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Antarctique ou Antarctide

Paysage de l'Antarctique
Paysage de l'Antarctique

Ensemble continental et insulaire de l'hémisphère Sud (en quasi-totalité au-delà de 60° de latitude Sud).

L'Antarctique est situé au sud des pointes de l'Afrique, de l'Australie et de l'Amérique. Il est formé de deux domaines distincts, délimités par des cercles centrés au voisinage du pôle : une calotte continentale couverte de glaces (le continent antarctique), presque entièrement inscrite à l'intérieur du cercle polaire ; une zone océanique (l'océan Antarctique), partie des océans Atlantique, Pacifique, et Indien comprise entre le cercle polaire antarctique et le continent polaire.

GÉOGRAPHIE

1. Le milieu antarctique

Le trait distinctif de l'Antarctique est l'isolement, qui trouve son explication dans la dureté d'un climat considéré comme le plus rigoureux du monde et la présence d'une mer tempétueuse et englacée, enfermant un continent sans attrait, véritable « bout de monde », tardivement exploré et vide. Milieu répulsif, l'Antarctique est un désert humain.

Les données physiques de l'Antarctique

Données physiques de l'Antarctique
Superficie : 16 500 000 km2, dont : 12 160 000 km2 (continent sous la glace), 2 400 000 km2 (plate-forme continentale libre de glace), 1 600 000 km2 (plate-forme de glace flottante), 200 000 km2 (roche nue), 140 000 km2 (îles).
Altitude. Moyenne : 2 300 m (2 040 m en incluant les plates-formes flottantes). Maximale : 4 270 m (glace), 4 897 m (roche : mont Vinson).
Longueur des côtes : 24 000 km.
Température. Minimum absolu : −88,3°C (Vostok, août 1960).
Épaisseur de la glace. Moyenne : 2 200-2 600 m. Maximale : 4 335 m.

 

1.1. Le froid et les vents

Un froid excessif et des vents violents caractérisent le climat exceptionnel de l'Antarctique, conditionné certes par l'altitude du continent, mais surtout par le jeu complexe de divers facteurs.

Le rôle réfrigérant de l'hiver nocturne

Selon un phénomène normal de latitude, passé le cercle polaire austral, deux périodes s'individualisent dans l'année : l'une à l'époque du solstice de décembre, où le soleil est en permanence au-dessus de l'horizon ; l'autre au moment du solstice de juin, où il est constamment au-dessous. À mesure que l'on se rapproche du pôle, la période de nuit continue (l'hiver), ou de jour continu (l'été), gagne en durée, puis l'emporte. Au pôle, l'année est donc partagée en deux saisons d'illumination : l'une de mars à septembre, où le soleil ne se lève pas, l'autre d'octobre à février, où il ne se couche pas. C'est au cours de la nuit hivernale qu'intervient une intense déperdition thermique par rayonnement dans une atmosphère claire.

L'inefficacité d'un été sans chaleur

Le réchauffement associé à la durée de l'illumination estivale ne parvient pas à compenser le déficit hivernal. À ces hautes latitudes, les rayons solaires, qui ont une trop faible incidence au sol, doivent traverser une masse atmosphérique plus épaisse, où la déperdition par réflexion, absorption et diffusion est donc accrue. Seul un reliquat de radiation solaire atteint le sol : on estime qu'au pôle, au plein de l'été (décembre), sur les 36 000 cal/cm2 entrant dans l'atmosphère moins de 80 % parviennent dans les basses couches. Facteur aggravant, une importante fraction de cette énergie incidente est réfléchie sur la surface blanche des glaciers et de la banquise, qui interviennent comme d'immenses réflecteurs (albédo de 0,76). Les mers libres, qui absorbent toute la chaleur reçue, sont trop éloignées du pôle pour jouer un rôle thermique décisif. Enfin, l'inversion de température en altitude (par advection de chaleur venue des tropiques) disparaît en été, et ne vient plus freiner la perte calorique du sol sous l'effet de la radiation infrarouge, très efficace dans l'air sec et transparent des voisinages du pôle.

Au total, le bilan radiatif est déficitaire pour toute la calotte située au sud du 37e degré : à Mirny, le bilan thermique global varie entre – 2 et – 3 000 cal/cm2 par an, et est de – 8 000 pour l'intérieur du continent. À Mirny, il est négatif pendant 5 mois, et au pôle pendant 11 mois. C'est donc dans le domaine antarctique que l'on enregistre les températures les plus basses du monde (et de plus en plus rigoureuses à mesure que l'on se rapproche du centre du continent) ; ce domaine se caractérise en outre par l'absence d'été, fait que l'on exprime en choisissant l'isotherme 10 °C du mois le plus chaud pour le délimiter.

Un refroidissement d'une telle ampleur a pour effet un alourdissement de l'air et un tassement des basses couches engendrant au voisinage du pôle un anticyclone pelliculaire. Au nord, une auge de basses pressions est installée vers 55-65° sud, tout autour du continent. Les vents divergent en descendant et soufflent vers l'est à sa périphérie ; fortement refroidis au-dessus de la glace, ils ont un écoulement qui s'accélère et devient turbulent vers la côte, où ils sont connus sous le nom de vents catabatiques. Le contact entre l'air antarctique, d'origine continentale, et l'air maritime circulant sur l'océan Antarctique est exprimé sous la forme d'une discontinuité frontale, parcourue par des dépressions cycloniques très creusées qui circulent vers l'est, traversant à l'occasion tout le continent, de la mer de Weddell à celle de Ross. Dans l'ensemble, il s'agit d'une circulation zonale, puissante et rapide, car non perturbée par l'obstacle de masses continentales. Tous les navigateurs et explorateurs ont décrit la violence de ces vents agissant sans entrave sur la neige et sur les eaux : si le continent antarctique connaît les plus violents blizzards, l'océan Antarctique est le plus tempétueux du monde.

Interdisant ou limitant le dégel, donc l'évaporation, le froid a pour corollaire une humidité atmosphérique faible en valeur absolue (sur le continent, elle est 10 000 fois moindre qu'à l'équateur) ; en valeur relative elle ne dépasse pas 70 %, sauf sur la ceinture littorale ou maritime, où les vents viennent puiser leur humidité. Les précipitations, surtout sous forme neigeuse, totalisent seulement 150 mm (en eau de fusion) pour l'ensemble du continent, avec un minimum remarquable de 10 pour la partie orientale et un maximum de plus de 500 mm sur les littoraux et îles subantarctiques. En se déplaçant vers le nord, on passe ainsi d'une aridité saharienne à des régimes pluvieux caractéristiques des latitudes moyennes.

1.2. La glace et les eaux

Le froid se manifeste directement par la prise en glace et par l'animation des grands courants marins.

Le monde des glaces

Il est remarquable de constater que, dans l'une des régions les plus arides du globe, s'est constituée la plus grande réserve d'eau douce. La quasi-totalité du continent antarctique (98 %) disparaît en effet sous une énorme masse de glace (ou inlandsis), accumulée sur une épaisseur de plusieurs kilomètres, jusqu'à adopter la forme caractéristique en coupole, dont le sommet dépasse 4 000 m. Localement affleure la roche sous la forme de crêtes, suffisamment élevées pour isoler des glaciers locaux de type alpin à l'alimentation autonome. Le relief sous-glaciaire, déterminé séismiquement, est donc très diversifié, fait de chaînes montagneuses cloisonnant des bassins, dont le fond descend parfois sous le niveau de la mer (dépression unissant les mers de Weddell et de Ross), et isolant des archipels.

Les glaciers antarctiques sont de type froid (parties supérieures au-dessous de 0 °C) et restent donc couverts sous plusieurs dizaines de mètres de neige meuble : ce n'est qu'en profondeur, et au bout de plusieurs années, que la neige évolue en névé, puis en glace, par tassement et recristallisation sans fusion. Les horizons les plus froids se situent à plusieurs centaines de mètres sous la surface (– 28 °C à – 800 m à la station Byrd) ; en dessous, la température augmente jusqu'au contact avec la roche, où le forage réalisé en cette même station a trouvé de l'eau liquide ; ce fait tendrait à prouver que la glace y atteint le point de fusion sous l'effet de la pression. La longueur de temps nécessaire à la formation de la glace est la raison majeure de la lenteur de ses mouvements. Même à l'intérieur du continent, son énorme épaisseur n'est pas suffisante pour engendrer des vitesses appréciables : on parle alors de régime stagnant propre à un glacier-réservoir. Mais sur les marges, des courants s'individualisent dans la glace, se moulent au tréfonds rocheux pour donner finalement naissance à des émissaires : ces régions fonctionnent alors comme un glacier évacuateur. Localement, un débordement peut se produire sous la forme de plates-formes, ou immenses pontons flottant sur la mer, dont se détachent des icebergs. Par leur abondance, ces derniers sont caractéristiques de l'Antarctique. Les moins nombreux, provenant de petites plates-formes, sont alourdis par des moraines, s'enfoncent beaucoup dans l'eau et sont fortement burinés par l'érosion, qui les rend reconnaissables à leur surface chaotique. Les plus nombreux ont une forme majestueusement tabulaire et des parois éblouissantes, qu'ils conservent longtemps. Leur abondance varie avec les saisons (maximum en décembre) et les années ; ils peuvent dériver jusqu'aux latitudes tempérées.

Lorsque la température de l'eau de mer descend au-dessous de – 2 °C, celle-ci à son tour se prend en glace pour former la banquise. Parfois, l'embâcle peut être facilité par de gros apports neigeux qui contraignent la banquise à s'enfoncer et à s'alimenter à l'eau de mer par capillarité. Par temps calme, les étapes caractéristiques de la congélation (fraisil, « mélasse », glace en crêpe, puis en plaques finalement soudées en banquise) se déroulent normalement. Mais, dans le monde très perturbé de l'Antarctique, notamment sous l'effet des fortes houles, la prise en glace est fréquemment contrariée par des cassures, des compressions donnant naissance à des crêtes hautes de plusieurs mètres. L'édification de la banquise est donc un travail de Pénélope, perpétuellement remis en cause ; une telle instabilité la rend peu épaisse (moyenne : 6 à 7 m ; maximum : 13 m), discontinue, soumise à des courants et des dérives qui en rendent l'extension fort variable dans l'espace et le temps.

