
Chef de l'État : Goodluck Jonathan
Chef du gouvernement : Goodluck Jonathan
Nature de l'État : république
Institutions au niveau fédéral
Exécutif
Chef de l'État et du gouvernement : président de la RépubliqueLégislatif
L'Assemblée nationale se compose de la Chambre des représentants et du Sénat.Le Nigeria s'étend de 4° à 14° de latitude nord. Il en résulte une grande diversité des milieux naturels.
Les totaux pluviométriques moyens annuels varient de près de 4 m au Sud, à moins de 750 mm dans le Nord. À latitude égale, le Sud-Est est plus arrosé que le Sud-Ouest. Les régimes pluviométriques varient également selon les régions. Le régime des pluies dans le Sud-Ouest offre un rythme typiquement subéquatorial (deux saisons de pluies et deux saisons sèches ; le Sud-Est a un rythme plus simple, influencé par la mousson guinéenne, avec de très fortes pluies d'avril à novembre et une petite saison sèche en décembre et janvier ; les régimes pluviométriques du Centre et du Nord sont de type soudanien, avec une saison des pluies pendant l'été boréal, mais dont la longueur diminue vers le nord, passant de 6 ou 7 mois à 4 mois. Dans le Nord, la variabilité interannuelle des pluies est très accusée. Les températures enregistrent le même passage, du subéquatorial (aux températures égales) au soudanien (aux températures plus contrastées).
Le Nigeria offre une grande diversité de formations végétales, de la forêt équatoriale toujours verte jusqu'aux savanes à affinités sahéliennes des rives du Tchad, en passant par les forêts claires plus ou moins savanisées du Centre. Des plaines herbeuses recouvrent les principaux massifs (plateau de Jos, hauteurs de la frontière camerounaise).
Une grande diversité s'observe également dans les unités de relief. Les géographes nigérians distinguent douze régions morphologiques regroupées sous les deux rubriques de hautes terres (highlands) et de terres basses (lowlands). Trois unités peuvent être distinguées dans les hautes terres : le plateau du Centre-Nord, formé des hautes plaines du pays haoussa et des montagnes du plateau de Jos, socle ancien façonné en plusieurs surfaces d'aplanissement, de 600-700 m d'altitude à 1 200-1 800 m ; les hautes terres de l'Est (Eastern uplands), qui correspondent à l'Adamaoua nigérian et aux massifs montagneux voisins (monts Alantika et Shebshi), dépassant 2 400 m d'altitude ; les hautes terres de l'Ouest (Western uplands), surfaces granitiques donnant de beaux dômes cristallins entre 300 m et 600 m d'altitude, et culminant vers 1 000 m.
Les plaines sont bien représentées et s'étendent sur une grande partie de l'espace nigérian : plaines littorales et deltaïques du golfe de Guinée ; bassin sédimentaire au sud-est et bassin de la rivière Cross ; plaines de la Bénoué et de la vallée du Niger ; plaines de Sokoto, au nord-ouest ; plaines tchadiennes, au nord-est.
Le Nigeria compte trois grands groupes ethniques dont les différences culturelles et religieuses suscitent des antagonismes vivaces : les Yorubas dans le Sud-Ouest, en partie islamisés ; les Ibos dans le Sud-Est, surtout chrétiens et animistes ; les Haoussas et les Peuls des anciens sultanats du Nord, très mêlés et presque exclusivement musulmans. Ces trois groupes constituent un peu plus des deux tiers de la population. Mais il existe aussi de nombreuses minorités (Kanouris, Ibibios, Tivs, Edos…), dont chacune possède sa propre langue, son histoire, son droit coutumier, ce qui renforce l'hétérogénéité de la population nigériane.
Les régimes qui se sont succédé depuis l'indépendance, en 1960, ont voulu briser l'emprise respective des trois grands groupes ethniques sur chacune des trois régions (Nord, Sud-Ouest, Sud-Est) qui constituaient alors l'État fédéral. Ils ont multiplié, pour cela, le nombre des États de la fédération, passés successivement à 12 puis à 21, et finalement à 36 en 1996. La cohésion de la fédération, particulièrement précaire, a été mise en danger dès 1967 avec la guerre de sécession du Biafra, et les rivalités régionales ont perduré jusqu'à nos jours. La division en 21 puis 36 États a toutefois diminué les risques d'affrontements ethniques. On estime à 48 millions le nombre de musulmans au Nigeria, ce qui en fait le pays musulman le plus important d'Afrique, mais le clergé chrétien – en particulier catholique – s'oppose vivement à l'emprise islamique, comme en ont témoigné les querelles suscitées par l'adhésion du Nigeria à l'Organisation de la conférence Islamique (O.C.I.) en 1986 et les affrontements interreligieux consécutifs à l'introduction de la charia dans le nord du pays en 2000.
Le Nigeria est le pays le plus peuplé du continent africain, mais le chiffre de la population est sujet à caution. Le recensement de 1992 décompte seulement 88 millions d'habitants, alors que même les organisations internationales l'estimaient jusque-là généreusement à 120 millions (chaque région gonflant le nombre de ses habitants pour s'assurer une plus large représentation au Parlement fédéral). On en est revenu, depuis, à des estimations plus raisonnables, de l'ordre de 114 millions d'habitants en 2001. Ce pays, en rapide croissance démographique (il comptait une quarantaine de millions d'habitants en 1960), s'accroît chaque année d'environ 3 millions de personnes. Il conserve un taux de natalité (39 ‰) et un indice de fécondité (5,4 enfants par femmes) toujours très élevés, d'où la grande jeunesse de la population (45 % des habitants sont âgés de moins de 15 ans, 3 % seulement ont plus de 65 ans).
