En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Albanie

en albanais Shqipëria

Nom officiel : République d'Albanie

Carton de situation - Albanie
Drapeau de l'Albanie
Drapeau de l'Albanie

État de l'Europe balkanique, l'Albanie, baignée à l'ouest par la mer Adriatique, est limitée au nord-ouest par le Monténégro, au nord-est par le Kosovo, à l'est par la Macédoine, au sud par la Grèce.
L'Albanie est membre de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN).

  • Superficie : 29 000 km2
  • Nombre d'habitants : 3 173 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Albanais
  • Capitale : Tirana
  • Langue : albanais
  • Monnaie : lek
  • Chef de l'État : Bujar Nishani
  • Chef du gouvernement : Edi Rama
  • Nature de l'État : république à régime parlementaire
  • Constitution :
    • Adoption : 21 octobre 1998
    • Entrée en vigueur : 28 novembre 1998
Pour en savoir plus : institutions de l'Albanie

GÉOGRAPHIE

Les chaînes Dinariques, souvent forestières, occupent l'ensemble du pays, à l'exception de la partie centrale, où, en bordure de l'Adriatique, s'étendent des plaines et des collines. Celles-ci regroupent la plus grande partie d'une population majoritairement islamisée et encore rapidement croissante. Le climat est méditerranéen sur une étroite frange littorale ; ailleurs, il est de type continental. L'agriculture (blé, fruits, tabac), l'élevage et l'extraction du chrome constituent les principales ressources. Mais l'économie demeure celle d'un pays en voie de développement et l'émigration n'a pas cessé.

1. Le milieu naturel

Les montagnes occupent la plus grande partie du territoire. C'est un tronçon de la chaîne tertiaire qui va des Alpes dinariques aux massifs du Pinde, constitué d'anticlinaux calcaires et de synclinaux étroits remblayés par du flysh. Cependant, vers l'est, le style tectonique change : plus cassant, il a donné lieu à de grands escarpements de faille et à des dépressions intérieures qui aèrent la masse montagneuse. Mais, dans l'ensemble, celle-ci reste compacte et difficile d'accès, empêchant longtemps la pénétration des étrangers et la circulation des hommes.

À l'ouest, les plis sont enfouis sous les plaines littorales, où ils forment des pièges à hydrocarbures. Ces plaines demeurent cloisonnées car y subsistent quelques collines de flysch.

Les cours d'eau, bien alimentés au sortir de la montagne, mais au débit excessif, caractéristique de ces régions, ont un tracé épigénique dans le Centre et le Nord (Mat, Shkumbin), conforme à la structure dans le Sud (Vjosë, Seman).

Le climat est méditerranéen. Toutefois, la présence de montagnes porte la moyenne générale des précipitations à 1 000 mm par an. Le Nord est plus humide, la sécheresse d'été plus marquée dans le Sud (deux mois en moyenne). Vers l'intérieur, le climat méditerranéen se dégrade par effet de continentalité : l'amplitude thermique est plus grande, les orages d'été sont plus nombreux.

Les étagements végétaux – chênes jusque vers 1 000 m, hêtres et sapins au-dessus – subsistent là où les défrichements n'ont pas été excessifs. Ancienne réserve de bois pour la construction des bateaux vénitiens au Moyen Âge, et surtout aire de pâturage surexploitée jusqu'à nos jours, la végétation de montagne est aujourd'hui très dégradée malgré des tentatives de reboisement, et les sols sont par endroits largement érodés.

Ainsi les paysages sont-ils très contrastés : grands escarpements calcaires du Sud et du Nord, au tapis végétal pauvre et discontinu ; vallées aux versants instables du Nord-Est, où l'on construit aujourd'hui des barrages hydroélectriques ; bassins intérieurs de l'Est, où d'anciens lacs sont plus ou moins remblayés (lac d'Ohrid, bassin de Korçë) et bordés d'ensembles massifs partiellement boisés. Mais la division régionale fondamentale en Albanie reste l'opposition entre les plaines littorales et les montagnes, opposition maintenue à travers l'évolution récente de la mise en valeur.

2. La population

Si deux millions d'Albanais vivent en dehors des frontières de l'Albanie, la population de ce pays est, en revanche, homogène ; la seule minorité nationale importante est la minorité grecque, estimée à 150 000 personnes et concentrée dans le Sud. Les Albanais se divisent toutefois sur les plans religieux (70 % de musulmans, 20 % d'orthodoxes et 10 % de catholiques) et ethnique (Guègues au nord du fleuve Shkumbin, Tosques au sud), les Guègues étant de culture clanique, et les Tosques plutôt liés à une culture latifundiaire et urbaine.

