
Chef de l'État : Giorgio Napolitano
Chef du gouvernement : Silvio Berlusconi
Nature de l'État : république à régime parlementaire
Constitution :
Adoption : 22 décembre 1947
Entrée en vigueur : 1er janvier 1948
Révision : avril 1993
Exécutif
Chef de l'État : président de la République
Chef du gouvernement : président du Conseil
Législatif
Le Parlement se compose de la Chambre des députés et du Sénat.
Membre du G8 et de l'Union européenne, l'Italie est le plus développé des États méditerranéens. Sur un territoire relativement exigu (à peine les trois cinquièmes de la France) vivent 58 millions d'habitants dans une économie d'une grande souplesse, en dépit du sous-emploi et des inégalités régionales et sociales. Ce développement s'effectue dans un territoire divisé entre un Nord qui s'apparente aux régions européennes les plus prospères et un Sud, le Mezzogiorno, qui demeure une zone de dépression économique.
Les grandes lignes du relief italien sont simples. Au nord, bordée par le massif des Alpes, où serpente la frontière séparant l'Italie de ses voisins, s'étale jusqu'à l'Adriatique la plaine du Pô. Celle-ci est fermée vers le sud par l'Apennin. Commençant au col de Cadibone (non loin de Savone), cette longue chaîne montagneuse, étirée sur plus de 1 200 km, forme l'essentiel du relief de la péninsule. Véritable épine dorsale du pays, elle tombe directement dans la mer à ses deux extrémités, en Ligurie et en Calabre. Ailleurs, elle se fait précéder vers les côtes par de petites plaines alluviales ou par des reliefs de plateaux et de collines désignés quelquefois sous le nom d'Anti-Apennin. Ainsi, vers le sud-est, dans les Pouilles, la plaine du Tavoliere s'interpose entre l'Apennin et les plateaux du Gargano, suivie par le plateau des Murge. Vers l'ouest, de la Toscane à la Campanie, les sommets montagneux s'écartent du rivage pour faire place à un ensemble hétérogène de plaines, de collines et de petits massifs. Enfin, les deux grandes îles accordent, avec des caractères différents, une prééminence absolue aux reliefs élevés : montagnes et collines en Sicile, plateaux en Sardaigne.
Le bilan de cette description se résume en un chiffre : 23 % seulement du territoire sont occupés par des plaines (41 % par des collines, 35 % par des montagnes). Cette discontinuité du relief est lourde de conséquences. Elle a été un facteur de l'effritement politique dans le passé ; récemment (et encore actuellement), elle a été un obstacle non négligeable à la mise en place d'un réseau moderne de communications, exigeant parfois de véritables prouesses techniques.
Géologiquement, l'Italie est une marqueterie de roches d'âges très variés. Les terrains primaires cristallins apparaissent dans les Alpes, en Calabre et en Sardaigne. Les mers secondaires ont déposé des sédiments argileux, gréseux et le plus souvent calcaires, que l'on foule sur les plateaux des Pouilles, dans l'Apennin central, dans les Préalpes de Bergame ou dans les Dolomites. Les apports tertiaires constituent la masse la plus grande, près des deux tiers, avec d'épaisses couches de calcaires, d'argiles et de marnes. Des terrains quaternaires recouvrent par endroits ces sédiments : ce sont des alluvions d'origine fluviale ou glaciaire, ou encore des épanchements volcaniques.
Cet ensemble a une histoire mouvementée et complexe. À l'exception de la Sardaigne, il s'agit d'une histoire récente. L'acte majeur de cette formation est le soulèvement au Tertiaire des Alpes et de l'Apennin. Les traits actuels de l'Italie se dessinent au Pliocène et se précisent au Quaternaire. Des soulèvements d'ensemble ont lieu, accompagnés de nombreuses failles. L'action glaciaire a retouché notablement le relief (creusement des lacs subalpins, dépôts de moraines) ; les importantes éruptions volcaniques ont créé des formes particulières.
Le façonnement de ce relief se poursuit. En altitude, l'action conjuguée des glaciers, de la neige, du gel défonce la montagne. Dans les collines, les versants argileux sont lacérés par des rigoles profondes, les calanchi, et des glissements de terrains, les frane, sont fréquents, constituant un véritable fléau. Sur les plateaux calcaires se développe la « morphologie karstique ». Le volcanisme est toujours actif. Enfin, les tremblements de terre sont encore fréquents (Sicile en 1968, Frioul en 1976), et, depuis le XVIe s., deux cents ont été classés comme désastreux.
La combinaison des facteurs structuraux délimite un certain nombre d'unités.
Les Alpes, au nord-ouest et au nord, dressent d'imposants reliefs. Au nord-ouest, les « Alpes piémontaises » s'enlèvent d'un bond au-dessus de la plaine. Du mont Viso (3 841 m) au mont Rose (4 633 m), les crêtes englacées sont au-dessus de 3 500 m, dominant de longs versants verdoyants de schistes lustrés, coupés par des vallées amples à l'amont, mais verrouillées à l'aval. Du Tessin à l'Adige, il y a encore de hauts massifs cristallins (Bernina, Ortles, Ötztal, Adamello) avec de beaux glaciers ; mais les altitudes sont moins élevées, des vallées longitudinales (comme la Valteline) aèrent la montagne, les passages sont plus nombreux et surtout il y a, en contrebas de ces massifs centraux, une zone de Préalpes calcaires trouée par les admirables lacs subalpins. Ces Préalpes prennent racine à l'est du lac Majeur et de l'Adige pour s'épaissir dans les Dolomites, région où les falaises taillées dans les roches triasiques dominent un paysage verdoyant. L'intense travail des glaciers a façonné des cols, élargi des trouées. Mais jamais les Alpes n'ont constitué une barrière infranchissable.
La plaine du Pô fait suite à ces montagnes. Tandis que les Alpes surgissaient, une fosse se formait dès l'Oligocène sur l'emplacement actuel de la plaine. Remblayée par les matériaux arrachés aux montagnes environnantes, elle s'étend aujourd'hui sur 50 000 km2. Cette plaine n'est pas homogène. Aux piémonts encombrés de dépôts morainiques succèdent de hautes terrasses perméables et des basses terres, souvent couvertes de sols riches ; entre les deux surgissent les eaux de résurgence (fontanili). Ces basses terrasses sont plus amples vers l'aval. Les alluvions charriées par le Pô et ses affluents créent un vaste delta qui avance dans la mer Adriatique ; elles exhaussent le lit du fleuve ; d'où de fréquentes inondations qui ont nécessité la construction de digues. L'ampleur de cette plaine, unique en Italie, au pied des principales routes transalpines, est la grande chance offerte par la nature à l'Italie.
Avec l'Apennin commence le monde du discontinu. Culminant au Gran Sasso (2 914 m), l'Apennin est composé d'éléments très différents. L'Apennin ligure ne dépasse pas 1 500 m d'altitude. Surtout calcaire, il forme une barrière efficace entre la Méditerranée et la plaine padane par la raideur de ses versants ; il ne se franchit aisément qu'à la faveur de quelques ensellements. L'Apennin toscan, plus élevé (2 200 m), a une topographie plus molle à cause de la prédominance d'un matériel argilo-gréseux (le flysch). Il cache sous ses sommets arrondis et ses versants ravinés un grand désordre structural (avec des nappes de charriage et de grands chevauchements de roches argileuses et gréseuses troués par des klippes calcaires). L'Apennin calabrais est tout différent, avec des massifs cristallins de 1 500 à 2 000 m d'altitude (chaîne côtière, Sila, Serra, Aspromonte). Découpés par une série de failles, ces terrains donnent des paysages de horsts rabotés par l'érosion et de fossés comblés de sédiments tertiaires et quaternaires, où sont venues se nicher les villes.
Le terme vague d'Anti-Apennin désigne les régions encadrant la montagne. Vers l'est, sur toute la longueur de l'Apennin central, une bande de plateaux argilo-sableux, large de 25 à 30 km, s'incline vers la mer. Le paysage ne change qu'avec la Pouille. Le voussoir calcaire du Gargano est séparé de l'Apennin par la plaine argilo-sableuse du Tavoliere. Le « talon de la botte » se termine par les plateaux calcaires des Murge (400 m) et du Salentino (200 m). Vers l'ouest, l'hétérogénéité est la règle. En Toscane, il y a une alternance de bassins (Florence, Sienne, Arezzo) et de moyennes montagnes calcaires ; ces reliefs se terminent sur une plaine côtière basse, autrefois insalubre (la Maremme), coupée de quelques promontoires rocheux (Piombino, monte Argentario) et faisant face à des îles (Elbe, Giglio, Montecristo...). Dans le Latium et la Campanie, cette alternance de plaines côtières (Campagne romaine, anciens marais Pontins, plaine de Campanie) et de collines se répète, mais, ici, les reliefs sont volcaniques. L'Apennin, en tout lieu, est une barrière : sa position centrale se révèle être un lourd handicap pour les communications. Les plaines, de taille réduite, résultent de l'accumulation des dépôts apportés par les fleuves, souvent très courts. Les plus vastes, celles du Latium (au débouché du Tibre), de Tavoliere et du golfe de Tarente, ne peuvent être comparées à l'étendue de la plaine du Pô.
La Sicile continue en quelque sorte le relief de la péninsule. Il y a un bourrelet montagneux au nord, découpé en plusieurs secteurs (socle granitique des monts Madonie au centre, blocs calcaires autour de Palerme à l'ouest). La montagne est flanquée au sud-est par le massif volcanique de l'Etna. Le reste de l'île est formé de collines argileuses, au relief toujours varié, mais constituant un ensemble monotone.
La Sardaigne est un monde à part. C'est un morceau de socle hercynien haché de failles, avec, dans sa partie ouest, de fortes accumulations de laves tertiaires. Par endroits, une couverture sédimentaire subsiste sur le socle. La forme de relief la plus répandue est le plateau aux formes lourdes, interrompu par des abrupts vigoureux.
Alors que les Alpes s'ordonnent en massifs, de nombreux bassins trouent les Apennins. Au contact de l'Adriatique, des deltas s'imbriquent dans la plaine du Pô. Ces entités naturelles forment des « pays », qui sont encore gérés par une capitale provinciale. La variété des affleurements rocheux et la mise en place très récente des reliefs, jointes à une érosion active, expliquent que la péninsule italienne, véritable laboratoire pour toutes les études néotectoniques, soit si morcelée. De toute part, mais surtout dans le Sud, les terrains ont été déformés, plissés et cassés par des poussées tectoniques récentes, encore actives. À l'extrémité sud de la Calabre, l'étagement des niveaux marins témoigne de l'ampleur des mouvements qui ont soulevé des plages situées au nord de Reggio. Partout, les escarpements de failles quaternaires, très vifs, sont impressionnants. La permanence des secousses telluriques et d'un volcanisme actif constitue deux autres témoignages de l'instabilité tectonique de la péninsule. La vigueur de l'érosion déforme vigoureusement les reliefs jeunes. Les franes, glissements en masse de terrains, gênent plus la circulation que ne le fait l'altitude. Quant aux calenchi (fossés d'érosion dans des terrains argileux), ils ravinent partout les roches tendres et donnent des paysages de bad-lands.
Des observations précédentes résulte une assez grande médiocrité des ressources naturelles. Les sols italiens ont de faibles qualités agricoles. L'exiguïté des plaines est un premier facteur négatif. Ces plaines sont formées d'alluvions grossières perméables (haute plaine padane) sans grand intérêt agronomique ou constituées de fines alluvions recevant l'eau des hauteurs alentour et, de ce fait, humides, mal drainées (les plaines furent longtemps des foyers de malaria). Dans les collines et les montagnes, la raideur des versants et la vigueur de l'érosion ne sont guère favorables à l'évolution pédologique. À part les sols volcaniques, la mise en valeur agricole demande un travail opiniâtre. Si 90 % de la superficie sont classés terrains aptes à l'agriculture et à la forêt, la moitié ne porte que des bois et des pâtures. Du côté des richesses minérales, l'étroitesse des dons est encore plus grande. Les gisements sont variés, mais dispersés, de faibles dimensions, souvent d'exploitation difficile. Bien sûr, on trouve en Italie du fer (île d'Elbe), des pyrites (Grosseto), du mercure (monte Amiata), du plomb et du zinc (Sardaigne), de la bauxite (Pouilles), du soufre (Sicile), du talc (Val di Chisone), etc., mais le seul secteur où il y ait véritablement abondance est celui des matériaux de construction (argiles à brique, marbre). En ce qui concerne les sources d'énergie, la situation a évolué. L'Italie a été gênée dans le passé par sa pauvreté en charbon. Les gisements sont rares (houille en Sardaigne et val d'Aoste, lignites tertiaires dans l'Apennin), ce qui s'explique par la structure géologique. Heureusement, le potentiel hydroélectrique est important, mais il est inégalement réparti (le Sud est fortement désavantagé). Quant aux hydrocarbures, on les trouve sous forme de gaz naturel dans la plaine du Pô et en gisements pétroliers dans le Sud (Basilicate et surtout Sicile). Enfin l'Italie a l'originalité, avec la Nouvelle-Zélande, d'utiliser l'énergie géothermique en Toscane (les soffioni de Larderello).
Sans tomber dans un déterminisme simpliste, on doit noter que le Nord, avec une grande plaine, la proximité des cols transalpins, celle du potentiel hydroélectrique, la possession de gisements d'hydrocarbures, a été favorisé par rapport aux régions méridionales.
La mer enserre de toutes parts l'Italie, avec une longueur de côtes proche de 7 500 km. Mais elle ne joue qu'un rôle effacé dans l'économie du pays.
La Méditerranée est une mer profonde. À part l'Adriatique, toutes les masses marines entourant l'Italie atteignent très vite de grandes profondeurs (– 3 731 m au sud des îles Ponziane). L'étroitesse des secteurs ayant des profondeurs inférieures à 200 m (la plate-forme continentale) est déjà un facteur de pauvreté biologique. De plus, la Méditerranée est une mer fermée, coupée en plusieurs bassins, ce qui lui donne les caractères d'une mer homotherme avec un taux de salinité plus élevé que dans l'Océan (sauf dans l'Adriatique). Cette absence de brassage des eaux avec les grandes masses océaniques explique la transparence des eaux, mais a pour corollaire la pauvreté planctonique et donc celle du poisson. Si l'absence de marées est un avantage, celui-ci est compensé partiellement par l'existence de courants littoraux quelquefois très forts.
Les côtes sont peu favorables à l'activité maritime. Elles sont de deux types. Il y a des côtes fermées, dominées par les abrupts montagneux avec des criques ne permettant que la construction de petits ports (les marine) ; Gênes doit forcer la nature, à grand prix, pour assurer son développement. Il y a ensuite des côtes basses, linéaires, construites par des apports alluviaux en bordure des plaines ; limitées par des cordons de dunes, isolant les lagunes, elles sont plus propices au tourisme balnéaire qu'au commerce maritime.
Le trait permanent du climat n'est pas la douceur, mais l'irrégularité. Il existe plusieurs régions climatiques en Italie.
Ils sont au nombre de trois. L'étirement du pays de 47 à 36 ° de latitude N. (de Chalon-sur-Saône à Tunis) place l'Italie dans la zone d'influence des climats subtropicaux, qui, sur la façade occidentale des continents, prennent le nom de climat méditerranéen. Ce climat est caractérisé par un été chaud et sec et un hiver doux et pluvieux. L'été, des hautes pressions s'étendent sur l'Italie (« anticyclone des Açores ») ; l'air est calme, stable, et la nébulosité est très faible, ce qui permet un réchauffement maximal. Chaleur et aridité vont de pair. L'hiver, au contraire, les basses pressions dominent et la circulation cyclonique apporte la pluie. La mer est un autre facteur, car elle atténue les écarts saisonniers de température. Quant au relief, il joue le rôle d'écran et il modifie les conditions thermiques. D'autres facteurs secondaires interviennent (éloignement de la mer, courants marins, exposition par rapport au soleil et au trajet des vents dominants) pour expliquer des climats locaux.
Les éléments du climat se combinent en une succession continue de types de temps. Le régime des vents est étroitement lié aux conditions barométriques et à la disposition du relief, d'où une assez grande variété ; mais, ce qui frappe le plus, c'est le fort ensoleillement. La distribution des températures met en évidence un fait climatique majeur de l'Italie : la chaleur. La plus grande partie du pays a une température moyenne de 12 à 16 °C (températures réduites au niveau de la mer). La douceur est générale, sauf dans la plaine du Pô. L'hiver, les isothermes tendent à s'orienter selon la latitude, la mer n'intervenant que comme un faible correctif. En examinant la température moyenne du mois le plus froid, janvier, on constate que la ligne des 11 °C ourle l'extrémité méridionale de la péninsule ; celle des 2 °C, la partie nord. Les valeurs extrêmes peuvent être sévères. En dehors des montagnes, le minimum absolu se trouve dans la plaine padane, près d'Alexandrie (– 17,7 °C). Le nombre de jours de gel dépasse 50 dans toute la plaine du Pô, mais il est encore de 10 à Rome et de 1 à Naples ou en Sicile.
La situation estivale est différente. Par suite du vif échauffement des masses continentales, le plus ou moins grand éloignement de la mer devient essentiel, et les isothermes se disposent parallèlement aux côtes. La température moyenne oscille de 22 °C au nord à 30 °C au centre de la Sicile en juillet. Les maximums absolus montrent le caractère torride de l'été italien ; on a noté 49,6 °C en Sicile en 1885 et, à Milan, le thermomètre s'est élevé à 38 °C.
La répartition des précipitations a des conséquences plus essentielles pour la vie économique. Celles-ci sont presque partout en quantités honorables, sauf dans le Sud, où elles peuvent être inférieures à 500 mm (478 mm à Foggia, 452 mm à Agrigente). Les règles générales de cette répartition sont claires : les précipitations diminuent du nord au sud ; elles sont en étroite relation avec le relief, dont elles soulignent les lignes directrices ; elles varient avec l'exposition. Mais, ce qui est beaucoup plus important, c'est l'irrégularité de ces précipitations dans le temps et dans l'espace. Palerme reçoit 962 mm de pluies, mais Agrigente, à 100 km de là, n'en reçoit pas la moitié. D'une année à l'autre, les quantités de précipitations changent considérablement. À Cagliari, il est tombé 664 mm de pluies en 1965 et 352 mm en 1966 ; cette même station a connu des écarts encore plus considérables, avec 934 mm en 1898 et 133 mm en 1913. Les pluies tombent en un nombre de jours restreint, de 80 à 120 jours en moyenne, avec des secteurs, comme la Riviera ligure ou la Calabre, où il y a à peine de 40 à 60 jours de pluie. Il s'ensuit des averses violentes, quelquefois dommageables pour les cultures.
