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Cachemire ou Kashmir

Vallée de la Hunza
Vallée de la Hunza

Ancien État de l'Inde, partagé entre l'Inde et le Pakistan.

GÉOGRAPHIE

Le Pakistan contrôle les territoires « libérés » en 1947 et conservés en 1949 : l'Azad Kashmir (« Cachemire libre ») : divisions de Muzaffarabad, Mirpur et Poonch, appelé par le Pakistan Azad Jammu & Kashmir ; 13 297 000 km2 et, plus au nord, le Gilgit-Baltistan (ex-territoires du Nord, 72 496 km2).

L'État actuel de Jammu-et-Cachemire est intégré dans la République indienne. Il comprend trois parties : la région de Jammu (la capitale d'hiver), au S., dans le Moyen Himalaya, de population hindoue ; le Ladakh, au N. du Grand Himalaya, région de langue tibétaine ; la vallée du Cachemire, au centre, haute plaine (vers 1 500 m d'altitude) encadrée par le Grand Himalaya et le Pir Panjal, drainée par la Jhelam. Cette région, en grande majorité musulmane, est le foyer historique du Cachemire et de sa civilisation originale, avec la cité de Srinagar, capitale d'été. La Vallée est célèbre pour ses industries de laine et de soie, ses artisanats de luxe (châles, papier mâché, meubles, tapis, etc.) et le tourisme (stations de Gulmarg, Pahalgam, etc.). Dans les montagnes on pratique l'exploitation forestière et un élevage nomade.

HISTOIRE

1. Le royaume hindou

Le Cachemire fut jusqu'au xive siècle un royaume hindou dont l'histoire est exceptionnellement bien connue grâce à des chroniques. Le bouddhisme y fut florissant et le quatrième grand concile bouddhique s'y tint sous Kaniçka. Il fut conquis en 1346 par un aventurier musulman, Chah Mir, qui fonda un sultanat, puis fut annexé à l'Empire moghol par Akbar en 1586 (→ Grands Moghols).

En 1757, le Cachemire passa sous la domination afghane avant d'être conquis par Ranjit Singh, fondateur de l'empire des sikhs (1819).

Les Britanniques le concédèrent en 1846 au roi hindou Gulab Singh, dont les descendants régnèrent sur le pays jusqu'en 1947.

2. Enjeu de l’affrontement entre l’Inde et le Pakistan

À cette date, le Cachemire, dont les musulmans constituaient les trois quarts de la population, fut revendiqué à la fois par le Pakistan et par l'Inde et, à l'exception de sa partie orientale, passa sous le contrôle de l'Union indienne.

Cette attribution (« l’Instrument d’Accession » signé finalement par le Maharaja le 26 octobre 1947) fut suivie d’une première guerre indo-pakistanaise jusqu’en 1949 à la suite d’affrontements intercommunautaires dans le Poonch et au Jammu.

L’ONU imposa un cessez-le-feu, mais le référendum recommandé dans les résolutions 38 et 47 du Conseil de sécurité en janvier et avril 1948 et que l’Inde avait alors accepté d’organiser, n’aura jamais lieu.

Le Cachemire fut l'enjeu d'une seconde guerre indo-pakistanaise (1965) qui s'acheva par un retour au statu quo ante.

En l’absence de règlement, le territoire de part et d’autre de la « Ligne de contrôle » (officialisée par l’accord de Simla le 2 juillet 1972) est désigné par l’Inde du nom de « Pakistan Occupied Kashmir » (POK) et par le Pakistan, de « Indian occupied Kashmir » (IOK).

3. Le statut contesté du Jammu-et-Cachemire

Faisant l’objet d’un statut spécial et « provisoire » par rapport aux autres États de l’Union indienne (article 370 de la Constitution de 1949), le Jammu-et-Cachemire devait bénéficier d’une autonomie renforcée, confirmée par l’accord de Delhi de 1952. Les compétences du gouvernement central devaient être limitées à la Défense, aux Affaires étrangères et aux Communications.

3.1. Une autonomie écornée

À partir de 1953, cette autonomie est cependant réduite et le pouvoir du Centre accru par une série d’amendements et de décrets.

Fondateur de la Conférence musulmane en 1932 devenue Conférence nationale en 1939 avec une orientation nationaliste et séculière, le principal leader cachemiri, cheikh Muhammad Abdullah, est alors démis de ses fonctions de chef du gouvernement – et emprisonné jusqu’en 1968 après une courte libération en 1964 – en raison de son hésitation à officiellement confirmer le rattachement à l’Inde.

