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ourdou

Alphabet arabe
Alphabet arabe

Langue indo-aryenne parlée en Inde du Nord et au Pakistan, où c'est la langue officielle.

LANGUE ET LITTÉRATURE OURDOU

Langue officielle du Pakistan et l'une des langues officiellement désignées comme majeures en Inde, l'ourdou peut être considéré comme la première langue de quarante-deux millions de personnes dans ces deux pays, mais bien davantage l'utilisent comme moyen de communication Historiquement, l'ourdou est une forme de hindi qui s'est développée depuis le xiiie s., sous l'effet de l'influence musulmane, essentiellement dans les armées et en tant que langue commerciale ; il est émaillé de mots empruntés au persan (et, indirectement, à l'arabe), et, à la différence du hindi qui utilise le devanagari, il s'écrit en caractères arabo-persans. Dans l'usage courant, cependant, il y a peu de différences entre l'ourdou parlé par les musulmans et certains types de hindi parlés principalement par les non-musulmans.

L'ourdou-hindi, autrefois souvent nommé hindoustani, présente les traits caractéristiques des langues (surtout indo-aryennes) du sous-continent indien. Par exemple : distinctive absence d'accentuation des mots ; rétroflexion, aspiration et nasalisation comme traits phonémiques ; et radicaux verbaux composés. L'élément arabo-persan apporte aussi à l'ourdou d'autres différences optionnelles en prononciation, grammaire, syntaxe et vocabulaire.

Ce fut en ourdou (et persan) que Muhammad Iqbal (1873-1938) écrivit sa poésie exhortant les musulmans du sous-continent à s'éveiller de leur léthargie pour construire leur propre avenir. Iqbal emploie tout le registre du vocabulaire poétique de l'ourdou-persan classique, mais insuffle un sens neuf à nombre de mots et expressions consacrés par l'usage. Suivant l'exemple de Hali (décédé en 1914), qui avait critiqué la sensualité mais aussi la rêverie mystique de la poésie traditionnelle, Iqbal transforma la poésie ourdou en un art vigoureux et vivifiant. Ses œuvres sont traduites dans les diverses langues régionales du Pakistan pour propager son influence. Aucun poète ne pouvant rivaliser avec Iqbal, la poésie ourdou moderne présente de multiples tendances conflictuelles.

Les réunions de poètes mushaira pour réciter leur poésie restent un passe-temps favori des Pakistanais, et tout lettré tente de composer au moins quelque poème, souvent en utilisant avec grande habileté les formes héritées du passé. La haute poésie traditionnelle, cependant, perd de son impact : Jigar fut le dernier représentant de cette tendance, tout imprégnée d'amour mystique. Hafeez Jhullandari, auteur de l'hymne national, décrit dans une longue épopée (Shahnama-i-Islam) les exploits de l'islam.

De nombreux poètes expriment des idées révolutionnaires sous forme plus ou moins classique ou choisissent le vers libre. Parmi eux se distingue Ahmad Nadim Qasimi, et la poésie de Josh atteint parfois des sommets d'éloquence.

Mais le plus célèbre poète progressiste est Faiz Ahmad, dont l'œuvre – en partie écrite en prison – a été traduite en plusieurs langues occidentales. Ahmad Faraz, poète rebelle plus jeune, sans doute le plus vigoureux talent parmi les auteurs ourdou modernes, maîtrise aussi bien les formes libres que classiques et allie un doux lyrisme à un symbolisme puissant. Parmi les auteurs modernistes, on peut citer Khalidah Husain, Masud Ashar, Ahmad Hamesh et Rashid Amjad.

Contrairement à la poésie, la prose ourdou est relativement récente. Elle s'est développée durant la période où les musulmans de l'Inde cherchaient à s'opposer aux Britanniques et à montrer l'importance de leur propre tradition, comme en témoignent les œuvres du réformateur Sayyid Ahmad Khan et les romans éducatifs de Nazir Ahmad. L'influence des modèles europépens, principalement anglais, mais plus tard aussi français et russes, est évidente dans le roman ourdou.

Parmi les nombreux auteurs désormais classiques se détache Saadat Hasan Manto (décédé en 1955). Ses romans décrivent souvent avec cynisme la dureté de la vie, mais son Toba Tek Singh est l'une des meilleures peintures de tragédie humaine durant les soulèvements de la partition de 1947. L'œuvre de Manto, comme celle de maints auteurs modernes, témoigne d'une influence freudienne. Les femmes auteurs se distinguent tant dans la poésie que la prose. L'une des premières et qui rencontre un grand succès, Qarratul Ain Hyder, tisse ses romans d'une bonne part d'expérience personnelle. Ahmad Nadim Qasimi décrit surtout la vie rurale, sujet où les Pakistanais savent exprimer beaucoup d'émotion et de critique sociale. Le Pakistan compte aussi de nombreux humoristes et satiristes.

Le Pakistan ne possédant pas de tradition d'arts dramatiques et de théâtre professionnel, peu de pièces de théâtre y sont jouées avec succès. Cependant, les cinémas y surabondent, qui diffusent des films en ourdou et dans les langues régionales. Exemple remarquable de drame, Lal Qile se Lalukhet (« du Fort Rouge à Lalukhet »), de Khawaja Moinuddin, expose la misère des réfugiés en 1947. La pièce radiophonique attire également des auteurs.

L'ourdou a pleinement développé sa souplesse d'expression en prose descriptive et critique littéraire, comme le montrent les œuvres de Syed Abdullah et Ebadet Brelwi, deux érudits de la vieille génération. Une nouvelle tendance s'oriente vers la littérature religieuse. Ali Ahmad, romancier, nouvelliste, poète, essayiste et traducteur pakistanais, écrit en ourdou et en anglais ; Purple Gold Mountain (1960), influencé par la poésie chinoise, rassemble nombre de ses meilleurs poèmes.