Les traits du climat rassemblés comme un puzzle présentent deux grands domaines. Il y a une Italie du Nord avec un climat de type continental dans la plaine (devenant montagnard sur les hauteurs), rude et brumeux l'hiver, chaud et humide l'été. Le problème de l'eau ne s'y pose pas, et de grandes cultures sont possibles comme le riz ou le maïs. S'y oppose une Italie centrale et méridionale définitivement méditerranéenne, aux températures douces, avec des coups de froid et des pluies l'hiver, un été torride et sec, des saisons intermédiaires marquées par de fortes pluies et des orages, une luminosité très grande toute l'année. Les conditions agricoles y sont plus difficiles.
À l'intérieur de chacun de ces domaines, des nuances existent, quand ce ne sont pas de véritables anomalies climatiques, comme pour la côte ligure, où l'on retrouve une situation proche de celle de la Côte d'Azur française. Les rythmes pluviométriques opposent le golfe de Gênes, où se produisent d'abondantes précipitations d'automne et de printemps, à la Calabre, région arrosée en hiver. Sur la façade adriatique, l'été reste très chaud et sec, tandis que l'hiver est relativement froid : la lagune de Venise est parfois prise par les glaces. Globalement, la relative douceur des hivers, la chaleur des étés et la faiblesse des précipitations en sont autant de caractères appréciés des touristes.
Les traits du manteau végétal et de l'écoulement des eaux sont étroitement liés aux données climatiques. La nature des terrains et le relief ont aussi leur rôle sans l'emporter sur celui du climat.
Dans toute l'Italie péninsulaire, la vie des plantes est délicate en hiver (car les froids sont malgré tout sensibles) et difficile en été (à cause de la sécheresse). Là où la végétation naturelle existe encore, ce qui est rare, le paysage végétal apparaît comme une étendue clairsemée de petits arbres et arbustes à feuilles toujours vertes, petites, avec des troncs noueux, de longues racines. L'espèce la plus caractéristique est l'olivier. Dans les parties les plus chaudes, le palmier nain a sa place, et la culture des agrumes est possible. Dans tout le Sud, on trouve, outre l'olivier, le chêne vert et le chêne-liège. Dans le reste de la péninsule, la saison sèche n'étant pas trop longue, c'est la forêt mixte méditerranéenne qui étend son domaine. Elle se compose d'un mélange d'arbres et de buissons à feuilles caduques de la zone tempérée (chênes pubescents) et d'espèces à feuilles persistantes et xérophiles (chêne vert) ; on y trouve aussi l'olivier, le pin maritime, le pin parasol, le pin d'Alep, passant en altitude à des châtaigniers, puis à des hêtres et à des sapins. Les forêts de chênes pubescents sont concurrencées par les châtaigneraies nourricières. Les formations dégradées, avec des arbousiers, des bruyères et des cistes, sont du reste plus fréquentes que les forêts. En Italie du Nord, la végétation naturelle ne se trouve qu'en montagne. Dans la plaine du Pô, la végétation méditerranéenne disparaît, mais les forêts naturelles ont fait place à des cultures. En bordure des grands lacs, palmiers et plantes méditerranéennes créent plutôt une ambiance de riviera. Dans les Alpes se succèdent des étages de végétation (chêne ou châtaignier, hêtre, sapin, mélèze, alpage). Sur les rivages, les fortes concentrations touristiques font reculer les pinèdes et détériorent les écosystèmes de zones humides, toujours sensibles à l'action anthropique. La diversité animale est moins bien lotie encore : sur 97 espèces recensées, 40 sont en régression.
Pour lutter contre cet appauvrissement, les parcs nationaux des Abruzzes et du Grand Paradis furent délimités dès l'aube du XXe s.. De nombreux projets nationaux et régionaux sont en cours de réalisation, en particulier pour sauvegarder les écosystèmes fluviaux et marins ; ils concernent plus du dixième de la péninsule.
Les courtes rivières italiennes ont un régime calqué sur celui des pluies. Les crues ont lieu au printemps et en automne en Italie centrale, en hiver en Italie du Sud ; l'étiage se situe toujours à la fin de l'été. Nombre de cours d'eau sont de simples torrents, les fiumare, au lit encombré de pierrailles. Un fleuve comme le Tibre (405 km) a un débit moyen bien modeste de 290 m3/s, oscillant entre un minimum de 61 m3/s et un maximum de 2 730 m3/s. Une fois encore, c'est le Nord qui a la chance de posséder des rivières au régime plus équilibré et le seul grand bassin hydrographique, celui du Pô. Les rivières alpines ont des minimums d'hiver, et les hautes eaux ont lieu au printemps avec la fonte des glaciers et les pluies. Leur régime reste soutenu en automne. Le Pô est le plus grand fleuve italien. Long de 652 km, il a un débit moyen, près de son embouchure, de 1 600 m3/s, cela malgré les ponctions faites tout au long de son cours pour les besoins de l'irrigation. Sa pente est faible ; né à 2 022 m, sur le flanc du mont Viso, il n'est plus qu'à 212 m d'altitude à Turin, alors qu'il a encore près de 600 km à parcourir ; aussi, sa vitesse est-elle très modérée. Son régime est très équilibré, car il reçoit des affluents venus des Alpes, aux hautes eaux d'été, parfois régularisés par les lacs (comme le Tessin ou l'Adda), et des affluents venus de l'Apennin, aux hautes eaux printanières et automnales ; son étiage d'hiver est à peine marqué. Abondance, lenteur, régularité, voilà des qualités bien rares pour un fleuve italien, qui a cependant aussi des crues redoutables (vers l'embouchure, on a noté jusqu'à 8 900 m3/s), pouvant alors rompre ses digues et inonder des milliers d'hectares. La charge alluviale, estimée à 20 millions de tonnes par an, fait progresser rapidement le delta. Or ce dernier est victime d'un mouvement inverse : un enfoncement d'origine tectonique menace en effet Venise. Seule voie navigable fluviale pénétrant vers le cœur de l'Italie industrielle, mais difficilement maîtrisé, le Pô n'est pas un axe de transport efficace. Alors que Milan rêve encore de devenir un port, les divers plans d'aménagement envisagent plutôt la création de canaux, comme au temps des doges vénitiens.
L'Italie est le pays européen le plus vulnérable aux caprices de la nature. Aucune parcelle n'est à l'abri des inondations, des tremblements de terre ou des effets du volcanisme. Le Sénat romain s'interrogeait déjà sur la possibilité de dévier les fleuves, pour éviter les inondations. Si la plaine du Pô semble à l'écart des tremblements de terre, l'inondation de 1951 fit plus de 100 victimes. Ce triste bilan sera dépassé en 1953 à Reggio di Calabria, puis en 1954 sur la côte d'Amalfi, ensevelie sous les boues. L'inondation qui ravagea Florence en novembre 1966 toucha plus de 1 100 communes. En 1979, la Toce, dans le val d'Ossola, sort de son lit : 30 personnes périssent. Les effets de ces catastrophes sont d'autant plus ressentis que de fortes densités de population se concentrent dans les zones inondables. Les Italiens n'hésitent d'ailleurs pas à installer leurs villes dans les lits majeurs des rivières ; plus de 20 % des habitants des Vénéties vivent dans un espace à risque.
L'Italie est tectoniquement très instable. Près de 5 000 tremblements de terre ont été recensés depuis les débuts de l'ère chrétienne. Trois zones sont particulièrement menacées : les Alpes vénitiennes, l'Apennin toscan, l'Apennin central et méridional. Le séisme le plus meurtrier, celui du 28 décembre 1908 à Messine, a fait plus de 100 000 victimes. Les tremblements de terre, comme celui du Frioul en septembre 1976, dévastent des régions entières. Plus meurtriers que les inondations, ils entraînent leurs cortèges de sans-abri et le détournement des nombreuses aides par les « honorables sociétés », sans compter les répliques (1 500 de ces secousses plus faibles, qui interviennent après le choc principal, furent enregistrées après la catastrophe de Messine).
Les éruptions volcaniques, associées à la fragilité et à l'instabilité de l'écorce terrestre, sont devenues moins dangereuses, les progrès de la volcanologie permettant d'établir des prévisions sérieuses ; la concentration de population dans les aires à risque a été réduite. Si quelques terroirs, sur les pentes de l'Etna, le plus grand volcan européen, sont parfois ensevelis sous les laves, les accidents restent ponctuels. Mais on ne peut exclure l'éventualité que Naples, coincée entre les vieux volcans des champs Phlégréens et le Vésuve, ne soit un jour ensevelie sous les lapilli de ces volcans de type explosif, comme le fut Pompéi.
Les conséquences économiques de ces conditions naturelles ne sont pas négligeables. Les communications ont toujours été difficiles et il a fallu de coûteux travaux d'art pour mettre en place chemins de fer et autoroutes ; les côtes, rocheuses ou basses et sableuses, ont peu de bons sites portuaires. La valeur agricole des sols est limitée. La vigueur de l'érosion a nécessité la construction de terrasses ; les plaines mal drainées ont été des foyers de paludisme, tant que l'on n'y a pas mené des travaux de bonification. Les gisements minéraux sont variés, mais de faible ampleur et dispersés.
Au premier recensement qui suivit l'unification du pays (1861), l'Italie comptait 22,2 millions d'habitants. Elle est devenue, près d'un siècle et demi plus tard, l'un des États les plus peuplés d'Europe avec près de 60 millions d'habitants en 2009. Jusqu'aux années 1960, elle avait la réputation d'être un pays prolifique et surpeuplé, mais la croissance naturelle s'est aujourd'hui considérablement ralentie : de 0,7 % par an dans les années 1960, elle est tombée à 0,4 % durant la période 1971-1981 puis à 0,04 % entre 1981 et 1991. Le taux d'accroissement naturel est aujourd'hui nul. Toutefois, le solde migratoire est positif.
Cette dépression démographique s'explique par la baisse de la natalité (autour de 10 ‰), de la fécondité (1,4 enfant par femme), mais aussi du nombre des mariages (taux de nuptialité : 5 ‰). Ces transformations socio-culturelles ont entraîné un vieillissement de la population, les Italiens âgés de plus de 65 ans (20 % des habitants) étant désormais plus nombreux que les moins de 15 ans (14 %). Avec un âge médian de 43 ans, la population italienne est la troisième plus âgée du monde, après celles du Japon et de l'Allemagne. L'espérance de vie est aujourd'hui de 81 ans.
L'Italie a longtemps été un pays de forte émigration, en direction essentiellement des États-Unis et de l'Australie (fin du XIXe s.-début du XXe s.), puis de l'Europe du Nord-Ouest (après la Seconde Guerre mondiale) : ainsi, entre 1875 et 1925, près de 10 millions d'Italiens ont émigré (la moitié d'entre eux seulement rentrèrent dans leur pays), puis encore 8 millions après 1945.
Parallèlement, cet État a connu, dans l'immédiat après-guerre, et jusqu'aux années 1970, un vaste mouvement de migration interne, du sud vers le nord de l'Italie.
La péninsule n'est plus, de nos jours, une terre d'émigration, même si plusieurs millions de ses ressortissants sont encore disséminés dans le monde. En revanche, l'Italie est devenue un pays d'immigration. Avec 8 000 km de côtes (en incluant les îles), elle est en effet l'un des pays les plus accessibles pour les immigrés clandestins qui fuient la misère ou la guerre dans leur pays. Ceux-ci proviennent, pour la plupart, d'Afrique du Nord, de l'ex-Yougoslavie et d'Albanie. En octobre 1997, l'Italie a souscrit aux obligations de la convention de Schengen sur la liberté de circulation au sein de l'Union européenne, mais le gouvernement de Rome a mis un certain temps à se plier aux engagements de cet accord international.
La présence d'immigrés dans la péninsule modifie quelque peu le paysage religieux italien, d'autant que la communauté étrangère la plus nombreuse est originaire du Maroc. Certes, le pays reste en très grande majorité catholique (95 % de la population), mais il comprend désormais entre 300 000 et 500 000 musulmans.
Avec une densité moyenne de population de 195 hab./km2, l'Italie est l'un des États européens les plus densément peuplés. Environ les deux-tiers des habitants résident dans une ville. Mais, à l'instar d'autres pays industrialisés, la ville a perdu de son attractivité et l'on constate un mouvement d'exode depuis les grandes métropoles vers les agglomérations périphériques ou les petites villes de province. Environ 25 % de la population italienne habite aujourd'hui dans des agglomérations de plus de 100 000 habitants et trois villes (Rome, Milan et Naples) dépassent le million d'habitants.
Dans le Nord, la plaine du Pô est très densément occupée et les villes du Piémont, de la Lombardie et de la Vénétie forment un tissu urbain homogène qui s'étend de Turin jusqu'à Venise. De même, la côte ligure est extrêmement peuplée de Savone à La Spezia, en passant par Gênes. Dans le centre et le sud de l'Italie, le peuplement est plus épars. La population se regroupe autour de quelques grandes agglomérations (Rome, Palerme ou Naples), mais des zones entières de la Calabre, de la Sicile et de la Sardaigne sont vides.
La tradition urbaine et le caractère récent de l'unité politique expliquent sans doute que la hiérarchie urbaine soit mieux équilibrée qu'en France, par exemple. L'Italie a un territoire ponctué de métropoles régionales (Turin, Gênes, Bologne, Florence, Palerme, Naples), même si les fonctions de niveau national sont partagées entre deux grandes villes : Rome, la capitale politique, et Milan, la capitale économique. Il existe également tout un réseau de petites villes très dynamiques, souvent héritières d'un riche patrimoine historique (Padoue, Vérone, Pise ou Sienne).
Après la Seconde Guerre mondiale, l'Italie a connu, au cours des années 1950 et 1960, un essor rapide, qualifié de « miracle économique » et caractérisé par une forte croissance de la production industrielle (de l'ordre de 6 % par an en moyenne), auquel a succédé une phase de perturbations puis de crise économique.
Le choc pétrolier de 1973 a en effet provoqué une hausse de l'inflation (à un taux de 20 % par an) et du chômage, qui frappait, dans les années 1970, près de deux millions de personnes. À la même époque, la balance commerciale est devenue gravement déficitaire et l'économie est tombée dans une période de récession. Cette évolution a bouleversé, en l'espace de trente ans, la structure de la population active. En 1981, le secteur primaire n'employait plus que 13 % de la population active (contre 44 % en 1951), l'industrie, 37 %, et les services, 50 %.
C'est seulement dans la seconde moitié des années 1980, grâce en partie au recul du dollar américain, que l'Italie connaît un deuxième miracle économique. Les services (65 % de la population active en 2005) acquièrent un rôle de plus en plus prépondérant à la faveur de l'innovation technologique et d'une restructuration du tissu économique, tandis que les secteurs primaire (4 %) et secondaire (31 %) continuent à perdre de leur importance.
En 1992, cependant, la lire italienne, sous la pression des marchés financiers internationaux, est exclue du système monétaire européen. Si, d'un point de vue politique, l'épisode est un déboire, d'un point de vue conjoncturel, il a permis à l'économie de la péninsule de reprendre son souffle grâce à une forte hausse des exportations. Le produit intérieur brut (P.I.B.) est aujourd'hui supérieur à 2 000 milliards de dollars. Le produit national brut (P.N.B.) atteint une moyenne d'environ 30 500 dollars par habitant en parité de pouvoir d'achat. En 2006, le secteur agricole fournissait 2 % du P.I.B., loin derrière l'industrie (27 %) et les services (71 %).
Certes, le pays a fait un grand bond en avant dans les années 1980, à la fois d'un point de vue technologique et industriel. Mais il reste marqué par une forte opposition socio-économique entre le Nord, véritable « locomotive » de l'économie italienne, et le Sud, qui accuse un réel retard, même si quelques grands centres industriels tendent à s'affirmer, comme le port de Gioia Tauro, en Calabre, devenu en quelques années un pôle important pour le transport maritime en mer Méditerranée. L'Italie se caractérise également, surtout dans le Mezzogiorno (l'ensemble de l'Italie du sud), par des poches de pauvreté, un système public d'éducation et de santé souvent médiocre et un taux de chômage relativement élevé (6,7 % de la population active en 2008 pour l'ensemble du pays), quoiqu'en diminution et même si le travail au noir tempère les chiffres officiels.
C'est probablement en matière de politique économique que l'Italie a fait les efforts les plus intenses. Pendant longtemps, le système privé a devancé le système public. Le traité de Maastricht et l'avènement de l'Union économique et monétaire (U.E.M.) ont imposé au monde politique un redressement des comptes budgétaires. Jusqu'en 1995, la dette publique représentait 120 % du P.I.B., soit le double de la limite imposée aux États désireux de participer à la monnaie unique européenne. De même, le déficit public atteignait 10 % (ou plus) du P.I.B., soit beaucoup plus que la limite de 3 % définie par le traité de Maastricht. En deux ans seulement (de 1996 à 1997), il a été ramené à environ 2,7 % du P.I.B., ce qui a permis à l'Italie d'être admise dans le groupe restreint des pays bénéficiant, depuis 1999, de la mise en circulation de l'euro. La chute du déficit et un faible taux d'inflation (autour de 2 % par an) ont en outre autorisé une diminution des taux d'intérêt à long terme, passés de 12 % à 5 %. La dette publique, en revanche, reste élevée.
