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Athènes

en grec Athínai

Parthénon, Athènes
Parthénon, Athènes

Capitale de la Grèce.

  • Nom des habitants : Athéniens
  • Population pour l'agglomération : 3 413 990 hab. (estimation pour 2011)

GÉOGRAPHIE

1. Le site d'Athènes

La ville déborde la plaine d'Attique, où des buttes calcaires fixèrent jadis un sanctuaire à l'intérieur (Acropole) et des ports sur le littoral (Le Pirée). La plaine d’Attique, bien ouverte au sud, est protégée des coups de froid par les massifs montagneux de l’Hymette (1 026 m) à l’est, du Pentélique (1 109 m) et du Parnis (1 413 m) au nord et au nord-ouest. À travers l’Aighaleo, qui prolonge le Parnis en direction du sud, le col de Dhafni permet d’atteindre aisément la plaine d’Éleusis, qui reste étroitement associée aux activités de l’Attique. Au nord-est, un seuil abaissé entre l’Hymette et le Pentélique ouvre sur la Mésogée, où les activités agricoles évoluent rapidement au contact de la ville, dont le voisinage transforme les villages les plus proches (mouvements quotidiens de la population, essaimage d’industries, multiplication des résidences secondaires). La plaine d’Attique, ensoleillée, bien égouttée, accidentée de quelques buttes rocheuses, parmi lesquelles l’Acropole a fixé un des premiers sites urbains, était, sur 30 km du sud au nord, propice aux bâtisseurs ; sa façade maritime, large de 20 km, est une côte basse ou un seul secteur rocheux correspondant à la colline du Pirée présente des anfractuosités qui ont fixé un port devenu trop étroit, et qui cherche de nouveaux sites dans la baie d’Éleusis, au-delà du détroit de Salamine.

2. L'extension de la ville

L'extension de la ville, sollicitée au nord (Béotie) et à l'est (Mésogée) par des axes routiers d'industrialisation et d'urbanisation, la porte au-delà du cadre montagneux défini par l'Hymette, le Pentélique et le Parnis-Aighaleo ; elle est rapide au nord-ouest (zone portuaire et industrielle d'Éleusis) et au sud-est (zone résidentielle et balnéaire de la côte d'Apollon). La ligne de rivage est repoussée au large par des remblais constructibles (Phalère). Les îles les plus proches, Salamine, Égine, sont intégrées à cet ensemble urbain devenu le plus vaste des Balkans (500 km2) en même temps qu'un carrefour majeur et un foyer d'attraction des trafics touristiques en Méditerranée.

La croissance de l'agglomération (200 000 habitants en 1900, 1 850 000 en 1961, plus de 3 200 000 en 2010, le port du Pirée inclus) tient à la multiplicité des rôles exercés par la capitale dans un État très centralisé (administration, finances, université, mais aussi commerces de gros et de détail et industries [métallurgie, chimie, textile, alimentation, tabac]). Athènes concentre une part importante des salariés de Grèce, rassemble et redistribue la plupart des capitaux, est le pivot du commerce extérieur (port du Pirée, aéroport d'Eleftherios Veniselos, à Spata) et le principal foyer du commerce intérieur ; le rayon d'action des services établis à Athènes s'étend à une partie du Proche-Orient et de l'Afrique, car la ville, ayant profité du déclin de Beyrouth, est un relais pour de nombreuses sociétés internationales.

3. Un des grands centres touristiques du monde

Athènes est un des grands centres touristiques du monde, grâce à la beauté des monuments antiques (Parthénon, Érechthéion, Propylées, etc.) de l'Acropole et à la richesse de ses musées. L'agglomération concentre près du tiers de la population du pays. Athènes a accueilli les premiers jeux Olympiques modernes en 1896 et les Jeux d'été en 2004. La différenciation de l'espace urbain, densément bâti, s'accentue et aggrave les conditions de déplacement de la population active : quartiers centraux (gestion, affaires) dépeuplés, communes périphériques plus bourgeoises au nord et au sud-est, plus prolétariennes à l'ouest. Les embarras de la circulation et la pollution atmosphérique pèsent lourdement sur la vie quotidienne.

4. Les différents quartiers de la ville

Le centre d’Athènes, entièrement redessiné au xixe siècle par des architectes originaires d’Europe occidentale, correspond à un triangle dont la base, dominée au sud par l’Acropole, est jalonnée par la rue Ermoú, du Céramique à la place Sýndaghma (place de la Constitution), et dont le sommet est marqué par la place Omónia. Les diverses fonctions urbaines s’y trouvent rassemblées et y entretiennent une animation constante : banques, poste centrale, administrations et services ministériels, commerces (hôtellerie et grands magasins) se groupent près d’Omónia ; les halles centrales, les officines et les entrepôts consacrés au commerce de demi-gros, les ateliers de réparation se tiennent au voisinage des deux gares de chemin de fer et de la rue Athinás ; les boutiques de luxe sont particulièrement denses dans le quartier Kolonáki, à l’est, que surplombe la colline du Lycabette.

Le quartier Omónia, desservi par la principale station du métro qui relie le Pirée à Kifissiá, et où aboutissent presque toutes les lignes d’autobus interurbaines du pays, est le point de convergence et de transit des banlieusards et des provinciaux : tavernes, hôtels, boutiques de toutes sortes y attendent leurs habitués. À l’opposé, plusieurs grands hôtels de classe internationale ont contribué à faire du quartier Sýndaghma le carrefour principal des relations avec l’extérieur. De l’un à l’autre, la foule des touristes étrangers croise celle des provinciaux attirés par leurs affaires ou leurs loisirs.

Sous l’Acropole, le vieux quartier de Pláka occupe l’emplacement de la ville antique et conserve la trace de la bourgade méditerranéenne d’avant 1830 ; transformant son rôle sans en réduire le pittoresque, les emprises touristiques (restaurants, boîtes de nuit) s’y sont multipliées.

À l’opposé, les quartiers de voies en damier de Patíssia et de la place Amerikís, proches du Musée national et du Polytekhníon, sont habités par les professions libérales et les négociants. Le mouvement désordonné de densification des surfaces bâties, qui intéresse toute l’agglomération, fait que la hauteur des immeubles s’y élève régulièrement, mais la proportion des surfaces des bureaux et des commerces y est plus faible que dans le centre.

À proximité du Palais royal et de la petite place Kolonáki, des résidences plus coûteuses regroupent dans le voisinage des ambassades la grande bourgeoisie, le personnel politique et l’intelligentsia athénienne.

