SERVICES
Article Larousse
Taille du texte Diminuer la taille de la police Augmenter la taille de la police Imprimer Envoyer par e-mail
Drapeau de l'Afrique du Sud

Afrique du Sud

En double cliquant sur chacun des mots, vous accéderez aux définitions Larousse

Carton de situation

Afrique du Sud

Nom officiel : République d'Afrique du Sud

État d'Afrique australe, l'Afrique du Sud, bordée à l'ouest par l'océan Atlantique, à l'est par l'océan Indien, est limitée au nord par le Swaziland, le Mozambique, le Zimbabwe, le Botswana et la Namibie. Membre du Commonwealth, l'Afrique du Sud est un État fédéral composé de 9 Provinces : Cap-Nord, Cap-Est, Cap-Ouest, État libre, Kwazulu-Natal, Nord-Ouest, Mpumalanga, Gauteng et Limpopo.

Superficie : 1 221 000 km2

Nombre d'habitants : 50 133 000 (estimation pour 2010)

Nom des habitants : Sud-Africains

Capitales : Le Cap (siège du Parlement) et Pretoria (siège du gouvernement)

Langues : afrikaans, anglais, ndebele, pedi, sotho, swazi, tsonga, tswana, venda, xhosa et zoulou

Monnaie : rand

Cet article fait partie du DOSSIER consacré à l'Afrique.

Chef de l'État : Jacob Zuma

Chef du gouvernement : Jacob Zuma

Nature de l'État : république à régime parlementaire

Constitution :

 Adoption : 8 mai 1996

 Entrée en vigueur : 4 février 1997 (progressive jusqu'en 1999)

Institutions au niveau fédéral

Exécutif

Chef de l'État et du gouvernement : président de la République

Législatif

Le Parlement se compose de l'Assemblée nationale et du Conseil national des Provinces.

GÉOGRAPHIE

Le milieu naturel

La géologie et le relief

Le trait dominant du relief, d'une très grande simplicité dans ses grandes lignes, est l'opposition entre un haut plateau intérieur et des régions basses à la périphérie. Le plateau a pour cœur le Highveld du Transvaal méridional, de l'État libre, et du nord-est de la région du Cap, à une altitude comprise entre 1 200 et 1 800 m. L'accroissement de l'altitude vers le nord neutralise ainsi les effets de la latitude. Cet ensemble se relève sur ses bordures en un Grand Escarpement qui oppose rarement un obstacle infranchissable aux communications.

   Le soubassement est constitué par un vieux socle précambrien plissé, qui s'est comporté comme un môle rigide tout au long de l'histoire géologique. Sur ce vieux socle plissé, recouvert de séries primaires (du Cambrien au Carbonifère), reposent en discordance une épaisse couverture sédimentaire d'âge permo-jurassique, le système Karroo, surtout des grès et des basaltes, accumulés du Carbonifère au Jurassique (formations de Dwyka, d'Ecca, de Beaufort, de Stormberg). Aussi, depuis le premier jeu des flexures marginales, les transgressions crétacées et tertiaires ont-elles été limitées à une étroite frange littorale.

   Des mouvements à grand rayon de courbure ont affecté ce matériel ancien. La partie centrale déprimée correspond au désert du Kalahari. Elle est entourée par une ceinture de hautes terres dont l'altitude oscille entre 1 500 et 3 000 m, et comprenant les hauts plateaux du Transvaal, du Witwatersrand, du haut Veld et du Lesotho, les plateaux du haut Karroo, dans la province du Cap, ainsi que le Namaqualand et le Damaraland.

   

Les bas pays, au pied de cet arc de cercle continu de hauteurs, présentent, sur une profondeur comprise entre 60 et 240 km, des paysages contrastés : série de marches au sud-est, chaînons du Cap au sud, et piedmont uniforme à l'ouest.

   Ces hautes terres se terminent vers l'extérieur par un grand escarpement éloigné de 75 à 350 km de la côte, principalement développé au Natal, où, sous le nom de Drakensberg, il entaille sur 2 000 m de hauteur les grès et les basaltes d'âge karroo. Enneigé en hiver, il culmine à plus de 3 200 m près de la frontière du Lesotho. Au sud-ouest du Drakensberg, cet escarpement se poursuit par le Stormberg, le Sneeuberg, les Nieuwveld Range, puis, sur l'Atlantique, par les Roggeveld Range et l'escarpement dominant la plaine côtière du Namib. Le Grand Karroo est un large bassin semi-aride composé d'aplanissements dans le socle cristallin dominés par des reliefs résiduels et de mesas (plateaux basaltiques) qui sépare les chaînes du Cap du Drakensberg.

   Entre le grand escarpement et la mer s'allonge une étroite frange littorale peu élevée, tant du côté occidental (plaine côtière du Namib) que du côté oriental (plaine côtière du Natal), ne s'élargissant notablement qu'au nord-est, vers le Mozambique. Au sud, la sédimentation marine crétacée a pénétré entre les chaînons plissés de la région du Cap et intéresse aussi la frange littorale du Natal. Dans le domaine du plateau intérieur, au contraire, une sédimentation purement continentale s'est poursuivie au Tertiaire et jusqu'à l'époque actuelle, donnant les Kalahari beds, dépôts lacustres et éoliens qui occupent le fond de la dépression du Kalahari. Au Sud, en raison de la direction ouest-est des chaînes appalachiennes du Cap, où alternent crêtes de quartzites et dépressions dans les marnes, le littoral est particulièrement découpé en caps et baies.

Le climat

Comprise entre les 22e et 35e degrés de latitude sud, du fleuve Limpopo au cap des Aiguilles, l'Afrique du Sud appartient pour l'essentiel à la zone tropicale (87 % du pays reçoivent leurs précipitations principalement en été). Elle est soumise à l'influence directe d'une ceinture de maxima barométrique centrée en moyenne vers 30° sud. Toutefois, seuls l'anticyclone des Mascareignes et le maximum sud-atlantique sont permanents, tandis que les hautes pressions continentales, en position de col, subissent des modifications saisonnières marquées : elles s'établissent de mai à octobre au nord du 32e parallèle, laissant le champ libre aux dépressions du front polaire qui apportent des précipitations hivernales à la côte sud-ouest, mais en été elles s'affaiblissent en remontant en latitude, autorisant l'alizé issu de l'anticyclone des Mascareignes à se diriger vers les basses pressions pelliculaires du Kalahari. La latitude vaut, dans l'ensemble, à l'Afrique du Sud un climat chaud et sec, mais par rapport à l'hémisphère Nord, le rétrécissement du continent accroît l'influence océanique et atténue la prépondérance de la circulation anticyclonique. Il en découle une plus grande variété climatique qu'accentue l'intervention de l'orographie.

   Les masses d'air humide de l'océan Indien représentent la principale source de précipitations, et le Drakensberg du Natal et du Transvaal limite l'influence de l'alizé du sud-est : l'orientation méridienne des isohyètes est ainsi caractéristique de l'Afrique australe. Les plus forts totaux annuels sont observés sur le versant au vent, tandis que la pluviométrie décroît régulièrement vers l'ouest, la limite des 400 mm divisant le pays en deux. Cette dissymétrie se trouve accentuée sur la côte occidentale par les effets asséchants du courant froid de Benguela. Seul, le Sud-Ouest, de climat méditerranéen, échappe à cette coupure pluviométrique méridienne dont l'hydrographie témoigne : 85 % du volume d'eau écoulé intéressent le quart de la superficie du pays (marges orientales et méridionales).

Les bassins hydrographiques

Le débit de tous les cours d'eau sud-africains n'excède pas celui du Nil à Assouan et aucun fleuve sud-africain n'est navigable. Les deux principaux fleuves de l'Afrique du Sud sont l'Orange et le Limpopo. Les bassins de l'Orange et de ses principaux affluents, le Vaal et le Caledon, couvrent la plus grande partie du plateau intérieur. Prenant sa source au Lesotho, l'Orange s'appauvrit vers l'ouest, en traversant le sud du Kalahari, avant de se jeter dans l'Atlantique (son cours inférieur forme la frontière avec la Namibie). Le Limpopo, né dans le Veld, a un débit plus abondant. L'un et l'autre ont un régime très irrégulier, avec de hautes eaux estivales. Sur la façade de l'océan Indien, il existe un grand nombre de cours d'eau beaucoup plus courts, mais bien alimentés.

   Les deux tiers du pays reçoivent moins de 500 mm, minimum que requiert l'agriculture sèche, d'où l'acuité du problème de l'eau. La grande irrégularité interannuelle des précipitations, de plus, est responsable de sécheresses sévères. En outre, les zones les plus arrosées, le sud de la région du Cap et le Natal, sont soumises à un autre facteur limitant, la vigueur des pentes.

   La rareté de l'eau a conduit à la réalisation de grands aménagements. À partir de 1948 est entamé l'aménagement du bassin de l'Orange, permettant d'irriguer des terres dans le Moyen Veld et de détourner une part des eaux au-delà de la ligne de partage vers les plantations d'agrumes de la Great Fish et de la Sundays, aux bassins trop étroits. Plus importants encore sont les travaux en cours : les eaux du Haut Lesotho sont détournées pour alimenter la grande région urbaine industrielle et agricole du Rand.

La faune

La faune sud-africaine est riche et diversifiée. Les réserves animalières, tels le Kruger National Park, le Hluhluwe et le Mkuze, abritent éléphants, rhinocéros, girafes, zèbres, antilopes, ainsi que d'innombrables espèces d'oiseaux et de serpents.

Les paysages botaniques

La végétation originelle du Natal humide est une forêt tropicale qui cède la place à une forêt d'altitude sur le grand escarpement, mais la densité de l'occupation humaine en cette région explique la large prépondérance de la brousse secondaire ou des savanes.

   Le nord du Transvaal est une zone de savane résultant de la destruction de la forêt à Brachystegia. Toutefois, la plus grande partie du Transvaal et de l'Orange est le domaine du Veld, formation herbacée (les arbres, surtout des acacias, bordent parfois les cours d'eau).

   Le Karroo Scrub, au-delà de l'isohyète de 250 mm, fait la transition avec la végétation très particulière du sud du désert du Namib, à plantes succulentes, dont l'une des plus originales est Welwitschia mirabilis.

   La région du Cap possède une végétation de type méditerranéen, avec des maquis ou des garrigues et, sur les hauteurs, des forêts claires, sans sous-bois, aux arbres toujours verts, où domine le pin.