Les gouvernements qui se sont succédé depuis le début des années 1990 ont essayé de privatiser et de libéraliser l'économie. Ainsi, l'I.R.I. (l'Institut pour la reconstruction industrielle, créé sous le régime de Mussolini au début des années 1930), la plus grande holding publique italienne, qui n'avait cessé de s'élargir jusqu'à la fin des années 1980 en prenant le contrôle de quelques dizaines de grandes entreprises – d'Alitalia à la Rai (télévision publique), en passant par Alfa Romeo –, a commencé à vendre, à partir de 1992, une partie de son patrimoine. Parallèlement, de nombreuses privatisations ont eu lieu : Banca Commerciale Italiana et Credito Italiano dans le secteur bancaire, I.N.A. dans le secteur des assurances, Telecom Italia (télécommunications) et E.N.I. (hydrocarbures) dans le secteur des grandes sociétés d'utilité publique. Le gouvernement Prodi (1996-1998) a également fait un effort pour libéraliser une économie encore très fermée, en ouvrant, notamment, le secteur des télécommunications à la concurrence.
La surface agricole utile représente près de 54 % du territoire national, sans compter les forêts et les sols non cultivés ou abandonnés. La quasi-totalité des exploitations est à gestion directe (96 %), alors que seulement 4 % sont des coopératives. Ces dernières ont une superficie moyenne qui avoisine les 50 hectares, contre seulement 3 hectares pour les exploitations familiales. Cette parcellisation est cependant en voie de disparition, compte tenu de l'augmentation de la taille des propriétés, qui profite surtout aux exploitations supérieures à 20 hectares.
Par leur labeur millénaire, les Italiens avaient fait de leur péninsule une puissance agricole. La Sicile fut un grenier à blé de l'Empire romain : le Sud était alors prospère, preuve que le déterminisme physique n'est pas une explication pertinente du retard actuel. Pendant des siècles, à l'exception de quelques terroirs spécialisés, l'Italie fut le modèle de l'agriculture méditerranéenne. Les céréales et les cultures irriguées, à proximité des habitations, fournissaient les bases de l'alimentation. La vigne, plantée en filari, l'olivier et, plus généralement, les arbres fruitiers introduisaient une grande variété. L'élevage itinérant, parfois conquérant comme en Sardaigne, complétait ce tableau. Cette cultura promiscua n'empêchait pas l'essor de spécificités régionales. Au sud, au sein des latifundia, le système féodal donnait la préférence à des formes extensives. Au nord, sous l'influence des bourgeoisies urbaines, apparaissaient d'autres spéculations, liées aux investissements massifs que suscitait la terre.
Les grandes batailles pour la bonification et la culture du blé, conduites à l'époque fasciste, constituèrent une première tentative de modernisation. La mise en place de la politique agricole commune (PAC) acheva de bouleverser l'ancien système et fit surgir une agriculture de marché, fondée sur une culture, voire deux.
Le métayage, autrefois très répandu, est supprimé en 1982. Engrais et mécanisation progressent, tandis que la réduction des superficies cultivées est de l'ordre de 15 %. Mais la diffusion de l'agriculture de marché n'est pas générale. De vieilles fermes et des reliques de cultura promiscua ornent encore les collines de l'Italie centrale et les plateaux des îles méridionales. Le développement et la modernisation, dans ce cas aussi, entraînent leur lot de disparités économiques et géographiques.
La caractéristique fondamentale de l'agriculture italienne est son dualisme.
D'une part, subsiste difficilement une agriculture marginale, fondée sur des exploitations familiales avec une main-d'œuvre âgée, peu sensible aux lois du marché, dépendante des aides publiques, et dont l'avenir est compromis. Toutefois, quelques possibilités existent, notamment dans les domaines de l'agritourisme, de la valorisation des produits traditionnels et de la préservation des sols dans les territoires géologiquement fragiles.
D'autre part, on trouve une agriculture à haute intensité capitalistique, localisée surtout dans le Nord (plaine du Pô), mais présente aussi dans certaines régions du Mezzogiorno largement favorisées par le climat (Pouilles, Campanie et Sicile). Dans les dernières décennies, cette agriculture a accompli d'énormes progrès de productivité, s'est diversifiée, et a amélioré nettement la qualité de la production. Il ne faut pas oublier l'émergence d'une importante filière agro-alimentaire pour satisfaire des besoins toujours plus sophistiqués et changeants d'une société de hauts revenus, même si la part des dépenses consacrées à l'alimentation ne représente plus que moins d'un cinquième des dépenses de consommation des ménages.
Les cultures céréalières occupent, au total, une superficie de 4 millions d'hectares. Le blé tendre est surtout cultivé dans la plaine du Pô et dans les Marches. Le blé dur, pour la production de pâtes, est surtout cultivé dans le Sud (en particulier dans les Pouilles et en Sicile). Il représente près de la moitié des cultures céréalières. Le maïs hybride (10 % des céréales) est cultivé pour la nourriture du bétail (dans toute la plaine du Pô). Le riz était produit principalement pour l'exportation, en Lombardie et au Piémont. Aujourd'hui, dans la plaine du Pô, les mondine, qui repiquaient le riz, ont pratiquement disparu. Betterave, colza, tournesol et, plus récemment, soja ont remplacé les rizières.
La vigne a une valeur marchande importante. L'Italie est le deuxième producteur de vin au monde, en volume, après la France. Une petite partie du raisin récolté est vendu comme raisin de table. Il vient des Abruzzes et de la Pouille. Les vignobles spécialisés se multiplient et les vins produits, d'une bonne qualité moyenne, font une dure concurrence à la France. La Pouille fournit des vins de table. La Toscane produit du chianti. D'autres régions ont à la fois un vignoble de quantité et des crus célèbres, tels le Piémont (barolo), la Vénétie (valpolicella), l'Émilie (lambrusco), le Latium (castelli romani), la Campanie (lacrima-christi), la Sicile (marsala).
L'olivier, concentré en Ligurie et dans le Sud (notamment dans la Pouille et en Calabre), a nettement régressé. Les cultures fruitières et légumières ont pris une grande place. Les pommes, poires, pêches sont cultivées en grandes quantités en Émilie, Vénétie, Campanie. La Sicile (avec la Calabre) est le domaine des agrumes, mais cette exploitation est concurrencée par l'extension effrénée des vignobles irrigués. Pour les légumes, l'Italie du Sud l'emporte avec un ensemble de productions très variées d'où émergent les cultures de poivrons et d'aubergines (Campanie), d'oignons (Émilie, Campanie) et encore plus de tomates (Émilie, Campanie). Les fleurs de Ligurie, cultivées sous serre, les cultures industrielles de Vénétie (betterave à sucre et oléagineux) occupent des superficies réduites.
L'Italie n'a jamais été un grand pays d'élevage et elle continue à être largement importatrice de viande. La production fourragère est insuffisante pour nourrir un troupeau abondant. L'élevage bovin est pour plus des deux tiers en Italie du Nord. C'est un élevage tourné vers le lait et la viande ; il alimente une production fromagère de qualité. L'élevage ovin est, quant à lui, concentré dans le Sud, en particulier en Sardaigne. C'est l'élevage de porcs qui devient, avec l'aviculture, le plus important ; il s'agit d'un élevage industriel, en stabulation, relié au secteur de la charcuterie, et la principale région est ici l'Émilie-Romagne.
L'Italie est également importatrice en matière de bois, car les forêts nationales sont très dégradées et souvent composées de taillis. Il y a cependant quelques riches forêts de résineux dans les Alpes, de feuillus dans l'Apennin. La culture du peuplier s'est étendue dans la plaine du Pô.
La pêche est à rapprocher de la vie rurale. Malgré les 8 000 km de côtes, elle n'a que peu de poids dans l'économie nationale, car la Méditerranée est peu poissonneuse. Les côtes ont été longtemps malsaines et peu sures, ce qui a éloigné les hommes des rivages. La pêche reste une activité limitée qui anime, cependant, les ports de la mer Adriatique (Chioggia, San Benedetto del Tronto, Ancône, Molfetta, Bari), de la mer Tyrrhénienne (Livourne, Viareggio, Pozzuoli) et des deux grandes îles (Sicile [Trapani] et Sardaigne). Les prises viennent pour la moitié de l'Adriatique. On relève quelques élevages marins (La Spezia, Naples, Tarente). Les besoins nationaux ne sont pas couverts.
Les ressources minières de la péninsule sont modestes et le pays est très dépendant dans le domaine énergétique. Les gisements de fer de l'île d'Elbe, les mines de mercure du mont Amiata, en Toscane, et celles de soufre, en Sicile, sont tous fermés. Les petits gisements de charbon (Aoste, Sulcis en Sardaigne) sont épuisés. Seules fonctionnent encore quelques exploitations de plomb et de zinc en Sardaigne, de bauxite dans les Pouilles. L'hydroélectricité des centrales alpines, la géothermie (en Toscane) et le nucléaire ne remplacent pas les hydrocarbures. L'Italie extrait de son sous-sol du méthane (dans la plaine du Pô, en Lucanie et en Sicile) et du pétrole dans la plaine du Pô (gaz de Ravenne), dans l'Adriatique, en Sicile (pétrole de Gela, Raguse).
L'Italie est devenue, à partir des années 1980, une grande puissance industrielle.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la situation de l'industrie italienne était très détériorée : un secteur productif presque exclusivement localisé dans le triangle Milan-Turin-Gênes, un protectionnisme élevé par rapport à la concurrence internationale, une demande finale provenant en grande partie du secteur public, des difficultés pour introduire des techniques de production plus performantes, etc.
Malgré ces mauvaises conditions de départ, les résultats de ces dernières décennies ont été largement positifs : tout d'abord, grâce à la reconversion du réseau industriel et à son développement dans presque toutes les régions du pays ; ensuite, grâce à l'accélération des investissements technologiques ; et enfin, de nos jours, grâce à l'internationalisation des entreprises, tant sur le plan commercial (importations et exportations) que financier (investissements directs étrangers). Les petites et moyennes entreprises (moins de 100 employés) font encore la force du système économique italien. La majorité est caractérisée par un fort dynamisme, un haut degré d'intensité capitalistique, une nette ouverture au progrès technique, une production concentrée sur les biens « modernes » qui s'adaptent à l'évolution rapide des goûts. Ces entreprises, très actives à l'exportation, sont les principales créatrices d'emplois du secteur industriel. Beaucoup de petites et moyennes entreprises ont pour origine l'esprit créateur et l'individualisme d'entrepreneurs qui sacrifient tout à leur activité et qui souvent savent faire grandir leur entreprise ; les machines-outils, l'agroalimentaire, le textile et l'électronique sont les points forts de ces secteurs économiques.
Le Nord concentre environ 60 % des activités industrielles du pays. Le triangle industriel qui s'était formé, au début du XXe s., autour de Milan, de Turin et de Gênes, s'est peu à peu élargi et englobe, désormais, tout le nord de la péninsule, et notamment la vallée du Pô. Des régions jadis très pauvres sont devenues riches aujourd'hui (Frioul et Vénétie en tête). La production de chaises, par exemple, au Frioul représente environ 30 % de la production mondiale.
Dans le centre de l'Italie, les régions autour de Florence et de Rome regroupent un réseau de plus en plus puissant de petites et moyennes entreprises.
Dans le Sud, le tissu industriel se concentre autour de Naples, de Brindisi et de Palerme. Il y a des réussites exceptionnelles : les lainiers de Prato, les sidérurgistes de Brescia, les producteurs d'articles électroménagers.
Dans quelques branches (textile, travail du cuir), un apport notable provient de l'économie « souterraine », qui vit avec toute une série d'expédients (travail au noir, évasion fiscale, ventes sans facture). Présent en particulier dans les branches de consommation, employant une main-d'œuvre évidemment bon marché, il concurrence « sauvagement », sur les marchés extérieurs, les productions « officielles ». C'est notamment le cas dans le textile (confection), le travail du cuir (chaussures). Cette situation, originale, mais déjà ancienne, atténue en fait la signification de l'officiel taux de chômage et contribue à expliquer la grande souplesse de l'économie.
Les sociétés coopératives restent rares, tandis que les grandes entreprises industrielles (Fiat et E.N.I. en tête) essaient tant bien que mal de s'internationaliser. La spécialisation privilégie les secteurs de moyenne technologie tandis que les industries de pointe stagnent. L'industrie italienne investit encore trop peu dans la recherche et développement, et la balance des brevets est fortement déficitaire. Le passage de la moyenne à la grande entreprise, est très difficile à franchir, non seulement à cause d'une insuffisance de ressources financières mais aussi à cause des difficultés à s'ouvrir au capital extra-familial, à décentraliser la gestion et à communiquer avec les marchés financiers, les actionnaires et les consommateurs. Par rapport à l'Allemagne, à la France ou à la Grande-Bretagne, les multinationales italiennes sont peu nombreuses et reposent, le plus souvent, sur un clan familial.
L'Italie reste le pays des « capitaines » d'industrie. Le renouveau de la Fiat (Fabbrica italiana automobili Torino), qui s'est fait contre le pouvoir purement gestionnaire des syndicats, est l'œuvre de la famille Agnelli. D'autres grandes familles d'industriels dominent (les Pirelli pour la société de pneumatiques, les Berlusconi pour Fininvest). En quelques années, toutefois, certaines petites et moyennes entreprises sont devenues des sociétés très renommées à l'étranger (Benetton, Marzotto et Luxottica, par exemple).
Durant les années 1950, la sidérurgie représentait la principale activité industrielle et était concentrée essentiellement à Gênes, Piombino, Tarente, Terni. Les métaux non ferreux sont traités à Porto Marghera (aluminium), Mori, Bolzano, Brescia. L'Italie occupe toujours une place de choix dans le secteur des constructions mécaniques, en particulier dans la production de moyens de transport à Turin, Milan, Naples, Modène. Des usines de matériel agricole, de construction aéronautique sont implantées à Turin et à Varèse ; les grands chantiers navals sont à Sestri Ponente, Gênes, Naples, Ancône, Trieste-Monfalcone. La mécanique de précision et l'électromécanique sont largement diffusées dans les grandes villes. La chimie est d'abord représentée par le raffinage des hydrocarbures. La chimie lourde est installée à Ferrare, à Ravenne, à Brindisi, à Syracuse, à Gela. La chimie légère possède un fort secteur de fibres artificielles et synthétiques (Milan, Cesano Maderno, Varèse, Casoria) ; l'industrie du caoutchouc est active à Milan et à Turin. Les industries textiles sont aujourd'hui en recul ; le travail du coton se continue près de Milan (Busto Arsizio, Gallarate), celui de la laine à Biella, à Prato, à Schio, à Valdagno. La fabrication des vêtements est au contraire en plein essor, comme celle de la chaussure (Barletta, dans les Pouilles). Les autres industries sont plus limitées : travail du verre à Pise, à Livourne, à Milan, à Venise ; fabrication de meubles (Toscane, Brianza) ; industries du papier (Fabriano) ; industries alimentaires (minoteries, sucreries, confiserie industrielle). Dans presque tous les cas, le Nord est avantagé par rapport au Sud.
Le réseau routier, dans un pays où l'automobile est reine, illustre trois priorités : relier le Sud et le Nord, être bien raccordé à l'Europe rhénane, desservir le boulevard urbain de la plaine padane. Le premier axe, le plus important, draine les flux de la plaine du Pô, de Turin à Trieste. Vers lui confluent les routes alpines qui descendent du Brenner, du Simplon et du mont Blanc. Plus au sud, deux axes longent les littoraux adriatique et tyrrhénien ; le troisième, le plus chargé, dessert Bologne, Florence et Rome. Au sud de la capitale, l'axe central disparaît. De nombreuses routes nationales (Aurélienne, Tiburtina...), en conservant le nom des anciennes voies romaines, attestent la permanence de ce réseau.
Les transports ferroviaires, lents et mal répartis, n'ont pas été modernisés de manière satisfaisante.
Les transports maritimes conservent leur importance. Près de 15 % du trafic correspondent à une navigation de cabotage, le reste représentant le trafic international, dans lequel la part des hydrocarbures est considérable. Les principaux ports sont Gênes, Trieste, Augusta, Tarente, Venise. L'avion est un concurrent redoutable pour le trafic passager.
Le système de transport est un allié efficace de l'activité touristique. Depuis longtemps, il existe une tradition de tourisme international en Italie (le voyage en Italie des aristocrates), mais il a fallu attendre les années 1950 pourvoir se développer un tourisme de masse. En 1932, les visiteurs étrangers sont au nombre de 2 millions ; en 1950, ce nombre passe à 5 millions, pour sauter à 18 millions dans les années 1970 et à 43 millions en 2007. Les nationalités les mieux représentées sont les Allemands, suivis par les Américains et les Français. Les sources de l'attraction touristique sont multiples.
Le tourisme historique, culturel, urbain et religieux attire des millions de personnes vers Rome, Florence, Venise, les ruines de Pompéi, les petites cités de la Renaissance, la multitude des centres d'art. Il s'y ajoute le tourisme de montagne des rives des lacs subalpins (Côme, Bellagio, Stresa) et des stations de ski des Dolomites (Cortina d'Ampezzo). Les activités balnéaires, qui drainent des flux moins fournis, correspondent à des séjours plus longs (supérieurs à une semaine), malgré une tendance à la réduction : Venise et la côte adriatique (Rimini, Iesolo), la Riviera des fleurs en Ligurie (Imperia, San Remo, Portofino). Par rapport au cœur de l'Europe rhénane, l'effet des distances est primordial : le nombre de touristes diminue vers le sud. Les grandes migrations touristiques animent les Alpes en toutes saisons, tandis que les littoraux ligure, toscan et adriatique n'attirent de grandes foules qu'en été. Les cités balnéaires, avec leur front de mer dominant une voie commerciale animée en soirée, sont répandues le long du littoral. Le sud du pays, Sicile mise à part, est moins visité ; des opérations spectaculaires y sont menées, comme celle du développement de la Costa Smeralda en Sardaigne.
Malgré un potentiel remarquable, les activités touristiques sont en crise. L'excédent de ce secteur tend à diminuer, mettant en péril l'équilibre de la balance des paiements. Mais ce déclin traduit aussi l'enrichissement des Italiens, qui sont de plus en plus nombreux à sortir de leur pays pour emprunter les anciennes voies romaines de France ou d'Espagne. Alors que l'érosion des flux de visiteurs ne cesse de progresser, l'environnement balnéaire se dégrade, notamment sur le littoral adriatique. Les rivieras méditerranéennes, hier dépourvues de concurrence, doivent maintenant faire face à la montée en puissance de la Tunisie et du Maroc, où les prix, beaucoup plus avantageux, drainent une foule toujours plus nombreuse.