Le mouvement des masses d'eau

Fonctionnant comme de puissants réfrigérateurs et, accessoirement, comme des pourvoyeurs en eau douce, les glaciers et la banquise sont responsables de la formation d'un très net gradient de salinité et de température dans les eaux océaniques et, partant, de l'établissement d'une pente isobarique inclinée vers le sud. C'est donc en cette direction que s'effectue (parallèlement à celui qui est signalé dans l'atmosphère) un important transfert thermique de compensation, depuis les latitudes plus basses. Schématiquement, cet échange se fait par l'intermédiaire de trois masses d'eau superposées, qui viennent successivement en affleurement au terme d'un long parcours, déviées vers la gauche comme il convient.

La plus septentrionale et la plus superficielle est l'eau subtropicale, chaude et salée (12 à 13 °C, plus de 35 ‰), installée à la hauteur des pointes méridionales des continents. Le front subtropical (ou convergence), au tracé très fluctuant, la sépare d'une masse d'eau tempérée (8 à 10 °C, 34,7 à 34,8 ‰) dite « subantarctique ». Celle-ci arrive à son tour, par l'intermédiaire du front antarctique (ou convergence), en contact avec la masse d'eau antarctique superficielle qui provient de la dilution et du refroidissement de l'eau antarctique circumpolaire, encore chaude et salée (0,5 °C, 34,7 ‰), située sous elle. Sauf au voisinage du continent, ces eaux sont animées d'un grand mouvement de dérive vers l'est : la répartition des densités conduit donc à des courants qui coïncident avec ceux que les vents feraient naître à eux seuls.

En compensation, des eaux de formation locale, donc froides et plus denses, sont affectées d'un mouvement inverse qui les fait plonger vers le nord. C'est d'abord de l'eau antarctique de surface, qui s'enfonce sous le front antarctique : on lui donne le nom d'eau antarctique intermédiaire. C'est d'autre part la formation près du continent d'une eau très froide subissant une descente vers les grands fonds, dont elle renouvelle l'eau abyssale : c'est l'eau antarctique profonde, qui dessine une vaste ronde, dont se détachent des branches qui s'échappent vers l'équateur à la faveur d'ensellements, dont le rôle exact n'est pas encore éclairci.

Au total, les eaux antarctiques sont entraînées par un puissant mouvement zonal (dit « circumpolaire »), dont le débit a été estimé dans la partie la plus resserrée du passage de Drake à 218 millions de m3/s en moyenne. C'est un des plus importants courants du monde, qui s'écoule à des vitesses variant entre 0,20 et 0,30 m/s. Intéressant les masses d'eau sur toute leur hauteur, il est fortement influencé par la forme du lit océanique, dont il gouverne en partie les processus morphologiques et sédimentologiques.

Cet affrontement de masses d'eau diversifiées a pour conséquence leur grande fécondité, due essentiellement à leur richesse en gaz dissous et à l'abondance des composés azotés. La vie se cantonne dans les couches superficielles, où le développement vital connaît un très court épanouissement estival, suivi d'une longue léthargie hivernale. La chaîne alimentaire (microfaune-copépodes-crustacés) assure la subsistance d'un nombre considérable de poissons et d'animaux amphibies, dont les plus volumineux (phoques, baleines), traqués et massacrés depuis deux siècles, ont dû chercher refuge vers des eaux que la banquise rend difficilement accessibles à l'homme.

1.3. Le continent et les fonds marins

Sous la glace et les eaux, le substratum géologique (qui n'apparaît que sur un étroit liséré littoral ou au sommet de quelques hauts-fonds) est encore mal connu dans sa nature et dans ses formes. Toutefois, les méthodes modernes de détection géophysique permettent d'en silhouetter les grands traits, à partir d'une distinction fondamentale entre une masse continentale centrale et des cuvettes marines périphériques.

L'Antarctique

Elle comprend deux parties géologiquement contrastées, séparées par un grand accident qui la traverse en écharpe.

L'Antarctique orientale

L'Antarctique orientale, massif de forme oblongue, est un vieux boucher, ancien édifice plissé (en deux phases, l'une précambrienne, qui a donné le noyau, l'autre calédonienne, responsable de la formation des bordures), ultérieurement mué en socle par le métamorphisme des roches sédimentaires. Gneiss et micaschistes y dominent, traversés par quelques rares pointements granitiques, comme dans les monts de Sør-Rondane. Tronqué par l'érosion, ce massif ancien a été recouvert par une série puissante (1 à 2 km), continentale (grès, grauwackes et schistes, avec des tillites témoignant d'une intense glaciation carbonifère), interstratifiée de sills, de dolérite et de basalte : ce sont les grès de Beacon, dont l'âge s'étage du Dévonien au Jurassique. Sismiquement stable (épaisseur de la croûte : 40 km en moyenne ; maximum : 48 au pôle d'inaccessibilité), le socle n'a connu qu'un rare volcanisme (en dehors du mont de Gauss) et des déformations postdévoniennes cassantes strictement localisées : dans les reliefs périphériques, encore enfouis sous la glace, séparés par des dépressions creusées sous l'actuel niveau de la mer (bassin de Wilkes, bassin polaire) et dans les montagnes transarctiques (de la mer de Weddell au cap Adare), dont les points les plus élevés émergent de la glace et sont modelés en reliefs tabulaires de plus de 4 000 m. Par sa structure et ses formes, le bouclier oriental évoque les autres socles de l'hémisphère austral.

L'Antarctique occidentale

L'Antarctique occidentale, plus petite, appartient par contre au domaine alpin.

Sa forme est en arc, dont la pointe (péninsule Antarctique) se prolonge dans les archipels de la mer de la Scotia (archipels des Shetland du Sud, Orcades du Sud, Sandwich du Sud, Géorgie du Sud) et par-delà le passage de Drake, dans la cordillère des Andes. Un tiers seulement est situé au-dessus de la mer, formant un archipel lâche, dont les points les plus hauts sont formés de pics aigus dans la péninsule Antarctique et les monts Sentinelles.

Son matériel est plus récent, plus épais (plusieurs milliers de mètres, 10 000 en Géorgie du Sud), où prédominent les dépôts marins (grès et schistes) accumulés au pied du socle oriental, et complétés par d'imposantes venues éruptives.

L'importance et le style des déformations ont joué depuis la fin du Crétacé (mouvements dits « laramiens », accompagnés d'intrusions et de métamorphisme) jusqu'aujourd'hui, sous la forme de plissements, de failles ou de décrochements. L'ampleur de cette tectonique est attestée par la formation d'une fosse sous-marine profonde au pied de l'arc insulaire de la Scotia.

Les effusions volcaniques ont joué un grand rôle et on peut suivre leurs manifestations depuis la Terre de Feu jusqu'à l'île de Ross : l'île de la Déception est un volcan parfois menaçant, dont l'ancien cratère a été envahi par la mer ; toute la bordure sud-pacifique est d'origine volcanique, notamment les monts Rockefeller, du Comité-Exécutif, Crary, Kohler (dont le point culminant, le mont Sidrey, 4 160 m, est un volcan endormi). C'est donc dans l'Antarctique que vient se boucler la « ceinture de feu » du Pacifique.

Son instabilité est attestée par une forte séismicité liée à l'amincissement de l'écorce (30 km).

La bordure précontinentale étroite oppose une plate-forme originale par sa profondeur (500 m en moyenne pour le rebord), son relief énergique (creusé par un fossé médian concentrique), à une pente fortement déclive, où les canons sont rares du fait même de la profondeur. L'irrégularité de la topographie s'explique moins par le labourage des glaces, qui semblent avoir débordé assez loin au Pléistocène (ou même avant), que par la densité des disjonctions, fréquentes dans un domaine de transition avec les structures océaniques : elles ont pu rejouer lors de la formation et des retraits de la masse glaciaire.

Les cuvettes océaniques

Les parties les plus profondes de l'océan Antarctique sont séparées par des seuils, ou dorsales, dont on a récemment reconnu l'activité et aussi la continuité avec les formes similaires des autres océans. La dorsale atlantico-indienne se rapproche du continent jusqu'à l'île Bouvet, puis remonte vers le nord dans l'océan Indien, où elle revêt la forme d'un « Y » renversé, dont la branche orientale (île Amsterdam, île Saint-Paul) se prolonge, sous le nom de dorsale indo-antarctique, jusqu'au sud de la Nouvelle-Zélande. On note encore les dorsales pacifico-antarctique, puis est-pacifique (dite parfois « de l'île de Pâques »), dont se détache un rameau, ou dorsale sud-chilienne, greffé sur l'Amérique du Sud. Sur tout ou partie de leur parcours, ces dorsales sont entaillées par un fossé central, bordées par des anomalies magnétiques disposées parallèlement à leur axe, et secouées par une notable activité séismique.

La présence d'îles et de hauts-fonds (bancs Maud, Banzare, du Discovery, du Meteor, etc.), qui sont des chicots de volcans épars ou groupés, parfois tronqués en guyots, atteste l'importance des épanchements volcaniques sous-marins. La disposition rubanée des anomalies magnétiques et l'activité tectonique témoignent de leur élaboration par des montées de matériaux venus du manteau dans la zone médiane, et repoussés de part et d'autre d'elle par des venues successives plus récentes. Les lignes de crêtes sont hachées par de grands décrochements (ou failles de transformation), qui semblent contemporains de l'édification des dorsales. On ne sait pas encore si le plateau aséismique portant les îles Kerguelen et Heard est un tronçon de dorsale ou un lambeau continental curieusement isolé.

