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portrait

(ancien français portraire, dessiner)

Comtesse de Ségur
Comtesse de Ségur

Représentation de quelqu'un par le dessin, la peinture, la photographie, etc.

Nous savons peu de chose du portrait peint dans l'Antiquité. La peinture des tombes étrusques est peut-être le substrat sur lequel s'est développée la peinture romaine (fresques de Pompéi). En Égypte, la tradition funéraire locale et le style gréco-romain se mêlent dans la célèbre série des portraits du Fayoum.

Avec le christianisme, le portrait prend un caractère solennel ; ainsi, le pape Léon le Grand, au ve s., commande les portraits de ses prédécesseurs pour Saint-Paul-hors-les-Murs. La crise iconoclaste brise peut-être l'élan vers la représentation de la figure humaine, mais, indirectement, elle permet à l'individu de réintégrer le décor mural sous l'humble forme du donateur. De la fresque, Giotto et Simone Martini font passer celui-ci dans le retable.

Le xve siècle

L'éclosion du portrait individuel se situe entre 1360 et 1420, dans le milieu courtois du gothique international (Richard II, fin du xive s., Westminster Abbey) ; et son épanouissement, entre 1420 et 1460, simultanément en Flandre (R. Van der Weyden, P. Christus) et en Italie (Masaccio, Andrea del Castagno, Pisanello, Uccello). Le portrait en France est représenté surtout par Fouquet.

La fin du xve s. marque une étape dans le développement du portrait : les rapports plus étroits entre la Flandre et l'Italie expliquent la diffusion dans la péninsule de la technique à l'huile et les progrès du réalisme. La référence religieuse ou antique s'efface devant le goût d'une caractérisation psychologique de plus en plus poussée. En Italie, on peut distinguer trois grands centres : Florence (Filippo Lippi, Piero della Francesca, Botticelli), Rome (Pinturrichio) et le Nord (à Venise, Giovanni Bellini, Gentile Bellini et Antonello da Messin ; à Mantoue, Mantegna ; à Ferrare, Ercole de' Roberti et Tura).

En Flandre, à la même époque, Memling est le plus grand portraitiste. En France, le Maître de Moulins campe des portraits objectifs et, en Provence, N. Froment fixe les traits du roi René.

Le xvie siècle

L'Italie

Le portrait classique monumental, de lecture claire, est illustré, entre 1500 et 1520, par Léonard de Vinci, portraitiste des mouvements de l'âme (la Joconde, vers 1503-1507, Louvre), et par Raphaël, qui met l'accent sur le caractère de ses modèles (Angelo et Maddalena Doni, Offices), puis par par les grands Vénitiens (Giorgione, Titien, Tintoret, Véronèse, Lotto).

Le portrait maniériste naît à la cour de Florence, vers 1517-1520, avec Pontormo, Bronzino (peintre officiel des Médicis), Sebastiano del Piombo, Salviati. Le Parmesan met l'accent sur le merveilleux.

L'Allemagne et les Pays-Bas

Le protestantisme supprimant la peinture religieuse, le portrait est, en Allemagne, un domaine refuge. Deux courants coexistent, l'un de tradition autochtone, avec Cranach l'Ancien et Dürer, l'autre plus international, avec Holbein le Jeune, portraitiste des humanistes de l'Europe du Nord ainsi que de la vie à la cour d'Angleterre (lesAmbassadeurs, 1533, National Gallery, Londres).

Outre l'influence de Dürer et celle de l'Italie (Lucas de Leyde), une particularité apparaît en Hollande : le portrait collectif, qui est l'expression des cités marchandes bourgeoises et protestantes du Nord, dont les forces sociales sont les guildes civiles (corporations) et militaires (milices), ou les associations charitables (régents et régentes).

La France et l'Espagne

Si J. Clouet excelle dans les portraits dits « aux trois crayons » (gris, brun et bleu ou vert pour les yeux), F. Clouet et les peintres de l'école de Fontainebleau représentent, en France, une tendance décorative, où prennent place des allégories complexes : ainsi, les maîtresses du roi se font souvent représenter en Diane (Diane au bain, F. Clouet, Rouen). Avec F. Clouet apparaissent aussi les portraits d'apparat, comme son Charles IX (Kunsthistorisches Museum, Vienne).

La puissante Espagne du xvie s. connaît deux genres de portrait : le portrait de cour, surtout avec A. Moro (Marie Tudor, 1554, Prado), et le portrait mystique avec le Greco (Cardinal Niño de Guevara, Metropolitan Museum of Art, New York).

