
Chef de l'État : Károlos Papoúlias
Chef du gouvernement : Gheórghios Papandhréou
Nature de l'État : république à régime parlementaire
Constitution :
Entrée en vigueur : 11 juin 1975
Révision : mars 1986
Exécutif
Chef de l'État : président de la République
Chef du gouvernement : Premier ministre
Législatif
Chambre des députés
La Grèce appartient à la zone alpine, dont l'histoire est celle de la disparition, entre les plaques lithosphériques d'Europe et d'Asie, d'un océan ancestral (Théthys) dont les témoins sont les restes d'une croûte ophiolitique (Smólikas) et de sédiments pélagiques (Parnasse) réintégrés dans les montagnes plissées du système dinarique (Hellénides). La configuration de l'arc hellénique résulte des tensions entretenues par la subduction encore actuelle de la plaque Afrique sous l'Europe : elle est soulignée en avant, au large de la Crète et de Cythère, par les plis ioniens et pindiques N.-O./S.-E., ployés à l'est et au nord-est à partir de la Crète, et par les fronts volcaniques concentriques de l'Égée (Santorin, Chio) ; en arrière, la mer Égée est une zone de distension active depuis le miocène (séismes). Cette tectonique explique la zonation structurale : domaine occidental externe à plis nets (voûtes calcaires, sillons argilo-gréseux) ; domaine oriental interne à trame plissée, moins perceptible du fait d'une métamorphisation, brouillée ensuite par l'individualisation de bassins d'effondrement néogènes et plio-quaternaires (plaine de Macédoine et Thessalie, mer Égée, fossé de Laconie, golfe de Corinthe, etc.), limités par des escarpements de faille jeunes responsables de hauts reliefs (Olympe).
La mobilité tectonique, encore sensible, explique le tracé des côtes, l'émiettement des archipels, le découpage des massifs montagneux et celui des plaines, le faible rôle des surfaces d'érosion et l'émoussé de versants élaborés dans des matériaux ameublis par le broyage séismotectonique ; hors des plaines de colmatage alluvial et des fonds de dépressions karstiques, les topographies planes sont rares.
À la variété lithologique répond celle des modelés, dont les nuances s'organisent suivant l'altitude (cirques glaciaires, ravinements torrentiels au niveau des collines, cônes de piémonts et deltas littoraux bien nourris sur des côtes à marée de faible amplitude) et selon la position par rapport aux flux cycloniques, qui règlent la pluviométrie dans un contexte climatique « méditerranéen » (dissolution plus profonde des calcaires, longs versants à coulées boueuses, vallées plus ramifiées à l'ouest, au vent, piémonts courts à encroûtements calcaires à l'est, sous le vent).
Le climat est, dans l'ensemble, de type méditerranéen. L'isotherme de 27 °C, en juillet, traverse le Péloponnèse ; celle de 25 °C passe au nord de la Macédoine. En janvier, les températures moyennes dépassent 4 °C dans cette dernière région et atteignent 10 °C au sud. L'été est partout très sec. Mais ces caractères se dégradent sous diverses influences. Celle de la latitude, en premier lieu : la Thrace et la Macédoine connaissent des vagues de froid sous l'influence de vents venus du nord, comme le vardarac. L'intérieur du continent et même le Péloponnèse sont plus froids l'hiver, et les bassins sont très arides l'été. Enfin, la côte occidentale reçoit des précipitations plus abondantes : 1 m annuellement, contre 500 mm environ sur le rivage égéen. La rigueur de l'hiver dans les montagnes et dans les plaines du Nord y interdit la culture de l'olivier.
Les bassins de l'Est sont couverts d'une végétation naturelle de type steppique. Partout ailleurs, et particulièrement le long des côtes et dans les îles, se développe une végétation typiquement méditerranéenne : forêt de conifères et de chênes verts, maquis et formations d'arbustes épineux. Le bas des pentes et les plaines sont le domaine de la vigne, de l'olivier, du mûrier et des arbres fruitiers.
Les conditions morphostructurales et morphoclimatiques ont longtemps fait obstacle à la modernisation de l'aménagement de la Grèce : morcellement par le relief, difficile mise en valeur des ressources en eau, rareté des sources d'énergie fossiles, sécheresse estivale et froid hivernal en altitude réduisant la gamme des espèces cultivables et leur extension.
Les réalités démographiques actuelles de la Grèce s'expliquent autant par son milieu naturel (les régions montagneuses ayant un rôle traditionnel de refuge) que par son histoire politique et économique. Jusqu'à la fin du XIXe s., les Grecs vivaient dispersés dans le sud des Balkans, en Asie Mineure et autour de la mer Noire, alors que le nord de la Grèce actuelle (Macédoine et Thrace occidentale) comportait une importante population turque. Les déplacements suscités par les guerres balkaniques, puis le vaste échange de populations organisé entre la Turquie et la Grèce en 1923 ont homogénéisé la population de ce pays : un million et demi de Grecs expulsés d'Asie Mineure sont ainsi venus repeupler les régions vidées de leur population turque. Toutefois, une petite minorité turque (120 000 personnes) subsiste, aujourd'hui encore, en Thrace occidentale. Dans les années 1990, enfin, l'éclatement de l'Union soviétique a provoqué l'émigration vers la Grèce de 600 000 Grecs environ, venus principalement des villes portuaires de l'Ukraine et du Caucase.
Autre élément important dans l'évolution démographique de la Grèce, la chute de la natalité et le vieillissement consécutif de la population ont commencé dès le début du XXe s. dans les régions méridionales du pays (Péloponnèse, Grèce centrale, Thessalie, îles de la mer Égée). Dans les années 1920, le taux de natalité était déjà inférieur à 20 ‰. Cette tendance à la baisse s'étant poursuivie et généralisée à l'ensemble du pays, le taux de natalité (10 ‰ en 2007), n'est désormais guère supérieur au taux de mortalité (9 ‰). L'espérance de vie est très élevée (79 ans) et les personnes âgées de plus de 65 ans (19 % de la population) sont aujourd'hui beaucoup plus nombreuses que les jeunes de moins de 15 ans (14 % de la population).
Parallèlement, les régions méridionales ont alimenté, au début du XXe s., un important courant d'émigration vers l'Amérique du Nord, puis les régions septentrionales (Épire, Macédoine, Thrace) ont pris le relais dans les années 1960, en direction de l'Allemagne et de l'Europe du Nord-Ouest. Une nouvelle diaspora grecque s'est ainsi constituée au cours du XXe s. (3 500 000 Grecs aux États-Unis, 300 000 en Allemagne). Depuis les années 1980, le solde migratoire de la Grèce est devenu positif en raison, d'une part, d'un tarissement de l'émigration, et, d'autre part, de l'accueil sur son territoire d'immigrés originaires d'Afrique du Nord, du Proche-Orient ou d'Europe de l'Est (Albanie, Bulgarie, Ukraine). Comme les autres États de l'Union européenne, la Grèce est désormais une terre d'immigration.
Sur le plan géographique, la Grèce reste peu densément peuplée, avec une moyenne de 84 hab./km2, mais sa population est très inégalement répartie. L'urbanisation s'est accélérée après la Seconde Guerre mondiale (59 % de la population était citadine en 2007) et a généré de nouveaux contrastes et déséquilibres, la montagne étant désormais désertée au profit du littoral et des plaines. Ainsi, les villes d'Athènes (3 240 000 habitants dans l'agglomération, qui inclue le port, Le Pirée) et de Thessalonique (830 000 habitants dans l'agglomération) regroupent, à elles seules, plus de 35 % de la population. Aux quelques régions de forte croissance démographique, situées dans le triangle Patras-Athènes-Thessalonique, s'opposent de nombreux espaces en déclin, aussi bien des régions de montagne (Épire, Grèce centrale) que des zones littorales (sud du Péloponnèse, Thrace) ou des îles (îles de la mer Égée, îles Ioniennes). La saturation de l'agglomération athénienne (spéculation immobilière, forte pollution, difficultés de circulation) et le développement du tourisme insulaire ont toutefois infléchi ces tendances. L'île de Crète et les îles du Dodécanèse, moins exposées à l'attraction de la métropole athénienne, ont en revanche connu une croissance démographique régulière.
L'urbanisation croissante de la population grecque s'est accompagnée d'une rapide progression de la scolarisation : ainsi, en 2003, 101 % des Grecs avaient suivi un enseignement primaire, 97 % un enseignement secondaire et 74 % des études supérieures. Autre évolution liée à l'urbanisation, le nombre des actifs agricoles a fortement diminué mais demeure néanmoins élevé : ainsi, en 2005, le secteur primaire employait encore 12 % de la population active, le secteur secondaire, 22 %, et le secteur tertiaire, 65 %. Enfin, le caractère incontrôlé de l'urbanisation a entraîné une mutation des paysages urbains, caractérisée par la densification du bâti et la prolifération de constructions illégales.
Essentiellement agricole jusque dans les années 1950, l'économie grecque s'appuie désormais sur une industrie diversifiée et sur d'importantes activités de service telles que le tourisme et la marine marchande. En 2006, l'agriculture fournissait 5 % du P.I.B., l'industrie 21 % et les services 74 %.
Malgré l'exiguïté des surfaces cultivables, en rapport avec la faible étendue des bassins et des plaines (Thrace, Macédoine, Thessalie, Attique), l'agriculture demeure une ressource essentielle. L'intégration d'une partie de la production dans des filières industrielles et commerciales, la diminution corrélative de l'autoconsommation et la recherche de marchés extérieurs ont joué un rôle déterminant dans son évolution. Alors que l'élevage traditionnel déclinait et que les espaces pastoraux de montagne se trouvaient marginalisés, les étables laitières et les élevages en batterie (poulets, porcs) se sont multipliés dans les régions d'agriculture moderne. Le morcellement en petites exploitations et la médiocrité des revenus agricoles traduisent toutefois la persistance de certains archaïsmes.
L'élevage ovin reste très présent dans les montagnes du Pinde et du Péloponnèse, avec un cheptel estimé à 8,8 millions de têtes en 2006. Les cultures méditerranéennes traditionnelles (céréales, vignobles, oliveraies) sont concentrées sur le littoral et dans les plaines des régions méridionales (Péloponnèse, Béotie, Crète), la culture du tabac, en très forte régression, étant pratiquée en Macédoine et en Thrace. La Grèce est le troisième producteur mondial d'olives (2,6 millions de tonnes en 2006) et se place au neuvième rang pour le coton. La modernisation de l'agriculture (irrigation, mécanisation, emploi des engrais) s'est accompagnée d'une importante diversification des productions : cultures industrielles (coton, betterave à sucre) dans les régions septentrionales, agrumes, fruits et légumes à vocation commerciale dans les régions méridionales, cultures maraîchères autour des agglomérations d'Athènes et de Thessalonique, destinées à l'approvisionnement des marchés urbains. Certaines productions sont exportées vers les autres pays de l'Union européenne, bien que concurrencées par celles de l'Espagne et du Portugal.
Relativement pauvre en ressources naturelles, la Grèce a vu s'accroître sa dépendance énergétique au fur et à mesure que son industrie se développait. Elle importe ainsi de Russie plus de 80 % de sa consommation de gaz naturel. Outre une petite production d'hydroélectricité (Épire), elle exploite quelques minerais (extraits, pour la plupart, en Grèce centrale), essentiellement de la bauxite (gisements du mont Parnasse), du nickel (Lárymna en Béotie), de la magnésite (Alivéri en Eubée) et du lignite (Macédoine, Thrace, Eubée). L'État a contribué à l'industrialisation du pays en développant les infrastructures routières, les barrages hydroélectriques et les télécommunications. Les entreprises publiques restent, aujourd'hui encore, des acteurs économiques importants, malgré un programme de privatisation lancé en 1990. La spécificité de l'industrie grecque repose à la fois sur l'appartenance d'un grand nombre de sociétés à des firmes multinationales et sur la présence d'une multitude de petites entreprises de sous-traitance, disposant de peu de capitaux et utilisant une main-d'œuvre peu qualifiée. Elle souffre d'importants handicaps : déficit énergétique, réseau de transports encore à moderniser, émiettement des entreprises. Elle produit surtout des biens de consommation (agroalimentaire, textile, petite métallurgie). La région d'Athènes concentre près de la moitié de l'activité industrielle du pays, les autres grands foyers d'activité étant Thessalonique, Patras et le port de Vólos, en Thessalie. Les industries légères de transformation (agroalimentaire, textile, cuir) sont présentes dans tout le pays, alors que les industries lourdes sont concentrées à Athènes (chimie, constructions mécaniques et électriques, aéronautique), au Pirée (chantiers navals), à Thessalonique (métallurgie, chimie), à Patras (chimie) et à Vólos (métallurgie).
Les principaux partenaires commerciaux de la Grèce sont les pays de l'Union européenne et ceux du bassin méditerranéen. Depuis la fin du communisme en Europe, les échanges avec les autres États balkaniques sont en augmentation rapide et la ville de Thessalonique est appelée à reprendre le rôle de carrefour régional qui était le sien durant la période ottomane. Bien que la part des biens industriels dans les exportations soit désormais plus élevée que celle des produits agricoles et miniers, la Grèce a une balance commerciale fortement déficitaire, le volume des importations restant plus de trois fois supérieur à celui des exportations. Toutefois, il est en partie compensé par les envois de la diaspora et les revenus liés au tourisme et à la marine marchande. La flotte marchande grecque est en effet la première d'Europe et la quatrième du monde, les armateurs du pays possédant, en outre, une part importante des flottes chypriote, panaméenne et libérienne. Quant au tourisme, il s'est développé rapidement à partir des années 1960, la Grèce accueillant en 2007 plus de 17 millions de touristes. La balance des paiements reste néanmoins globalement déficitaire.
Si le relief morcelé ne compartimentait pas véritablement la Grèce, il s'opposait du moins à une circulation aisée ; en outre, la multiplication des « pays naturels », souvent minuscules, ne pouvait que renforcer le particularisme des cités helléniques. Le sol ne permettait qu'une agriculture difficile : vigne et olivier prospéraient, mais toujours il fallut importer du blé, et cette nécessité fut une donnée constante de la politique des cités. Quant aux ressources du sous-sol, elles étaient médiocres ; les filons argentifères du Laurion et, en Thrace, les mines d'or du mont Pangée assurèrent néanmoins à l'époque classique la continuité de la production de monnaie. Ainsi, les exigences économiques poussèrent les Grecs vers une mer toute proche, quoique redoutable ; de nombreuses criques donnaient un asile pour la nuit, et les îles de la mer Égée furent autant d'escales sur la route de la Thrace, du Pont-Euxin et de l'Asie Mineure. La Grèce antique, limitée par la mer Égée, l'Olympe et le golfe d'Ambracie, privée donc de la Macédoine et de l'Épire, intégrant difficilement la Thessalie, boisée et terrienne, avait une étendue inférieure de moitié à celle de la Grèce actuelle. Mais, très tôt, son rayonnement dépassa ces bornes étroites ; dès les temps protohistoriques, des civilisations voisines régnaient sur les deux rives de l'Égée ; puis les diverses phases de la colonisation gagnèrent au monde grec la Sicile, l'Italie du Sud (Grande-Grèce) et la plus grande partie du pourtour de la Méditerranée, ce qui, du moins, ne relevait pas de la puissance phénicienne, puis carthaginoise, tandis que les pays voisins (Épire, Macédoine) s'intégraient progressivement à la civilisation hellénique. Enfin, les monarchies hellénistiques, nées du démembrement de l'Empire d'Alexandre, renforcèrent l'hellénisation, que la conquête romaine étendit à tout l'Empire romain. Si l'histoire de la Grèce n'intéresse qu'un pays territorialement restreint, celle de l'hellénisme comprend tout l'écoumène antique.