La population albanaise est la plus jeune d'Europe (23 % de la population a moins de 15 ans). Cette particularité s'explique par un taux de natalité qui reste le plus fort d'Europe (14 ‰). Pourtant le taux d'accroissement naturel (0,4 %) est en net recul par rapport à ceux des décennies précédentes. L'autre spécificité de la population albanaise est qu'elle reste majoritairement rurale.

Hormis la ville de Korçë et les ports de Durrës et de Vlorë, les villes principales se situent sur un axe nord-sud suivant la limite entre les plaines littorales et les zones montagneuses (Shkodër-Krujë-Tirana-Elbasan-Berat-Gjirokastër). Pendant la période communiste, les limitations imposées aux déplacements intérieurs ont freiné le développement des villes et fait apparaître de fortes pressions démographiques dans les régions montagnardes du Nord et du Sud. La chute du régime communiste, en 1990, provoque d'importants mouvements de population : plus de 300 000 Albanais émigrent en Grèce et en Europe occidentale, et la population de Tirana passe en quelques années de 240 000 à 370 000 habitants.

3. L'économie

L'Albanie est le pays le moins développé du continent européen, et son produit national brut (P.N.B.) par habitant reste l'un des plus bas d'Europe, après ceux du Kosovo et de la Moldavie. La période communiste a permis un début d'industrialisation, mais elle s'est soldée par un échec. L'introduction de l'économie de marché en 1991 a, quant à elle, provoqué l'apparition d'un chômage important ; une grande partie de la population albanaise ne survit que grâce à l'aide humanitaire internationale et à l'argent versé par la diaspora. La misère est à l'origine de tentatives d'émigration massives. L'agriculture représente 23 % du produit intérieur brut (P.I.B.) en 2006 (contre 22 % pour l'industrie et 56 % pour les services). En même temps qu'il collectivisait les terres, le régime communiste a encouragé l'accroissement des surfaces cultivables (drainage des secteurs marécageux, bonification et irrigation en plaine, dont la plaine de Myzeqe, cultures en terrasses en montagne pour arrêter l'érosion des sols sur les pentes, défrichement) et le développement des cultures industrielles (tabac, betterave, coton). Les activités agricoles restent toutefois liées au relief et au climat : élevage et culture du maïs dans les montagnes du Nord ; vignobles et oliveraies dans les montagnes du Sud, céréales et cultures industrielles dans les plaines littorales. Enfin, la décollectivisation et l'apparition de petites exploitations privées ont provoqué un déclin des cultures industrielles, au profit des cultures maraîchères et de l'élevage.

L'Albanie dispose aussi d'importantes ressources en matières premières. L'extraction de minerais constitue sa principale source de devises. Du chrome est extrait autour de Kukës, dans le Nord. Des minerais de cuivre sont extraits dans les montagnes du Centre et du Nord, notamment autour de Rubik. L'hydroélectricité (barrages sur le Drin) fournit la quasi-totalité de l'électricité du pays, ce qui peut être un facteur de fragilité en période de sécheresse. L'Albanie produit un peu de de pétrole dans la plaine de la Myzeqe, entre Berat et le littoral. Mais l'industrie, organisée autour de grands combinats industriels (port de Durrës, aciérie d'Elbasan), est dans un état de délabrement complet. L'effondrement de la production industrielle est dès lors compensé par le développement des trafics et de la criminalité organisée, en liaison avec la Yougoslavie ou l'Italie. Le réseau routier relie le centre au nord du pays, mais n'est relié ni à la Macédoine ni à la Grèce. Le potentiel touristique du littoral reste, quant à lui, inexploité, en l'absence de toute infrastructure hôtelière. Les exportations couvrent seulement un tiers des importations, dominées par l'énergie et l'agroalimentaire. Les principaux partenaires commerciaux sont l'Italie et la Grèce. Les envois des Albanais émigrés (ils seraient deux millions, dont un million en Italie) constituent une aide conséquente aux revenus de la population, chez laquelle les inégalités sont nombreuses et la misère encore criante, surtout dans le nord du pays. La corruption demeure préoccupante et l'économie grise représenterait un tiers du produit intérieur brut.

