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Olympie

en grec Olumpia

Olympie, l'Héraïon
Olympie, l'Héraïon

Ancien centre religieux du Péloponnèse (Élide), sur la rive droite de l'Alphée, célèbre par son sanctuaire de Zeus Olympien et par les jeux Olympiques, qui y étaient célébrés en l'honneur du dieu.

Au nord-ouest du Péloponnèse, dans le vaste paysage de la verdoyante vallée de l'Alphée, à Olympie, durant plus de mille ans, les Grecs se réunirent, communiant dans la célébration des fêtes magnifiques du culte de Zeus.

HISTOIRE

De la légende à Olympie, carrefour du monde grec

Dès les temps préhistoriques, le centre joue un rôle religieux. Lors des migrations et des invasions, chaque peuple y introduit ses dieux. Le site d’Olympie, l’un des quatre sanctuaires panhelléniques, vit la prédominance du culte de Zeus après l'arrivée des Doriens (début du Ier millénaire avant J.-C.). Les anciens Grecs situaient en effet à Olympie la victoire de Zeus en lutte contre son père Cronos. Selon une autre tradition, les Achéens, en s'installant à Pisa (xve s. avant J.-C., Élide), auraient fondé les jeux Olympiques ; leur chef, Pelops, aurait vaincu à la course le roi du lieu, Œnomaos, dont il épousa la fille, Hippodamie ; les jeux Olympiques auraient célébré cette course. Une autre tradition veut que ce soit Héraclès Dorien qui ait fondé les jeux. Plus tard, Héraclès aurait organisé à Olympie les premiers Jeux en l'honneur de Pélops. C'est cet ensemble de mythes que l'ensemble des cités grecques décidèrent de célébrer à partir de 776 avant J.-C. en instaurant les jeux Olympiques.

À partir de cette date, le rayonnement du sanctuaire s'étendit peu à peu des environs immédiats (viiie s.) à tout le Péloponnèse, puis à l'ensemble du monde grec (viie s.). Le sanctuaire, d'abord sous la dépendance des Pisates, passe sous le contrôle des Éléens (d’Élis), qui, avec l'aide de Sparte, ravagent la Pisatide (580 avant J.-C.) ; les Spartiates s'assurent ainsi, par personne interposée, le protectorat sur Olympie. Sous l'impulsion des Éléens, Olympie devient un centre important de piété et d'art ; les grandes villes de Grèce consacrent aux dieux, à l'intérieur du périmètre sacré, l'Altis, de somptueuses offrandes : la statue de Zeus par Phidias est dédiée après la victoire sur les Perses (seconde guerre médique) ; les Syracusains élèvent un trésor dans l'Altis après la victoire d'Himère (480 avant J.-C.) ; les Spartiates, après la victoire de Tanagra, offrent un bouclier d'or à Zeus (457 avant J.-C.) ; les Éléens bâtissent en l'honneur de Zeus un temple colossal (468-457). Durant tout le ve s. s'accumulent ainsi les richesses dans ce centre, qui ne vit réellement d'une vie somptueuse que tous les quatre ans, lors des jeux, et devient alors le carrefour du monde grec.

L’apogée du site d’Olympie et son déclin

L'abondance des trésors dans les temples excite les convoitises ; les Arcadiens s'emparent d'Olympie (364 avant J.-C.), mais leur domination ne dure guère (jusqu'en 362). L'hégémonie macédonienne n'épargne pas les grands sanctuaires. Dès 342, Olympie, comme Delphes, se trouve placée sous le protectorat de Philippe, qui fait édifier un grand monument à sa gloire, prélude à sa divinisation. Alexandre, qui se sert d'Olympie pour annoncer ses décisions à la Grèce, accroît le prestige du sanctuaire. Avec la domination romaine, l'Altis s'enrichit encore ; Néron se fait bâtir un palais, participe aux jeux, organise un concours de poésie ; mais, après Hadrien, Olympie perd tout rôle politique et religieux, bien que les Jeux aient été célébrés jusqu'en 393 après J.-C.

