowen, dans le Queensland, où se trouvent les principales réserves du pays ; la production ne cesse de croître, pour répondre à la demande du principal pays acheteur, le Japon. Le lignite (6e rang) est exploité, quant à lui, dans l'État de Victoria. Charbon et lignite fournissent environ 40 % de l'énergie consommée sur le territoire. L'Australie recèle, enfin, d'énormes réserves de gaz naturel et de pétrole ; ce dernier est exploité dans des gisements off shore, dans le détroit de Bass (plus de 75 % de la production) et dans le Copper Basin, au centre du pays. Des projets considérables sont en cours de réalisation au large de la côte nord-ouest, dans la mer de Timor, où les réserves de la zone de Gorgon, située entre 130 et 200 km des côtes, dépassent la centaine de milliards de mètres cube de gaz. La quasi-totalité de l'énergie électrique provient des centrales thermiques au charbon, au fuel ou au gaz naturel – il n'existe qu'une seule centrale nucléaire expérimentale, à Jarvis Bay. Les centrales hydroélectriques des Alpes australiennes ou de Tasmanie ne couvrent que 2 % des besoins en électricité.
L'industrie australienne a connu, depuis 1945, un développement spectaculaire, favorisé par la prospérité économique, l'immigration (qui a permis d'augmenter à la fois les ressources en main-d'œuvre et le marché intérieur), l'afflux de capitaux étrangers et la protection douanière. Elle assure aujourd'hui un quart des exportations australiennes et du P.N.B.
Les industries lourdes et agroalimentaires demeurent prédominantes. Très diversifiées, elles valorisent l'abondante production de matières premières agricoles (minoteries, sucreries, abattoirs, brasseries, textile) et minières (métallurgie de transformation, sidérurgie, aluminium, chimie). La production d'aluminium (5e rang mondial) se situe à proximité des sources d'énergie abondantes et bon marché, en Tasmanie ou dans l'État de Victoria. L'industrie automobile (chaînes de montage, pièces détachées), contrôlée par des entreprises étrangères, américaines ou japonaises, est concentrée dans les grandes villes de l'Est. La pétrochimie est installée près de Sydney et de Melbourne, mais les industries chimiques (engrais, produits pharmaceutiques, pneumatiques) sont présentes dans tous les grands centres urbains.
Le secteur dominant reste celui des services (environ 70 % du PIB) avec une part importante représentée par le tourisme. En effet, l'Australie offre des produits touristiques divers : une grande variété de côtes (rocheuses, sableuses, à mangroves), d'importants récifs coralliens (la Grande Barrière), de vastes étendues désertiques, des métropoles comme Sydney qui sont de grands centres culturels, etc.
Le réseau ferroviaire s'étend sur 9 000 km mais ne suffit pas à couvrir les distances entre les principaux centres d'activité. Il relie surtout les centres agricoles et miniers aux ports. Les transports routiers accaparent l'essentiel du trafic terrestre et assurent plus des trois quarts du trafic des marchandises. Avec 510 automobiles pour 1 000 habitants, l'Australie est l'un des pays les plus motorisés du monde. Le mode de vie, dans des centres urbains très étendus ou dans de vastes exploitations agricoles, impose l'usage de la voiture aux Australiens. Le réseau routier compte quelques très bonnes routes et des centaines de milliers de pistes plus ou moins carrossables. Une petite activité de cabotage permet d'effectuer le transport de certains pondéreux (charbon, minerai de fer, sucre). Le trafic international est dominé par les navires étrangers, puisque la flotte de commerce australienne n'en assure que 4 %. Les ports de Sydney, Melbourne et Freemantle connaissent une activité considérable, ainsi que certains ports industriels et miniers, comme Port Hedland, Dampier, Newcastle ou Port Kembla. L'avion reste le mode de transport le plus utilisé pour les passagers, aussi bien pour le trafic intérieur que pour le trafic international ; il permet de relier les deux côtes en cinq heures. Deux compagnies aériennes nationales se partagent les lignes intérieures, mais le trafic international est ouvert à la concurrence étrangère.
La balance commerciale s'est détériorée au fil des années, jusqu'à devenir déficitaire, tout comme la balance des paiements courants. Les deux tiers environ des exportations reposent sur des produits agricoles et miniers (minerais, charbon). Les importations sont surtout constituées de produits manufacturés. Le poste machines, moteurs et matériels de transport représente environ 40 % du total. Le reste est composé de produits pétroliers (10 %), textiles, chimiques, papetiers, ou encore de produits tropicaux (café, thé, cacao).
Le premier client de l'Australie est la Chine, suivie du Japon, des États-Unis et de la Nouvelle-Zélande. Les exportations vers la Chine se sont très fortement accrues, en valeur, depuis 2001 et sont de plus en plus composées de matières premières (dont du gaz, du minerai de fer et du nickel). De plus en plus intégrée dans l'aire Asie-Pacifique, l'Australie exporte désormais davantage vers l'Asie que vers l'Europe. Les principaux pays fournisseurs sont les États-Unis (22 % des importations) et le Japon (20 %). En 1983, l'Australie et la Nouvelle-Zélande ont signé un traité afin d'établir des relations économiques plus étroites, puis les deux pays ont instauré une zone de libre-échange pour le commerce des marchandises, en juin 1990. L'Australie est également membre de l'APEC (Asia Pacific Economic Cooperation), qui fut créée à son initiative en 1989, dans le but de renforcer les échanges et de promouvoir les investissements dans cette zone.