L'utilisation agricole

Sur les 122 millions d'hectares que compte l'Afrique du Sud, 102 sont susceptibles d'une , mais les conditions climatiques et le relief restreignent la surface arable pour la production des céréales sans irrigation au dixième environ de ce total. Si le reste du territoire utile, teinté d'aridité, a une vocation pastorale, la végétation herbacée, en équilibre fragile, tend à se dégrader avec les excès de pacage : si l'Afrique du Sud dispose d'atouts naturels, elle ne les doit pas à son sol.

Le sous-sol

Le sous-sol recèle d'immenses réserves, grâce à son socle richement minéralisé. L'irruption du cycle minier dans un pays agro-pastoral a, en un siècle, profondément transformé sa géographie et modifié les termes de la cohabitation entre les différents groupes raciaux.

Un État multiracial

L'Afrique du Sud, qui a longtemps été le « pays de l'apartheid », jusqu'au démantèlement, à partir de 1990, du système de ségrégation raciale, se veut aujourd'hui une « nation arc-en-ciel », rassemblant sur un pied d'égalité démocratique une mosaïque de populations d'origines diverses.

Composition ethnique

Les Noirs, très largement majoritaires, constituent 76 % de la population, les Blancs, 13 %, les métis, 8,5 % et les Indiens, 2,5 %. Leur répartition géographique tient essentiellement à des facteurs historiques. Les métis (coloureds), issus de brassages entre les esclaves importés de force, les premiers occupants noirs (Bochimans et Hottentots), des Malais (musulmans) et les colons blancs sont groupés dans la province du Cap. Les Asiatiques, descendants de travailleurs indiens (coolies) auxquels l'administration britannique a fait appel au XIXe s. pour cultiver la canne à sucre, se rassemblent au Natal. Les Noirs se répartissent en quelques grands peuples de langue bantoue, parmi lesquelles les Zoulous et les Xhosas au sud, les Sothos au centre, les Tswanas et les Vendas au nord. Les Bochimans et les Hottentots, que les Hollandais ont découvert lors de leur installation en 1652 dans la région du Cap, ont aujourd'hui disparu en tant qu'entités ethniques. Enfin, on estime qu'il existe plusieurs millions d'immigrés très récents originaires essentiellement d'Afrique australe (Lesotho, Botswana, Swaziland), pour la plupart clandestins. La grande majorité des Noirs se concentre encore dans les anciens bantoustans et dans les townships des grandes villes sud-africaines. La communauté blanche est, quant à elle, issue de deux vagues d'immigration, hollandaise d'abord, puis anglaise, après que la Grande-Bretagne eut mis la main sur la région du Cap à l'issue des guerres napoléoniennes. L'importance relative de ce peuplement d'origine européenne est liée à des circonstances historiques, mais aussi à des conditions naturelles et climatiques plus favorables que sur la majeure partie du continent africain ; les Blancs se répartissent dans les régions les plus riches et possèdent un très fort taux d'urbanisation.

L'ancien pays de l'apartheid

Les immigrants de souche hollandaise ont farouchement défendu leur identité culturelle en préservant leur langue, l'afrikaans (dérivé du hollandais), et en restant fidèles à leurs Églises calvinistes, qui puisaient dans la Bible les arguments en faveur de la ségrégation raciale. Dès leur arrivée en Afrique du Sud, les colons hollandais ont appliqué une politique de discrimination raciale, également suivie, à quelques exceptions près, par l'administration britannique. Cette politique a été renforcée au début du XXe s., après la découverte de mines d'or, par l'instauration de la colour bar, qui excluait les Noirs des emplois qualifiés (Native Labour Act, 1911), par l'institution d'une ségrégation résidentielle en zone blanche (Native Urban Areas Act, 1923) – les non-Blancs n'étaient tolérés dans les villes que dans la stricte mesure des besoins économiques et dans les étroites limites d'un contrôle permanent – et par l'interdiction pour les Noirs d'acquérir des terres en dehors des réserves tribales qui leur étaient affectées, soit 13 % de la superficie totale du pays (Native Land Act, 1913 ; Native Trust and Land Act, 1936). À partir de 1948, le National Party a érigé l'apartheid en dogme. En 1949, les mariages entre Européens et non-Européens ne sont plus autorisés et, en 1950, l'interdiction des relations sexuelles entre Blancs et Noirs – instituée dès 1927 – est étendue aux métis et aux Asiatiques. Puis, à partir de 1955, le gouvernement s'engage dans la politique des bantoustans, qui consiste à regrouper les réserves tribales – le plus souvent dispersées – en entités autonomes promises à l'indépendance. Avant le démantèlement de l'apartheid, quatre bantoustans (le Transkei, le Ciskei, le Venda et le Bophuthatswana) sont proclamés indépendants, tandis que les six autres (dont le Kwazulu) accèdent à l'autonomie interne. En fait, indépendances et autonomies sont totalement factices, et aucun État, en dehors de l'Afrique du Sud, n'accepte de les reconnaître officiellement. Les bantoustans sont, en réalité, totalement dépendants financièrement de l'Afrique du Sud et continuent d'être des réservoirs de main-d'œuvre. De plus, le gouvernement prive leurs ressortissants de la nationalité sud-africaine, ce qui fait des travailleurs noirs, dans une Afrique du Sud blanche, des étrangers dans leur propre pays. La nouvelle Constitution sud-africaine a supprimé les bantoustans et, pour mieux marquer la rupture avec l'ordre ancien, a découpé le pays en neuf Provinces (Cap-Nord, Cap-Est, Cap-Ouest, État libre, Kwazulu-Natal, Nord-Ouest, Mpumalanga, Gauteng, Limpopo), qui remplacent désormais les quatre anciennes Provinces du Cap, du Natal, du Transvaal et de l'État libre d'Orange.

Dynamisme démographique et sida

Le taux d'accroissement naturel diminue (0,8 % par an en 2009), bien qu'il reste élevé au sein de la population noire. Le taux de natalité est passé de 35 ‰ en 1991 à 23 ‰ en 2009, et l'indice de fécondité, de 4,5 enfants par femme à 2,7. La population reste néanmoins très jeune (31 % des Sud-Africains ont moins de 15 ans, 7 % seulement ont plus de 60 ans). L'urbanisation progresse (61 % des habitants sont aujourd'hui des citadins) ; la population noire est la moins urbanisée, alors que 96 % des Indiens, 91 % des Blancs et 83 % des métis résident en zone urbaine.

   L'Afrique du Sud est confrontée aux déséquilibres socio-économiques induits par le développement dramatique du sida. En 2009, ce virus touche près du cinquième de la population. Les femmes sont particulièrement touchées : une femme de 30 à 34 ans sur quatre est atteinte. En raison de l'épidémie, la mortalité a augmenté de près de 80 % entre 1997 et 2004. Dans plusieurs provinces du pays, le sida a réduit l'espérance de vie à la naissance à moins de 50 ans.

Une économie puissante mais fragile

Si l'Afrique du Sud est, de loin, la première puissance économique du continent africain, elle ne se classe pourtant qu'au 28e rang mondial. Bien que dépourvue de ressources pétrolières, elle dispose d'atouts économiques considérables, mais l'or, qui a fait sa richesse – et qui demeure le premier produit d'exportation –, a considérablement perdu de sa valeur.

   Si, en 1994, l'instauration d'une démocratie multiraciale et l'arrivée au pouvoir de la majorité noire ont constitué un tournant politique majeur, les statistiques indiquent que, deux ans après, les structures sociales et économiques n'ont pas été fondamentalement modifiées. En dépit de ses fortes potentialités, le pays, en proie au chômage (sans doute proche de 40 %), peine pour surmonter des handicaps structurels. Depuis 1993, le taux d'inflation est resté inférieur à 10 %. Mais les problèmes socio-économiques persistent, liés principalement à l'inégalité des niveaux de vie entre Blancs et Noirs, et à la gravité du sous-emploi (le chômage touchant, chez les Noirs, plus de la moitié de la population active). L'amélioration des conditions de vie des populations noires représente, aujourd'hui, l'un des principaux enjeux politiques. Dès 1994, un vaste programme de reconstruction et de développement (RDP) avait été lancé, dont l'objectif était de fournir logements, eau courante et électricité aux plus déshérités. Les résultats mitigés du RDP ont conduit à son abandon en 1997, et l'accent est mis désormais sur un programme macroéconomique (dénommé Growth Employment and Redistribution) visant à favoriser l'investissement privé dans les travaux publics et à stimuler la création de P.M.E. par des entrepreneurs noirs. Un taux de croissance élevé est indispensable pour satisfaire les exigences de la nouvelle majorité, mais la transition est progressive. La croissance dépend aussi de la conjoncture internationale, et les investisseurs étrangers restent encore prudents. Beaucoup d'incertitudes subsistent donc sur la capacité à effacer un apartheid économique, finalement plus long à abolir que l'apartheid politique.

Agriculture et pêche

L'agriculture n'occupe que 10 % de la population active et ne contribue qu'à hauteur de 3 % au P.N.B. et à 7 % des exportations ; elle satisfait cependant la majeure partie des besoins nationaux et permet de notables exportations. Les exploitants agricoles blancs monopolisent l'agriculture commerciale, employant 1 200 000 ouvriers agricoles, qui font vivre plus de 5 millions de personnes. Les rendements dans les anciens bantoustans – les terres les moins fertiles – restent dérisoires, et leur contribution, négligeable : les causes sont d'ordre sociologique (tradition de l'agriculture vivrière), écologique (érosion des sols) et économique (migrations des hommes vers les régions minières et industrielles, manque de capitaux).

   L'Afrique du Sud est le 9e producteur mondial de maïs, qui constitue l'aliment de base de la population noire ; elle produit également du vin (7e rang mondial), de la canne à sucre, du blé, des oléagineux (tournesol, arachide), des pommes de terre et des fruits de verger (pommes, agrumes). Elle possède un important cheptel ovin (25 millions de têtes, 10e rang mondial), élevé surtout pour la laine (karakuls, mérinos), notamment dans la région du Cap, ainsi qu'un cheptel bovin d'environ 14 millions de têtes. Mais, en raison de l'aridité du climat, seulement 11 % du territoire sont cultivés, et l'élevage extensif des troupeaux occupe de vastes espaces. Aussi l'Afrique du Sud est-elle la principale partie prenante dans la réalisation d'un énorme complexe de barrages dans les montagnes du Lesotho voisin (Lesotho Highlands Water Scheme), qui offre déjà des réserves d'eau suffisantes pour l'irrigation de l'ancien État libre d'Orange.