Les premiers établissements humains connus remontent à près de 40 000 ans avant notre ère (en Épire, par exemple), mais peu d'établissements ont connu une occupation continue. Les habitats restent rares au paléolithique.
Le passage au néolithique s'accomplit (entre le Ve et le IIIer millénaire, avec quelque retard par rapport à l'Orient). Au tournant des IIIe et IIe millénaires, les hommes dans lesquels on s'accorde à reconnaître les premiers Grecs arrivent des steppes situées entre Caspienne et mer Noire, ou des hauts plateaux anatoliens. Leur langue (encore parlée trente-quatre siècles plus tard sous la forme évoluée du grec moderne) se rattache, sans contestation possible, à celle des Indo-Européens. Sous l'influence de grands courants migratoires, les sites se multiplient (notamment en Thessalie) ; la civilisation reste agricole et pastorale, la diffusion de l'obsidienne, que fournissait seule l'île de Mêlos (Milo), prouvant néanmoins que les relations maritimes étaient importantes dans les îles des Cyclades. Vers l'an 3000 avant J.-C., de nouveaux envahisseurs auraient introduit l'usage du métal, colonisant les Cyclades ; la société semble fonder sa hiérarchie. La découverte d'armes, d'objets décoratifs réservés à une élite implique l'existence d'une caste aristocratique. L'époque dite de l'helladique ancien (2600-1950 avant J.-C.) est marquée par une certaine expansion démographique ; certains sites (en Argolide) sont détruits, une poterie dite minyenne apparaît, ainsi que de nouvelles pratiques funéraires (tombes à « ciste ») : il semble que cela marque l'arrivée d'un peuple nouveau, les Hellènes (le mot « grec » est d'origine romaine).
Au début du IIe millénaire, le monde égéen est dominé par la Crète minoenne ; de leurs palais, les rois centralisent l'activité économique de leurs terroirs grâce à leur maîtrise de l'écriture ; leurs flottes sillonnent les mers, exportant en Égypte, en Syrie, jusqu'aux îles Lipari des objets d'un art remarquable.
À partir du XVIe s. avant J.-C., à Troie, à Chypre, dans le Péloponnèse (Mycènes) se développent des centres de civilisation. Au milieu du XVe s. avant J.-C., les palais crétois sont détruits (sauf Cnossos) et les Mycéniens s'installent dans l'île, apprenant à écrire le grec selon un système syllabique (minoen linéaire B). En Grèce propre, de puissants royaumes s'organisent (dans le Péloponnèse, à Mycènes, Tirynthe, Pylos ; en Béotie, à Gla). Bien que chaque centre paraisse avoir eu une existence indépendante, le monde mycénien forme un tout. Sa remarquable unité économique est mise en évidence, en particulier, par la diffusion d'une rive à l'autre de la Méditerranée (de Rhodes, Milet, Chypre aux futures Tarente et Sybaris) d'une céramique « mycénienne ». L'ambre, l'obsidienne, l'étain et le cuivre – échangés contre les surplus de l'agriculture – faisaient l'objet d'un commerce à longue distance. Le monde mycénien se désagrège lentement, une vague de destructions atteint la majorité des palais dès la fin du XIIIe s. et provoque des migrations vers les îles du Dodécanèse et vers Chypre. Invasions (Doriens, Peuples de la mer), conflits internes, catastrophes naturelles sont autant d'hypothèses qui expliqueraient la disparition de cette civilisation. La désintégration culturelle est accélérée par de nouvelles et graves destructions vers 1125-1100. L'unité du monde mycénien est rompue, et sa dynamique de croissance stoppée ; la Grèce n'est plus qu'un agrégat de petits États disparates, affaiblis et repliés sur eux-mêmes.
L'invasion dorienne ouvre une période obscure, connue surtout par les textes d'Homère et d'Hésiode. Les XIIe et XIe s. avant J.-C. montrent l'ampleur des changements. L'extrême dépopulation est encore accrue par de nouvelles migrations vers les côtes occidentales de l'Asie Mineure : selon les calculs généralement admis, la Grèce pourrait avoir perdu les trois quarts de ses habitants.
Pendant cette période de recul, ces populations, si démunies qu'elles soient, innovent sur le plan technique : la céramique protogéométrique (maîtrisée surtout à Athènes et à Argos) utilise un tour plus rapide, la brosse multiple et le compas. De plus, les grecs travaillent désormais le fer, resté très rare à l'époque mycénienne, mais qui, dès le XIe s., devient prépondérant.
Les populations subissent également de profondes mutations dans leur genre de vie (passage de l'agriculture à une économie plus largement pastorale) et dans leurs attitudes face à la mort (la crémation tend à devenir la règle, on n'inhume plus que les enfants et, peut-être, les gens sans importance). Ce sont ces populations qui jettent les bases de la nouvelle société grecque : celle de la cité.
C'est en Asie Mineure sans doute que se sont façonnées progressivement les nouveautés qui caractérisent l'hellénisme. Les groupes humains (que l'invasion a dispersés) se regroupent selon des modes peu connus, en cités (polis) comprenant une agglomération urbaine et un territoire rural (khôra). La polis archaïque naît donc de la réunion (synœcisme) de villages suffisamment proches les uns des autres pour tirer parti d'une citadelle commune. Déjà, dans ces unités politiques minuscules, des groupes sociaux se différencient : aux nobles, compagnons et pairs du principal d'entre eux (le basileus, roi) appartiennent la terre et ses troupeaux, unique source de richesse, et l'entrée au conseil ; les petits paysans et les démiurges de métier artisanal ou libéral ne sont que de muets figurants dans l'assemblée, purement consultative, de l'agora ; les thêtes, journaliers misérables, et les esclaves sont exclus de la vie politique et de l'armée.
La tradition grecque donne la date des premiers jeux Olympiques (776) comme marquant le début du fonctionnement normal des cités, et c'est effectivement dès la première moitié du VIIIe s. que s'organisent ces États qui, si primitifs soient-ils, témoignent déjà des fonctions embryonnaires de la cité.
En effet, la cité grecque, dès ses débuts, possède ses caractéristiques propres : une prééminence reconnue du facteur politique, un partage des responsabilités entre les citoyens, plus ou moins égaux devant les instances délibératives et exécutives de l'État ; et par conséquent l'accès aux charges et aux honneurs de la cité. Les Grecs, par opposition au reste du monde ancien, ont pleine conscience de l'unité profonde d'un système qui reste parfaitement original dans l'histoire.
Une civilisation commune s'étend sur l'émiettement territorial : un syncrétisme religieux a unifié les divinités primitives (le panthéon hellénique hiérarchise dans une société anthropomorphique des dieux aux attributions diverses). Hors de la péninsule, les groupes grecs acquièrent une cohésion religieuse (culte d'Apollon Délien pour les Ioniens insulaires, sanctuaires ionien du cap Mycale et dorien de Cnide). Le phénomène religieux entre dans le processus de structuration de la communauté (entre 900 et 800) et les offrandes commencent à affluer sur le site des futurs grands centres religieux de la Grèce : ceux de Samos, de Pérachora et d'Argos (voués à Héra); ceux d'Érétrie en Eubée, de Thermon en Étolie, de Délos et de Delphes (voués à Apollon) mais aussi d'Olympie et de Dodone (voués à Zeus) sont parmi les plus anciens sanctuaires. Le développement de ces cultes communs – qui deviennent bientôt ceux de la divinité protectrice de la cité – traduit bien le progrès de l'idée communautaire.
L'écriture alphabétique est acquise par les Grecs pendant cette même période. Empruntée aux Phéniciens, elle modifie profondément les « fonctions de la mémoire » dans la cité. L'écriture accompagne et facilite la formation de l'État et le développement de ses institutions : un des textes de décret les plus archaïques que nous possédions (VIIe s.) provient de Drêros, en Crète ; il porte déjà la formule « la cité a décidé ».
Au cours de cette époque, dont le nom, emprunté à l'archéologie, évoque les prémices de l'art grec, la transformation de la vie rurale et patriarcale primitive en une économie plus diversifiée s'accompagne de la substitution du régime aristocratique à la royauté homérique, suivie parfois d'une victoire de la démocratie sur l'oligarchie. Les cités d'Asie Mineure connaissent les premières cette évolution ; dès le VIIIe s. avant J.-C., en Asie, l'aristocratie confisque le pouvoir, le plus souvent par un démembrement progressif des prérogatives royales, devenues des magistratures annuelles (archonte, roi et polémarque à Athènes au début du VIIe s.) ; la boulê, l'ancien conseil de l'époque royale, formée désormais de magistrats sortis de charge, dirige la cité sans véritable contrôle de l'assemblée du peuple, l'ecclésia (ekklêsia).
Ainsi, une minorité de privilégiés par la naissance et la fortune (les Eupatrides) possèdent la terre et l'autorité. Du VIIIe au VIe s. avant J.-C., un vaste mouvement de colonisation entraîne la fondation de cités grecques sur le pourtour de la Méditerranée et des mers annexes du Pont-Euxin à l'Espagne.
Cette émigration est d'abord provoquée par des crises agraires qui s'accompagnent de troubles sociaux, puis par le désir d'établir des liens commerciaux nouveaux. Ainsi, la cité de Milet essaime sur les côtes de la Propontide et du Pont-Euxin, et Massalia (Marseille) multiplie les postes d'échanges sur la côte gauloise et même auprès du Rhône, en plein pays barbare. La colonisation, en modifiant les rapports économiques traditionnels, provoque dans les cités oligarchiques un double mécontentement : des non-nobles, enrichis par le commerce et l'artisanat, réclament des droits politiques, tandis que les journaliers, les petits paysans, ruinés par l'arrivée massive de blé à bas prix, obligés d'abandonner leurs terres à leurs créanciers, désirent une révolution sociale.
Des législateurs, tels Solon à Athènes et Pittacos à Mytilène (début du VIe s. avant J.-C.), chargés d'arbitrer les conflits, rédigent des lois écrites, désormais applicables à tous (nomoi). L'insuffisance de ces réformes fait naître une formule politique nouvelle, toute transitoire : dans nombre de cités, un tyran se voit confier toute autorité dans la cité.
Les régimes tyranniques permettent souvent (notamment à Athènes, où Pisistrate gouverne en « bon citoyen ») de rendre au groupe social son équilibre, mais ils ne résistent pas à des successions médiocres, aux efforts de l'aristocratie et surtout à la volonté des citoyens de prendre enfin leurs responsabilités politiques. La valeur des institutions qui se sont bâties au cours de l'époque archaïque et la cohésion de la cité ont l'occasion de se manifester hautement lors des guerres médiques (490-479). À Marathon (490 avant J.-C.), l'hoplite athénien montre que la cité est la force de l'esprit de corps ; à Salamine (480), on la voit capable d'utiliser la totalité de ses ressources humaines pour vaincre : même les plus pauvres des thêtes servent sur les trières (vaisseaux de guerre) et accèdent ainsi à une dignité nouvelle.
L'Athénien Aristide conclut, avec la plupart des cités des îles de l'Ionie et de l'Hellespont, une alliance, dite ligue de Délos, qui se propose d'arracher toute la Grèce d'Asie au joug perse (477) ; la ligue, dont le siège administratif est Délos, respecte l'autonomie des cités, mais elle confie la présidence du conseil fédéral et la direction des opérations à Athènes ; les alliés, sous le commandement de Cimon, achèvent, par la victoire de l'Eurymédon (468), la libération de l'Égée, que consacre la paix de Callias, conclue entre Athènes et le Grand Roi de Perse (449).
Entre-temps cependant, la Confédération s'est transformée en un « empire » dominé par Athènes, qui perçoit à son profit le tribut (phoros) sur les alliés et qui multiplie les clérouquies sur leur sol ; en outre, sous la pression populaire, Athènes cherche à étendre son hégémonie politique sur toute la Grèce, malgré Corinthe et la ligue péloponnésienne de Sparte ; après 454, l'« impérialisme armé » d' Athènes est mis en échec, et la paix de Trente Ans reconnaît la coexistence des ligues athénienne et péloponnésienne, partageant ainsi la Grèce en deux zones d'influence (446) ; elle ne sera qu'une trêve, mais elle permet l'épanouissement de la civilisation classique dans l'Athènes de Périclès.
Pendant une brève période (446-431), l'hellénisme atteint à Athènes un développement qui constitue l'apogée de la civilisation grecque ; Athènes, en effet, par la splendeur de ses monuments, par sa fécondité intellectuelle, surpasse toutes les autres cités ; ouvrant les magistratures à tous les citoyens, indemnisant les serviteurs de l'État par la mistophorie, elle s'identifie à la démocratie triomphante. Et, cependant, malgré ce rayonnement spirituel, malgré l'activité maritime, Périclès ne pourra réaliser l'unité spirituelle et économique de la Grèce dont il rêvait sans doute.
Les luttes se font alors plus confuses encore et quasi continuelles, les rêves d'hégémonie des grandes cités s'opposant au désir d'autonomie et de liberté (eleutheria) des petites. La Confédération athénienne, groupant par la contrainte les îles et les côtes de la mer Égée, s'oppose à la confédération péloponnésienne de Sparte, qui s'étend également à la Grèce centrale (431-404) ; cette guerre du Péloponnèse met aux prises un État démocratique et maritime et un État aristocratique et continental. La stratégie de Périclès est mise en échec ; des milliers d'Athéniens réfugiés dans leur cité sont frappés par la peste. Les armées ennemies ravagent la campagne attique. Toute la classe sociale des petits propriétaires exploitants est ruinée. Après le désastre de l'expédition de Sicile voulue par Alcibiade (415-413), la ligue de Délos se disloque ; la victoire du Spartiate Lysandre, allié à la Perse, sur l'Aigos-Potamos (405) contraint Athènes à accepter la paix de 404, qui la dépouille de ses fortifications, de sa flotte et de ses possessions, et la lie à Sparte par une alliance.
La victoire spartiate, qui prétend « libérer » la Grèce de la tyrannie athénienne, ne fait que lui substituer l'hégémonie lacédémonienne. Contrainte à un compromis impossible entre l'alliance perse, qui lui fournit les dariques indispensables, et la protection des Grecs d'Asie, Sparte livre à la Perse d'Artaxerxès II les cités d'Asie Mineure par la paix d'Antalcidas (dite « Paix du roi »), qui assure par ailleurs sa primauté en Grèce propre (386) ; ainsi, le Grand Roi, cent ans après sa défaite, dicte sa politique à la Grèce. Mais Athènes et Thèbes se rapprochent (379), et la victoire thébaine d'Épaminondas à Leuctres (371) met fin à l'hégémonie spartiate.
Thèbes s'efforce à son tour d'établir son hégémonie sur la Grèce continentale. Athènes reconstitue sa confédération (seconde Confédération athénienne). Thèbes multiplie ses interventions dans toute la Grèce et, renouvelant la trahison spartiate, s'allie à la Perse, provoquant ainsi le rapprochement de Sparte et d'Athènes (369). Victorieuse à Mantinée (362), Thèbes doit cependant renoncer à ses prétentions péloponnésiennes. Trois alliances sont alors en présence en Grèce ; mais cet « équilibre » fragile reflète l'épuisement d'une Grèce ravagée par des guerres continuelles, incapable de s'unir et à la merci d'un homme providentiel.