Pendant les grandes périodes glaciaires, la régression générale des mers avait donné naissance à une Australie beaucoup plus vaste qu'aujourd'hui et où se trouvaient réunis la Nouvelle-Guinée, l'Australie, la Tasmanie et les grands plateaux continentaux depuis lors ennoyés. En Indonésie orientale, de petits bras de mer séparaient encore cet ensemble de l'Asie continentale. Les hommes les franchirent néanmoins pendant le würm et colonisèrent les terres australiennes. On a en effet découvert à Mungo, dans le sud de l'Australie, des traces de leur activité datées de près de 40 000 ans. Dans le même site, mais dans un niveau plus récent (25 000 ans), furent découverts les restes d'une jeune femme dont les traits anatomiques sont fort peu différents de ceux des Aborigènes actuels. Dans la même région furent mises au jour de très nombreuses sépultures dont les individus ont des traits beaucoup plus archaïques que ceux du précédent, bien qu'ils soient beaucoup plus récents : 10 000 ans. L'outillage est néanmoins partout semblable, quels que soient les sites et jusque vers 8000 avant notre ère : gros grattoirs nucléiformes, éclats grossiers, puis, vers 2000 avant J.-C., lames à tranchant poli. En même temps que les milieux naturels se modifient avec le réchauffement postwürmien, un nouvel ensemble d'outils s'ajoute au précédent, très diversifié et finement retouché : pointes unifaciales ou bifaciales, lames à dos, microlites, etc., dont on ignore l'origine ; il est en effet inconnu en Nouvelle-Guinée et en Asie du Sud-Est. Cet outillage restera en usage jusqu'à la période européenne. L'art rupestre (peintures, gravures) est très ancien. Des motifs linéaires, gravés dans la grotte de Koonalda (au sud de l'Australie), sont datés de 20 000 ans. Ces peintures et gravures rupestres représentent des scènes (hommes, animaux) et des motifs symboliques. Certains thèmes sont encore reproduits par les peintres aborigènes contemporains (Australiens).
La reconnaissance par les Hollandais des routes maritimes conduisant à Java les amène à toucher la côte australienne dès 1606, dans le golfe de Carpentarie (Willem Janszoon). Mais on ne se fait alors aucune idée de l'importance de cette « Terre australe », dont on pensait, depuis Ptolémée, qu'elle allait peut-être jusqu'au pôle Sud et qu'elle était, au nord, soudée à la Nouvelle-Guinée. La côte ouest, ensuite, est reconnue au cours de divers voyages. En 1642, Abel Janszoon Tasman, passant très au sud des côtes méridionales, parvient jusqu'à la grande île qui lui doit son nom et démontre ainsi l'insularité de la « Nouvelle-Hollande », sans l'avoir aperçue et tout en croyant que la « Tasmanie » touchait à cette dernière.
La côte orientale de l'Australie ne sera reconnue qu'en 1770, par James Cook, qui prend possession de la région au nom du roi d'Angleterre. L'insularité de la Tasmanie est prouvée seulement en 1798 par Georges Bass. En 1801 et 1802, le Britannique Matthew Flinders étudiera en détail la côte sud et y rencontrera le Français Nicolas Baudin.
La colonisation britannique est entamée en 1788 avec les « convicts » du capitaine Arthur Phillip, à Port Jackson (Sydney). En effet, pour résoudre les difficultés occasionnées par la surpopulation des prisons anglaises, le gouvernement britannique décide de faire de l'Australie une colonie pénitentiaire. La pénétration vers l'intérieur est assez lente, et les montagnes Bleues ne sont complètement franchies qu'en 1813, par G. W. Evans. Plusieurs points de colonisation agricole sont créés en Tasmanie, comme dans l'Ouest (Albany) par de riches émigrants libres ; ainsi en 1827 le Royaume-Uni – craignant une intervention française – peut revendiquer la totalité de l'Australie. Tous ces établissements sont dirigés par des gouverneurs militaires. L'essentiel de l'activité économique consiste à fournir le ravitaillement des bagnards – 58 000 débarquent en Australie avant 1830 – qui, formant un sous-prolétariat, travaillent pour des patrons libres. Mais quelques tentatives sont faites pour diversifier les activités ; ainsi l'élevage du mouton est introduit par J. Macarthur en 1797.
Au fur et à mesure du peuplement et de l'exploration du territoire, de nouvelles colonies sont fondées. En 1829, l'Australie-Occidentale tente de s'organiser à partir de grands domaines ; l'Australie-Méridionale, en 1837, suit les préceptes (famille, morale, libéralisme économique) de la Société de colonisation de Edward Gibbon Wakefield ; en 1851, la colonie de Victoria, autour de la riche Melbourne, se détache de la Nouvelle-Galles du Sud, tout comme au nord celle de Queensland en 1859, dans des conditions beaucoup plus difficiles. De 1842 à 1860, toutes ces colonies, sauf l'Australie-Occidentale, obtiennent des régimes semi-parlementaires assez proches de celui de la mère patrie.