De part et d'autre des seuils s'étendent des bassins océaniques comprenant : des collines abyssales, dont le désordre topographique est expliqué par l'importance des fractures ; à proximité des continents, des parties planes ou plaines abyssales (de Weddell, Enderby, Wilkes et de Bellingshausen), dont la régularité topographique est due à l'épaisseur et à l'ancienneté de dépôts non perturbés, puisqu'ils sont éloignés de l'axe des dorsales.

L'Antarctique est considérée comme un moignon d'un continent plus vaste, dont les morceaux ont été écartelés par la création progressive de la croûte océanique responsable de l'expansion du fond marin.

La dérive des continents est à l'origine d'un isolement encore renforcé par l'hostilité climatique : il explique l'endémisme des flores et des faunes comme la quasi-inexistence de peuplement humain sédentaire, en dehors des quelques établissements de pêcheurs, d'éleveurs et de scientifiques. Mais en raison de ces mêmes particularités et des intérêts politiques qu'elles ont éveillés, les régions antarctiques bénéficient de conditions diplomatiques privilégiées, qui leur permettront de devenir le plus grand laboratoire du monde.

1.4. Faune et flore

La plupart des êtres vivant sur l'Antarctique ou à sa périphérie tirent leur subsistance de la mer, car le continent, couvert de glace, est stérile. La flore y est essentiellement représentée par plusieurs dizaines d'espèces de lichens et de mousses, ainsi que de phytoplancton, présent dans certains lacs d'eau douce. Les insectes sont les principaux animaux répertoriés. En revanche, la faune marine est plus riche. Des phénomènes de remontée d'eaux profondes riches en sels nutritifs se produisent dans certaines régions. Le krill, population de petits crustacés marins qui consomment divers végétaux minuscules, devient à son tour une importante source alimentaire pour de nombreuses autres espèces. Les araignées de mer et les céphalopodes, comme le calmar et la pieuvre, sont relativement abondants dans la zone polaire australe.

Les oiseaux antarctiques sont les manchots, les albatros, les cormorans, les mouettes, les sternes et les pétrels. Sept espèces de manchots sont rassemblées dans la zone des banquises, en colonies pouvant dépasser le million d'individus : le manchot Adélie, qui niche dans les régions libres de glace, le manchot empereur, le manchot gentoo, le manchot à jugulaire et le manchot royal. Les mammifères marins sont représentés en Antarctique par les cétacés, les phoques − qui sont protégés par une convention datant de 1980 − et les otaries. Quatre espèces de mysticètes – la baleine bleue ou rorqual bleu, le rorqual commun, le rorqual de Rudolphi et le mégaptère ou baleine à bosse – habitent les eaux antarctiques en permanence. Cachalots, orques et épaulards se trouvent également en nombre important.

On rencontre sur la banquise les quatre espèces de phoques : le phoque crabier (près de 20 millions d'individus), le phoque de Weddell, le léopard de mer et le phoque de Ross.

2. Les zones antarctiques

2.1. La calotte antarctique

Le dôme central

Dans les parties les plus hautes de l'Antarctique orientale, délimitées par la courbe de 3 000 m et l'isotherme de – 40 °C, la quasi-permanence de l'anticyclone fait régner le froid le plus rigoureux (hiver : – 70 °C ; été : – 30 °C ; température moyenne annuelle : – 49 °C au pôle Sud, – 58 °C à Vostok et au pôle d'inaccessibilité). Mais il s'agit d'un froid que la fréquence des types de temps calmes rend supportable. L'atmosphère y est d'une surprenante sonorité et d'une incomparable transparence, à cause de la faible humidité de l'air et de la rareté des hydrométéores. Les précipitations (de 20 à 60 mm par an) ne sont dues qu'au givre et à la condensation de l'humidité atmosphérique, par suite de la faible fréquence des perturbations et des systèmes nuageux. L'indigence des apports neigeux explique que la transformation en glace ne se réalise qu'à 100 m de profondeur, et encore faut-il dix siècles au pôle Sud (peut-être vingt au pôle d'inaccessibilité) pour qu'une telle mutation se réalise. La masse glaciaire ne s'écoule que très lentement, à la vitesse de quelques mètres par an.

Sur la pente de l'inlandsis (entre 3 000 et 1 200 m), les paysages progressivement se modifient. La topographie glaciaire devient irrégulière et se résout en dômes, parfois séparés, comme ceux de la péninsule Antarctique, laissant apparaître des cuvettes, où la blancheur du manteau nival est déchirée et laisse affleurer des pointements rocheux élevés, dressés à la façon de navires échoués. La neige ne parvient plus à les recouvrir en raison de la force des vents, de la raideur des pentes et de la plus grande absorption thermique de la roche nue. C'est pourquoi certaines régions montagneuses sont occupées par de petits glaciers de type alpin sans rapport avec l'inlandsis. Sous l'effet de la déclivité d'ensemble, les vents catabatiques acquièrent sur cette couronne leur plus extrême violence ; de plus, l'anticyclone peut céder la place à une dépression établie entre le pôle et la mer de Ross, dont le fort gradient barométrique favorise le passage d'un courant-jet et la pénétration des temps perturbés. Ceux-ci permettent un afflux d'air océanique, qui apporte un adoucissement des températures (été : – 20 à – 25 °C ; hiver : – 40 °C) et une augmentation des précipitations (200 à 300 mm par an). Les blizzards, si fréquents qu'ils constituent le trait climatique dominant, transportent la neige, la transforment en croûte ou l'accumulent en « zastrouguis », congères disposés en grandes vagues irrégulières, hautes de quelques décimètres et ordonnées dans le sens du vent. L'absence de fusion, encore interdite par l'altitude et le froid, et l'accumulation neigeuse favorisent le tassement et la formation d'une glace dont la progression est plus sensible (quelques siècles suffisent pour passer de la neige à la glace bulleuse), pouvant atteindre et dépasser 10 m par an (17 m à 200 km au sud de Mirny).

La marge littorale

L'inlandsis s'écoule vers les rivages en bras individualisés (glacier Lambert, le plus important) ou isolés entre les parois rocheuses des fjords (glacier de Beardmore), au pied de montagnes (glacier de Wilson) ou sur des îles (île Drygalski). Nombre de ces effluents atteignent la mer, où ils donnent naissance à des icebergs ou à des plates-formes. Mais certaines régions côtières demeurent déneigées en permanence ; c'est le cas : des secteurs de côtes basses, faites de larges baies précédées d'un pointillé d'îlots (comme la terre Adélie), aux roches lustrées, ornées de rares moraines et d'étroites plages ; des vallées sans glaces (dites « oasis »), au profil caractéristique en U glaciaire, comme celles situées dans la région de McMurdo, qui sont les plus typiques (les parois abruptes, modelées par le gel, fournissent des débris, qui s'accumulent dans les fonds, où subsistent des lacs d'eau douce ou salée).

Le manteau glaciaire est important, car la région appartient à la zone d'alimentation de l'inlandsis : aux précipitations fortes (550 mm sur la côte de la mer de Bellingshausen) s'ajoutent les neiges de vannage apportées par les « vents blancs », qui soufflent de l'intérieur. En outre, les températures y sont moins rigoureuses sous l'effet des effluves océaniques et des vents catabatiques encore violents, mais qui sont réchauffés par un effet de fœhn. Comme la température du mois le plus chaud atteint 0 °C, la fusion est possible, permettant une recristallisation en profondeur de l'eau infiltrée. Quelques décennies suffisent pour faire de la glace, à écoulement rapide de quelques dizaines (glacier de la Zélée : 30 m) à quelques centaines de mètres par an (glacier de Beardmore : 500 à 600 m ; glacier Denmann : 1 200 m). L'abondance des crevasses, comme celles établies au passage des défilés ou au contact des plates-formes flottantes (ou de la banquise), qui sont des butoirs contre lesquels viennent s'édifier des crêtes de pression, des chevauchements de blocs de glace ou de moraines, en apporte un spectaculaire témoignage. L'expédition Scott, qui emprunta le lit du glacier de Beardmore, n'y progressa qu'au prix des pires difficultés.

Les secteurs déneigés sont ceux où l'alimentation est nulle ou déficitaire sous l'effet des vents qui en balaient la neige, de l'activité du rayonnement solaire, qui traverse aisément un manteau nival trop mince, ou de l'apport de poussières et de sable qui, absorbant mieux les radiations, favorisent la fusion ; localement peut intervenir le degré géothermique, comme dans la région de McMurdo. En général, c'est la roche nue qui affleure, car les dépôts proglaciaires sont minces et peu étendus en raison de la lenteur (ou de l'inefficacité) de l'érosion glaciaire ; les matériaux transportés à la base des glaces sont exportés en mer par les icebergs. En hiver, les régions les plus proches de la mer sont encombrées d'un chaos de glaces formant la banquette côtière, dont l'origine est complexe (gel des embruns, résidus de glaces de mer, accumulation de congères) et qui est fréquemment fracturée sous la poussée de la banquise. En été, la fusion et le décollement opéré par la marée permettent son morcellement en petits blocs, qui vont s'agglutiner à la banquise du large. Bloquée en hiver, faiblement battue par une houle amortie par les glaçons, la côte ne subit qu'une faible érosion, qui ne laisse que des dépôts peu usés et rares. Les falaises vives sont très localisées, et seules les plages sont décorées de formes particulières, comme des dépressions circulaires dues à la fusion de chicots de glace, ou de crêtes formées par la pression latérale de la banquise.