À partir de Sýndaghma, le long de l’avenue Vassilíssis Sofías, qui mène aux banlieues résidentielles de Psikhikó et de Kifissiá, et suivant l’avenue Amalías, amorce des axes qui conduisent au littoral résidentiel et touristique (Vieux et Nouveau Phalère [Néo et Palaió Fáliro], Ghlyfádha et, au-delà, tout le long de la route en corniche du cap Sounion), se multiplient les grands hôtels modernes (Hilton), les agences de compagnies aériennes, les bureaux d’affaires et les sièges d’entreprises parfois internationales.

6. Le climat d'Athènes

Le climat d'Athènes est méditerranéen, avec des précipitations assez faibles (402 mm par an), qui tombent surtout en automne et en hiver, et des températures qui oscillent entre 28 °C en juillet et 9 °C en janvier, pour une moyenne annuelle de 17 °C.

L'HISTOIRE D'ATHÈNES

1. Une petite bourgade qui devient cité

Athènes n'était à l'époque achéenne (IIe millénaire avant J.-C.) qu'une bourgade. Son isolement la sauva quand les envahisseurs doriens (vers le xiie s. avant J.-C.) firent décliner les cités de Mycènes et Tirynthe.

Si Athènes connaît du xie au ixe s. avant J.-C. un développement sans exemple, marqué par l'abondance et la qualité de sa céramique, elle demeure dans une pénombre relative lorsque, à l'aube du viiie s., les cités grecques sortent de ces « âges obscurs ».

Une nouvelle forme d'État se développe alors : la polis (ou cité). La polis archaïque naît d'un ensemble de villages suffisamment proches les uns des autres pour tirer parti d'une citadelle commune : à Athènes, la forteresse royale de l'époque mycénienne, sur le rocher de l'Acropole, va jouer ce rôle. Des regroupements locaux précédèrent certainement l'unification.

1.1. Thésée, roi légendaire d'Athènes

Dans la structuration de la communauté, le phénomène religieux occupe une place importante : à Athènes, il se constitue autour de la déesse Athéna. Les sources écrites, lorsqu'elles décrivent le processus de formation de la cité, renvoient au modèle classique du synœcisme (réunion de plusieurs villages en une cité) et attribuent à Thésée – dixième roi d'Athènes, selon la tradition mythique – cette unification de l'Attique (chaque année, les fêtes des panathénées célébraient ce souvenir).

1.2. Un territoire pauvre

Le territoire groupé autour de la métropole est, à l'échelle de la cité grecque, exceptionnellement vaste (2 600 km2 environ), mais il est pauvre. En effet, les montagnes occupent plus d'un tiers de la superficie de la région qu'elle commande, le littoral est pratiquement impropre à la culture.

Aussi, tout au long de son histoire, Athènes dut-elle importer des céréales qu'elle échangeait contre de l'huile, du vin, des produits manufacturés. Fort heureusement, le sous-sol était plus exploitable, de nombreuses carrières produisaient du marbre, on trouvait au Laurion du plomb argentifère. Par ailleurs, la côte découpée favorisait la navigation et la pêche.

2. La naissance d’une démocratie puissante

2.1. La société athénienne

La continuité historique entre époque mycénienne et époque archaïque se manifeste dans les institutions. La monarchie achéenne semble avoir été affaiblie progressivement plutôt que balayée ; son autorité est peu à peu réduite par le contrôle d'un conseil aristocratique siégeant sur l'Aréopage (colline d'Arès), et morcelée entre trois magistrats élus – les archontes – qui, vers 683, voient leur pouvoir limité à un an.

L'histoire athénienne des viiie et viie s. est mal connue. La cité est dominée par une aristocratie guerrière remuante et les chefs des principaux clans ou familles, les nobles (eupatrides), sont maîtres de la terre et du pouvoir politique. La masse de la population constitue une sorte de clientèle, associée au sein des phratries (groupes de familles) au culte de l'ancêtre commun.

Entre l'aristocratie et cette paysannerie plus ou moins dépendante, un groupe de citoyens, suffisamment aisés pour se procurer la panoplie de l'hoplite (fantassin lourdement armé), participe, depuis le viie s., à la défense de la cité.

Les artisans sont encore peu nombreux et Athènes ne prend aucune part au grand mouvement de colonisation qui, depuis le viiie s., étend les limites du monde grec aux rivages les plus lointains de la Méditerranée (→ histoire de la Grèce antique).

2.2. Les premières réformes

C'est sur un fond de fortes tensions sociales qu'Athènes paraît dans l'histoire. Lorsque, vers 630, un jeune noble, Cylon, s'empare de l'Acropole et cherche à établir un nouveau type de pouvoir, la tyrannie. Mégaclès, de la famille des Alcméonides, aidé par « la foule des champs », l'en déloge et le tue.

On pourrait voir dans cette tentative avortée un simple épisode de la lutte de factions entre aristocrates si Athènes n'entrait ensuite dans la voie des réformes.

Dracon

Dracon est mandaté, en 621-620, pour mettre par écrit des lois ne s'appliquant qu'aux affaires de meurtre et dont la dureté devait rester légendaire – d'où l'adjectif « draconien ». Mesure limitée qui, cependant, affirme pour la première fois l'autorité de l'État au-dessus des solidarités familiales dans le domaine de la justice, instaure un droit commun pour tous et, par là même, porte atteinte à l'arbitraire des aristocrates. Six thesmothètes (gardiens de la loi écrite) viennent alors renforcer le collège des archontes.

Le monopole économique et politique des nobles n'est cependant en rien entamé, malgré une évolution économique et militaire qui le rend moins justifié et manifestement moins bien supporté.

Comme les autres cités grecques, Athènes connaît une crise rurale qui déchire la société. Les mêmes solutions s'offrent à elle : soit l'arbitrage d'un législateur, chargé, dans une sorte de consensus, de mettre fin à des troubles qui risquent de dégénérer en guerre civile, soit la tyrannie, qui, dans l'évolution de la Grèce archaïque, apparaît bien souvent comme une solution transitoire aux problèmes de la cité. Avec Solon, le législateur, puis avec les fils du tyran Pisistrate, Hippias et Hipparque, Athènes fera successivement l'expérience de l'une et de l'autre.

2.3. Sous l'impulsion de Solon

Solon est chargé, en 594-593, de refaire l'unité de la cité. Son œuvre est essentiellement celle d'un libérateur. Par la remise du fardeau (seisachthéia), il annule toutes les créances et interdit à l'avenir la caution personnelle, donc l'esclavage pour dettes, restaurant ainsi une petite paysannerie menacée de perdre sa liberté. Solon, dans ses élégies – il est aussi le grand poète lyrique d'Athènes –, se glorifie d'avoir libéré la terre et aussi les hommes, « ceux qui, en Attique même, connaissaient la servitude dégradante et que faisait trembler l'humeur des maîtres », ceux qui avaient fui, ceux qui avaient été emmenés pour être vendus à l'étranger.