Les différences restent grandes entre les colonies, mais toutes refusent une trop grande ingérence du gouvernement impérial ; et, à l'exception de l'Australie-Occidentale, elles s'opposent à la « transportation » des bagnards qui concurrencent les travailleurs libres. L'économie pastorale, fondée sur l'élevage du mouton, se développe, malgré les conflits avec les cultivateurs (settlers). Cela a pour conséquence de multiplier les heurts avec les indigènes ; les Tasmaniens sont totalement exterminés, les Aborigènes cruellement repoussés vers les déserts de l'intérieur par les éleveurs (squatters). En 1851, la découverte de l'or bouleverse la société australienne et permet l'essor du Victoria et de sa capitale Melbourne.
Parallèlement, l'exploration se poursuit. En 1830, C. Sturt descend le fleuve Murray, résolvant l'essentiel des problèmes posés par l'hydrographie australienne. En 1841, Edward John Eyre longe le littoral sud sur 2 500 km, jusqu'au petit établissement d'Albany. Un exploit encore plus étonnant est dû à l'Allemand L. Leichhardt, qui, en 1844 et 1845, parcourt 5 000 km à pied, joignant Brisbane à l'extrémité de la terre d'Arnhem (nord de l'Australie). Il disparaîtra dans une tentative pour joindre Sydney à Perth.
La première traversée de l'Australie, du sud au nord, sera réalisée en 1860-1861 par R. O. H. Burke et W. J. Wills, depuis Menindee, sur le Darling : ils trouveront la mort au retour. Un Écossais, John McDouall Stuart, réussit l'aller et le retour, d'Adélaïde à Port Darwin (1862), ouvrant l'itinéraire que suivra peu après le télégraphe. Désormais, de nombreuses expéditions vont combler les blancs de la carte de l'Australie et préparer la mise en valeur d'immenses régions.
Malgré des évolutions semblables, les colonies ont peu de relations entre elles. L'élevage du mouton se développe de façon toujours aussi extensive et de nouvelles mines d'or sont découvertes comme en Australie-Occidentale (1890). Pourtant l'urbanisation et l'industrialisation qui découlent de ces activités traditionnelles donnent à l'Australie un type de développement plus diversifié. Partout le régime parlementaire s'épanouit. L'arrêt de la « transportation » pénitentiaire, les restrictions à l'immigration, surtout asiatique, et l'amélioration du niveau de vie de la population anglo-saxonne permettent la réalisation de diverses réformes : enseignement obligatoire gratuit, lois sociales (journée de huit heures dès 1856 dans certaines conditions), suffrage féminin dès 1894 en Australie-Méridionale. Le mouvement des Trades-Unions prend une grande importance et le Queensland a, brièvement en 1899, un Premier ministre travailliste (A. Dawson).
Dès 1880 les colonies, se sentant menacées par la poussée européenne et américaine dans le Pacifique (le Queensland annexe en 1883 la Nouvelle-Guinée visée par l'Allemagne, mais il sera contraint en 1885 de la partager avec celle-ci et les Pays-Bas), ainsi que par l'immigration asiatique, envisagent une fédération. Si dès 1885 un conseil fédéral existe, il est sans pouvoir réel, et il faut attendre les difficiles conventions de 1891 et 1897-1898 pour parvenir à préparer une constitution qui sera approuvée par référendum dans toutes les colonies et entérinée par le Parlement britannique (9 juillet 1900). Le Commonwealth of Australia naît le 1er janvier 1901 ; c'est un compromis entre les régimes anglais et américain (parlementarisme, sénat, cour suprême) dans lequel les différents États gardent beaucoup d'indépendance.
Alors que le développement économique se poursuit dans la lignée de celui du siècle précédent, le pouvoir fédéral acquiert plus d'importance. En 1911, il prend en charge le Territoire du Nord pour alléger les dépenses de l'Australie-Méridionale. Des ministères libéraux-conservateurs avec E. Barton (1901-1903), A. Deakin et travaillistes avec A. Fisher (1908-1913) se succèdent sans beaucoup de différences. Ils manient un budget important alimenté par une lourde fiscalité et dirigent leurs efforts vers la défense du pays (création d'une marine et d'une armée) et les avantages sociaux de l'Australie blanche (expulsion dès 1901 des immigrants de couleur, droits de douanes élevés).
La participation à la Première Guerre mondiale derrière le Royaume-Uni est unanimement enthousiaste ; 330 000 Australiens y prennent part, 59 000 meurent ; ils se distinguent dans les Dardanelles et dans les Flandres et s'emparent de la Nouvelle-Guinée allemande. Le Premier ministre William Morris Hughes (1915-1923), passé du Labour à l'Union nationale, obtient à Versailles des territoires allemands qu'il doit partager avec la Nouvelle-Zélande. L'affirmation nationale de l'Australie est symbolisée par l'installation du pouvoir central, en 1927, à Canberra, choisie comme capitale fédérale.