En partie grâce au tourisme, l'appareil commercial italien est très développé. Il y a d'abord un commerce de détail, très diffus. Les petits commerçants sont nombreux, ce qui est quelquefois le moyen de masquer le sous-emploi. Ce petit commerce est doublé, désormais, par la progression des grandes surfaces, intégrées à de puissantes sociétés commerciales. Le commerce a aussi une dimension internationale, car l'Italie a pratiqué une politique d'ouverture sur le monde. La balance commerciale du pays est déficitaire, car, en dépit de l'agressivité commerciale des exportateurs italiens, les importations l'emportent. L'Italie a conquis les marchés extérieurs pour les articles vestimentaires, les productions mécaniques, les véhicules, mais elle doit acheter des hydrocarbures, des matières premières, des produits alimentaires. Ses échanges se font pour près de la moitié avec l'Union européenne. Le déficit commercial est compensé au niveau de la balance des paiements par les revenus du tourisme et ceux des investissements à l'étranger.
Au néolithique, dans le Sud, se répand le courant cardial, alors que dans la Nord se développe (vers 2800 avant J.-C. la culture de Lagozza. La présence d'askos atteste aussi des contacts avec les Balkans et l'Anatolie. Avec les cultures de Gaudo et de Rinaldone, le chalcolithique succède à la civilisation mégalithique. L'âge du bronze est marqué au Nord par l'influence d'Únětice puis par le courant campaniforme avec Remedello, alors que dans le Sud en Sardaigne se répandent les nuraghi. La culture des Apennins se poursuit dans le Nord au bronze final, cependant que le long des côtes les palafittes (dits Terramare) sont influencés par l'Égée et Mycènes. À la fin du bronze, en Italie centrale, vers 1200 avant J.-C., apparaît le nouveau rite de l'incinération, associé au développement de la métallurgie ; ce sont les Protovillanoviens et la population de Villanova qui occupent le futur territoire étrusque, et au VIIIe s. avant J.-C. dans la plaine du Pô, les gens de la culture d'Este. Inhumations et incinérations vont se côtoyer et se succéder sans qu'il y ait de véritables modifications du peuplement, et l'on pense à des pénétrations successives d'Indo-Européens plutôt qu'à de grandes vagues d'envahisseurs.
Les Villanoviens sont arrêtés en Campanie et surtout devant le Picenum, où ils se heurtent à la résistance des Picéniens, dont sont peut-être issus les Sabelliens d'Italie centrale, groupés soit le long de la côte adriatique (Marrucins et Frentans), soit dans l'Apennin (Vestins et Péligniens de la vallée de l'Aternus ; Marses du lac Fucin ; Sabins du haut Anio ; Samnites, Lucaniens du Basilicate, Bruttiens de Calabre). Enfin, les Éques, les Herniques, et peut-être même les Volsques, présentent des caractères de parenté à la fois avec les Ombriens et les Sabelliens, sans qu'on puisse les rattacher avec certitude à l'un de ces deux groupes. Également porteurs du fer et connus comme eux sous le nom général d'« Italiotes », ces peuples s'opposent pourtant aux Villanoviens.
D'autre part, d'importantes migrations illyriennes peuplent les côtes de l'Adriatique : Messapiens, lapyges de l'Apulie (Dauniens, Peucetiens et Salentins), Liburnes et Vénètes. Ainsi s'achève pratiquement le peuplement de l'Italie, que viennent compléter les Étrusques (apparition au VIIIe s. avant J.-C., apogée aux VIe-Ve s. avant J.-C.), qui contrôlent, au maximum de leur expansion, les régions s'étendant de la plaine du Pô à la Campanie, sans jamais atteindre la côte Adriatique, et les Grecs, qui occupent progressivement, à partir du début du VIIIe s. avant J.-C. (fondation de Cumes), les côtes sud-orientales de l'Italie, du golfe de Tarente à la Campanie. (Grande-Grèce) Au cours du Ve s. avant J.-C. se produit l'invasion des Celtes, qui submergent les Étrusques, atteignent Rome (début du IVe s. avant J.-C.), puis se retirent dans ce qui devient la Gaule Cisalpine, laissant en présence les Étrusques, les Grecs, les Sabelliens et les Latins, peut-être parents des Ausones (au nord du Vulturne), des Œnotriens (ouest du Bruttium) et des Sicules.
À plusieurs reprises, les rivalités existant entre ces populations de cultures différentes se cristallisent en conflits armés. Les premiers connus opposent les Grecs et les Étrusques. Ces derniers, menacés par la poussée phocéenne, s'allient à Carthage et, après avoir détruit la flotte de Massalia à Alalia (en Corse, vers 540-535 avant J.-C.), laissent les Puniques contrôler la Sicile et la Sardaigne, tandis qu'eux-mêmes s'installent en Corse et font de l'Italie leur chasse gardée. Malgré la prise de Cumes (fin du VIe s. avant J.-C.), leur progression en direction du Sud est arrêtée par la défaite de Cumes (524 avant J.-C.) et la révolte générale des Latins.
Au milieu du Ve s. avant J.-C., l'antique conflit opposant les sédentaires des plaines agricoles aux nomades des montagnes pastorales se réveille avec la descente de l'Apennin des peuples sabelliques, qui créent l'État osque. La puissance étrusque est fortement ébranlée par les Gaulois, qui, s'étant insérés au Ve s. avant J.-C. dans la plaine du Pô entre les Ligures et les Vénètes, déferlent sur la péninsule au début du IVe s. avant J.-C.
Rome profite de ces événements pour réaliser la conquête progressive de la péninsule (IVe-IIe s. avant J.-C.). Dans un territoire relativement restreint, où se juxtaposent de nombreux peuples, elle impose une unité que favorise la diversité des statuts juridiques accordés aux vaincus. Le latin, langue du vainqueur, s'affirme peu à peu comme moyen unique d'expression de la pensée.
Longtemps, pourtant, les particularismes locaux subsistent, s'affirment avec plus de vigueur au moment de la deuxième guerre punique, quand les populations italiote et grecque font preuve d'une neutralité au moins douteuse à l'égard de Rome. Plus grave encore est le mécontentement suscité chez les Italiens par les confiscations massives de terres auxquelles Rome procède aux dépens de ses alliés en vue de la constitution d'un vaste ager publicus. La double déception provoquée par l'assassinat de Caius Gracchus (121 avant J.-C.) et par celui du tribun Livius Drusus, qui leur a, à son tour, promis l'octroi du droit de cité (91 avant J.-C.), provoque la révolte générale des Italiens : la guerre italique, ou guerre sociale (91-89 avant J.-C.), contraint Rome à conférer aux cités latines et aux alliés italiques le droit de cité complet, et à l'octroyer à titre individuel à ceux qui le solliciteraient. Les Gaulois de la Transpadane accèdent, grâce à César, à la citoyenneté complète en 49 avant J.-C. Au lendemain de la bataille de Philippes (42 avant J.-C.), Octave incorpore la Gaule Cisalpine à l'Italie, dont la frontière se trouve reportée du Rubicon à l'Arsa et au faîte des Alpes italiennes.
Auguste s'efforce, dès lors, d'effacer les traces des guerres civiles, restaurant la sécurité et le réseau routier, agrandissant et embellissant les villes. En revanche, sur le plan économique, la dégradation des terres, commencée dès le lendemain des grandes conquêtes, s'accélère par suite de l'afflux des blés étrangers, qui provoque la ruine des petits propriétaires fonciers, déjà fortement endettés par suite de la longueur du service militaire. À la culture, devenue non rentable, des céréales se substituent celles de la vigne et de l'olivier, et surtout une extension considérable, en Italie centrale et méridionale, des pâturages à moutons et des friches, dans le cadre des latifundia constitués au profit des grands propriétaires romains.
D'autre part, l'extension de l'Empire provoque un déplacement des axes commerciaux, qui se situent désormais le long du limes, et l'Italie, malgré un gros effort d'équipement portuaire, n'est plus le centre des affaires au moment même où se prépare la provincialisation de la péninsule. La mainmise gouvernementale complète sur la péninsule est accélérée par Hadrien, par Marc Aurèle et par les empereurs du IIIe s. Ne fournissant plus le personnel gouvernemental ni le personnel militaire, l'Italie est finalement divisée par Dioclétien en huit circonscriptions, groupées en un diocèse, que Constantin divisera en deux : l'Italie annonaire, soumise à l'impôt (Milan), et l'Italie suburbicaire (Rome, le sud de la péninsule et les îles). Dans cette Italie épuisée économiquement et isolée politiquement, les tenants de la romanité païenne mènent, à propos du culte de Rome et d'Auguste et de l'autel de la Victoire, un ultime et inefficace combat contre le christianisme, qui, longtemps persécuté, triomphe au IVe s. à Rome, siège de la papauté, et à Milan, où saint Ambroise peut dicter ses volontés à l'empereur Théodose.
À la mort de Théodose (395), l'Empire d'Occident passe à son fils Honorius, alors âgé de onze ans, qui est placé sous la protection du maître des milices Stilicon. Envahi par les Barbares, l'Empire d'Occident se réduit à l'Italie. En 410, celle-ci subit à son tour l'attaque des Goths d'Alaric, qui prennent Rome. En 452, les Huns, conduits par Attila, envahissent l'Italie, qu'ils n'évacuent que sur la promesse d'un tribut, et, en 455, les Vandales de Geiséric pillent Rome. Au cours des dernières années de l'Empire, une série d'empereurs se succèdent sans exercer le pouvoir réel, qui est, en fait, aux mains du chef de l'armée Ricimer, de 456 à 472. En 475, Oreste, ancien secrétaire d'Attila, installe sur le trône son fils Romulus Augustule. Un des chefs de l'armée, Odoacre, soulève les troupes et fait tuer Oreste (476), qui n'est pas remplacé comme empereur d'Occident.
En 489, le roi des Ostrogoths, Théodoric, obtient de l'empereur d'Orient, Zénon, le gouvernement de l'Italie, dont il devient le maître absolu après avoir fait tuer Odoacre (493). Théodoric entreprend d'établir l'équilibre entre les Goths, installés sur les riches terres du Nord, et une civilisation romaine à laquelle il s'efforce de rendre vie, en maintenant les institutions impériales et en conservant les cadres anciens (cités, provinces). Cependant, un mouvement vers la centralisation se fait sentir. Les successeurs de Théodoric ne peuvent empêcher la reconquête byzantine (535-553) ; entreprise par Bélisaire, général de Justinien, celle-ci se heurte néanmoins à des chefs goths énergiques (Totila). L'Italie redevient province de l'Empire comme préfecture romaine gouvernée par Constantinople.
Mais, en 568, les Lombards, que les Byzantins affaiblis ne peuvent repousser, s'installent en Italie du Nord, brisant ainsi l'unité de la péninsule. Après une période de lutte intestine, ils restaurent la monarchie à la fin du VIe s. Dès le VIIe s., ils se convertissent au catholicisme. Le basileus byzantin, représenté en Italie par des ducs placés sous l'autorité de l'exarque de Ravenne, conserve une certaine souveraineté sur des territoires situés entre les territoires lombards.
Mais les querelles religieuses « byzantines » ainsi que des révoltes affaiblissent l'exarchat de Ravenne. En 751, le roi lombard Aistolf s'empare sans difficultés de Ravenne, puis réclame un tribut aux habitants de Rome. Le pape Étienne II demande l'aide de Pépin le Bref (753), qui oblige Aistolf à lui rendre l'exarchat, dont il fait don au pape (756). Ce don constituera le noyau des États de l'Église, qui occuperont le centre de la péninsule jusqu'à la seconde moitié du XIXe s. Menacé par Didier (756-774), successeur d'Aistolf, le pape Adrien Ier fait alors appel à Charlemagne (773).
Vainqueur de Didier, Charlemagne se proclame roi des Lombards et se fait couronner à Rome par le pape Léon III en 800. Il attribue à son fils Pépin le titre de roi d'Italie. Dans l'administration du royaume, les influences orientales sont plus fortes que celles des Francs. Le commerce avec l'Orient se poursuit, tandis que Venise centralise les produits orientaux et que la vie urbaine persiste en Italie.
Au IXe s., l'Italie connaît les ravages des Normands et surtout des Sarrasins, qui commencent la conquête de la Sicile en 827 et pillent Rome en 846. Après le partage de l'Empire de Charlemagne (843), l'Italie fait partie de l'État de Lothaire Ier, puis de celui de Louis II. La féodalité naissante et le morcellement politique qui la caractérise anéantissent les pouvoirs traditionnels. À Rome, les nobles contrôles en fait le pouvoir pontifical. La couronne royale d'Italie et le titre impérial sont disputés entre des seigneurs incapables de repousser les Sarrasins ou les Hongrois. Au sud, le duché de Bénévent s'est morcelé en principautés rivales dont les titulaires n'hésitent pas à s'allier aux musulmans. Quant aux Byzantins, malgré la perte de la Sicile, ils gardent de solides appuis à l'extrémité de la péninsule.
Le roi de Germanie Otton Ier détrône Bérenger II, marquis d'Ivrée, et se fait couronner empereur à Rome par le pape Jean XII (962). Ainsi naît le Saint Empire romain germanique, qui unit le sort de l'Italie à celui des rois de Germanie. Si Otton Ier laisse le régime seigneurial s'étendre, il établit sa tutelle sur l'Église romaine, déposant et choisissant les papes, confiant les charges séculières aux évêques. En revanche, il doit renoncer à chasser les Grecs d'Italie. À partir d'Otton Ier, la plupart des rois de Germanie sont hantés par le voyage d'Italie, qui leur permet de se faire sacrer empereurs. La papauté passe sans cesse du joug impérial à celui de l'aristocratie romaine. Or, l'élite de la chrétienté, attachée à la lutte contre la simonie et le nicolaïsme, veut pouvoir compter sur une papauté indépendante. Soutenu par le marquis de Toscane et par le Normand Robert Guiscard, dont il accepte la vassalité pour la Pouille et la Calabre (1059), le pape Nicolas II supprime le contrôle du roi de Germanie sur l'élection pontificale.
La tentative réformiste du pape Grégoire VII se heurte à la politique d'Henri IV, désireux de remettre la main sur la papauté, et déclenche la querelle des Investitures (1075-1122). Après Canossa (1077), Henri IV, de nouveau excommunié, fait élire un anti-pape, Clément III (1080), et s'empare de Rome (1084), d'où Grégoire VII peut s'enfuir grâce à l'intervention de son vassal Robert Guiscard. Lorsque la querelle prend fin sous Henri V (1106-1125), Calixte II, pape de 1119 à 1124, signe à Worms avec l'empereur Henri V un concordat qui entérine la renonciation par l'empereur à l'investiture par la crosse et l'anneau (1122). Peu après, le premier concile de Latran (1123) consacre la victoire de la papauté sur l'Empire. Le pape n'est pas pour autant le maître dans son État : les Romains se soulèvent à plusieurs reprises.
Après les désordres du Xe s., les séjours des empereurs ont rendu un peu de tranquillité à la péninsule. Robert Guiscard a conquis la Sicile sur les musulmans (1061-1091). Pise et Gênes chassent les Sarrasins de la mer Tyrrhénienne et profitent des croisades pour s'assurer l'exclusivité du commerce entre l'Orient musulman et l'Occident, rivalisant avec Venise, qui garde le monopole des rapports avec Constantinople. Les villes de l'intérieur, Trévise, Brescia, Crémone, Pavie, bénéficient de la renaissance du grand commerce, dont elles tiennent les routes terrestres. L'industrie apparaît un peu partout (la soie à Lucques, la laine à Milan). La banque devient une spécialité des Lombards (Asti, Chieri, Novare, Plaisance) ou des habitants de Sienne, qui gèrent les finances du Saint-Siège. Pour mieux conduire leurs affaires, les villes secouent le joug des autorités féodales et se donnent des institutions communales.
Dès le XIe s., la classe des marchands lutte contre l'évêque seigneur de la ville et annule son pouvoir : elle a trouvé l'appui des petits nobles qui veulent se libérer de l'arbitraire des grands seigneurs, et celui du parti populaire des patarins. La cité est dès lors administrée par un collège annuel de consuls recrutés chez les petits nobles et les négociants. Seule Venise voit le triomphe d'une aristocratie qui se ferme aux parvenus. Dans la moitié sud de la péninsule, Roger II, qui s'est proclamé roi de Sicile (1130), a unifié les États normands : c'est une monarchie absolue, bureaucratique, où des villes comme Amalfi perdent leur autonomie et leur activité commerciale. Au contraire, l'île de Sicile devient la principale escale de la navigation en Méditerranée.
L'élection de Frédéric Barberousse (1152-1190) relance en Italie la lutte entre le Sacerdoce et l'Empire. Frédéric veut faire valoir ses droits sur Rome et les États du pape et tente d'unifier l'Italie en conquérant le royaume normand de Sicile, allié indispensable du Saint-Siège. Le pape Alexandre III soutient la Ligue lombarde, qui réussit à vaincre Barberousse (Legnano, 1176). Aux accords de Venise (1177) et de Constance (1183), l'empereur semble abandonner les droits régaliens, mais sa politique, qui vise désormais à utiliser les querelles locales, à créer un parti impérial, est sûre de ne plus faire l'unanimité contre elle. Le fils de Barberousse, Henri VI (1190-1197), qui a épousé Constance de Sicile, réussit à mettre la main sur le royaume normand (1194). Mais sa mort prématurée ne laisse à son fils Frédéric II que le royaume de Sicile sous la tutelle du pape Innocent III, qui veut rompre l'encerclement de ses États par les impériaux. Le pape donne la couronne impériale à Otton IV, qui s'empresse alors d'attaquer la Sicile et d'empiéter sur l'État de l'Église. Innocent III doit finalement accorder la couronne impériale au jeune Frédéric II, qui s'engage à séparer ses États dès qu'il aura un héritier (1212). La guerre civile s'installe dans la majeure partie de l'Italie, car Frédéric II poursuit la politique de ses prédécesseurs.