La densité moyenne est d'environ 125 hab./km2. Le déclin de l'agriculture, qui a suivi la découverte du pétrole, a entraîné une rapide urbanisation, le taux de population urbaine dépassant aujourd'hui les 40 %. La population est inégalement répartie. La partie médiane du pays, le middle belt, est beaucoup moins peuplée que les régions périphériques, où vivent les ethnies dominantes (pays haoussa au nord et au nord-est, pays yoruba au sud-ouest, pays ibo au sud-est). C'est dans le Sud que la population est le plus dense, le delta du Niger et, surtout, le Sud-Ouest étant fortement urbanisés.
L'ancienne capitale, Lagos (remplacée par Abuja, au centre du pays), port très important sur le golfe de Guinée, est devenue l'une des principales mégapoles du monde avec plus de 13 millions d'habitants. Ibadan, en pays yoruba, constitue la seconde agglomération du pays, dans une région où l'urbanisation s'est développée dès le XIXe s. Le Nord compte des cités importantes comme Kano, Katsina, Maiduguri et Sokoto, ancienne capitale d'un sultanat. Dans le delta du Niger, la ville la plus importante est Port Harcourt, le grand terminal pétrolier.
À la différence de micro-États ou de vastes espaces désertiques ou enclavés du continent africain, l'économie nigériane dispose de nombreux atouts : une façade maritime, une gamme de climats favorables aux cultures vivrières et commerciales, d'importantes ressources énergétiques, une solide armature urbaine et de bonnes infrastructures de transports. Elle est cependant confrontée à de nombreux problèmes : la pression démographique, la persistance des oppositions ethniques et religieuses qui rendent fragile l'unité de la république fédérale, la dépendance à l'égard du pétrole, la contrebande ou encore la corruption contre laquelle les régimes successifs ont toujours affirmé leur intention de lutter sans parvenir apparemment à la vaincre.
La mise en exploitation, en 1958, de très riches gisements d'hydrocarbures, principalement dans l'est du pays, en pays ibo, a relégué au second plan la production agricole, dont le cacao demeure le fleuron. Elle a aussi accentué les antagonismes régionaux. C'est le partage de la manne pétrolière entre le gouvernement fédéral et les régions productrices qui a été à l'origine de la guerre du Biafra et, plus récemment, du mouvement de révolte des Ogonis sévèrement réprimé en 1995. Malgré cet apport financier important, le pays a contracté une lourde dette qui, bien que rééchelonnée en 1987 et 1989, s'élevait en 1995 à 35 milliards de dollars, soit un montant presque équivalent au P.I.B.
La part des mines et du pétrole dans le P.I.B. est passée de 3 % en 1965 à plus de 50 %. Le Nigeria (membre de l'O.P.E.P. depuis 1971) est devenu le premier producteur de pétrole d'Afrique, avec une production annuelle de l'ordre de 100 millions de tonnes (les réserves prouvées dépassant 3 milliards de tonnes). Le gaz naturel abonde, avec des réserves estimées à plus de 3 000 milliards de m3 ; en 1995 a été entreprise à Bonny la construction d'une usine de liquéfaction du gaz naturel, permettant l'exportation de gaz liquéfié vers l'Europe et les États-Unis. Cette nouvelle ressource éclipse les richesses minières traditionnelles (étain, charbon). L'essentiel du pétrole est exporté brut, mais des raffineries sont installées à Port Harcourt et à Warri, dans le Sud-Est, à proximité des champs pétrolifères, mais aussi à Kaduna dans le Nord. Quant aux industries de transformation (agroalimentaire, biens de consommations), elles ne représentent que 11 % du P.I.B. et n'emploient que 20 % de la population salariée du pays. Une part importante des activités est concentrée dans l'État de Lagos, qui a attiré 63 % de l'investissement national et regroupe 46 % de la main-d'œuvre industrielle.
Malgré le boom pétrolier, l'agriculture représente encore 32 % du P.I.B. et occupe encore près de 50 % de la population active ; grâce aux efforts déployés dans les années 1980, elle couvre presque les besoins alimentaires du pays. Jusqu'à la période d'extraction pétrolière, les cultures commerciales, l'élevage et le bois fournissaient 60 % des exportations nigérianes.
À la civilisation des « racines vivrières » du Sud (manioc, igname, taro) s'oppose la civilisation des céréales du Nord (gros mil et petits mil). La culture cacaoyère, pratiquée dans de petites exploitations paysannes, est presque tout entière concentrée en pays yoruba, qui fournit 90 % du cacao nigérian (300 000 tonnes en 1970, 225 000 tonnes en 2000). Malgré ce déclin, le Nigeria reste le 5e producteur mondial de cacao. Il produit également du manioc (1er rang mondial), du millet (2e rang), du sorgho (3e rang) et du maïs, qui sont les bases de l'alimentation, ainsi que de l'arachide (3e rang), du coton ou encore du tabac. Il existe très peu de grandes plantations. Situées dans le Sud, celles-ci sont constituées principalement de palmiers à huile (les exportations d'huile de palme ont fortement régressé) et d'hévéas (production de caoutchouc, 8e rang mondial). Le middle belt vend des ignames, du maïs, du sorgho et du riz aux villes du Sud et du Nord. Le Nord n'exporte pratiquement plus d'arachide, et les exportations de coton restent négligeables.
L'élevage, essentiellement contrôlé par les Peuls, souvent encore nomades, joue un rôle important, surtout dans le Nord où se trouvent la plupart des troupeaux de bovins (20 millions de têtes), d'ovins (20 millions) et de caprins (24,5 millions, 7e rang mondial), Kano étant le grand centre de commercialisation des bovins.
La balance commerciale est excédentaire mais soumise aux fluctuations des prix du pétrole et du cours du dollar. De 1990 à 1996, la valeur moyenne annuelle des importations s'est élevée à 6,6 milliards de dollars, et celle des exportations à 8,1 milliards. Les États-Unis et les pays d'Europe occidentale (Grande-Bretagne, France, Allemagne, Pays-Bas), acheteurs de pétrole, sont les principaux clients du pays, la Grande-Bretagne (héritage de la colonisation) et l'Allemagne étant les principaux fournisseurs. Les importations sont constituées à plus de 80 % par les produits industriels, et les exportations, à plus de 90 % par le pétrole.