Sur le plan extérieur, l'Albanie souhaite s'intégrer à l'Union européenne et elle a signé en 2006 un Accord de stabilisation et d'association avec celle-ci. Un rapprochement avec l'O.T.A.N. est également en cours. Le pays, qui entretient une relation privilégiée avec les États-Unis, a envoyé des soldats combattre en Afghanistan et en Iraq.

HISTOIRE

1. Des origines à l'indépendance

Anciennement peuplée par les Illyriens, l'Albanie est englobée dans l'empire romain, puis devient province byzantine. Elle est conquise par les Bulgares en 861 et, en 1041, elle est reprise par les Byzantins sous Basile II. Le pays constitue alors le despotat d'Épire, qui passe sous la domination de la famille Orsini, puis, de 1331 à 1355, fait partie de l'Empire serbe d'Étienne Dušan. En 1366, Balša, noble d'origine serbe, fonde à Shkodër (Scutari) une dynastie, qui durera jusqu'en 1421, date de la conquête de la ville par Venise.

Dès 1431, les Turcs, maîtres de Janina (Ioánnina), menacent le pays, qui s'unit sous la direction de Georges Castriota, dit Skanderbeg. Malgré une résistance acharnée, l'Albanie doit pourtant se soumettre. La moitié de la population se convertit à l'islam et le pays est traité tantôt avec indulgence, tantôt avec dureté, ce qui provoque des révoltes. C'est ainsi qu'en 1760 Mehmet Bushati fait sécession (son petit-fils Mustapha sera à son tour vaincu en 1831). Quant à Ali Pacha, qui s'est rendu indépendant du sultan à Ioánnina, il est vaincu par les Turcs en 1822.

2. L'Albanie indépendante

2.1. L'accès à l'indépendance et la Première Guerre mondiale

En 1908, espérant obtenir l'autonomie, les Albanais soutiennent les Jeunes-Turcs, mais leur attente est déçue. Ils se révoltent de nouveau en 1912, et Ismaël Kemal proclame l'indépendance, qui est reconnue par les puissances européennes en 1913. Désigné comme souverain en 1914, Guillaume de Wied ne reste en Albanie que quelques mois.

Au cours de la Première Guerre mondiale, le nord du pays est occupé par les Italiens du général Ferrero, qui ne l'évacueront qu'en 1920. En 1921, l'indépendance du pays est confirmée, mais l'Albanie est amputée de territoires au profit de la Yougoslavie et de la Grèce.

2.2. La dictature du colonel puis du roi Zog

Le colonel Ahmed Zog, nommé Premier ministre de la jeune république en 1922, est renversé par les démocrates. En 1924, il écrase à son tour le parti démocrate et restaure sa dictature. Son régime, très répressif et soutenu par les éléments les plus rétrogrades de la population, s'appuie sur la Yougoslavie puis sur l'Italie. C'est ainsi qu'en 1927 le pacte de Tirana est signé avec Mussolini et que les Italiens obtiennent d'importants avantages économiques. Cette influence va aller grandissant après que Zog se soit proclamé roi, sous le nom de Zog Ier (1928), et c'est vainement que les démocrates tentent une insurrection.

Parallèlement, apparaissent quelques cellules communistes (Enver Hoxha dirige clandestinement celle de Korçë).

2.3. La Seconde Guerre mondiale

Le 7 avril 1939, les troupes fascistes envahissent brusquement le pays. Zog s'enfuit, tandis que Victor-Emmanuel III devient roi d'Albanie. Le 28 octobre 1940 débute l'invasion de la Grèce par les Italiens, qui sont rapidement refoulés. Tous les groupes communistes fusionnent en 1941 sous la direction d'Enver Hoxha, et opposent à l'occupant une vigoureuse résistance, qui s'attaque à la fois au « gouvernement Quisling » de Krujë et à une organisation anticommuniste, le Balli Kombëtar. Mehmet Shehu dirige les maquis. Après l'armistice signé entre l'Italie et les Alliés (8 septembre 1943), la Wehrmacht envahit l'Albanie. Elle est chassée par les partisans, en 1944.

3. La république populaire

3.1. Sous la férule d'Enver Hoxha

Fort de sa victoire militaire, le parti communiste proclame, le 10 janvier 1946, la République populaire d'Albanie, dont Enver Hoxha devient le président. L'industrie et le commerce sont alors nationalisés, la terre distribuée aux paysans, puis collectivisée. Sur le plan politique, les opposants sont éliminés, et la population encadrée par des organisations de masse liées au parti, rebaptisé parti du Travail albanais (PPSh) en 1948.