La plupart des cités grecques connaissent, au IVe s., des crises, que ces cités soient aristocratiques, comme Sparte, et qu'elles évoluent vers une ploutocratie de plus en plus insolente, ou qu'elles soient démocratiques, comme Athènes, qui, après de brèves tentatives oligarchiques (révolution des Quatre-Cents [411], tyrannie des Trente [404-403]), tombe dans une démagogie sans cesse plus impuissante. Les cités sont troublées par des conflits sociaux, conséquences des guerres ; à une minorité de riches commerçants, de manufacturiers et de gros propriétaires s'oppose le dêmos, peuple misérable et agité, concurrencé dans son travail par les esclaves, entretenu par l'État en régime démocratique. La pauvreté et les désordres politiques alimentent les bandes de mercenaires à la recherche d'un engagement.
Tous les philosophes sentent la nécessité de réformer la cité (Isocrate, Xénophon, Platon) ; de même, les expériences des tyrans de Sicile éveillent des sympathies en Grèce. Plus dangereusement encore, l'individu réclame ses droits et sa liberté contre la loi civique ; toutes les manifestations de l'esprit reflètent ce développement de l'individualisme ; le procès de Socrate traduit le trouble ainsi engendré, la pensée socratique affirmant l'indépendance de l'individu à l'égard de la cité. La même insatisfaction s'exprime dans la religion ; les cultes traditionnels paraissent insuffisants ou inopérants ; on a recours aux pratiques magiques et superstitieuses, et le culte consolateur d'Asclépios trouve de nouveaux fidèles. L'individu, en lutte contre le cadre traditionnel de la cité, recherche d'autres communautés ; ainsi prospèrent les anciennes confréries, de caractère plus ou moins secret, hétairies aristocratiques ou thiases dionysiaques, de recrutement populaire.
Menacée de l'intérieur, la cité l'est également de l'extérieur ; le monde grec sent sa faillite politique et supporte mal l'humiliation de la paix d'Antalcidas : les orateurs, Isocrate notamment, prêchent la nécessité de l'union, et l'échec des anciennes alliances fait penser que seul un roi peut regrouper les forces vives de l'hellénisme.
Philippe II de Macédoine a fait de son royaume féodal une monarchie centralisée, le dotant de solides moyens d'action (phalange, corps du génie, exploitation des mines d'or du mont Pangée). Il sait utiliser les discordes des cités pour intervenir en Grèce, sous le couvert de la guerre sacrée dirigée contre les Phocidiens (356-353) ; partout où il s'avance, en Thrace, en Chersonèse et en Chalcidique, il se heurte à des établissements athéniens ; mais la cité, éprise de paix, néglige le danger qui menace son ravitaillement et son indépendance. Après la paix de Philocratès (346), Philippe tient, outre le nord de la Grèce, des positions en Grèce centrale et il dispose des deux voix jadis possédées par les Phocidiens au conseil amphictyonique de Delphes ; dès lors, le conflit prend l'aspect d'une sorte de lutte entre le roi et l'un des ambassadeurs athéniens, Démosthène, qui doit, en outre, combattre l'inertie et l'égoïsme de ses concitoyens. Malgré les ambassadeurs athéniens Eschine et Philocratès, acquis au Macédonien, malgré la pacifisme d'Eubule et de ses amis, Démosthène organise la défense d'Athènes ; des fonds sont consacrés à l'armement, et l'on cherche des alliés ; dépassant les vieilles rancunes, Démosthène songe à une alliance avec Thèbes et même avec la Perse. Mais l'effort de guerre est tardif, et l'alliance attico-béotienne n'intervient que lorsque la partie est jouée. La deuxième guerre sacrée, menée en principe contre les Locriens, permet à Philippe d'envahir la Béotie, que les contingents grecs ne peuvent sauver à Chéronée (338). C'en est fait de l'indépendance des cités grecques. La paix de 338, si elle frappe durement Thèbes, épargne Athènes, qu'elle dépouille cependant de la Chersonèse et de sa confédération. La création de la ligue de Corinthe donne à la Grèce une organisation d'ensemble ; les cités dites « libres » doivent vivre en paix et adhérer à la ligue, dont Philippe est le généralissime (hêgemôn). Pour donner un but à cette union, Philippe se prépare à envahir l'Asie, mais il est assassiné avant le départ de l'expédition (336).
Les Grecs renouvellent avec le fils de Philippe, Alexandre le Grand, le pacte de Corinthe ; une tentative de révolte vaut à Thèbes d'être rasée. Arrivé au pouvoir en 336, Alexandre reprend la lutte contre la Perse et se lance à la conquête d'un immense Empire. Mais la Grèce participe peu aux campagnes du Macédonien. En 335, il détruit Thèbes qui s'était révoltée et réforme à son profit la ligue de Corinthe. Parti pour l'Asie, Alexandre laisse quelques garnisons en Grèce mais n'occupe pas militairement Athènes.
À la mort d'Alexandre, la Grèce tente de recouvrer son indépendance ancienne et des cités grecques groupées autour d'Athènes se soulèvent contre les Macédoniens. Cette révolte, la guerre lamiaque (323-322), ne peut réaliser l'union des cités et s'achève par la victoire d'Antipatros et une soumission sans condition (322). La Grèce est ensuite entraînée dans les luttes qui suivent la disparition du Conquérant. Disputée par Polyperchon, successeur d'Antipatros, Cassandre, fils de celui-ci, et Démétrios Ier Poliorcète, fils d'Antigonos, elle échoit finalement, en 277, avec la Macédoine, à Antigonos Ier Gonatas, fils du Poliorcète et fondateur de la dynastie des Antigonides. Morcelée, ruinée, la Grèce subit les effets de multiples crises sociales ainsi que ceux d'une grave dépopulation. La domination des rois de Macédoine se manifeste selon divers modes ; parfois ils installent dans les cités un épistate et une garnison, ou ils se contentent de désigner les deux magistrats principaux des cités, ou bien encore ils s'appuient sur un tyran ou sur tel parti politique. Athènes reste un centre intellectuel ; les philosophes stoïciens et épicuriens en font le siège de leur école. La résistance la plus efficace à la Macédoine est le fait d'États qui parviennent à regrouper de grandes régions sous leur autorité – la ligue Étolienne (290 ?-189 avant J.-C.), la ligue Achéenne (280-198 avant J.-C.) et Sparte (227-221 avant J.-C.) – mais qui en arrivent aussi à se faire la guerre entre eux ou à agresser les cités récalcitrantes au combat, soucieuses de préserver avant tout leur autonomie. L'équilibre du pouvoir entre les monarchies hellénistiques donne à la Grèce un sentiment illusoire d'autonomie, mais le pays devient en réalité l'enjeu de leurs rivalités. Ainsi, le mouvement anti-macédonien est particulièrement exploité par l'Égypte.
Ces guerres de libération épuisent les cités grecques, qui tout en conservant leurs structures politiques traditionnelles, se révèlent incapables de mettre en place une cohésion nationale : la tradition républicaine ne survit que sous la forme des fédérations autonomes, telles que les ligues Étolienne et Achéenne. Tandis qu'elles perdent leur place dans les affaires internationales, les cités grecques sont confrontées à des problèmes sociaux de plus en plus graves. Les conditions qui avaient déclenché la crise du IVe s.ressurgissent, aggravées par les guerres incessantes. La richesse se concentre aux mains de quelques-uns, et le marché des exportations se rétrécit du fait de la concurrence des nouvelles communautés gréco-orientales. La seule nouveauté porte sur l'émancipation des esclaves, car leur appui est indispensable pour s'imposer face aux armées mercenaires.
Favorisée par sa position géographique, sa richesse commerciale et son alliance avec l'Égypte, Rhodes est la seule cité grecque de la fin du IIIe s. avant J.-C., qui joue encore un rôle actif et indépendant dans le monde égéen.
N'arrivant pas à se délivrer seule du joug macédonien, la Grèce s'allie finalement aux Romains. Le conflit entre Rome et la Macédoine éclate lorsque Rome établit une tête de pont sur l'Adriatique orientale après deux expéditions contre les pirates illyriens (229-228, 219 avant J.-C.) ; il se transforme en véritable guerre (première guerre de Macédoine, 215-205 avant J.-C.) lorsque le roi de Macédoine, Philippe V (qui régna de 221 à 179 avant J.-C.), conclut une alliance avec Carthage. La deuxième guerre de Macédoine (200-197 avant J.-C.) fait de Rome – massivement soutenue par les États de la ligue Étolienne, Athènes, Sparte et Rhodes, tous ennemis de la Macédoine – la principale puissance en Grèce.
La proclamation, en 197 avant J.-C., de la liberté de toutes les cités grecques, par le général romain Titus Quinctius Flaminius est reçue avec enthousiasme. Les conquérants prennent en effet, dans un premier temps, la décision de ne pas organiser la Grèce en province romaine. Cela signifie pour les populations libérées qu'elles ne sont pas obligées de payer un tribut aux Romains ni d'accueillir une garnison, et que les tribunaux locaux conservent leur indépendance. Néanmoins, les Romains imposent des modifications territoriales aux cités grecques qu'ils ont délivrées de la tutelle macédonienne. Ils dictent à certaines des dispositions constitutionnelles et attendent de toutes qu'elles mènent une politique étrangère pro-romaine.
Le consul romain Flamininus affecte de rendre à toutes les cités grecques leur indépendance, mais en fait, il établit sur la Grèce un protectorat tatillon ; les légats romains, soucieux de s'attirer l'appui des bourgeoisies locales, exaspèrent les tensions sociales ; les Achéens, mal récompensés de leur appui à la cause romaine, se révoltent ; c'est la fin (146) de l'indépendance de la Grèce, soumise désormais à la surveillance du gouverneur de la province de Macédoine. Progressivement, tout le monde hellénistique passe sous la domination romaine (royaume de Pergame légué à Rome [133], organisation de la province de Syrie [64-63], conquête de l'Égypte [30]), et la tentative de Mithridate pour libérer l'Asie Mineure et la Grèce propre (88-84 avant J.-C.) se solde par un échec (Athènes est prise après un très dur siège par le général romain Sulla). La Grèce est un champ de bataille pendant les guerres civiles ; malgré le soutien donné à Pompée, elle est bien traitée par César, qui fonde une colonie à Corinthe (détruite en 146), mais le pays est exsangue quand Auguste réorganise l'Empire.
La domination romaine a des effets catastrophiques. Plus encore que les Macédoniens, les Romains brisent toute velléité d'opposition en réprimant impitoyablement leurs ennemis. De plus, les dévastations se poursuivent après l'écrasement de la résistance grecque, car la région devient l'un des principaux théâtres des guerres civiles romaines, avec les batailles de Pharsale (48 avant J.-C.), de Philippes (42 avant J.-C.) et d'Actium (31 avant J.-C.). Cette domination est également désastreuse du point de vue économique : la stratégie de Rome consiste à isoler les monarchies hellénistiques d'Orient les unes des autres et à les couper de la Grèce, brisant ainsi les liens commerciaux qui avaient été à l'origine de la prospérité de ces régions. L'effondrement de l'économie est tel qu'au Ie s. avant J.-C la Grèce est obligée d'importer d'Italie l'huile et le vin qui, jusque là, constituaient la quasi-totalité de ses exportations. Sous le règne d'Auguste (27 avant J.-C.-14 après J.-C.), les seules villes florissantes sont les nouvelles colonies créées par l'empereur.
À partir du Ie s. après J.-C, Rome renonce à son hostilité vis-à-vis de la Grèce et se lance dans une politique plus conciliante. Bien qu'organisée en province romaine depuis 27 avant J.-C., la Grèce conserve quelques cités « libres » : Néron, qui vient chercher en Grèce (67 après J.-C.) le couronnement de ses talents poétiques et athlétiques, proclame la liberté des Grecs et exempte les cités du tribut, mais cela n'a aucun effet pratique. D'autres cités deviennent libres sur l'initiative des empereurs philhelléniques (Hadrien ou Marc Aurèle) du IIe s. de notre ère, qui s'intéressent aux cultes anciens, au prestige des vieilles cités, la Grèce étant devenue comme un conservatoire de la culture. Hadrien subventionne également des festivals religieux tandis qu'Antonin le Pieux (qui régna de 138 à 161 après J.-C.) et son successeur Marc Aurèle créent des chaires de rhétorique et de philosophie à Athènes. La solidarité grecque s'exprime à nouveau par la fondation de ligues (la ligue Achéenne, l'amphictyonie de Delphes) et la création, à l'initiative d'Hadrien, d'une ligue panhellénique basée à Athènes, ouverte aux communautés grecques de tout le monde romain.
Malgré l'évolution de la politique romaine, la Grèce ne parvient pas à redresser sa situation économique. Le pays est dépeuplé ; toutes les richesses du pays sont aux mains de quelques privilégiés ; les exploitations d'agriculture intensive du Ie s. avant J.-C. sont transformées en pâturages. Si la Grèce s'enorgueillit cependant de son influence spirituelle, déjà lui portent ombrage les grandes villes d'Asie Mineure (Éphèse notamment) ou de Syrie (Antioche). Les Barbares sont de nouveau menaçants (en 267 après J.-C., Athènes est prise par les Goths et par les Hérules), mais la réorganisation de l'Empire par Constantin éloigne le danger pour un temps. Le christianisme devient alors un concurrent pour l'hellénisme ; en 381, l'empereur Théodose interdit l'exercice du paganisme ; en 395, les jeux Olympiques sont célébrés pour la dernière fois. La Grèce antique cède la place au monde byzantin.
Après 395, la Grèce, incluse dans l'Empire d'Orient, sera ravagée à maintes reprises par les invasions : Wisigoths, Ostrogoths, Huns, Slaves (à partir de 547), Avars (591), Arabes, qui prendront Chypre (649) et Rhodes (654). Des Slaves vont coloniser l'intérieur du pays, où ils se convertiront au christianisme à partir du IXe s., alors que les anciens habitants reflueront vers les côtes et les îles.
L'organisation administrative se transforme ; le péril entraîne la création de circonscriptions militaires, les thèmes (quatre en Grèce), obéissant à des stratèges. Mais, surtout après la disparition de l'empire d'Occident (476), la Grèce prend dans l'Empire byzantin une place éminente dans le domaine culturel. Théodose II, sous l'influence de sa femme, Eudoxie, une Grecque, fonde à Constantinople une université grecque (425) et autorise à rendre les jugements en langue hellénique. Si Justinien ferme en 529 les écoles philosophiques d'Athènes, regardées comme un foyer de paganisme, il publie en grec beaucoup de ses décrets. Vers 630, Héraclius adopte le titre de basileus et fait du grec la langue officielle ; l'Église chrétienne, usant de cette langue, contribue à sa diffusion.
La Grèce est entraînée dans les querelles religieuses qui déchirent l'Empire et se soulève, en 727, contre Léon III l'Isaurien, l'empereur iconoclaste. Comme le reste de l'Orient, elle adhère au schisme de 1054 et se rallie au patriarche de Constantinople.
Les Arabes, un moment contenus par Constantin V, qui a réoccupé Chypre (746), s'emparent de la Crète (826), qui sera reprise en 961, puis de Thessalonique (904). Puis viennent les Bulgares, dont le tsar Samuel s'avance jusqu'aux Thermopyles, où il est vaincu par Basile II (Sperkhios, 996) ; en 1001, les Normands débarquent en Épire (1081), ravagent l'Eubée et l'Attique (1147).