La grande crise de 1929 frappe durement l'économie australienne protégée par un tarif élevé et encore trop dépendante des exportations de la laine, dont le principal client devient alors le Japon. Le parti agrarien de Stanley Melbourne Bruce doit, en 1929, laisser la place aux travaillistes ; ceux-ci, divisés sur les remèdes à prendre pour relever l'économie – le gouvernement mène alors une politique de rigueur financière et de réduction des dépenses qui rencontre l'hostilité de la base attachée aux hauts salaires –, ne parviennent pas à améliorer la situation du pays. Aussi, en 1939, le United Australia Party de Joseph A. Lyons prend-il le pouvoir, avec très vite l'accession de Robert Menzies au poste de Premier ministre, qu'il conservera jusqu'en 1941.
Si l'Australie s'était rapprochée des États-Unis dans les années 1920 pour limiter l'expansion japonaise dans le Pacifique, ses gouvernements successifs n'en mènent pas moins une politique pacifiste qui encourage les ambitions japonaises à la veille du conflit. Pourtant dès 1940 l'Australie suit le Royaume-Uni dans la guerre et envoie un corps expéditionnaire sur le front européen ; mais rapidement l'attaque japonaise menace la côte et les intérêts australiens. Port Darwin, au nord, est bombardée en février 1942, les Japonais débarquent en Nouvelle-Guinée et aux îles Salomon. Sous l'impulsion vigoureuse du Premier ministre travailliste John Joseph Curtin, l'Australie devient dès lors l'alliée privilégiée des États-Unis, dans la guerre du Pacifique ; le général Mac-Arthur établit son quartier général à Melbourne, puis à Brisbane. La bataille de la mer de Corail sauve l'Australie, qui participe à la contre-offensive alliée et se distingue particulièrement en Nouvelle-Guinée. Pendant toute la guerre, la production est strictement organisée pour maintenir un ravitaillement régulier et des prix stables ; les industries de transformation connaissent un grand essor. Très tôt, les gouvernements de J. Curtin jusqu'en 1945, puis celui de son successeur Joseph Benedict Chifley tentent de préparer l'après-guerre en maintenant un contrôle de l'économie. Ce dirigisme – exagéré et dénoncé par l'opposition libérale – s'accorde mal au climat de guerre froide qui permet de dénoncer un danger communiste en Australie, et, en 1949, les élections donnent une nette victoire aux libéraux de Robert Menzies, héritiers de l'United Australia Party d'avant-guerre.
Politiquement, la coalition des libéraux et des agrariens (Country Party), dirigée par Robert Menzies, est inamovible, même si la menace travailliste se fait parfois sentir comme en 1961. Elle doit cette stabilité à un système de représentation qui la favorise, mais surtout à une politique conservatrice clairement fondée sur la prospérité de l'Australie anglo-saxonne et sur l'anticommunisme. Malgré les récessions de 1952 et de 1959, l'économie connaît un essor remarquable, établi sur l'exploitation des ressources naturelles et la recherche d'investissements industriels ; le gouvernement mène une politique très libérale en faveur des investissements étrangers, surtout américains, mais aussi japonais, après 1956.
Malgré le rôle encore essentiel de l'élevage lainier, l'agriculture recule sensiblement. Ce développement repose aussi sur une main-d'œuvre toujours renouvelée par l'apport massif de l'immigration. De 1945 à 1972, 100 000 personnes en moyenne arrivent annuellement dans le pays ; il s'agit pour près de la moitié de Britanniques et pour le reste d'Européens, attirés par le niveau de vie élevé et la protection sociale ; s'ils forment un ensemble assez homogène vite assimilé, leur présence accentue néanmoins le caractère cosmopolite de Melbourne et de Sydney. Mais ces avantages de l'Australie blanche sont refusés aux Aborigènes et – sauf rares exceptions après 1956 – aux émigrants asiatiques.
Ces choix expliquent que, sur le plan extérieur, le gouvernement de Robert Menzies, s'il reste fidèle au Commonwealth et accueille avec chaleur la reine Élisabeth en 1963, s'aligne sur les propositions américaines. Il envoie des troupes en Corée, fait adhérer son pays à l'Organisation de l'Asie du Sud-Est (O.T.A.S.E.) en 1954 et, après avoir soutenu la fédération de Malaisie et envisagé d'aider l'Inde dans son conflit avec la Chine, il est le seul gouvernement occidental – avec celui de Nouvelle-Zélande – à envoyer des troupes appuyer les Américains au Viêt Nam.
La retraite de Robert Menzies, en 1966, la mort accidentelle de son successeur H. Holt dès 1967 entraînent une certaine instabilité politique, résolue en janvier 1968 par l'accession au pouvoir de John Gorton, qui appartient à la droite de la coalition majoritaire. Son gouvernement rencontre de nombreuses difficultés. En effet, la guerre du Viêt Nam suscite de multiples réactions. À cela s'ajoutent les grèves du printemps 1969 dans les transports, causées par l'arrestation d'un dirigeant syndical accusé de communisme. Les élections d'octobre 1969 font apparaître une forte poussée des travaillistes de Edward Gough Whitlam.