À l'intérieur de chaque ville, les gibelins, partisans de l'empereur, s'opposent aux guelfes, partisans du pape. Frédéric II, qui est avant tout italien, se consacre au gouvernement de son royaume de Sicile et à l'unification de l'Italie, mais il échouera devant l'hostilité du pape. Son bâtard, Manfred, garde le royaume (1258-1266) et, en s'appuyant sur le parti gibelin, prend pied dans le reste de l'Italie (Montaperti, 1260). Appelé par la papauté, qui espère trouver en lui un vassal dévoué, Charles d'Anjou bat et tue successivement Manfred (à Bénévent en 1266) et le prétendant gibelin Conradin (1268). Le nouveau roi de Sicile, avec l'appui du parti guelfe, domine Rome et la majeure partie de l'Italie.
Les communes et les villes consolident leur indépendance au XIIIe s. et deviennent des foyers de la culture et de l'économie européennes. Les grands ports de la péninsule sont le siège d'une intense activité marchande. La création de colonies vénitiennes et génoises dans l'ancien Empire grec permet l'accumulation de richesses à Gênes, Florence, Venise et Milan. Les luttes politiques entre l'Empire et la papauté ont attisé les rivalités entre, d'un côté, les grands marchands, les maîtres des principaux métiers et, de l'autre, le « peuple », en fait les maîtres des métiers secondaires, qui réclament des places dans les conseils. Ces luttes aboutissent au remplacement du collège des consuls par un podestat qui devient souvent « seigneur » de la ville. Lorsque les podestats arrivent à se constituer une armée de métier, devenant ainsi des condottieri, ils peuvent fonder une véritable dynastie.
Charles d'Anjou, qui veut soumettre la péninsule, mécontente les populations du sud de l'Italie. La désagrégation du parti guelfe et la révolte des « Vêpres siciliennes » (1282) permettent au roi d'Aragon d'éliminer les Angevins, qui se contentent du seul royaume de Naples. Le roi d'Aragon devient, en 1302, maître de la Sicile et de la Sardaigne. Le roi de Naples, Robert d'Anjou (1309-1343) reçoit de la papauté la souveraineté sur la Toscane, mais ne peut conquérir la Sicile (1325). L'épisode angevin inaugure pour l'Italie les interventions françaises et l'ingérence ibérique, prélude à la prépondérance espagnole du XVIe s. La papauté perd son influence : cardinaux français et italiens rivalisent et, de 1309 à 1376, le pape s'installe à Avignon. Le Grand Schisme d'Occident (1378-1417), amenuisant encore l'influence papale, rend plus sensible le morcellement de l'Italie.
Chaque cité cherche à agrandir son territoire au détriment de ses voisines. À la fin du XIVe s., le morcellement politique tend à s'atténuer, mais le particularisme est déjà trop affirmé. L'unification politique s'arrête à mi-chemin, laissant subsister côte à côte des États minuscules (Saint-Marin), de grandes villes et des duchés. La Savoie, qui accroît ses possessions piémontaises, devient aussi un duché sous Amédée VIII, en 1416. À la fin du XIVe s., Venise conquiert les villes voisines dont les seigneuries la menaçaient (Padoue, Trévise, Vérone). Le Milanais subit la domination des Visconti, qui ont reçu le titre ducal et dont la succession revient au condottiere Francesco Sforza (1450-1466), qui fonde à son tour une dynastie.
Tandis que les Aragonnais se maintiennent en Sicile et en Sardaigne, le royaume de Naples, après la mort de Robert d'Anjou (1343), connaît une histoire mouvementée. La succession de Jeanne II (1414-1435), notamment, provoque une guerre entre Aragon et Anjou. Les Aragonais triomphent et réunissent Sicile et Naples en un royaume des Deux-Siciles (1442). Les deux royaumes sont de nouveau séparés à la mort d'Alphonse V le Grand (1458) : la Sicile reste au roi d'Aragon, et Naples à un bâtard d'Alphonse V, Ferdinand Ier ou Ferrante (1458-1494). Sous les Aragonais se perpétue dans le royaume des Deux-Siciles un féodalisme et une économie archaïques qui contrastent avec le dynamisme des cités et des seigneuries du nord de la péninsule.
À partir des premières décennies du XIVe s., la phase ascendante de l'économie européenne connaît un ralentissement, puis une régression, jusqu'au XVe s. Milan et la haute Italie sont relativement épargnés, mais Florence est gravement frappée. Cependant, grâce au commerce méditerranéen et à l'accumulation de richesses, l'Italie, moins touchée que les autres pays européens, surmonte rapidement la crise. Ainsi Florence, qui a absorbé sa rivale Pise, se lance dans une intense activité en Méditerranée de l'Ouest.
Cette atmosphère de relative prospérité favorise l'essor de l'humanisme et de l'art, riches bourgeois et princes se comportant en mécènes généreux. Les papes sont également des amateurs éclairés d'art et de belles-lettres. Très tôt, l'Italie a été traversée par de nouveaux courants de pensée ; ce pays riche est hanté par la pauvreté évangélique et, à côté des disciples de saint François d'Assise, pullulent les hétérodoxes, les sectaires, qui rompent avec l'Église officielle : spirituels que défend Joachim de Flore, cathares et vaudois. Ces courants subsistent jusqu'à la fin du XVe s.
Mais l'Italie, malgré sa richesse, repose sur des bases politiques fragiles ; des ligues se forment et se détruisent, la papauté abandonne sa politique globale en Italie et le Sud reste aux mains de dynasties étrangères. Dans le Nord, la paix de Lodi en 1454 introduit la notion d'équilibre entre puissances voisines et préfigure une possible « unité italienne ». Cependant, elle ne met pas fin aux luttes entre cités oligarchiques et princes. L'habitude de faire appel à l'étranger va bientôt livrer la péninsule aux ambitions de la France, de l'Espagne et de l'Autriche. Le danger ottoman se précise : les Turcs ravagent le Frioul et occupent Otrante (1480). Venise recule devant eux en Méditerranée, mais l'installation des Turcs permet la pénétration d'une culture héritée de l'Antiquité par l'intermédiaire des émigrés byzantins en Italie.
Le morcellement, la faiblesse politique ainsi que le prestige de la civilisation italienne provoquent des guerres au cours desquelles les pays européens se disputent l'Italie (1494-1559). La péninsule devient le champ de bataille où s'affrontent la France et la maison d'Autriche. (guerres d'Italie).
Après la paix du Cateau-Cambrésis (1559), la France ne parvient plus à contester la domination espagnole, qui dure plus d'un siècle. En dépit des guerres, l'Italie, au début du XVIe s., continue d'être le foyer d'une intense activité artistique (Michel-Ange) et intellectuelle (Machiavel).
Les Habsbourg d'Espagne sont présents directement à Milan, à Naples et en Sardaigne et exercent leur influence sur les États pontificaux, Lucques en Toscane et sur la République de Gênes. Seuls échappent à cette domination Venise, en déclin, et le duché de Savoie, qui amorce son expansion.
L'influence de la France est plus importante au siècle de Louis XIV, les princes italiens cherchant à secouer la tutelle étroite de l'Espagne. Turin, capitale des ducs de Savoie, est alors dans l'orbite de Versailles, mais Victor-Amédée II abandonne la France en 1690 une première fois, puis en 1703.
Dans l'ensemble, l'Italie surmonte difficilement la crise européenne de la fin du XVIe s. Les grandes découvertes ont amené un changement des voies commerciales, ce qui a conduit au déclin de Venise et de Gênes, tandis que Florence a perdu son premier rôle en Europe comme place bancaire. La Lombardie, lourdement taxée, souffre particulièrement de la présence espagnole. La vie sociale se replie sur elle-même, la population italienne chute de 12 millions, vers 1500, à 11,5 millions en 1700 dans un climat d'épidémie. Le pouvoir espagnol provoque également une régression sur le plan culturel ; un coup d'arrêt est donné à la Renaissance par le rétablissement de l'Inquisition et le triomphe de la Contre-Réforme. Les lourds impôts et la misère provoquent des révoltes comme celle qui est dirigée par Masaniello (1647) ou la révolte de Messine (1674-1678).
La monarchie espagnole, affaiblie à la mort de Charles II, perd ses possessions italiennes au cours de la guerre de la Succession d'Espagne (1701-1713). Les traités d'Utrecht et de Rastatt attribuent à l'empereur Charles VI de Habsbourg le Milanais, Naples, la Sardaigne et Mantoue. Le duc de Savoie reçoit la Sicile (avec le titre royal), qui sera échangée en 1720 contre la Sardaigne.
Jusqu'en 1748, l'Italie est intéressée par les derniers épisodes de la lutte entre les Bourbons et les Habsbourg. Après le mariage de Philippe V d'Espagne avec la Parmesane Élisabeth Farnèse, l'Espagne tente de réviser le traité d'Utrecht. Le fils aîné d'Élisabeth, le futur Charles III d'Espagne, obtient la succession de Parme, Plaisance et Naples. Mais l'Espagne est trop faible pour pouvoir intervenir dans ses nouvelles possessions. Si la Savoie parvient à accroître ses territoires aux dépens du Milanais, les Autrichiens renforcent leur domination. À l'extinction des Médicis, la Toscane est ainsi attribuée à l'époux de Marie-Thérèse, François III de Lorraine, qui la fait passer sous l'influence de l'Autriche.
Le XVIIIe s. italien est cependant une période de calme relatif, où la politique intérieure des États passe au premier plan. Un éveil national se prépare notamment par l'introduction de réformes par les princes « éclairés ». La maison de Savoie est à la tête de ce mouvement, qui est cependant abandonné par Charles-Emmanuel III, faisant du Piémont un « État caserne ». Des réformes sont également réalisées en Toscane et dans le Milanais. À Naples, Tanucci, ministre de Charles VII et de Ferdinand IV, est également un représentant du despotisme éclairé. Les grands propriétaires fonciers, bourgeoisie du Centre et du Nord et aristocratie latifundiaire du Mezzogiorno, développent leur puissance, marquant ainsi les limites des réformes. Le désir de changement ressenti par une élite libérale est exprimé par le poète Vittorio Alfieri.
Le siècle des Lumières en Italie voit l'apparition d'un renouveau culturel avec Goldoni pour le théâtre, Scarlatti, Pergolèse, Cimarosa pour la musique et Canaletto, Tiepolo et Guardi pour la peinture.
La Révolution française est bien accueillie en Italie par une minorité intellectuelle et provoque des troubles dans plusieurs villes, puis une réaction des classes dirigeantes. En Toscane, Buonarroti tente d'organiser une agitation révolutionnaire, mais il est arrêté et exilé. À Naples, une société patriotique est constituée. En 1791, la Constituante annexe l'enclave pontificale du Comtat Venaissin. Et, en 1792, la Savoie et le comté de Nice sont envahis et rattachés à la France. En 1793, la Sardaigne, Naples et les petits États italiens rentrent dans la coalition contre la France, tandis que la répression s'abat sur les « jacobins » italiens. Dès 1794, les Français occupent une partie de la Riviera de Gênes.
En mars 1796, le général Bonaparte est nommé au commandement de l'armée d'Italie et se lance immédiatement dans une série de campagnes victorieuses. Battu, le roi de Sardaigne se retire de la coalition (avril 1796), et la Lombardie est occupée. De septembre 1796 à janvier 1797, une série de batailles autour de Mantoue (campagne d'Italie) oblige l'armée autrichienne à se retirer d'Italie. L'Autriche doit accepter un armistice (Leoben, avril 1797). Le Directoire, enlevant à l'empereur les Pays-Bas et la rive gauche du Rhin, compte lui restituer la Lombardie, mais Bonaparte tient à sa conquête, qu'il a organisée en une République Cisalpine en juin 1797. Pour désintéresser l'Autriche, il livre la majeure partie du territoire de la République vénitienne aux Habsbourg, puis instaure également une République ligurienne à Gênes avec l'aide de patriotes italiens. La République Cispadane, formée par Reggio, Modène et Bologne, est réunie en juillet 1797 à la République Cisalpine. Le 18 octobre, l'Autriche signe le traité de Campoformio, qui confirme les annexions de Bonaparte et laisse aux Habsbourg la Vénétie. Dans toute l'Italie, l'Ancien Régime s'effondre et la féodalité est abolie. En février 1798, les Français, qui occupent Rome, proclament la République romaine et, le 23 janvier 1799, la République parthénopéenne sur les États continentaux du roi de Naples, qui se réfugie en Sicile. En décembre, le Piémont est annexé à la France après référendum. Mais l'Italie jacobine s'effondre devant l'offensive austro-russe de mars à août 1799, marquant les débuts d'une sévère réaction.
Bonaparte, de retour d'Égypte et devenu Premier consul, redresse la situation grâce à une campagne de reconquête marquée par la victoire de Marengo sur les Autrichiens (14 juin 1800) [campagne d'Italie]. La France récupère le Piémont, la Ligurie et la Lombardie. En Italie centrale, les Napolitains sont battus. Le 9 février 1801, l'Autriche doit conclure avec la France le traité de Lunéville, qui replace l'Italie dans l'orbite de la France. Bonaparte rétablit la République Cisalpine dans le Nord.
L'évolution des institutions italiennes suit alors les changements affectant la politique française de Bonaparte. En janvier 1802, la République Cisalpine est transformée en République italienne avec, comme président, Bonaparte. En 1805, la République italienne devient le royaume d'Italie, dont Napoléon ceint la couronne et que dirige Eugène de Beauharnais comme vice-roi. Après Austerlitz (1805), le royaume est agrandi avec l'annexion de la Vénétie. Les Provinces Illyriennes passent sous la dépendance directe de l'Empereur, et Gênes est annexée à la France. Le royaume de Naples, après une facile occupation, est attribué à Joseph Bonaparte (1806), puis à Murat (1808). Le pape Pie VII, qui a pu se réinstaller à Rome après Marengo, signe, en juillet 1801, un concordat avec Napoléon, mettant un terme aux luttes religieuses de la péninsule. Mais son refus d'appliquer le Blocus continental, commencé en 1807, amène Napoléon à annexer Rome. Pie VII est exilé à Savone (1809). Élisa Bonaparte se voit, en 1809, attribuer l'Étrurie, qui redevient le grand-duché de Toscane.
Napoléon peut poursuivre désormais sans entraves sa politique d'unification et de réformes : abolition du régime féodal et du servage, vente des biens de l'Église et introduction d'un Code civil. L'Italie du Nord et du Centre est divisée en départements. Seules échappent au contrôle français la Sardaigne et la Sicile. La mise en valeur économique de la péninsule est également stimulée. Mais le Blocus continental a amené la fermeture du continent au commerce anglais, principal fournisseur de l'Italie d'avant 1796.
En 1814, la chute de Napoléon entraîne l'effondrement du régime français en Italie. Eugène de Beauharnais doit se retirer et Murat, qui s'était joint aux Alliés, en 1813, doit abdiquer après Waterloo. À la suite d'une tentative de débarquement dans son ancien royaume, Murat est fusillé et le royaume de Naples est rendu à Ferdinand de Bourbon.
Le congrès de Vienne consacre la restructuration des anciennes monarchies, effectuée dès 1814, au profit en fait de l'Autriche, pour qui, selon Metternich, « l'Italie n'est qu'une simple expression géographique ». L'Autriche gouverne directement le Royaume lombard-vénitien et, par l'intermédiaire de la dynastie, la Toscane, Modène et Parme. Trois États sont indépendants, mais la présence de Vienne se fait sentir : royaume de Naples, États du Saint-Siège et royaume de Piémont-Sardaigne. Le Trentin, l'Istrie, Trieste et la Vénétie-Julienne sont annexés par l'Autriche.
Cependant, malgré la présence de l'armée et de la police autrichiennes dans de nombreux États, une opposition libérale composée de bourgeois et d'anciens officiers, souvent affiliés à la franc-maçonnerie ou à la Charbonnerie, se constitue en développant un idéal romantique (Risorgimento). Sans organisation précise, elle provoque des conspirations ou des séditions militaires vite réprimées. Malgré le conservatisme étroit de Victor-Emmanuel Ier, le Piémont devient très rapidement le foyer du libéralisme italien.
En 1820, à l'instigation de la Charbonnerie, une révolution libérale éclate à Naples, où le roi Ferdinand Ier des Deux-Siciles a supprimé la Constitution de 1812. En Sicile, des soulèvements populaires se produisent. Metternich réunit à Laibach (aujourd'hui Ljubljana), en janvier 1821, un congrès qui décide d'envoyer à Naples une armée autrichienne.
Vainqueurs faciles des libéraux, les Autrichiens rentrent à Naples le 21 mars. Le 10 mars, une insurrection analogue se déroule au Piémont, d'abord dans la garnison d'Alexandrie, puis à Turin. Victor-Emmanuel Ier abdique en faveur de son frère Charles-Félix et confie la régence à Charles-Albert, qui fait appel aux Autrichiens. Le 8 avril, les insurgés sont écrasés.
La répression s'abat alors sur toute l'Italie, principalement à Modène et en Lombardie ; des milliers de libéraux sont obligés de s'exiler, tandis que l'armée, l'administration et le clergé sont épurés. À Naples, la situation économique devient difficile, en raison de la présence des Autrichiens, qui se prolonge jusqu'en 1827.
La révolution de juillet 1830 en France et la mort de Pie VIII provoquent par contrecoup l'insurrection de la Romagne, des Marches, d'une partie de l'Ombrie ; il en est de même à Modène et à Parme, que doivent fuir leurs souverains le duc François IV et la duchesse Marie-Louise. Le 26 février 1831, des représentants des provinces de l'État pontifical qui se sont insurgées constituent ces provinces en fédération. Mais le mouvement est vite réprimé, les Autrichiens font rentrer le 9 mars le duc de Modène et le 13 prennent Parme. En Romagne, le gouvernement provisoire constitué doit capituler après l'entrée des troupes autrichiennes.