   Pays maritime, ouvert sur deux océans, l'Afrique du Sud dispose, en outre, d'une importante flotte de pêche, qui fournit des poissons et des crustacés (anchois, sardines, langoustes…).

Mines et industries

Les ressources minières sont considérables. L'Afrique du Sud est ainsi le premier producteur mondial d'or, de manganèse, de chrome et de platine, dont elle possède 50 à 80 % des réserves planétaires. Elle extrait également de l'argent, du cuivre, de l'uranium, du titane, du vanadium, de l'antimoine, de l'amiante, du minerai de fer (7e rang), du plomb (12e rang), des diamants (15 millions de carats) et du charbon (270 millions de tonnes, 6e rang mondial). Exploité au Natal et au Transvaal, ce dernier est exporté bien meilleur marché que le charbon d'Australie ou des États-Unis. L'or demeure la première richesse du pays, grâce, notamment, aux mines du Witwatersrand. Pour pallier son manque de pétrole, surtout au temps de l'apartheid, où elle redoutait des sanctions économiques, l'Afrique du Sud s'est lancée dans la fabrication de pétrole synthétique à partir de charbon liquéfié. Le procédé, mis au point par une entreprise d'État, la Sasol, est coûteux, mais il permet de couvrir 40 % de la consommation du pays. Pour s'approvisionner en énergie électrique, l'Afrique du Sud avait financé la construction du grand barrage de Cabora Bassa, sur le Zambèze, au Mozambique, mais la ligne à haute tension de plus de 1 000 km entre le barrage et le Transvaal a été gravement endommagée durant la guerre civile qui a ravagé l'ex-colonie portugaise. L'Afrique du Sud dispose aussi à Koeberg, près du Cap, d'une centrale nucléaire : cette localisation s'explique par l'éloignement du bassin houiller. Cette centrale a été fournie par la France, ce qui lui avait permis, avec l'aide de divers pays occidentaux, de fabriquer des bombes atomiques que le gouvernement sud-africain a fait détruire en 1993. L'approvisionnement en électricité (fournit en majorité par le charbon) est insuffisant au regard de la demande.

   En revanche, les gisements de fer sont relativement modestes, la bauxite est quasi absente et, surtout, le pétrole manque.

   

L'industrialisation de l'Afrique du Sud s'est opérée, dans une large mesure, à l'initiative du gouvernement, avec la création de trois grandes entreprises publiques : outre la Sasol, ce sont l'Escom (qui couvre 86 % des besoins en électricité) et l'Iscor (qui fournit 85 % de la demande intérieure en acier). La production industrielle est diversifiée, les principales branches d'activité étant la métallurgie, la sidérurgie, le textile, l'agroalimentaire, les constructions mécaniques, l'armement ou encore la chimie. Elles sont concentrées dans le Witwatersrand, première région industrielle du pays, dominée par Johannesburg, la capitale économique, et dans les zones portuaires (Le Cap, Port Elizabeth, Durban). Le secteur privé est contrôlé par quelques groupes puissants, comme l'Anglo-American (or et uranium), la De Beers (diamants), le magnat des tabacs, Rembrandt, ou encore le groupe né de la fusion, en 1997, de Goldfields et de Gencor dans le secteur minier. Les encouragements à la naissance d'un capitalisme noir après 1994 ont porté quelques fruits, avec, notamment, la création d'une société minière, la Johnnic, dont la direction a été confiée à l'ancien dirigeant syndicaliste Cyril Ramaphosa. Mais seulement 7 % des capitaux traités à la Bourse de Johannesburg sont des capitaux « noirs ». La plupart des grandes marques automobiles mondiales ont installé des usines d'assemblage en Afrique du Sud – excepté Peugeot et Renault, qui ont quitté le pays en 1986. L'activité portuaire se concentre à Durban, au Cap et à Richards Bay (le port minéralier pour le charbon), et l'Afrique du Sud prend une part active à la réactivation du « corridor » de Maputo, la capitale mozambicaine, qui dispose d'un port distant seulement de 550 km de Johannesburg.

Commerce et échanges

L'apartheid avait isolé le pays, aujourd'hui réintégré au sein de la communauté internationale. Les principaux partenaires commerciaux de l'Afrique du Sud sont la Grande-Bretagne, l'Allemagne, le Japon et les États-Unis. La balance commerciale est excédentaire. Les principales sources d'exportation sont l'or, les diamants, ainsi que d'autres métaux ou produits métallurgiques : l'Afrique du Sud se place au premier rang des pays exportateurs de minerais stratégiques. Les produits chimiques, l'outillage et le matériel de transport représentent également des sources de devises. L'Afrique du Sud tire aussi des ressources des services : commercialisation du diamant à l'échelle mondiale, trafic de transit pour le Lesotho, le Botswana et le Swaziland, mais aussi pour la Zambie, le Congo démocratique, le Malawi et le Zimbabwe. Le pays exporte aussi des armes, notamment vers d'autres pays africains, fabriquées dans les entreprises d'État créées au temps de l'apartheid.

L'évolution économique récente (2008-2009)

Face à la récession

Début 2009, on constatait une baisse du produit intérieur brut (PIB) pour la première fois depuis la fin de l'apartheid et pour la première fois depuis 1998 la balance commerciale est déficitaire. Tous les secteurs économiques sont affectés, notamment, comme ailleurs dans le monde, le secteur automobile, mais aussi les secteurs minier, textile, le bâtiment, le tourisme, l'industrie dans son ensemble (l'industrie du platine, première source de revenu d'exportation du pays, licencie massivement).

   La chance de l'Afrique du Sud est cependant de disposer d'un système bancaire relativement solide, contrôlé à 80 % par quatre grandes banques. Centré sur le marché national (c'est un des héritages de la période de l'apartheid et de la fermeture sur le monde), ce secteur a été assez peu affecté par la crise des subprimes. En revanche, les cas d'insolvabilité des entreprises et des ménages sud-africains (et notamment de la bourgeoisie noire émergente qui vit largement à crédit) se multiplient à vitesse accélérée et menacent l'ensemble du système depuis 2008.

   L'Afrique du Sud restera-t-elle une économie « émergente » ? Depuis 1998, les indicateurs économiques permettaient de le penser : un taux de croissance annuel d'environ 5 %, une monnaie stable, une balance commerciale bénéficiaire, un faible endettement. Autant de signes de succès pour le gouvernement de Thabo Mbeki. Mais cette situation n'a pas profité également à tous les Sud-Africains et le mécontentement est alimenté par un taux de chômage qui stagne aux alentours de 40 % de la population active. L'économie sud-africaine, dominée par le tertiaire (67 % du PIB), produit des richesses, mais peu d'emplois (au contraire un million et demi a été perdu entre 1994 et 2008). Depuis 1997 et la mise en œuvre du programme Growth Employment And Reconstruction, l'Afrique du Sud a clairement fait le choix d'une politique économique néolibérale. L'AGSI (Accelerated and Shared Growth Initiative), lancé en 2006, se voulait plus social, mais sans virage net de la politique économique. Cette action semble avoir atteint ses limites dès 2008. L'augmentation des prix alimentaires et énergétiques, conjuguée aux incertitudes politiques, avait déjà entraîné l'économie sud-africaine dans un début de récession, accéléré par la baisse du cours du rand en 2008. Au moment où cette situation se confirme et s'aggrave, l'Afrique du Sud n'a pas encore eu le temps de transformer complètement sa structure économique. Ajoutons que la croissance économique a laissé bien des espaces de côté : les quartiers pauvres des villes, mais aussi des régions entières, notamment les anciens bantoustans. Les redistributions de terres aux populations noires sont restées marginales (3 % des terres seulement ont été concernées) ; l'essentiel de l'appareil économique reste aux mains des grands groupes financiers « blancs » ; la lutte contre le sida a été inefficace (l'estimation haute évalue à plus 6 millions le nombre de séropositifs et l'espérance de vie est passée de 59 ans en 1990 à 46 ans aujourd'hui dans plusieurs provinces du pays).

HISTOIRE

Mis à part les hommes de la préhistoire, ce sont les populations de langue khoisan qui constituent le peuplement le plus ancien de l'Afrique du Sud. Confinées aujourd'hui dans les régions désertiques, ces populations occupaient jadis un territoire bien plus vaste. Les Bochimans (ou Bushmen), chasseurs et collecteurs, habitaient le pays avant les Namas (Hottentots), qui s'installèrent vers le XIIe s.

   Au XVIe s. arrivèrent les Bantous, qui empruntèrent deux directions. Les Ambos et les Hereros, par le sud-ouest, suivirent le chemin pris autrefois par les Namas ; les Zoulous, les Sothos (ou Bassoutos), les Tswanas (ou Bechuanas), ainsi que les Vendas, longèrent l'océan Indien jusqu'à la bordure du Drakensberg. Les Namas et les Bochimans furent refoulés et partiellement exterminés par les Bantous ; une partie d'entre eux se métissa avec les Bantous.

1. L'établissement des Hollandais (XVIe-XVIIIes.)

Durant tout le XVIe s., les Portugais, qui pourtant ont découvert le pays, n'y installent aucun poste, la région leur paraissant hostile et peu riche. Tandis que des Anglais plantent l'Union Jack en Afrique du Sud (mais sans reconnaissance officielle), ce sont des Néerlandais qui, par une expédition de trois navires, commandés par Jan Anthonisz. Van Riebeeck, en 1652, fondent le premier établissement permanent, Le Cap, simple escale de la Compagnie des Indes.

   À l'origine, tous les habitants sont des salariés de la Compagnie des Indes, hormis quelques Allemands et Scandinaves. Amsterdam leur confère peu à peu le titre de « burger », c'est-à-dire de citoyen. Des fermes « libres » s'installent. Ni les Namas ni les Bochimans ne sont assez bien organisés et assez bien armés pour résister aux Hollandais : ils sont donc refoulés peu à peu.

   Les colons, les free burghers, passeront à la postérité sous le nom de Boers, le mot boer désignant un paysan en néerlandais. Du manque de terres résulte l'esprit pionnier, qui prendra une grande force avec le « Trek ». La Compagnie des Indes, qui est une entreprise commerciale et non un organisme de colonisation agraire, est sans cesse en conflit avec les colons.

