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Afrique du Sud - Lesotho

Afrique du Sud

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Afrique du Sud
Nom officiel : République d'Afrique du Sud

Cet article fait partie du DOSSIER consacré à l'Afrique.

État d'Afrique australe, l'Afrique du Sud, bordée à l'ouest par l'océan Atlantique, à l'est par l'océan Indien, est limitée au nord par le Swaziland, le Mozambique, le Zimbabwe, le Botswana et la Namibie. Membre du Commonwealth, l'Afrique du Sud est un État fédéral composé de 9 Provinces : Cap-Est, Cap-Nord, Cap-Ouest, État libre, Gauteng, Kwazulu-Natal, Mpumalanga, Province du Nord et Province du Nord-Ouest.

Superficie : 1 221 000 km2
Nombre d'habitants : 50 110 000 (estimation pour 2009)
Nom des habitants : Sud-Africains
Capitales : Le Cap (siège du Parlement) et Pretoria (siège du gouvernement)
Langues : afrikaans, anglais, ndebele, pedi, sotho, swazi, tsonga, tswana, venda, xhosa et zoulou
Monnaie : rand

Chef de l'État : Jacob Zuma

Chef du gouvernement : Jacob Zuma

Nature de l'État : république à régime parlementaire

Constitution :

 Adoption : 8 mai 1996

 Entrée en vigueur : 4 février 1997 (progressive jusqu'en 1999)

Institutions au niveau fédéral

Exécutif

Chef de l'État et du gouvernement : président de la République

Législatif

Le Parlement se compose de l'Assemblée nationale et du Conseil national des Provinces.

GÉOGRAPHIE

Le milieu naturel

La géologie et le relief

Le trait dominant du relief, d'une très grande simplicité dans ses grandes lignes, est l'opposition entre un haut plateau intérieur et des régions basses à la périphérie. Le plateau a pour cœur le Highveld du Transvaal méridional, de l'État libre, et du nord-est de la région du Cap, à une altitude comprise entre 1 200 et 1 800 m. L'accroissement de l'altitude vers le nord neutralise ainsi les effets de la latitude. Cet ensemble se relève sur ses bordures en un Grand Escarpement qui oppose rarement un obstacle infranchissable aux communications.

   Le soubassement est constitué par un vieux socle précambrien plissé, qui s'est comporté comme un môle rigide tout au long de l'histoire géologique. Sur ce vieux socle plissé, recouvert de séries primaires (du Cambrien au Carbonifère), reposent en discordance une épaisse couverture sédimentaire d'âge permo-jurassique, le système Karroo, surtout des grès et des basaltes, accumulés du Carbonifère au Jurassique (formations de Dwyka, d'Ecca, de Beaufort, de Stormberg). Aussi, depuis le premier jeu des flexures marginales, les transgressions crétacées et tertiaires ont-elles été limitées à une étroite frange littorale.

   Des mouvements à grand rayon de courbure ont affecté ce matériel ancien. La partie centrale déprimée correspond au désert du Kalahari. Elle est entourée par une ceinture de hautes terres dont l'altitude oscille entre 1 500 et 3 000 m, et comprenant les hauts plateaux du Transvaal, du Witwatersrand, du haut Veld et du Lesotho, les plateaux du haut Karroo, dans la province du Cap, ainsi que le Namaqualand et le Damaraland.

   

Les bas pays, au pied de cet arc de cercle continu de hauteurs, présentent, sur une profondeur comprise entre 60 et 240 km, des paysages contrastés : série de marches au sud-est, chaînons du Cap au sud, et piedmont uniforme à l'ouest.

   Ces hautes terres se terminent vers l'extérieur par un grand escarpement éloigné de 75 à 350 km de la côte, principalement développé au Natal, où, sous le nom de Drakensberg, il entaille sur 2 000 m de hauteur les grès et les basaltes d'âge karroo. Enneigé en hiver, il culmine à plus de 3 200 m près de la frontière du Lesotho. Au sud-ouest du Drakensberg, cet escarpement se poursuit par le Stormberg, le Sneeuberg, les Nieuwveld Range, puis, sur l'Atlantique, par les Roggeveld Range et l'escarpement dominant la plaine côtière du Namib. Le Grand Karroo est un large bassin semi-aride composé d'aplanissements dans le socle cristallin dominés par des reliefs résiduels et de mesas (plateaux basaltiques) qui sépare les chaînes du Cap du Drakensberg.

   Entre le grand escarpement et la mer s'allonge une étroite frange littorale peu élevée, tant du côté occidental (plaine côtière du Namib) que du côté oriental (plaine côtière du Natal), ne s'élargissant notablement qu'au nord-est, vers le Mozambique. Au sud, la sédimentation marine crétacée a pénétré entre les chaînons plissés de la région du Cap et intéresse aussi la frange littorale du Natal. Dans le domaine du plateau intérieur, au contraire, une sédimentation purement continentale s'est poursuivie au Tertiaire et jusqu'à l'époque actuelle, donnant les Kalahari beds, dépôts lacustres et éoliens qui occupent le fond de la dépression du Kalahari. Au Sud, en raison de la direction ouest-est des chaînes appalachiennes du Cap, où alternent crêtes de quartzites et dépressions dans les marnes, le littoral est particulièrement découpé en caps et baies.

Le climat

Comprise entre les 22e et 35e degrés de latitude sud, du fleuve Limpopo au cap des Aiguilles, l'Afrique du Sud appartient pour l'essentiel à la zone tropicale (87 % du pays reçoivent leurs précipitations principalement en été). Elle est soumise à l'influence directe d'une ceinture de maxima barométrique centrée en moyenne vers 30° sud. Toutefois, seuls l'anticyclone des Mascareignes et le maximum sud-atlantique sont permanents, tandis que les hautes pressions continentales, en position de col, subissent des modifications saisonnières marquées : elles s'établissent de mai à octobre au nord du 32e parallèle, laissant le champ libre aux dépressions du front polaire qui apportent des précipitations hivernales à la côte sud-ouest, mais en été elles s'affaiblissent en remontant en latitude, autorisant l'alizé issu de l'anticyclone des Mascareignes à se diriger vers les basses pressions pelliculaires du Kalahari. La latitude vaut, dans l'ensemble, à l'Afrique du Sud un climat chaud et sec, mais par rapport à l'hémisphère Nord, le rétrécissement du continent accroît l'influence océanique et atténue la prépondérance de la circulation anticyclonique. Il en découle une plus grande variété climatique qu'accentue l'intervention de l'orographie.

   Les masses d'air humide de l'océan Indien représentent la principale source de précipitations, et le Drakensberg du Natal et du Transvaal limite l'influence de l'alizé du sud-est : l'orientation méridienne des isohyètes est ainsi caractéristique de l'Afrique australe. Les plus forts totaux annuels sont observés sur le versant au vent, tandis que la pluviométrie décroît régulièrement vers l'ouest, la limite des 400 mm divisant le pays en deux. Cette dissymétrie se trouve accentuée sur la côte occidentale par les effets asséchants du courant froid de Benguela. Seul, le Sud-Ouest, de climat méditerranéen, échappe à cette coupure pluviométrique méridienne dont l'hydrographie témoigne : 85 % du volume d'eau écoulé intéressent le quart de la superficie du pays (marges orientales et méridionales).