L'échec de la révolution de 1831 sanctionne la faillite de la Charbonnerie, qui ne fait plus que survivre en Romagne et dans les Marches. Elle est remplacée par une société secrète, la « Jeune Italie », créée par Giuseppe Mazzini, qui lui donne un programme et un but précis : l'unité italienne. G. Mazzini compte sur Charles-Albert pour faire triompher son idéal d'indépendance. Mais aucun acte du nouveau souverain ne répond à cette attente. En 1833, après la découverte des activités révolutionnaires par l'armée et douze exécutions à mort, G. Mazzini et ses partisans organisent une insurrection en Savoie, qui échoue en février 1834.
À la tendance révolutionnaire de la Jeune Italie succède une doctrine plus réformiste, le néoguelfisme, développée par Vincenzo Gioberti en 1843. Elle préconise la création d'une fédération italienne sous la direction du souverain pontife. En 1846, un nouveau pape, Pie IX, de renommée libérale, succède au conservateur Grégoire XVI. Il entreprend des réformes qui le rendent très populaire. Au Piémont, Charles-Albert évolue vers le libéralisme. De nombreux patriotes se rallient à la solution proposée par Massimo d'Azeglio d'un regroupement autour du Piémont.
La crise économique de 1846-1847 provoque une agitation populaire et libérale. Durement réprimée par Ferdinand II à Naples, elle incite le grand-duc Léopold de Toscane à faire des concessions, et Charles-Albert à ébaucher une union douanière entre Turin, Florence et Rome. Dès janvier 1848, une sanglante émeute antiautrichienne éclate à Milan. En Sicile, Palerme se soulève contre Ferdinand, qui doit accorder une Constitution le 10 février, après des manifestations à Naples. Dans ce climat, la révolution parisienne de février et celle de Vienne en mars déclenchent en Italie une véritable révolution nationale.
En mars, les insurrections de Milan et de Venise obligent les troupes autrichiennes à se retirer dans les quatre places fortes, le « quadrilatère » (Mantoue, Peschiera, Legnago et Vérone). À Venise, un gouvernement provisoire est constitué sous la présidence de Daniele Manin, ainsi qu'à Parme, Modène, Reggio et Plaisance. Au Piémont, le roi, sous la pression des libéraux, accorde un « Statuto fondamentale », tandis qu'à Rome Pie IX introduit des laïques dans son ministère. Le 24 mars, Charles-Albert, répondant à l'appel des Lombards, annonce la guerre de libération par les Italiens (« Italia farà da se »). L'armée piémontaise, renforcée de volontaires d'autres États, pénètre en Lombardie. Mais Charles-Albert se trouve rapidement isolé en l'absence de l'aide escomptée de la France, des hésitations du pape, puis du retrait d'une partie des troupes napolitaines. Le général autrichien Radetzky peut reprendre l'offensive et écrase, le 29 mai, les volontaires toscans, puis Charles-Albert à Custoza (23-25 juillet). Milan doit capituler (5 août) et, le 9 août, est signé un armistice qui engage le Piémont à abandonner les duchés et Venise.
La révolution italienne se prolonge, mais dans une situation confuse. À Rome, le pape appelle au ministère un libéral, Pellegrino Rossi, qui est assassiné le 15 novembre 1848. Le pape se réfugie alors en territoire napolitain, d'où il publie un décret annulant tous les actes accomplis à Rome depuis le 16 novembre. Le 9 février 1849, une assemblée proclame la république romaine sous la direction d'Armellini, Saffi et Mazzini et prononce la déchéance du pape. En Toscane, le grand-duc doit s'enfuir. Au Piémont, Charles-Albert appelle comme ministre Urbano Ratazzi, favorable à la reprise des hostilités contre l'Autriche. En mars 1849, Charles-Albert entre en campagne, mais son armée est écrasée le 23 mars à Novare. Il abdique alors en faveur de son fils, Victor-Emmanuel II.
La plupart des villes lombardes déposent les armes, et, dans toute la péninsule, l'ordre ancien est rétabli. Le grand-duc de Toscane rentre dans ses États, précédé par les troupes autrichiennes. À Naples, Ferdinand réoccupe la Sicile. Le 22 août, Venise doit capituler ; à Rome, l'armée française d'Oudinot occupe la ville en juillet, et le gouvernement pontifical est rétabli.
La réaction triomphe partout, mais le Piémont-Sardaigne s'affirme comme le seul État capable de cristalliser les aspirations des Italiens. Victor-Emmanuel II appelle pour présider son premier gouvernement M. d'Azeglio et s'engage à rester fidèle à la monarchie constitutionnelle. L'arrivée de Cavour comme président du Conseil, en novembre 1852, prouve que le Piémont s'engage dans une voie nouvelle, qui rallie les milieux d'affaires italiens. La participation du Piémont à la guerre de Crimée permet à Cavour de poser lors du congrès de Paris (1856) la question de l'Italie devant l'Europe. L'Autriche reste l'obstacle essentiel à l'unité et, pour la battre, le Piémont a besoin d'une aide étrangère. Après l'entrevue de Plombières (1858), Napoléon III s'engage à intervenir en faveur de l'unité italienne ; en échange, le Piémont lui cédera Nice et la Savoie.
La campagne d'Italie de 1859 tourne court, et l'empereur signe le 12 juillet, à l'insu de Cavour, les préliminaires de Villafranca avec François-Joseph, qui cède la Lombardie au Piémont (guerre d'Italie). Cavour, déçu, démissionne et encourage les mouvements révolutionnaires en Italie centrale, où se forment des gouvernements provisoires. La Toscane, Modène et Parme votent leur annexion au Piémont après avoir renversé leurs souverains. En janvier 1860, Cavour revient au pouvoir et obtient l'autorisation de la France de procéder aux annexions d'Italie centrale. Au traité de Turin (mars 1860), la France reçoit Nice et la Savoie.
L'expédition des Mille, organisée par Giuseppe Garibaldi avec l'aide occulte de Cavour, parvient à occuper la Sicile (mai-juillet 1860), puis rentre à Naples le 7 septembre, d'où le roi François II s'enfuit. Le 26 octobre, G. Garibaldi rencontre Victor-Emmanuel et le reconnaît comme « roi d'Italie ». Des plébiscites sanctionnent le rattachement des Deux-Siciles, des Marches et de l'Ombrie au royaume de Victor-Emmanuel. Après la reddition de Gaète, dernier refuge de François II, le premier Parlement italien se réunit à Turin et érige le royaume de Sardaigne en royaume d'Italie (14 mars 1861). Il reste à compléter l'unité par l'acquisition de Venise et de Rome, où le pape, sous la protection des troupes françaises, demeure maître.
À la mort de Cavour, ses successeurs de la droite historique (Ricasoli, Minghetti, La Marmora, Farini, Lanza, Sella) poursuivent sa politique et opèrent la centralisation du royaume au profit du Piémont. Le droit de vote n'est alors accordé qu'à 900 000 électeurs sur une population de 22 millions d'habitants. Pour parvenir à équilibrer leurs budgets, les gouvernements instaurent une lourde fiscalité. L'Italie, dans de nombreux secteurs économiques, reste largement tributaire de l'étranger, et l'opposition traditionnelle entre le Nord et le Sud s'accroît.
La participation des Italiens à la guerre contre l'Autriche leur permet d'annexer la Vénétie après que les Prussiens ont défait les Autrichiens à Sadowa (1866). À la suite du départ des Français, lors de la chute du second Empire, le général Cadorna prend Rome (20 septembre 1870). Un plébiscite ratifie cette nouvelle annexion, mais la papauté refuse la loi des Garanties. Cependant, Rome est proclamée capitale du royaume. Seules les provinces « non rachetées » (irredente), Trente et Trieste, restent encore sous domination autrichienne.
La droite au pouvoir depuis 1870 se rend impopulaire, notamment par sa lutte anticléricale et sa politique fiscale. Elle est battue aux élections de 1876, et la gauche, où dominent mazziniens et garibaldiens, arrive au pouvoir. En 1878, Victor-Emmanuel II et le pape Pie IX meurent et sont remplacés par Humbert Ier et Léon XIII. Agostino Deprestis, chef du gouvernement presque sans interruption de 1876 à 1887, pratique une politique de « trasformismo », faisant des ministères une combinaison de coterie et transformant les partis en groupes de défense de l'ordre établi. D'importantes réformes sont cependant réalisées : l'instruction primaire est rendue obligatoire (1879) et le cens électoral est abaissé, portant le nombre d'électeurs à plus de deux millions. À l'extérieur, la gauche abandonne l'alliance traditionnelle avec la France et, après l'établissement du protectorat français sur la Tunisie (1881), Humbert Ier conclut la Triplice avec l'Autriche et l'Allemagne (mai 1882). Puis, en 1886, l'Italie dénonce le traité de commerce avec la France. Dès 1882, l'Italie oriente son expansion vers l'Afrique orientale, mais la tentative de pénétration en Éthiopie échoue en 1887. Cette politique est reprise par Francesco Crispi, qui gouverne de 1887 à 1891, puis de 1893 à 1896. (Empire colonial italien).
La guerre douanière avec la France aggrave la misère paysanne dans le Sud et provoque des révoltes en Sicile (1893-1894) et des émeutes à Milan (1898), entraînant une dure répression contre les socialistes et les premiers démocrates-chrétiens. Le 29 juillet 1900, Humbert Ier est assassiné par un anarchiste.
L'Italie, après l'avènement de Victor-Emmanuel III, retrouve son équilibre sous l'autorité pratiquement incontestée de Giovanni Giolitti pendant 14 ans. Au cours de cette période, l'économie italienne, en dépit de crises périodiques (1902, 1907), connaît une phase de prospérité. L'industrie se concentre avec le développement de nouveaux secteurs (sidérurgie, mécanique, textile, chimie) et l'électrification partielle du pays. L'agriculture se modernise avec l'introduction de la culture intensive et de productions plus spécialisées. G. Giolitti parvient à redresser la situation financière du royaume en rétablissant la confiance dans la lire et à dégager des excédents budgétaires. Cependant, la fermeté de la lire entraîne une forte hausse des prix à la consommation, et une agitation ouvrière se développe jusqu'à l'échec de la grève générale de 1904. Le gouvernement se lance également dans une politique de réformes en développant la législation sociale, en adoptant un statut pour les fonctionnaires (1908) et surtout en octroyant le droit de vote à tous les citoyens sachant lire et écrire ou ayant accompli leur service militaire à 21 ans (1912). Favorisée par l'apparition d'un courant nationaliste, l'expansion coloniale est reprise. G. Giolitti se rapproche de la France, se détachant ainsi peu à peu de la Triplice, pourtant renouvelée en 1902. Ayant reconnu les droits de la France sur le Maroc, G. Giolitti engage, en 1911, la guerre avec la Turquie, ce qui lui permet d'annexer la Tripolitaine et la Cyrénaïque et d'occupe le Dodécanèse. Le 29 mars 1914, G. Giolitti se retire, et le libéral Antonio Salandra, qui lui succède, doit faire face à une grave crise intérieure (grève des chemins de fer et agitation en Romagne) et internationale.
Dès le 27 juillet 1914, l'Italie se déclare neutre, mais les débats entre partisans de l'intervention contre les Empires centraux et les neutralistes sont de plus en plus vifs. Le 26 avril 1915, un traité secret est conclu avec la Triple-Entente, et le 23 mai, l'Italie déclare la guerre à l'Autriche, puis le 27 août 1916 à l'Allemagne, avec l'espoir d'obtenir le Trentin, Trieste et des avantages territoriaux sur l'Adriatique et outre-mer. Mal préparée, l'Italie mène une guerre essentiellement antiautrichienne sans véritable liaison avec ses alliés. En juin 1915, un ministère d'union nationale avec la participation des socialistes est constitué (Boselli, 1916-1917, puis Orlando, 1917-1918). La guerre dans les Alpes s'enterre rapidement et, le 24 octobre 1917, les lignes italiennes sont enfoncées à Caporetto par les Austro-Allemands. Le nouveau généralissime italien, Armando Diaz, renforce le front avec l'aide des alliés et parvient à déclencher une offensive qui aboutit, le 4 novembre 1918, à l'armistice italo-autrichien.
À la conférence de la paix (1919), Orlando se heurte à Wilson, qui, au nom du principe des nationalités, défend les revendications des Slaves du Sud. Au traité de Saint-Germain (10 septembre 1919), l'Italie reçoit le Trentin, le Haut-Adige jusqu'au col du Brenner et, au traité de Rapallo avec la Yougoslavie, Trieste, l'Istrie, la ville dalmate de Zara (aujourd'hui Zadar) et jusqu'au Monte Nevoso, contreforts alpestres peuplés de Slaves. Cependant, malgré le coup de force de D'Annunzio et de ses arditi (12 septembre 1919), Fiume (aujourd'hui Rijeka) est érigée en ville libre, et Rome doit en expulser ses occupants (fin décembre 1920). De plus, la côte dalmate, jadis vénitienne, et les possessions allemandes ou turques d'outre-mer échappent à l'Italie. Les Italiens déçus expriment leur rancœur à l'égard des Alliés, les nationalistes dénoncent alors la « victoire mutilée ». La guerre, qui s'achève par une grave crise socio-économique, a coûté à l'Italie quelque 500 000 tués et un million de blessés. (Première Guerre mondiale.)
Face aux grèves qui se multiplient, les anciens partis politiques italiens sont rapidement dépassés. Le 23 mars 1919, Benito Mussolini fonde à Milan les Faisceaux italiens de combat, et aux élections de novembre 1919, le parti socialiste italien – dont certains membres se sont affiliés à l'Internationale communiste – obtient 156 sièges. Le parti populaire (démocrate-chrétien), fondé par don Luigi Sturzo, est représenté par 99 députés.
En 1921, au congrès de Livourne, Antonio Gramsci et Palmiro Togliatti fondent le parti communiste italien (P.C.I.). L'opposition des socialistes, d'une part, et de l'extrême droite, de l'autre, ne permet pas aux ministères modérés qui se succèdent de faire face à la crise : Nitti (1919-1920), Giolitti (1920-1921), Bonomi (1921-février 1922), L. Facta (février-octobre 1922).
Devant les occupations d'usines et la progression des communistes, les grands propriétaires et les industriels accordent au mouvement fasciste des soutiens financiers. Aux élections de 1921, 25 fascistes, dont B. Mussolini, sont élus au Parlement, et, lors de la grève générale de 1922, les fascistes lancent une série d'actions violentes qui brisent le mouvement. En octobre 1922, B. Mussolini peut organiser la « marche sur Rome » et est chargé par Victor-Emmanuel III de former un gouvernement.
Mussolini instaure une dictature qui durera de 1925 à 1943. Aux élections de 1929, la Chambre ne compte plus que des députés favorables au nouveau régime. De nombreux opposants émigrent à l'étranger. Le fascisme parvient à régler la question romaine par les accords du Latran (1929) et mène une politique de prestige (annexion de Fiume). De 1922 à 1926, B. Mussolini rassure les puissances européennes en reconnaissant l'U.R.S.S. et en participant à la S.D.N. La montée des ambitions nazies amène l'Italie à se rapprocher des démocraties (7 juin 1933, signature du Pacte à Quatre), et, après l'assassinat de Engelbert Dollfuss (1934), l'armée italienne est même mobilisée. Mais B. Mussolini s'engage dans la guerre d'Éthiopie, et, irritée par l'hostilité de la S.D.N., l'Italie quitte cet organisme. En décembre 1937, après s'être alliée avec Adolf Hitler (axe Rome-Berlin, 1er novembre 1936), Rome apporte son soutien militaire à Francisco Franco en Espagne et adhère au pacte Antikomintern (6 novembre 1937).
L'Italie occupe l'Albanie le 7 avril 1939 et, devant la réaction des démocraties, elle signe avec l'Allemagne le pacte d'Acier (ou traité de Berlin).
L'Italie n'entre en guerre cependant contre la France que le 10 juin 1940. L'opération italienne contre la Grèce échoue en 1940. En Russie, après Stalingrad, les contingents italiens effectuent une retraite vers la Roumanie. En juillet 1943, l'armée italienne est incapable de résister au débarquement anglo-américain en Sicile.
Mis en minorité au Grand Conseil fasciste (24-25 juillet 1943), B. Mussolini est arrêté sur ordre du roi, et un gouvernement dirigé par le maréchal Pietro Badoglio signe un armistice avec les Alliés. Mais les Allemands résistent et le roi doit quitter Rome avec ses ministres. B. Mussolini, libéré par les Allemands (12 septembre 1943), proclame à Salo (lac de Garde) la République sociale italienne, satellite de l'Allemagne qui se livre à une sanglante répression. La progression des Alliés vers le nord est difficile : Naples tombe le 1er octobre 1943 et Rome le 4 juin 1944 seulement. Le 5 juin, le roi confie la lieutenance générale du royaume à son fils Humbert II, et le Comité de libération nationale, présidé par le socialiste Ivanoe Bonomi, forme alors un ministère (18 juin-10 décembre 1944) avec les chefs des six partis (libéral, démocrate-chrétien, Démocratie du travail, d'Action, socialiste et communiste).
La ligne gothique, qui coupe en deux le pays, est enfoncée en avril 1945, tandis que les partisans imposent aux Allemands une capitulation signée le 29 avril. La veille, B. Mussolini a été exécuté. (Seconde Guerre mondiale.)
Les forces politiques en présence en Italie au lendemain de la guerre ont en commun leur opposition au fascisme, mais divergent sur la mise en œuvre du système politique.
Le parti d'Action, composé d'intellectuels, est orienté vers un socialisme libéral et est hostile à la monarchie. Tandis que les libéraux sont le seul groupe dirigeant dont l'influence populaire est restreinte, les communistes, eux, apparaissent comme la force politique la mieux organisée. Les socialistes penchent à cette époque pour la formation d'un parti unique des travailleurs. Enfin, sous la direction d'Alcide De Gasperi, la Démocratie chrétienne rassemble le noyau des anciens dirigeants « populaires » et les représentants de la nouvelle génération issue de l'Action catholique. La Démocratie chrétienne s'affirme dès les lendemains de la guerre comme la principale force de gouvernement en Italie. De Gasperi, qui sera président du Conseil jusqu'en 1953, forme, en décembre 1945, un gouvernement qui comprend les six partis issus de la Résistance. Les élections constituantes de juin 1946 confirment la prédominance de la Démocratie chrétienne, du parti communiste italien (P.C.I.) et du parti socialiste. Le 2 juin, les Italiens se prononcent par référendum pour la république. Enrico De Nicola est alors nommé président de la République. Luigi Einaudi lui succédera en mai 1948, après l'élection de la première législature républicaine. Dans le deuxième gouvernement De Gasperi, formé en juillet 1946, entrent les républicains à côté des trois grands partis.