   En 1685, la révocation de l'édit de Nantes produit une importante immigration de protestants français. Lorsque Simon Van der Stel quitte son poste de gouverneur en 1699, l'assimilation de ces nouveaux venus est en bonne voie ; on estime que les huguenots constituent alors le 1/6e de la population européenne de la colonie. Tandis que l'expansion territoriale se poursuit, l'esclavage se développe : les esclaves sont des Namas détribalisés, ou des Noirs achetés à Madagascar et au Mozambique.

   La progression des Boers provoque, vers 1775, leur rencontre avec les Bantous. Une série de conflits se déroule durant les années 1779-1780 : c'est la première « guerre cafre » (les Cafres étant les Xhosas). Inférieurs en nombre, les Boers mettent au point la méthode du laager (en afrikaans moderne, laer), camp retranché constitué par les chariots à bœufs sur lequel se brisent les assauts des Bantous. Les Boers prennent peu à peu le dessus, mais le gouverneur de l'époque préfère conclure un accord avec les Bantous, car la situation financière de la Compagnie des Indes est alarmante : la frontière est fixée à la Great Fish River.

2. Intervention britannique et naissance du conflit anglo-boer (XVIIIe-XIXes.)

Plusieurs événements viennent aggraver le mécontentement des Boers ; la Compagnie des Indes cesse ses paiements en 1791 et disparaît ; les guerres européennes, consécutives à la Révolution française, sont marquées par des incursions anglaises au Cap (1795 et 1806).

   Après la capitulation des garnisons locales et le traité de 1814, la colonie passe sous administration britannique. Au début, les Anglais ne sont pas mal accueillis. Mais, entre 1806 et 1834, ils prennent un ensemble de mesures qui vont soulever la fureur des Boers. Ceux-ci reprochent aux Anglais de prendre la défense des Noirs. Par ailleurs, la fixation de la frontière au fleuve Orange, la modification du système d'acquisition des terres et le développement de la colonisation anglaise, dès 1819, sont d'autres motifs de conflits. Enfin, l'abolition de l'esclavage, en 1833, porte au paroxysme le ressentiment des Boers.

3. Le « Grand Trek » (1834-1852)

En 1834-1835, des colonnes de Boers, provenant surtout de l'extrême est du pays, quittent la colonie du Cap ; ce mouvement, qui entraînera l'immigration de 7 000 hommes, va durer jusqu'en 1852. Les Boers donnent à ce départ une coloration mystique ; pénétrés de la Bible, ils croient revivre l'Exode et la marche vers la Terre promise.

   Le Grand Trek (trek signifie « migration ») conduit les Boers jusqu'aux plateaux de l'Orange, aux rives du Limpopo et vers le Natal. De durs combats les opposent aux Xhosas, aux Tswanas et aux Swazis. La lutte contre les Zoulous, qui s'achève par la bataille de Bloedrivier (ou Bloodriver), au cours de laquelle les Noirs perdent 3 000 hommes, ouvre aux Boers la route du Natal (1838). L'État boer du Natal aura une existence très brève, puisque les Anglais l'attaquent en 1842, le déclarent en 1843 possession britannique et en font une colonie de la Couronne en 1856.

   Les Anglais créent une ceinture d'États tampons autour de la colonie du Cap. Toutefois, comme ils rencontrent de graves difficultés avec plusieurs tribus, ils décident de reconnaître l'indépendance des États boers, espérant s'en faire des alliés contre les Noirs. L'indépendance du Transvaal est acquise en 1852, et celle de l'Orange en 1854 (convention de Bloemfontein).

4. La guerre des Boers (1899-1902)

Libres et apparemment maîtres de leur destin, mais entourés d'Africains, pauvres, démunis et sans expérience politique, les Boers demeurent dans une situation fragile. En 1880, à la suite de l'annexion du Transvaal (1877), ils se révoltent à l'appel de Pretorius, Joubert et Kruger et battent les Anglais à Majuba Hill (1881). La paix de Pretoria (août 1881) reconnaît l'indépendance des républiques boers.

   Celles-ci sont encerclées progressivement, à la suite de l'annexion du Bechuanaland par les Anglais et de la concession des territoires au nord du Zambèze à la British South Africa Company, plus connue sous le nom de Chartered, société dirigée par Cecil Rhodes, qui anime toute la transformation économique de l'Afrique australe. Les mines d'or (découvertes en 1885) et de diamants, la voie ferrée de l'Orange introduisent une population d'aventuriers étrangers, les Uitlanders, groupés dans les villes nouvellement fondées, et dont les intérêts, défendus par les grandes compagnies et le gouvernement britannique, sont fondamentalement opposés à ceux des Boers.

   C. Rhodes, devenu Premier ministre de la colonie du Cap (1890), échoue dans ses tentatives d'attirer dans une union douanière le Transvaal, en passe de devenir, grâce aux mines d'or l'État le plus riche de l'Afrique australe et d'échapper ainsi à tout contrôle britannique. Ne pouvant rien obtenir de Kruger, il fomente un mouvement révolutionnaire à Johannesburg qui doit être le moment venu appuyé par les troupes de la Chartered. Le docteur Jameson, malgré l'avis de Rhodes qui se ravise à la dernière minute sous l'influence de Chamberlain, tente cependant le raid au Transvaal (1895) et échoue. Il s'ensuit une vive réaction de l'opinion publique européenne, très favorable aux Boers. Cependant Chamberlain et le haut-commissaire sir Alfred Milner s'acheminent peu à peu vers l'idée que seule la guerre permettra d'établir définitivement la puissance britannique en Afrique australe. Les prétextes en seront le refus de Kruger d'accorder le droit de vote aux Uitlanders et un ultimatum de celui-ci pour réclamer l'arrêt des envois de troupes britanniques, précédant celui que Chamberlain avait lui-même rédigé. La guerre du Transvaal éclate donc le 11 octobre 1899. Elle se termine en 1902 par le traité, dit de Vereeniging, qui supprime les États boers.

5. L'Union sud-africaine (1910-1961)

Après la guerre, le problème essentiel est de reconstruire le pays, qui a été dévasté ; les Boers font de la résistance passive devant l'occupant.

   Cependant, dans un cadre fédéral qui s'avère viable, les Boers renaissent rapidement à la vie politique et culturelle. Ils créent un enseignement privé, des sociétés culturelles, qui permettent l'avènement d'une nouvelle langue, l'afrikaans. En 1906, les partis boers, Het Volk et Oranje Unie, remportent des succès importants aux élections au Transvaal et en Orange.

   L'Union sud-africaine est créée en 1910, avec l'entrée en vigueur du South Africa Act, Constitution commune aux quatre colonies. Les provinces, qui sont administrées par un gouverneur et représentées par une assemblée locale, disposent d'une autonomie restreinte aux problèmes scolaires et sociaux. Le pouvoir législatif, pour l'Union tout entière, est confié à un Parlement bicaméral, dont l'Assemblée est élue par le seul suffrage des Européens, tandis que les membres du Sénat sont nommés. Le pouvoir exécutif est assumé par un gouverneur général nommé par Londres ; par ailleurs, un cabinet, dont le Premier ministre – siégeant à Pretoria – est le leader de la majorité, est responsable devant le Parlement. Le Premier ministre désigné est un Afrikaner, Louis Botha (1910-1919). Dans l'Union demeurent deux enclaves : le Basutoland et le Swaziland ; il faut enfin noter la présence allemande dans le Sud-Ouest.

   En août 1914, l'Union déclare la guerre à l'Allemagne ; cela se traduit surtout par une expédition dans le Sud-Ouest, qui est occupé (reddition des Allemands en juillet 1915). En 1916, l'Afrique-Orientale allemande tombe à son tour sous les coups de Jan Christiaan Smuts. Après la guerre, l'Union sud-africaine recevra de la SDN le mandat d'administrer le Sud-Ouest.

6. Le développement du nationalisme afrikaner (1913)

En janvier 1913, le général James Hertzog fonde le National Party antibritannique, issu d'une scission du parti afrikaner dirigé par L. Botha et par son successeur à la tête du gouvernement, le général Smuts (1914-1924). Celui-ci doit faire face à une coalition du parti travailliste et du National Party : le leader de ce dernier parti, Hertzog, devient Premier ministre (1924-1939) et obtient de la Conférence impériale de 1926 la reconnaissance de la souveraineté de son pays. Le National Party se fait le champion de l'eerbaare apartheid, « ségrégation honorable », selon laquelle les indigènes doivent être séparés des Blancs.

   Le nationalisme afrikaner se traduit par l'annexion de fait du Sud-Ouest et par des visées sur d'autres territoires d'Afrique australe, principalement la Rhodésie. Le racisme et le nationalisme font leur apparition lors de la grève des ouvriers européens de 1922, qui a pour origine une décision de la Chambre des mines de 1921, modifiant le système de recrutement des Noirs. Des mesures sont prises, permettant d'engager des Africains pour un salaire qui peut être le dixième de celui des Blancs.

   Pendant l'entre-deux-guerres, les mesures d'apartheid s'intensifient. C'est le docteur Daniel François Malan, leader d'un parti nationaliste unifié (United Nationalist Party), qui, de 1933 à 1939, anime la minorité raciste et extrémiste au Parlement.

7. La Seconde Guerre mondiale et la poussée ségrégationniste (1939-1961)

En 1939, Hertzog, qui a proposé la neutralité, est mis en minorité. Smuts, qui lui succède (1939-1948), lutte contre l'influence du nazisme, mais ne peut contenir la vague des « pauvres Blancs », qui proclament la supériorité des Afrikaners sur les Anglais et celle des Blancs sur les Noirs.

   Malan triomphe aux élections de 1948 et devient Premier ministre (1948-1954) : la politique d'apartheid s'étend dès lors non seulement aux Noirs, mais aussi aux Indiens du Natal, privés du droit de vote (1948). Les mariages mixtes sont interdits ; toute une législation (1950-1953) restreint les libertés des gens de couleur et vise même à gêner l'installation des Britanniques dans l'Union et le développement possible d'un parti communiste. Parallèlement, la politique expansionniste se poursuit : l'annexion du Sud-Ouest devient effective en 1949.

   Les successeurs de Malan, J. C. Strijdom (1954-1958) et Hendrik Frensch Verwoerd accentuent sa politique : c'est ainsi que les métis du Cap sont rayés des listes électorales (1956). Ces mesures exaspèrent l'opposition indienne et noire. En 1952, l'African National Congress (ANC, Congrès national africain) et son chef, Albert Luthuli, lancent un « mouvement de défi », caractérisé par la désobéissance civile. Malgré la répression, le mouvement se poursuit et culmine lors des échauffourées de Sharpeville (1960) et du Transkei (1963).