Son successeur, Bakshi Ghulam Mohammed, s’en charge en 1954. Dans sa Constitution adoptée en 1956, le Jammu-et-Cachemire est déclaré partie intégrante de l’Union indienne.

En 1965, le sixième amendement confie le pouvoir exécutif au gouverneur nommé par le président de la République indienne, alors que l’accord de Delhi prévoyait l’élection du « Sadar-Riyasat » par l’assemblée. La Conférence nationale – qui détenait 70 sièges sur 75 depuis les élections de 1962 —, ayant été dissoute et fusionnée avec le parti du Congrès, ce dernier prend la direction du gouvernement pour dix ans.

Plusieurs options politiques se dessinent : autonomie élargie, indépendance, rattachement au Pakistan, pleine intégration au sein de l’Union indienne. Elles différencient et opposent les diverses forces politiques qui se développeront, parmi lesquelles le Jammu and Kashmir National Liberation Front (NLF) créé au milieu des années 1960 dans l’Azad Kashmir et qui réapparaît en 1976 sous le nom de Jammu and Kashmir Liberation Front (JKLF).

3.2. Le retour au pouvoir de la Conférence nationale et de la dynastie Abdullah

En 1975, après avoir passé un accord avec Indira Gandhi confirmant l’évolution institutionnelle de l’État depuis 1953, cheikh M. Abdullah reprend la direction du gouvernement. La Conférence nationale remporte une majorité confortable aux élections de 1977, les premières relativement régulières. À sa mort en 1982, son fils Farooq lui succède jusqu’en 1984, puis, en alliance avec le Congrès, en 1986-1990.

Mais entretemps, toujours méfiante, Delhi place l’État à deux reprises – en 1977 et en 1986 – sous son administration directe (President’s Rule).

4. Radicalisation islamiste/séparatiste et nouvelles tensions indo-pakistanaises

La fin des années 1980 est marquée par le réveil de l'agitation séparatiste/indépendantiste et le regain de violences qui font plusieurs milliers de morts, provoquant la fuite de la plupart des hindous de la vallée du Cachemire, dont la communauté brahmane des Pandits, qui se réfugient au Jammu.

4.1. L’aggravation des tensions dans les années 1990

Après les élections de 1987, contestées par le Front musulman uni qui dénonce la fraude massive, et les manifestations anti-indiennes de 1989, le Cachemire passe de nouveau sous l’administration directe du gouvernement central en 1990 pendant plus de six ans. La répression d’une marche pacifique par l’armée en janvier fait une centaine de morts et entraîne un vaste mouvement de protestation à Srinagar.

En 1993, 26 organisations politiques, sociales et religieuses musulmanes créent l’alliance Hurriyat qui exige la convocation d’un référendum sur l’autodétermination et reçoit l’appui du Pakistan. L’année suivante, le JKLF de Muhammad Yasin Malik (laïc) qui en fait partie, proclame un cessez-le-feu unilatéral et abandonne la lutte armée.

Mais la tension ne diminue pas pour autant : en 1995, les affrontements entre les séparatistes musulmans – désormais de plus en plus dominés par des groupes islamistes radicaux soutenus par Islamabad – et l'armée indienne culminent avec l'incendie et la destruction du sanctuaire soufi de Charar-e Sharif, près de Srinagar, lors d’une opération contre des combattants du Hizb Ul Mujahideen lié à la Jamaat-e-Islami pakistanaise.

Cette nouvelle nébuleuse islamiste/séparatiste est coiffée par le Conseil unifié du Djihad créé en 1990 à Muzaffarabad, capitale de l’Azad Kashmir, tandis que les forces de sécurité indiennes s’appuient sur des « renégats  » pour constituer des milices paramilitaires.

4.2. Les élections de 1996 et la guerre de Kargil

En 1996, le gouvernement indien réussit cependant à organiser des élections, à l'issue desquelles les électeurs, pris entre les pressions des séparatistes de l’alliance Hurriyat qui appellent au boycott et celles de l’armée indienne qui les incite fortement à voter, donnent une large majorité de 57 sièges sur 87 à la Conférence nationale : Farooq Abdullah dirige à nouveau le gouvernement régional.

En mai 1999, des unités de séparatistes musulmans fortement armés et soutenus par le Pakistan entrent dans la zone indienne, franchissant la ligne de contrôle ; l'Inde engage des opérations aéro-terrestres de grande envergure pour les déloger, conférant au conflit l'allure d'une guerre conventionnelle présentant des risques importants d'escalade entre les deux puissances nucléaires déclarées de l'Asie du Sud (guerre de Kargil).