Modérée puisqu'elle ne réalise pas le nouveau partage des terres très largement réclamé, la réforme de Solon ampute cependant la richesse des eupatrides qui sans doute y ont consenti par crainte d'un soulèvement populaire et de la tyrannie.

La place du peuple (dêmos)

Avec cette solution apportée à la crise qui affecte le monde rural, l'originalité d'Athènes paraît bien résider dans les mesures politiques qui donnent au peuple un droit de regard sur l'évolution future. Un dêmos élargi est intégré dans le corps civique par des mesures politiques inscrivant la seisachthéia dans un ensemble cohérent. Les limites du dêmos sont clairement établies au sein d'une hiérarchie sociale fondée sur les revenus fonciers.

Institutions populaires et évolutions économiques

Le rôle de l'ecclésia – une assemblée du peuple jusque-là peu consultée – se renforce. Solon met en place un tribunal populaire de justice (l'héliée) qui ne fonctionne encore que comme instance d'appel, mais qui, selon le philosophe Aristote, devait être une pièce maîtresse de l'évolution démocratique d'Athènes.

La paysannerie se développera encore au cours du vie s. et, jouissant de la sollicitude du tyran Pisistrate (des prêts d'État, en particulier, la soustraient à l'influence des riches propriétaires), elle donnera une solide assise sociale à la démocratie athénienne.

Le développement de l'artisanat est, de même, étroitement lié par la tradition au souvenir de Solon, et l'archéologie révèle un essor étonnant de la production de céramiques et des échanges à partir des années 580. Des ruraux trouvent ainsi du travail à la ville et la classe des thêtes (citoyens non propriétaires, la classe la plus basse) se développe.

Des intérêts contraires

Vers 575, Athènes se donne une monnaie et, peu après, s'instaure l'équivalence entre la drachme et les mesures de capacité, ce qui témoigne d'un développement nouveau de la fortune mobilière.

L'extraordinaire ouverture d'Athènes vers l'extérieur a ainsi été préparée par Solon et par le compromis modéré recherché entre les intérêts contraires des eupatrides et du dêmos.

Solon n'a guère réussi, en revanche, dans sa volonté de restaurer la communauté de la polis en crise puisque, très rapidement, des troubles reprennent. Élus terriens conservateurs et « nouveaux riches », loin d'opposer les intérêts des eupatrides à ceux des pêcheurs et des commerçants, représentent des factions aristocratiques locales ; les paysans, sur lesquels s'appuie Pisistrate, regroupent les mécontents contre les nantis et s'identifient avec le dêmos.

2.4. Sous la tyrannie des Pisistratides

Pisistrate s'appuie sur le peuple pour conquérir le pouvoir. Maître d'Athènes une première fois en 561, il en est par deux fois chassé, mais il revient, toujours par la ruse ou par la force, et à sa mort, en 528, ses fils lui succèdent. C'est ainsi que, tardivement, Athènes connaît la tyrannie, une tyrannie modérée qui laissera à la postérité le souvenir d'un gouvernement raisonnable.

Pisistrate ne modifie guère les institutions, se dotant simplement d'une garde personnelle et confiant les magistratures à des hommes à sa dévotion. Il laisse Athènes bénéficier de l'impulsion donnée par Solon, poursuivant une politique d'équilibre social et d'affirmation de l'État, inaugurant une politique extérieure active et, à l'intérieur, un programme de grands travaux vivifiant pour l'économie.

Pisistrate et ses fils entretiennent une cour brillante et marquent leur volonté d'assumer le passé religieux et mythique d'Athènes (rédaction des poèmes homériques, des hymnes orphiques). Pour exalter la déesse Athéna, un grand temple, l'Hécatompédon, est construit sur l'Acropole, et un éclat remarquable est donné aux panathénées. Mais le pouvoir s'efforce aussi de favoriser les cultes populaires, comme celui de Dionysos.

Avec les Pisistratides, Athènes connaît donc sa première période de grandeur. Cependant, après l'assassinat d'un des fils de Pisistrate, Hipparque, en 514, la tyrannie d'Hippias le fils aîné se durcit et, en 510, ce dernier doit quitter Athènes devant l'opposition conjuguée des aristocrates et des Spartiates, et devant celle du dêmos, fortifié par le dynamisme économique d'Athènes.

2.5. La réorganisation politique sous Clisthène

Après une lutte acharnée au cours de laquelle la cité de Sparte appuie les plus durs des oligarques athéniens, Clisthène, soutenu par le dêmos, fait voter en 508 une réforme radicale de la Constitution qui établit la démocratie athénienne dans ses institutions.

L'espace civique athénien est remodelé, la ville incluse dans une nouvelle division de l'Attique. Les citoyens sont regroupés en dix tribus. Chaque tribu offre une image réduite des intérêts multiples de la cité et ses membres.

Il apparaît dès lors une réorganisation politique générale fondée sur ce cadre des dix tribus ; un secrétaire s'ajoute aux neuf archontes ; à la boulê, ou conseil des Cinq-Cents, les 50 représentants de chaque tribu gèrent la cité pendant un dixième de l'année (une prytanie). Dix stratèges assurent la direction des troupes de chacune des tribus, et ce commandement militaire, à l'épreuve des guerres médiques, donnera à ces nouveaux magistrats un pouvoir décisif dans l'Athènes du ve siècle.

Enfin, la loi sur l'ostracisme (exil dans les dix jours et pour dix ans, sur vote de l'ecclésia, d'un citoyen jugé dangereux pour la démocratie) tente de prémunir la cité contre un éventuel retour de la tyrannie.

3. Fin de la période archaïque : l'apogée d'Athènes

La cité, alors fermement unie, va cependant connaître l'épreuve des guerres médiques.

3.1. Les guerres médiques

Athènes est la seule cité, avec Érétrie, à porter secours aux Grecs d'Asie Mineure, révoltés contre Darius, grand Roi des Perses. Une petite expédition brûle l'une de ses capitales, Sardes, et la vengeance de Darius s'exerce essentiellement contre les deux cités.

À Marathon, Athènes fait face et, sous la direction du stratège Miltiade, ses hoplites appuyés seulement par quelques Platéens obligent les Perses à reprendre la mer en 490. Athènes a gagné seule la première guerre médique.