   Exaspéré par les critiques de l'ONU et du Commonwealth à l'égard de sa politique, et particulièrement de l'apartheid, le National Party organise un référendum (1961), qui s'avère largement favorable à la république et à la sécession à l'égard du Commonwealth.

8. La République d'Afrique du Sud et la politique des bantoustans (1961-1989)

Le 31 mai 1961, la République d'Afrique du Sud, totalement indépendante, est proclamée : Charles Swart en est le premier président. Alors qu'ailleurs en Afrique les colonies accèdent à l'indépendance, le National Party va renforcer l'apartheid. Dès 1960, après l'incident sanglant de Sharpeville, le gouvernement interdit l'ANC, qui compte dans ses rangs des communistes ainsi que le Pan-Africanist Congress (PAC), branche dissidente de l'ANC se proclamant antimarxiste et exclusivement noire, fondée par Robert Sobukwe en 1959. Les dirigeants des deux partis, dont Nelson Mandela pour l'ANC où son autorité s'est imposée, poursuivent leur lutte dans la clandestinité ou depuis l'étranger. Les États africains joignent leurs voix à celles des pays du tiers-monde et du bloc communiste pour dénoncer le « pays de l'apartheid », et, en 1960, A. Luthuli, qui est en résidence surveillée, se voit décerner le prix Nobel de la paix.

   Mais les puissances occidentales considèrent l'Afrique du Sud blanche, qui contrôle la route maritime du Cap et où le parti communiste est interdit depuis 1950, comme un rempart indispensable contre l'expansion soviétique. Aussi, durant la guerre froide, la condamnation de l'apartheid n'entraîne que peu de conséquences pratiques. De 1963 à 1977, malgré une recommandation de l'ONU, la France fournira à l'Afrique du Sud des avions et des chars de combat, puis des navires de guerre et des sous-marins, qui feront de l'armée sud-africaine la plus puissante du continent. De même, Israël est accusé par les pays arabes de contribuer à l'équipement militaire de l'Afrique du Sud.

   Jusqu'aux années 1990, où la libération de N. Mandela amorce la transition vers une Afrique du Sud démocratique et multiraciale, le National Party remporte toutes les élections législatives, tandis que l'United Party, qui représente les Anglo-Saxons partisans d'une ségrégation raciale moins rigoureuse, va s'affaiblissant. L'audience du Progressive Party de la bourgeoisie éclairée reste très limitée ; le minuscule Liberal Party, animé par le grand écrivain Alan Paton et seule formation multiraciale, devra se dissoudre pour se conformer à une nouvelle loi qui interdit tout contact entre groupes politiques de races différentes. En 1964, au procès de Rivonia, N. Mandela et plusieurs autres dirigeants de l'ANC, qui ont été arrêtés, sont condamnés à la prison à perpétuité. En 1966, à la mort du Premier ministre, Hendrik Verwoerd, Balthazar Johannes Vorster prend la tête du gouvernement, et la politique d'apartheid se durcit encore. Malgré la recommandation de l'ONU, l'Afrique du Sud refuse, en 1969, de se retirer du Sud-Ouest africain (Namibie), devenu une province sud-africaine où l'apartheid continue d'être appliqué. Le régime entreprend de transformer les réserves tribales en bantoustans (ou homelands), États noirs autonomes et promis à une indépendance théorique, dans une sorte de fédération centrée autour d'un État blanc qui ne pourra que les dominer. Mais les réserves tribales sont, pour la plupart, constituées d'enclaves dispersées, dont la consolidation en territoires moins morcelés va entraîner des déplacements de populations dont seuls les Noirs auront à souffrir.

   Confronté à l'hostilité quasi générale des États africains, B. J. Vorster réussit cependant à nouer des relations diplomatiques avec le Malawi, tandis que le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny prône un « dialogue » avec l'Afrique du Sud. Mais le bastion blanc de l'Afrique australe, les colonies portugaises de l'Angola et du Mozambique et la Rhodésie blanche, se fragilise sous les coups de guérillas nationalistes, alors qu'en 1974, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France opposent toujours leur veto à l'expulsion de l'Afrique du Sud de l'ONU. Pourtant, en 1975, les mouvements de libération marxisants de l'Angola et du Mozambique (MPLA et FRELIMO) contraignent le Portugal à accorder l'indépendance à ces deux pays. L'Afrique du Sud, après avoir voulu s'opposer au MPLA par une intervention militaire, qui se heurte à un corps expéditionnaire cubain, va soutenir dès lors dans les deux anciennes colonies portugaises des mouvements de guérilla anticommunistes, l'UNITA en Angola et la RENAMO au Mozambique.

9. La répression dans les townships et les sanctions internationales

En politique intérieure, l'année 1976 est marquée par une violente révolte des lycéens de Soweto, la banlieue noire de Johannesburg, qui protestent contre l'introduction de l'afrikaans comme langue d'enseignement ; la répression fait plusieurs centaines de victimes. La même année, la mort sous la torture d'un des leaders du mouvement dit « de la conscience noire », Steve Biko, émeut l'opinion internationale. Le gouvernement n'en proclame pas moins l'indépendance factice du premier bantoustan, le Transkei, d'où est originaire N. Mandela, toujours incarcéré au bagne de Robben Island.

   En 1977, le Conseil de sécurité adopte une résolution imposant un embargo sur les ventes d'armes, mais rejette les sanctions économiques. En 1978, B. J. Vorster est élu chef de l'État après le décès du président Diederichs, et Pieter Wilhelm Botha devient Premier ministre. Impliqué dans un scandale financier sur l'utilisation de fonds secrets, Vorster démissionne en 1979.

   Des commandos de l'armée sud-africaine opèrent des raids dans les pays voisins où sont installés des bases ou des bureaux de l'ANC, en particulier en Angola, qui abrite aussi des camps du mouvement nationaliste noir de Namibie, la SWAPO. L'ANC réussit pour sa part en 1982 un spectaculaire sabotage de la centrale nucléaire de Koeberg. Toutefois, en 1984, l'Afrique du Sud conclut avec l'Angola et le Mozambique, épuisés par la guerre civile, des accords de « non-agression », mais qui resteront sans effet.

   En 1983, le gouvernement institue un Parlement tricaméral avec une chambre pour les métis et une pour les Indiens, mais dans lequel la chambre blanche détient la majorité des sièges. Aux termes d'une nouvelle Constitution, P. Botha devient, en 1984, président de la République, tout en restant Premier ministre. La violence s'aggrave dans les townships, où la population s'attaque aux Noirs suspectés de collaborer avec le régime. Le pouvoir décrète l'état d'urgence en juillet 1985 et intensifie la répression, ce qui amène plusieurs pays occidentaux à prendre des sanctions économiques contre l'Afrique du Sud et entraîne le départ d'entreprises étrangères. Le gouvernement, qui, en 1982, a fait transférer N. Mandela du bagne de Robben Island dans un pénitencier du Cap, amorce avec lui, en 1985, des négociations ultrasecrètes, et abolit deux des lois les plus honnies du système : l'interdiction des relations sexuelles et du mariage entre Blancs et non-Blancs et l'obligation du pass (permis de résidence et de travail en zone blanche) pour les Africains ; mais ces mesures ne calment pas l'agitation dans les banlieues noires.

   Les États africains de l'Afrique australe, qui ont formé la « ligne de front » contre l'Afrique du Sud, accentuent leur pression diplomatique. Le National Party n'en remporte pas moins les élections législatives à l'Assemblée blanche en 1987, mais le gouvernement est menacé sur sa droite par l'émergence du Conservative Party d'Andries Treurnicht, hostile à tout assouplissement de l'apartheid, qui recueille près de 30 % des suffrages. En politique étrangère, en 1988, un grand pas vers la paix en Afrique australe est franchi avec la signature entre l'Afrique du Sud, l'Angola et Cuba d'un accord prévoyant le retrait immédiat d'Angola des troupes sud-africaines et un calendrier pour celui du corps expéditionnaire cubain ; un accord annexe prévoit l'indépendance de la Namibie, qui deviendra effective en mars 1990.

10. Frederik De Klerk et Nelson Mandela : réformes et négociations

10.1. Libération des dirigeants historiques de l'ANC

En août 1989, P. Botha, désavoué par son parti et affaibli par la maladie, est contraint à la démission. Frederik De Klerk, qui lui succède, va amorcer le grand tournant vers une Afrique du Sud démocratique et multiraciale, au moment où la désagrégation de l'URSS fait perdre son intérêt stratégique à la République sud-africaine.

   Conforté par les élections de septembre 1989, qui permettent au National Party de conserver la majorité absolue, F. De Klerk prend plusieurs mesures historiques qui bouleversent l'ordre ancien : levée de l'état d'urgence en vigueur depuis 1985 ; libération des leaders de l'ANC, dont Walter Sisulu (1912-2003), N. Mandela (le 11 février 1990, après 27 ans de captivité, dont les derniers mois dans une villa de son pénitencier, d'où il poursuit ses tractations avec le pouvoir) ; légalisation de plus de 30 partis politiques non-blancs jusque-là interdits ou bannis et, principalement de l'ANC, du PAC et du parti communiste. N. Mandela se déclare en faveur de la continuation de la lutte armée menée par la branche militaire de son parti, mais il dirige la délégation de l'ANC aux premiers pourparlers avec le gouvernement. Les deux parties conviennent d'entamer « un processus pacifique de négociation » ; le PAC, de son côté, condamne les accords. En août, N. Mandela annonce la suspension de la lutte armée.

10.2. Guerre fratricide entre l'ANC et l'Inkhata

De graves difficultés naissent des réticences de l'Inkatha, le parti zoulou du Natal, dirigé par le chef Mangosuthu Buthelezi. Les luttes entre l'Inkhata et l'ANC s'étendent du Natal aux townships du Transvaal. N. Mandela accuse le gouvernement de soutenir l'Inkatha par des commandos du Bureau de coopération civile (CCB), unité ultrasecrète de l'armée sud-africaine, qu'appuient les milices paramilitaires (vigilance organizations) des mouvements afrikaners d'extrême droite. En 1991, F. De Klerk reconnaît que son gouvernement a apporté un soutien financier à l'Inkatha.