Dans l'orbite de l'Union soviétique

Les priorités du régime sont d'assurer l'indépendance et l'industrialisation du pays. La tutelle yougoslave devenant trop pesante, Enver Hoxha profite de la rupture entre Tito et Staline pour se placer en 1949 sous la protection de l'URSS et obtenir une aide économique importante. Admise la même année au sein du Comecon, l'Albanie devient membre du pacte de Varsovie en 1955. Mais la politique de déstalinisation du dirigeant soviétique éloigne l'Albanie de son allié : Enver Hoxha rompt avec l'URSS en 1961.

La rupture avec la Chine

En 1968, après l'invasion de la Tchécoslovaquie, l'Albanie se retire du pacte de Varsovie et resserre les liens avec la Chine. Enfin, après avoir mis fin à cette alliance en 1978, après l'abandon du maoïsme par les dirigeants de Pékin, l'Albanie se retrouve isolée et tente de s'autosuffire économiquement.

La « discipline prolétarienne »

Ces revirements s'accompagnent de purges répétées dans le parti. Plus largement, la police secrète (Sigurimi) maintient la population dans la terreur. Rêvant d'un « homme nouveau », Enver Hoxha est hostile aux « traditions rétrogrades » comme aux « influences étrangères », interdisant ainsi l'usage des voitures individuelles et des vêtements occidentaux. Le régime parvient à renforcer le sentiment national en interdisant les religions (1967) et en unifiant les dialectes guègue et tosque (1972). De même, il modernise la société en luttant contre le droit coutumier, en développant l'instruction et la santé publiques, en faisant accéder les femmes au travail. Mais les vieux clivages claniques se reproduisent au sein même du PPSh : celui-ci est dominé par les Tosques du Sud, et les purges recoupent souvent des luttes entre familles rivales.

3.2. Ramiz Alia

Ramiz Alia, devenu chef de l'État en 1982, succède à Enver Hoxha, mort en avril 1985, à la tête du PPSh. Confronté à de graves pénuries, il lance quelques réformes économiques (rétablissement des lopins de terre privés en 1985), ainsi qu'une timide ouverture diplomatique en direction des pays européens. Mais il cherche surtout à préserver l'Albanie des conséquences de la perestroïka soviétique et de la chute du mur de Berlin, en novembre 1989.

4. Démocratie et instabilité

4.1. Restauration des libertés fondamentales, multipartisme

En décembre 1990, des manifestations étudiantes, suivies d'émeutes dans plusieurs villes, contraignent Ramiz Alia nommer un gouvernement technique de transition dirigé par le socialiste Fatos Nano. Il est contraint de restaurer les libertés fondamentales : les lieux de culte sont réouverts, une presse indépendante apparaît, le multipartisme est autorisé.

La principale force d'opposition, le parti démocratique d'Albanie (PDSh), fondé par Gramosz Pashko et Sali Berisha, parvient à s'organiser. Les premières élections législatives libres (mars-avril 1991), sont remportées par le PSSh (parti socialiste, successeur du PPSh), qui obtient 168 des 250 sièges à l'Assemblée du peuple, le PDSh en totalisant 75. Cette assemblée adopte l'amendement constitutionnel qui redonne au pays le nom de République d'Albanie et réélit Ramiz Alia à la présidence de la République.

Cependant, la crise économique est si grave que l'Italie doit organiser une aide humanitaire d'urgence (opération « Pelikan »). Par ailleurs, grèves et manifestations poussent le gouvernement à démissionner. Le communiste Ylli Buffi, qui a formé en juin un gouvernement d'union nationale, démissionne à son tour en décembre. En mars 1992, les élections anticipées, organisées à la demande de l'opposition, voient la victoire écrasante du PDSh qui remporte 92 sièges sur les 140 à pourvoir, tandis que le PSSh n'en obtient que 38.