En 1970, une grande partie des troupes australiennes sont retirées du Viêt Nam ; les dernières (8 000 hommes) le seront à la fin de 1971 après de nouvelles manifestations. La conclusion d'accords économiques avec la Chine populaire, la volonté de coopération avec le Japon – en particulier pour le développement économique des îles Cook, Samoa occidentales et Nauru – s'accompagnent d'un assouplissement de la politique d'immigration, encore régie par la loi de 1901. Les non-Européens sont admis pourvu qu'ils s'intègrent à la société blanche ; seuls quelques milliers d'Asiatiques peuvent en profiter – 35 000 en 5 ans, pour 600 000 Européens.
Tous les partis soutiennent la White Australia Policy et se refusent à envisager une société multiraciale. Cela explique les réactions violentes, sauf dans quelques milieux libéraux, devant les revendications, nouvelles, des Aborigènes (ils sont alors 130 000, soit 1 % de la population), qui obtiennent néanmoins la création d'un ministère spécial en 1967, mais veulent surtout le respect de leur culture et la propriété de leurs terres, riches en bauxite. Le gouvernement de William McMahon, qui a remplacé John Gorton à la veille des élections législatives de 1972, satisfait partiellement leurs revendications en décidant que les réserves, propriétés du gouvernement, leur seront louées à bail. Ces diverses mesures plus progressistes, l'énergie manifestée, en 1970, dans les protestations contre les essais nucléaires de la France dans le Pacifique ne suffisent pas à compenser l'usure du pouvoir, ni les difficultés économiques dues à la montée, nouvelle en Australie, de l'inflation, du chômage, et aux fluctuations des exportations de laine. Lors des élections de décembre 1972, les travaillistes, menés par Edward Gough Whitlam, reviennent au pouvoir.
La victoire travailliste semble annoncer une ère nouvelle de réformes sociales et d'ouverture vers le monde extérieur. Dès 1973, Edward Gough Whitlam reconnaît officiellement la Chine populaire et le Viêt Nam du Nord, accorde l'autonomie à la Nouvelle-Guinée, envoie son ministre de la Justice à Paris pour protester contre les essais nucléaires. Fort de cette activité, le Premier ministre n'hésite pas à dissoudre le Parlement en avril 1974 devant le refus du Sénat – où les conservateurs sont encore majoritaires – de lui accorder de nouveaux crédits ; les travaillistes l'emportent difficilement.
Cette expérience est interrompue en octobre 1975, quand le gouverneur général prend l'initiative controversée de limoger Edward Gough Whitlam et appelle Malcolm Fraser, le chef de l'opposition libérale, pour former un gouvernement par intérim. Les élections de décembre donnent une victoire écrasante aux libéraux alliés au Country Party. Malcolm Fraser, à la tête de ce gouvernement, est confronté à des difficultés économiques considérables, la législation du travail et l'appareil de production australiens n'étant pas adaptés aux nouvelles conditions de la concurrence internationale. L'entrée du Royaume-Uni dans le Marché commun, en 1972, fait perdre à l'Australie un débouché privilégié pour ses produits agricoles, et les dispositions pour maintenir l'accès au marché britannique à des conditions dérogatoires ne suffisent pas pour compenser les pertes. En 1978, des accords sont passés avec le Japon, premier partenaire commercial. Sur le plan intérieur, les Aborigènes se mobilisent et occupent le centre de Canberra au printemps 1979, pour réclamer la reconnaissance de leurs droits et la signature d'un traité. Par ailleurs, l'Australie doit faire face à l'arrivée de milliers de boat people vietnamiens (30 000 réfugiés de 1975 à 1980).
Bob Hawke, leader du parti travailliste, domine la vie politique australienne des années 1980. Élu Premier ministre en 1983, il est réélu en 1987 et 1990. Artisan d'une politique de plus grande austérité budgétaire, il prend les premières initiatives pour démanteler les protections tarifaires de l'économie nationale. En août 1988, il engage les premiers pourparlers officiels entre le gouvernement et les populations aborigènes, dont les revendications s'étaient multipliées au cours des dix années précédentes.
B. Hawke participe aux campagnes visant à affirmer sur la scène internationale l'identité régionale et la spécificité des problèmes des États insulaires du Pacifique Sud. Il apporte notamment le soutien actif de l'Australie dans l'opposition régionale aux essais nucléaires français. Avec son homologue japonais, il est également à l'origine, en janvier 1989, de l'Asia Pacific Economic Cooperation (APEC), forum regroupant 21 pays de la région et destiné à promouvoir une plus grande transparence et une meilleure coordination des politiques économiques des États membres. Confronté à de graves difficultés intérieures et à une forte baisse de popularité, B. Hawke démissionne (décembre 1991). Il est remplacé par Paul John Keating, reconduit dans ses fonctions après les élections de mars 1993 et qui poursuit la politique de son prédécesseur. Un débat est engagé sur l'opportunité de rompre les liens avec la Couronne britannique et de faire de l'Australie une république. En décembre 1993, le Parlement fédéral adopte une législation (Native Title Bill), reconnaissant aux Aborigènes la propriété de certaines terres.