L'Agence d'application des lois sur les stupéfiants (National Drug Law Enforcement Agency) a été mise en place en 1994 pour lutter contre le trafic de la drogue qui a pris des proportions inquiétantes.
La création du Nigeria tel que nous le connaissons résulte d'une décision du gouverneur Frederick Lugard en 1914. Le protectorat du Nord, le protectorat du Sud et la « Colony » de Lagos constituaient trois entités qui avaient fait l'objet de processus de colonisation distincts avec des objectifs et des acteurs différents. En 1914, afin de faire reposer sur les territoires du Sud le coût de l'équipement du Nord, le gouverneur décréta l'« amalgamation ». Auparavant, ces territoires n'avaient jamais eu d'histoire commune. Bien au contraire, ils dépendaient de royaumes et d'empires différents, parfois même ennemis. L'unité à construire constituait un vrai défi. En outre, le regroupement de nombreux royaumes et empires dans les protectorats du Sud et du Nord n'avait lui-même aucun fondement historique. Les territoires qui les constituaient ne furent réunis qu'à partir du début de la conquête coloniale. Le seul trait commun à l'ensemble de ce territoire réside dans l'ancienneté de l'occupation humaine.
Quelques outils paléolithiques (« pebble culture ») ont été découverts à Beli, dans l'État du Borno (olduvien). Des vestiges néolithiques, présents un peu partout, en particulier sur le plateau de Jos : Mai Idon Toro, Nok et Ngalda (acheuléen) ; au sud du Plateau, Jebba, Abuja, Nassarawa et Keffi (sangoen). Les objets plus petits et plus tranchants de l'âge de pierre moyen (35 000 avant J.-C.-12 000 avant J.-C.) se concentrent à Afikpo (État d'Eboniyi), sur le plateau de Jos et dans les Lirue Hills.
À l'âge de pierre tardif (15 000 avant J.-C.-500 avant J.-C.), les objets se multiplient (Kursakata et Daima dans l'État du Borno, Iwo Eleru dans l'État d'Ondo, où l'on a trouvé le plus ancien squelette du Nigeria [9000 avant J.-C.], à proximité d'Old Oyo, à Afikpo). Ils laissent lentement place à l'âge du fer, pendant lequel s'établit, près de Jos, la civilisation de Nok (500 avant J.-C.-200 après J.-C.), dont les vestiges attestent d'une ancienne maîtrise du fer, d'une activité agricole importante, de la pratique de l'élevage, d'un art de la parure et d'une sculpture anthropomorphe et zoomorphe en terre cuite de tailles très variables. Des objets d'un style voisin en cuivre et en bronze ont aussi été trouvés à Katsina-Ala (État de Benue), Esie, Wanba, Jedda, Tabba et Taruga. Un artisanat du fer et des armes, du cuivre, de la sculpture sur bois et du travail du sel caractérise aussi cet espace. Cela permet de considérer qu'avant même que ne se constitue un ensemble politiquement unifié, il y avait un espace culturel Nok structuré par des échanges.
Le Nigeria est soumis tout au long du Moyen Âge à un intense brassage de populations, au cours duquel, du VIIe au XIe s., les Haoussas s'installent dans le Nord et les Yorubas dans le Sud-Ouest, tandis que les groupes ethniques plus anciens gagnent des zones de refuge (plateau de Jos et forêts marécageuses de l'Est).
Les royaumes du Nord se mettent en place à partir du XIe s. et entrent dans la mouvance de l'islam avec la conversion du souverain du Kanem.
Ce royaume, dont l'extension maximale au XIVe s. va de Kano au Ouaddaï, s'affaiblit à la suite de troubles intérieurs, favorisant la croissance des royaumes haoussas et notamment de Zaria et surtout de Kano, dont la dynastie embrasse à son tour l'islam au XIVe s. Kano connaît son apogée sous le règne de Mohammed Rimfa (1463-1499), mais se heurte à la renaissance du Bornou au siècle suivant.
Kano, Katsina et Zaria passent, brièvement, sous la suzeraineté de Gao, à la différence du Kebbi. Après la défaite des Askia à Tondibi (1591), Kano et Katsina s'affrontent pour le contrôle du commerce transsaharien.
Le Kanem-Bornou connaît les règnes brillants d'Ali Gaji, de son fils Idris (1504-1526) et, surtout, d'Idris Alaoma (vers 1571-vers 1603), et la vieille dynastie des Sef (ou Sayfiya) durera jusqu'en 1846.
Excepté au Bornou, l'islam est en régression au XVIIe s. avec l'effacement de Katsina devant le Gober, où règne une dynastie animiste. C'est dans ce milieu, où les Peuls musulmans constituent la classe des lettrés, que naît le mouvement réformateur. Il en découle la révolte foulani et la guerre sainte menée à partir de 1802 par Ousmane dan Fodio, puis par son frère Abdullahi pour l'Ouest, et son fils Mohammed Bello pour l'Est.
Ainsi se constitue un État théocratique centralisé, avec Sokoto comme capitale, destiné à imposer partout l'islam, mais aussi un pouvoir peul (contrôle des marchés et des caravanes, notamment d'esclaves). Ousmane dan Fodio attaque d'abord le Gober, puis Zaria. Les anciens sultanats haoussas de Kano et de Katsina tombent en 1807.
Vers 1830, l'Empire foulani, organisé en provinces, couvre, sauf le Bornou, tout le nord du Nigeria actuel, y compris le Nupe, jusque vers Ilorin au Sud-Ouest et l'Adamaoua au Sud-Est. Remarquablement administré par Mohammed Bello, il n'échappe pas à des remous après la mort de ce dernier. Cependant, le cheikh Mohammed al-Kanemi maintient la vieille puissance bornouane face aux Peuls et, en 1846, à la suite d'une tentative du dernier représentant des Sef pour l'évincer, monte sur le trône. Sa propre dynastie est renversée en 1893 et le Bornou occupé par Rabah.