   Les négociations prennent un nouveau départ au sein de la Convention pour une Afrique du Sud démocratique (Codesa), qui réunit tous les partis – sauf le PAC et les formations d'extrême droite, dont le Mouvement néonazi de la résistance afrikaner (AWB, Afrikaanse Weerstandbeweging) fondé par Étienne Pierre'Blanche en 1973, est le plus virulent. La Codesa fixe les principes généraux de la future Constitution démocratique du pays.

   En mars 1992, l'électorat blanc approuve largement, par référendum (68,7 % de « oui »), la politique de réformes du président De Klerk. Mais la négociation s'enlise, et après le massacre de partisans de l'ANC perpétré en juin par l'Inkatha à Boipatong au sud de Johannesburg, l'ANC décide de suspendre sa participation aux travaux de la Codesa. Buthelezi se rapproche des chefs des bantoustans « indépendants » du Bophuthatswana et du Ciskei pour former un « front du refus », auquel se joint l'extrême droite blanche.

10.3. L'aboutissement des négociations

Après onze mois d'interruption, les négociations reprennent en avril 1993. Malgré la montée de la violence (9 000 morts de 1990 à 1993) et l'assassinat de Chris Hani, secrétaire général du parti communiste et membre du Comité national exécutif de l'ANC, les discussions progressent rapidement, en dépit de l'opposition de l'Alliance de la liberté, regroupant l'extrême droite et l'Inkatha. La date du 27 avril 1994 est retenue pour l'organisation des premières élections démocratiques et multiraciales. Une Constitution intérimaire, applicable à partir de 1994, est adoptée. Les bantoustans sont réintégrés dans le territoire sud-africain, redécoupé en 9 provinces. Un Conseil exécutif de transition (TEC) multipartite est chargé de contrôler l'action du gouvernement et de préparer les élections. En 1993, F. De Klerk et N. Mandela se voient attribuer conjointement le prix Nobel de la paix.

   Entre-temps, les États-Unis puis le Japon et la CEE ont décidé la levée des sanctions économiques, que N. Mandela juge d'abord prématurée, avant de la demander à la tribune de l'ONU en septembre 1993 (l'embargo sur les armes ne sera toutefois levé qu'en mai 1994).

11. Une Afrique du Sud démocratique et multiraciale (depuis 1994)

11.1. L'ANC et Nelson Mandela au pouvoir

Les premières élections multiraciales et démocratiques au suffrage universel se déroulent pratiquement sans incidents fin avril 1994, comme prévu, avec une très forte participation. L'ANC, victorieux dans 7 provinces, obtient 62,65 % des suffrages, le National Party, qui bénéficie du vote métis, 20,39 %, et l'Inkatha, 10,54 %. Le 9 mai, la nouvelle Assemblée élit à la tête de l'État N. Mandela, qui est assisté par deux vice-présidents : Thabo Mbeki, de l'ANC, et Frederik De Klerk. Le gouvernement d'union nationale qui est formé comprend 18 ministres de l'ANC, 6 du National Party et 3 de l'Inkatha. Il met en place, en 1995, la Commission Vérité et Réconciliation, dirigée par Mgr Desmond Tutu et chargée jusqu'en 2001, date de la fermeture de ses derniers bureaux, de recueillir les témoignages des victimes de violations des droits de l'homme sous l'apartheid. Après l'adoption, en 1996, d'une nouvelle Constitution, le National Party quitte le gouvernement. L'extrême droite blanche doit faire son deuil du rêve d'un petit État blanc afrikaner, le Volkstaat, enclavé dans une Afrique du Sud multiraciale.

   Au plan international, l'Afrique du Sud réintègre le Commonwealth et l'ONU ainsi que les organisations régionales, Organisation de l'unité africaine (OUA) et la SADC (Southern Africa Development Community) notamment.

11.2. La suprématie de l'ANC

Lors des élections générales de juin 1999, l'ANC et son leader Thabo Mbeki (désigné dès 1997 par N. Mandela pour lui succéder) remportent une très large victoire en obtenant 266 sièges (sur 400) à l'Assemblée nationale ; au niveau régional, comme en 1994, deux provinces continuent à lui échapper (le Kwazulu-Natal, dominé par l'Inkatha, et le Cap-Ouest, grâce à l'alliance des partis d'opposition). Au sein de l'opposition, le parti démocratique (DP) détrône le National Party (rebaptisé pour l'occasion New National Party (NNP)) comme premier parti d'opposition au niveau national (9,5 % contre 6,9 %). Sans alternative crédible, l'ANC reste largement dominant et bénéficie de deux alliés historiques de poids, qui ont combattu ensemble l'apartheid : le parti communiste sud-africain (SACP) et le Congrès des syndicats sud-africains (Cosatu). Ces trois organisations forment ensemble l'Alliance tripartite. Entré en fonction le 16 juin, le nouveau président constitue un gouvernement formé de fidèles, mais dans lequel il associe l'Inkatha de M. Buthelezi, comme sous N. Mandela.

   Les élections générales d'avril 2004 consacrent une nouvelle victoire de l'ANC (69,7 % des voix) qui détient désormais 279 sièges à l'Assemblée et qui peut désormais gouverner dans les 9 provinces du pays, dont 7 avec une majorité absolue. T. Mbeki est réélu triomphalement à la présidence de la République pour un second mandat de cinq ans. Héritier des partis libéraux blancs opposés à l'apartheid, l'Alliance démocratique (DA) – parti politique de tendance libérale issu d'une alliance conlue entre le DP et le NNP en 2000 et rompue dès 2001 – obtient 12,3 % des voix et 50 sièges, devenant le principal parti d'opposition. L'Inkatha ne recueille plus que 7 % des suffrages et le NNP s'effondre (1,6 % des voix) avant de fusionner dans l'ANC (2005). L'opposition libérale parvient à mieux se maintenir dans ses bastions d'origine lors des élections municipales de 2006 où DA obtient 14,8 % des suffrages et réussit à reprendre la mairie du Cap à l'ANC, seule métropole qui ne soit pas aux mains du parti présidentiel.

Pauvreté, criminalité, sida

Le bilan des deux mandats du gouvernement Mbeki est mitigé. À l'intérieur, le gouvernement fournit un effort important pour tenter de réduire les inégalités héritées du régime de l'apartheid. La mise en place d'une politique de discrimination active (BEE ou Black Economic Empowerment) et d'une politique d'« affirmative action » pour les populations historiquement défavorisées fait émerger une classe moyenne noire. Il n'en reste pas moins que la dérégulation rapide de l'économie sud-africaine – suite à l'adoption en 1997 d'une politique économique d'orientation néolibérale (le GEAR ou Growth, Employment and Redistribution Strategy), notamment grâce à l'influence décisive de T. Mbeki – contribue à faire exploser la pauvreté et le chômage. Les inégalités sociales ne se sont pas réduites, la réforme foncière n'a qu'un très faible impact dans les milieux ruraux (redistribution limitée à 3 % des terres arables), alors que la criminalité, prévalente dans les grandes villes, ne décline guère (entre 15 000 et 18 000 homicides par an). Les plus vives critiques portent sur la question du traitement du sida dans un pays qui compterait entre 5 et 6 millions de séropositifs. Au lieu de donner la priorité à une politique massive d'usage d'antirétroviraux, le gouvernement privilégie, de 2000 à 2004, la prévention des MST par la lutte contre la pauvreté tout en diffusant des messages opaques sur la transmission du VIH et en émettant des doutes sur l'efficacité des antirétroviraux. Ceux-ci ne sont distribués gratuitement qu'à partir de 2004 et seulement à quelque 50 000 personnes. Ces échecs affectent surtout les milieux populaires, traditionnels soutiens de l'ANC.

La résurgence des mouvements sociaux

Des mouvements sociaux dont l'histoire est fortement liée à la lutte contre l'apartheid ressurgissent tandis que les alliés de l'ANC (Cosatu et SACP) protestent contre l'orientation économique du gouvernement et la privatisation des entreprises. Le Mouvement des sans-terre (LPM), la Campagne pour le traitement du sida (TAC) deviennent en quelques années des mouvements nationaux puissants dont le combat est rejoint par des organisations locales de communautés pauvres qui protestent contre les coupures d'eau et d'électricité ou les expulsions pour loyers impayés (mouvement anti-éviction, comité de crise de l'électricité de Soweto). Le développement de ces mouvements s'explique également par l'incapacité du système politique sud-africain à générer une opposition à la gauche de l'ANC : ce faisant, ils inscrivent les besoins des pauvres dans l'agenda politique, non sans succès d'ailleurs. De fait, en 2005-2006, le gouvernement opère un revirement majeur de sa politique économique : il décide de soutenir la création d'emplois dans le privé comme dans le public, de renforcer les ressources humaines dans les secteurs de la santé et de l'éducation, de lancer une politique de grands projets d'infrastructures – notamment dans le cadre de la préparation de la Coupe de monde de football 2010 – et de développer une politique d'« affirmative action » moins élitiste, visant un nombre élargi de bénéficiaires (Broad Based BEE).

L'ANC divisée

Ce changement tardif ne suffit pas à enrayer l'impopularité du président. C'est dans ce contexte qu'il faut replacer l'essor, au sein de l'ANC, d'une mouvance favorable à Jacob Zuma. Ce dernier, leader historique du parti dont il est vice-président en 1997, a été limogé en juin 2005, en raison de sa possible implication dans une affaire de corruption et de viol. Son acquittement (lors du procès pour viol) et la suspension des poursuites (dans l'affaire de corruption) lui permettent ainsi de reprendre la vice-présidence de l'ANC en mai 2006 et de s'opposer de plus en plus ouvertement au président. Perçu comme le candidat des masses, soutenu par l'aile gauche et l'aile jeune de l'ANC, par la Cosatu et le SACP, cet autodidacte s'impose à la présidence du parti en décembre 2007. Accusé d'être intervenu auprès de la justice contre son rival J. Zuma, T. Mbeki est désavoué par l'ANC et remet sa démission (septembre 2008). Kgalema Motlanthe, vice-président du parti, lui succède à la présidence de la République jusqu'aux élections générales prévues en 2009.

Une diplomatie active à l'échelle de l'Afrique

La visibilité internationale de l'Afrique du Sud s'est renforcée grâce à une diplomatie active à l'échelon du continent. Médiateur dans plusieurs conflits (Burundi, République démocratique du Congo, Côte d'Ivoire), principal promoteur du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) et de l'Union africaine, T. Mbeki est également l'hôte du sommet mondial sur le développement durable tenu à Johannesburg en 2002. Le refus de Pretoria de condamner le régime du président Mugabe au Zimbabwe demeure néanmoins incompris dans les capitales occidentales.