Ces invasions plongent la Grèce dans la misère. Beaucoup de paysans refluent vers les villes, et dans les campagnes se forment de grands domaines féodaux. Souvent, les souverains recherchent contre les Barbares l'appui de la République de Venise, qui en profite pour obtenir des bases commerciales. Au cours de la troisième croisade, le roi d'Angleterre Richard Cœur de Lion fait la conquête de Chypre (1191), qu'il cède l'année suivante à l'ancien roi de Jérusalem Gui de Lusignan ; ce royaume deviendra, en 1489, possession vénitienne.
La quatrième croisade (1204) aboutit à la création d'un Empire latin, confié au comte de Flandre Baudouin, qui étend son autorité sur la Thrace, et à la formation de principautés franques : le royaume de Thessalonique, enlevé par les Byzantins dès 1222 ; le Péloponnèse, devenu la principauté d'Achaïe ou de Morée ; le duché d'Athènes (Empire latin de Constantinople).
Contre les Francs et les Vénitiens, les empereurs grecs s'appuient sur les Génois, auxquels ils abandonnent Phocée (1275), les îles de Chio (1304) et de Lesbos (1355). Au XVe s., ils ont reconquis la plus grande partie de leurs États, où la civilisation grecque brille d'un éclat plus vif encore qu'au début de l'Empire d'Orient. Mais cette renaissance est arrêtée par la conquête turque.
Le 4 juin 1456, Athènes tombe aux mains des Turcs ; les progrès des conquérants ont été facilités par les querelles entre princes byzantins et par la politique de Venise, qui a longtemps essayé de s'entendre avec eux pour obtenir des avantages commerciaux. La conquête des terres grecques par les Turcs n'est cependant pas achevée en 1456 : l'empire de Trébizonde survivra jusqu'en 1461 ; Rhodes tombera seulement en 1522, Chypre en 1571, la Crète en 1669, Tínos en 1715 ; quant aux îles Ioniennes, elles échapperont presque totalement aux Ottomans.
D'autre part, la pacification de la Grèce ne sera jamais totale, et de nombreux soulèvements se produiront : en Morée (1463-1479), à Rhodes (1522), en Grèce centrale (1571). Cependant, les Turcs ne sont pas plus impopulaires aux yeux des Grecs que les Vénitiens et, en général, les Latins ; les Sultans se montrent tolérants à l'égard des Grecs, qui gardent leur langue, leur religion et leur organisation religieuse. La Grèce turque est soumise au beylerbey de l'eyalet de Roumélie, divisée en sept provinces, ou sandjaks (Morée, Eubée, Béotie-Attique, Thessalie, Étolie-Arcadie, Épire, Grèce centrale), et en districts administrés par un subaşi ; plus tard apparaîtront des groupements de sandjaks, les vilayets, dirigés par des pachas. Une partie des terres est confisquée pour être distribuée en fiefs militaires aux sipahis ou attribuée en pleine propriété à des musulmans ou au clergé islamique. Mais les Ottomans laissent leurs biens aux monastères orthodoxes et aux grands propriétaires qui se soumettent ; dans les régions montagneuses, les indigènes conservent leurs terres et leur liberté. Il faut considérer l'occupation turque comme celle d'une armée campée en pays conquis et se préoccupant surtout du maintien de l'ordre ; aussi le patriarche de Constantinople devient-il un chef national. La perception des impôts étant affermée, des Grecs s'en chargent et acquièrent dans leurs localités une autorité consacrée par leur reconnaissance comme chefs de villages, plus tard assistés de conseillers municipaux élus (archontes).
À la faveur des capitulations signées par le Sultan avec la France, l'Angleterre (1580) et les Provinces-Unies (1612), le commerce se développe et beaucoup de Grecs s'y adonnent, prenant la place jadis tenue par les Vénitiens. À Constantinople, les Grecs du quartier du Phanar, ou Phanariotes, s'enrichissent et forment une bourgeoisie influente jusque sur le gouvernement, qui leur abandonne certaines fonctions, comme celle de drogman de la Porte. D'autres essaiment comme négociants dans les ports du Levant et de l'Occident, surtout en Russie, où certains entrent au service du tsar (Capo d'Istria).
Le sentiment national grec s'éveille au XVIIIe s. sous le double effet de la décadence turque et de la volonté de la Russie de prendre en main la cause de tous les orthodoxes soumis aux Turcs et d'atteindre les Détroits. En 1768, Catherine II entre en guerre contre la Turquie et envoie sa flotte sur les côtes de Morée ; la lutte s'achève par le traité de Kutchuk-Kaïnardji (juillet 1774), qui établit le protectorat russe sur les orthodoxes de Moldavie et Valachie, et permet aux bateaux grecs de naviguer sous pavillon russe. La Russie va désormais avoir les Grecs pour fidèles « clients ».
Les Grecs émigrés entretiennent le philhellénisme des Occidentaux, impressionnés par le prestige de la Grèce antique. Parmi eux se détachent Coraï (Koraís), Smyrniote qui vient en France pendant la Révolution, et Ríghas de Velestínon, qui séjourne à Vienne, où il fonde la société patriotique de l'Hétairie et compose la Marseillaise hellénique (livré aux Turcs, il sera exécuté en 1798). L'Hétairie est reconstituée en 1814, à Odessa, sous la présidence du Grec Ypsilanti (Aléxandhros Ypsilándis), devenu aide de camp du tsar Alexandre Ier, qui entre en relation avec Ali Pacha de Tebelen, en conflit avec le Sultan.
En mars 1821, tandis qu'Ypsilanti tente de soulever les Roumains, l'archevêque de Patras, Ghermanós, et un membre de l'Hétairie, Papafléssas, appellent les Grecs à l'insurrection. Les klephtes de Kolokotrónis, les marins de l'amiral Miaoúlis et de Kanáris leur apportent leur concours. Après la prise de Trípolis (1821), en Morée, le congrès d'Épidaure, présidé par Mavrokordhátos, proclame l'indépendance de la Grèce (1er- 12 janvier 1822). Mais les Turcs se ressaisissent, pendent le patriarche et se livrent à des massacres, comme ceux de Chio (avril 1822).
Les Grecs sollicitent en vain l'appui de la Russie au congrès de Vérone, qui suit la politique conservatrice de Metternich. Cependant, l'opinion publique, en Europe et aux États-Unis, s'enthousiasme pour leur cause, et un peu partout se créent des comités de philhellènes pour leur envoyer des volontaires, des armes ou de l'argent. Les volontaires les plus célèbres ont été le colonel français Fabvier, le poète anglais Byron et lord Cochrane.
Mais les Grecs, divisés en plusieurs gouvernements locaux, ne savent pas éviter des querelles internes. Ils facilitent ainsi la tâche des troupes modernes du pacha d'Égypte Méhémet-Ali, appelées en 1825 par le Sultan et qui, sous les ordres d'Ibrahim Pacha, reprennent le pays en deux ans, après la chute de Missolonghi (1826) et de l'Acropole d'Athènes, défendue par Fabvier (1827).
La situation est sauvée par le tsar Nicolas Ier, le cabinet britannique de Canning et le ministère français de Villèle, qui s'entendent, à Londres, pour exiger l'autonomie de la Grèce (juillet 1827). Malgré Metternich, ces États envoient leurs flottes, qui détruisent l'escadre égyptienne en rade de Navarin (20 octobre 1827). Nicolas déclare ensuite la guerre à la Turquie (avril 1828), et la France fait occuper la Morée par les troupes du général Maison. Le Sultan doit signer le traité d'Andrinople (septembre 1829), qui fait des pays grecs situés au sud d'une ligne tirée du golfe d'Árta à celui de Vólos, avec les îles d'Eubée et des Cyclades, un État vassal de la Turquie. Par le protocole de Londres (3 février 1830), l'Angleterre, la France la Russie reconnaissent de fait l'indépendance de la Grèce en offrant la couronne à Léopold de Saxe-Cobourg, qui l'accepte, mais qui est écarté par Capo d'Istria. Celui-ci, dont la capitale est Nauplie, renforce sa dictature à l'encontre des bourgeois libéraux menés par Mavrokordhátos. Mais il est assassiné le 9 octobre 1831. Après une période d'anarchie, la Convention de Londres (7 mai 1832) fait de jure de la Grèce un royaume indépendant protégé par les trois puissances. La couronne est offerte à Otton de Bavière.
Otton transfère la capitale à Athènes (1834), mais, en peuplant l'administration et l'armée d'Allemands, il s'attire l'hostilité de ses sujets. Un coup d'État dirigé par Kallérghis (septembre 1843) l'oblige à promettre une Constitution, que vote, en mars 1844, une Assemblée nationale ; si une Chambre des députés élue au suffrage censitaire et un Sénat nommé à vie par le roi sont établis, il n'y a pas de régime parlementaire. Otton peut ainsi maintenir son autorité avec l'appui de la Russie.
Mécontente, l'Angleterre bloque Le Pirée au début de 1850. Mais cette intervention maladroite renforce l'influence russe, d'autant que le tsar s'est entremis pour faire admettre au Sultan l'indépendance administrative de l'Église grecque. Pendant la guerre de Crimée (1854-1856), les sympathies grecques pour la Russie et les soulèvements des Hellènes dans les provinces turques d'Épire et de Thessalie amènent la France et la Grande-Bretagne à débarquer au Pirée des troupes, qui y demeureront jusqu'en 1857.
Le 13 février 1862, la garnison de Nauplie se révolte contre Otton ; le 22 octobre, c'est au tour d'Athènes, où Dhimítrios Voúlgharis, soutenu par les Anglais, proclame la déchéance du roi. Pour établir son influence sur la Grèce, dont la position en Méditerranée orientale est capitale sur la route de l'Inde, l'Angleterre impose comme souverain le beau-frère du prince de Galles, Georges de Danemark, qui prend le nom de Georges Ier (octobre 1863) ; afin de s'attacher la nouvelle dynastie, elle lui donne les îles Ioniennes (1864). La Constitution de 1864 limite les droits du souverain et établit le suffrage universel. En 1866, Georges Ier favorise un soulèvement des Crétois contre les Turcs, mais non appuyé par les puissances, doit laisser l'île au Sultan. Pendant la guerre russo-turque (1877-1878), les Grecs pénètrent en Thessalie, province dont la plus grande partie – ainsi qu'une portion de l'Épire – lui sera cédée en 1881.
Mécontents de la non-exécution des promesses de réformes faites en 1878, les Crétois se soulèvent en mars 1896, avec l'appui de volontaires grecs, et, en février 1897, le gouvernement grec de Theódhoros, Dhilighiánnis fait débarquer ses troupes en Crète. Commandés par le prince Constantin, les Grecs entrent en Macédoine, mais sont battus. La médiation des puissances impose un armistice, et, par le traité de Constantinople (décembre 1897), la Crète est déclarée autonome, dans le cadre de l'Empire turc. En septembre 1898, de nouvelles révoltes en Crète incitent les puissances à faire nommer dans l'île un haut-commissaire, le prince Georges de Grèce, le second fils du roi. Celui-ci, par son autoritarisme, provoque une révolte en 1905 et son remplacement par Aléxandhros Zaímis.
La crise balkanique, ouverte en octobre 1908 et qui voit Serbes, Grecs et Bulgares se liguer contre la Porte, entraîne un mouvement nationaliste en Grèce et en Crète, où Venizélos proclame le rattachement au gouvernement d'Athènes. En août 1909, une ligue militaire opère un coup d'État, à la suite duquel Venizélos devient le Premier ministre grec, en 1910. Venizélos va, dès lors, travailler sans désemparer à réunir tous les territoires habités par des Hellènes. D'autre part, il fait voter en 1911 une Constitution assurant les principales libertés et procède à la réorganisation du pays. Sous la médiation de la Russie, la Grèce s'allie à la Bulgarie, à la Serbie et au Monténégro (mai 1912), et cette Ligue balkanique déclare la guerre à la Turquie (18 octobre 1912). [crises et guerres des Balkans] L'armée grecque envahit l'Épire et la Macédoine, s'empare de Salonique (Thessalonique) [novembre 1912], d'Ioánnina (février 1913). En mars 1913, Georges Ier est assassiné, et la couronne revient à Constantin, beau-frère de l'empereur allemand Guillaume II. La conférence de Londres de mai 1913 met fin au premier conflit, mais les discussions sur le partage de la Macédoine entraînent une seconde guerre, entre, d'une part, la Bulgarie et ses anciens alliés, et, d'autre part, la Turquie et la Roumanie (juin 1913). La défaite de la Bulgarie est suivie du traité de Bucarest (août 1913), qui assure à la Grèce une grande partie de la Macédoine avec Thessalonique, la Chalcidique, Kavála, l'Épire méridionale, la Crète et les îles de Sámos, Chio, Mytilène et Lemnos.
Lors de la Première Guerre mondiale, le gouvernement grec est divisé entre les germanophiles, groupés derrière le roi, et ceux, qui, avec Venizélos, veulent se ranger aux côtés des Alliés. Quand ces derniers entreprennent l'expédition des Dardanelles, Venizélos propose l'entrée en guerre de la Grèce, mais Constantin l'oblige à démissionner (6 mars 1915). Venizélos revient en août, à la faveur des élections ; lors de l'invasion de la Serbie (octobre 1915), il veut tenir les engagements de l'alliance de 1913 et conseille secrètement aux Alliés de débarquer à Thessalonique, ne protestant ensuite que pour la forme. Il doit démissionner de nouveau le 5 octobre et est remplacé par Zaímis, puis par Stéfanos Skouloúdhis qui maintient une neutralité favorable aux Empires centraux, tandis que les Alliés multiplient les ultimatums.
La constitution, à Thessalonique (septembre 1916), d'un gouvernement républicain par Venizélos, l'amiral Koundouriótis et le général Dhanglís amène Constantin à envisager une alliance avec les Empires centraux, politique qui entraîne le général Sarrail, en mai 1917, à occuper la Thessalie ; le 11 juin, celui-ci fait remettre par le haut-commissaire des Alliés, Jonnart, un ultimatum exigeant l'abdication de Constantin. Ce dernier se soumet, et la couronne revient à son second fils, Alexandre, qui rappelle aussitôt Venizélos. Le 26 juin, la Grèce déclare la guerre aux Empires centraux.
Après la guerre, les revendications de la Grèce sont incomplètement satisfaites, en novembre 1919, lors du traité de Neuilly avec la Bulgarie (acquisition de la Thrace occidentale et de la côte égéenne autour d'Alexandhroúpolis) et, en août 1920, lors de celui de Sèvres avec la Turquie (acquisition de la Thrace orientale, des îles d'Imbros [Imroz] et de Ténedos, de la région de Smyrne).
En septembre 1920, Venizélos dissout la Chambre, mais, battu aux élections du 14 novembre, il s'installe à Paris. En octobre, Alexandre Ier meurt, et le plébiscite du 5 décembre rappelle Constantin Ier. En janvier 1921, poussé par les Alliés, le Premier ministre Ghoúnaris lance une offensive générale en Anatolie. La guerre gréco-turque est marquée par d'éclatants succès de l'armée de Mustafa Kemal sur les Grecs, qui devront signer l'armistice de Mudanya en octobre 1922. (crises et guerres des Balkans) Des officiers partisans de Venizélos, entraînés par le colonel Plastíras, ont obligé, en septembre, Constantin Ier à abdiquer en faveur de Georges II, qui gouverne avec le comité révolutionnaire de Plastíras et de Ghonatás ; Ghoúnaris et les généraux tenus responsables de la défaite sont exécutés en novembre. Par le traité de Lausanne (juillet 1923), la Grèce doit renoncer à Smyrne ainsi qu'à la Thrace à l'est de la rivière Évros (Marica) et accepter d'échanger les minorités avec ses voisins. 1 400 000 réfugiés, dont 200 000 seulement émigrent, aggravent la situation économique.