Les fouilles effectuées à Igbo Ukwu, près d'Onitsha, à partir de 1959, ont mis au jour des bronzes datant du milieu du IXe s. qui attestent de l'existence d'un royaume assez riche pour disposer d'une vaisselle de cérémonie et d'un mobilier funéraire complexe. Une société hiérarchisée avec un roi à sa tête et d'habiles artisans maîtrisant la technique de la cire perdue. On a longtemps pensé que les matériaux (cuivre et plomb) entrant dans la composition des bronzes attestaient d'échanges à longue distance (Maghreb), mais, depuis peu, on a découvert que l'on en produisait dans la région, à Abakaliki et à Calabar.
L'histoire de l'espace oriental nigérian s'est poursuivie autour des villages igbos, avec leur système politique non centralisé ou leurs monarchies mimétiques des systèmes qui les environnaient. Plus près de la côte, le delta du Niger abritait les cités-États ijos, structurées par les clans et les lignages marchands, qui se constituèrent entre le XIIe s. et le XIVe s. avant de prendre leur essor, grâce au commerce atlantique, à partir du XVIe s. Ibibios et Efiks de Cross River, communautés orubos du delta occidental, royaume itsekiri complétaient le peuplement de la région depuis le XIV-XVe s.
L'espace yoruba, qui déborde sur le Bénin voisin actuel, n'a jamais connu d'unité politique. Les cités-royaumes yorubas ont coexisté ; certaines sont restées modestes non sans rayonner artistiquement (Owo), d'autres ont connu un destin politique plus glorieux, voire impérial. L'apogée d'Ife précède de quelques siècles celle d'Oyo, alors que le royaume edo-yoruba de Bénin, qui émerge au même moment qu'Ife, ne connaît pas la même éclipse.
Sans disparaître, les cités-royaumes yorubas se replient, ouvrant la voie à l'émergence de leurs rivales. S'il existe une communauté culturelle yoruba (une origine mythique partagée, un centre religieux commun à Ile-Ife, un panthéon commun mais qui valorise différentes divinités selon l'endroit, un continuum dialectal marqué parfois par de fortes différences) caractérisée par la proximité de ses systèmes politiques (les institutions de gouvernement, le roi [oba], les conseils de chefs), il n'y a jamais eu d'unité politique de l'espace yoruba, ni de « pays yoruba », ou Yorubaland. Les productions artistiques à Ife ou à Bénin attestent autant d'un registre partagé que de fortes spécificités locales et ce, à plusieurs siècles d'intervalle.
Ces cités-royaumes apparaissent vers le IXe s.-XIIe s. Le site d'Ile-Ife est occupé dès le VIIIe-Xe s. Le royaume se développe et atteint son apogée au XIVe s., alors même que les artisans de la cité-royaume produisent les terracottas et les bronzes qui ont fait la célébrité de la ville depuis les années 1930. L'apogée de la sculpture à Ile-Ife et l'introduction de la technique du bronze au Bénin datent probablement des XIIIe-XIVe s.
Au XVe s., Ile-Ife décline alors qu'Oyo commence à étendre son emprise territoriale sur ses voisins yorubas et en direction du Niger. Le royaume est né à la fin du XIVe s. d'une migration yoruba qui colonise le site d'Old Oyo au cœur d'une zone fertile et au carrefour des routes de commerce de la savane et de la forêt. Grâce à sa cavalerie, il soumet les cités yorubas de la savane. Le royaume est à son apogée à la fin du XVIIIe s., quand il subit l'invasion peule-haoussa d'Ousmane dan Fodio qui provoque la destruction d'Old Oyo et la fuite de l'oba, contraint de refonder sa ville plus au sud au début du XIXe s.
Ces migrations forcées et ces refondations urbaines sont le lot commun de nombreuses communautés : Ibadan, Ogbomosho, Abeokuta, Ijaye sont aussi des fondations nouvelles. L'appétit de puissance des chefs de guerre d'Ibadan plongea l'espace yoruba dans les guerres entre cités pendant toute la seconde moitié du XIXe s. Ibadan y gagna de reconstituer un empire qui céda à la fin du XIXe s. devant les Britanniques et la coalition de ses ennemies, Abeokuta et Ijebu.
Le royaume du Bénin est un des principaux royaumes yorubas à avoir durablement affirmé sa puissance militaire et politique dans la région. Or, initialement, c'est un royaume edo. La « période Ogiso » (900-1170) prit fin lorsque les Edos recoururent à l'oba d'Ife pour mettre un terme à l'instabilité politique de leur cité. Cette période reste obscure, car les souverains Ogisos sont connus par une tradition orale fortement marquée par l'influence yoruba ultérieure. Initialement, le royaume, connu sous le nom d'Igodomigodo, est une confédération de communautés edos autonomes et le souverain, maître de la terre, n'est qu'un ancien que ses pairs portent à leur tête. L'arrivée de la dynastie yoruba depuis Ile-Ife date de 1170. Quel que soit le récit mythique retenu, les Edos demandent à l'oba d'Ife de venir régner sur Bénin, ce dernier refuse mais leur envoie son fils, Oranmiyan, premier oba de Bénin. La dynastie s'est vraisemblablement imposée à la population edo avec difficulté, car il a fallu se concilier les chefs, et la taille du royaume reste modeste jusqu'à la fin du XIVe s. Les oba n'ont consolidé leur imperium sur la région qu'à partir du XVe s. sous les règnes d'Ewuare (vers 1440) et d'Ozolua (vers 1481). Les XVe s. et XVIe s. correspondent à l'âge d'or de Bénin. Grâce à des rois conquérants, le royaume s'étend de Lagos à Bonny et contrôle la majeure partie de la côte. Seul le roi d'Udo oppose une résistance durable à l'oba Esigie (vers 1504). C'est sous son règne que des chefs et des princes sont autorisés par l'oba à se convertir au catholicisme et son fils et successeur, Orhogbua (vers 1550), apprit à lire en portugais. Au XVIIe s., les oba renoncent aux aventures militaires et se replient dans leur palais. Bientôt la règle fut édictée que les oba ne pouvaient plus conduire les troupes au champ de bataille, ce qui modifia la fonction royale. Les conséquences de l'introduction du catholicisme, les problèmes de succession et le poids croissant des chefs à la cour pendant la dernière décennie du XVIIe s. provoquèrent une guerre civile qui dévasta le royaume, à commencer par le palais. Le royaume sortit de la crise dans les années 1730 et son activité commerciale lui redonna du lustre, sans qu'il retrouve sa puissance antérieure. Il restait coupé de la côte.