En 426 le temple est brûlé à la suite d'un édit de Théodose II. Réduite à une bourgade fortifiée lors des invasions barbares, puis abandonnée, Olympie sera ravagée par des séismes puis recouverte par les alluvions de l'Alphée.

Les premières fouilles sont entreprises par les savants accompagnant l'expédition de Morée en 1829. Mais ce n'est qu'à partir de 1875 que des archéologues allemands mettront au jour les ruines du sanctuaire ainsi que de nombreuses œuvres d'art.

LES JEUX OLYMPIQUES

L'importance d'Olympie tient surtout à l'organisation quadriennale de concours sportifs (Agônes) qui, dès le vie s., attiraient un nombre important de concurrents et de spectateurs venus de tout le monde grec. Ces concours auraient été institués en 776 avant J.-C., date à laquelle commence le décompte régulier des olympiades. La seule épreuve était alors la course du stade (192 m) ; les premiers participants venaient en voisins d'Élée et de la Messénie. Puis les concours s'enrichirent peu à peu, allant jusqu'à inclure des compétitions musicales et littéraires.

En fait, le mythe moderne des jeux Olympiques masque la réalité antique. Les joutes sportives faisaient partie intégrante de toute grande fête religieuse, dans les cités comme dans les sanctuaires panhelléniques ; ainsi à Delphes. Le renom des fêtes olympiques tient à la puissance de Zeus et à la piété des grandes cités, comme Sparte et Corinthe, puis des souverains hellénistiques, à commencer par Philippe de Macédoine et Alexandre le Grand, et enfin des empereurs romains, parmi lesquels Néron, qui se fit construire une villa à Olympie.

L'organisation et les participants

Les installations restèrent longtemps sommaires ; ce n'est qu'au ive s. que les compétitions quittèrent le cadre magnifique (les concurrents des courses allaient vers le temple où Zeus les accueillait) mais étriqué de l'Altis (le bois sacré) : on construisit sur les pentes du mont Kronion, en parfaite harmonie avec le paysage, une piste avec un seuil de départ en pierre capable de recevoir une vingtaine de concurrents. Sur les talus qui la bornaient, 50 000 spectateurs (des hommes seulement, à l'exception de la prêtresse de Déméter) pouvaient se rassembler : foule qui, entre les compétitions, vivait à la belle étoile, les plus riches faisant parfois monter des tentes fastueuses.

Tout Hellène libre était admis à participer aux épreuves, à condition qu'il n'ait pas commis de crime envers les dieux (assassinat ou sacrilège). L'organisation du concours était confiée aux hellanodices, magistrats éléens désignés dix mois avant chaque célébration ; ils s'occupaient des candidats, qui devaient, longtemps à l'avance, venir s'installer à Élis (ville dont dépendait le sanctuaire d'Olympie) et s'entraîner sous leur direction : il fallait qu'ils rangent les concurrents selon leur âge (tel adulte pouvant avoir intérêt à se faire admettre dans la catégorie spéciale des jeunes – de 17 à 20 ans –, ce n'était pas toujours facile) et éliminent les athlètes visiblement surclassés.

Le déroulement et les épreuves

Lorsque approchait l'époque des Jeux (vers août ou septembre), des messagers, théores, se rendaient dans la Grèce entière pour y faire proclamer la trêve sacrée : toutes les guerres devaient être suspendues pour que chacun pût prendre part aux Jeux ; même une guerre où risquait de périr le monde grec, la seconde des guerres médiques, n'empêcha pas en 480 les Spartiates de préférer célébrer les Jeux plutôt que de se porter vers le nord pour y combattre les Perses.

Les cérémonies se déroulaient durant cinq jours. Pendant la première journée on sacrifiait sur les autels des dieux ainsi que sur celui qui était consacré au héros Pélops, fondateur légendaire des Jeux ; les hellanodices juraient solennellement de s'acquitter avec impartialité de leur tâche d'arbitre, les concurrents de se comporter avec loyauté. Une proclamation du nom de tous les engagés était faite, comme un examen ultime de leur droit à concourir.