Malgré une tentative de rapprochement en juillet 2001, un sommet indo-pakistanais s'achève à Agra sans qu'aucun accord n'ait pu être conclu. Après un premier attentat-suicide contre le Parlement à Srinagar (1er octobre) – revendiqué par le groupe islamiste Jaish-e-Mohammed (JEM) –, suivi, le 13 décembre, d'une attaque contre le Parlement indien à New Delhi attribuée à Lashkar-e-Taiba (Armée des purs) et au JEM, l'Inde accuse le Pakistan de complicité terroriste.

5. Renouveau de la scène politique et apaisement

5.1. La percée du parti démocratique du peuple (PDP)

À l'issue des élections législatives de l'automne 2002, largement boycottées par l'alliance séparatiste musulmane Hurriyat – la Conférence nationale perd la majorité qu’elle détenait depuis 1977. Une nouvelle formation, le parti démocratique du peuple (PDP, créé en 1999), fait une percée en obtenant 16 sièges, s’imposant désormais comme l’un des principaux acteurs politiques de la région. Son fondateur, Mufti Muhammad Sayeed, succède à Farooq Abdullah et forme un gouvernement de coalition avec le Congrès. Une politique d’apaisement à l’adresse des séparatistes et du Pakistan mais aussi des forces de sécurité indiennes est prônée.

5.2. Les divisions du camp séparatiste

Dans le sillage de ces élections, des ouvertures esquissées par Delhi et Islamabad ainsi que de la politique de fermeté adoptée par le président pakistanais Pervez Mucharraf à l’égard des mouvances « djihadistes », le camp des séparatistes tend à se fissurer. Certains de ses chefs prennent alors leur distance à l’égard des groupes basés au Pakistan et des fractures apparaissent au sein de l’alliance Hurriyat. Cette dernière se divise en deux factions principales, l’une plus radicale et anti-indienne représentée par Syed Ali Shah Geelani, l’autre, moins intransigeante et davantage ouverte au dialogue, conduite par Mirwaiz Umar Farooq.

5.3. Apaisement indo-pakistanais

Un accord de cessez-le-feu, signé le 25 novembre 2003 par l'Inde et le Pakistan sur leur frontière commune au Cachemire, est prorogé en septembre 2004, et, le 7 avril 2005, une ligne d'autobus, reliant Muzaffarabad à Srinagar (capitale d'été du Cachemire indien), permet aux Cachemiris et aux ressortissants indiens et pakistanais de franchir la ligne de contrôle. Le 8 octobre 2005, un séisme de magnitude 7,6 frappe la région montagneuse du Cachemire dans le Nord-Est du Pakistan, faisant plus de 87 000 victimes et 3,5 millions de sans-abri : face à l'ampleur de la catastrophe et à la difficulté de l'organisation des secours, le Pakistan accepte l'aide proposée par l'Inde.

6. Un conflit sans issue ?

Le dialogue reprend à partir de 2004, mais cet apaisement est de nouveau compromis par les attentats de Bombay en novembre 2008.

Aux élections de novembre-décembre 2008, marquées par une participation de plus de 60 % des électeurs malgré les consignes de boycott des séparatistes, la Conférence nationale (28 sièges sur 87) retrouve le pouvoir sous la direction d’Omar Abdullah, fils de Farooq Abdullah, à la tête d’un gouvernement de coalition avec le parti du Congrès (17 sièges).

6.1. La révolte de 2010

La contestation des pouvoirs exorbitants accordés à l’armée indienne en vertu de l’Armed Forces Special Powers Act (AFSPA, adopté en 1958 et mis en application au Cachemire en 1990 et en 2000) conduit cependant à de violents affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants durant l’été 2010. Cette révolte populaire, comparée à l’Intifada palestinienne par certains observateurs, fait alors espérer une nouvelle approche du conflit tenant compte de ses dimensions économiques, politiques et culturelles, au-delà des impératifs purement sécuritaires. Un rapport publié en octobre 2011 proposant, parmi d’autres mesures, une autonomie étendue du Jammu-et-Cachemire, reste cependant lettre morte.

6.2. Des identités multiples

Les clivages régionaux, ethniques et religieux au sein de l’État recouvrent une réalité très complexe et les revendications identitaires, sociales et politiques sont multiples. Ainsi, outre la division de la population musulmane avec, notamment, une tradition soufie menacée par la progression du fondamentalisme salafiste, la revendication autonomiste ou séparatiste à l’égard de Delhi va de pair avec l’affirmation d’une ancienne identité cachemirie (Kashmiriyat) vis-à-vis de l’Inde mais également du Pakistan. Toutes deux se mêlent avec celles, au sein de la région, du Jammu, à majorité hindoue, et du Ladakh, à majorité bouddhiste, face à l’hégémonie des Cachemiris de la vallée.