Les travaillistes australiens continuent d'autoriser la présence des bâtiments nucléaires américains dans les eaux et les ports nationaux et ne remettent pas en cause la relation étroite de leur pays avec les États-Unis. En avril 1993, le Premier ministre crée un ministère des Affaires du Pacifique, dont la mission est de maintenir la priorité accordée aux îles océaniennes dans les relations extérieures de l'Australie. Le Comité international olympique attribue, en septembre 1993, à Sydney l'organisation des Jeux d'été de l'an 2000. L'Australie signe un accord de sécurité avec l'Indonésie en décembre 1995 ; il s'agit du premier traité de ce type dans l'histoire australienne. Ce texte traduit autant la volonté australienne de développer son insertion dans son environnement asiatique que la reconnaissance de l'importance de la stabilité de l'Indonésie pour la sécurité de l'Australie. En janvier 1996, l'arrêt définitif des essais nucléaires français dans le Pacifique permet une normalisation des relations entre Paris et Canberra.
L'usure du pouvoir travailliste conduit à la victoire d'une coalition libérale-nationale en mars 1996, dirigée par John Howard ; P. J. Keating ayant démissionné de son poste à la tête du parti travailliste, il est remplacé par Kim Beazley. La majorité conservatrice opère un repli des grandes orientations politiques sur les questions intérieures, qui se traduit par la multiplication de propos xénophobes au Parlement et la montée en puissance du parti d'extrême droite One Nation aux élections du Queensland en juin 1998 (10 sièges sur 23). En juillet 1998, après dix-huit mois de polémiques entre la Chambre des représentants et le Sénat, le gouvernement de J. Howard parvient à faire adopter par le Parlement une loi qui remet en cause le Native Title Bill de 1993. La victoire des conservateurs aux élections générales anticipées organisées en octobre 1998 conforte la coalition nationale-libérale au pouvoir dans l'application de son programme libéral. Le projet de transformation de l'actuelle monarchie constitutionnelle en république est soumis à référendum en octobre 1999, mais est rejeté par la population, qui ne veut pas du modèle qu'on lui propose (président élu par les deux tiers du Parlement, supposé être au-dessus des partis, mais dépourvu de légitimité populaire). En novembre 2001, de nouvelles élections générales sont organisées. La question de l'immigration est au centre des débats de la campagne électorale, à la suite de la crise de la Tampa – plusieurs centaines de boat people, qui ont trouvé refuge sur un cargo norvégien, se voient finalement refouler par les autorités de Canberra, après plus d'une semaine d'expectative au large des côtes australiennes (août). Le Premier ministre sortant, J. Howard, pourtant en perte de vitesse depuis plusieurs mois à cause de résultats économiques décevants, tire avantage de cette décision, contrairement à l'opposition travailliste, qui, en choisissant de soutenir la politique gouvernementale dans cette affaire, s'aliène finalement une partie de son électorat. Les Verts, favorables à l'accueil des boat people, recueillent les voix des mécontents, tandis que l'extrême droite, One Nation, disparaît presque du paysage politique.
L'Australie reste incapable d'aider le gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée à trouver une solution dans le conflit séparatiste de Bougainville déclenché en 1989. En 1997, c'est la Nouvelle-Zélande qui prend l'initiative de pourparlers de paix et permet la signature d'un cessez-le-feu en avril 1998. Mais c'est l'Australie qui est placée à la tête du groupe chargé de la surveillance de l'accord de paix (composé de 300 personnes). Préjudiciables au rôle militaire, politique et diplomatique du pays en Asie-Pacifique, les tensions entre Jakarta et Canberra se font dès lors chroniques, alimentées également par l'accueil fait aux réfugiés de Papouasie-Occidentale ou le rôle moteur joué dans l'envoi d'une force de paix pour ramener l'ordre au Timor-Oriental en 1999. Certes, l'Australie profite de l'organisation des jeux Olympiques à Sydney de septembre 2000 pour réaffirmer sa place dans la région, mettre en avant ses relations avec ses voisins, japonais, coréens ou chinois (présence d'une forte communauté asiatique), et signifier son ouverture sur le reste du monde. Mais les petites îles du Pacifique sud voient dans la persistance de son refus de signer le protocole de Kyoto une nouvelle manifestation de son désintérêt pour les problèmes de la région (montée des eaux). Canberra ne s'associe pas davantage au dialogue euro-asiatique (ASEM), dont les rencontres se tiennent en mars 1996 (Bangkok), en avril 1998 (Londres), en octobre 2000 (Séoul), en septembre 2002 (Copenhague), en octobre 2004 (Hanoi) et en septembre 2006 (Helsinki), donnant l'impression de se détourner de la sphère asiatique, alors même que ses échanges avec la région augmentent de façon spectaculaire. Les enjeux commerciaux (notamment avec la Chine, avec laquelle ils triplent de 1995 à 2005), prépondérants, précipitent le retour de Canberra dans le cercle des acteurs de la stabilité régionale : au fur et à mesure qu'avance la décennie, les liens politiques avec le continent asiatique reprennent vigueur tandis que le pays s'implique davantage dans le dialogue et la coopération avec les États voisins de l'Asie du Sud-Est. Il est, par exemple, l'un des tout premiers contributeurs en aide d'urgence fournie à l'Indonésie à la suite du tsunami ravageur de la fin 2004. C'est en outre lui qui accueille le sommet de l'APEC en 2007.