4.2. La présidence de Sali Berisha (1992-1997)

Dès les premiers jours d'avril, Ramiz Alia est remplacé par Sali Berisha, président du PDSh. Le nouveau pouvoir accélère le rythme des réformes, décollectivisant la terre, privatisant le petit commerce et certaines grandes entreprises, ouvrant le pays aux investisseurs étrangers. Engagée en 1991, l'ouverture vers l'extérieur – rétablissement des relations diplomatiques avec les États-Unis et la Grande-Bretagne, établissement de relations diplomatiques avec la Communauté européenne, adhésion à la CSCE (→ Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe et à l'Organisation de la conférence islamique – se confirme et, en 1995, l'Albanie devient membre du Conseil de l'Europe. Toutefois, la montée des tensions aux frontières albano-serbe et albano-grecque et les risques d'explosion au Kosovo l'affectent directement.

À l'intérieur, la crise persiste, ainsi qu'en témoigne le rejet par référendum d'un projet de Constitution en novembre 1994. Les dérives autoritaires de S. Berisha et l'emprisonnement de son principal rival, le socialiste Fatos Nano, pour « corruption » détériorent le climat politique. En mai 1996, les élections législatives sont entachées d'irrégularités et boycottées par le PSSh et d'autres partis d'opposition. Cette situation est d'autant plus grave que le conflit entre démocrates et socialistes recoupe de plus en plus celui entre Guègues du Nord et Tosques du Sud, S. Berisha, originaire du Nord, privilégiant les premiers au détriment des seconds.

4.3. L'insurrection de 1997

En mars 1997, la faillite de sociétés d'épargne à caractère spéculatif provoque une insurrection dans le sud du pays, puis l'effondrement de l'appareil d'État et la multiplication des règlements de comptes. Le pays bascule dans la guerre civile, les sympathisants du PSSh accusant les partisans de S. Berisha d'avoir délibérément plongé le pays dans la crise, alors que tous les partis politiques avaient développé des relations suspectes avec les « pyramides » financières. Par rejet de l'État, accusé de complicité avec les compagnies bancaires, la population s'en prend à tous les symboles : les commissariats de police, les mairies, mais aussi les usines, les écoles, les bibliothèques sont pillés et détruits. Au sortir des émeutes, l'Albanie est un pays ravagé.

Les conséquences de la crise se répercutent également au Kosovo, où de nombreuses armes automatiques volées dans les casernes de l'armée albanaise finissent aux mains des combattants de l'UÇK.

Une intervention militaire internationale (opération « Alba ») permet à un gouvernement transitoire d'organiser de nouvelles élections (juin), remportées par le PSSh, qui obtient la majorité des deux tiers au Parlement. S. Berisha, reconnaissant sa défaite, démissionne en juillet ; il est remplacé par Rexhep Meidani. Acquité et libéré, F. Nano, leader du PSSh, redevient Premier ministre (octobre 1997).

4.4. La présidence de Rexhep Meidani (1997-2002)

La vie politique demeure marquée par les incessantes rivalités qui opposent les deux principales formations du pays, le parti socialiste (PSSh) et le parti démocratique (PDSh). Ce dernier n'ayant jamais accepté sa défaite électorale de 1997, boycotte les travaux de l'Assemblée. En moins d'un an, surviennent trois remaniements à la tête du gouvernement : F. Nano, démissionnaire en septembre 1998 est remplacé par Pandeli Majko, que des dissensions au sein du parti socialiste poussent à son tour à la démission en octobre 1999. Il est remplacé par Ilir Meta. En septembre 1998, S. Berisha tenta d'impulser un putsch, avec le soutien armé de certaines factions albanaises du Kosovo, après l'assassinat de son bras droit, Azem Ajdari.

Les élections législatives de juin-juillet 2001, sont une nouvelle fois remportées par le PSSh aux dépens du PDSh, qui refuse toujours de siéger à l'Assemblée. Dans ce climat politique délétère, Ilir Meta forme en septembre un nouveau gouvernement, mais démissionne fin janvier 2002, victime de la guerre des chefs qui sévit au sein de la direction du PSSh. Pandeli Majko redevient chef de l'exécutif en février. Ces querelles partisanes hypothèquent gravement les relations de l'Albanie avec l'Union européenne qui considère que l'ouverture des négociations concernant un Accord de stabilisation et d'association ne pourra intervenir qu'une fois l'élection présidentielle menée à bien.

En mars 1999, l'Albanie a accueilli des centaines de milliers de réfugiés kosovars fuyant l'offensive serbe. En 2001, elle renoue ses relations diplomatiques avec la République fédérale de Yougoslavie. Elle n'est que peu affectée par la crise macédonienne (2001), préférant rester à l'écart du conflit.