Faune et flore

Sur cet ourlet étroit vient se réfugier une vie appauvrie par la brièveté de la période végétative et la forte évaporation, qui ne tolèrent qu'une maigre végétation de lichens – on en distingue plus de 400 espèces –, d'algues et de mousses, dont les touffes, parfois réfugiées dans les anfractuosités, sont trop éparses pour former le tapis de la toundra. Seulement deux familles de phanérogames sont connues : les caryophyllacées (2 espèces) et les graminacées (3 espèces). On ne trouve de plantes à racines que sur les îles de la péninsule Antarctique. Pas d'animaux terrestres, sauf de minuscules insectes. Les collectivités animales d'une certaine densité n'y font qu'une fugace apparition saisonnière, profitant, comme les manchots empereurs, de la renaissance du plancton littoral ; l'hiver revenu, ces peuplements nomades prennent place sur un glaçon qui les emmène vers les confins plus hospitaliers de la banquise. Pareillement, le benthos est rare sur les étages infralittoraux, trop raclés par les glaces. Au point de vue humain, les littoraux font figure de régions privilégiées, ce sont des sites favorables à l'installation de bases scientifiques et aériennes.

Les plates-formes flottantes

En plusieurs secteurs, la glace continentale s'écoule au-delà de la limite du continent et s'avance en flottant sur la mer. Parfois, ce sont d'étroites passerelles (celles prolongeant les glaciers de Mertz et Ninnis, terre Adélie), qui se terminent en spatule crevassée. D'autres fois, ce sont de larges promontoires, comme les plates-formes d'Amery et de Shackleton. Mais les plus importantes sont des plateaux occupant les encoignures des mers de Ross (plus grande que la France) et de Weddell (plates-formes de Filchner et de Larsen).

La glace colonisatrice s'incline vers le large en s'amincissant (l'épaisseur moyenne n'excède pas quelques centaines de mètres à l'amont, quelques dizaines à l'aval) et en prenant appui sur des îles et des hauts-fonds. La surface est une plaine neigeuse, aux crevasses rares, peuplée de quelques surélévations ou ondulations hautes de 5 à 20 m ; à 10 m sous la surface apparaît le névé, puis à 50 m la glace. Elle se termine sur la mer par une falaise (dite « barrière »), dont se détachent des blocs volumineux, et où se lit aisément la stratification originelle de la neige : par sa hauteur (20 à 50 m) et sa régularité, qui ont toujours frappé les navigateurs, elle constitue une muraille infranchissable.

La plate-forme est animée d'un triple mouvement : une oscillation due à la marée, exprimée par une crevasse qui la sépare du continent ou des points d'appui ; une progression sur la mer (de plusieurs centaines de mètres par an), surtout visible en été (en hiver, elle est contenue par la banquise, qui la contraint à se déformer) ; une dérive enfin sous l'emprise des courants littoraux, comme en mer de Weddell, où les plates-formes glissent vers l'ouest et provoquent une congestion des glaces contre la péninsule Antarctique.

Les plates-formes connaissent une double alimentation : atmosphérique (neige et fixation de l'humidité des brouillards) et océanique (accrétion par congélation de l'eau de mer). Mais leur bilan de masse est négatif : dans le cas de la plate-forme de Ross, qui ne recule plus comme entre 1841 et 1902, le gain superficiel (126 km3) et latéral (100 km2) est largement compensé par la fusion sous-marine et le vêlage, de telle façon que le déficit annuel s'élève à 60 km3. Aussi les plates-formes s'étalent-elles tout en s'amincissant.

2.2. La banquise antarctique

La banquise permanente (ou interne)

Tout le continent antarctique est ceinturé par de la glace de mer difficilement pénétrable. En hiver, elle forme un revêtement continu, sorte de conglomérat de glace jeune, soudant de vieux morceaux de banquise déformés par les compressions à des icebergs labourés par l'érosion, parfois échoués. En été, une fusion partielle, favorisée par la marée et les courants, contribue à la dissocier en plaques, ou floes, qui ménagent contre la côte (ou les plates-formes) un étroit couloir d'eau libre. L'ensemble se ressoude en hiver, en commençant par les régions abritées les plus proches de la côte.

Le déplacement vers l'ouest de la banquise interne fut prouvé par les dérives de nombreux navires qu'elle emprisonna (le Deutschland en 1912 ; l'Aurora, du détroit de McMurdo aux îles Balleny, en 1915). Il varie en vitesse (de 0,15 à 0,75 km/h) et en direction selon la force des vents et courants locaux et le dessin des découpures du continent. En mer de Weddell, les glaces dessinent une rotation jusqu'à la pointe de la péninsule Antarctique, où, reprises par le courant d'ouest, elles s'avancent en une pointe qui tend à isoler les accès orientaux de cette mer.

Faite d'éléments offrant une résistance différente aux vents et courants, la surface de la banquise est cassée de nombreuses discontinuités, qui permettent aux glaces de se comprimer et de s'accumuler, comme sur la façade occidentale de la mer de Weddell, où la pression considérable écrasa nombre de navires, comme l'Antarctica ou l'Endurance.

En été, la fusion, quoique limitée, et l'afflux d'eau douce continentale aboutissent à la création d'une eau littorale diluée (32,4 à 34 ‰ en mer d'Amundsen) et réchauffée. Mais, en hiver, le tarissement de cet apport et la ségrégation des sels, consécutive à la restauration de la banquise, provoquent une substantielle augmentation de la salinité (plus de 34,7 ‰), tant en surface que sur le fond, signalée en mer de Ross, sur la plate-forme de la terre Adélie, mais principalement en mer de Weddell, où l'eau se trouve parfois confinée dans de petites dépressions. Comme sa densité l'entraîne à dévaler la pente, elle est la source du renouvellement des eaux profondes, et joue ainsi un rôle hydrologique mondial.

Sur les fonds récemment dégagés par l'inlandsis, les dépôts actuellement apportés par les glaces varient régionalement et ne voilent qu'imparfaitement l'irrégularité des formes. La sédimentation est essentiellement siliceuse, car le calcaire est facilement dissous par les eaux froides du fond (les coquilles restent toujours minces et flexibles). Les fractions les plus fines sont aisément exportées par les courants de densité.

La banquise saisonnière (ou externe)

Dans la grande auréole s'étendant jusqu'à 60° sud en moyenne, la banquise est fréquente en hiver sous la forme d'un pack discontinu et dérivant ; mais elle devient rare, voire absente, en été, et surtout en automne. L'importance de ces variations exprime l'adoucissement des températures estivales, illustré par l'exhaussement de la ligne de névé, qui est reportée à plusieurs centaines de mètres : les îles ne sont couvertes que par des calottes glaciaires. Dense ou éparpillée, la banquise n'est pas faite de floes immenses comme dans l'Arctique, mais d'éléments petits et peu épais, poussés vers l'est et le nord-est, ou dansant au gré des houles. Les vents peuvent les chasser les uns contre les autres, sans toutefois provoquer de trop dangereux serrages. La banquise externe est aisément navigable en toutes saisons. L'eau froide et faiblement salée qui la transporte provient du mélange de l'eau côtière avec des montées de l'eau sous-jacente, que l'on reconnaît à partir de 200 m de profondeur à sa salinité et à sa température. Son ascendance peut donner lieu à des divergences temporaires (divergence antarctique) ou permanentes (divergence intermédiaire, de Bouvet), où l'intensité du mouvement semble en relation avec la fréquence des passages cycloniques.

Faune et flore

À ces montées de l'eau sous-jacente se trouve associé un enrichissement en phosphates, qui est, avec l'illumination, l'agent essentiel du prodigieux développement planctonique de l'été. Ces eaux sont alors les plus productives de tout l'Antarctique, teintées de jaune par la masse des diatomées, qui sont ici particulièrement abondantes, trouvant dans les silicates les éléments nécessaires à l'édification de leur squelette. Aussi, sur le fond, les sédiments glaciaires, de plus en plus mal alimentés, sont-ils progressivement supplantés par le dépôt des coques siliceuses de ces algues, dont l'accumulation (à une vitesse variant entre 5 et 200 mm par millénaire) donne une boue d'un jaune crémeux. Enfin, on trouve en troupes nombreuses les poissons et les manchots migrateurs, qui prennent ici leurs quartiers d'hiver.

Les insectes sont les principaux animaux répertoriés. En revanche, la faune marine est plus riche. Des phénomènes d'« upwelling » (remontée d'eaux profondes riches en sels nutritifs) se produisent dans certaines régions. Des petits crabes du genre Euphausia (ou krill), qui consomment divers végétaux minuscules, deviennent à son tour une importante source alimentaire pour de nombreuses autres espèces. Les araignées de mer et les céphalopodes, comme le calmar et la pieuvre, sont relativement abondants dans la zone polaire australe.

Les oiseaux antarctiques sont les manchots, les albatros, les cormorans, les mouettes, les sternes et les pétrels. Sept espèces de manchots sont rassemblées dans la zone des banquises, en colonies pouvant dépasser le million d'individus : le manchot Adélie, qui niche dans les régions libres de glace, le manchot empereur, le manchot « gentoo », le manchot à jugulaire et le manchot royal. Les mammifères marins sont représentés en Antarctique par les cétacés, les phoques – qui sont protégés par une convention datant de 1980 – et les otaries. Quatre espèces de mysticètes – la baleine bleue ou rorqual bleu, Balenoptera musculus, qui est le plus grand mammifère connu, le rorqual commun, le rorqual de Rudolphi et le mégaptère ou baleine à bosse – habitent les eaux antarctiques en permanence. Cachalots, orques et épaulards se trouvent également en nombre important. Le voisinage des îles est fréquenté par de grands troupeaux d'animaux amphibies : morses, otaries, éléphants de mer et les quatre espèces de phoques : le phoque crabier (près de 20 millions d'individus), le phoque de Weddell, le léopard de mer et le phoque de Ross, qui passent l'hiver dans les déchirures de la banquise et l'été sur les grèves. Mais ils sont la proie des grands carnassiers, comme les léopards des mers ou les épaulards.