Ruy de Sequeira, le premier Portugais à découvrir Bénin, arriva en 1472 mais la ville de Bénin n'a été visitée pour la première fois qu'en 1486. Des relations commerciales s'établissent immédiatement, surtout à partir de São Tomé, portant sur la traite des esclaves et, accessoirement, sur le poivre et l'ivoire. Les Portugais prennent aussi contact avec les peuples du delta du Niger – Ijos, Ibibios et Ibos – parfois regroupés en fédérations. Le développement de la traite entraîne leur organisation en communautés marchandes.
Oyo continue à s'étendre vers l'ouest jusqu'au Togo, le Dahomey lui payant tribut, et Bénin prospère tout au long du XVIIe s. Les petits royaumes du delta, entièrement dépendants du commerce européen, passent sous le contrôle de plus en plus centralisé des Egbas. Oyo est déchiré par des guerres civiles dues à l'affaiblissement du pouvoir royal ; les provinces éloignées deviennent autonomes les unes après les autres. L'installation des Peuls à Ilorin, tout près d'Oyo et dans la zone où les chefs se procuraient leurs chevaux pour la guerre, prend un tour menaçant ; la vieille capitale est occupée et le chef tué en 1835. Le royaume se démantèle en une série d'États : Ibadan, l'État egba avec Abeokuta, Ijaye, Ijebu, etc. Sous la poussée des Peuls, ces pays yorubas s'orientent davantage vers la côte et intensifient leurs relations avec les Européens.
Les Britanniques, après avoir détruit les installations portugaises en 1553 grâce à leurs vaisseaux, monopolisèrent progressivement la traite des esclaves dans le golfe du Biafra, jusqu'à sa suppression au XIXe s. Mais ce n'est que très tardivement que les commerçants britanniques acceptèrent de pénétrer dans l'intérieur du Nigeria à la recherche de matières premières. Les premiers étrangers à s'installer sur la côte, à Badagri puis à Lagos, sont des Saros ou des Amoros. Les premiers sont des Yorubas vendus comme esclaves puis sauvés des négriers par la Royal Navy et débarqués à Freetown. Là, ils ont été convertis et éduqués dans les missions britanniques, suédoises ou hollandaises. Adultes, ils se consacrent au commerce ou à l'œuvre missionnaire et reprennent le chemin du Nigeria. Les seconds, catholiques essentiellement, reviennent du Brésil pour s'installer à Lagos. Ils font bientôt appel à des missionnaires qui vont, les premiers, entrer en contact avec les cités yorubas de l'intérieur, en particulier Abeokuta. La présence britannique se limite longtemps à la côte et à l'établissement des consulats de Lagos et de Calabar, car les consignes de Londres sont de ne pas se mêler des guerres intérieures. Le paludisme reste alors un fléau. En 1849, John Beecroft est nommé consul britannique à Fernando Poo pour surveiller les activités esclavagistes de Ouidah, Badagri, Lagos et activer la pénétration dans la zone du delta (Oil Rivers). Lagos est occupée en 1851, déclarée colonie en 1861 et agrandie d'annexions le long de la côte. En 1879, sir George Taubman Goldie organise l'United African Company, qui supplante rapidement les sociétés rivales, notamment françaises, et, nantie d'une charte royale, devient la Royal Niger Company. Elle administre les pays érigés en protectorat de Lagos au Cameroun et amorce la pénétration vers le nord en remontant le Niger. Après la disparition de la Royal Niger Company (c'est alors qu'apparaît pour la première fois le nom de Nigeria dans les débats parlementaires), le protectorat des Oil Rivers passe sous la juridiction du Colonial Office. En 1906, joint à la colonie de Lagos, il devient colonie et protectorat du Nigeria du Sud, tandis qu'est créé un protectorat de la région Nord, confié à un jeune officier, Frederick Lugard (1858-1945). Les contours actuels sont à peu près déterminés, mais une campagne de pacification s'avérera nécessaire : occupation de Kano et de Sokoto en 1903, du Bornou en 1905, et des îlots d'insoumission demeureront jusqu'en 1920 sur le plateau de Jos et dans la vallée de la Bénoué.
Lugard, contraint à gérer un espace gigantesque sans beaucoup de moyens ni de personnels, choisit de s'appuyer sur les aristocraties locales. À partir de son expérience d'administrateur colonial, il théorise a posteriori ce qui est devenu l'Indirect Rule, la politique d'administration indirecte qui assoit l'autorité coloniale en se servant des autorités traditionelles. Loin d'être le signe d'un respect pour les institutions existantes, c'est une méthode de colonisation. Les émirs musulmans n'ont guère de marge de manœuvre et il est fréquent que les Britanniques déposent un souverain peu docile et le remplacent par un individu à la légitimité très discutable. Lugard obtint en 1912 du Colonial Office la généralisation du système, y compris dans des secteurs où il n'existait pas d'États territoriaux et où, faute de chefs traditionnnels influents, il allait désigner des souverains. En 1914, les deux protectorats fusionnèrent sous sa direction au titre de gouverneur général ; la capitale fut fixée à Lagos. En 1939, le protectorat du Sud fut divisé en deux régions, l'Ouest et l'Est. Le système administratif fut démocratisé dans les années 1950 avec l'introduction de conseils de gouvernements locaux semi-élus. Un conseil exécutif de hauts fonctionnaires et un conseil législatif ouvert à des Africains furent nommés auprès du gouverneur général ; à partir de 1922, les membres, anglais ou africains, furent élus.