4.5. La présidence d'Alfred Moisiu et le retour au pouvoir de Sali Berisha (2002-2007)

Le 24 juin 2002, le Parlement élit Alfred Moisiu, seul candidat en lice, à la présidence de la République. En juillet, ce dernier approuve la candidature de F. Nano au poste de Premier ministre, à la suite de la démission de Pandeli Majko. Après quelques mois d'accalmie, les dissensions reprennent au sein du PSSh, divisé en deux factions rivales : l'une menée par F. Nano, l'autre par l'ex-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Ilir Meta. La démission de ce dernier ouvre une nouvelle période de règlements de comptes, dont le Premier ministre, F. Nano, finit, malgré une impopularité croissante, par sortir vainqueur. Aux élections locales d'octobre 2003, le PSSh enregistre un recul de plusieurs points qui profite essentiellement au PDSh. En janvier 2004, F. Nano forme un nouveau gouvernement et confie quelques ministères à des personnalités venues d'autres formations politiques, mais sans leur laisser de véritable marge de manœuvre.

Usés par un exercice chaotique du pouvoir, les socialistes perdent les élections du 3 juillet 2005, donnant l'occasion au PDSh et à son chef, Sali Berisha, de prendre leur revanche. Ce dernier devient Premier ministre. Fortement critiqué dans les rangs de son propre parti, F. Nano en abandonne quelques mois plus tard la présidence, et le jeune et populaire maire de Tirana (dont il a engagé une spectaculaire rénovation), le plasticien Edi Rama, devient chef de l'opposition.

En 2007, le PDSh parvient également à faire élire son candidat à la présidence de la République : Bamir Topi, qui succède à Alfred Moisiu.

4.6. Intégration européenne et atlantique

L’Albanie rejoint officiellement l’OTAN lors du sommet de Strasbourg, en avril 2009. Le pays, l’un des plus américanophiles d’Europe, avait déjà envoyé des troupes en Iraq et s’était engagé à ne pas poursuivre sur son territoire civils et militaires américains devant la Cour pénale internationale (CPI). Le gouvernement du Premier ministre S. Berisha, reconduit lors des élections de juin 2009, présente l’adhésion à l’Alliance atlantique comme un « premier pas » vers l’intégration européenne, mais la route risque d'être encore longue pour l’Albanie.

Celle-ci signe en 2006 un Accord de stabilisation et d'association avec l'Union européenne, qui entre en vigueur le 1er avril 2009, alors que l’Albanie dépose le même jour sa demande d’adhésion. Le sommet européen de Thessalonique (juin 2003) a confirmé la « vocation » de l'Albanie, comme de tous ses voisins balkaniques, à rejoindre un jour l'UE, mais sans qu'aucun calendrier ne soit fixé. Signataire des accords CEFTA (Central European Free Trade Agreement) en décembre 2006, le pays ne bénéficie de la levée du régime des visas européens qu’en décembre 2010, un an après la Serbie, la Macédoine et le Monténégro. Autre déconvenue pour Tirana : l’Albanie n’a pas encore obtenu le statut de candidat officiel à l’intégration européenne, octroyé à son voisin monténégrin en novembre 2010.

4.6. L'Albanie, le Kosovo et la « question albanaise »

Dans les années 1990, sous la présidence de S. Berisha, l'Albanie recourait à un discours très militant sur la question du Kosovo majoritairement peuplée d'Albanais. Les rodomontades patriotiques n'empêchaient cependant pas les affaires : le PDSh de S. Berisha a été directement impliqué dans plusieurs scandales de violation de l'embargo frappant la Yougoslavie. La compagnie Shqiponja, directement liée à ce parti, fournissait ainsi du carburant au Monténégro. De retour au pouvoir, les socialistes adoptent un profil plus discret sur la question, même si des liens étroits unissent toujours certaines factions albanaises du Kosovo aux services secrets socialistes. Le Premier ministre F. Nano s'est beaucoup engagé dans le développement des relations régionales, notamment avec le Monténégro et la Macédoine. Ses relations politiques se doublant avec les dirigeants monténégrins de fructueuses relations d'affaires, notamment dans le commerce illégal des cigarettes.