C'est sur les îles isolées par la banquise que les baleiniers et les phoquiers installèrent jadis des bases pour le dépeçage et le traitement des gros cétacés, qui ont fait l'objet de véritables hécatombes. Certaines installations n'eurent qu'une durée éphémère, surtout à la suite de la raréfaction des proies ; quelques stations ont été aménagées, comme sur les îles Balleny, et surtout en Géorgie du Sud, qui fournit les deux tiers de la production mondiale d'huile de baleine et où se regroupent à Grytviken, le chef-lieu, les flottes baleinières de toutes les nationalités.

2.3. La ceinture subantarctique

Au-delà de la limite moyenne de la banquise, les eaux de l'océan Antarctique sont moins froides, surtout lorsque est franchi le front antarctique, où l'on enregistre une augmentation subite de 5 à 6 °C sur une distance d'un degré de latitude. Les floes deviennent exceptionnels, sauf pendant les hivers les plus rigoureux, mais les icebergs sont rois. Ils sont particulièrement abondants au sud du front, où Shackleton décrivit une « véritable Venise de glaces ». Au-delà, ils sont exceptionnels et, livrés à l'assaut des vagues énormes et des courants tièdes, ils sont creusés de grottes, de portiques, transformés en une architecture aussi bizarre que fragile : ils se cassent, se désagrègent et sont la proie de chavirements successifs et dangereux. Ce ne sont plus d'altières montagnes tabulaires et miroitantes, mais des chicots informes qui n'apparaissent qu'à certaines années comme apportés par de subites débâcles ; ils n'atteignent jamais le front subtropical.

Ils dérivent, portés par le grand mouvement circumpolaire d'ouest, dont l'ampleur et la régularité sont exemplaires, et qui entraîne les eaux antarctiques et subantarctiques à la vitesse moyenne de 1 km/h. Au sud du cap Horn, cette dérive devient un véritable courant dépassant plusieurs kilomètres à l'heure. Aussi l'influence du fond est-elle déterminante sur la formation de grandes sinuosités bouclées, comme le courant des Falkland ou le tourbillon Bounty-Campbell. Si le front subtropical, très sinueux, varie fortement en latitude selon les saisons, le front antarctique présente une remarquable stabilité géographique, fait qui tendrait à prouver qu'il n'est pas seulement conditionné par le champ isobarique, mais également par la topographie du fond, puisqu'il s'avance vers le nord sur les dorsales, mais glisse vers le sud au-dessus des cuvettes. Il n'en demeure pas moins que cette sédentarité fait du front antarctique une très nette frontière biogéographique, où disparaissent les eaux froides, peu salées, riches en oxygène, en silicates et en diatomées ; au-delà, les eaux plus tièdes sont moins riches, et peuplées par des organismes planctoniques à tests calcaires prédominants. Ce passage s'exprime directement par un changement dans la nature de l'épais revêtement sédimentaire qui ennoie les reliefs les plus irréguliers : aux boues à diatomées succèdent les dépôts calcaires blanchâtres, où dominent les globigérines. Ce n'est que dans les cuvettes les plus déprimées que les tests calcaires ont donné lieu à la formation caractéristique des boues rouges. En plus de la profondeur, donc de la pression, une telle dissolution peut s'expliquer par l'écoulement vers le nord de l'eau antarctique de fond, qui a un grand pouvoir solvant. Divers carottages (tels ceux réalisés dans les parages des îles Crozet) ont révélé la présence de boues à diatomées sous l'actuel dépôt de globigérines : le front antarctique a donc occupé une position plus boréale lors d'un maximum glaciaire, accompagnée d'une expansion de l'eau de fond, comme en témoigne la présence d'argile rouge sous les boues calcaires.

Le circuit circumpolaire puise son énergie dans les « grands frais d'ouest », qui soufflent avec constance dans la rainure de basses pressions, où les dépressions atmosphériques se succèdent avec une force rare, et à une cadence estimée à 10 ou 15 par mois dans les alentours des îles Kerguelen, quelle que soit la saison. Les vents, qui travaillent sur une mer sans obstacle, y soulèvent les plus fortes vagues du monde, qui atteignent couramment 6 à 7 m, et dépassent 12 à 13 m lors des tempêtes : au cours de sa première croisière antarctique, l'Ob a enregistré, le 22 avril 1956, une vague monstrueuse de 24,9 m.

De telles lames peuvent faire danser les flottilles d'icebergs, qui s'agitent dangereusement, comme « enivrées de légèreté » (Byrd). Les vagues ont également une action efficace sur le relief et la sédimentation des seuils les moins profonds et des parages insulaires : sur les côtes exposées se dressent des falaises abruptes et élevées, alors que les rivages sous le vent ont des versants marins plus adoucis, offrant un abri par leur climat moins éprouvant. La ceinture des vents violents, qui subit une ample oscillation saisonnière sur plus de 10° de latitude, peut agir directement sur la dynamique des courants. Lorsqu'elle est reportée très au sud, le mouvement de divergence qui affecte les eaux antarctiques provoque leur refroidissement accru et leur descente le long du front antarctique, qui fonctionne alors comme une convergence ; si les tempêtes travaillent plus au nord, le front peut s'estomper et être affecté d'une divergence, et en conséquence le front subtropical est le mieux marqué.

L'air antarctique passant sur des eaux plus chaudes devient instable et se charge d'humidité : la pluie et la neige sont fréquentes (250 à 300 jours de précipitations par an) et abondantes surtout dans les îles (1 000 mm à Amsterdam), apportées par des grains violents engendrés par de brutales advections d'air glacial. Le tapis neigeux est encore important sur les îles les plus exposées, comme sur Heard et l'île Bouvet, couvertes par des calottes glaciaires, et sur une partie des îles Kerguelen, où un petit glacier descend jusqu'à la mer. Partout, l'ennuagement est constant et encapuchonne le sommet des îles de plus de 500 m, singulièrement au voisinage du front antarctique, où la déperdition thermique se manifeste sous la forme de brouillards opaques et persistants. En dépit de la régularité du régime des températures (aux Kerguelen, la température moyenne annuelle est de 4 °C), le climat est âpre et inhospitalier. Sur les îles minuscules et perdues dans les brumes, les versants sont voués à la solifluxion et aux sols chétifs. Le froid n'est certes pas cruel, mais l'été est trop frais et l'évaporation trop forte pour permettre un cycle végétatif autre que celui des plantes basses, de phanérogames qui adoptent des formes de buissons ou de coussins ; les arbres n'existent que sur Auckland, Campbell, Amsterdam et Tristan da Cunha, déjà aux frontières de l'océan Antarctique. Toutes les formes vitales témoignent d'un endémisme accusé : parmi les plantes typiques, il faut signaler le chou des Kerguelen et l'Acœna insularis, arbuste rampant, dont les tiges ligneuses enfouies forment des broussailles basses.

Parmi les collectivités animales prédominent les oiseaux de mer, qui, dégagés de la menace des grands carnassiers, trouvent dans les parties abritées des îles des sites favorables à la ponte ; certains volent (albatros, pétrels et cormorans), mais les plus caractéristiques nagent comme les manchots – qu'ils soient sédentaires (du genre Aptenodytes) ou migrateurs (du genre Eudytes) –, groupés en rookeries nauséabondes de plusieurs centaines de milliers d'hôtes. Les baleines et les éléphants de mer ont fui ces parages, où ils furent atrocement chassés.

Aussi les rares tentatives de colonisation (Kerguelen, Campbell) ont-elles échoué ; plus que l'hostilité du milieu, les grands responsables sont l'éloignement et l'isolement par rapport aux grands foyers de peuplement et aux circuits commerciaux qui les unissent. Seuls les navires océanographiques sont venus, de loin en loin, troubler la quiétude venteuse de ces îles, où plus récemment quelques stations météorologiques ont été installées. Deux petites collectivités humaines subsistent cependant aux Malouines et à Tristan da Cunha, où elles se livrent à l'élevage (moutons) et à la pêche (crustacés surtout), organisée scientifiquement par quelques grandes firmes sud-africaines.

Avant d'atteindre 40° sud, c'est à une multitude de signes, comme l'apaisement des vents et des houles, le tiédissement de l'air et de l'eau, l'évanouissement des icebergs, le bleu d'un ciel lavé de ses nuages et d'une mer au plancton déjà tropical, et à l'apparition des premiers navires des lignes régulières et des superpétroliers que l'on reconnaît avoir enfin quitté le monde inhumain de l'Antarctique…

3. L'exploration de l'Antarctique

Les dates clés de la découverte et de l'exploration de l'Antarctique

DATES CLÉS DE LA DÉCOUVERTE ET DE L'EXPLORATION DE L'ANTARCTIQUE



1774 : l'Anglais James Cook atteint la banquise au-delà de 71° de latitude Sud.

1821 : le continent est aperçu par l'Américain Nathaniel Palmer. Au service du tsar Alexandre Ier, le Balte Fabian Gottlieb von Bellingshausen reconnaît les îles Alexandre-Ier et Pierre-Ier.

1840 : le Français Jules Dumont d'Urville découvre la terre Adélie.

1841 : l'Anglais James Clark Ross découvre la terre Victoria et les volcans Erebus et Terror.

1894 : le Norvégien Carsten Egeberg Borchgrevink effectue le premier débarquement sur le continent même.

1897-1899 : premier hivernage accompli par le Belge Adrien de Gerlache de Gomery, avec le Norvégien Roald Amundsen.

1901-1903 : expédition du Suédois Otto Nordenskjöld. Expédition de l'Allemand Erich von Drygalski.

1901-1904 : expédition de l'Anglais Robert Falcon Scott.

1903-1905, 1908-1909, 1909-1910 : expéditions du Français Jean Charcot.

1908-1909 : l'Irlandais Ernest Henry Shackleton parvient à 150 km du pôle.

1911 : le Norvégien Roald Amundsen atteint le pôle Sud.

1912 : l'Anglais Robert Falcon Scott atteint le pôle Sud, mais meurt d’épuisement au retour avec ses compagnons d’expédition.