Les épreuves commençaient le deuxième jour ; après une procession des athlètes, les jeunes s'affrontaient d'abord, puis les adultes, chaque épreuve donnant lieu à des éliminatoires et à une finale ; on courait le stade – ce mot désigne non la piste mais la longeur, la diaule (une double longueur) ; tous les concurrents participaient à une course de fond et à la course en armes ; on s'affrontait en des tournois de lutte, de pugilat, de pancrace ; le pentathlon comprenait cinq épreuves, et son vainqueur devait avoir vaincu tous ses adversaires à la lutte.

Spectaculaires, brillantes étaient les compétitions hippiques qui clôturaient les Jeux : les quadriges (chars attelés de quatre chevaux) devaient parcourir sur l'Hippodrome (que les archéologues n'ont pu retrouver, car la rivière Alphée a vu se modifier son cours depuis l'Antiquité) douze fois la boucle d'une piste de 1 200 m sans épuiser leur attelage, réussir à passer au plus près des bornes qui pouvaient briser leur essieu ; la victoire était donnée au propriétaire des meilleurs chevaux.

Au dernier jour de la panégyrie, on proclamait le nom des vainqueurs, celui de leur père, de la cité dont ils étaient originaires ; ils recevaient une couronne faite d'un rameau d'olivier de l'Altis, moment d'honneur insigne pour le père qui avait procréé un tel fils (l'un d'entre eux, qui vit deux de ses fils couronnés la même année, se vit souhaiter la mort par tous les spectateurs, nul bonheur plus grand n'aurait pu dès lors lui échoir) et pour la cité qui l'avait élevé. De magnifiques festins préludaient au départ. Puis les vainqueurs (olympioniques) retournaient chez eux, où leur cité leur réservait un accueil triomphal : on perçait une brèche dans le rempart pour qu'ils entrent par une porte que nul n'aurait franchie avant eux ; leur vie durant ils seraient nourris aux frais de l'État dans le prytanée, les poètes chanteraient leur gloire.

Succès et évolution des jeux Olympiques

Le succès des Jeux fit qu'ils changèrent rapidement. Peu à peu, dès le ve s., vinrent s'y exhiber des poètes, des écrivains qui profitaient de l'affluence, on y fit des proclamations politiques quand on voulait leur donner une audience panhellénique (Alexandre, ainsi, en 324, y fit lire un décret ordonnant à tous les États grecs de rappeler les bannis). Des athlètes professionnels remplacèrent les compétiteurs désintéressés qui gagnaient lors de leur victoire, sinon de l'argent (quoique le privilège de l'entretien au prytanée pût passer pour un gain intéressant), du moins un prestige monnayable. L'esprit du culte se perdit ; pour plaire à Néron on modifia même le nombre des épreuves et l'on brisa le système quadriennal.

Pourtant, les concours continuèrent de réunir les Grecs ; mais ils furent interdits, comme symbole de paganisme, par l'empereur Théodose en 393 après J.-C.