Les bassins hydrographiques

Le débit de tous les cours d'eau sud-africains n'excède pas celui du Nil à Assouan et aucun fleuve sud-africain n'est navigable. Les deux principaux fleuves de l'Afrique du Sud sont l'Orange et le Limpopo. Les bassins de l'Orange et de ses principaux affluents, le Vaal et le Caledon, couvrent la plus grande partie du plateau intérieur. Prenant sa source au Lesotho, l'Orange s'appauvrit vers l'ouest, en traversant le sud du Kalahari, avant de se jeter dans l'Atlantique (son cours inférieur forme la frontière avec la Namibie). Le Limpopo, né dans le Veld, a un débit plus abondant. L'un et l'autre ont un régime très irrégulier, avec de hautes eaux estivales. Sur la façade de l'océan Indien, il existe un grand nombre de cours d'eau beaucoup plus courts, mais bien alimentés.

   Les deux tiers du pays reçoivent moins de 500 mm, minimum que requiert l'agriculture sèche, d'où l'acuité du problème de l'eau. La grande irrégularité interannuelle des précipitations, de plus, est responsable de sécheresses sévères. En outre, les zones les plus arrosées, le sud de la région du Cap et le Natal, sont soumises à un autre facteur limitant, la vigueur des pentes.

   La rareté de l'eau a conduit à la réalisation de grands aménagements. À partir de 1948 est entamé l'aménagement du bassin de l'Orange, permettant d'irriguer des terres dans le Moyen Veld et de détourner une part des eaux au-delà de la ligne de partage vers les plantations d'agrumes de la Great Fish et de la Sundays, aux bassins trop étroits. Plus importants encore sont les travaux en cours : les eaux du Haut Lesotho sont détournées pour alimenter la grande région urbaine industrielle et agricole du Rand.

La faune

La faune sud-africaine est riche et diversifiée. Les réserves animalières, tels le Kruger National Park, le Hluhluwe et le Mkuze, abritent éléphants, rhinocéros, girafes, zèbres, antilopes, ainsi que d'innombrables espèces d'oiseaux et de serpents.

Les paysages botaniques

La végétation originelle du Natal humide est une forêt tropicale qui cède la place à une forêt d'altitude sur le grand escarpement, mais la densité de l'occupation humaine en cette région explique la large prépondérance de la brousse secondaire ou des savanes.

   Le nord du Transvaal est une zone de savane résultant de la destruction de la forêt à Brachystegia. Toutefois, la plus grande partie du Transvaal et de l'Orange est le domaine du Veld, formation herbacée (les arbres, surtout des acacias, bordent parfois les cours d'eau).

   Le Karroo Scrub, au-delà de l'isohyète de 250 mm, fait la transition avec la végétation très particulière du sud du désert du Namib, à plantes succulentes, dont l'une des plus originales est Welwitschia mirabilis.

   La région du Cap possède une végétation de type méditerranéen, avec des maquis ou des garrigues et, sur les hauteurs, des forêts claires, sans sous-bois, aux arbres toujours verts, où domine le pin.

L'utilisation agricole

Sur les 122 millions d'hectares que compte l'Afrique du Sud, 102 sont susceptibles d'une , mais les conditions climatiques et le relief restreignent la surface arable pour la production des céréales sans irrigation au dixième environ de ce total. Si le reste du territoire utile, teinté d'aridité, a une vocation pastorale, la végétation herbacée, en équilibre fragile, tend à se dégrader avec les excès de pacage : si l'Afrique du Sud dispose d'atouts naturels, elle ne les doit pas à son sol.

Le sous-sol

Le sous-sol recèle d'immenses réserves, grâce à son socle richement minéralisé. L'irruption du cycle minier dans un pays agro-pastoral a, en un siècle, profondément transformé sa géographie et modifié les termes de la cohabitation entre les différents groupes raciaux.

Un État multiracial

L'Afrique du Sud, qui a longtemps été le « pays de l'apartheid », jusqu'au démantèlement, à partir de 1990, du système de ségrégation raciale, se veut aujourd'hui une « nation arc-en-ciel », rassemblant sur un pied d'égalité démocratique une mosaïque de populations d'origines diverses.

Composition ethnique

Les Noirs, très largement majoritaires, constituent 76 % de la population, les Blancs, 13 %, les métis, 8,5 % et les Indiens, 2,5 %. Leur répartition géographique tient essentiellement à des facteurs historiques. Les métis (coloureds), issus de brassages entre les esclaves importés de force, les premiers occupants noirs (Bochimans et Hottentots), des Malais (musulmans) et les colons blancs sont groupés dans la province du Cap. Les Asiatiques, descendants de travailleurs indiens (coolies) auxquels l'administration britannique a fait appel au XIXe s. pour cultiver la canne à sucre, se rassemblent au Natal. Les Noirs se répartissent en quelques grands peuples de langue bantoue, parmi lesquelles les Zoulous et les Xhosas au sud, les Sothos au centre, les Tswanas et les Vendas au nord. Les Bochimans et les Hottentots, que les Hollandais ont découvert lors de leur installation en 1652 dans la région du Cap, ont aujourd'hui disparu en tant qu'entités ethniques. Enfin, on estime qu'il existe plusieurs millions d'immigrés très récents originaires essentiellement d'Afrique australe (Lesotho, Botswana, Swaziland), pour la plupart clandestins. La grande majorité des Noirs se concentre encore dans les anciens bantoustans et dans les townships des grandes villes sud-africaines. La communauté blanche est, quant à elle, issue de deux vagues d'immigration, hollandaise d'abord, puis anglaise, après que la Grande-Bretagne eut mis la main sur la région du Cap à l'issue des guerres napoléoniennes. L'importance relative de ce peuplement d'origine européenne est liée à des circonstances historiques, mais aussi à des conditions naturelles et climatiques plus favorables que sur la majeure partie du continent africain ; les Blancs se répartissent dans les régions les plus riches et possèdent un très fort taux d'urbanisation.

L'ancien pays de l'apartheid

Les immigrants de souche hollandaise ont farouchement défendu leur identité culturelle en préservant leur langue, l'afrikaans (dérivé du hollandais), et en restant fidèles à leurs Églises calvinistes, qui puisaient dans la Bible les arguments en faveur de la ségrégation raciale. Dès leur arrivée en Afrique du Sud, les colons hollandais ont appliqué une politique de discrimination raciale, également suivie, à quelques exceptions près, par l'administration britannique. Cette politique a été renforcée au début du XXe s., après la découverte de mines d'or, par l'instauration de la colour bar, qui excluait les Noirs des emplois qualifiés (Native Labour Act, 1911), par l'institution d'une ségrégation résidentielle en zone blanche (Native Urban Areas Act, 1923) – les non-Blancs n'étaient tolérés dans les villes que dans la stricte mesure des besoins économiques et dans les étroites limites d'un contrôle permanent – et par l'interdiction pour les Noirs d'acquérir des terres en dehors des réserves tribales qui leur étaient affectées, soit 13 % de la superficie totale du pays (Native Land Act, 1913 ; Native Trust and Land Act, 1936). À partir de 1948, le parti national (National Party) a érigé l'apartheid en dogme. En 1949, les mariages entre Européens et non-Européens ne sont plus autorisés et, en 1950, l'interdiction des relations sexuelles entre Blancs et Noirs – instituée dès 1927 – est étendue aux métis et aux Asiatiques. Puis, à partir de 1955, le gouvernement s'engage dans la politique des bantoustans, qui consiste à regrouper les réserves tribales – le plus souvent dispersées – en entités autonomes promises à l'indépendance. Avant le démantèlement de l'apartheid, quatre bantoustans (le Transkei, le Ciskei, le Venda et le Bophuthatswana) sont proclamés indépendants, tandis que les six autres (dont le Kwazulu) accèdent à l'autonomie interne. En fait, indépendances et autonomies sont totalement factices, et aucun État, en dehors de l'Afrique du Sud, n'accepte de les reconnaître officiellement. Les bantoustans sont, en réalité, totalement dépendants financièrement de l'Afrique du Sud et continuent d'être des réservoirs de main-d'œuvre. De plus, le gouvernement prive leurs ressortissants de la nationalité sud-africaine, ce qui fait des travailleurs noirs, dans une Afrique du Sud blanche, des étrangers dans leur propre pays. La nouvelle Constitution sud-africaine a supprimé les bantoustans et, pour mieux marquer la rupture avec l'ordre ancien, a découpé le pays en neuf Provinces (Cap-Nord, Cap-Est, Cap-Ouest, État libre, Kwazulu-Natal, Nord-Ouest, Mpumalanga, Gauteng, Province du Nord), qui remplacent désormais les quatre anciennes Provinces du Cap, du Natal, du Transvaal et de l'État libre d'Orange.