Les premières revendications nationalistes apparaissent dans les années 1920. Herbert Macaulay fonde en 1923 le premier parti politique nigérian, le Nigerian National Democratic Party (NNDP). Mais il faut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que le principe même de la colonisation soit remis en question. Le nationalisme nigérian se développe alors à l'initiative de partis politiques, de syndicats, de journaux, sous l'impulsion surtout d'Obafemi Awolowo dont l'Action Group tire ses soutiens les plus fidèles dans l'Ouest ; de Nnamdi Azikiwe dont le National Council of Nigeria and Cameroons (NCNC) est essentiellement implanté dans l'Est ; et, à partir de 1949, du saurdana (chef de guerre) du califat de Sokoto, Ahmadu Alhaji Bello, dont le Northern People's Congress (NPC) doit l'essentiel de ses suffrages à la région septentrionale. Les attentes sont variées chez les Ibos, alors que, chez les Yorubas, le désir d'autonomie interne puis d'indépendance est très rapidement affirmé. Les élites aristocratiques du Nord sont moint pressées.
Les effets de la Constitution de 1945, consacrant l'établissement d'une représentation parlementaire africaine, puis de celle de 1951 (Constitution Macpherson), qui introduit le suffrage universel et met sur pied un système de gouvernement représentatif à l'échelon régional et central, sont pratiquement bloqués par les tensions ethniques. La Constitution Lyttelton (1954) organise une fédération de trois États ayant leurs gouvernements et propose l'autonomie complète aux régions qui la demanderont. Elle est proclamée pour l'Est et l'Ouest le 8 août 1957, et pour le Nord seulement en mars 1959, l'indépendance de l'ensemble étant acquise le 1er octobre 1960. Dès les élections de 1959 apparaît nettement la division tripartite du pays. Le chef du Northern People's Congress (NPC), qui remporte le plus grand nombre de sièges, Abubakar Tafawa Balewa, un Haoussa, devient Premier ministre fédéral ; N. Azikiwe, président du Sénat, puis, après l'indépendance, premier gouverneur général nigérian de la Fédération. Le 1er octobre 1963, tout en restant dans le Commonwealth, le Nigeria devient une république.
Depuis l'indépendance jusqu'aux années 1990, la vie politique nigériane est marquée par une succession de coups d'État qui portent des militaires au pouvoir. Les généraux sont des hommes du Nord, de confession musulmane ; sinon, ils servent les intérêts du Nord. La peur des élites du Nord d'être gouvernées par un homme du Sud ajoute à la méfiance contre le suffrage universel et les élites administratives yorubas ou igbos. La scolarisation à l'occidentale avait été peu développée au Nord, qui disposait de moins de cadres que les régions de l'Ouest et de l'Est.
En 1962, deux ans à peine après l'indépendance, les premiers signes d'instabilité politique se manifestent dans l'Ouest, où le chef historique des Yorubas, O. Awolowo, est arrêté et condamné pour complot contre la sécurité de l'État et contre le Premier ministre. Peu après, la création de la région Centre-Ouest ampute la région ouest de sa population non yoruba. Le 15 janvier 1966, en l'absence de N. Azikiwe, président de la République depuis 1963, un groupe d'officiers du Sud assassine le Premier ministre fédéral, sir Abubakar Tafewa Balewa, ainsi que le Premier ministre du Nord, A. A. Bello, le Premier ministre du Sud-Ouest, Samuel Ladoke Akintola, et le ministre fédéral des Finances. Le coup échoue et le général Johnson Aguiyi-Ironsi, d'origine ibo, commandant en chef de l'armée, reprend le contrôle du pouvoir. En mai 1966, il supprime les quatre Régions en proclamant la fin de la fédération et un État unitaire. L'animosité des populations du Nord contre les Ibos – ceux-ci constituent une grande partie des cadres de l'organisation administrative et économique du pays – débouche sur des émeutes sanglantes dans cette région. De leur côté, des officiers nordistes répliquent à l'abolition du fédéralisme par l'assassinat du général Aguiyi-Ironsi, le 22 juillet 1966.
Les rebelles portent à la tête de l'État le général Yakubu Gowon, un chrétien originaire d'une minorité du Plateau, qui rétablit la fédération ; mais son arrivée au pouvoir ne calme pas l'agitation dans le Nord, où les massacres d'Ibos s'intensifient. Le projet du gouvernement fédéral de diviser la région de l'Est, à majorité ibo, en trois États, privant les Ibos de débouché sur l'océan et des gisements pétrolifères découverts à partir de 1956, met le feu aux poudres. Le lieutenant-colonel Odumegwu Ojukwu, commandant cette région, déclenche la guerre de sécession du Biafra avec la proclamation d'indépendance de la République du Biafra, le 30 mai 1967. Ce nouvel État est soutenu en particulier par la Côte d'Ivoire, la Chine et la France – ses principaux intérêts économiques au Nigeria sont dans cette région –, alors que le Royaume-Uni, les États-Unis et l'URSS se rangent du côté des autorités fédérales de Lagos. Cette guerre civile, déclenchée en juillet 1967 et marquée par une famine qui sévit dans le camp biafrais, s'achève en janvier 1970 par la capitulation des troupes biafraises ; elle causa la mort de près de deux millions de personnes.