L'ART À OLYMPIE

L'enceinte sacrée, l’Altis, sanctuaire de Zeus, s'étend au pied du mont Kronion, au confluent de l'Alphée et du Kladéos, sur un site occupé dès le IIe millénaire. Il renfermait plusieurs temples, d'anciens lieux de culte, des autels, et toutes les offrandes (trésors, pour la plupart offerts par des cités coloniales, trophées, statues, monuments commémoratifs, stèles, etc.). Le lieu sacré primitif du sanctuaire semble être le Pélopion, tombe du héros à l'origine des jeux Olympiques. À côté, au N., se dresse l'Héraïon érigé vers 600 avant J.-C., long et étroit (50 x 19,6 m), le plus ancien exemple de temple monumental en Grèce. Les colonnes de pierre (6 x 16), très différentes les unes des autres, ont remplacé peu à peu les colonnes originelles en bois. Le temple de Zeus, édifié par Libon d'Elis de 468 à 457 avant J.-C., étend plus au S. son gigantesque soubassement (27,68 x 64,12 m). Les frontons, décorés, l'un, des préparatifs de la course entre Pélops et Œnomaos, et l'autre d'une centauromachie, ainsi que les métopes figurées consacrées à Héraclès (certaines sont au Louvre), sont les chefs-d'œuvre du style sévère. La statue chryséléphantine de Zeus par Phidias, dont l'atelier s'étendait à l'O. du temple, trônait dans la cella. L'Altis contenait en outre de nombreuses offrandes : des trésors, une foule de statues offertes par les vainqueurs ou leur cité (dont celles des Zanes, exécutées avec les amendes des concurrents pénalisés), trépieds, armes… À partir du ive s. avant J.-C., l'Altis accueille un temple de la Mère des dieux, la stoa d'Écho, puis le Philippeion (tholos contenant les statues de la famille royale macédonienne, œuvres de Léocharès). Plus tard, Hérode Atticus le dote d'une exèdre.

À l'extérieur de l'Altis se trouvaient les édifices civils : le bouleutérion (siège du sénat olympique, vie-iie s. avant J.-C.), le prytanée (réfectoire des hôtes officiels, ve s. avant J.-C.), et les installations nécessaires à la célébration des jeux : gymnase, Léonidaion (hôtel pour hôtes de marque), le stade, etc. Parmi les temples, le plus vaste et le plus fastueux était le temple dorique de Zeus Olympien (468-465 avant J.-C.), tandis que l'Héraïon était le plus ancien, l'un des tout premiers temples grecs construits en pierre (fin viie -début vie s.). La cella de l'Olympieion contenait la célèbre statue de Zeus, sculptée par Phidias (vers 430 avant J.-C.), la statue de culte la plus renommée de l'Antiquité. Emportée à Constantinople, elle fut détruite dans un incendie en 475 après J.-C.

Le musée renferme, outre le décor du temple de Zeus, la Nikê de Paeonios de Mendê, l'Hermès de Praxitèle, le Zeus enlevant Ganymède, la plus remarquable collection de bronzes grecs archaïques et classiques : armes, trépieds et chaudrons, statuettes…

Archéologie

L'ensemble des édifices désigné sous le nom général d'Olympie, ne constituait pas une ville. C'était un vaste sanctuaire où les temples et les autels de diverses divinités se trouvaient réunis sous les suzerainetés spirituelle de Zeus et temporelle de Pisa, puis d'Élis.

Dès 1723, un savant français, dom Bernard de Montfaucon, puis le cardinal Quirini, archevêque de Corfou, s'intéressèrent à l'exploration d'Olympie. Ces premières études furent relayées par celles de l'historien allemand Johann Joachim Winckelmann. Des premières fouilles furent faites en mai 1829 par les membres de la Commission de Morée, Blouet et Dubois, mais ce furent des savants allemands qui reprirent le projet de fouilles scientifiques plus complètes : Ernest Curtius gagna à cette cause son élève, le prince impérial Frédéric (le futur empereur Frédéric III), ainsi que l'empereur Guillaume Ier. En 1875, un traité ratifié par le Parlement grec autorisa l'Allemagne à faire les dépenses des fouilles qui, après Curtius (1874), furent reprises jusqu'en 1881 par W. Dörpfeld et E. Kunze. De nouveaux chantiers de fouilles furent réouverts en 1936, puis à partir de 1951 (découverte du Léonidaion – vaste édifice, élevé vers la fin du ive s. avant J.-C., grâce aux libéralités du Naxien Léonidas, pour y loger les invités de marque –, déblaiement du stade); ces travaux ont mis au jour la plupart des monuments et livré d'innombrables bronzes géométriques et archaïques et des statues (dont le célèbre Hermès de Praxitèle).