Dynamisme démographique et sida

Le taux d'accroissement naturel diminue (0,8 % par an en 2007), bien qu'il reste élevé au sein de la population noire. Le taux de natalité est passé de 35 ‰ en 1991 à 23 ‰, et l'indice de fécondité, de 4,5 enfants par femme à 2,5. La population reste néanmoins très jeune (30 % des Sud-Africains ont moins de 15 ans, 7 % seulement ont plus de 60 ans). L'urbanisation progresse lentement (53 % des habitants sont aujourd'hui des citadins) ; la population noire est la moins urbanisée, alors que 96 % des Indiens, 91 % des Blancs et 83 % des métis résident en zone urbaine.

   L'Afrique du Sud est confrontée aux déséquilibres socio-économiques induits par le développement dramatique du sida. En 2009, ce virus touche près du cinquième de la population. Les femmes sont particulièrement touchées : une femme de 30 à 34 ans sur quatre est atteinte. En raison de l'épidémie, la mortalité a augmenté de près de 80 % entre 1997 et 2004. Dans plusieurs provinces du pays, le sida a réduit l'espérance de vie à la naissance à moins de 50 ans.

Une économie puissante mais fragile

Si l'Afrique du Sud est, de loin, la première puissance économique du continent africain, elle ne se classe pourtant qu'au 28e rang mondial derrière la Pologne et la Norvège. Bien que dépourvue de ressources pétrolières, elle dispose d'atouts économiques considérables, mais l'or, qui a fait sa richesse – et qui demeure le premier produit d'exportation –, a considérablement perdu de sa valeur.

   Si, en 1994, l'instauration d'une démocratie multiraciale et l'arrivée au pouvoir de la majorité noire ont constitué un tournant politique majeur, les statistiques indiquent que, deux ans après, les structures sociales et économiques n'ont pas été fondamentalement modifiées. En dépit de ses fortes potentialités, le pays, en proie au chômage (sans doute proche de 40 %), peine pour surmonter des handicaps structurels. Depuis 1993, le taux d'inflation est resté inférieur à 10 %. Mais les problèmes socioéconomiques persistent, liés principalement à l'inégalité des niveaux de vie entre Blancs et Noirs, et à la gravité du sous-emploi (le chômage touchant, chez les Noirs, plus de la moitié de la population active). L'amélioration des conditions de vie des populations noires représente, aujourd'hui, l'un des principaux enjeux politiques. Dès 1994, un vaste programme de reconstruction et de développement (RDP) avait été lancé, dont l'objectif était de fournir logements, eau courante et électricité aux plus déshérités. Les résultats mitigés du RDP ont conduit à son abandon en 1997, et l'accent est mis désormais sur un programme macroéconomique (dénommé Growth Employment and Redistribution) visant à favoriser l'investissement privé dans les travaux publics et à stimuler la création de P.M.E. par des entrepreneurs noirs. Un taux de croissance élevé est indispensable pour satisfaire les exigences de la nouvelle majorité, mais la transition est progressive. La croissance dépend aussi de la conjoncture internationale, et les investisseurs étrangers restent encore prudents. Beaucoup d'incertitudes subsistent donc sur la capacité à effacer un apartheid économique, finalement plus long à abolir que l'apartheid politique.

Agriculture et pêche

L'agriculture n'occupe que 10 % de la population active et ne contribue qu'à hauteur de 3 % au P.N.B. et à 7 % des exportations ; elle satisfait cependant la majeure partie des besoins nationaux et permet de notables exportations. Les exploitants agricoles blancs monopolisent l'agriculture commerciale, employant 1 200 000 ouvriers agricoles, qui font vivre plus de 5 millions de personnes. Les rendements dans les anciens bantoustans – les terres les moins fertiles – restent dérisoires, et leur contribution, négligeable : les causes sont d'ordre sociologique (tradition de l'agriculture vivrière), écologique (érosion des sols) et économique (migrations des hommes vers les régions minières et industrielles, manque de capitaux).

   L'Afrique du Sud est le 13e producteur mondial de maïs, qui constitue l'aliment de base de la population noire ; elle produit également du vin (7e rang mondial), de la canne à sucre, du blé, des oléagineux (tournesol, arachide), des pommes de terre et des fruits de verger (pommes, agrumes). Elle possède un important cheptel ovin (25 millions de têtes, 10e rang mondial), élevé surtout pour la laine (karakuls, mérinos), notamment dans la région du Cap, ainsi qu'un cheptel bovin d'environ 13 millions de têtes. Mais, en raison de l'aridité du climat, seulement 11 % du territoire sont cultivés, et l'élevage extensif des troupeaux occupe de vastes espaces. Aussi l'Afrique du Sud est-elle la principale partie prenante dans la réalisation d'un énorme complexe de barrages dans les montagnes du Lesotho voisin (Lesotho Highlands Water Scheme), qui offre déjà des réserves d'eau suffisantes pour l'irrigation de l'ancien État libre d'Orange.

   Pays maritime, ouvert sur deux océans, l'Afrique du Sud dispose, en outre, d'une importante flotte de pêche, qui fournit des poissons et des crustacés (anchois, sardines, langoustes…).

Mines et industries

Les ressources minières sont considérables. L'Afrique du Sud est ainsi le premier producteur mondial d'or, de manganèse, de chrome et de platine, dont elle possède 50 à 80 % des réserves planétaires. Elle extrait également de l'argent, du cuivre, de l'uranium, du titane, du vanadium, de l'antimoine, de l'amiante, du minerai de fer (8e rang), du plomb (12e rang), des diamants (15 millions de carats) et du charbon (260 millions de tonnes, 6e rang mondial). Exploité au Natal et au Transvaal, ce dernier est exporté bien meilleur marché que le charbon d'Australie ou des États-Unis. L'or demeure la première richesse du pays, grâce, notamment, aux mines du Witwatersrand. Pour pallier son manque de pétrole, surtout au temps de l'apartheid, où elle redoutait des sanctions économiques, l'Afrique du Sud s'est lancée dans la fabrication de pétrole synthétique à partir de charbon liquéfié. Le procédé, mis au point par une entreprise d'État, la Sasol, est coûteux, mais il permet de couvrir 40 % de la consommation du pays. Pour s'approvisionner en énergie électrique, l'Afrique du Sud avait financé la construction du grand barrage de Cabora Bassa, sur le Zambèze, au Mozambique, mais la ligne à haute tension de plus de 1 000 km entre le barrage et le Transvaal a été gravement endommagée durant la guerre civile qui a ravagé l'ex-colonie portugaise. L'Afrique du Sud dispose aussi à Koeberg, près du Cap, d'une centrale nucléaire : cette localisation s'explique par l'éloignement du bassin houiller. Cette centrale a été fournie par la France, ce qui lui avait permis, avec l'aide de divers pays occidentaux, de fabriquer des bombes atomiques que le gouvernement sud-africain a fait détruire en 1993. L'approvisionnement en électricité (fournit en majorité par le charbon) est insuffisant au regard de la demande.