C'est elle encore qui, grâce à l'orientation maritime donnée par Thémistocle à la cité (création du port du Pirée), joue un rôle décisif dans la seconde guerre médique. Thémistocle convainc les Athéniens d'abandonner l'Attique et de combattre sur mer l'invasion conduite par le Perse Xerxès. À Salamine, où ils fournissent près de la moitié des contingents alliés, ils contraignent les Perses à la retraite en 480, tandis que leur flotte remporte encore des victoires capitales près des côtes d'Asie Mineure.

Plus qu'aucune autre cité, Athènes a souffert de l'invasion : l'Attique est dévastée, la ville détruite, mais, alors que la Grèce semblait perdue, la cité reconstruite par Clisthène a montré son attachement à la liberté et c'est vers elle que se tournent – craignant un retour offensif des Perses – les petites cités des îles et de la côte ionienne.

La Confédération athénienne, ou ligue de Délos (du nom de l'île où est déposé le trésor des cités alliées), simple alliance militaire constituée autour d'Athènes (478), devient la base de la puissance de la cité au ve siècle.

Pour en savoir plus, voir l'article guerres médiques.

3.2. L'Athènes de Périclès

Périclès fut le maître incontesté de la cité pendant près de trente ans. De la lignée Bouzyge par son père, et des celle des Alcméonides par sa mère, il est est l'un de ces aristocrates qui continuent de monopoliser les charges principales. Associé au chef du parti démocratique Éphialtès dans la lutte qui, après les guerres médiques, oppose toujours eupatrides et dêmos, les aristocrates et le peuple, il est avec lui responsable des derniers élargissements de la démocratie athénienne.

Périclès domine bientôt la vie politique et, de 443 à 431, est constamment réélu stratège. Cette autorité incontestée dans une cité où le peuple a pris en main son destin a de quoi surprendre.

La démocratie athénienne

L'ecclésia, l'assemblée du peuple, décide de tout ; elle est aidée dans sa tâche par la boulê, qui doit débattre des questions soumises à l'assemblée et émettre un avis préalable. Les magistratures, collégiales et annuelles, sont étroitement surveillées par le dêmos. La stratégie – du grec stratos, armée et agein, conduire – constitue désormais le véritable exécutif de la cité, dépossédant l'archontat, réduit, comme l'ancien conseil aristocratique de l'Aréopage, à des attributions juridiques et religieuses.

Le tribunal populaire, l'héliée (6 000 héliastes tirés au sort), juge de presque toutes les causes. Tout citoyen athénien peut donc décider du destin de sa cité à l'assemblée, siéger au tribunal, être bouleute (membre de la boulê) et exercer une magistrature au moins une fois dans sa vie. Pour que cette égalité de droit ne soit pas un vain mot, Périclès accorde une indemnité de participation à la vie civique, le misthos.

La démocratie s'efforce aussi d'atténuer les inégalités économiques et sociales par la pratique des liturgies (charges normalement assumées par l'État confiées aux plus riches des citoyens), par un système d'entraide pour les plus déshérités, par du travail pour tous.

Les contradictions de la société athénienne

Bien sûr, cette démocratie directe n'est pas parfaite. Aristophane s'est fait l'écho des critiques qui lui sont adressées par ceux qu'inquiètent ses excès. On peut remarquer que, jusqu'en 400 avant J.-C., aucun misthos n'est donné pour la participation à l'assemblée, ou encore pour l'exercice de la plus importante des magistratures – la stratégie –, que seuls les plus riches des citoyens peuvent exercer.

Enfin et surtout, cette démocratie est à l'usage d'un petit nombre de privilégiés. Au moment même où s'achève la conquête de la démocratie, en 451, il faut, pour être citoyen de plein droit, être né non seulement d'un père citoyen mais – et c'est nouveau – de mère athénienne. De surcroît, ni les femmes, ni les métèques (les étrangers domiciliés à Athènes), ni les esclaves – de plus en plus nombreux – ne participent à la vie politique.

Cela constitue l'une des contradictions majeures d'Athènes : plus la cité s'éloigne de ses origines agraires et voit son économie s'orienter vers des activités tournées vers l'échange et le profit, plus elle fait appel aux esclaves, et plus cette contradiction va croissant.

Périclès disait encore que l'exercice d'un métier ne peut empêcher le citoyen de donner un avis utile à son pays. Au ive s., déjà, Xénophon et Platon estimaient que la seule activité compatible avec la citoyenneté est l'agriculture ; Aristote, pour sa part, jugeait qu'être citoyen est un métier à part entière et proposait d'exclure tous ceux qui travaillent de la vie politique.

3.3. L'impérialisme athénien

En outre, cette démocratie qui veut ses citoyens les plus libres des Grecs admet l'impérialisme à l'extérieur.

L'historien Thucydide ne se fait pas d'illusions : la ligue de Délos, d'alliance qu'elle était, s'est transformée en empire. Les aristocrates qui conduisent la ligue à ses débuts, non seulement lui font faire des progrès décisifs, mais répriment durement les révoltes à Naxos en 470, à Thasos en 465. Les démocrates, lorsqu'ils leur succèdent, n'agissent pas autrement : la répression à Samos en 441, conduite par Périclès, n'est pas moins sanglante, et l'établissement de colons athéniens sur les terres enlevées aux cités alliées se poursuit. Au moment même où la signature de la paix de Callias avec les Perses en 449 aurait pu rendre l'alliance caduque, Athènes impose à toutes les cités de la ligue la circulation de sa monnaie et organise plus rationnellement la perception d'un tribut qui, depuis 454, n'est plus déposé à Délos mais à Athènes. Et cette dernière s'autorise à puiser dans ce trésor, destiné à la défense commune, à des fins qui lui sont propres.

Athènes, en effet, n'est pas seulement impérialiste par accident (si la ligue est née de l'initiative des alliés, leur négligence à s'acquitter du tribut explique sa transformation en empire), elle l'est par nécessité. Sa démocratie vit de l'empire. Elle a besoin non seulement de la richesse que, grâce à la maîtrise de la mer, il lui procure, mais aussi des terres prises aux anciennes cités alliées et enfin, du tribut. Tribut qui permet de distribuer des misthoi (indemnités pour ceux qui vont aux assemblées), d'aider les plus démunis et de pratiquer une politique de prestige utile à l'économie et décisive pour cimenter la communauté tout entière.

3.4. La guerre du Péloponnèse

C'est de cette dernière contradiction que naît la guerre du Péloponnèse (431-404). La politique intransigeante d'Athènes incite les alliés à la révolte et ses prétentions à l'hégémonie dressent contre elle ses vieilles rivales : Sparte et Corinthe.