11.3. Jacob Zuma (2009-)

À quelques jours des élections générales d'avril 2009, le parquet général sud-africain décide, après huit ans de procédures pour accusations de corruption, racket, fraude fiscale et blanchiment d'argent, de cesser les poursuites judiciaires à l'encontre de Jacob Zuma, grand favori pour devenir chef de l'État. L'ANC remporte une nette victoire (65,90 % des suffrages) mais enregistre, pour la première depuis 1994, un effritement de ses scores. Le Congrès du peuple (COPE, parti fondé en décembre 2008 par des dissidents proches de T. Mbeki, qui reprochent à la nouvelle direction de l'ANC de bafouer les principes démocratiques du mouvement) obtient 7,42 %, tandis que DA (Alliance démocratique), conduite par l'énergique maire du Cap, Helen Zille, améliore ses positions avec 16,66 % des voix au niveau national et autour de 50 % des voix dans la région du Cap-Ouest. Le parti conservateur zoulou de l'Inkahta est laminé dans la province du Kwazulu-Natal, obtenant moins de 5 % des voix à l'échelon national (contre 10 % en 1994).

   Élu le 6 mai à la présidence de la République par le Parlement par 277 voix sur 400, Jacob Zuma, soucieux de ne pas s'aliéner les milieux d'affaires, présente au lendemain de son investiture un gouvernement marqué par la continuité. K. Motlanthe, président par intérim sortant, est nommé vice-président, tandis que l'ancien ministre des Finances, Trevor Manuel, se voit confier la présidence de la Commission nationale du Plan, chargée de la définition de politiques de long terme auprès de la présidence.

   Élu sur un programme d'éradication de la pauvreté, Jacob Zuma doit également faire face à la pire récession qu'ait connue le pays depuis 17 ans. Grâce aux politiques de redistribution et aux nombreuses aides sociales dont bénéficient plus de 13 millions de Sud-Africains, la pauvreté (ou pourcentage de la population vivant avec un ou moins de 1 dollar par jour) aurait cependant reculé, passant de 31 % de la population en 1994 à 22 % en 2009. Pourtant, les inégalités s'accroissent et la forte prospérité qu'a connue l'Afrique du Sud jusqu'à la crise de 2009 bénéficie surtout à la minorité blanche et à la classe moyenne noire. L'Afrique du Sud demeure l'une des sociétés les plus inégalitaires du monde. Les mouvements sociaux, apparus depuis 1999, ne baissent pas en intensité : en juillet 2009, deux mois après son élection, le président est confronté à ses premières turbulences sociales et à de violentes manifestations dans plusieurs townships du pays (Diesloop et Thokoza à Johannesburg, ainsi que dans les provinces orientales du Kwazulu-Natal et de Mpumalanga).

   La préparation de la Coupe du monde de football 2010 suscite des oppositions importantes mais dispersées : protestation des milieux académiques et journalistiques contre le coût de l'opération, grèves à répétition des travailleurs du bâtiment pour obtenir des augmentations salariales, manifestation des opérateurs de taxi contre les politiques de transport public du gouvernement et des municipalités, manifestations du mouvement sud-africain des bidonvilles Abadhali qui s'oppose à la relégation des pauvres hors des centres-villes et au peu de progrès accompli pour l'amélioration de l'habitat dans les bidonvilles.

   La Coupe du monde ouvre une trêve politique et sociale, mais dès le mois d'août, les syndicats du secteur public – affiliés pour la plupart à la puissante confédération syndicale Cosatu, précieuse alliée à l'ANC mais de plus en plus critique à l'égard du gouvernement – lancent une grève massive, notamment dans les hôpitaux et l'éducation, avec pour revendication principale une hausse des salaires.

   Après la satisfaction partielle de celle-ci, le mouvement cesse en octobre mais la contestation à l'intérieur de l'ANC renaît, menée en particulier par sa Ligue de la jeunesse présidée par Julius Malema, l'un des plus fervents partisans de Jacob Zuma en 2007. Accusé de semer la division par ses appels populistes à la nationalisation des mines et à l'expropriation des Blancs, ce dernier est ainsi suspendu pendant cinq ans en novembre 2011 mais ne manque pas d'appuis au sein du parti.

   Le gouvernement doit aussi faire face aux accusations de corruption visant des personnalités de premier plan, obligeant le chef de l'État à écarter le ministre des Travaux publics et celui des Affaires locales ainsi que le chef de la police en octobre 2011, une décision saluée par l'opposition menée par l'Alliance démocratique qui a doublé ses scores aux élections municipales de mai avec 24 % des suffrages et qui est désormais menée à l'Assemblée nationale par une députée noire, Lindiwe Mazibuko.

LITTÉRATURE

Introduction

Trois grands domaines linguistiques se partagent la littérature sud-africaine : le domaine des langues bantoues, le domaine afrikaner et le domaine de la littérature de langue anglaise.

Le domaine bantou

Représenté par les littératures en sotho, xhosa et zoulou, le domaine bantou est certainement le plus ancien, puisque dès la première moitié du XIXe s. des missionnaires avaient entrepris la traduction dans ces différentes langues de la Bible et du Pilgrim's Progress de John Bunyan, point de départ des premières œuvres de création de la littérature sud-africaine. Si E. L. Segoete et Z. D. Mangoela peuvent être considérés comme les pionniers de la littérature sotho, celle-ci doit surtout sa renommée à Thomas Mofolo dont le Chaka, publié en 1925 et traduit en anglais dès 1931, a connu un très grand succès à travers toute l'Afrique, où il a servi de modèle à de nombreux écrivains. En xhosa, les écrivains les plus notables sont S. E. K. Mqhayi – dont le roman la Case des jumeaux (1905) est une tentative de restitution de la vie à la cour des anciens souverains avant l'arrivée des premiers Européens –, J. R. Jolobe, connu pour son recueil poétique UmYezo, et A. C. Jordan, qui, dans un récit intitulé la Colère des ancêtres (1951), prend ses distances vis-à-vis des conventions littéraires imposées par les missionnaires et affirme la permanence des valeurs traditionnelles de la tribu. La plus jeune des littératures du domaine bantou, la littérature zoulou, s'attaque d'entrée de jeu aux problèmes posés par la situation des Noirs d'Afrique du Sud avec le pamphlet de J. L. Dube, le Pire Ennemi de l'homme noir c'est lui-même (1922), mais son meilleur représentant est certainement B. W. Vilakazi (1906-1947), romancier et poète, dont l'œuvre la plus connue, Amal'ezulu (1945), témoigne avec énergie contre la condition misérable faite au Noir. Si King Masinga et Welcome Msomi (Umabatha, 1972) traduisent Shakespeare en zoulou, les littératures bantoues, nées dans le giron des missions chrétiennes, en sont venues progressivement à rejeter le moralisme et le folklore des premières œuvres pour exprimer la protestation des opprimés.

Le domaine afrikaans

Il en va tout autrement avec la littérature afrikaner, dont la naissance et l'évolution sont étroitement liées à l'implantation des colons d'origine hollandaise installés dans la région du Cap dès le XVIIe s.,. et qui finissent par faire de leur langue, l'afrikaans, le symbole de l'indépendance nationale et le ciment culturel de la communauté boer ; c'est le révérend S. J. Du Toit, un pasteur de l'Église hollandaise réformée, qui, le premier, a compris l'importance du problème linguistique pour la communauté boer, et ses efforts ont abouti en 1914 à la reconnaissance de l'afrikaans comme langue officielle de l'enseignement secondaire. Toutefois, il faut attendre le lendemain de la Première Guerre mondiale pour qu'apparaissent les premières œuvres écrites dans cette langue, avec la publication des recueils poétiques de Jan Celliers, Eugène Marais, Totius (1877-1953) et Louis Leipoldt (1880-1947). En 1930, le mouvement des Dertigers prend la relève : c'est l'œuvre de N. P. Van Wyk Louw (1906-1970) qui exprime le mieux les tendances complexes d'une littérature hésitant encore entre la fresque historique, la confession romantique et la méditation métaphysique. On doit à Van Wyk Louw à la fois un important travail sur la langue littéraire, qu'il contribue à créer, et un profond renouveau de la critique longtemps limitée à l'interprétation biographique. Dans son sillage s'inscrit l'œuvre de deux poètes de moindre envergure, Élisabeth Eybers (Die stil Avontuur, Die Ander Dors) et Uys Krige (Rootdag, Hart Sonder Hawe), dont la poésie trahit l'influence des grands romantiques et qui a depuis lors choisi de s'exprimer en anglais. Après les bouleversements consécutifs à la Seconde Guerre mondiale, ce sont encore les poètes qui occupent la première place avec D. J. Opperman (Heilige Beeste, Joernaal van Jorik), S. J. Pretorius, Ernst Van Heerden, Peter Blum, mais, à partir de 1960, le roman jusque-là minoritaire (il faut toutefois excepter le best-seller de Hettie Smit, Sy Kom Met Die Sekelmaan, succès des années 1930) va l'emporter dans la production littéraire afrikaner. En partie sous l'influence du « nouveau roman » français, un groupe de « jeunes gens en colère », les Sestigers (écrivains des années 1960) s'appliquent en effet à donner de la société sud-africaine une image plus conforme à la réalité, et leurs œuvres traduisent un souci de sincérité qui n'a pas toujours rencontré l'approbation des milieux conservateurs. Ainsi le plus célèbre d'entre eux, André Brink, déjà connu pour son roman Die Ambassadeur, a-t-il encouru les rigueurs de la censure (jusqu'alors très indulgente à l'égard des écrivains afrikaners) au moment de la parution de Connaissance du soir en 1973. Cette sévérité, qui n'a pas épargné non plus le romancier Étienne Leroux (Sewe dae by die Silbersteins, Die Derde Oog), s'explique par le fait que, à l'instar de son cadet, l'auteur de Een Vir Azazel aborde dans ses œuvres le sujet tabou des relations sexuelles entre Blancs et non-Blancs : c'est pour avoir transgressé ce sujet, et cette législation, que le poète et peintre Breyten Breytenbach a été emprisonné à plusieurs reprises (Feu froid, 1976).