   En revanche, les gisements de fer sont relativement modestes, la bauxite est quasi absente et, surtout, le pétrole manque.

   

L'industrialisation de l'Afrique du Sud s'est opérée, dans une large mesure, à l'initiative du gouvernement, avec la création de trois grandes entreprises publiques : outre la Sasol, ce sont l'Escom (qui couvre 86 % des besoins en électricité) et l'Iscor (qui fournit 85 % de la demande intérieure en acier). La production industrielle est diversifiée, les principales branches d'activité étant la métallurgie, la sidérurgie, le textile, l'agroalimentaire, les constructions mécaniques, l'armement ou encore la chimie. Elles sont concentrées dans le Witwatersrand, première région industrielle du pays, dominée par Johannesburg, la capitale économique, et dans les zones portuaires (Le Cap, Port Elizabeth, Durban). Le secteur privé est contrôlé par quelques groupes puissants, comme l'Anglo-American (or et uranium), la De Beers (diamants), le magnat des tabacs, Rembrandt, ou encore le groupe né de la fusion, en 1997, de Goldfields et de Gencor dans le secteur minier. Les encouragements à la naissance d'un capitalisme noir après 1994 ont porté quelques fruits, avec, notamment, la création d'une société minière, la Johnnic, dont la direction a été confiée à l'ancien dirigeant syndicaliste Cyril Ramaphosa. Mais seulement 7 % des capitaux traités à la Bourse de Johannesburg sont des capitaux « noirs ». La plupart des grandes marques automobiles mondiales ont installé des usines d'assemblage en Afrique du Sud – excepté Peugeot et Renault, qui ont quitté le pays en 1986. L'activité portuaire se concentre à Durban, au Cap et à Richards Bay (le port minéralier pour le charbon), et l'Afrique du Sud prend une part active à la réactivation du « corridor » de Maputo, la capitale mozambicaine, qui dispose d'un port distant seulement de 550 km de Johannesburg.

Commerce et échanges

L'apartheid avait isolé le pays, aujourd'hui réintégré au sein de la communauté internationale. Les principaux partenaires commerciaux de l'Afrique du Sud sont la Grande-Bretagne, l'Allemagne, le Japon et les États-Unis. La balance commerciale est excédentaire. Les principales sources d'exportation sont l'or, les diamants, ainsi que d'autres métaux ou produits métallurgiques : l'Afrique du Sud se place au premier rang des pays exportateurs de minerais stratégiques. Les produits chimiques, l'outillage et le matériel de transport représentent également des sources de devises. L'Afrique du Sud tire aussi des ressources des services : commercialisation du diamant à l'échelle mondiale, trafic de transit pour le Lesotho, le Botswana et le Swaziland, mais aussi pour la Zambie, le Congo démocratique, le Malawi et le Zimbabwe. Le pays exporte aussi des armes, notamment vers d'autres pays africains, fabriquées dans les entreprises d'État créées au temps de l'apartheid.

HISTOIRE

Mis à part les hommes de la préhistoire, ce sont les populations de langue khoisan qui constituent le peuplement le plus ancien de l'Afrique du Sud. Confinées aujourd'hui dans les régions désertiques, ces populations occupaient jadis un territoire bien plus vaste. Les Bochimans (ou Bushmen), chasseurs et collecteurs, habitaient le pays avant les Namas (Hottentots), qui s'installèrent vers le XIIe s.

   Au XVIe s. arrivèrent les Bantous, qui empruntèrent deux directions. Les Ambos et les Hereros, par le sud-ouest, suivirent le chemin pris autrefois par les Namas ; les Zoulous, les Sothos (ou Bassoutos), les Tswanas (ou Bechuanas), ainsi que les Vendas, longèrent l'océan Indien jusqu'à la bordure du Drakensberg. Les Namas et les Bochimans furent refoulés et partiellement exterminés par les Bantous ; une partie d'entre eux se métissa avec les Bantous.

L'établissement des Hollandais

Durant tout le XVIe s., les Portugais, qui pourtant ont découvert le pays, n'y installent aucun poste, la région leur paraissant hostile et peu riche. Tandis que des Anglais plantent l'Union Jack en Afrique du Sud (mais sans reconnaissance officielle), ce sont des Néerlandais qui, par une expédition de trois navires, commandés par Jan Anthonisz. Van Riebeeck, en 1652, fondent le premier établissement permanent, Le Cap, simple escale de la Compagnie des Indes.

   À l'origine, tous les habitants sont des salariés de la Compagnie des Indes, hormis quelques Allemands et Scandinaves. Amsterdam leur confère peu à peu le titre de « burger », c'est-à-dire de citoyen. Des fermes « libres » s'installent. Ni les Namas ni les Bochimans ne sont assez bien organisés et assez bien armés pour résister aux Hollandais : ils sont donc refoulés peu à peu.

   Les colons, les free burghers, passeront à la postérité sous le nom de Boers, le mot boer désignant un paysan en néerlandais. Du manque de terres résulte l'esprit pionnier, qui prendra une grande force avec le « Trek ». La Compagnie des Indes, qui est une entreprise commerciale et non un organisme de colonisation agraire, est sans cesse en conflit avec les colons.

   En 1685, la révocation de l'édit de Nantes produit une importante immigration de protestants français. Lorsque Simon Van der Stel quitte son poste de gouverneur en 1699, l'assimilation de ces nouveaux venus est en bonne voie ; on estime que les huguenots constituent alors le sixième de la population européenne de la colonie. Tandis que l'expansion territoriale se poursuit, l'esclavage se développe : les esclaves sont des Namas détribalisés, ou des Noirs achetés à Madagascar et au Mozambique.

   La progression des Boers provoque, vers 1775, la rencontre entre Bantous et Boers. Une série de conflits se déroule durant les années 1779-1780 : c'est la première « guerre cafre » (les Cafres étant les Xhosas). Inférieurs en nombre, les Boers mettent au point la méthode du laager (en afrikaans moderne, laer), camp retranché constitué par les chariots à bœufs sur lequel se brisent les assauts des Bantous. Les Boers prennent peu à peu le dessus, mais le gouverneur de l'époque préfère conclure un accord avec les Bantous, car la situation financière de la Compagnie des Indes est alarmante : la frontière est fixée à la Great Fish River.

Intervention britannique et naissance du conflit anglo-boer

Plusieurs événements viennent aggraver le mécontentement des Boers ; la Compagnie des Indes cesse ses paiements en 1791 et disparaît ; les guerres européennes, consécutives à la Révolution française, sont marquées par des incursions anglaises au Cap (1795 et 1806).

   Après la capitulation des garnisons locales et le traité de 1814, la colonie passe sous administration britannique. Au début, les Anglais ne sont pas mal accueillis. Mais, entre 1806 et 1834, ils prennent un ensemble de mesures qui vont soulever la fureur des Boers. Ceux-ci reprochent aux Anglais de prendre la défense des Noirs. Par ailleurs, la fixation de la frontière au fleuve Orange, la modification du système d'acquisition des terres et le développement de la colonisation anglaise, dès 1819, sont d'autres motifs de conflits. Enfin, l'abolition de l'esclavage, en 1833, porte au paroxysme le ressentiment des Boers.

Le « Grand Trek »

En 1834-1835, des colonnes de Boers, provenant surtout de l'extrême est du pays, quittent la colonie du Cap ; ce mouvement, qui entraînera l'immigration de 7 000 hommes, va durer jusqu'en 1852. Les Boers donnent à ce départ une coloration mystique ; pénétrés de la Bible, ils croient revivre l'Exode et la marche vers la Terre promise.