Mais le mécontentement des classes moyennes s'exprime aux élections communales de l'automne par la progression de l'Uomo Qualunque, alors que la Démocratie chrétienne perd des voix à Rome et à Naples. Dans ces deux villes, communistes et socialistes présentent des listes uniques, mais un certain nombre de socialistes, sous la conduite de Giuseppe Saragat, craignant d'être subordonnés aux communistes, fondent, en 1947, le parti socialiste des Travailleurs italiens (P.S.L.I.), qui deviendra le parti social-démocrate italien (P.S.D.I.). Après cette scission, De Gasperi constitue un nouveau gouvernement qui ne fait appel qu'à des représentants des trois grandes formations. Ce gouvernement tombera en mai 1947 à la suite de l'opposition des communistes à l'aide américaine obtenue par De Gasperi. En mai 1947, les communistes et les socialistes quittent le gouvernement, qui s'élargit en décembre aux sociaux-démocrates et aux républicains, marquant ainsi les débuts d'une alliance systématique qui sera à la base du nouvel État.
La Constitution, qui entre en vigueur le 1er janvier 1948, est largement inspirée par la Démocratie chrétienne, qui y introduit sa conception de l'autonomie locale et de la décentralisation des pouvoirs.
Durement touchée par la guerre, l'Italie doit se tourner vers l'étranger pour se lancer dans une politique de reconstruction. Après la première aide fournie par le gouvernement militaire allié, De Gasperi se consacre au relèvement économique de l'Italie avec l'aide des crédits américains fournis par le plan Marshall. Parallèlement, l'Italie doit accepter en février 1947 un traité de paix aux conditions particulièrement dures : cession à la Grèce du Dodécanèse et à la Yougoslavie de Zara (auj. Zadar), de l'île de Pelagosa et de l'Istrie, sauf Trieste, confiée à l'O.N.U. Le Haut-Adige devient région autonome, et les frontières franco-italiennes sont rectifiées (cession de La Brigue et de Tende). L'Italie abandonne tous ses territoires d'outre-mer (Éthiopie, Érythrée, Somalie, Libye). Enfin, sur le plan militaire, l'armée est limitée à 250 000 hommes.
La Démocratie chrétienne obtient la majorité absolue aux élections législatives du 18 avril 1948 et De Gasperi peut pratiquer une politique de collaboration avec les sociaux-démocrates, les républicains et les libéraux en dépit de l'opposition du nouveau parti néofasciste, le Mouvement social italien (M.S.I.), des communistes et des socialistes. Mais, dès 1950, les libéraux se retirent du gouvernement en raison de leur hostilité à la réforme agraire, et, en 1951, les sociaux-démocrates ne participent pas à la formation du septième gouvernement De Gasperi. Une vaste réforme agraire est lancée pour résoudre la crise structurelle du Mezzogiorno. D'autre part, l'Italie tente de sortir de son isolement diplomatique : elle adhère dès 1949 au pacte de l'Atlantique et liquide ses litiges avec l'Autriche en octroyant la nationalité autrichienne aux habitants du Haut-Adige, et avec la Yougoslavie (accords de 1951, récupération de Trieste en 1954). En avril 1951, la naissance de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (C.E.C.A.)impose à l'Italie une restructuration de sa sidérurgie. Au cours de cette période, la production industrielle progresse avec une moyenne annuelle de 10 %.
À l'intérieur, si la politique de la première législature est à l'origine du boom économique, les résultats sont bien moins importants dans la constitution du nouvel État italien : la Cour constitutionnelle et le Conseil national de l'Économie et du Travail ne sont créés qu'en 1956 ; les divers codes, avec leurs dispositions fascistes, survivent encore tandis que la loi Scelba de 1953 sur l'organisation régionale apparaît largement insuffisante.
En juillet 1948, la grève générale marque la rupture syndicale et porte à trois le nombre de centrales ouvrières : la Confederazione generale italiana del Lavoro (C.G.I.L.), [communiste], la Confederazione italiana sindacati lavoratori (C.I.S.L.) [syndicalisme chrétien] et l'Unione italiana del Lavoro (U.I.L.)[radicaux et républicains]. Dans la Démocratie chrétienne, l'apparition d'une droite interne provoque des pertes électorales graves, notamment en faveur des néofascistes (M.S.I.) et de la droite monarchiste, aux élections municipales de 1951 et de 1952. En outre, la coalition gouvernementale apparaît de plus en plus fragile. La loi électorale majoritaire qui remplace la proportionnelle pure n'atteint pas son but de renforcer la coalition gouvernementale centriste. Et, aux élections générales de juin 1953, il manque 57 000 voix à la coalition pour atteindre la majorité absolue.
Les élections de juin 1953 marquent la fin de l'ère De Gasperi. Ce dernier forme un huitième gouvernement homogène démocrate-chrétien ; mais le cabinet tombe dès le 28 juillet. Se succèdent alors des formations diversement orientées : gouvernement démocrate-chrétien présidé par Giuseppe Pella (août 1953), puis par Amintore Fanfani (janvier 1954), retour au centrisme et au quadripartisme avec les gouvernements Mario Scelba (février 1954) et Antonio Segni (juillet 1955). Après le retrait de G. Saragat et la chute de ce dernier gouvernement, Adone Zoli forme un gouvernement homogène démocrate-chrétien, mais obtient une majorité grâce aux voix des néofascistes. A. Zoli se maintient cependant jusqu'aux élections générales de 1958.
La Démocratie chrétienne envisage au cours de son congrès de Naples de laisser une porte ouverte à une éventuelle participation des socialistes dans une nouvelle coalition gouvernementale. De leur côté, les socialistes de Pietro Nenni, au congrès de Turin (1955), préconisent l'« ouverture à gauche » et le « dialogue avec les catholiques ». L'élection en avril 1955 d'un président démocrate-chrétien, Giovanni Gronchi, partisan de l'ouverture à gauche, illustre l'élargissement de la Démocratie chrétienne. Les communistes italiens enfin soulignent leur originalité en définissant une voie italienne au socialisme. Cependant, la période post-stalinienne provoque des remous à l'intérieur du parti communiste italien, qui perd 300 000 adhérents.
Aux élections de 1958, le parti démocrate-chrétien renforce ses positions en remportant 273 sièges sur 596, et le P.C.I., avec 140 sièges, en perd 3. Avec 24 sièges à la Chambre et 9 au Sénat, le M.S.I. constitue une force politique importante.
A. Fanfani, leader de la Démocratie chrétienne, forme alors un ministère de « centre gauche », mais G. Saragat, qui accepte quatre portefeuilles pour les membres de son parti social-démocrate, refuse de rentrer dans le gouvernement.
En janvier 1959, lors du congrès du parti socialiste italien, P. Nenni fait voter une motion qui dégage son parti de tout accord avec les communistes, provoquant une crise gouvernementale. A. Segni constitue alors un gouvernement démocrate-chrétien. Au congrès de la Démocratie chrétienne, Aldo Moro est élu secrétaire général à la place de Fanfani (23-28 octobre). Sur le plan social, le gouvernement Segni doit affronter une certaine agitation syndicale et, en outre, une agitation de la population de souche germanique dans le Haut-Adige. En 1960, le président de la République se rend à Moscou, où il rencontre Nikita Khrouchtchev, et, dès son retour, le parti libéral retire son soutien au gouvernement, provoquant la chute de A. Segni. Fernando Tambroni forme alors un nouveau gouvernement et obtient la majorité à la Chambre grâce au M.S.I. ; trois ministres démissionnent alors. Dès juillet, le cabinet Tambroni doit à son tour démissionner après la tenue à Gênes du congrès des néofascistes. A. Fanfani redevient président du Conseil et obtient à la Chambre une large majorité.
A. Fanfani et A. Moro se rendent compte de la nécessité de s'ouvrir à gauche, le parti de Saragat s'y montrant enclin. En janvier 1962, la majorité de la direction du parti socialiste adopte la thèse de P. Nenni, favorable à un rapprochement avec la Démocratie chrétienne. Au congrès de la Démocratie chrétienne de janvier, la thèse de A. Moro, favorable au rapprochement avec les socialistes, triomphe. Le nouveau gouvernement Fanfani, formé en février 1962, comprend des démocrates-chrétiens, des sociaux-démocrates et des républicains, et obtient la confiance du Parlement, mais les socialistes nenniens s'abstiennent. En mai, A. Segni est élu président de la République de très peu devant G. Saragat. Très souvent appuyé par les socialistes, A. Fanfani se lance dans une politique d'expansion économique et de promotion sociale dans le cadre du « plan Vanoni ». En juin 1962, l'ensemble des compagnies de distribution de l'électricité est nationalisé pour former l'Ente Nazionale de Elettricita. Mais la situation sociale se dégrade. La hausse des loyers, des tarifs de chemin de fer et des impôts au début de 1963 déclenche des grèves massives.
Les élections d'avril 1963 sont marquées par une forte progression du P.C.I., qui gagne 26 sièges, ainsi que du parti de G. Saragat (33 sièges au lieu de 22). La Démocratie chrétienne perd 13 sièges, tandis que le parti libéral progresse (39 sièges au lieu de 17), profitant de la peur d'une partie de l'électorat démocrate-chrétien devant l'« ouverture à gauche ». Après l'échec de A. Moro pour former un gouvernement de centre gauche, Giovanni Leone préside un gouvernement homogène démocrate-chrétien (19 juin-5 novembre 1963). Ce n'est que le 5 décembre que A. Moro peut présenter un gouvernement de centre gauche, après le 35e congrès du parti socialiste en octobre, qui s'est déclaré en faveur de l'entente avec la Démocratie chrétienne. P. Nenni devient vice-président du Conseil et Saragat ministre des Affaires étrangères. L'une des conséquences de la participation des socialistes (P.S.I.) est la formation du parti socialiste italien d'unité prolétarienne (P.S.I.U.P.), issu de l'aile gauche du parti.
Une série de mesures d'austérité est décidée pour faire face à la crise économique et financière (février 1964). Puis, le 26 juin, A. Moro démissionne à la suite de la publication d'un texte selon lequel le président du Conseil serait en désaccord avec les socialistes sur les réformes économiques. Le deuxième cabinet Moro doit adopter un plan de stabilisation. En outre, la coalition souffre de l'opposition sourde de l'aile gauche des socialistes. Après la démission de A. Segni, souffrant, G. Saragat est élu, avec difficulté, président de la République, le 28 décembre 1964. Luigi Longo devient secrétaire général du P.C.I. après le décès de Palmiro Togliatti (23 août). Chez les démocrates-chrétiens, Mariano Rumor est élu secrétaire général. A. Moro, parvenu à surmonter une grave crise gouvernementale provoquée par la démission de A. Fanfani en décembre 1965 du ministère des Affaires étrangères, forme, en février 1966, son troisième gouvernement. Le 30 octobre 1966, la réunification du parti socialiste et du parti social-démocrate italien donne naissance au parti socialiste unifié. P. Nenni est élu président de tous les socialistes. Certains membres de l'ancien parti socialiste démocratique refusent cependant d'entériner une telle décision et fondent l'Union socialiste démocratique.
La stabilité gouvernementale est remise en question par les élections générales de mai 1968 : le parti socialiste unifié n'obtient que 91 sièges, l'ensemble de la droite recule, tandis que l'extrême gauche connaît un succès notable. Le refus des socialistes de participer à une coalition gouvernementale entraîne la chute du ministère Moro en juin.
G. Leone forme un gouvernement homogène le 24 juin 1968, tandis qu'une agitation sociale et universitaire gagne l'Italie. Au congrès socialiste d'octobre, P. Nenni est violemment critiqué par la gauche de son parti. Le 14 novembre, une grève touche 12 millions de travailleurs et oblige le gouvernement Leone à démissionner. Cependant, alors qu'une grève générale vient de paralyser Rome en décembre, un accord de coalition de centre gauche entre la Démocratie chrétienne, les socialistes et les républicains permet à M. Rumor de former un gouvernement comprenant des représentants des trois partis. Mais l'agitation sociale persiste. Au début de juillet 1969, le parti socialiste se scinde de nouveau malgré les efforts de P. Nenni, ouvrant ainsi une nouvelle crise gouvernementale. Le 11 août, M. Rumor forme un cabinet homogène qui tient compte de tous les courants de la seule Démocratie chrétienne. Cette dernière ne pouvant durablement diriger seule, M. Rumor parvient, après de longues négociations, à faire investir en avril 1970 un gouvernement comprenant 17 démocrates chrétiens, 6 socialistes, 3 socialistes unitaires et 1 républicain. Après une nouvelle crise ministérielle (6 juillet-6 août 1970). Emilio Colombo forme un nouveau ministère de centre gauche. Au terme d'un long débat, la loi qui introduit le divorce dans la législation italienne est adoptée par le Parlement italien. Aussitôt, de nombreuses organisations catholiques signent une demande de référendum pour l'abrogation de cette loi. La crise politique latente favorise les néofascistes, qui gagnent des voix aux élections partielles de juin 1971. En décembre 1971, G. Leone est élu président de la République, mais derechef des difficultés apparaissent pour former un nouveau gouvernement. Le Parlement doit être dissous en février 1972 pour procéder à de nouvelles élections générales. Un nouveau gouvernement de coalition Andreotti est formé (juin 1972-juin 1973), auquel succède un gouvernement de centre gauche Rumor (juin 1973-mars 1974). Ce dernier, réformé en mars, doit affronter une série de scandales qui éclatent dans les milieux officiels. En novembre, A. Moro forme un ministère à majorité démocrate-chrétienne ; mais, après le retrait du soutien du parti socialiste, il est obligé de provoquer des élections anticipées en juin 1976. Celles-ci marquent une poussée sans précédent du parti communiste. G. Andreotti forme, en juillet, un ministère démocrate-chrétien minoritaire qui obtient l'investiture grâce à l'abstention des communistes.
Devant la recrudescence des violences, G. Andreotti parvient à réunir les représentants des six grands partis italiens, des libéraux aux communistes. Cette réunion aboutit à un accord de compromis sur les grandes questions intérieures (4 juillet 1977), marquant la participation, pour la première fois depuis 30 ans, du P.C.I. à l'élaboration d'un programme gouvernemental. Le 22 juillet, les décrets d'application de la loi régionale sont adoptés. Un plan de stabilisation économique et une loi de reconversion industrielle sont mis au point.
Cependant, la violence politique, apparue au lendemain des grandes grèves de 1969, se poursuit ; des groupes armés révolutionnaires (Brigades rouges, Noyaux armés prolétariens) et les autonomes relaient le terrorisme fasciste, dont la vague s'est achevée en 1973. Le 16 mars 1978, le président de la Démocratie chrétienne, A. Moro, est enlevé, puis assassiné le 19 mai, alors que les communistes rentrent dans la majorité gouvernementale par un vote de confiance. Ce terrorisme d'extrême gauche a pour résultat d'empêcher la réalisation du « compromis historique » (entre le P.C.I. et la Démocratie chrétienne). Le 15 juin, à la suite d'une violente campagne de presse l'accusant de corruption, G. Leone doit démissionner et est remplacé à la présidence de la République par Alessandro Pertini (parti socialiste).
Le gouvernement lance un nouveau plan triennal qui vise à la création de 500 000 emplois (le pays compte 1,6 million de chômeurs). En outre, l'Italie adhère au système monétaire européen. Cette dernière décision ainsi que le refus de la Démocratie chrétienne d'admettre des ministres communistes amènent le parti communiste à retirer son soutien au gouvernement (janvier 1979).
L'interruption de l'expérience d'unité remet en cause la stratégie des trois grands partis. Cependant, les élections générales des 3-4 juin 1979 ne modifient pas profondément les équilibres, et la Démocratie chrétienne demeure la plus importante formation politique italienne. Le 4 août, Francesco Cossiga forme un gouvernement tripartite (Démocratie chrétienne, Démocratie libérale et P.S.D.I.). Mais la situation économique se détériore, tandis que le terrorisme fait de nombreux morts. En outre, le gouvernement doit affronter une nouvelle vague de revendications syndicales dans un climat lourd de défiance à la suite de la révélation de nombreux scandales touchant les milieux officiels. Le deuxième gouvernement Cossiga, formé en mars 1980, comprend des socialistes et prend des mesures de lutte contre le terrorisme. Il doit démissionner à la suite d'un vote défavorable de la Chambre sur des mesures économiques. Le président de la Démocratie chrétienne, Arnaldo Forlani, constitue un nouveau gouvernement grâce au soutien de l'ensemble des tendances de son parti. À la fin de l'année 1980, la situation de l'emploi demeure préoccupante. Un tremblement de terre fait plus de 10 000 morts en Italie du Sud et provoque une crise politique. À la suite d'un nouveau scandale (plusieurs membres du cabinet sont accusés d'appartenir à une loge maçonnique P-2 qui serait impliquée dans des activités criminelles), A. Forlani présente sa démission et le leader des républicains, Giovanni Spadolini, forme un ministère en juin 1981 comprenant des démocrates-chrétiens, des socialistes, des sociaux-démocrates, des républicains et un libéral. Le nouveau gouvernement lutte contre le terrorisme et mène une politique d'austérité, mais les divergences entre les ministres socialistes et démocrates-chrétiens paralysent son action. G. Spadolini démissionne en novembre 1982 ; A. Fanfani forme un gouvernement, que la défection des socialistes contraint à démissionner dès avril 1983.