Le xviie siècle

Le portrait, au xviie s., traduit les rapports de l'individu avec l'État : portrait de cour dans les monarchies de France, d'Angleterre et d'Espagne, portrait bourgeois et collectif en Hollande. L'influence du portrait de cour flamand est internationale à travers Rubens, qui surprend par son audace, et Van Dyck, qui a tendance à idéaliser davantage.

En France, Philippe de Champaigne, de formation flamande, crée le type du portrait janséniste, dont toute la vie est celle de l'âme. Puis le portrait va revêtir un aspect plus officiel avec les effigies d'apparat des grands dignitaires du régime : Turenne par R. Nanteuil, Séguier par Le Brun (Louvre). Mignard est le peintre de la femme, Rigaud, celui de la majesté royale (Louis XIV, Louvre), et Largillière, plus sensible au mouvement, celui de la bourgeoisie.

Le xviie s. est la plus riche période du portrait hollandais. Deux personnalités dominent dans le genre du portrait collectif : Hals, par la nouveauté de la technique (nombreuses Compagnies à Haarlem de 1616 à 1639), et Rembrandt, par la puissance de son imagination (la Ronde de nuit, 1642, Rijksmuseum, Amsterdam).

En Espagne, le portrait reflète le sens mystique (Zurbarán), le goût réaliste (Murillo) et la vénération monarchique (Velázquez).

Le xviiie siècle

En France, le portrait officiel est pratiqué par les Van Loo et De Troy. Le xviiie s. est le siècle de la femme, que célèbrent des portraits allégoriques (Nattier), d'apparat ou intimes (Boucher). La grande originalité de l'époque est le portrait psychologique (Quentin de La Tour, Fragonard). À côté des portraits de genre de Chardin, une nouvelle mode apparaît avec les figures monumentales et sentimentales de Mme Vigée-Lebrun.

En Grande-Bretagne, c'est Hogarth qui crée le style le plus original. En Espagne, l'art du portrait est superbement incarné par Goya, qui met au point un type de figure en pied (la Marquise de Pontejos, National Gallery of Art, Washington).

Le xixe siècle

Le genre connaît un grand essor pendant toute la première moitié du siècle, puis une crise, qui est autant due à l'avènement de la photographie qu'au mouvement des idées accompagnant, dans les années 1870, la naissance de l'impressionnisme. Jusqu'en 1850, un grand nombre de portraits relèvent de deux esthétiques différentes : le portrait néoclassique, qui est celui de David et d'Ingres, et le portrait romantique, dans lequel brillent Géricault et Delacroix. Après 1850, le réalisme s'impose avec Millet et Courbet.

À l'époque de l'impressionnisme, chaque artiste (Corot, Manet, Degas, Monet) confère au portrait un style dont il développera l'élément le plus singulier. Renoir est le portraitiste du Tout-Paris et le monde du spectacle s'anime sous sa longue touche fluide et ses couleurs pures, que lui emprunteront B. Morisot et M. Cassatt. Une tendance naturaliste se manifeste avec les nabis (Vuillard étant le dernier peintre de la bourgeoisie) et une tendance caricaturale avec Toulouse-Lautrec.

L'art des années 1890 annexe le portrait à ses diverses recherches d'ordre technique, esthétique et psychologique, lui donnant ainsi des dimensions inédites, de Seurat et Signac (Félix Fénéon, 1890, MOMA, New York) à O. Redon, Van Gogh, Gauguin, Cézanne et Klimt.

Le xxe siècle

Les fauves et les cubistes continuent dans la voie ouverte par leurs prédécesseurs : le portrait, désormais, importe moins que le tableau qu'il faut faire. Le portrait fauve (Matisse, Van Dongen, Derain, Vlaminck) existe ainsi au même titre que le portrait cubiste (Picasso, Gris, Gleizes), et Picasso comme Matisse consacrent une partie de leur longue carrière au portrait, peint ou dessiné. Chez leurs contemporains, le portrait est traité avant 1914 surtout en Allemagne (Die Brücke) et en Autriche (Schiele, Kokoschka). L'école de Paris a de véritables portraitistes avec Modigliani et, secondairement, Chagall.

Certaines interprétations novatrices sont dues aux peintres de la « nouvelle objectivité » allemande (Dix, Beckmann), plus rarement aux surréalistes en France (Ernst, Bellmer) et à leur compagnon Balthus, ou encore à des indépendants comme Soutine.

Après la révélation de Dubuffet, la vague de l'abstraction freine l'art du portrait. Celui-ci, cependant, inspire encore Appel et Bacon. Le pop art (Lichtenstein, Warhol, Hockney), le « nouveau réalisme » (« portraits-reliefs » de M. Raysse et Y. Klein), puis l'hyperréalisme sont les mouvements qui s'approprient encore dans leurs recherches la figure humaine. (→ autoportrait.)