Avec le retour au pouvoir de S. Berisha, en 2005, l'Albanie renoue avec un discours plus offensif sur la question du Kosovo. En 2006, le ministre des Affaires étrangères, Besnik Mustafaj, évoque officiellement pour la première fois la possibilité de modifications des frontières et d'une éventuelle « réunification nationale » albanaise. La proclamation d'indépendance du Kosovo, le 17 février 2008, suscite une vague d'enthousiasme en Albanie, laquelle cherche à renforcer ses liens avec le nouvel « État frère ». Tirana offre ainsi au Kosovo la possibilité d'utiliser librement le port de Shengjin, et les deux pays envisagent une suppression des barrières douanières. Le 25 juin 2009, trois jours avant les élections parlementaires, S. Berisha inaugure en grande pompe « l'autoroute nationale », reliant le Kosovo au port de Durrës, via les régions montagneuses du nord de l’Albanie. Cette autoroute, dont le coût dépasse le milliard d’euros et dont la construction est rythmée par plusieurs scandales de corruption impliquant des proches du Premier ministre S. Berisha, est censée symboliser le rapprochement pan-albanais.  

La thématique de la réunion du Kosovo, de l'Albanie et des régions majoritairement albanaises de Macédoine, voire du Monténégro et du sud de la Serbie (vallée de Preševo), ne fait toujours pas recette auprès de l'opinion publique, davantage préoccupée par les questions économiques et de survie quotidienne. Les chancelleries redoutent que cette question ne dégénère en une vaste crise régionale, supposant une redéfinition de l'ensemble des frontières. L'indépendance du Kosovo et le risque d'une partition du nouvel État entre zones serbes et albanaises posent cependant la question de cette unification, à moins qu'un processus rapide d'intégration régionale et européenne ne permette de dépasser et de « relativiser » la question des frontières.

4.7. Retour de l'instabilité

À l'issue d'une campagne émaillée de quelques incidents qui font deux morts dans les provinces, 3,1 millions d'électeurs sont appelés à renouveler leur Parlement, le 28 juin 2009, pour un scrutin considéré comme un test politique par l'UE et la communauté internationale. Une nouvelle loi électorale, votée en 2008, encadre le scrutin, contrôlé par plus de 400 observateurs étrangers déployés sous l'égide de l'OSCE. La coalition menée par le parti démocratique (PDSh) du Premier ministre S. Berisha – l'Alliance pour le changement – remporte 70 sièges (sur 140), devant le parti socialiste, dont le chef de file est le maire de Tirana, Edi Rama, qui obtient 66 sièges. Le Mouvement socialiste pour l'intégration (LSI) de l'ex-Premier ministre I. Meta arrive en troisième position, avec 4 sièges. Ce dernier s’allie finalement avec S. Berisha pour former une nouvelle et fragile majorité. L'opposition socialiste, non contente de dénoncer la « trahison » de I. Meta, estime également que la courte victoire de S. Berisha aurait été entachée de fraudes.

Ces élections contestées plongent l’Albanie dans une sérieuse crise politique. L’opposition choisit de boycotter les travaux du Parlement, tout en organisant régulièrement des manifestations pour réclamer de nouvelles élections. Les tentatives de médiation de l'UE ne permettent pas d’envisager le moindre compromis, et la crise prend une tournure dramatique le 21 janvier 2011 : galvanisée par l'écho des révolutions affectant le monde arabe, l’opposition appelle, ce jour-là, à une nouvelle marche de protestations. La police ouvre le feu, faisant quatre morts parmi les manifestants. Les semaines suivantes, l’opposition appelle à des rassemblements réguliers, tandis que les discours politiques retrouvent les accents dramatiques de 1997.

4.8. L’alternance de 2013

Le 23 juin 2013, la coalition de l’opposition dirigée par le parti socialiste d’Edi Rama, « Alliance pour une Albanie européenne », remporte une large victoire aux élections législatives en obtenant 83 sièges sur 140 devant l’« Alliance pour l’emploi, la prospérité et l’intégration » menée par le Premier ministre sortant ; celui-ci reconnaît sa défaite et décide d’abandonner la direction du parti démocratique (PDSh), laissée à Lulzim Basha, maire de Tirana depuis juillet 2011.

De nouveau allié du parti socialiste après la « trahison » de 2009, le Mouvement socialiste pour l’intégration de I. Meta obtient 16 sièges, réduisant la bipolarisation de la vie politique albanaise. En septembre, le nouveau gouvernement formé par Edi Rama entre en fonctions en s’engageant à mener les réformes nécessaires en vue d’un rapprochement avec l’Union européenne. L’Albanie reçoit ainsi le statut de pays candidat en juin 2014.