   Le Grand Trek (trek signifie « migration ») conduit les Boers jusqu'aux plateaux de l'Orange, aux rives du Limpopo et vers le Natal. De durs combats les opposent aux Xhosas, aux Tswanas et aux Swazis. La lutte contre les Zoulous, qui s'achève par la bataille de Bloedrivier (ou Bloodriver), au cours de laquelle les Noirs perdent 3 000 hommes, ouvre aux Boers la route du Natal (1838). L'État boer du Natal aura une existence très brève, puisque les Anglais l'attaquent en 1842, le déclarent en 1843 possession britannique et en font une colonie de la Couronne en 1856.

   Les Anglais créent une ceinture d'États tampons autour de la colonie du Cap. Toutefois, comme ils rencontrent de graves difficultés avec plusieurs tribus, ils décident de reconnaître l'indépendance des États boers, espérant s'en faire des alliés contre les Noirs. L'indépendance du Transvaal est acquise en 1852, et celle de l'Orange en 1854 (convention de Bloemfontein).

La guerre des Boers

Libres et apparemment maîtres de leur destin, mais entourés d'Africains, pauvres, démunis et sans expérience politique, les Boers demeurent dans une situation fragile. En 1880, à la suite de l'annexion du Transvaal (1877), ils se révoltent à l'appel de Pretorius, Joubert et Kruger et battent les Anglais à Majuba Hill (1881). La paix de Pretoria (août 1881) reconnaît l'indépendance des républiques boers.

   Celles-ci sont encerclées progressivement, à la suite de l'annexion du Bechuanaland par les Anglais et de la concession des territoires au nord du Zambèze à la British South Africa Company, plus connue sous le nom de Chartered, société dirigée par Cecil Rhodes, qui anime toute la transformation économique de l'Afrique australe. Les mines d'or (découvertes en 1885) et de diamants, la voie ferrée de l'Orange introduisent une population d'aventuriers étrangers, les Uitlanders, groupés dans les villes nouvellement fondées, et dont les intérêts, défendus par les grandes compagnies et le gouvernement britannique, sont fondamentalement opposés à ceux des Boers.

   C. Rhodes, devenu Premier ministre de la colonie du Cap (1890), échoue dans ses tentatives d'attirer dans une union douanière le Transvaal, en passe de devenir, grâce aux mines d'or l'État le plus riche de l'Afrique australe et d'échapper ainsi à tout contrôle britannique. Ne pouvant rien obtenir de Kruger, il fomente un mouvement révolutionnaire à Johannesburg qui doit être le moment venu appuyé par les troupes de la Chartered. Le docteur Jameson, malgré l'avis de Rhodes qui se ravise à la dernière minute sous l'influence de Chamberlain, tente cependant le raid au Transvaal (1895) et échoue. Il s'ensuit une vive réaction de l'opinion publique européenne, très favorable aux Boers. Cependant Chamberlain et le haut-commissaire sir Alfred Milner s'acheminent peu à peu vers l'idée que seule la guerre permettra d'établir définitivement la puissance britannique en Afrique australe. Les prétextes en seront le refus de Kruger d'accorder le droit de vote aux Uitlanders et un ultimatum de celui-ci pour réclamer l'arrêt des envois de troupes britanniques, précédant celui que Chamberlain avait lui-même rédigé. La guerre du Transvaal éclate donc le 11 octobre 1899. Elle se termine en 1902 par le traité, dit de Vereeniging, qui supprime les États boers.

L'Union sud-africaine

Après la guerre, le problème essentiel est de reconstruire le pays, qui a été dévasté ; les Boers font de la résistance passive devant l'occupant.

   Cependant, dans un cadre fédéral qui s'avère viable, les Boers renaissent rapidement à la vie politique et culturelle. Ils créent un enseignement privé, des sociétés culturelles, qui permettent l'avènement d'une nouvelle langue, l'afrikaans. En 1906, les partis boers, Het Volk et Oranje Unie, remportent des succès importants aux élections au Transvaal et en Orange.

   L'Union sud-africaine est créée en 1910, avec l'entrée en vigueur du « South African Act », Constitution commune aux quatre colonies. Les provinces, qui sont administrées par un gouverneur et représentées par une assemblée locale, disposent d'une autonomie restreinte aux problèmes scolaires et sociaux. Le pouvoir législatif, pour l'Union tout entière, est confié à un Parlement bicaméral, dont l'Assemblée est élue par le seul suffrage des Européens, tandis que les membres du Sénat sont nommés. Le pouvoir exécutif est assumé par un gouverneur général nommé par Londres ; par ailleurs, un cabinet, dont le Premier ministre – siégeant à Pretoria – est le leader de la majorité, est responsable devant le Parlement. Le Premier ministre désigné est un Afrikaner, Louis Botha (1910-1919). Dans l'Union demeurent deux enclaves : le Basutoland et le Swaziland ; il faut enfin noter la présence allemande dans le Sud-Ouest.

   En août 1914, l'Union déclare la guerre à l'Allemagne ; cela se traduit surtout par une expédition dans le Sud-Ouest, qui est occupé (reddition des Allemands en juillet 1915). En 1916, l'Afrique-Orientale allemande tombe à son tour sous les coups de Jan Christiaan Smuts. Après la guerre, l'Union sud-africaine recevra de la S.D.N. le mandat d'administrer le Sud-Ouest.

Le développement du nationalisme afrikaner

En janvier 1913, le général James Hertzog fonde le parti national (National Party) antibritannique, issu d'une scission du parti sud-africain (parti Afrikaner) dirigé par L. Botha et par son successeur à la tête du gouvernement, le général Smuts (1914-1924). Celui-ci doit faire face à une coalition du parti travailliste et du parti national : le leader de ce dernier parti, Hertzog, devient Premier ministre (1924-1939) et obtient de la Conférence impériale de 1926 la reconnaissance de la souveraineté de son pays. Le parti national se fait le champion de l'eerbaare apartheid, « ségrégation honorable », selon laquelle les indigènes doivent être séparés des Blancs.

   Le nationalisme afrikaner se traduit par l'annexion de fait du Sud-Ouest et par des visées sur d'autres territoires d'Afrique australe, principalement la Rhodésie. Le racisme et le nationalisme font leur apparition lors de la grève des ouvriers européens de 1922, qui a pour origine une décision de la Chambre des mines de 1921, modifiant le système de recrutement des Noirs. Des mesures sont prises, permettant d'engager des Africains pour un salaire qui peut être le dixième de celui des Blancs.

   Pendant l'entre-deux-guerres, les mesures d'apartheid s'intensifient. C'est le docteur Daniel François Malan, leader d'un « parti nationaliste unifié » (United Nationalist Party), qui, de 1933 à 1939, anime la minorité raciste et extrémiste au Parlement.

La Seconde Guerre mondiale et la poussée ségrégationniste (1939-1961)

En 1939, Hertzog, qui a proposé la neutralité, est mis en minorité. Smuts, qui lui succède (1939-1948), lutte contre l'influence du nazisme, mais ne peut contenir la vague des « pauvres Blancs », qui proclament la supériorité des Afrikaners sur les Anglais et celle des Blancs sur les Noirs.

   Malan triomphe aux élections de 1948 et devient Premier ministre (1948-1954) : la politique d'apartheid s'étend dès lors non seulement aux Noirs, mais aussi aux Indiens du Natal, privés du droit de vote (1948). Les mariages mixtes sont interdits ; toute une législation (1950-1953) restreint les libertés des gens de couleur et vise même à gêner l'installation des Britanniques dans l'Union et le développement possible d'un parti communiste. Parallèlement, la politique expansionniste se poursuit : l'annexion du Sud-Ouest devient effective en 1949.