À ces fractures principales, s’ajoutent le problème des minorités tribales (douze « Scheduled Tribes » dont les Gujars) et religieuses (sikhs, chiites) et la délicate question des réfugiés originaires des parties pakistanaises du Cachemire ou du Pakistan, discriminés pour les premiers et privés de statut pour les seconds.

6.3. Un conflit gelé

Entre apaisement, instrumentalisation et tensions endémiques, la question du Cachemire est gelée : la radicalisation des mouvements islamistes/séparatistes, locaux ou pakistanais, s’ajoute à la multiplication des incidents frontaliers avec des violations récurrentes du cessez-le-feu.

Accusant le Pakistan de mener une guerre par procuration, le gouvernement indien est mis en cause pour les abus de pouvoir et les exactions de ses forces de sécurité et des milices paramilitaires. Sa priorité reste de combattre la menace terroriste par le maintien de ses troupes malgré les voix qui s’élèvent en faveur de la levée de l’AFSPA.

Les intérêts géostratégiques nationaux, le principe de l’intégrité territoriale des États, les risques de «  balkanisation » et plus récemment, l’évolution de l’islamisme radical au Pakistan, tendent à rendre obsolètes, irréalistes ou inapplicables les différentes options envisagées. Non seulement celles du rattachement global au Pakistan ou partiel après redécoupage du territoire, mais aussi celle de l’indépendance d’un Cachemire réunifié dans son intégralité. Quoi qu’il en soit, le projet de référendum est toujours écarté par l’Inde, l’organisation régulière d’élections l’ayant rendu selon elle, superflu.

Si Delhi pourrait se rallier à une officialisation du statu quo par la transformation de la ligne de contrôle en frontière internationale, bien qu’elle ne reconnaisse pas les territoires pakistanais (POK), le Pakistan s’y refuse.

Au fil du temps, ces régions ont été pourtant de plus en plus intégrées de part et d’autre de la frontière. Encadrés par des statuts provisoires assez flous et relevant d’un ministère central spécial, le « Gilgit-Baltistan » et l’« Azad Jammu & Kashmir » tendent à devenir dans les faits de nouvelles provinces pakistanaises avec un projet de nouveau statut de territoire « autonome » pour le premier (2009), et l’organisation d’élections (à la régularité très douteuse) depuis 1970 dans le second. Au Cachemire indien, les scrutins qui sont succédé, bien que toujours suspectés d’être faussés par les pressions exercées sur la population et critiqués quant à leur transparence et leur équité, ont donné tout leur poids aux questions de l’autonomie élargie, des réformes administratives, de la démocratie locale (panchayats), de la lutte contre la corruption ou d’une plus juste répartition des ressources entre communautés.

Aucune des diverses solutions envisagées, globales ou partielles, n’étant susceptible de recevoir l’assentiment des principaux acteurs du conflit, l’Inde et le Pakistan campent, pour l’heure, sur leurs positions respectives.

6.4. Les élections de 2014 et la montée du BJP

Les nouvelles élections qui ont lieu en décembre 2014 sont marquées par une augmentation de la participation et du pluralisme, mais également par des divisions. Elles se soldent par la défaite du gouvernement régional sortant. La Conférence nationale recule ainsi fortement en obtenant 15 sièges contre 28 en 2008. Le parti du Congrès en recueille 12 (17 en 2008). Le PDP arrive en tête du scrutin avec 28 députés, mais au coude à coude en nombre de voix (environ 23 %) avec le parti du Peuple indien (BJP) qui progresse fortement en gagnant 25 sièges.

Ce résultat sans précédent du parti nationaliste hindou dans un État majoritairement musulman – qui s’explique par son succès au Jammu et par son triomphe aux élections nationales d’avril et mai –, complique fortement la formation d’un gouvernement, le PDP exigeant l’ouverture de discussions avec les séparatistes et le Pakistan ainsi que la révocation de l’AFSPA. Une alliance inédite est finalement formée par le PDP et le BJP autour d’un programme minimum commun : l’article 370 n’est pas remis en cause, les troupes indiennes pourraient être progressivement relevées par une force de police cachemirie, tandis que des discussions sont prévues avec l’alliance Hurrriyat. En mars 2015, Mufti Muhammad Sayeed retrouve la direction du gouvernement auquel participe pour la première fois le BJP avec notamment le poste de vice-ministre en chef.

Pour en savoir plus, voir les articles Inde : vie politique depuis 1947, Pakistan.