Ces difficultés provoquent la formation de partis d'opposition : Union démocratique de Papanastassíou, parti communiste appuyé sur un syndicat ouvrier puissant. Cependant, après une tentative de coup d'État royaliste par Metaxás (novembre 1923), les élections de décembre sont un succès pour les partisans de Venizélos, et Georges II se retire en laissant la régence à l'amiral Koundouriótis (18 décembre 1923).
La république, proclamée le 25 mars 1924, est confirmée en avril par un plébiscite, l'amiral Koundouriótis devenant président. Mais le pays sombre dans l'anarchie. Le général Pángalos prend le pouvoir en juin 1925 et établit bientôt une dictature, qui sera renversée par le général Kondhýlis en août 1926 ; ce dernier rétablit Koundouriótis à la tête de la République. Après des élections sans majorité, Zaímis forme un gouvernement d'union républicaine et publie en juin 1927 une Constitution parlementaire. La situation intérieure est aggravée par les difficultés financières. Appelé en juillet 1928 à la présidence du Conseil, Venizélos dissout la Chambre, et les élections d'août lui assurent une large majorité, qui lui permet d'exercer un pouvoir personnel. Mais il doit renoncer à son ancienne politique impérialiste et conclut un traité d'amitié avec l'Italie (septembre 1928), puis avec la Yougoslavie (mars 1929). Il reçoit même le président turc Ismet Inönü (1931) et ne soutient pas le mouvement nationaliste de Chypre. Ce revirement et l'abandon de l'étalon-or en mai 1932 l'obligent à démissionner (mai 1932) et à céder la place à Papanastassíou, puis, en novembre, à Tsaldháris, chef du parti populaire.
Après une nouvelle tentative de coup d'État (mars 1933) par le général Plastíras, le général Kondhýlis prend le pouvoir (mars 1935) et abolit la république le 10 octobre.
Rappelé par un plébiscite, Georges II revient en novembre 1935, tandis que Venizélos part pour l'exil. Après avoir formé un cabinet Dhemerdzís, le roi laisse le général Metaxás abolir la Constitution de 1927, dissoudre le Parlement et établir une dictature, qu'il exercera de 1936 à sa mort (1941).
La Grèce, qui a adhéré en février 1934 à l'Entente balkanique, est menacée par les ambitions de Mussolini depuis l'annexion de l'Albanie (avril 1939). Le 28 octobre 1940, l'Italie envahit son territoire. (campagnes des Balkans et Seconde Guerre mondiale) En avril 1941, les Allemands viennent seconder les Italiens, auxquels les Grecs opposent une résistance acharnée. Après l'occupation de Corinthe par les parachutistes allemands, Athènes tombe le 27 avril, et, le 28, l'ennemi occupe toute la Morée. Georges II se retire en Crète, défendue par les Britanniques. Le 20 mai, l'île est attaquée par les parachutistes allemands. Après la perte de Khaniá (La Canée) le 27 mai, les Anglais se rembarquent le 1er juin, Georges II allant installer son gouvernement au Caire. Les Allemands établissent à Athènes le gouvernement fantoche du général Tsolákoghlou, contre lequel la guérilla est activement menée, à partir de mars 1942, par des organisations de résistance : communistes de l'E.A.M. (Front national de libération) et de l'E.L.A.S. (Armée nationale populaire de libération), modérés de l'E.K.K.A. (Mouvement de libération sociale et nationale) et de l'E.D.E.S. (Armée nationale démocratique grecque).
Le 10 mars 1944 est constitué par Svólos un comité provisoire de libération nationale. Georges II appelle dans le gouvernement en exil des représentants de toutes les nuances, notamment Papandhréou, et s'engage à ne rentrer en Grèce qu'après un plébiscite. Par suite de l'offensive russe en Roumanie, les Allemands évacuent la Grèce en octobre 1944 ; les Britanniques débarquent au Pirée (14 octobre). Mais les résistants de gauche, constituant un front national à direction communiste, refusent de déposer les armes et engagent la lutte contre les Anglais, le 3 décembre. Le roi remet alors ses pouvoirs à un régent, le métropolite d'Athènes, Mgr Damaskinos (Dhamaskinós). Celui-ci confie la direction du gouvernement au général Plastíras (janvier 1945). La trêve de Várkiza est alors conclue avec l'E.A.M.-E.L.A.S. (12 février). Lors des élections du 31 mars 1946, après une campagne violente des éléments de droite, les partis de gauche s'abstiennent ; victorieux, les populistes (royalistes) organisent le plébiscite du 1er septembre, qui rappelle Georges II.
Les anciens résistants communistes refusent de se rallier à la royauté, et la guerre civile reprend dans les montagnes du Nord, menée par l'armée du général Márkos, qui institue, en décembre 1947, à Kónitsa, en Épire, un Gouvernement provisoire de la Grèce libre, soutenu par les Soviétiques. La lutte est menée contre lui d'abord par les Britanniques, puis, à partir de mars 1947, par les Américains.
Le traité de paix avec l'Italie, signé à Paris (février 1947), donne à la Grèce les îles de Rhodes et du Dodécanèse. Peu après, Georges II meurt (avril) et est remplacé par son frère, Paul Ier. La guerre civile ne s'achève qu'en octobre 1949, avec la prise, par les forces gouvernementales du général Papághos, des monts Ghrámmos, centre principal des insurgés. Les élections de mars 1950 donnent la victoire au parti « centre gauche » du général Plastíras, qui forme le gouvernement (avril 1950) ; les partis de droite se réorganisent, sous la direction du maréchal Papághos, dans le Rassemblement hellénique, tandis que le fils de Venizélos forme une Union des centres.
En raison de son importance stratégique, la Grèce reçoit largement l'aide américaine et est admise à l'O.T.A.N. (février 1952).
Papághos forme un gouvernement en novembre 1952. Pour améliorer la situation, son ministre Markezínis dévalue la drachme (avril 1953) et signe des conventions commerciales avec la Tchécoslovaquie et l'Allemagne de l'Ouest (1954). Il poursuit une politique de détente avec les États voisins : traités de 1953 avec la Yougoslavie et la Turquie, reprise des relations diplomatiques avec l'U.R.S.S. Après la mort de Papághos (octobre 1955) est mis en place le gouvernement dirigé par Konstandínos Karamanlís (Constantin Caramanlis), qui, appuyé sur le parti de l'Union nationale radicale (E.R.E.), est à la tête du pays jusqu'en 1963. Le 11 juin, il démissionne après l'assassinat du député de gauche Lambrákis en mai. Les élections du 3 novembre 1963 et celles du 16 février 1964 sont marquées par le succès de l'Union des centres, dont le chef, Gheórghios Papandhréou, dirige dès lors le gouvernement.
Au roi Paul Ier, mort le 6 mars 1964, succède son fils, Constantin II.
L'affaire de Chypre provoque une crise très grave. Quand Chypre a été proclamée indépendante (1959), la Grèce, favorable à l'Enôsis, a donné son appui à la majorité chypriote grecque. Or, à partir de janvier 1965, l'U.R.S.S. prend brusquement ses distances avec Mgr Makários et se rapproche des thèses turques : Papandhréou croit alors devoir chercher, prudemment, une solution de conciliation ; les Chypriotes et la presse grecque de droite l'accusent d'abandonner la cause des Grecs de Chypre. Le 15 juillet 1965, Papandhréou démissionne, reprochant au roi d'avoir violé la Constitution.
La crise trouve sa solution en septembre, avec la constitution d'un cabinet de compromis, dirigé par Stefanópoulos et appuyé par la droite. Mais la nouvelle équipe gouvernementale se révèle impuissante à sortir le pays de l'instabilité, alors que des manifestations se déroulent en faveur de Papandhréou (mars 1966). Stefanópoulos démissionne en décembre 1966, et le roi appelle Joánnis Paraskevópoulos à former un cabinet avec des personnalités extraparlementaires. Ce cabinet, investi le 13 janvier 1967, démissionne dès le 30 mars. Kanellópoulos prend la tête du gouvernement, dissout la Chambre le 14 avril 1967 et fixe des élections au 28 mai.
Dans la nuit du 20 au 21 avril, deux jours avant l'ouverture de la campagne électorale, un coup d'État militaire est fomenté par un groupe d'officiers : le général Stylianós Pattakós, le colonel Papadhópoulos et le colonel Makarézos. Un nouveau gouvernement, présidé par Kostandínos Kóllias (avec le général Pattakós comme ministre de l'Intérieur et le général Spandidhákis comme vice-Premier ministre et ministre de la Défense), prête serment devant le roi.
Se déclarant avant tout anticommuniste et « au-dessus des partis », le nouveau gouvernement prend immédiatement des mesures autoritaires, atteignant surtout l'extrême gauche. À l'extérieur, le « régime des colonels » est confronté à une nouvelle crise grave à propos de Chypre : devant l'attitude de plus en plus menaçante d'Istanbul, il doit accepter, en novembre 1967, le principe du retrait de ses troupes de l'île, concurremment à celui des forces turques. Le 13 décembre, le roi Constantin tente un « contre-coup d'État », mais il échoue et se réfugie à Rome. Papadhópoulos prend la tête du gouvernement, et le général Zoïtákis est nommé régent du royaume.
En septembre 1968, une nouvelle Constitution est adoptée par référendum ; elle attribue l'essentiel des pouvoirs à l'exécutif et reconnaît la prééminence de l'armée dans l'État.
À l'été et à l'automne de 1968, une forte opposition se manifeste : un attentat contre le colonel Papadhópoulos est organisé par un militant centriste, Alékas Panaghoúlis ; le 3 novembre, une manifestation hostile se déroule à Athènes, à l'occasion des obsèques de Gheórghios Papandhréou. Mais l'opposition a du mal à s'organiser. La plupart des chefs de parti sont en exil : ainsi l'ancien ministre Konstandínos Karamanlís et le fils de Gheórghios Papandhréou, Andhréas Papandhréou, qui prend, en 1968, la direction du Mouvement de libération panhellénique (P.A.K.). À la suite d'un accord entre le P.A.K., le Front patriotique (d'extrême gauche) et le mouvement « Défense démocratique » (centre gauche), des structures communes de résistance sont créées à Stockholm le 2 avril 1969. En fait, l'opposition est divisée.
À partir de 1970, la réalité du pouvoir appartient au seul colonel Papadhópoulos. Se refusant toujours à organiser des élections, ce dernier crée, au début de 1970, un organe consultatif dont les membres sont soit nommés par le gouvernement, soit élus par les organisations socioprofessionnelles. Une certaine libéralisation est tentée. Mais, le 25 mars 1971 (jour anniversaire de l'insurrection de 1821 contre les Turcs), 133 personnalités de la gauche et de la droite monarchiste réclament le rétablissement de la souveraineté populaire. Le gouvernement réplique par des procès politiques. Papadhópoulos élimine le régent Zoïtákis et prend en main l'appareil de l'État (mars 1972).
Craignant un revirement de l'opposition à l'égard du roi, le colonel Papadhópoulos, le 1er juin 1973, proclame la république, qui est ratifiée au référendum du 29 juillet ; Papadhópoulos accède alors à la magistrature suprême. Le 14 novembre 1973, des étudiants d'Athènes et d'autres universités se retranchent dans l'École polytechnique d'Athènes et lancent des appels à la révolte. Soutenus par une partie de la population, ils sont expulsés par les forces armées le 17, après une sanglante répression. La loi martiale est proclamée le même jour, et les tribunaux militaires sont mis en place. Le 25 novembre, Papadhópoulos est renversé par une junte dirigée par le général Ghizíkis, qui se proclame président de la République et forme un nouveau gouvernement. La Constitution est suspendue, et la loi martiale prorogée. La répression contre l'opposition s'amplifie, cependant que la Grèce subit une des inflations les plus fortes d'Europe.
Le 15 juillet 1974, la junte militaire organise un coup d'État contre le président de la République de Chypre, l'archevêque Makários, après que celui-ci a exigé le retrait des officiers grecs encadrant la garde nationale chypriote. La Turquie intervient alors militairement et occupe le nord de l'île. Face à cette situation désastreuse, les militaires sont contraints d'abandonner le pouvoir : le 29 juillet, un gouvernement provisoire est constitué par Konstandínos Karamanlís, de retour d'exil. Après le rétablissement de la Constitution de 1952 et des libertés fondamentales, les principales étapes du retour à la démocratie sont les élections du 17 novembre 1974, qui consacrent la victoire de la Nouvelle Démocratie, dirigée par Konstandínos Karamanlís (54 % des voix), puis le référendum du 8 décembre, par lequel 69 % des électeurs se prononcent en faveur de la république. Enfin, le 7 juin 1975, une nouvelle Constitution est adoptée par le Parlement.
À partir de cette date, la vie politique est dominée par la Nouvelle Démocratie (N.D.) et par le parti socialiste panhellénique (Pasok). En 1977, la Nouvelle Démocratie remporte les élections législatives malgré une nette progression du Pasok (25 %). K. Karamanlís est élu président de la République (mai 1980), et est remplacé par Gheórghios Rállis au poste de Premier ministre. Le Pasok remporte les élections législatives de 1981 (Andhréas Papandhréou est chargé de constituer un gouvernement), et celles de 1985 (Khrístos Sárdzetakis est élu à la présidence de la République).
Les élections de mai et novembre 1989 n'ayant pas permis de dégager une majorité parlementaire, de nouvelles élections, organisées en avril 1990, se soldent par une courte victoire de la Nouvelle Démocratie : Konstandínos Mitsotákis devient Premier ministre et K. Karamanlís retrouve la présidence de la République. Les élections d'octobre 1993 entraînent une nouvelle alternance et le retour de A. Papandhréou à la tête du gouvernement. En mars 1995, le candidat socialiste Kostís Stefanópoulos est élu président de la République. Peu après, en janvier 1996, A. Papandhréou, gravement malade, est remplacé par Kóstas Simitis. Le Pasok remporte les élections législatives de 1996 mais se maintient de justesse au pouvoir lors du renouvellement anticipé du Parlement en mars 2000. Quelques semaines auparavant, K. Stefanópoulos a été réélu à la présidence pour un nouveau mandat de cinq ans. Largement réélu à la présidence du Pasok en octobre 2001, K. Simitis forme un gouvernement, composé de membres du Pasok.
En dehors de ces deux principaux partis, le paysage politique grec est constitué par des petites formations centristes (dont l'Union du centre démocratique, qui recueille 20 % des voix en 1974, mais sera progressivement évincée par la Nouvelle Démocratie et le Pasok), les deux partis communistes (« orthodoxe » et « eurocommuniste », qui recueillent environ 10 % des voix) et par des petits partis de droite et d'extrême droite.