   Les successeurs de Malan, J. C. Strijdom (1954-1958) et Hendrik Frensch Verwoerd accentuent sa politique : c'est ainsi que les métis du Cap sont rayés des listes électorales (1956). Ces mesures exaspèrent l'opposition indienne et noire. En 1952, l'African National Congress (ANC, Congrès national africain) et son chef, Albert Luthuli, lancent un « mouvement de défi », caractérisé par la désobéissance civile. Malgré la répression, le mouvement se poursuit et culmine lors des échauffourées de Sharpeville (1960) et du Transkei (1963).

   Exaspéré par les critiques de l'O.N.U. et du Commonwealth à l'égard de sa politique, et particulièrement de l'apartheid, le parti national organise un référendum (1961), qui s'avère largement favorable à la république et à la sécession à l'égard du Commonwealth. Le 31 mai 1961, la république d'Afrique du Sud, totalement indépendante, est proclamée : Charles Swart en est le premier président.

La République et la politique des bantoustans

Alors qu'ailleurs en Afrique les colonies accèdent à l'indépendance, le parti national va renforcer l'apartheid. Dès 1960, après l'incident sanglant de Sharpeville, le gouvernement interdit l'ANC, qui compte dans ses rangs des communistes ainsi que le Pan-Africanist Congress (PAC), fondé par Robert Sobukwe en 1959, qui s'est proclamé antimarxiste et exclusivement noir. Les dirigeants des deux partis, dont Nelson Mandela pour l'ANC où son autorité s'est imposée, poursuivent leur lutte dans la clandestinité ou depuis l'étranger. Les États africains joignent leurs voix à celles des pays du tiers-monde et du bloc communiste pour dénoncer le « pays de l'apartheid », et, en 1960, A. Luthuli, qui est en résidence surveillée, se voit décerner le prix Nobel de la paix. Mais les puissances occidentales considèrent l'Afrique du Sud blanche, qui contrôle la route maritime du Cap et où le parti communiste est interdit depuis 1950, comme un rempart indispensable contre l'expansion soviétique. Aussi, durant la guerre froide, la condamnation de l'apartheid n'entraîne que peu de conséquences pratiques. De 1963 à 1977, malgré une recommandation de l'O.N.U., la France fournira à l'Afrique du Sud des avions et des chars de combat, puis des navires de guerre et des sous-marins, qui feront de l'armée sud-africaine la plus puissante du continent. De même, Israël est accusé par les pays arabes de contribuer à l'équipement militaire de l'Afrique du Sud.

   Jusqu'aux années 1990, où la libération de N. Mandela amorce la transition vers une Afrique du Sud démocratique et multiraciale, le parti national remporte toutes les élections législatives, tandis que le parti unifié (United Party), qui représente les Anglo-Saxons partisans d'une ségrégation raciale moins rigoureuse, va s'affaiblissant. L'audience du parti progressiste (Progressive Party) de la bourgeoisie éclairée reste très limitée ; le minuscule parti libéral, animé par le grand écrivain Alan Paton et seule formation multiraciale, devra se dissoudre pour se conformer à une nouvelle loi qui interdit tout contact entre groupes politiques de races différentes. En 1964, au procès de Rivonia, N. Mandela et plusieurs autres dirigeants de l'ANC, qui ont été arrêtés, sont condamnés à la prison à perpétuité. En 1966, à la mort du Premier ministre, Hendrik Verwoerd, Balthazar Johannes Vorster prend la tête du gouvernement, et la politique d'apartheid se durcit encore. Malgré la recommandation de l'O.N.U., l'Afrique du Sud refuse, en 1969, de se retirer du Sud-Ouest africain (Namibie), devenu une province sud-africaine où l'apartheid continue d'être appliqué. Le régime entreprend de transformer les réserves tribales en bantoustans, États noirs autonomes et promis à une indépendance théorique, dans une sorte de fédération centrée autour d'un État blanc qui ne pourra que les dominer. Mais les réserves tribales sont, pour la plupart, constituées d'enclaves dispersées, dont la consolidation en territoires moins morcelés va entraîner des déplacements de populations dont seuls les Noirs auront à souffrir.

   Confronté à l'hostilité quasi générale des États africains, B. J. Vorster réussit cependant à nouer des relations diplomatiques avec le Malawi, tandis que le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny prône un « dialogue » avec l'Afrique du Sud. Mais le bastion blanc de l'Afrique australe, les colonies portugaises de l'Angola et du Mozambique et la Rhodésie blanche, se fragilise sous les coups de guérillas nationalistes, alors qu'en 1974, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France opposent toujours leur veto à l'expulsion de l'Afrique du Sud de l'O.N.U. Pourtant, en 1975, les mouvements de libération marxisants de l'Angola et du Mozambique (M.P.L.A. et FRELIMO) contraignent le Portugal à accorder l'indépendance à ces deux pays. L'Afrique du Sud, après avoir voulu s'opposer au M.P.L.A. par une intervention militaire, qui se heurte à un corps expéditionnaire cubain, va soutenir dès lors dans les deux anciennes colonies portugaises des mouvements de guérilla anticommunistes, l'U.N.I.T.A. en Angola et la RENAMO au Mozambique.

La répression dans les townships et les sanctions internationales

En politique intérieure, l'année 1976 est marquée par une violente révolte des lycéens de Soweto, la banlieue noire de Johannesburg, qui protestent contre l'introduction de l'afrikaans comme langue d'enseignement ; la répression fait plusieurs centaines de victimes. La même année, la mort sous la torture d'un des leaders du mouvement dit « de la conscience noire », Steve Biko, émeut l'opinion internationale. Le gouvernement n'en proclame pas moins l'indépendance factice du premier bantoustan, le Transkei, d'où est originaire N. Mandela, toujours incarcéré au bagne de Robben Island.

   En 1977, le Conseil de sécurité adopte une résolution imposant un embargo sur les ventes d'armes, mais rejette les sanctions économiques. En 1978, B. J. Vorster est élu chef de l'État après le décès du président Diederichs, et Pieter Wilhelm Botha devient Premier ministre. Impliqué dans un scandale financier sur l'utilisation de fonds secrets, Vorster démissionne en 1979.

   Des commandos de l'armée sud-africaine opèrent des raids dans les pays voisins où sont installés des bases ou des bureaux de l'ANC, en particulier en Angola, qui abrite aussi des camps du mouvement nationaliste noir de Namibie, la SWAPO. L'ANC réussit pour sa part en 1982 un spectaculaire sabotage de la centrale nucléaire de Koeberg. Toutefois, en 1984, l'Afrique du Sud conclut avec l'Angola et le Mozambique, épuisés par la guerre civile, des accords de « non-agression », mais qui resteront sans effet.

   En 1983, le gouvernement institue un Parlement tricaméral avec une chambre pour les métis et une pour les Indiens, mais dans lequel la chambre blanche détient la majorité des sièges. Aux termes d'une nouvelle Constitution, P. Botha devient, en 1984, président de la République, tout en restant Premier ministre. La violence s'aggrave dans les townships, où la population s'attaque aux Noirs suspectés de collaborer avec le régime. Le pouvoir décrète l'état d'urgence en juillet 1985 et intensifie la répression, ce qui amène plusieurs pays occidentaux à prendre des sanctions économiques contre l'Afrique du Sud et entraîne le départ d'entreprises étrangères. Le gouvernement, qui, en 1982, a fait transférer N. Mandela du bagne de Robben Island dans un pénitencier du Cap, amorce avec lui, en 1985, des négociations ultrasecrètes, et abolit deux des lois les plus honnies du système : l'interdiction des relations sexuelles et du mariage entre Blancs et non-Blancs et l'obligation du pass (permis de résidence et de travail en zone blanche) pour les Africains ; mais ces mesures ne calment pas l'agitation dans les banlieues noires. Les États africains de l'Afrique australe, qui ont formé la « ligne de front » contre l'Afrique du Sud, accentuent leur pression diplomatique. Le parti national n'en remporte pas moins les élections législatives à l'Assemblée blanche en 1987, mais le gouvernement est menacé sur sa droite par l'émergence du parti conservateur d'Andries Treurnicht, hostile à tout assouplissement de l'apartheid, qui recueille près de 30 % des suffrages. En politique étrangère, en 1988, un grand pas vers la paix en Afrique australe est franchi avec la signature entre l'Afrique du Sud, l'Angola et Cuba d'un accord prévoyant le retrait immédiat d'Angola des troupes sud-africaines et un calendrier pour celui du corps expéditionnaire cubain ; un accord annexe prévoit l'indépendance de la Namibie, qui deviendra effective en mars 1990.