En fait, longtemps peu soucieuse de s'impliquer dans une arrière-cour toujours instable, l'Autralie de J. Howard se découvre sur le tard une vocation de gendarme du Pacifique (en 2003, envoi de policiers en Papouasie-Nouvelle-Guinée, au même moment, déploiement d'un contingent armé aux îles Salomon, renforcé en 2006 ; au début de 2006, nouvel engagement au Timor-Oriental ; et, tout au long de la période, intervention plus ou moins directe aux îles Fidji et à Nauru, même si elle entend plutôt redéployer son action dans le monde, aux côtés du vieil allié américain, pour définir avec les États-Unis de George Walker Bush une sorte de version orientale de la « relation spéciale ».
Le 11 septembre 2001, J. Howard est à Washington. Il engage son pays dans sa plus grande campagne militaire depuis la guerre du Viêt Nam avec l'envoi de 1 550 soldats chargés de soutenir la riposte américaine contre le terrorisme en Afghanistan. En octobre 2002, l'attentat de Bali (près de 200 morts, dont 88 parmi les touristes australiens) affecte profondément l'opinion publique, qui l'interprète comme une mesure de représailles. Cela ne dissuade pas J. Howard de poursuivre son action contre le terrorisme international aux côtés des États-Unis, plaçant son pays au cœur de la coalition américano-britannique – non sans susciter sur place des manifestations d'opposition. Près de 2 000 soldats australiens participent donc à la guerre contre l'Iraq. Ils sont encore un petit millier après la chute de Saddam Husayn. Et ils restent à hauteur de plus de 800 en 2006, près de 500 étant par ailleurs stationnés en appui dans le Golfe, cependant que 300 épaulent toujours la coalition internationale en Afghanistan. En outre, signé en 2004 et entré en vigueur au début de 2005, un traité de libre-échange (hors sucre et viande de bœuf, qui restent contingentés à leur entrée en Amérique) lie plus étroitement encore les deux partenaires. Liée au phénomène El Niño, la sécheresse qui sévit pendant l'été austral 2002-2003 ampute les récoltes agricoles comme le cheptel (2,5 millions de moutons, 660 000 bovins abattus) et alimente de grands incendies dans le bush, jusqu'aux abords de la capitale et de Sydney – phénomène qui s'aggrave à l'été 2006-2007. Les aléas climatiques n'affectent guère la croissance économique, qui se poursuit, dopée par la conjoncture internationale, et tout particulièrement la demande de matières premières dont l'Australie est exportatrice (notamment en direction des puissances émergentes d'Asie, comme la Chine et, désormais, l'Inde). Malgré un endettement record des ménages (à près de 150 % de leurs revenus, soit un ratio plus élevé qu'aux États-Unis), une balance commerciale très déséquilibrée, et la menace prégnante d'une bulle spéculative immobilière, la croissance entame, en 2006, sa seizième année de hausse consécutive. L'inflation est contenue, le taux de chômage – divisé par deux sur une décennie – est descendu à 5,1 % ; l'activité et la consommation restent soutenues, les budgets excédentaires.
C'est pourquoi, malgré l'opposition à l'alignement atlantique de l'Australie et à la réforme de l'aide aux Aborigènes (liant explicitement, désormais, l'intervention fédérale à l'acculturation des populations), J. Howard, fort d'une stature d'homme d'État international et d'un bilan économique plutôt flatteur, est reconduit à la tête du gouvernement en octobre 2004 à l'issue des élections. Il est le seul Premier ministre australien (avec R. Menzies) à gagner quatre consultations successives. Les libéraux obtiennent 40,4 % des voix et 4 sièges de plus ; recueillant 38,2 % des voix, les travaillistes perdent 7 sièges. Mais ces derniers continuent à contrôler les pouvoirs locaux, en particulier les 6 États et les 2 territoires que compte la fédération. Avec 7 % des suffrages, les Verts, qui atteignent jusqu'à 20 % dans les grandes villes, font une poussée remarquable. À la suite du revers électoral, Mark Latham démissionne de son poste de chef des travaillistes en janvier 2005 ; il est remplacé par K. Beazley (ancien ministre et leader du parti après la défaite de 1996), qui se voit confier la charge de préparer un programme susceptible de ramener sa formation au pouvoir. Mais, exception faite de son opposition à l'égard de l'engagement en Iraq et de son franc soutien au protocole de Kyoto, il peine finalement à se démarquer des grandes orientations du gouvernement en place. Si Brendan Nelson, promu ministre de la Défense après le retrait, début 2006, du titulaire de ce poste, Robert Hill, apparaît comme l'étoile montante des conservateurs, J. Howard, plus que jamais chantre des « valeurs australiennes », entendues comme judéo-chrétiennes, escompte bien emmener son parti aux prochaines élections et le faire gagner. Mais l'usure du pouvoir, l'impopularité de la nouvelle loi sur le droit du travail, défavorable aux salariés (2005), l'éclatement de scandales qui ternissent son image, sa réputation d'intransigeance en matière environnementale et d'alignement sur les États-Unis de G. W. Bush, et finalement le renouvellement de la direction du parti travailliste – avec l'élection à sa tête en décembre 2006 du jeune Kevin Rudd – ont raison de ses espérances.