Le conflit, acharné, dure près de trente ans. La stratégie voulue par Périclès paraît être l'aboutissement logique d'une évolution longue de deux siècles ; la cité s'était, en effet, tournée vers la mer. La création du port du Pirée par Thémistocle puis son développement, la réalisation des Longs Murs avaient fait de la ville et de son port une sorte d'île dont le salut dépendait de la mer et de la flotte. L'Attique abandonnée aux incursions périodiques des Lacédémoniens (autre nom des Spartiates), la population athénienne se retranche à l'intérieur des murs reliant le port à Athènes, et résiste, tandis que les contre-attaques sont menées sur mer.

La peste et la mort de Périclès, en 429, laissent Athènes affaiblie. La guerre se traîne avec des fortunes diverses et si la paix de Nicias, en 421, met fin pour un temps aux hostilités, celles-ci se rallument avec la désastreuse expédition de Sicile (415-413), voulue par le stratège Alcibiade.

Après la perte de 12 000 citoyens, Athènes remporte encore quelques succès en mer Égée, mais elle est définitivement défaite à la bataille d'Aigos-Potamos en 405. L'année suivante, les Spartiates entrent dans la cité qui doit livrer sa flotte, détruire ses murailles, abandonner son empire, dont toutes les cités sauf une ont d'ailleurs fait défection.

Pour en savoir plus, voir l'article guerre du Péloponnèse.

4. Le déclin d'Athènes

La guerre a sérieusement altéré le fonctionnement de la démocratie. En 411, les oligarques sont même parvenus à renverser le régime, mais leur tentative a échoué. Les  Trente tyrans, dont la dictature est imposée par Sparte à la fin de la guerre, ne réussissent pas plus à se maintenir.

Les Athéniens tiennent à leur démocratie et la restaurent en 403. Ils jouent alors un jeu habile entre les cités qui prétendent à l'hégémonie et reconstituent même, en 377, une seconde Confédération maritime. Celle-ci leur redonne, pour un temps, la maîtrise des mers, mais, affaiblie par la révolte des alliés (357-355), elle sera disloquée par Philippe de Macédoine.

4.1. Athènes face à la conquête macédonienne

Athènes doit alors affronter un danger nouveau, celui que le roi de Macédoine fait courir à toute la Grèce. Philippe II triomphe des cités coalisées à Chéronée en 338. Il se montre généreux envers Athènes : la cité conserve son autonomie, mais doit entrer dans la ligue de Corinthe, qui regroupe toutes les cités grecques sous hégémonie macédonienne.

Après la mort du fils de Philippe, Alexandre, et une tentative malheureuse de révolte (→ guerre lamiaque), les Athéniens doivent, en 322 avant J.-C., accepter d'Antipatros une garnison macédonienne et une Constitution oligarchique qui contraint les plus pauvres d'entre eux à l'exil.

Dès lors, tiraillée entre les successeurs du conquérant macédonien et caressant toujours le vain rêve d'une vengeance, Athènes n'est plus que l'ombre de ce qu'elle avait été. Même la création littéraire s'affaiblit, et seule la comédie de mœurs reste vivante, avec Ménandre. En revanche, Athènes, où se développent les écoles épicurienne et stoïcienne, demeure le centre le plus actif de la pensée philosophique.

4.2. Sous la domination romaine

Lorsque, après la défaite du dernier roi de Macédoine, Persée à Pydna en 168 avant J.-C., l'hégémonie de Rome se substitue à celle de la Macédoine, Athènes retrouve quelque vitalité ; les Romains, en particulier, lui donnent Délos, et le Pirée tire encore profit de la destruction de Corinthe, en 146.

Elle périclite, cependant, dès le ier siècle de notre ère (pillage par les troupes de Sylla en 86). Et si elle bénéficie de la paix romaine et reste une cité libre et fédérée, les honneurs dont la comblent les empereurs sont inversement proportionnels à sa faiblesse réelle. Ils témoignent cependant de l'immense prestige que conserve la cité qui domina la Grèce.

4.3. Les derniers feux d'Athènes

Le triomphe définitif du christianisme dans l'Empire romain contribue à la décadence de la cité des dieux. En 393, les jeux Olympiques sont interdits par Théodose Ier ; mais, en partie sous l'influence de Julien l'Apostat et des néoplatoniciens, Athènes reste longtemps encore un pôle de résistance du paganisme.

Cependant, en 529, ses écoles sont fermées par Justinien et peu à peu ses temples transformés en églises. Athènes était alors complètement éclipsée par Constantinople, qu'on embellit en la dépouillant.

Pour en savoir plus, voir les articles histoire de la Grèce antique, Macédoine, Rome.

4.4. Dans l'Empire byzantin

En 857, Athènes devient le siège d'un archevêché, dont la cathédrale – dédiée à la Vierge – est installée dans le Parthénon. À partir du xie siècle, de nombreux monastères s'y fondent : Athènes allait être, face à Rome, l'un des bastions de l'orthodoxie.

Après la prise de Constantinople par les Francs, en 1204, la ville devient la capitale du duché latin d'Athènes, qui se maintient jusqu'en 1456 après être passé des mains des Français à celles des Catalans, d'ailleurs plus ou moins vassaux de Venise.

4.5. Athènes dans l'Empire ottoman

Prise par Mehmet II en 1456, Athènes reçoit des Turcs quelques privilèges, ce qui n'empêche pas que le Parthénon soit transformé en mosquée et l'Érechthéion en harem pour le gouverneur turc.

Aux xvie et xviie s., Athènes n'est plus qu'une bourgade de 8 000 à 10 000 habitants. En 1678, la ville se réveille avec Michaïl Linbonos, dont la révolte fut durement réprimée par les Turcs. Afin de mieux résister aux Vénitiens de Morosini, ces derniers ravagent l'Acropole et transforment le Parthénon en poudrière : une bombe vénitienne, en y éclatant, endommage gravement le monument (1687).

Au xixe s., Athènes se trouve naturellement au cœur de la guerre d'indépendance grecque. Tombée aux mains des Turcs, qui se maintiennent dans l'Acropole jusqu'en 1833, elle est désignée l'année suivante comme capitale du royaume indépendant de Grèce : son histoire se confond désormais avec l'histoire souvent tragique du jeune État.

Pour en savoir plus, voir l'article histoire de la Grèce moderne.

L'ART ET L'ARCHÉOLOGIE

De Pisistrate à Périclès

C'est avec Pisistrate que commence la « grande » histoire artistique d'Athènes. Les vestiges des civilisations antérieures furent alors attribués à des héros mythologiques et à des peuples légendaires : Pélasges, Cécrops, Érechthée, Thésée. L'archéologie va plus loin que la fable, et nous savons que, plusieurs millénaires avant qu'on y ait adoré Héphaïstos, les arts du feu étaient pratiqués dans le secteur du Céramique.