Frederik De Klerk et N. Mandela : réformes et négociations

En août 1989, P. Botha, désavoué par son parti et affaibli par la maladie, est contraint à la démission. Frederik De Klerk, qui lui succède, va amorcer le grand tournant vers une Afrique du Sud démocratique et multiraciale, au moment où la désagrégation de l'U.R.S.S. fait perdre son intérêt stratégique à la République sud-africaine.

   Conforté par les élections de septembre 1989, qui permettent au parti national de conserver la majorité absolue, F. De Klerk prend des mesures spectaculaires qui bouleversent l'ordre ancien. Après avoir libéré plusieurs dirigeants historiques de l'ANC, dont Walter Sisulu, il annonce la légalisation des partis jusque-là interdits, principalement l'ANC, le PAC et le parti communiste. Puis, le 11 février 1990, il fait libérer N. Mandela, après vingt-sept ans de captivité (dont les derniers mois dans une villa de son pénitencier, d'où il poursuit ses tractations avec le pouvoir). N. Mandela se déclare en faveur de la continuation de la lutte armée menée par la branche militaire de son parti (Umkhonto We Sizwe, Lance de la nation), mais il dirige la délégation de l'ANC aux premiers pourparlers avec le gouvernement. Les deux parties conviennent d'entamer « un processus pacifique de négociation », mais le PAC, de son côté, condamne les accords. En août, N. Mandela annonce la suspension de la lutte armée.

   De graves difficultés naissent des réticences du parti zoulou du Natal, l'Inkatha, dirigé par le chef Mangosuthu Buthelezi. Les luttes entre ce parti et l'ANC s'étendent du Natal aux townships du Transvaal. N. Mandela accuse le gouvernement de soutenir l'Inkatha par des commandos du Bureau de coopération civile (CCB), unité ultrasecrète de l'armée sud-africaine, qu'appuient les milices paramilitaires (vigilance organizations) des mouvements afrikaners d'extrême droite. Le président De Klerk est obligé de reconnaître, en juillet 1991, que son gouvernement a apporté un soutien financier à l'Inkatha.

   Les négociations prennent un nouveau départ au sein de la Convention pour une Afrique du Sud démocratique (CODESA), qui réunit tous les partis, sauf le PAC et les formations d'extrême droite, dont le Mouvement néonazi de la résistance afrikaner (A.W.B., Afrikaanse Weerstandbeweging) est le plus virulent. La CODESA fixe les principes généraux de la future Constitution démocratique du pays.

   En mars 1992, l'électorat blanc approuve largement, par référendum (68,7 % de « oui »), la politique de réformes du président De Klerk. Mais la négociation s'enlise, et après le massacre de partisans de l'ANC perpétré en juin par l'Inkatha à Boipatong, au sud de Johannesburg, l'ANC décide de suspendre sa participation aux travaux de la CODESA. Le chef Buthelezi se rapproche des chefs des bantoustans « indépendants » du Bophuthatswana et du Ciskei pour former un « front du refus », auquel se joint l'extrême droite blanche.

   Après onze mois d'interruption, les négociations reprennent, en avril 1993. Malgré la montée de la violence (9 000 morts de 1990 à 1993) et l'assassinat de Chris Hani, secrétaire général du parti communiste et membre du Comité national exécutif de l'ANC, les discussions progressent rapidement, en dépit de l'opposition de l'Alliance de la liberté, regroupant l'extrême droite et l'Inkatha. La date du 27 avril 1994 est retenue pour l'organisation des premières élections démocratiques et multiraciales. Une Constitution intérimaire, applicable à partir de 1994, est adoptée. Les bantoustans sont réintégrés dans le territoire sud-africain, redécoupé en 9 provinces. Un Conseil exécutif de transition (TEC) multipartite est chargé de contrôler l'action du gouvernement et de préparer les élections. En 1993, F. De Klerk et N. Mandela se voient attribuer conjointement le prix Nobel de la paix.

   Entre-temps, les États-Unis, puis le Japon et la C.E.E. ont décidé la levée des sanctions économiques, que N. Mandela juge d'abord prématurée, avant de la demander à la tribune de l'O.N.U. en septembre 1993 (l'embargo sur les armes ne sera toutefois levé qu'en mai 1994).

Une Afrique du Sud démocratique et multiraciale

N. Mandela (1994-1999)

Après l'échec d'une tentative de sécession du Bophuthatswana, dirigée par son président Lucas Mangope, appuyé par l'extrême droite blanche, les premières élections multiraciales et démocratiques au suffrage universel se déroulent pratiquement sans incidents fin avril 1994, comme prévu, avec une très forte participation. L'ANC, victorieux dans 7 provinces, obtient 62,65 % des suffrages, le parti national, qui bénéficie du vote métis, 20,39 %, et l'Inkatha, 10,54 %. Le 9 mai, la nouvelle Assemblée élit à la tête de l'État N. Mandela, qui est assisté par deux vice-présidents : Thabo Mbeki, de l'ANC, et F. De Klerk. Le gouvernement d'unité nationale qui est formé comprend 18 ministres de l'ANC, 6 du parti national et 3 de l'Inkatha. Il met en place, en 1995, la commission « Vérité et Réconciliation », qui recueille les témoignages des victimes de violations des droits de l'homme sous l'apartheid et qui, après plus de cinq années de travaux, ferme ces derniers bureaux en septembre 2001. Après l'adoption, en 1996, d'une nouvelle Constitution, le parti national quitte le gouvernement. L'extrême droite blanche doit faire son deuil du rêve d'un petit État blanc afrikaner, le Volkstaat, enclavé dans une Afrique du Sud multiraciale.

   Au plan international, l'Afrique du Sud réintègre le Commonwealth et l'O.N.U. ainsi que les organisations régionales, O.U.A. et SADC (Southern Africa Development Community) notamment.

Thabo Mbeki (1999-2008)

Lors des élections générales de juin 1999, l'ANC et son leader Thabo Mbeki – désigné par N. Mandela pour lui succéder dès 1997 – remportent une très large victoire en obtenant 266 sièges sur les 400 que comprend l'Assemblée nationale ; au niveau régional, comme en 1994, deux provinces continuent à lui échapper (le Kwazulu-Natal, dominé par l'Inkatha, et le Cap-Ouest grâce à l'alliance des partis d'opposition). Au sein de l'opposition, le parti démocratique (DP) détrône le parti national (rebaptisé pour l'occasion le nouveau parti national, NNP) comme premier parti d'opposition au niveau national (9,5 % contre 6,9 %). Sans alternative crédible, l'ANC reste largement dominant et bénéficie de deux alliés historiques de poids, qui ont combattu ensemble l'apartheid : le parti communiste sud-africain (SACP) et le Congrès des syndicats sud-africains (COSATU). Ces trois organisations forment ensemble l'Alliance tripartite. Entré en fonction le 16 juin, le nouveau président constitue un gouvernement formé de fidèles, mais dans lequel il associe l'Inkatha de M. Buthelezi, comme sous N. Mandela.