Le Pasok et la Nouvelle Démocratie restent cependant prisonniers de discours populistes et de pratiques clientélistes, et renoncent à moderniser une fonction publique pléthorique qui nourrit leur clientèle respective, mais pèse lourdement sur l'économie. Cette réalité se traduit, en 1989, par une série de scandales financiers impliquant d'importants responsables du Pasok, et suscite un discrédit général de la classe politique. De même, l'introduction du mariage civil en 1981 n'empêche pas l'Église orthodoxe de conserver une forte influence sur la vie sociale, politique et culturelle, au mépris parfois de certaines libertés fondamentales (la mention de l'appartenance religieuse sur les cartes d'identité est obligatoire jusqu'en 1998). Enfin, la retraite politique de K. Karamanlís en 1995 et le décès d'A. Papandhréou en 1996 privent la Grèce des deux grands ténors qui ont assuré le retour à la démocratie, et ouvrent une nouvelle période de la vie politique grecque, plus centrée sur les questions économiques et européennes.
Après 1974, les relations avec la Turquie constituent la préoccupation majeure de la Grèce : au conflit s'ajoutent bientôt d'autres contentieux au sujet de Chypre concernant les eaux territoriales et l'espace aérien de la mer Égée, ainsi que la minorité turque de Thrace occidentale. La question des rapports gréco-turcs déborde alors sur d'autres volets de la politique étrangère grecque. Mécontente de l'attitude des États-Unis face à la crise chypriote de 1974, la Grèce quitte les structures militaires de l'O.T.A.N., et esquisse un rapprochement avec l'U.R.S.S. et les pays non alignés. En 1981, toutefois, A. Papandhréou renonce vite au référendum sur l'O.T.A.N., annoncé pendant la campagne électorale, et la Grèce réintègre les structures militaires de l'Alliance grâce à une levée du veto turc. La diplomatie grecque, quant à elle, s'oppose alors à toute forme de rapprochement entre la Communauté européenne et la Turquie.
En janvier 1981, la Grèce devient le dixième État membre de la Communauté européenne. Sur le plan politique, cette adhésion consolide son retour à la démocratie et lui donne une position de force dans ses rapports avec la Turquie. Sur le plan économique, elle lui ouvre les immenses marchés de l'Europe occidentale et lui permet de bénéficier d'importantes aides européennes au développement régional. Grâce à une politique de rigueur, la Grèce parvient à combler son retard par rapport aux autres membres de l'Union européenne, et peut rejoindre la zone euro à la date prévue (le 1er janvier 2001). Il a cependant été révélé par la suite que certains comptes publics avaient été modifiés de manière frauduleuse, afin de prouver que le pays répondait aux critères fixés par l'U.E.
Entre 1990 et 1995, la fin du communisme et l'éclatement de la Yougoslavie suscitent en Grèce une importante vague de nationalisme. Athènes s'oppose à la constitution d'un État indépendant portant le nom de Macédoine et, en février 1994, instaure contre cette République un embargo commercial considéré comme illégal par la Commission européenne. De même, en réponse à l'arrestation de plusieurs membres de la minorité grecque en Albanie, les autorités grecques expulsent pendant l'été 1994 plusieurs centaines de milliers de travailleurs clandestins albanais. Soutenant la Serbie dans ses conflits avec la Croatie et la Bosnie-Herzégovine, la Grèce se brouille non seulement avec la plupart de ses voisins balkaniques, mais aussi avec les institutions européennes. Alors qu'elle compte parmi les pays qui ont le plus bénéficié des fonds européens, une forte défiance envers l'Europe, accusée de vouloir attenter aux « valeurs nationales », perdure dans certains secteurs de la société.
Ces critiques viennent aussi bien de la mouvance communiste, très eurosceptique, que des courants liés à l'Église orthodoxe. Bruxelles a ainsi dû longtemps batailler pour obliger Athènes à ôter la mention de l'appartenance confessionnelle sur les cartes d'identité. L'archevêque d'Athènes, Mgr Christodoulos, chef de l'Église territoriale de Grèce, décédé en janvier 2008, s'était ainsi fait le champion des « valeurs orthodoxes », croisant le fer avec les institutions européennes sur nombre de questions sociales ou morales (dépénalisation de l'homosexualité, par exemple).
Autre sujet potentiel de tension entre Athènes et les institutions européennes, la Grèce n'a pas signé les documents du Conseil de l'Europe sur les droits des minorités nationales. Officiellement, la Grèce ne reconnaît qu'une communauté « musulmane » en Thrace, regroupant des Turcs et des Pomaks (Slaves musulmans), dont les droits sont garantis par le traité de Lausanne, signé en 1923 avec la Turquie. En revanche, les Slaves macédoniens, les Roms ou les Aroumains ne bénéficient d'aucune espèce de reconnaissance officielle.
Revenant cependant à plus de modération à partir de 1996, la Grèce décide de normaliser ses relations avec la Macédoine et l'Albanie, et adopte une attitude plus constructive dans la résolution des crises régionales (participation à l'opération internationale « Alba », organisée au printemps 1997 en Albanie ; réaction modérée lors des bombardements de l'O.T.A.N. contre la Serbie en 1999).
Les relations gréco-turques se détendent à leur tour, malgré l'enlèvement par les Turcs, en février 1999, du leader kurde du P.K.K., Abdullah Öcalan, alors qu'il venait de quitter l'ambassade de Grèce au Kenya. Mais cet incident diplomatique n'entame pas durablement la volonté d'apaisement des autorités grecques et turques. Lors des séismes qui touchent la Turquie et la Grèce en 1999, les deux peuples manifestent spontanément leur solidarité. En décembre, la levée du veto grec permet à la Turquie de devenir candidate officielle de l'Union européenne.
Emmenés par Kóstas Karamanlís (neveu de l'ex-président K. Karamanlís), la Nouvelle Démocratie inflige une lourde défaite aux socialistes du Pasok lors des élections législatives de mars 2004, puis lors des élections européennes de juin. Mettant à profit la dynamique créée par les jeux Olympiques, les conservateurs donnent la priorité à une politique économique libérale centrée sur la croissance et l'emploi, la modernisation de l'agriculture et des services, la lutte contre la corruption et la modernisation de l'éducation. En 2005, alors que le socialiste Károlos Papoúlias est élu à la présidence de la République, la Grèce ratifie par voie parlementaire le traité constitutionnel européen. Une série d'affaires écornent l'image du parti au pouvoir : écoutes téléphoniques, opérations financières hasardeuses dans des caisses de retraite publiques, enlèvement et interrogatoire illégal de plusieurs Pakistanais par des policiers grecs dans le cadre de l'enquête sur les attentats de Londres, en 2005. Mais surtout, la persistance du clientélisme dans l'administration et l'inexistence des réformes annoncées, notamment dans l'éducation, la recherche, la santé et sur le marché du travail discréditent le gouvernement. En réaction à cette faillite de l'État, le malaise grandit au sein de la jeunesse, dont les diplômes n'assurent pas de débouchés, inquiète sur son avenir et réclamant des crédits supplémentaires pour l'éducation. L'été 2007 est endeuillé par des incendies qui font au moins 77 morts dans le Péloponnèse, l'île d'Eubée et la région d'Athènes. Confronté à la colère d'une grande partie de l'opinion publique, scandalisée par l'incurie des services de l'État mise en évidence lors des incendies, le Premier ministre convoque des élections législatives anticipées le 16 septembre. Son parti, Nouvelle Démocratie, perd quelques points par rapport à 2004 et n'obtient qu'une majorité parlementaire réduite à 152 sièges (sur 300). Le Pasok de Gheorghios Papandhréou (fils d'Andhréas Papandhréou) limite les dégâts en conservant 102 voix. Les véritables gagnants du scrutin sont les petites formations qui profitent du discrédit des grands partis : le parti communiste progresse en obtenant 22 sièges, la coalition de gauche radicale, Syriza, recueille 14 sièges et l'extrême droite, le LAOS, avec 10 députés entre pour la première fois au Parlement depuis le retour de la démocratie.
Dans ce contexte politique très fragile, la Grèce connaît une nouvelle flambée nationaliste autour de la question du nom de la République voisine de Macédoine. Raviver cet enjeu très symbolique n'est pas sans arrière-pensées politiciennes de la part du gouvernement Karamanlís. Dans la perspective du sommet de Bucarest de l'O.T.A.N. (2-4 avril 2008), de grands efforts sont déployés pour essayer de parvenir à un compromis entre Athènes et Skopje sur le nom de la Macédoine, mais la médiation internationale se solde par un échec, et la Grèce oppose son veto à l'adhésion de la Macédoine à l'Alliance atlantique, alors que l'Albanie et la Croatie sont invitées à la rejoindre.
Dans le même temps, le gouvernement s'oppose fermement à la reconnaissance de l'indépendance unilatérale du Kosovo, faisant front commun avec la Roumanie et Chypre pour soutenir les positions serbes.
Le 6 décembre 2008, le décès d'un adolescent, victime d'une bavure policière dans le quartier étudiant et contestataire d'Exarchia, à Athènes, suivi du déploiement de plusieurs unités antiémeute pour faire face à ces centaines de jeunes et d'habitants manifestant contre l'« arbitraire policier » suffit à mettre le feu aux poudres. Une flambée de violences urbaines et de manifestations embrase la capitale et s'étend rapidement à plusieurs villes de province (Salonique, Patras, Ioánnina, Iráklion, Khaniá). Tandis que le Premier ministre K. Karamanlís s'engage à mettre fin aux violences, l'opposition réclame la démission du gouvernement et des élections législatives anticipées. Le Pasok, sorti vainqueur des élections européennes du 7 juin 2009, devançant de près de quatre points le parti au pouvoir Nouvelle Démocratie, réclame à nouveau des élections anticipées. Affaibli par une nouvelle vague d'incendies (août), accusé de n'avoir pas tiré les leçons des feux de 2007 et invoquant la crise économique, K. Karamanlís justifie l'organisation d'élections anticipées le 4 octobre 2009. Enregistrant leur plus mauvais score depuis la création du parti, 33,49 % des voix (91 députés), les conservateurs perdent le pouvoir au profit des socialistes du Pasok, qui, avec 43,93 % des suffrages, obtiennent une confortable majorité de 160 sièges au Parlement. G. Papandhréou, à la tête du Pasok depuis 2004, devient Premier ministre et constitue un cabinet resserré dans lequel il se réserve, partisan d'un rapprochement avec la Turquie, le portefeuille des Affaires étrangères.
L'expression art grec est réservée traditionnellement à l'art qui fleurit dans les cités grecques de Grèce propre et des côtes d'Asie Mineure ainsi que dans leurs colonies (Sicile et Italie du Sud), depuis le début de l'âge du fer, par opposition à l'art mycénien, qui, s'il est, lui aussi, l'œuvre d'artisans grecs, n'en relève pas moins d'une civilisation très différente. À partir des conquêtes d'Alexandre et de la prodigieuse extension du champ ouvert à la civilisation grecque qui en est résultée, on parle plutôt d'art hellénistique.
Les troubles qui ont amené la disparition de la civilisation mycénienne et permis l'installation des Doriens ont plongé la Grèce dans une période de léthargie d'où allait sortir, dans un monde politique entièrement nouveau, l'art géométrique. C'est la céramique qui nous permet d'en définir les caractéristiques. Le décor est constitué presque exclusivement par des schémas géométriques : cercles ou demi-cercles, lignes brisées, chevrons, méandres ou grecques, triangles hachurés.
Au cours d'une première période, dite « proto-géométrique » (vers 1050-900 avant J.-C.), les potiers continuent à façonner des vases dont les formes dérivent des formes mycéniennes ; le décor, pauvre, comprend des cercles ou des triangles disposés en une bande centrale, le reste du vase restant clair ou étant, au contraire, entièrement recouvert de vernis. Ce style est particulièrement bien représenté en Attique, en Argolide et dans certaines îles de la mer Égée, comme Samos.
Petit à petit, les motifs deviennent plus nombreux, plus variés et couvrent une surface plus importante du vase. La technique des potiers s'améliore sensiblement. C'est au VIIIe s. avant J.-C. que le style géométrique atteint à sa perfection. Des figures humaines, des animaux apparaissent désormais, peints en silhouette noire sur fond clair. Le cimetière du Dipylon, aux portes d'Athènes, a donné un certain nombre de vases utilisés comme urnes funéraires, des cratères (grands vases trapus à large embouchure, qui servaient notamment à mélanger l'eau et le vin) et de hautes amphores (vases allongés avec un col haut et deux anses disposés symétriquement), qui sont les représentants les plus achevés de ce style. Au milieu d'une profusion de motifs géométriques, disposés en bandes horizontales, une scène, située au niveau de la plus grande largeur du vase, attire l'attention. Le peintre aime à représenter le mort étendu sur un lit de parade, entouré de pleureuses ; le char du mort est souvent figuré, attelé de deux chevaux. Sur d'autres vases, nous pouvons voir des défilés de guerriers sur leur char, des combats navals, des chasses, images de la vie des Eupatrides, ces nobles qui vivaient au moment où sont composées l'Iliade et l'Odyssée. La céramique géométrique de l'Argolide, moins soignée que celle de l'Attique, témoigne de plus d'exubérance ; sur les gigantesques cratères qui servaient de sépulture apparaissent de nombreux animaux stylisés : poissons, oiseaux. Presque chaque région du monde grec possède de la sorte son style particulier.
À côté de la céramique, les autres arts n'occupent qu'une place mineure. De l'architecture il ne reste pratiquement rien que les fondations en petites pierres de quelques temples ou de maisons, au plan en abside. Les tombes ont livré de rares bijoux, dont le décor est adapté au goût nouveau. La plastique fait son apparition avec quelques statuettes en terre cuite et surtout en bronze. Ces dernières ont été retrouvées dans plusieurs grands sanctuaires. Si les figurines d'animaux sont les plus nombreuses, on notera avec intérêt les premières représentations humaines en ronde-bosse.
Dans le dernier quart du VIIIe s. avant J.-C., à des moments d'ailleurs variables suivant les lieux, l'art grec évolue dans une direction tout à fait nouvelle, abandonnant les motifs géométriques pour une inspiration plus naturaliste. En même temps, le travail du bronze, de la pierre et de la céramique fait des progrès considérables. Ce foisonnement culturel se produit en un siècle très important pour le monde grec, qui voit s'affirmer la cité comme forme d'organisation politique et qui noue des relations beaucoup plus étroites avec les autres peuples de la Méditerranée. Tous ces phénomènes sont évidemment liés, et l'on pense généralement que les artistes grecs ont trouvé de nouvelles sources d'inspiration dans les objets orientaux, qui arrivent désormais en plus grand nombre dans les cités et sanctuaires grecs ; on y a mis au jour de petits ivoires et surtout des objets en bronze : statuettes, boucliers ou grands chaudrons qui proviennent d'ateliers orientaux, égyptiens et aussi chypriotes, Chypre jouant le rôle de relais entre les Grecs et les peuples orientaux. Les tissus, qui ont disparu, étaient également fort appréciés. De ces influences, l'art orientalisant tire son nom.
Mais ce n'en est pas moins un art profondément original ; jamais l'artiste ne copie. Il adopte certains procédés techniques, utilise certains motifs, comme les fleurs de lotus, s'inspire de certains thèmes, telles les frises d'animaux, en greffant ces acquisitions d'origine étrangère sur le vieux tronc géométrique. C'est particulièrement net pour la céramique, qui paraît très réceptive aux apports orientaux et qui, pourtant, n'a pas de modèle oriental. Cette synthèse contient en germe toutes les réalisations de l'art grec archaïque et même classique. Son originalité, l'art grec la doit à la société dont il est l'expression. L'artiste n'est ici au service ni du roi ni du clergé des grands temples ; le cadre de son activité est formé par la cité, dont les citoyens, qu'ils appartiennent à une cité aristocratique ou à une cité démocratique, se veulent égaux entre eux. On a souvent noté que l'art grec mettait l'homme au centre de ses préoccupations, qu'il était la première manifestation de l'humanisme : il faut, pour le comprendre, bien le situer dans le milieu humain qui en a permis l'épanouissement.