1929 : survol du pôle Sud par l'Américain Richard Evelyn Byrd.

1957-1958 : première traversée terrestre de l'Antarctique (en passant par le pôle), réalisée par le Britannique Vivian Ernest Fuchs et le Néo-Zélandais Edmund Hillary.

1959 : traité de Washington, stipulant l’internationalisation de l’Antarctique, la liberté de recherche scientifique et l’interdiction de toute activité militaire sur le continent.

1966 : première ascension du mont Vinson, point culminant du continent (4 897 m), par l'Américain N. Clinch.

1989-1990 : première traversée du continent à la marche, réalisée notamment par le Français Jean-Louis Étienne.

L'Antarctique a constitué le dernier grand objectif des découvreurs, si l'on excepte la conquête des sommets de l'Himalaya, qui a plus apporté sur le plan de l'exploit sportif que sur celui de la connaissance du monde. Pourtant, l'existence d'un vaste continent entourant le pôle Sud avait été pressentie depuis l'Antiquité. À la Renaissance, les cartes et les mappemondes, en particulier celles d'Oronce Fine et d'Ortelius, mentionnaient une immense Terra australis incognita.

3.1. Les premiers découvreurs

Malgré ces intuitions des géographes de cabinet, les découvreurs ne s'approcheront que très tardivement du « continent blanc ». Pourtant, Amerigo Vespucci, dans son voyage de 1501-1502, descend jusqu'à 52° de latitude sud environ.

Les découvertes successives des îles subantarctiques persuaderont les marins de l'existence d'une vaste terre dans leurs parages, mais la position de ses côtes devra être reportée sans cesse plus au sud par les cartographes.

En 1598, le Hollandais Dirk Geeritz est entraîné par les tempêtes jusqu'à une île escarpée, qui appartient peut-être au groupe des Shetland du Sud. Mais, en fait, il faut attendre le xviiie s. pour que la découverte soit entamée volontairement. En 1738, Jean-Baptiste Charles Bouvet de Lozier est envoyé par la Compagnie française des Indes pour établir des comptoirs sur les terres inconnues que les légendes décrivent parfois comme un éden. Après une navigation difficile, il ne découvre qu'une petite île brumeuse, qu'il prendra pour un continent (la future île Bouvet). C'est pourtant d'aussi faibles indices qui permettent à Charles de Brosses d'écrire en 1756 : « Il n'est pas possible qu'il n'y ait pas dans une si vaste plage quelque immense continent de terre solide au sud de l'Asie, capable de tenir le globe en équilibre dans sa rotation. » Les recherches continuent donc. En 1772, Nicolas Thomas Marion-Dufresne et Crozet découvrent les îles qui portent leurs noms.

La même année, Yves Joseph de Kerguelen de Trémarec reçoit de Louis XV un ordre de mission : se diriger vers « le très grand continent […] qui doit occuper une partie du globe depuis les 45e degrés de latitude sud jusqu'aux environs du pôle ». L'officier breton ne découvre, en 1772, vers 60° de latitude, que les îles désolées auxquelles on a donné son nom, mais il pense lui aussi avoir atteint un continent probablement habité, qu'il dépeint sous des couleurs idylliques : « La France australe fournira de merveilleux spectacles physiques et moraux. » Un deuxième voyage lui montrera, hélas ! combien il est loin de la réalité.

3.2. La fin du mythe antarctique

C'est à James Cook qu'il reviendra de porter le coup le plus rude aux mythes de l'époque sur l'Antarctique, au cours de son deuxième voyage (1772-1775) : il franchit le cercle polaire une première fois puis, le 30 janvier 1774, atteint la latitude de 71° 10' et se heurte à des glaces infranchissables, la banquise antarctique, qu'il longe pendant des mois. Dans son journal, il écrit : « Le danger qu'on court à reconnaître une côte dans ces mers inconnues et glacées est si grand que j'ose dire que personne ne se hasardera à aller plus loin que moi et que les terres qui peuvent être au sud ne seront jamais reconnues. »

À la fin du xviiie s., les dépendances insulaires du continent, au S. de l'Atlantique, sont atteintes par des baleiniers, qui écument les mers antarctiques. Les Shetland du Sud sont découvertes en 1819. Partant de ces dernières, l'Anglais Edward Bransfield cartographie en 1820 l'extrémité nord de la péninsule Antarctique.

Au service du tsar Alexandre Ier, En 1821, le Russe Bellingshausen reconnaît les îles Alexandre-Ier et Pierre-Ier, à la base de la péninsule Antarctique, en 1821. À son retour, il rencontre l'Américain Nathaniel Brown Palmer, qui, sur un sloop de 45 tonneaux, a aperçu le premier le continent dans ce secteur : ce sont les montagnes de la terre de Graham (ou péninsule Antarctique ou péninsule de Palmer), qui se projette vers la Terre de Feu. La déception est grande pour le Russe, qui a été précédé de peu. John Davis, capitaine du phoquier américain Huron, débarque en 1821 dans l'Hugues Bay. En 1823, l'Anglais James Weddell découvre la vaste mer qui porte son nom ; celle-ci, exceptionnellement dégagée des glaces cette année-là, se laisse pénétrer jusqu'à 74° 15' de latitude, ce qui constitue un nouveau record.

Les armateurs anglais Enderby patronnent ensuite plusieurs voyages importants : celui de John Biscoe (1831) leur permet de donner leur nom à un secteur déjà longé par Bellingshausen.

3.3. Les expéditions scientifiques du xixe siècle

À la suite des travaux de Gauss sur le magnétisme terrestre, et pour répondre aux demandes d'Alexander von Humboldt, les préoccupations purement scientifiques vont engendrer trois grandes expéditions officielles. En janvier 1840, au nom de Louis-Philippe, Dumont d'Urville, à bord de l'Astrolabe et de la Zélée, prend possession de la terre Adélie, depuis une île côtière. Le Français est suivi, dans ce secteur, par l'Américain Charles Wilkes : parti en 1838 avec cinq navires, ce dernier longera ensuite la partie orientale de l'Antarctique, qui regardent l'océan Indien sur 2 500 km, auquel son nom a été donné, effectuant des relèvements de première importance jusqu'en 1842. L'expédition anglaise (1840-1843), enfin, commandée par J. C. Ross, un vétéran de l'Arctique, découvre la terre Victoria et, surtout, longe la barrière de glace qui limite la mer à laquelle sera donné son nom. Ross aperçoit également les deux grands volcans qu'il baptise des noms de ses navires, l'Erebus et le Terror. Le botaniste Hooker fait partie de l'expédition.

Mais l'effort de découverte se ralentit, et ne porte guère que sur les îles subantarctiques ou, grâce à des baleiniers, sur les seuls abords de la banquise. L'exploration antarctique ne reprend vraiment qu'à la fin du siècle. En janvier 1895, les Norvégiens Kristensen et Borchgrevink effectuent le premier débarquement sur le continent même, au cap Adare, à l'extrémité de la terre Victoria. Désormais, la découverte va aller très vite. Le Belge Adrien de Gerlache effectue le premier hivernage dans l'Antarctique (1898), avec Amundsen, en vue de la terre Alexandre. Cette expédition de la Belgica permet de nombreuses observations océanographiques, et soulève aussi les problèmes physiologiques que doivent affronter les hommes pendant la longue nuit polaire, ceux du ravitaillement en premier lieu, l'abus des conserves entraînant une grave « anémie polaire ». Un nouvel hivernage est effectué par Borchgrevink, cette fois sur la terre ferme, près du cap Adare, qu'il connaît déjà. Au début de l'année 1900, une randonnée en traîneau lui permet d'atteindre la latitude de 78° 50'. C'est le début des « temps héroïques », qui voient des équipes d'explorateurs séjourner sur le continent à des fins scientifiques.

3.4. La coopération internationale

Pour la première fois, une coopération scientifique internationale va se développer dans ces régions, à la suite du Congrès géographique qui s'était tenu à Berlin (1899-1900) : les recherches de « l'année polaire » vont être concentrées, dans le temps, autour de l'hivernage de 1902.

L'Angleterre confie un magnifique navire, le Discovery, au commandant R. F. Scott. Au cours de l'hivernage, effectué dans les parages du volcan Erebus, Scott effectue un raid avec Shackleton sur la plate-forme de Ross et atteint 82° 17' de latitude. Après un nouvel hivernage (1903), il parvient, sur le plateau polaire, à 78° 50' de latitude. Avec le Gauss, les Allemands, dirigés par Erich von Drygalski, étudient l'autre face du continent, au sud-est des îles Kerguelen, et font des observations à l'aide d'un ballon captif au-dessus des régions auxquelles ils donnent le nom de Guillaume II.

Pour les Suédois, les recherches entreprises en bordure de la péninsule Antarctique sont dramatiques : après avoir débarqué Otto Nordenskjöld sur l'île Seymour, leur navire, l'Antarctic, est broyé par les glaces en 1903, et un hivernage de fortune doit être organisé. Tout le monde, heureusement, peut être sauvé l'année suivante par une canonnière argentine.

Les Français, enfin, apparaissent à la fin de cette période de recherches scientifiques avec l'expédition du docteur Jean Charcot sur le Français (1903-1905), construit grâce à une souscription qui recueillit 450 000 francs. Il explore une partie de la terre de Graham. L'hivernage est effectué devant l'île Wandel, sur la côte ouest de la péninsule Antarctique. De nouvelles campagnes sont effectuées en 1908-1909 et 1909-1910, à bord d'un nouveau navire, le célèbre Pourquoi-Pas ? , pour explorer la terre d'Alexandre-Ier. Louis Mangin participe à une expédition en 1915. D'importants travaux cartographiques font progresser la connaissance de ces régions, qui forment l'extrémité de l'Antarctique occidental. En 1908, T. W. E. David fait l'ascension du volcan Erebus (3 794 m) et rallie le pôle sud magnétique, à plus de 2 130 m d'altitude.