   Aux élections générales d'avril 2004, l'ANC marque une nouvelle victoire écrasante avec 69,7 % des voix et détient désormais 279 sièges à l'Assemblée. Sa victoire dans les scrutins régionaux lui permet également de gouverner les 9 provinces du pays, dont 7 avec une majorité absolue. L'Alliance démocratique (DA) obtient 12,4 % des voix, confirmant sa place de principal parti d'opposition, alors que l'Inkatha ne recueille plus que 7 % des suffrages et que l'héritier du parti national (NNP) s'effondre (1,6 % des voix) avant de fusionner dans l'ANC (2005). Le 23 avril, T. Mbeki est réélu triomphalement à la présidence de la République, pour un second mandat de cinq ans. L'opposition libérale parvient à mieux se maintenir dans ses bastions d'origine lors des élections municipales. Héritier des partis libéraux blancs opposés à l'apartheid, DA obtient 22 % des suffrages aux élections municipales de décembre 2000 (grâce à une alliance avec le NNP qui n'aura duré qu'une année), et 14,8 % à celles de 2006. La même année, l'opposition réussit à reprendre la mairie du Cap à l'ANC, seule métropole qui ne soit pas aujourd'hui aux mains du parti présidentiel.

   Le bilan des deux mandats du gouvernement Mbeki est mitigé. La visibilité internationale de l'Afrique du Sud s'est renforcée grâce à une diplomatie active à l'échelon du continent : médiateur dans plusieurs conflits en Afrique (Burundi, République démocratique du Congo, Côte d'Ivoire), principal promoteur du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) et de l'Union africaine, T. Mbeki est aussi l'hôte du sommet mondial sur le développement durable tenu à Johannesburg en 2002. Le refus de Pretoria de condamner le régime du président Mugabe au Zimbabwe demeure néanmoins incompris dans les capitales occidentales.

   À l'intérieur, le gouvernement fournit un effort important pour tenter de redresser les inégalités héritées du régime de l'apartheid. La mise en place du Black Economic Empowerment (BEE) et d'une politique d'« affirmative action » pour les populations historiquement défavorisées fait émerger une classe moyenne noire. Il n'en reste pas moins que la dérégulation rapide de l'économie sud-africaine – suite à l'adoption en 1997 d'une politique économique d'orientation néolibérale (le GEAR ou Growth, Employment and Redistribution Strategy), notamment grâce à l'influence décisive de T. Mbeki – contribue à faire exploser la pauvreté et le chômage. Les inégalités sociales héritées de l'apartheid ne se sont pas réduites, la réforme foncière n'a qu'un très faible impact dans les milieux ruraux (redistribution limitée à 3 % des terres arables), alors que la criminalité, prévalente dans les grandes villes, ne décline guère (entre 15 000 et 18 000 homicides par an). Les plus vives critiques portent sur la question du traitement du sida dans un pays qui compterait entre 5 et 6 millions de séropositifs. Au lieu de donner la priorité à une politique massive d'usage d'antirétroviraux, le gouvernement privilégie, de 2000 à 2004, la prévention des M.S.T. par la lutte contre la pauvreté tout en diffusant des messages opaques sur la transmission du VIH et en émettant des doutes sur l'efficacité des antirétroviraux. Ceux-ci n'ont été distribués gratuitement que depuis avril 2004 et seulement à quelque 50 000 personnes. Ces échecs affectent surtout les milieux populaires, traditionnels soutiens de l'ANC. Des mouvements sociaux dont l'histoire est fortement liée à la lutte contre l'apartheid ressurgissent tandis que les alliés de l'ANC (COSATU et SACP) protestent contre l'orientation économique du gouvernement et la privatisation des entreprises. Le Mouvement des sans-terre (LPM), la Campagne pour le traitement du sida (TAC) deviennent en quelques années des mouvements nationaux puissants dont le combat est rejoint par des organisations locales de communautés pauvres qui protestent contre les coupures d'eau et d'électricité ou les expulsions pour loyers impayés (mouvement anti-éviction, comité de crise de l'électricité de Soweto). Le développement de ces mouvements s'explique également par l'incapacité du système politique sud-africain à générer une opposition à la gauche de l'ANC : ce faisant, ils inscrivent les besoins des pauvres dans l'agenda politique, non sans succès d'ailleurs. De fait, en 2005-2006, le gouvernement opère un revirement majeur de sa politique économique : il décide de soutenir la création d'emplois dans le privé comme dans le public, de renforcer les ressources humaines dans les secteurs de la santé et de l'éducation, de lancer une politique de grands projets d'infrastructures – notamment dans le cadre de la préparation de la Coupe de monde de football 2010 — et de développer une politique d'« affirmative action » moins élitiste (Broad Based Black Economic Empowerment).

   Ce changement tardif ne suffit pas à enrayer l'impopularité du président. C'est dans ce contexte qu'il faut replacer l'essor, au sein de l'ANC, d'une mouvance favorable à Jacob Zuma. Ce dernier, leader historique du parti dont il est vice-président en 1997, a été limogé en juin 2005, en raison de sa possible implication dans une affaire de corruption et de viol. Son acquittement (lors du procès pour viol) et la suspension des poursuites (dans l'affaire de corruption) lui permettent ainsi de reprendre la vice-présidence de l'ANC en mai 2006 et de s'opposer de plus en plus ouvertement au président. Perçu comme le candidat des masses, soutenu par l'aile gauche et l'aile jeune de l'ANC, par la COSATU et le SACP, cet autodidacte s'impose à la présidence du parti en décembre 2007. En septembre 2008, le président T. Mbeki, désavoué par l'ANC, remet sa démission. Kgalema Motlanthe, vice-président du parti, lui succède à la présidence de la République jusqu'aux élections générales prévues en 2009. À quelques jours du scrutin, le parquet général sud-africain décide, après huit ans de procédures pour accusations de corruption, racket, fraude fiscale et blanchiment d'argent, de cesser les poursuites judiciaires à l'encontre de J. Zuma, grand favori pour devenir chef de l'État à l'issue des élections générales du 22 avril.

Jacob Zuma (2009-)

L'ANC, sous la conduite de J. Zuma, remporte une nette victoire (65,90 % des suffrages) aux élections générales mais enregistre, pour la première depuis 1994, un effritement de ses scores. Le Congrès du peuple (COPE, parti fondé en décembre 2008 par des dissidents qui reprochent à la nouvelle direction de l'ANC de bafouer les principes démocratiques du mouvement) obtient 7,42 %, tandis que l'Alliance démocratique (DA), conduite par l'énergique maire du Cap, Helen Zille, améliore ses positions avec 16,66 % des voix au niveau national et autour de 50 % des voix dans la région du Cap-Ouest. Élu le 6 mai à la présidence de la République par le Parlement par 277 voix sur 400, J. Zuma, soucieux de ne pas s'aliéner les milieux d'affaires, présente au lendemain de son investiture un gouvernement marqué par la continuité. K. Motlanthe, président par intérim sortant, est nommé vice-président.

Repères d'actualité

juillet 2009 : deux mois après son élection, le président J. Zuma est confronté à ses premières turbulences sociales. Quelques jours après de violentes manifestations dans plusieurs townships du pays (Diesloop et Thokoza à Johannesburg, ainsi que dans les provinces orientales du KwaZulu-Natal et de Mpumalanga, dans la province du Sud-Ouest), des milliers de travailleurs sociaux soutenus par les syndicats, entament un mouvement de grève illimitée au moment où se déroulent les négociations salariales entre les partenaires sociaux. Élu sur un programme d'éradication de la pauvreté, J. Zuma doit également faire face à la pire récession qu'ait connue le pays depuis dix-sept ans.
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