Le général Gowon, qui évite toutes représailles contre les Ibos, s'efforce ensuite de mener à bien la réconciliation nationale. Le Nord musulman reprend la tête de l'État, en juillet 1975, grâce à un putsch pacifique du général Murtala Ramat Mohammed ; celui-ci propose un plan de retour au pouvoir civil en 1979, mais il est assassiné en février 1976 lors d'une nouvelle tentative de putsch. Pour la première fois, un Yoruba, le général Olusegun Obasanjo, est alors appelé à la présidence du Nigeria ; il tente de casser la tripartition du pays en créant 12 puis 19 États (mars 1976), et décide en 1979 de rendre le pouvoir aux civils.
La nouvelle Constitution, de type américain, est élaborée et la IIe République instaurée. Mais c'est un nordiste, Alhaji Shehu Shagari, du National Party of Nigeria (NPN), qui sort vainqueur de l'élection présidentielle, face à O. Awolowo et à N. Azikiwe ; le NPN remporte également les élections législatives. Les partis politiques continuent à refléter les rivalités entre les grands groupes ethniques : le Unity Party of Nigeria (UPN) regroupe les Yorubas autour de O. Awolowo, le Nigerian People's Party (NPP) rassemble les Ibos autour de N. Azikiwe, et le NPN du président Shagari s'appuie sur les musulmans du Nord. La corruption et la baisse des prix du pétrole au début des années 1980 freinent la politique de développement de l'agriculture engagée par le président Shagari et plongent le Nigeria dans la récession. Au début de 1983, le gouvernement, face au problème du chômage, décide d'expulser les travailleurs étrangers, provoquant l'exode massif de près de deux millions de Ghanéens, Béninois, Togolais, etc., et ternissant sérieusement la réputation du pays. Lors des élections présidentielles de 1983, A. S. Shagari est réélu, et les élections législatives et régionales qui suivent voient également la nette victoire du NPN, mais la corruption et les fraudes ont caractérisé ces scrutins.
Le 31 décembre 1983, cependant, le régime civil est renversé sans difficultés par quelques officiers supérieurs des forces armées, qui dénoncent la corruption du régime et son incapacité à sortir le pays de la crise économique. Le général Mohammed Buhari devient chef de l'État. Une réduction radicale des dépenses publiques est engagée, et de vastes campagnes sont organisées contre l'indiscipline, la fraude et le marché noir. En août 1985, un nouveau coup d'État mené par des officiers originaires du centre du pays renverse le régime, accusé d'être sous la coupe des nordistes : le général Ibrahim Babangida, de confession musulmane, prend les rênes de l'État et, par une série de mesures libérales, parvient à relancer l'économie.
Afin de permettre le retour au pouvoir des civils, une Assemblée constituante (1988-1989) élabore une Constitution qui n'autorise que deux partis politiques : l'un de centre gauche, le Social Democratic Party (SDP), et l'autre de centre droit, le National Republic Convention (NRC).
L'administration militaire contrôle étroitement le processus de transition. Les élections législatives fédérales, en juillet 1992, sont largement remportées par le SDP. L'élection présidentielle, plusieurs fois reportée, se tient en juin 1993. C'est le candidat social-démocrate Moshood Abiola, un Yoruba musulman, homme d'affaires richissime, propriétaire d'un groupe de presse, qui semble devoir l'emporter ; mais la perspective de l'arrivée au pouvoir d'un homme de l'Ouest inquiète les militaires du Nord, et le scrutin est annulé. Les États-Unis et le Royaume-Uni désapprouvent cette annulation, et, en août 1993, le général Babangida se retire, après avoir nommé un gouvernement d'union nationale, dirigé par un autre homme d'affaires, Ernest Shonekan. Dès novembre, les syndicats déclenchent une grève générale en faveur de Moshood Abiola.
Les militaires reprennent alors le pouvoir, sous la direction du général Sani Abacha, un musulman originaire de Minna, dans le Nord-Ouest ; les assemblées élues sont dissoutes et les partis politiques interdits. Mais l'opposition au pouvoir militaire se manifeste par la formation en mai 1994 de la Coalition nationale démocratique (NADECO) qui soutient M. Abiola et boycotte la conférence constitutionnelle mise en place par le régime sous la pression des pays créanciers, afin de permettre le passage du pouvoir aux civils. Ainsi que d'autres opposants à la junte, M. Abiola est arrêté en juin, et des grèves, surtout suivies dans l'industrie pétrolière, éclatent en juillet. En mars 1995, le régime annonce la découverte d'un complot et fait arrêter l'ancien chef de l'État, Olusegun Obasanjo, qui sera condamné à 25 ans de prison.
En novembre 1995, neuf opposants du Mouvement pour la survie du peuple ogoni (MOSOP) – dont l'écrivain Ken Saro Wiwa –, qui réclamait un certain degré d'autonomie et protestait contre la dégradation de l'environnement par les sociétés pétrolières dans le delta du Niger, sont exécutés. Réprouvées par la communauté internationale, ces exécutions provoquent la suspension immédiate du Nigeria du Commonwealth. L'écrivain Wole Soyinka, prix Nobel de littérature, qui s'est exilé à Londres, joint sa voix à celle de l'opposition. La junte militaire promet néanmoins des élections en 1998. En octobre 1996, elle annonce la création de six nouveaux États et autorise cinq partis politiques – tous partisans de la candidature du général Abacha à la présidence. La formation la plus ouvertement favorable au pouvoir, le parti du Congrès du Nigeria uni (UNCP), arrive largement en tête aux élections municipales et régionales de 1997, année durant laquelle se multiplient les arrestations de journalistes.