3.5. La course au pôle

La dernière phase de l'exploration sera marquée par la conquête du pôle, chapitre dramatique de l'histoire des découvertes.

En 1908, l'ancien lieutenant de Scott, l'Irlandais Ernest Henry Shackleton, part de l'extrémité orientale de la plate-forme de Ross et parvient jusqu'à de hautes montagnes : il y pénètre en suivant un gigantesque glacier (le glacier de Beardmore) et, à 3 000 m d'altitude, atteint un immense plateau ; il arrive alors à 150 km du pôle, par 88° 23' de latitude. Mais ses vivres sont presque épuisés, et il lui faut revenir avec ses trois compagnons. Pendant ce temps, d'autres membres de l'expédition britannique atteignent le pôle magnétique, situé alors à 72° 25' de latitude sud. Il ne fait pas de doute que tous les nouveaux enseignements accumulés sur les voies d'accès au pôle vont profiter aux Anglais, et que, très bientôt, c'est leur drapeau qui flottera le premier à l'extrémité inconnue de la Terre. De fait, une souscription nationale et une subvention officielle permettent à Scott d'organiser une nouvelle expédition en 1911. Un outsider, pourtant, va l'emporter : parti soi-disant pour effectuer une dérive dans l'Arctique, à partir du détroit de Béring, Amundsen, l'homme qui a ouvert le passage du Nord-Ouest, annonce, à son passage à Madère, le but réel de son expédition : le sud ; il n'a pas l'intention, après la victoire de Peary au nord, de se laisser souffler par Scott un exploit aussi glorieux que la conquête du pôle Antarctique. Son navire, le Fram, prêté par Nansen, double le cap Horn, longe la terre du Roi-Édouard-VII et va mouiller, le 13 janvier 1911, dans une large ouverture de la plate-forme de Ross, la baie des Baleines. À 4 km du rivage de glace, il monte sa maison, où il va hiverner avec sept compagnons, et établit ses magasins, pendant que Scott se prépare lui aussi à affronter l'hiver, au cap Evans. Jusqu'aux derniers jours de lumière, en avril, Amundsen reconnaît soigneusement la route du pôle sur près de 400 km, et, au cours de plusieurs raids, établit des dépôts de vivres successifs.

Il part le 20 octobre, avec quatre compagnons et quatre traîneaux tirés chacun par treize chiens ; la traversée de l'immense champ de glace peu accidenté que limite la barrière de Ross s'effectue sans grandes difficultés : plus de 1 700 km sont parcourus en moins d'un mois. Mais le voyage devient plus difficile à travers les montagnes qui limitent le haut plateau antarctique. La chaîne de la Reine-Maud est franchie en s'insinuant à travers elle par le grand glacier Axel Heiberg. D'autres obstacles sont contournés. Au pied de la chaîne des monts Dominion, c'est un terrible glacier, labouré d'innombrables crevasses et baptisé par Amundsen la « Salle de bal du Diable ». Il faudra seize étapes pour franchir les 320 km de la région montagneuse. Enfin, le 6 décembre, le point culminant du parcours est franchi, par plus de 3 200 m. Peu après, les plus grandes difficultés surmontées, le plateau est abordé. Le 14 décembre, à trois heures de l'après-midi, le pôle est enfin atteint, 34 jours avant le malheureux Scott. La conquête est marquée par un geste symbolique ; rendant hommage à ses compagnons, Amundsen les décrit ainsi : « Après avoir été à la peine, ils devaient être aujourd'hui à l'honneur. Saisissant tous les cinq la hampe, nous élevâmes le pavillon et, d'un seul coup, l'enfonçâmes dans la glace. »

Amundsen et ses compagnons restent trois jours sur le lieu de leur victoire, multiplient les observations, y abandonnent une tente surmontée du drapeau norvégien, et font des raids dans toutes les directions pour couper court à toutes contestations possibles quant à leur localisation du pôle : l'un d'eux, de toute façon, aura foulé la latitude 90°. Le retour, par le même itinéraire qu'à l'aller, s'effectue vite et sans grandes difficultés. Les dépôts de vivres sont retrouvés, et les explorateurs sont à leur base le 25 janvier 1912. En 97 jours, ils ont franchi 2 400 km. Le 30 janvier, le Fram quittait la baie des Baleines, et, le 8 mars, Amundsen pouvait télégraphier à son roi et au Daily Chronicle la nouvelle de son exploit.

Mais, pour Scott, c'est l'échec de la course, puis une mort affreuse : après un trajet très pénible, il n'atteint le pôle que le 18 janvier, pour trouver une tente laissée par Amundsen. Le retour est un martyre pour l'Anglais et ses quatre compagnons, qui meurent successivement d'épuisement et de froid.

Symbole de l'ouverture d'une ère moderne d'exploration qui se veut concertée, le pôle Sud sera baptisé « Amundsen-Scott ».

3.6. Les techniques du xxe siècle

De 1911 à 1914, sir Douglas Mawson explore la côte de la terre Adélie ainsi que la terre de la Reine-Mary. La Première Guerre mondiale met au second plan la découverte des dernières terres inconnues. Pourtant, l'opinion suit avec angoisse une nouvelle expédition de Shackleton, dont les deux navires, dont l'Endurance, sont prisonniers de la banquise en 1915 et 1916. Dans une dernière expédition (1921-1922), au cours de laquelle il sera emporté par une angine de poitrine, Shackleton utilise des hydravions. Désormais, l'aviation, entrée déjà en action pour l'Arctique, va jouer le rôle de premier plan : l'expédition de Hubert Wilkins et de C. B. Eielson étudie grâce à elle, en 1928 et 1929, la côte est de la péninsule Antarctique, puis la terre de Charcot. Le 29 novembre 1929, l'Américain Richard E. Byrd survole le pôle. C'est le prélude à toute une série de recherches, menées de 1933 à 1935 à partir de la base de Petite-Amérique, établie à l'extrémité de l'île Roosevelt, et qui constitue une grande base scientifique pluridisciplinaire (vingt-deux branches de la science y seront étudiées). A. C. McKinley et Harold June, en 1929, et Lincoln Ellsworth, en 1935, gagnent par avion le pôle Sud. De 1934 à 1937, une expédition britannique utilise conjointement avions, bateaux et chiens pour une exploration de la péninsule antarctique.

Les Norvégiens, pour leur part, s'attaquent aux secteurs les moins connus, ceux de l'est, entre 0 et 90° est. Entre 1926 et 1937, Lars Christensen dresse la carte du littoral entre la mer de Weddell et la banquise de Shackleton, à l'appui de photographies aériennes. Diverses terres sont ainsi baptisées de noms scandinaves : terres de la Princesse-Martha, de la Princesse-Astrid, du Prince-Olav, de la Princesse-Ragnhild, terre Ingrid-Christensen.

Les Allemands, avec le baleinier Schwabenland, reconnaissent en 1938-1939 la côte comprise entre 11° ouest et 20° est et photographie la terre de la Reine-Maud.

3.7. Les revendications territoriales

Cette période de l'avant-guerre, marquée par des recherches multiples, est en même temps caractérisée par les revendications territoriales des nations intéressées, qui réclament chacune une part du gâteau antarctique, dont l'intérêt stratégique se dévoile, et qui renferme peut-être de grandes richesses minérales. Ainsi, en 1934, une conférence internationale entérine le partage du continent entre la Grande-Bretagne, qui s'attribue le secteur situé de part et d'autre de la mer de Ross, puis, en allant vers l'est, la Norvège, l'Australie, dont l'immense secteur est interrompu par la modeste tranche française (terre Adélie), la Nouvelle-Zélande et, après un secteur non attribué, le Chili et l'Argentine. Mais des conflits surgissent déjà, ces deux derniers pays revendiquant en partie le même secteur, autour de la péninsule Antarctique, elle-même réclamée par Londres…

Au demeurant, ni les États-Unis ni l'U.R.S.S. n'ont reconnu ces prétentions, et le traité de Washington (1er décembre 1959), signé par douze nations, a décrété la démilitarisation totale de l'Antarctique et la suspension des litiges. C'est le premier accord international qui consacre une partie du globe à des activités purement pacifiques.