Pisistrate, quand il entreprit de restaurer et d'embellir l'Acropole, où il avait établi sa résidence, y trouvait des temples en tuf polychrome, dédiés à des cultes primitifs. On en a conservé quelques débris, notamment la pièce dite « fronton de l'Olivier », maquette d'un temple double d'Athéna et d'Érechthée. L'édifice principal était le temple de cent pieds consacré à Athéna, l'Hécatompédon, datant de Solon. Il fut pourvu d'une colonnade dorique et orné de métopes et de frontons racontant les exploits d'Héraclès. Autour du sanctuaire furent répartis des serviteurs et des servantes de la déesse, des sacrificateurs, des porteurs et porteuses d'offrandes. Après les destructions de l'armée perse, ce qui subsistait de cette statuaire fut pieusement enseveli. Retrouvées il y a un siècle encore revêtues de leurs vives couleurs, ces pièces (Kouroi athlétiques, korês aux drapés ioniens, au sourire hiératique, monstres mystérieux) ont été une révélation éblouissante. Parmi les autres travaux de Pisistrate et de ses fils, il faut mentionner les portiques de l'Agora – au centre de laquelle un autel de la Pitié marquait le point de départ des chemins de l'Attique – et la construction d'un temple colossal à Zeus. Les tambours en tuf de cet édifice resté inachevé furent incorporés au mur de Thémistocle, où ils sont encore. De l’époque des Pisistratides date aussi le premier état du théâtre de Dionysos, à l'origine simple enclos où dansaient les chœurs.

Après la chute des tyrans, un groupe de bronze représentant les tyrannicides fut dressé près de l'Acropole : il devait être emporté à Suze par Xerxès. On prépara la construction d'un grand temple à Athéna, pour lequel il fallut élargir par des soutènements la plate-forme rocheuse de l'Acropole. Par ailleurs, la cité dut se consacrer surtout à l'architecture militaire : mur de Thémistocle, Longs Murs, forteresses d'Éleuthères et de Phylè. Tout fut emporté, ruiné ou détruit par l'armée de Xerxès.

Trente ans après Salamine, la paix enfin assurée, Périclès conçut un vaste programme pour renouveler les lieux consacrés de toute l'Attique. (« La Grèce, disait-il, doit être le modèle du monde, et Athènes celui de la Grèce. »). Il en confia la réalisation à Phidias, dont les récentes créations d'Olympie provoquaient l'admiration universelle. Ce programme ne put être exécuté qu'en partie, et, après le Théséion, seul le Parthénon – qui en était à vrai dire la pièce maîtresse – fut achevé du vivant de Périclès. Le Théséion est, de tous les temples doriques d'époque classique, celui qui nous est parvenu dans le meilleur état. Situé dans la ville basse, au-dessus de l'agora, il était consacré à Héphaïstos, mais sa décoration illustrait les exploits du héros local Thésée.

Les monuments de l'Acropole

Le Parthénon

Le Parthénon est un temple dorique, dédié à Athéna, dont il abritait la statue chryséléphantine. Il fut construit par les architectes Ictinos et Callicratès sous la direction de Phidias. De dimensions moyennes (70 sur 31 m), entouré de 46 colonnes, il diffère un peu du canon dorique traditionnel par une largeur relative plus grande, un moindre écrasement des chapiteaux, un galbage des fûts, une certaine courbure du stylobate qui donnent une impression de parfait équilibre. Il réalise l'harmonie des deux grands styles dorique et ionien. À l'intérieur, un mur divisait l'édifice en deux salles inégales qui ouvraient, l'une à l'est et l'autre à l'ouest, par une porte monumentale. Dans celle de l'ouest et la plus grande, la cella, où une colonnade ménageait un déambulatoire, se dressait l'effigie d'Athéna, œuvre de Phidias (l'autel de la déesse était à l'extérieur, au bas des degrés). Devant la statue – faite de revêtements d'or et d'ivoire sur un bâti de bois –, un plan d'eau entretenant l'humidité qu'exige l'ivoire reflétait l'image divine ; haute d'environ 15 m, celle-ci atteignait par le sommet du casque le toit de l'édifice. L'autre salle contenait des trésors et des trophées, sur lesquels veillaient des jeunes filles – réelles ou en effigies ; de là son nom de chambre des vierges (parthenôn), qui devint celui de l'édifice tout entier.

Les métopes, les frontons et la frise intérieure du temple étaient ornés de sculptures peintes en ocre, en rouge et en bleu, protégées par un enduit à la cire et complétées par des accessoires de bronze. Les métopes étaient en haut relief. Elles montraient des scènes guerrières : combats de Thésée contre les Centaures et les Amazones, chute de Troie, lutte des Dieux et des Géants. Sur les frontons, de grandes figures en ronde bosse représentaient la naissance et le triomphe d'Athéna. À l'est, Héphaïstos fendait d'un coup de hache la tête de Zeus, d'où la Vierge divine sortait tout armée. Répartis de part et d'autre, couchés, assis, debout, épousant l'espace triangulaire, les dieux regardaient naître la Raison. Dans un angle disparaissait le char de la Nuit. Dans l'autre surgissaient les chevaux du Soleil. Sur le fronton opposé, on voyait s'affronter Athéna et Poséidon, la lance contre le trident. Ce duel, dont devait dépendre le sort d'Athènes, avait pour témoins des personnages symbolisant les forces et les beautés de la nature attique : collines, sources, rivières, arcs-en-ciel.

Les bas-reliefs de la frise, derrière la colonnade, déroulaient le cortège des Panathénées, par lequel tous les quatre ans la cité entière, gravissant la Voie sacrée, allait remettre à la déesse un voile neuf. La procession s'ordonnait sous le fronton ouest et se divisait, comme les demi-chœurs des tragédies, sur chacun des longs côtés. Elle se reformait sous le fronton est, où l'attendaient le grand prêtre et la prêtresse entourés d'Athéna et des dieux protecteurs des arts. Ce cortège, long de 160 m, comptait plus de 350 figures : ouvrières, magistrats, sacrificateurs, cavaliers, musiciens, porteurs et porteuses d'offrandes.

Athènes a été relativement épargnée par les séismes qui ont dévasté presque toute la Grèce : c'est par les hommes que le Parthénon, au cours des âges, a été ruiné. Au ve s., quand le christianisme fut imposé par Théodose, la statue d'Athéna disparut, emportée à Constantinople, et le temple fut transformé en église, non sans de graves mutilations. Sous les Turcs, le Parthénon devint mosquée, puis magasin à poudre, ce qui causa sa destruction quand l'armée du doge Francesco Morosini vint mettre le siège devant l'Acropole : le toit, la moitié du mur extérieur, près de la moitié des colonnes et tout un fronton sautèrent. Un siècle plus tard, lord Elgin, l'ambassadeur britannique, ayant fait déposer certaines pièces des frontons, de la frise et des métopes, cette opération, mal conduite, entraîna la chute de nombreux éléments.