Le VIIe et le VIe s. avant J.-C. voient la floraison de nombreux ateliers à la production très variée. C'est à Corinthe qu'apparaît le premier style orientalisant. Le décor des vases se renouvelle : des motifs floraux (fleurs de lotus, palmettes, rosettes), des animaux (chiens courants, lions, chèvres) ou des monstres (sphinx essentiellement) remplacent les dessins géométriques. Les représentations humaines (guerriers, chasseurs à pied ou à cheval) sont de plus en plus fréquentes. En même temps, la technique de la figure noire est mise au point : les sujets sont entièrement peints en noir sur fond clair ; les détails anatomiques sont indiqués par des incisions ; des rehauts rouge et blanc complètent le dessin. Cette céramique corinthienne est exportée dans tout le bassin de la Méditerranée. Les formes ne sont pas très variées, et l'une d'elles est particulièrement populaire : c'est l'aryballe, petit vase à panse ronde ou piriforme et à embouchure à large bord, qui contenait sans doute de l'huile parfumée. Deux phases sont à distinguer : de 725 à 625 avant J.-C., le protocorinthien, au dessin plus aéré, dont la scène de bataille qui orne l'olpê Chigi (Rome, Villa Giulia) nous donne l'exemple le plus achevé ; de 625 à 550, le style corinthien proprement dit. Une nouvelle forme apparaît : le cratère à colonnettes, au dessin plus monumental, comme le montre le cratère du banquet au musée du Louvre.
La Grèce orientale, c'est-à-dire la côte d'Asie Mineure et les îles qui lui font face, a produit une céramique commune, qu'il n'est pas possible d'attribuer à des ateliers précis. Les premières manifestations du style orientalisant apparaissent sur de petits bols décorés d'oiseaux, d'une facture souvent très délicate. À partir de 650 se développe ce que les Anglais ont appelé le style de la chèvre sauvage : des files d'animaux paissants (bouquetins, taureaux, lions) décorent la panse des vases, parmi lesquels de nombreuses œnochoés (cruches à verser le vin). En outre, presque chaque cité possède des ateliers dont les œuvres sont plus raffinées. À Rhodes, les vases trouvés dans la nécropole de Fikellura sont souvent décorés d'animaux (perdrix ou lièvres) pris sur le vif. Chio a pour spécialité des calices de forme très élégante ; plusieurs ont été retrouvés à Naucratis, comptoir grec en Égypte. Clazomènes a donné de grands sarcophages de terre cuite sur lesquels sont peintes des scènes de bataille, des chasses : ici, la céramique est bien le reflet de la grande peinture. Dans la production des ateliers cycladiques, on notera les vases méliens, sans doute fabriqués à Paros à partir de 650 avant J.-C. : une grande amphore du musée d'Athènes, sur laquelle on voit Apollon et Artémis montés sur leur char, en donne un bon exemple. Vers le milieu du VIe s. avant J.-C., ces ateliers orientaux se mettent à imiter la céramique attique.
Celle-ci occupe une place à part dès le début de notre période. Au VIIe s. avant J.-C., Athènes n'exporte pas de céramique. Ses peintres accordent une grande importance à la figure humaine et représentent des scènes de la mythologie grecque au dessin très ample. Voyez les deux Gorgones s'enfuyant devant le corps de Méduse, dont Persée a coupé la tête ; la scène décore toute la panse d'une grande amphore d'Eleusis (musée d'Eleusis), qui est peut-être le chef-d'œuvre du style protoattique. Le style archaïque proprement dit apparaît vers 625 avant J.-C., sous l'influence de Corinthe, à qui les peintres attiques ont pris l'emploi des rehauts et des incisions. Le Vase François (Florence, musée archéologique), cratère trouvé en Étrurie, est un des plus beaux témoins de la première période (vers 570 avant J.-C.). Les scènes empruntées à la mythologie, comme la chasse de Calydon ou la geste de Thésée, sont quasi des miniatures ; mais le dessin révèle un souci de précision anatomique qui est caractéristique de l'atelier attique. Celui-ci va désormais supplanter tous ses rivaux sur les marchés grecs et étrangers. Ces succès vont de pair avec de constantes recherches pour améliorer la précision et la finesse du dessin. À partir de 550 avant J.-C., on assiste à l'éclosion de l'œuvre de grands maîtres comme Exékias ou le peintre d'Andokidès.
Si la céramique n'était, aux yeux des Grecs, qu'un art mineur, la plastique, en pierre ou en bronze, est l'expression majeure du génie artistique grec. C'est par elle que l'homme et la cité manifestent leur piété et leur reconnaissance envers les dieux. De taille modeste ou grande statue, en ronde-bosse ou en relief, l'œuvre plastique est avant tout une offrande consacrée dans un sanctuaire ou sur une tombe. Le mot qui désigne la statue, agalma, signifie « qui fait plaisir » au dieu.
On qualifie traditionnellement la statuaire du VIIe s. avant J.-C. de dédalique, du nom de Dédale, artiste plus ou moins mythique, en qui les Grecs reconnaissaient leur plus ancien sculpteur. Un type nouveau apparaît : la statue debout, frontale, les jambes réunies, les bras collés au corps, la tête triangulaire, la chevelure en « perruque ». Elle dérive probablement de modèles égyptiens, comme les Grecs le pensaient déjà. La Dame d'Auxerre, au musée du Louvre, en est un des meilleurs exemples ; c'est sans doute une œuvre crétoise. À côté de la Crète, Naxos joue un rôle de premier plan dans l'histoire de la sculpture dédalique : les Naxiens ont édifié dans l'île voisine de Délos une des plus anciennes grandes statues féminines ainsi que le colosse, statue masculine atteignant quatre fois la grandeur humaine, et surtout les célèbres lions qui bordent le lac Sacré. À ces derniers fait écho le sphinx de Delphes, qui se dressait sur une colonne de plus de 9 m de haut.
Mais les sculpteurs ont constamment tendu à insuffler plus de mouvement et de réalisme à leurs créations encore très statiques. Ces recherches jalonnent l'histoire de la plastique au VIe s. avant J.-C. Elles sont très sensibles dans l'évolution des deux types principaux : le kouros (couros), jeune athlète nu, et la korê (coré), jeune fille revêtue de ses plus beaux atours, prête à danser en l'honneur de la déesse. Les Jumeaux d'Argos (musée de Delphes), dédiés par cette cité à l'Apollon de Delphes vers 590-580 avant J.-C., offrent une magnifique illustration du premier. Trapus, puissants, ils montrent le goût des sculpteurs doriens pour les constructions solides et harmonieuses. L'Héra de Samos (Louvre), qui, malgré son nom, ne représente sans doute pas la déesse, mais plutôt une prêtresse, est un des chefs-d'œuvre des écoles ioniennes. C'est de l'harmonie des drapés accompagnant ou prolongeant les volumes que joue ici le sculpteur. L'émulation entre maîtres doriens et maîtres ioniens n'est nulle part plus féconde qu'à Athènes. L'ensemble des korês de l'Acropole, paradoxalement conservées, parce qu'à la suite des destructions des Perses en 480 avant J.-C. elles furent enfouies dans une fosse, nous présente les diverses tendances de la plastique grecque dans la seconde moitié du VIe s. avant J.-C. Ces efforts culminent dans l'œuvre d'Anténor, sculpteur qui réalisa les statues du fronton de Delphes et l'une des plus belles korês d'Athènes.
Par opposition à la ronde-bosse, qui fixe l'homme dans une attitude intemporelle, le relief est un art du récit, illustrant un instant précis d'une légende. Mais on ne peut les dissocier du décor des temples, et nous en reparlerons à propos de l'architecture.
À côté de la grande plastique, les arts du métal occupent une grande place dans l'art archaïque. Les bronziers ioniens et péloponnésiens rivalisent pour produire des vases dont la forme est d'une grande hardiesse technique et qui, à l'origine, sont décorés de têtes de griffon, de sphinx ou de taureau. Le décor va en s'enrichissant, comme en témoigne vers 525 avant J.-C. le célèbre cratère de Vix (musée de Châtillon-sur-Seine). Les très nombreuses statuettes de bronze qui étaient indépendantes ou qui pouvaient être un élément d'un miroir ou d'un autre objet suivent avec plus de liberté et de fantaisie l'évolution de la grande sculpture. Le sanctuaire d'Olympie, notamment, a rendu d'admirables satyres et banqueteurs archaïques.
La monnaie, pour sa part, apparaît en Lydie vers 650-630 avant J.-C. et se répand en Grèce à partir de 600 avant J.-C. Les graveurs créent d'emblée des chefs-d'œuvre inégalés en utilisant des motifs et un relief parfaitement adaptés au cadre limité dont ils disposent.
L'architecture est de beaucoup l'art le plus dépendant des traditions grecques. Le sanctuaire- car c'est surtout d'architecture religieuse qu'il s'agit - se développe en des lieux consacrés par la légende et par des siècles de piété. La demeure du dieu présente des analogies avec le mégaron mycénien, auquel les exigences du culte font parfois ajouter des éléments nouveaux, comme le mystérieux adyton (lieu où il est interdit de pénétrer), dans lequel la Pythie prophétisait à Delphes. À l'extérieur du temple, le plus souvent face à l'entrée principale, à l'est, s'élève l'autel, où le prêtre sacrifiait bœufs et autres victimes. Tout autour, au moins dans les sanctuaires panhelléniques, se dressaient des portiques, grandes salles ouvertes sur un des longs côtés, et des trésors, petites chapelles dédiées par une cité qui y rassemblait des offrandes.
Au VIIe s. avant J.-C., désireux peut-être de rivaliser avec les imposants temples orientaux et égyptiens, et plus sûrs de leurs techniques, les Grecs commencent à édifier de grands temples. Les colonnes, qui, jusque-là, étaient disposées à l'intérieur du temple et servaient à soutenir le toit, enveloppent désormais le bâtiment ; jusque-là en bois, elles sont taillées dans la pierre. Les murs sont, dorénavant, faits de beaux moellons réguliers, et les maçons mettent leur orgueil à sculpter véritablement les blocs des murs : le mur polygonal, élevé à Delphes après 548 avant J.-C. pour soutenir la terrasse du temple, dessine par l'assemblage de ses pierres aux lignes courbes une composition aussi harmonieuse que puissante. Enfin, le temple s'habille d'un décor somptueux, en terre cuite, puis en pierre ou en marbre. Vers la fin du siècle se constituent les deux ordres entre lesquels vont se répartir les temples grecs.
L'ordre ionique, qui règne dans les très grands temples d'Artémis à Éphèse, d'Héra à Samos, dans l'Olympieion inachevé d'Athènes, mais que l'on trouve aussi à Marseille, colonie de Phocée, est élancé, élégant. La colonne, aux cannelures profondes, est posée sur une base. Le chapiteau, encadré de deux volutes, est bien caractéristique. L'architrave, poutre de bois ou de pierre qui rétablit un mur continu au-dessus de la colonnade, est surmontée d'une frise, bandeau continu souvent sculpté. L'ordre ionique aime à souligner les articulations du bâtiment par des moulures très élégantes, ornées d'oves, de perles et pirouettes ou de motifs floraux.
Par opposition, l'ordre dorique, que l'on trouve au temple d'Héra à Olympie, au premier temple d'Apollon à Delphes, au temple d'Apollon à Corinthe et aux temples d'Agrigente, de Sélinonte et de Paestum, en Italie et en Sicile, est plus trapu, plus dépouillé, plus rigoureux aussi. La colonne, aux cannelures moins nombreuses et moins profondes, ne comporte pas de base. Le chapiteau, composé d'un coussinet et d'une abaque rectangulaire, est strictement fonctionnel. La frise est faite d'une alternance de triglyphes (blocs décorés de trois rainures verticales) et de métopes (plaques rectangulaires insérées entre les triglyphes et portant un décor peint ou en relief).
Dans les deux ordres, le fronton peut être orné de reliefs, comme le fronton à la Gorgone de Corfou, ou de statues en pied, comme sur un des frontons d'Athènes où est représenté le combat entre les Dieux et les Géants. Rien n'illustre mieux l'opposition des deux ordres que les frises de deux monuments de Delphes. Vers 560 avant J.-C., le tyran de Sicyone fit construire un petit bâtiment d'ordre dorique. Un épisode d'un mythe était sculpté sur chaque métope : ainsi Europe sur le dos du taureau en qui Zeus s'était métamorphosé ou le sanglier de Calydon attaqué par les chiens et faisant front ; les chasseurs étaient sur les métopes de part et d'autre. Le récit est donc morcelé en une série de petits tableaux. Le trésor ionique que les Siphniens dédièrent à Apollon en 526-552 est particulièrement bien conservé. La frise est décrit un épisode de la guerre de Troie. Elle comprend deux scènes juxtaposées : l'assemblée des dieux au sommet de l'Olympe, dans laquelle les dieux alliés des Troyens sont tournés vers la droite, le côté favorable, et le combat sur terre, dans la plaine de Troie, où les Troyens l'emportent. Le récit atteint ici à une plus grande ampleur.
L'itinéraire qui conduit des vastes temples doriques de la Sicile et de la Grèce d'Occident archaïques au Parthénon comprend deux étapes encore : celles que marquent le temple d'Athéna Aphaia à Égine, dont les colonnes, plus légères, plus élancées, et les proportions, plus équilibrées (le nombre des colonnes est ramené à 12 dans la longueur contre 15 ou même 17 au VIe s. avant J.-C.), annonçant déjà un canon nouveau, et surtout le temple de Zeus à Olympie. C'est dans cet édifice que se manifeste pour la première fois la recherche d'un volume intérieur et que l'architecte et le sculpteur s'efforcent d'obtenir des effets esthétiques en conjuguant les pierres de diverses sortes. C'est à Olympie aussi que des lignes, droites jusqu'alors, semblent avoir été incurvées pour le plaisir de l'œil. De subtiles corrections dans le stylobate et l'implantation des colonnes visaient, en effet, à atténuer la sécheresse d'une construction jugée trop géométrique.
Le Parthénon d'Athènes, œuvre commune de deux artistes géniaux, l'architecte Ictinos et le sculpteur Phidias, marque à la fois l'aboutissement d'une évolution longue de plusieurs siècles et le chef-d'œuvre sans lendemain de l'ordre dorique. En effet, si l'on construit au IVe s. avant J.-C. encore quelques temples doriques, l'ordre ionique l'emportera complètement à l'époque hellénistique. D'ailleurs, dans le Parthénon apparaissent déjà des éléments ioniques, qui contribuent à l'harmonie de l'ensemble.
Les huit colonnes de la façade confèrent à l'édifice plus de majesté que les six colonnes du temple dorique ordinaire. Cette largueur supplémentaire avait été imposée à Ictinos par Phidias, car le temple devait servir d'abri à la grande statue chryséléphantine (or et ivoire) d'Athéna.
Dans cet édifice d'apparence linéaire, les droites sont absentes : au niveau du stylobate, déjà une courbure de 6 cm en façade, de 11 cm sur les longs côtés contribue à embellir la perspective. Les colonnes sont toutes penchées vers l'intérieur, et les colonnes d'angle vers la diagonale. L'impression de vide qu'aurait créée un couloir latéral trop large est corrigée par la contraction des colonnes d'angle en façade. Du même coup se résout de la meilleure façon possible le problème du triglyphe d'angle.