3.8. Les derniers secrets de l'Antarctique

L'après-guerre est marqué d'abord, en 1946-1947, par une gigantesque expédition américaine, dirigée par Byrd : l'opération « High Jump » utilise douze navires et quinze avions ; une surface de 900 000 km2 est photographiée ou cartographiée, et 8 000 km de côtes sont étudiés ; une région libre de glaces est découverte près des côtes de la Reine-Mary. Puis les Français réapparaissent dans l'Antarctique, à l'initiative des Expéditions polaires, organisme créé en 1947 à l'initiative de Paul-Émile Victor. En 1948, un navire armé par la marine nationale, le Commandant-Charcot, est envoyé en terre Adélie, mais ne peut atteindre le rivage. L'expédition suivante, partie en 1949, permet d'établir la base de Port-Martin (1950). De là, des raids sont menés vers l'intérieur avec des engins à moteur (« weasels ») et des traîneaux à chiens. Les observations de tous ordres se multiplient, mais la station de Port-Martin est en partie détruite par un incendie, en janvier 1952, et l'on doit s'installer sur l'île des Pétrels, dans l'archipel de Pointe-Géologie. Pour l'année géophysique internationale de 1957-1958, la base de l'île des Pétrels, baptisée Dumont-d'Urville, est considérablement développée. Ses bâtiments sur pilotis, formés de panneaux en matière plastique, en font l'une des stations les plus modernes du continent. Une autre base est établie à 320 km de la côte, la station Charcot. Mais les autres nations ont également fait des efforts considérables pour achever la découverte d'une partie de la terre qui, au milieu du xxe s., comptait encore de très grands secteurs jamais reconnus. Ainsi, entre 1957 et 1963, les Américains parcourent plus de 20 000 km à travers l'Antarctique et établissent en 1958 six bases, dont une grande station au pôle même, où l'amiral George Dufek avait atterri le 31 octobre 1956, premier visiteur de cette région depuis Scott. L'Année géophysique donne également l'occasion à l'U.R.S.S. de construire dix bases, dont une au pôle magnétique et une autre au « pôle d'inaccessibilité » (82° 6' de latitude sud et 54° 58' de longitude est), atteint le 14 décembre 1958, tandis que les Anglais aménagent des stations en bordure de la mer de Weddell. De plus, en 1958, leurs équipes, dirigées par le Dr Fuchs et par le vainqueur de l'Everest, le Néo-Zélandais Edmund Hillary, effectuent avec des engins à moteur la première traversée terrestre du continent, en passant par le pôle. Sept autres nations participent aux recherches effectuées à l'occasion de cette période 1957-1958, qui, avec le développement de la coopération internationale sur une grande échelle, marque la fin de la découverte proprement dite et, le départ de l'étude scientifique généralisée du « continent blanc ». La Chine entreprend sa première grande expédition en Antarctique en 1984. En 1989 et 1990, une expédition internationale de six scientifiques, co-dirigée par le Français Jean-Louis Étienne, Transantarctica, réussit la traversée du continent, soit 6 400 km en 213 jours de marche, avec des traîneaux à chiens. En 1991-1992, à bord du voilier polaire Antarctica, Jean-Louis Étienne se rend dans l'Antarctique. En 1993-1994, il effectue une autre expédition en Antarctique, sur le volcan Erebus. Laurence de la Ferrière est, en 1997, la première femme a atteindre le pôle Sud en autonomie complète, en ski et en tractant un traîneau. En 2000, elle rallie le pôle Sud à la base Dumont-d'Urville, en Terre Adélie, dans les mêmes conditions, tout en effectuant des prélèvements de neige.

Le glaciologue français Claude Lorius a participé à de nombreuses expéditions et ses travaux, portant sur l'analyse des bulles d'air emprisonnées dans les glaces polaires, ont fait progresser la paléoclimatologie. Ces travaux ont été accompagnés par ceux du géochimiste français Jean Jouzel, spécialiste de la reconstitution des climats du passé à partir de l'analyse des glaces polaires. L'Institut polaire français Paul-Émile Victor (I.P.E.V.) offre depuis 1992 un cadre juridique ainsi que les moyens techniques, logistiques et financiers nécessaires au financement de la recherche française dans les régions polaires.

La première ascension importante a été celle de l'Erebus (3 794 m) en 1908. Le point culminant du continent, le mont Vinson (4 897 m), a été conquis par les membres d'une expédition américaine dirigée par N. Clinch (1966).

3.9. Les acquis scientifiques

Les régions antarctiques ont été étudiées sur le terrain, ou repérées par photographies aériennes. La majeure partie du socle de l'Antarctique n'est connue qu'indirectement par des forages. Les premières mesures de l'épaisseur de la glace, en 1951, ont mis en œuvre des techniques de réflexion et de réfraction sismiques. Des sondages écho-radio, effectués par la suite en avion, ont permis de dresser des cartes du socle sous-jacent à l'inlandsis. Au milieu des années 1980, des études ont révélé un amincissement de la couche d'ozone dans l'atmosphère, à l'aplomb du continent. D'autres recherches ont permis de déterminer les effets d'un hypothétique réchauffement de l'atmosphère provoqué par une augmentation de sa teneur en dioxyde de carbone (effet de serre), qui pourrait provoquer la fonte des glaces : la conséquence en serait un relèvement du niveau de la mer. Le climat antarctique est en effet étroitement lié à la position polaire, à l'altitude, à l'éloignement des mers libres et au volume de l'inlandsis, et les températures y sont beaucoup plus basses que dans la zone polaire boréale. L'Antarctique est aussi devenu un centre de recherche scientifique important en astrophysique (étude du Soleil et des relations Soleil-Terre, collecte de météorites, détection de neutrinos de haute énergie) et en écologie (suivi des populations d'oiseaux et de mammifères marins).

4. Un enjeu géopolitique

L'Antarctique est régi par un statut très particulier : seul continent non militarisé de la planète, il sera peut-être aussi le seul à être déclaré « patrimoine universel », comme le souhaitaient notamment la France, l'Australie et certains pays en voie de développement à l'issue de la conférence internationale de Wellington en 1988.

4.1. Les accords internationaux

Entre les années 1930 et 1950, cinq États – la Grande-Bretagne, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, la France et la Norvège – s'accordèrent pour un partage de l'Antarctique au nom de l'antériorité de leurs missions. On distingue ainsi les secteurs britannique, australien, néo-zélandais, français et norvégien. L'espace compris entre le 150° et le 90° de longitude n'est pas attribué. Le partage entre ces cinq États ne fut pas reconnu par les États-Unis et l'U.R.S.S. En 1959, douze États dits « attributaires » (ils avaient contribué à l'année géophysique internationale et manifestaient des prétentions sur la région), suivis de ceux qui revendiquaient l'être, signèrent un traité fixant pour trente ans (à partir de 1961) le statut de l'Antarctique. Ce traité n'impose à aucun des États possédant un territoire antarctique (Argentine, Chili, Grande-Bretagne, France, Nouvelle-Zélande, Norvège et Australie) de renoncer à son secteur délimité, mais interdit toute nouvelle prétention territoriale. Il repose sur trois principes fondamentaux : la neutralisation militaire de l'Antarctique, l'interdiction d'y effectuer des essais nucléaires ou d'y stocker des déchets radioactifs, et la liberté des recherches scientifiques. L'U.R.S.S. et les États-Unis n'avaient pas de secteurs propres, mais se réservaient le droit d'en revendiquer. Ils y possédaient, en revanche, et notamment les Soviétiques, de nombreuses stations. Le traité laissait la possibilité à tout pays membre de l'O.N.U. d'y adhérer, mais seuls les États ayant pu installer des établissements de recherche pouvaient se joindre aux « parties consultatives », qui assistaient aux réunions annuelles des signataires. En 1989, vingt-cinq États étaient en parties consultatives. Quinze autres États étaient adhérents, mais au titre d'observateurs dans les réunions dites « consultatives » : la Suède, l'Autriche, la Bulgarie, le Canada, la Colombie, la Corée du Nord, le Danemark, Cuba, l'Équateur, la Grèce (depuis 1897), la Hongrie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la Roumanie, la Suisse et la Tchécoslovaquie. Le traité ne crée aucune structure permanente, les décisions sont prises au cours des réunions périodiques et extraordinaires. De nouvelles réunions du traité de l'Antarctique ont abouti en 1991 à un accord (ratifié par une quarantaine d'États) sur l'interdiction, pendant 50 ans, de l'exploitation minière du continent. En 1994, la Commission baleinière internationale a décidé la création en zone antarctique d'un sanctuaire pour tous les cétacés.

4.2. Les sources de conflit

Exclus de ce partage « scientifique » des pays découvreurs, l'Argentine et le Chili – les deux pays les plus proches du pôle Sud – revendiquèrent leur admission au sein du « club de l'Antarctique ». Le Chili invoque la théorie des quadrants (fondée sur des projections géométriques), et l'Argentine sa proximité géographique. Cependant, leurs prétentions territoriales empiètent l'une sur l'autre, et celles de l'Argentine recouvrent pratiquement toute la zone reconnue à la Grande-Bretagne. Ainsi, l'Antarctique fut un des enjeux du conflit frontalier qui conduisit l'Argentine et le Chili au bord de la guerre en 1979. Un léger décalage de la ligne de démarcation dans cette région a, en effet, de grandes conséquences sur la taille du territoire antarctique inclus dans le prolongement des frontières sud-américaines. De même, la Grande-Bretagne est très fermement attachée à la possession des îles Malouines (ou Falkland), qui légitime sa maîtrise d'un large secteur de l'Antarctique et lui permet en outre de contrôler le passage de Drake, un des passages entre le Pacifique et l'Atlantique. Là réside, vraisemblablement, une des causes de la guerre des Malouines, qui vit le Royaume-Uni vaincre l'Argentine en 1982.

Dans les années 1980, des États non signataires se sont élevés contre le contrôle de l'Antarctique par un club restreint et ont réclamé la liberté d'en exploiter les ressources. L'Antarctique recèle en effet diverses richesses minérales et minières, gaz naturel et pétrole notamment. Cependant, le blizzard, qui propulse la neige à plus de 300 km/h, sera toujours un obstacle à l'exploitation économique.

D'autres groupes de pression, en particulier les mouvements écologistes, cherchent au contraire à imposer que cette région soit classée patrimoine universel et réserve naturelle, et qu'il soit interdit d'en exploiter les ressources, dont on ne connaît pas encore l'ampleur, afin de préserver un des milieux écologiques les plus fragiles de la planète. Mais les intérêts divergents et les pressions économiques rendent difficile la réalisation d'un consensus entre les différentes parties. Il faudra sans doute encore des années pour parvenir à un respect total de l'accord, signé à Madrid en 1991, sur l'interdiction de toute exploitation minière.

4.3. Le tourisme, une menace potentielle

Au début des années 1990, quelques touristes téméraires se rendent dans les îles Shetland pour visiter les abords de ce continent. Peu à peu, le tourisme se développe et touche le continent même. Le nombre de voyageurs passe de 6 700 en 1992 à 46 000 en 2008. Pour l'Argentine et le Chili, le tourisme représente une importante source de revenus. Le naufrage de plusieurs navires a failli déboucher sur des catastrophes écologiques, ce qui a amené, en 2009, les vingt-huit pays membres du traité de l'Antarctique à décider que les bateaux qui transportent plus de 500 passagers ne pourraient plus accoster sur le continent et que le nombre de touristes présents sur un site ne pourrait excéder la centaine.