Le domaine anglais

En revanche, les écrivains de langue anglaise, qu'ils soient blancs ou noirs, sont depuis longtemps la cible préférée du régime de Pretoria, très attaché au maintien du système de l'apartheid, et singulièrement depuis que les lettres sud-africaines ne sont plus exclusivement d'inspiration britannique, dans la lignée de Thomas Pringle (1789-1834), William Scully (1855-1943) et A. S. Cripps (1869-1952), ou ne se contentent plus de faire de la nature, du Veld, le personnage central de toute œuvre. Il faut toutefois faire une exception pour le poète Roy Campbell et pour les romanciers Sarah Gertrude Millin (les Beaux-enfants de Dieu, 1924) et Stuart Cloete (le Grand Trek, 1937), qui s'attardent avec complaisance sur les dangers des amours mixtes et célèbrent l'époque des pionniers, dans une perspective héritée d'Olive Schreiner (Histoire d'une ferme africaine, 1883) et de Pauline Smith (le Petit Karoo, 1925). Dans une optique rigoureusement inversée, ce problème est au cœur des meilleures œuvres produites depuis un demi-siècle par les écrivains blancs ou métis de langue anglaise, qu'il s'agisse de William Plomer (Turbott Wolfe, 1925), Peter Abrahams (Mine Boy, 1946), Nadine Gordimer (Un monde d'étrangers, 1958), Alan Paton (Pleure, ô pays bien-aimé, 1948), Jack Cope (L'Aube se lève deux fois, 1969), ou bien encore de l'Afrikaner d'expression anglaise Athold Fugard (Liens du sang, 1973). Laurens Van der Post, autre Afrikaner, évoque les origines des Bochimans (A Story like the Wind, 1972), tandis que Wilbur Smith (A Sparrow Falls, 1977) s'intéresse aux aventures populaires.

   Si plusieurs de ces écrivains ont eu des ennuis avec le pouvoir, au point, pour certains, de préférer l'exil, ce sont évidemment les auteurs noirs de langue anglaise qui ont été le plus durement frappés, en raison notamment de leurs activités militantes. Après des séjours variables dans les prisons ou les camps de détention, beaucoup d'entre eux – Lewis Nkosi (le Rythme de la violence, 1964), Alex La Guma (Nuit d'errance, 1968 ; le Pays de pierre, 1974), Dennis Brutus (Poèmes d'Alger, 1969), Ezekiel Mphahlele (les Vagabonds, 1970), Bessie Head (Question de pouvoir, 1973) – ont choisi de vivre à l'étranger d'où ils continuent à dénoncer l'oppression dont sont toujours victimes leurs compatriotes. La plupart de leurs œuvres, en grande partie autobiographiques (Au bas de la deuxième avenue, 1959, de Mphahlele ; Chocolats pour mon épouse, 1961, de Todd Matshikiza ; la Faute à l'Histoire, 1963, de Bloke Modisane), racontent dans leurs moindres détails – misère des bidonvilles, rafles de la police, mesures vexatoires – les innombrables humiliations de l'apartheid.

   Cette dénonciation va de pair avec les plus extrêmes réticences vis-à-vis des tentatives de récupération gouvernementales, en particulier à l'égard de la politique dite de « développement séparé des races », qui tend à encourager l'essor des littératures de langues bantoues. C'est la raison pour laquelle de plus en plus d'écrivains noirs choisissent de s'exprimer en anglais – moyen de sensibiliser l'opinion internationale – et refusent avec la dernière énergie l'idéologie de la négritude telle qu'elle a été formulée par Léopold Senghor, idéologie dans laquelle certains d'entre eux, Mphahlele (Image de l'Afrique, 1962) ou Lewis Nkosi (Au pays et en exil, 1965), ne voient qu'un jeu d'esthètes aliénés et un renfort inespéré pour les partisans des thèses de l'apartheid.

   Malgré Douglas Livingstone (Rosaire d'ossements, 1975) ou Sheila Couzyn (Christmas in Africa, 1977), ce sont d'ailleurs les poètes noirs qui occupent la place prépondérante avec Oswald Mtshali (Son d'un tambour en peau de vache, 1971), Wally Serote, Dennis Brutus, dont les Lettres à Martha (1969) racontent l'emprisonnement du poète au bagne de Robben Island, ou les métis comme James Matthews (Cry Rage) et Don Mattera.

Lignes de forces actuelles

Au total, ce qui donne son unité à la littérature sud-africaine contemporaine, indépendamment des clivages linguistiques, c'est avant tout, comme le fait remarquer Nadine Gordimer (The Novel and the Nation), sa thématique étroitement articulée autour du problème de la ségrégation raciale et son engagement politique. Néanmoins, la situation des écrivains blancs et des écrivains de couleur présente une différence notable dans la mesure où les premiers sont les porte-parole des communautés noire et métisse, alors que les seconds, en prenant la défense des exclus et des opprimés, s'exposent au double risque d'être rejetés par leurs compatriotes et accusés de paternalisme par les Africains.

   Si l'on voulait caractériser en un mot l'évolution récente, le terme qui conviendrait le mieux est sans doute celui de radicalisation. Radicalisation de la révolte chez les écrivains noirs, d'abord, qui sont passés progressivement de l'illusion libérale au « black consciousness », un mouvement qui par bien des points s'apparente à celui des Black Panthers aux États-Unis. Le temps n'est plus, en effet, où la littérature noire prospérait à l'ombre des missions chrétiennes ; depuis bientôt quelques dizaines d'années, elle s'est déplacée en direction des grandes métropoles et de leurs bidonvilles, et elle a acquis ce rythme et cette agressivité dont le magazine Drum aura été à la fois le catalyseur et le symbole. Fini donc le temps de l'apitoiement sur soi et sur sa condition de nègre ; désormais « Black is struggle », pour reprendre le titre d'un des poèmes de Pascal Gwala, l'un des plus grands poètes noirs sud-africains contemporains.

   Dans un sens opposé, la même radicalisation est perceptible chez les écrivains blancs d'Afrique du Sud dont les œuvres trahissent, d'une manière plus ou moins métaphorique, une véritable mentalité d'assiégés. Le fantasme d'enfermement dans une citadelle, investie de toutes parts par les Noirs révoltés, est particulièrement manifeste dans les dernières œuvres de Nadine Gordimer (July's People, 1981), de J. M. Coetzee (En attendant les Barbares, 1980 ; Michael K., sa vie, son temps, 1983) ou d'Elsa Joubert (Poppie), et il s'affiche même de manière encore plus explicite dans le sous-titre d'André Brink, Sur un banc du Luxembourg : essais sur un écrivain dans un pays en état de siège (1983). La mauvaise conscience, l'attente angoissée de l'apocalypse, le désarroi et, à la limite, le sentiment d'être en état de survie hantent en effet la plupart des personnages que mettent en scène les romans de Brink ou de Gordimer.

   D'une manière qui peut paraître paradoxale, des deux côtés de la « frontière » l'obsession de « la situation » conduit les écrivains sud-africains, qu'ils soient blancs ou noirs, à se tourner vers le passé. Cette recherche du temps perdu se traduit en particulier chez les Blancs par la nostalgie de l'époque héroïque des pionniers, le Grand Trek, tandis qu'émerge dans la poésie et le théâtre noirs, en particulier le théâtre de quartier des townships, une véritable parole collective dont les racines s'enfoncent dans le passé ancestral. Celui qui exprime le mieux, actuellement, cette volonté de ressourcement est certainement Muzisi Kunene qui a tenté de restituer la figure légendaire de Chaka dans un somptueux poème de plus de 15 000 vers (Le Grand Empereur Shaka. Une épopée Zoulou, 1979). Ainsi, dans un cas comme dans l'autre, a-t-on le sentiment de se trouver en présence d'une littérature palimpseste qui, sous les couches successives laissées par des générations d'écrivains, laisse finalement resurgir une mémoire du fond des temps.

Plan de l'article

Afrique du Sud

GÉOGRAPHIE

Le milieu naturel

La géologie et le relief

Le climat

Les bassins hydrographiques

La faune

Les paysages botaniques

L'utilisation agricole

Le sous-sol

Un État multiracial

Composition ethnique

L'ancien pays de l'apartheid

Dynamisme démographique et sida

Une économie puissante mais fragile

Agriculture et pêche

Mines et industries

Commerce et échanges

L'évolution économique récente (2008-2009)

Face à la récession

HISTOIRE

1. L'établissement des Hollandais (XVIe-XVIIIes.)

2. Intervention britannique et naissance du conflit anglo-boer (XVIIIe-XIXes.)

3. Le « Grand Trek » (1834-1852)

4. La guerre des Boers (1899-1902)

5. L'Union sud-africaine (1910-1961)

6. Le développement du nationalisme afrikaner (1913)

7. La Seconde Guerre mondiale et la poussée ségrégationniste (1939-1961)

8. La République d'Afrique du Sud et la politique des bantoustans (1961-1989)

9. La répression dans les townships et les sanctions internationales

10. Frederik De Klerk et Nelson Mandela : réformes et négociations

10.1. Libération des dirigeants historiques de l'ANC

10.2. Guerre fratricide entre l'ANC et l'Inkhata

10.3. L'aboutissement des négociations

11. Une Afrique du Sud démocratique et multiraciale (depuis 1994)

11.1. L'ANC et Nelson Mandela au pouvoir

11.2. La suprématie de l'ANC

Pauvreté, criminalité, sida

La résurgence des mouvements sociaux

L'ANC divisée

Une diplomatie active à l'échelle de l'Afrique

11.3. Jacob Zuma (2009-)

LITTÉRATURE

Introduction

Le domaine bantou

Le domaine afrikaans

Le domaine anglais

Lignes de forces actuelles

À voir aussi dans Larousse
Médias
  • Campagne électorale, Afrique du Sud, 1994
  • Campagne électorale, Afrique du Sud, 1994
  • Campagne électorale, Afrique du Sud, 1999
  • Cap de Bonne-Espérance
  • Central Karroo Region
  • Drapeau de l'Afrique du Sud
  • Frederik De Klerk
  • Hymne de l'Afrique du Sud
  • Jacob Zuma
  • Johannesburg
  • La formation de l'Afrique du Sud
  • Le Cap
  • Mandela et De Klerk, prix Nobel de la paix
  • Massif du Drakensberg
  • Nelson Mandela
  • Nelson Mandela, en 1962, à propos de l'ANC
  • Transvaal

Voir plus

Encyclopédie

Voir plus

Chronologie

Voir plus