L'intérieur de l'édifice comprend deux parties d'inégale grandeur. À l'est, Ictinos a repris le plan traditionnel de la cella à trois nefs. Mais il a rapproché les colonnes latérales du mur et les a prolongées par une colonnade transversale au fond de la pièce. Dans le volume ainsi créé, la statue d'Athéna pouvait se dresser dans toute sa majesté sans être enserrée entre les deux rangées de colonnes, comme l'était encore la statue de Zeus à Olympie. La seconde pièce, carrée, renfermait le trésor de la déesse. Quatre colonnes ioniques, longues et minces, soutenaient la couverture. Autre innovation inspirée de l'art ionique, la frise qui se déroulait tout au long des murs de la cella et qui représentait la procession des grandes Panathénées.
Le Parthénon, joyau de l'Acropole d'Athènes, n'est pourtant qu'un élément de ce riche ensemble de constructions religieuses. L'Érechthéion, dont le plan complexe est dû à la multiplicité des cultes qu'il abritait, est célèbre par son portique de gracieuses caryatides et par l'échantillon qu'il offre des plus parfaits décors architectoniques ioniques.
Au sud-ouest du Parthénon, dominant Athènes et l'Attique, le temple d'Athéna Nikê (victorieuse) se dresse comme le symbole du triomphe athénien. Avec ses quatre colonnes disposées de part et d'autre de sa cella carrée et sa frise sculptée, ce petit temple est, lui aussi, un modèle d'harmonie. Mais c'est le portique monumental qui conduisait à l'Acropole- les propylées de l'architecte Mnésiclès - qui fut le plus admiré dans l'Antiquité. Et pourtant des motifs religieux (le sanctuaire d'Athéna Nikê au sud) et financiers (la guerre du Péloponnèse) interdirent à l'architecte de mener son ouvrage comme il l'entendait. Il n'en réussit pas moins une œuvre élégante et équilibrée, combinant adroitement les éléments ioniques et doriques.
Les partis audacieux des architectes de l'Acropole allaient triompher dans d'autres œuvres, et en Attique d'abord, comme il est normal. Le temple contemporain d'Athéna et d'Héphaïstos, dominant l'agora d'Athènes (connu sous le nom de Théséion), présente en effet sous son porche d'entrée une frise à bandeau continu. À l'intérieur, la conquête du volume nécessaire a été assurée par le rejet sur les côtés de la colonnade intérieure. Un parti analogue a été choisi à Bassæ, dans les montagnes d'Arcadie, où une double rangée de colonnes ioniques rattachées au mur de la cella ménageait un volume intérieur de vastes dimensions. La colonnade extérieure, elle, demeurait traditionnellement dorique.
Au IVe s. avant J.-C., l'énergie des bâtisseurs se dirige davantage vers la cité elle-même. La mise en œuvre d'un urbanisme nouveau traduit le souci de mieux organiser la vie de la polis. Celle-ci est construite selon un plan en damier et entourée d'une enceinte qui englobe même une partie importante du territoire. L'on peut voir aujourd'hui encore les collines et les vallons les plus reculés parcourus par d'imposantes murailles. Édifiés en gros blocs de pierre locale, excellemment appareillés, les murs sont coupés régulièrement de tours rondes ou carrées. Des portes monumentales marquent parfois l'entrée de la cité.
C'est encore poussées par le souci de satisfaire l'ensemble des citoyens que les cités se dotent de grands théâtres de pierre. Ceux-ci supplantent peu à peu les gradins de bois qui, jusqu'alors, accueillaient les spectateurs. Temples, murailles, théâtres sont quelques-unes des réalisations les plus spectaculaires de l'architecture grecque classique. L'âge hellénistique leur donnera un développement encore accru.
La fin du VIe s. avant J.-C. voit s'instaurer dans le domaine des arts plastiques comme dans celui de la peinture une véritable prééminence athénienne. Celle-ci s'exprime en bien des lieux, tant par l'influence que par la présence d'artistes attiques. Les métopes du trésor des Athéniens à Delphes, le fronton du temple d'Apollon à Érétrie, témoignent de la virtuosité des sculpteurs d'Athènes.
C'est dans le décor des temples qu'on est assuré de trouver la marque authentique des artistes de cette époque. En effet, la grande statuaire classique s'exprima surtout en bronze. Or, la plupart des grands bronzes antiques ne nous sont parvenus que sous la forme de copies en marbre, plus ou moins fidèles, d'époque romaine. On compte parmi les plus beaux vestiges de l'archaïsme finissant les deux frontons du temple d'Égine, qui illustraient l'histoire légendaire de l'île. On a dit (J. Charbonneaux) que le fronton ouest était « en quelque sorte le testament éclectique de l'archaïsme ». Le fronton est, lui, ouvre la voie à l'art classique. Tous deux dégagent une atmosphère de sérénité, de beauté et d'harmonie.
C'est à cette même époque qu'on passa du type du kouros immobile, caractérisé par sa frontalité rigoureuse et schématique, à l'image de l'éphèbe rendu non seulement à la vie, mais à un volume tridimensionnel. La distance est grande qui sépare le seul kouros de bronze qui nous ait été conservé, celui du Pirée, dont la découverte remonte à 1959 (musée national d'Athènes), de l'éphèbe de Kritios (musée de l'Acropole). Dans cette œuvre magistrale, le grand sculpteur a suggéré à la fois le sentiment de l'espace et celui du mouvement. La première moitié du Ve s. avant J.-C. verra ainsi le corps humain se libérer de ses contraintes. Simultanément, le sourire stéréotypé de l'époque archaïque s'effacera pour laisser place à une expression calme et songeuse. Le modèle le plus connu du « style sévère » est le célèbre Aurige de Delphes, représentation d'un conducteur de char vainqueur à la course. Dressé sur son char, le jeune homme, légèrement tourné vers la droite, jette un regard plein d'une tranquille assurance sur le public venu l'applaudir.
Comme en architecture, le temple de Zeus à Olympie marque une étape importante en sculpture. Les métopes, qui retracent les travaux d'Héraclès, se caractérisent par la simplicité dynamique de leur composition. Les frontons ne se laissent pas enfermer dans le cadre d'une symétrie artificielle, mais sont, eux aussi, ordonnés selon les principes géométriques les plus clairs.
Trois sculpteurs marquent de leur emprise le Ve s. avant J.-C. : Myron, auteur du fameux Discobole, Polyclète et Phidias. Ce dernier fut le plus fécond. Il fut aussi le plus célèbre dans l'Antiquité. Auteur des deux statues chryséléphantines de Zeus à Olympie et d'Athéna à Athènes, il dirigea l'élaboration du décor sculpté du Parthénon. Les métopes du Parthénon se distinguent surtout de celles d'Olympie par l'abandon d'une composition où dominent les lignes, droites ou obliques, au profit de courbes facilitant l'expression du mouvement. Celui-ci est partout présent dans la progression rythmée de la procession des Panathénées, le long de la frise de la cella. Les cavaliers dominent dans la foule recueillie des dédicants par l'animation fougueuse de leur monture. La procession s'avance vers les dieux de l'Olympe, majestueusement assis. Les deux œuvres les plus imposantes du Parthénon n'en demeurent pas moins les ensembles décorant les frontons. La naissance d'Athéna, à l'est, et la dispute d'Athéna et de Poséidon, à l'ouest, glorifiaient la déesse tutélaire de la cité en des compositions grandioses. Les acteurs de ces deux drames, pour la plupart vêtus, se meuvent dans un univers plus proche de la condition humaine que les héros encore très idéalisés, parés de la nudité héroïque, des frontons d'Olympie.
Avec le IVe s. avant J.-C. apparaissent déjà les tendances qui domineront à l'époque hellénistique. On peut dire, d'ailleurs, qu'en sculpture la division entre époque classique et époque hellénistique est purement arbitraire, la seconde de ces périodes ne faisant qu'amplifier les découvertes de la première. Le renouveau de l'art sculpté se caractérise par la recherche du réalisme dans les attitudes, les drapés ou l'expression. Les traits du visage dépeignent les sentiments animant le sujet, le mouvement gagne en liberté et en naturel. L'imagination de l'artiste joue un rôle qui va en grandissant, pour atteindre une place essentielle dans la composition des groupes monumentaux de l'époque hellénistique.
Parmi les chefs-d'œuvre du IVe s. avant J.-C., il faut mentionner la statue plus grande que nature d'Athéna, en bronze, découverte au Pirée en 1959, en même temps que le kouros dont il a été question ci-dessus. La déesse, vêtue d'un grand péplos et de l'égide, s'avance en tendant la main droite vers le spectateur. Son expression est empreinte de douceur et d'humanité. La même expression de douceur rêveuse apparaît sur le visage d'un éphèbe de bronze découvert près de Marathon (musée national d'Athènes) et rappelle les traits de l'Hermès à l'enfant, sans doute copie en marbre d'époque romaine du chef-d'œuvre de Praxitèle. Le naturalisme, le réalisme qui pointent au IVe s. avant J.-C. évolueront dans les siècles suivants jusqu'au baroque qui caractérise certaines œuvres hellénistiques.
La grande époque de la céramique grecque se situe entre 530 et 480 avant J.-C. environ. C'est vers 530 avant J.-C., en effet, qu'on peut placer une révolution d'ordre technique, l'invention de la peinture dite « à figures rouges ». Alors qu'auparavant les figures se détachaient en noir sur le fond rouge des vases, le nouveau procédé permet au peintre de dessiner les détails de ses personnages en noir, au trait, l'ensemble des figures étant réservé en rouge sur le fond noir. La voie nouvelle qui s'ouvrait ainsi permettait une peinture dont les possibilités étaient sans commune mesure avec celles qu'offrait la technique antérieure. Le rendu des formes, de la musculature, des tissus atteint une perfection nouvelle, jamais connue encore et inégalée par la suite. Durant cette période, les inscriptions se multiplient sur les vases, célébrant la beauté de jeunes éphèbes et surtout nous transmettant le nom des meilleurs artistes. On connaît ainsi plusieurs dizaines de peintres de premier plan, dont les œuvres nous sont conservées dans un état de totale fraîcheur. Dans ce domaine encore, dès le VIe s. avant J.-C. et durant les deux premiers tiers du Ve s. avant J.-C., la prééminence des artistes attiques est totale et incontestée, au point que la production des ateliers athéniens éclipsera toute concurrence.
C'est sans doute le peintre qui décora les vases du potier Andokidès qui fut à la source de cette invention artistique capitale. Il ne l'appliqua pas sans quelque timidité d'ailleurs, puisqu'il recourut sur certaines vases aux deux techniques, l'une des panses recevant un décor en figures noires, l'autre un décor en figures rouges. Et il paraît manifestement plus à l'aise dans son mode d'expression habituel.
Pourtant, le nouveau procédé connut rapidement le succès et, à partir de 520 avant J.-C. environ, remplaça presque complètement la figure noire. Euphronios, l'un des plus grands peintres de la fin du VIe s. avant J.-C., excella dans la description du corps des athlètes ou des héros. On a comparé à une planche anatomique la scène d'un cratère du Louvre représentant la lutte d'Héraclès et du géant Antée. La variété des sujets abordés par Euphronios est considérable : cavaliers, banquets, scènes de la vie quotidienne ou illustrations de légendes, partout l'artiste se révèle par la qualité de son trait et l'habileté de ses compositions. Les peintres qui lui succéderont (Euthymidès, Phintias, Smikros) s'efforceront de rivaliser avec lui, mais n'y parviendront pas.
Au Ve s. avant J.-C., la technique nouvelle est bien au point, mais des archaïsmes dans la représentation de la figure humaine (visages de profil, yeux vus de face) subsistent. Les peintres de la seconde génération, le peintre qui décora les vases de Kléophradès, le peintre de Berlin donnent cependant à leurs sujets plus de naturel et de souplesse dans le mouvement, plus d'expression dans le visage, plus de légèreté dans les plis des tissus. Les thèmes sont traités avec une ampleur inconnue encore jusqu'alors, mettant aux prises de nombreux personnages dans des scènes épiques ou religieuses.
Dès 479 avant J.-C. et la victoire des Grecs, emmenés par Athènes, sur les Perses, la production des vases attiques s'industrialise. D'artisanat d'art, la peinture sur vases devient activité industrielle. Des négligences dans le dessin, une certaine mollesse dans le trait et surtout une répétition des mêmes thèmes se manifestent. Les artistes les plus novateurs, pourtant, trouvent leur inspiration dans le domaine de la grande peinture, dont, hélas ! ils ne nous donnent que des reflets fort modestes. Pourtant, l'échelonnement en profondeur des personnages, le recours à la polychromie et au décor naturel rappellent peut-être les conquêtes de certains artistes dont la tradition littéraire nous a conservé le nom, comme Polygnote de Thasos. Les fresques d'une tombe du Ve s. avant J.-C., récemment mise au jour près de Paestum, sont les seuls témoignages originaux de la grande peinture grecque classique qui nous soient parvenus.
Dans la vogue que connaissent les vases attiques au Ve s. avant J.-C., quelques artistes, comme le peintre de Pan, Hermonax ou le peintre d'Achille, maintiennent la tradition de qualité et d'originalité athéniennes. Mais la guerre du Péloponnèse brise le dynamisme d'Athènes, et, simultanément, une production concurrente, en Italie du Sud, conquiert les riches débouchés de l'Étrurie. La nature de la poterie à figures rouges se modifie profondément. Le dessin se libère de toute contrainte et gagne en mobilité ce qu'il perd en fermeté. Les tissus féminins se mettent à bouillonner ; les couronnes, les guirlandes se multiplient ; les personnages, de plus en plus nombreux, sont dépeints de manière naturelle et expressive. Les thèmes se modifient aussi, et l'on voit de gracieuses jeunes filles courtisées par des jeunes gens quelque peu efféminés, sous le regard d'un Éros ailé. C'est le style dit « fleuri ».
Dès 370 avant J.-C. et pour une trentaine d'années, un nouveau terrain d'exportation amènera une recrudescence d'activité dans les ateliers athéniens. Une poterie, dite « de Kertch » et caractérisée par l'emploi de plus en plus abondant de couleurs surajoutées, de blanc surtout, se répand dans certaines régions du monde grec. Les personnages rouges alternent avec les fleurs blanches et forment de hautes pyramides sur la panse des vases. Ce dernier élan de la céramique figurée s'arrêtera comme il est né, très rapidement. Et, à l'époque hellénistique, le décor des vases exclura totalement les motifs figurés.
Alcée, Anacréon, Anaxagore, Archiloque, Démocrite, Hécatée de Milet, Héraclite, Hésiode, Homère, Parménide, Pindare, Sappho, Simonide de Céos, Stésichore, Thalès, Tyrtée, Zénon d'Élée.
Aristophane, Aristote, Démosthène, Eschine, Eschyle, Euripide, Hérodote, Isocrate, Lysias, Platon, Socrate, Sophocle, Thucydide, Xénophon.
Apollonios de Rhodes, Aristarque, Callimaque, Carnéade, Diogène, Épicure, Ératosthène, Ménandre, Pyrrhon, Théocrite, Théophraste, Zénon de Cition.
Arrien, Denys d'Halicarnasse, Diodore de Sicile, Diogène Laërce, Épictète, Flavius Josèphe, Héliodore, Longus, Lucien de Samosate, Marc Aurèle, Pausanias, Philon d'Alexandrie, Plutarque, Polybe, Posidonius, Ptolémée, Strabon.
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