La disparition inattendue du général Abacha, le 8 juin 1998, et celle, tout aussi brutale, de M. Abiola, le 7 juillet, à quelques jours de sa sortie de prison, modifient la donne. Le nouveau chef de l'État, le général Abdulsalam Abubakar, cherche alors à calmer les passions rallumées par la mort de l'homme d'affaires, à rassurer les investisseurs et l'opposition démocratique désabusée. Il promet de remettre le pouvoir à un président élu et engage rapidement un processus de démocratisation – avec la libération de prisonniers politiques, notamment le dirigeant islamiste Ibrahim Yaqub al-Zagzaki, la libéralisation de la presse et l'autorisation sous contrôle d'un certain nombre de partis politiques (un ensemble de règles est cependant mis en place afin d'écarter les partis séparatistes des principaux scrutins).
À partir de décembre 1998, les élections se succèdent (municipales, régionales et législatives), la série s'achevant fin février 1999 par une élection présidentielle. Revenu dans le civil, l'ancien général Olusegun Obasanjo, dont le parti démocratique du Peuple (PDP) est arrivé en tête des trois élections, sort victorieux de ce dernier scrutin (avec 63 % des voix), entaché par de nombreuses irrégularités. Une nouvelle Constitution, conçue par le régime militaire sortant, instaure un régime présidentiel fort tout en dotant le Parlement de larges prérogatives législatives.
En 2003, à l'issue des élections parlementaires du 12 avril – les premières à être organisées par un pouvoir civil au Nigeria depuis vingt ans –, le PDP conserve la majorité dans les deux chambres fédérales. Le chef de l'État est proclamé vainqueur du scrutin présidentiel du 19 avril avec 61,9 % des voix devant l'ex-dictateur Muhammadu Buhari, son principal rival, crédité de 33 % des suffrages. L'opposition et les observateurs internationaux dénoncent de nombreuses irrégularités.
Depuis 2005, le delta du Niger est le théâtre d'attaques répétées de groupes armés (le principal d'entre eux étant le Mend, le Mouvement d'émancipation du delta du Niger) pratiquant l'enlèvement contre rançon de personnels des compagnies pétrolières étrangères et relayant les revendications de la communauté ijaw, qui revendique une meilleure redistribution des richesses tirées de son sous-sol.
Au plan international, le Nigeria, qui a fourni la majeure partie des effectifs de l'ECOMOG, la force d'intervention de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), a contribué à mettre fin aux guerres civiles au Liberia et en Sierra Leone. Le contentieux frontalier à propos de la presqu'île de Bakassi, qui l'opposait au Cameroun, est en grande partie réglé par l'accord de Greentree (juin 2006) par lequel la presqu'île est officiellement rétrocédée au Cameroun.
Conformément à la Constitution limitant le nombre de mandats présidentiels, Olusegun Obasanjo renonce à se représenter en 2007. Mais il pèse de tout son poids dans l'élection, en avril, d'Umaru Musa Yar'Adua (PDP), gouverneur de l'État de Katsina (Nord) et de son colistier, Goodluck Jonathan, gouverneur de l'État de Bayelsa. Les perdants, le général Muhammadu Buhari, présenté par All Nigeria Peoples Party (ANPP), et le vice-Président Atiku Abubakar, contestent tous deux le résultat et en réclament l'annulation. En vain. Lors des élections législatives, entachées de fraudes et de violences, le PDP enlève la majorité des sièges de gouverneurs et de parlementaires.
Héritier d'une grande dynastie aristocratique du Nord du pays, Umaru Musa Yar'Adua engage des réformes. Certaines d'entre elles – notamment la lutte contre la corruption dans le secteur bancaire et la refonte du secteur pétrolier – sont jugées hostiles par les alliés de son parrain, Olusegun Obasanjo. Mais surtout, il ne peut les mener à bout en raison de son absence prolongée pour raisons de santé (de novembre 2009 à février 2010), puis de son décès, survenu le 6 mai 2010.
Le vice-président Goodluck Jonathan, un chrétien ijaw, est investi par le Parlement président en exercice depuis février 2010 au terme d'une lutte d'influence qui affaiblit les institutions. Il s'impose à la tête de l'État en dissolvant le gouvernement (17 mars) puis en limogeant le conseiller national à la sécurité et le ministre de la Justice. Le 16 avril 2011, Goodluck Jonathan remporte l'élection présidentielle avec 57 % des voix et s'impose notamment dans les régions à dominante chrétienne du Sud, contre 31 % à Muhammadu Buhari qui remporte le plus de voix dans les États majoritairement musulmans du Nord. Le scrutin se déroule sur fond de violence, des affrontements entre communautés et entre partisans des deux candidats éclatant après la proclamation des résultats, dans plusieurs États du Nord où ils sont contestés.
Depuis le début des années 2000, la ville de Jos, dans le centre du pays, est particulièrement touchée par la violence. Celle-ci est le fruit d'un conflit endémique entre communautés considérées comme originaires, pour la plupart de confession chrétienne, et celles (d'ethnie Haoussas-Fulani) plus récemment installées, et en majorité musulmanes. Moins religieuses que sociales, les violences perpétrées de part et d'autre – alors que la cohabitation est préservée dans certains quartiers – renvoient aux conflits plus structurels portant sur l'accès au travail, à l'éducation ou, dans d'autres régions, à la terre, et soulèvent la question des fragiles équilibres ethniques au Nigeria et de leur utilisation à des fins politiques.
Par ailleurs, fondé en 2002, un mouvement islamiste radical, Boko Haram, dont le chef avait été tué en 2009, refait surface avec des attaques meurtrières à Maiduguri dans le nord-est du pays. Plusieurs attentats à la bombe – notamment à Jos en décembre 2010, puis contre les quartiers généraux de la police et des Nations unies en juin et août 2011 à Abuja – leur sont attribués.
Outre la lutte contre cette nouvelle violence terroriste, Goodluck Jonathan, originaire du delta du Niger, soutenu par les associations fondatrices de l'ONG United Niger Delta Energy Development and Security Strategy (Undedss), doit également ramener la paix dans cette région en en favorisant le développement.
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