Sur la base d'un programme modéré comprenant notamment la promesse du retrait des troupes d'Iraq, la ratification du protocole de Kyoto, et l'aménagement de la nouvelle loi sur le travail, ce partisan de la troisième voie remporte les élections fédérales du 24 novembre 2007, et, avec 52,7 % des suffrages contre 47,3 % ainsi qu'une confortable majorité au Parlement, met fin à onze années de pouvoir des libéraux. Ces derniers sont laminés : ils n'emportent aucun État ou territoire fédéré, et leur leader, J. Howard, est battu dans sa circonscription. De façon symbolique, le nouveau cabinet Rudd fait la part belle aux femmes et aux minorités : le poste de vice-Premier ministre, en charge des priorités que sont l'éducation et le travail, échoit notamment à sa comparse Julia Gillard, tandis que Penny Wong, premier membre du gouvernement d'origine asiatique, et par ailleurs ouvertement lesbienne, se voit confier l'eau et le climat. L'écologie fait aussi l'objet d'une attention toute particulière, puisqu'elle occupe un autre portefeuille, l'environnement et le patrimoine national, attribué à Peter Garrett, l'ancien chanteur du groupe de rock Midnight Oil. Et pour mieux afficher la nouvelle ligne politique de son pays, à peine investi le 3 décembre, K. Rudd effectue son premier déplacement officiel à Bali, pour se rendre à la conférence internationale sur le climat, où, de façon significative, il décide de faire débuter son exercice du pouvoir par la ratification du protocole de Kyoto. Autre geste emblématique, en février 2008, il présente au nom du gouvernement des excuses aux Aborigènes pour les « générations volées », ces enfants arrachés à leurs milieux d'origine et placés voire exploités dans des familles d'accueil anglo-saxonnes. Même si elle ne s'accompagne pas de compensations financières, cette déclaration de repentance fait date. Dans la foulée sont élaborés des textes visant à une meilleure prise en compte des droits des homosexuels. Suivent aussi l'annonce – historique – que le prochain gouverneur général sera une femme, Quentin Bryce, ainsi que des mesures d'aide aux fermiers pour combattre la sécheresse qui continue à sévir dans le pays, des plans de lutte contre une inflation rampante, des projets de réduction des dépenses publiques (malgré l'excédent budgétaire) et de baisse d'impôts, un assouplissement de la loi de 2005 sur le travail, des initiatives en faveur des infrastructures, de l'éducation, des hôpitaux, de l'accès à la propriété et des sans-abri… Malgré les réticences des milieux d'affaires, le gouvernement annonce en juillet son intention de faire appliquer son programme de réduction des gaz à effet de serre dès 2010. Puis, en décembre 2008, il fait savoir que la « révolution solaire » qu'il entend promouvoir est amenée à s'accélérer. Il est vrai que l'Australie connaît une septième année consécutive de canicule et de sécheresse, qui s'avère tout particulièrement dramatique, puisque de grands incendies ravagent en février 2009 l'État de Victoria, faisant plus d'une centaine de victimes. Mais alors pointe une autre menace, celle d‘une grave récession, qui semble en outre susceptible d'interférer avec le défi environnemental et de différer la mise en œuvre des réponses qui lui sont apportées. En effet, 2008 conclut un cycle de croissance ininterrompue de 17 ans. L'activité, victime du retournement spectaculaire de la conjoncture internationale, s'essouffle brutalement à partir de l'automne, au point d'obliger le gouvernement à prendre une série de mesures d'urgence, renouant ainsi avec l'initiative et la dépense publiques : fort des excédents budgétaires passés, il met tout d'abord sur pied en fin d'année un programme d'aide au secteur automobile comme aux familles et aux personnes âgées pour une dizaine de milliards de dollars (australiens). Puis, en février 2009, afin de doper une production manifestement anémiée et de ralentir la hausse du chômage, il élabore un plan de relance d'une quarantaine de milliards consacré tant à l'investissement (santé, éducation, logement, infrastructures) qu'au soutien des ménages les moins favorisés.
En matière extérieure, la création d'un secrétariat d'État à la région Pacifique indique la volonté du nouveau gouvernement de mettre en œuvre une politique de rapprochement avec les États voisins, en particulier l'Indonésie, et de favoriser le développement et la lutte contre les trafics et le terrorisme. Les relations avec la Chine, dont K. Rudd est un fin connaisseur, restent au beau fixe, malgré les incidents survenus au Tibet au début de l'année 2008. Enfin, bien que favorable à la poursuite de l'alliance avec les États-Unis, il opère dès 2008 un début de désengagement militaire (d'environ 500 hommes) en Iraq, sans toutefois remettre en cause l'effort logistique sur place ou la présence du contingent en Afghanistan.
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