Sur les 92 métopes, il en subsiste 18 à peu près lisibles, dont 16 au British Museum, 1 au Louvre et 1 en place. Du fronton ouest, il reste en place des têtes de chevaux dans les deux angles. Quelques personnages mutilés sont au British Museum. Sur le fronton est encore visible un groupe ruiné.

De la frise, il reste en place les plaques de l'ouest, malheureusement menacées par la pollution de l'air ; parmi les autres, 3 sont au musée de l'Acropole, 1 au Louvre et le reste au British Museum. Ce sont ces sculptures de la frise, d'une incomparable beauté, qui sont le mieux conservées.

Le Parthénon, temple des Victoires, célébrait certes la gloire militaire d'Athènes et son triomphe sur l'Asie, mais il prétendait aussi symboliser la victoire de l'humain sur le bestial, de l'ordre sur le chaos, de l'intelligence sur la démesure, de la liberté sur la contrainte. Il signifie l'aboutissement de l'évolution politique et religieuse d'Athènes, où bientôt devaient s'ouvrir l'Académie et le Lycée.

La sensibilité moderne est sans doute déconcertée par l'esclavage et par l'anthropomorphisme qui déparent la démocratie et la philosophie religieuse dans l'Athènes de Périclès. Cependant, l'art du Parthénon – art engagé s'il en fut – exprime une idéologie qui est l'une des sources fondamentales dont prétend s'inspirer la civilisation occidentale.

Les Propylées, portes monumentales conçues par l'architecte Mnésiclès, commandent l'entrée de l'Acropole par sa pente accessible du versant ouest. Ce sont des parvis majestueux de 60 m de façade sur 30 m de profondeur, où les processions pouvaient se recueillir et s'ordonner. L'édifice, qui ne fut jamais complètement achevé, comportait au centre un vaste bâtiment amphiprostyle soutenu à l'intérieur par une colonnade ionique entre deux portiques de six colonnes doriques. Sur le flanc nord, une aile en retour, la Pinacothèque, dominait le rocher. L'aile opposée, pour ne pas empiéter sur des emplacements consacrés à d'autres cultes, se réduisait à une façade. Métopes et frontons étaient sans ornements. Entre les Propylées et le Parthénon se dressait une grande statue de bronze d'Athéna combattante (Promachos).

Le temple d’Athéna Nikê

Le temple d'Athéna Nikê, dit de la Victoire aptère, est un petit édifice situé sur un saillant du rocher, à côté des Propylées, où, dès le vie s., un sanctuaire avait été dédié à Athéna Nikê (l'Athéna des Victoires), dont la statue, simple xoanon, fut appelée aptère par différence avec les Victoires ailées traditionnelles. Le temple construit par Callicratès, de pur style ionique, consiste en une cella unique de 4 m de côté, cantonnée sur ses deux façades d'un portique de quatre colonnes. Plus qu'à sa frise, consacrée aux guerres médiques, la célébrité de son décor sculpté tenait à la balustrade qui l'entourait du côté du rocher à pic. Longue de 32 m et haute de 1 m, elle représentait des Victoires se rendant au sacrifice : la procession se déroulait en relief vigoureux au-dessus de la Voie sacrée menant aux Propylées. Plusieurs de ces plaques de marbre ont été retrouvées ; bien que très mutilées, elles révèlent un art attique d'une élégance toute particulière : art à la fois hardi et chaste, qui sous des tissus presque transparents voile et montre la nudité.

L'Érechthéion

C'est plusieurs années après la mort de Périclès que Nicias fit relever les ruines de l'ancien sanctuaire d'Érechthée. On n'opérait pas en table rase : il fallait respecter la place rituelle de cultes hétéroclites et obscurs. C'est là que Poséidon et Athéna s'étaient affrontés, qu'avait surgi l'olivier sacré, que le trident du dieu avait fait jaillir une source. Des cellae à des niveaux différents devaient être englobées dans une unité architecturale réunissant l'idole antique d'Athéna, le Serpent sacré, le tombeau de Cécrops. L'architecte Philoclès réalisa pour l'Érechthéion un monument complexe dont la disposition n'a pu être déchiffrée avec certitude. Il comporte deux portiques ioniques, souvent copiés, et celui, plus célèbre encore, des Caryatides, porteuses de corbeilles dont la tête charmante et robuste soutient l'architrave.

Monuments divers

La liste serait longue des monuments notables de l'Athènes du ve s. avant J.-C. : les textes signalent des sanctuaires dédiés à presque tous les dieux, mais ils ont laissé peu de vestiges. Les collines célèbres qui font face à l'Acropole, la Pnyx, le Mouseion, l'Aréopage, n'ont pas été couronnées de monuments civils ou religieux de quelque importance. Quant à l'habitat privé, il était sans luxe.

C'est à la sortie de la ville qu'étaient les cimetières, dont le plus célèbre sur la voie d'Éleusis, qui traversait le faubourg du Céramique. La plupart des Athéniens importants eurent là leur tombeau. Les fouilles qui s'y poursuivent depuis un siècle ont mis au jour d'infinies richesses (vases de l'époque géométrique, stèles funéraires, etc.). Quelques monuments ont été remontés in situ, tels les spectaculaires Géants d'époque romaine.

De Périclès à Byzance

Après Périclès, la cité, appauvrie par les guerres, n'eut pas les moyens d'achever son œuvre. De riches protecteurs des arts (chorèges) se firent élever des monuments votifs, tels celui de Thrasyllos contre le mur de l'Acropole et celui de Lysicrate (dit « Lanterne de Démosthène ») dans l'antique rue des Trépieds. Athènes, dont le rayonnement persista pendant plusieurs siècles, ne cessa de « s'embellir », mais aucun de ses monuments postérieurs au ive s. avant J.-C. n'a d'importance majeure pour l'histoire de l'art. La domination macédonienne fut pour Athènes la grande époque des « évergètes » (bienfaiteurs), au premier rang desquels il faut citer deux rois de Pergame, Eumenês et Attalos. On doit au premier le portique qui porte son nom, vaste déambulatoire qui conduit au théâtre de Dionysos. Attalos, un peu plus tard, rénova l'Agora et l'entoura d'autres portiques somptueux.

Le respect que lui vouèrent les Romains n'alla pas pour Athènes sans inconvénient. Elle fut l'objet d'un vaste pillage, tandis que s'y élevaient des bâtisses bien peu conformes au programme de Périclès, tels la statue équestre géante d'Agrippa devant les Propylées, la « tour des vents », l'escalier colossal de l'Acropole, le Temple de Rome à côté du Parthénon, les ornements du théâtre de Dionysos, etc. Hadrien, qu'on nommait plaisamment « Graeculus », créa toute une ville nouvelle, la « Ville d'Hadrien » à côté de la « Ville de Thésée », construisit un forum à la romaine et acheva en marbre et en style corinthien le temple colossal de Zeus (Olympieion) commencé sous Pisistrate. Un évergète, Hérode Atticus, construisit l'Odéon qui porte encore son nom. Un autre, C. Julius Antiochos Philopappos, se fit élever un gigantesque mausolée sur le Mouseion. Le voyageur Pausanias a laissé une description de la ville telle qu'elle était sous les Antonins. C'était un dédale où, à chaque pas, autels, ex-voto, effigies, tombeaux, stèles, inscriptions célébraient les dieux, les héros, les hommes de la légende, de la grande et de la petite histoire, depuis Cécrops jusqu'à l'empereur régnant.

Athènes byzantine, franque et turque

Avec le transfert de la capitale de l'Empire à Constantinople commença le déclin d'Athènes, qui perdit son rang de métropole de l'hellénisme. Dans l'Empire byzantin, elle ne fut plus qu'une bourgade. Les invasions barbares des iiie et ive s. ruinèrent entièrement la ville basse. Le christianisme ferma les écoles philosophiques et interdit les cultes. Dans les temples brutalement modifiés, Athéna et Thésée furent remplacés par la Panagia Theotokos et par saint Georges. Aucune grande basilique ne fut construite ; on n'édifia que des chapelles et de modestes monastères, parmi lesquels il faut citer les églises des Saints-Théodores, de la Kapnikaréa, de la Petite-Métropole, qui sont aujourd'hui la parure charmante du centre de la ville. Au pied de l'Hymette, le monastère de Kaisariani est un bon exemplaire du style byzantin du xe s. Quant à l’église de Dháfni, sur le chemin d'Éleusis, elle montre des mosaïques qui sont parmi les plus belles de l'art byzantin.

Quand les ducs francs s'installèrent sur l'Acropole, ils la défigurèrent sans pitié et mirent ses monuments à tous les usages. Les Turcs à leur tour la couvrirent de minarets, de fortifications, de baraquements. Lorsque Chateaubriand la visita en 1806, Athènes était un pauvre village peuplé surtout d'Albanais. Dans le Parthénon éventré était installée une petite mosquée ; le temple de la Victoire aptère avait été démoli par les Turcs, et ses éléments incorporés dans un bastion ; une tour de guet construite par les Francs dominait la Voie sacrée. Parmi les marbres épars, des bâtisses de toute nature couvraient l'Acropole, dont l'accès était barré par des ouvrages militaires.

Depuis l'indépendance

Lorsque la capitale du petit État qu'était le nouveau royaume fut transférée de Nauplie à Athènes, celle-ci, ravagée par la guerre d'Indépendance, ne comptait qu'une centaine d'habitants. Le tracé en damier de la nouvelle ville suivit un plan axé sur une voie centrale nord-sud partant du Céramique. Il ne s'y construisit rien de très notable (monuments de style néo-grec ou « munichois ») : son histoire artistique est celle de la découverte, de la préservation, de la restauration et de la mise en valeur de ses gloires. Dès 1837 fut fondée la Société grecque d'archéologie, bientôt suivie des écoles archéologiques étrangères et de l'Éphorie des antiquités. Dans le champ de décombres et l'amas confus de bâtisses qu'était devenue l'Athènes antique, les travaux archéologiques étaient difficiles. Que faire disparaître ? Jusqu'où restituer ? Les travaux ont été effectués avec un goût, une modération, une honnêteté dont on connaît peu d'exemples.

Depuis une quinzaine d'années, de nouveaux aménagements ont facilité la compréhension et la vision des monuments. Le Mouseion, naguère encore inaccessible et désolé, a été reboisé et aménagé en belvédère, d'où la vue embrasse tout le groupe de l'Acropole. Le Théséion a été dégagé et entouré de jardins ; l'Agora a été déblayée, et l'un des vastes portiques (ou « stoa ») d'Attalos reconstruit dans son état primitif. Le tracé de la Voie sacrée a été rétabli. Le Lycabette, qui domine toute la ville et dont le panorama s'étend jusqu'à Salamine, est sillonné de sentiers faciles. Quant aux sites byzantins, ils ont été restaurés avec une grande piété. Un spectacle « son et lumière » raconte l'histoire d'Athènes aux spectateurs réunis sur la Pnyx.

LES MUSÉES D'ATHÈNES

Le musée national archéologique, le plus riche du monde en antiquités grecques, présente les plus belles pièces de ses collections dans des salles où sont groupées chronologiquement des œuvres montrant les étapes de l'art grec, du néolithique à l'époque romaine. La salle « mycénienne » contient de fabuleuses richesses. Les salles de sculpture ne présentent que les originaux les plus intéressants, et les collections céramiques tracent l'histoire d'un art d'une infinie variété.

Le musée de l'Acropole, dissimulé dans un angle du mur antique, près du Parthénon, contient les pièces provenant des monuments et des fouilles de l'Acropole. Elles sont toutes célèbres : sculptures archaïques de l'Hécatompédon, korês, athlètes, hiérodoules, plaques de la frise du Parthénon, Victoires de la balustrade de la Victoire aptère, stèle d'Athéna s'appuyant sur sa lance, etc. Ces pièces donnent un aperçu saisissant de l'évolution de l'art athénien vers la vie et la vérité.

Le musée de l'Agora, installé dans le portique d'Attale reconstruit, montre les objets découverts dans les fouilles américaines de l'agora, témoins de la vie publique ou quotidienne à Athènes de la préhistoire à l'époque moderne. Un musée est installé dans le cimetière du Céramique, qui a livré un mobilier funéraire important de l'époque géométrique et de nombreuses stèles.

Les Musées épigraphique et numismatique sont réservés aux spécialistes.

Le musée byzantin expose de manière très didactique des icônes et d'autres éléments d'art chrétien.

Le musée Benaki contient de remarquables boiseries macédoniennes, des icônes, des objets coptes et musulmans, ainsi qu'une riche collection de costumes régionaux, et un bel ensemble de bijoux.

Le musée goulandris, créé en 1985, est consacré à l'art cycladique et à l'art grec antique.