Les élections anticipées de juin 1983 sont marquées par un net recul de la Démocratie chrétienne et par la progression du parti républicain (P.R.I.) et de l'extrême droite. Bettino Craxi forme en juillet le premier gouvernement italien à direction socialiste, avec toutefois une majorité de ministres démocrates-chrétiens. Le gouvernement Craxi parvient, malgré l'opposition des communistes, à engager un certain nombre de réformes destinées à lutter contre l'inflation, notamment la suppression de l'échelle mobile des salaires. Mais si l'économie italienne connaît une certaine reprise, la balance commerciale continue à se dégrader, et la lire, à se déprécier. Depuis la signature, en février 1984, d'un nouveau concordat qui remplace les accords du Latran, le catholicisme n'est plus religion d'État.
En juillet 1985, F. Cossiga succède à A. Pertini à la présidence de la République. En avril 1987, après la démission du gouvernement Craxi (en mars), le démocrate-chrétien A. Fanfani est nommé président du Conseil, mais, à la suite d'un vote de défiance au gouvernement, des élections anticipées ont lieu en juin. Elles sont remportées par la Démocratie chrétienne, à qui échoit la présidence du Conseil, d'abord avec Giovanni Goria (1987-1988), ensuite avec Ciriaco De Mita (1988-1989), puis, au terme d'une nouvelle crise politique, avec G. Andreotti (1989-1992). En mai 1992, après la démission de F. Cossiga, un autre démocrate-chrétien, Oscar Luigi Scalfaro, accède à la présidence de la République.
Au début des années 1990, la scène politique italienne semble solidement contrôlée par la Démocratie chrétienne et le parti socialiste de B. Craxi. Mais trois facteurs vont bouleverser le paysage politique italien : l'effondrement du bloc soviétique, l'opération « Mains propres » et le traité de Maastricht.
Achille Occhetto, élu secrétaire du P.C.I. en juin 1988, décide de réformer le parti, qui devient le parti démocratique de la Gauche (P.D.S.). Cette évolution se fait au prix de profonds déchirements internes et d'une scission de l'aile gauche, qui prend le nom de « Refondation communiste ». L'apparition sur la scène politique d'un nouveau parti, qui peut désormais légitimement faire valoir sa vocation gouvernementale, est un élément profondément perturbateur. Sans le ciment anticommuniste, les divergences profondes du monde catholique s'exacerbent et les raisons de son unité politique disparaissent. Quant au P.S.I., il ne peut plus revendiquer le statut de seul représentant d'une gauche démocratique.
Cette période est marquée par la crise de plus en plus profonde qui touche l'État italien. Des réformes institutionnelles s'imposent, mais les partis n'arrivent pas à se mettre d'accord pour les introduire. L'État se trouve également confronté au développement du crime organisé (à Naples, en Sicile et dans les Pouilles), qu'il ne parvient pas à enrayer. En mai et juillet 1992 sont assassinés à Palerme les juges anti-Mafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino. Ces assassinats témoignent de l'impossibilité pour l'État de contrôler une partie du territoire national et du dysfonctionnement de l'administration publique. Dans les deux cas, la responsabilité est rejetée sur la « partitocratie », cette déviation de la démocratie par des partis politiques dont le pouvoir devient de plus en plus arrogant et incontrôlé. Alors que les partis montrent toute leur impuissance, la magistrature occupe progressivement le devant de la scène politique. Le détonateur d'un mécontentement de plus en plus évident à l'égard des partis traditionnels est fourni par la mise au jour, à partir de février 1992, d'une corruption généralisée, érigée en véritable système de gouvernement. L'éclairage brutal de cette zone d'ombre dans la vie publique italienne et l'obstination des magistrats chargés de l'enquête « Mains propres » à dénoncer tous les scandales provoquent un choc dans l'opinion publique, en faisant perdre toute légitimité à la classe dirigeante et au système politique.
L'Italie entre dans une phase de grande fragilité, dans laquelle les gouvernements se succèdent à un rythme rapide, tandis que beaucoup de dirigeants politiques et d'entrepreneurs sont accusés de corruption et emprisonnés. Parallèlement, la Ligue du Nord d'Umberto Bossi (qui développe le thème d'un fédéralisme radical frôlant l'indépendantisme) s'affirme en incarnant la révolte des secteurs les plus avancés de la société contre un pouvoir politique central inefficace et corrompu. Le système des partis axé sur l'hégémonie de la Démocratie chrétienne (le « pentapartito ») finit par s'écrouler pour laisser progressivement place à un système de plus en plus polarisé entre une droite et une gauche recomposées.
Le troisième facteur qui change le panorama politique italien est la signature, en 1992, du traité de Maastricht, sur la création de l'Union économique et monétaire européenne, dont la troisième étape – la mise en place de l'euro – est prévue pour 1999. Au début des années 1990, la dette publique italienne dépasse désormais le produit intérieur brut. Les gouvernements du socialiste Giuliano Amato (1992-1993) et de Carlo Azeglio Ciampi (1993-1994), ex-gouverneur de la Banque d'Italie, poursuivent une politique de rigueur.
En mars 1994 se tiennent les premières élections législatives selon un mode de scrutin qui panache les systèmes proportionnel et majoritaire, approuvé par référendum en 1993. La loi électorale prévoit que 75 % des sièges seront pourvus sur la base d'un système de scrutin majoritaire à un seul tour, et 25 % selon le système proportionnel. L'homme d'affaires Silvio Berlusconi se présente devant le pays à la tête du mouvement de centre droit qu'il vient de créer, Forza Italia ; il s'allie avec des dissidents de l'ex-Démocratie chrétienne (qui a repris, en janvier 1994, le nom de parti populaire italien) et avec Alliance nationale (issue du M.S.I., néofasciste). Les résultats électoraux permettent à cette coalition de centre droit de former, avec l'aide de la Ligue du Nord, un gouvernement dirigé par S. Berlusconi. Mais, affaiblie par des dissensions internes, cette coalition doit céder la place, en janvier 1995, à un gouvernement de transition, composé de techniciens et dirigé par le libéral modéré Lamberto Dini. Celui-ci engage un programme de réformes avant d'être bientôt contraint de démissionner, faute de pouvoir s'appuyer sur une majorité suffisante.
Les élections anticipées d'avril 1996 portent au pouvoir la coalition de centre gauche de L'Olivier, dirigée par le réformiste catholique Romano Prodi, qui devient président du Conseil. Disposant d'une majorité instable, le nouveau gouvernement a besoin des voix communistes du parti d'extrême gauche Refondation communiste. Malgré ce handicap et de nombreux obstacles, R. Prodi réussit à gouverner pendant plus de deux ans, avec pour objectif de permettre à l'Italie d'entrer dans l'Union économique et monétaire. Grâce à l'expérience de son ministre du Trésor, C. A. Ciampi, le gouvernement Prodi parvient à satisfaire à quatre des cinq critères de Maastricht en introduisant notamment, malgré les réticences de Refondation communiste, un impôt extraordinaire pour l'Europe. Le cinquième critère est celui de la dette publique, qui, en dépit d'une légère réduction – suffisante pour convaincre la Commission européenne et les autres partenaires européens – représente encore environ 120 % du P.I.B. En octobre 1998, le gouvernement Prodi tombe après la décision d'une partie de Refondation communiste de ne pas appuyer le projet de loi de finances pour 1999.
Massimo D'Alema (dont le parti, Démocrates de gauche [D.S.], ex-P.D.S., jouit de la majorité relative), devient le premier président du Conseil ayant appartenu à l'ex-parti communiste. Cette coalition de centre gauche dépend à présent d'une formation centriste, l'Union démocratique pour la République (U.D.R.), créée par l'ancien président de la République démocrate-chrétien F. Cossiga. À l'issue d'une crise politique, M. D'Alema, démissionnaire, forme un nouveau cabinet au sein duquel le parti récemment créé par R. Prodi, les Démocrates, fait son entrée, alors que la petite alliance centriste de F. Cossiga, à l'origine de la crise, passe dans l'opposition (décembre 1999). Cependant, l'échec des Démocrates de gauche aux élections régionales d'avril 2000 (au cours desquelles les présidents de région sont élus, pour la première fois, au suffrage universel direct) a raison du second gouvernement D'Alema. L'opposition, emmenée par S. Berlusconi, remporte 8 régions sur 15. Forza Italia confirme avec 25 % des suffrages sa position de premier parti politique italien (il avait retrouvé sa place de leader lors des élections européennes de juin 1999).
En dix-huit mois d'exercice du pouvoir, M. D'Alema a démontré que l'Italie était non seulement un allié fiable – en participant directement aux frappes aériennes de l'O.T.A.N. en République fédérale de Yougoslavie (mars-juin 1999) puis en engageant ses troupes dans la Kfor –, mais qu'elle était aussi un partenaire solide pour ses voisins européens, en poursuivant l'œuvre d'assainissement de son économie, depuis son entrée dans la zone euro. La nomination de l'ex-président du Conseil, R. Prodi, à la présidence de la Commission européenne souligne l'importance que revêt désormais la place de l'Italie au sein de l'Union européenne et du rôle grandissant qu'elle est appelée à y jouer. M. D'Alema n'est pas parvenu à associer l'opposition à l'ambitieuse réforme institutionnelle lancée en 1998, qui doit octroyer des pouvoirs accrus aux régions et doter à terme l'Italie d'une structure fédérative.
En mai 1999, O. L. Scalfaro est remplacé à la présidence de la République par C. A. Ciampi, élu dès le premier tour.
Un gouvernement de centre gauche est constitué en mai 2000 par G. Amato, déjà président du Conseil en 1992-1993. Mais, cette fragile coalition doit aussitôt faire face aux attaques répétées de l'opposition, qui réclame des élections anticipées. Ainsi, quelques semaines après son arrivée au pouvoir, G. Amato est affaibli par l'échec du scrutin référendaire (annulé pour cause de participation insuffisante), qui devait entériner divers projets de réforme, dont le changement de loi électorale.
Bénéficiant du retour de la croissance et d'une embellie économique, le président du Conseil ramasse les dividendes de cinq années d'austérité et de rigueur budgétaire, imposées par la majorité de centre gauche et peut proposer une loi de finances pour 2001 plus attrayante que les précédentes (réduction d'impôts, mesures de relance de la consommation et créations d'emplois). Mais, divisé et incapable de se renouveler, le centre gauche assiste avec impuissance au retour de S. Berlusconi et de son Pôle des libertés. En prévision des législatives de 2001, la majorité au pouvoir préfère Francesco Rutelli, le maire de Rome, à G. Amato, pour tenter de contrer le retour annoncé de S. Berlusconi.
Ce dernier a entamé sa reconquête du pouvoir dès le milieu des années 1990, après un premier et bref passage à la tête du gouvernement (avril-décembre 1994), conclu par une sortie peu glorieuse sous la pression des enquêtes judiciaires. Pendant quatre années, le magnat de la communication s'est employé à transformer son mouvement Forza Italia en un véritable parti. Désormais chef de file de l'opposition, il Cavaliere (nom donné au chevalier de l'ordre du Travail) constitue, au sein du Pôle des libertés (devenu en 2000, la Maison des libertés), une alliance regroupant, outre Forza Italia, l'Alliance nationale (néofasciste, issu du M.S.I.) de G. Fini, mais également la Ligue du Nord d'Umberto Bossi, élément très controversé en raison de ses positions xénophobes et sécessionnistes. Bien qu'U. Bossi soit responsable de la chute de son gouvernement en décembre 1994, S. Berlusconi a signé avec ce partenaire – indocile mais nécessaire – un accord sur l'immigration et la dévolution de pouvoirs aux régions.
La Maison des libertés remporte les élections législatives de mai 2001, s'assurant la majorité absolue tant à la Chambre des députés (368 sièges sur 630) qu'au Sénat (177 sur 315). Toutefois, en nombre de voix, sa victoire est courte sur le centre gauche qui, affaibli par ses divisions (Refondation communiste reste en dehors de L'Olivier, mené par F. Rutelli) et ses querelles internes, n'est pas parvenu à convaincre. Ces élections font apparaître une bipolarisation de la scène politique italienne, les grands partis se consolidant au sein des deux coalitions, au détriment des petits partis charnières, dont le pouvoir de faire ou de défaire les majorités commence à faiblir.
Formé en juin 2001 après de longues tractations, le gouvernement Berlusconi est, à l'image de sa coalition, l'un des plus à droite que la péninsule ait connus depuis l'avènement de la République en 1946. G. Fini (Alliance nationale) est nommé vice-président du Conseil, U. Bossi (Ligue du Nord) devient ministre des Réformes et de la Décentralisation. Seule la nomination au sein de ce gouvernement majoritairement eurosceptique de Renato Ruggiero, européen convaincu, aux Affaires étrangères, rassure la communauté internationale. Sous la houlette du Cavaliere, qui s'engage à « changer l'Italie », le gouvernement s'emploie avec zèle à élaborer une série de mesures, essentiellement destinées à servir les intérêts privés de S. Berlusconi et de ses proches : ainsi, dès 2001, sont adoptées les lois sur la garantie d'immunité aux capitaux transférés illégalement, l'abrogation de la taxe sur la succession des grandes fortunes, la dépénalisation de la plupart des crimes de falsification de bilan, la limitation de l'entraide judiciaire internationale ou le recours pour « suspicion légitime » envers les juges. Largement controversées, ces lois poussent dans la rue en septembre 2002 les girotondi (rondes citoyennes) qui dénoncent le « gouvernement de l'illégalité ». Adoptée en juillet 2002, la loi Bossi-Fini durcit les conditions d'entrée et de séjour des immigrés, facilite l'expulsion des clandestins et, paradoxalement, permet la régularisation de plus de 700 000 sans papiers. Votée en février 2003, la loi Biagi sur la réforme du droit de licenciement (du nom du professeur Marco Biagi à l'origine du texte et assassiné par les Brigades rouges le 19 mars 2002) irrite les syndicats et l'opposition qui estiment qu'elle entraîne une forte précarité chez les jeunes ; mieux accueillie par le patronat, elle déçoit néanmoins ce dernier, qui ne voit arriver aucune des réformes libérales annoncées lors de la campagne électorale. Enfin, la majorité de S. Berlusconi fait adopter la loi visant à redéfinir l'ensemble de l'audiovisuel italien : en élevant le plafond des concentrations autorisées, la loi Gasparri permet à Mediaset (l'empire médiatique du Cavaliere) de conserver ses trois chaînes hertziennes (Canale 5, Italia 1 et Rete 4), alors qu'une décision de la Cour constitutionnelle l'oblige à se débarrasser de l'une d'elles avant le 31 décembre 2003. Après un premier renvoi de la part du président de la République, C. A. Ciampi, en décembre 2003, la loi sur l'audiovisuel est finalement votée en mai 2004. De la même manière, la Cour constitutionnelle invalide en janvier 2004 un projet de loi garantissant aux cinq plus hauts responsables de l'État l'immunité pendant la durée de leur mandat et, à la fin de l'année, le chef de l'État refuse de promulguer la réforme de la magistrature.
D'incessantes polémiques agitent la coalition gouvernementale et paralysent son action. Tiraillée entre les exigences contradictoires de ses partenaires – notamment sur le projet de fédéralisme soutenu par la Ligue du Nord mais contesté par l'Alliance nationale et les centristes de l'Union des démocrates-chrétiens et du Centre (U.D.C., issue en février 2002 de la fusion du Centre chrétien démocrate, des Chrétiens-démocrates unis [C.D.U.] et de Democrazia Europea) –, la majorité de S. Berlusconi échoue ou tarde à faire adopter les réformes promises : ainsi la réforme de la fiscalité se réduit à une baisse des impôts de 6,5 milliards d'euros pour 2005 arrachée au prix d'infinies tractations qui ont mis en péril la coalition ; l'application de la réforme du régime des retraites, vivement contestée, est différée à 2008. Les dissensions finissent par éclater en une crise ouverte en juillet 2004 avec le limogeage du ministre de l'Économie et des Finances et le départ de U. Bossi pour le Parlement européen. Après avoir essuyé une série de revers électoraux aux élections locales partielles de mai-juin 2003 puis aux élections européennes et locales de juin 2004, la coalition enregistre une cuisante défaite lors des régionales partielles d'avril 2005 : sur 13 régions soumises à un renouvellement, elle n'en conserve que 2 (Lombardie et Vénétie), le centre gauche en détenant désormais 16 sur un total de 20. Cette déroute entraîne la plus grave crise de la coalition : reprochant son immobilisme au Cavaliere, l'U.D.C. puis le petit parti socialiste italien (autre composante de la coalition) en retirent, l'une ses 4 ministres, l'autre ses 2 représentants. Poussé à la démission (avril 2005), S. Berlusconi forme un nouveau gouvernement au sein duquel Forza Italia se voit renforcé. Toutefois, l'avenir du gouvernement-bis à peine formé est obscurci par une crise économique qui frappe durement l'Italie et qui constitue l'échec majeur de celui qui se voulait le « P.D.G. de l'entreprise Italie ».
Sur le plan international, l'arrivée au pouvoir de S. Berlusconi se traduit par un virage eurosceptique, perceptible dans des déclarations idéologiques (sortie anticommuniste au sommet de Göteborg de juin 2001), ou manifeste lors de prises de position à contre-courant (rejet de l'avion de transport militaire européen, opposition durable à la création d'un mandat d'arrêt européen) entraînant dès 2002 la démission du ministre des Affaires étrangères R. Ruggiero et suscitant le trouble parmi ses partenaires de l'Union européenne, dont l'Italie assure la présidence au cours du premier semestre 2003. Dans la lutte contre le terrorisme, l'Italie, à l'instar de toute l'Union, se place aux côtés des États-Unis, mais, alors que George W. Bush tente de rallier les pays arabes modérés, le président du Conseil vante la « supériorité » de la civilisation occidentale sur l'islam devant la presse à Berlin. Au moment de l'intervention américano-britannique contre l'Iraq, il est davantage du côté de Washington que de Paris, Berlin ou Moscou, sans pour autant s'aligner pleinement sur G. W. Bush, José María Aznar ou Tony Blair, en raison de l'ampleur des manifestations pacifistes dans son pays et des pressions exercées par le Vatican.
Dans la perspective des élections législatives des 9 et 10 avril 2006, S. Berlusconi s'autoproclame candidat unique du centre droit à sa propre succession dès juillet 2005. En décembre, il fait modifier la loi électorale – qui revient au scrutin proportionnel avec une prime accordant la majorité absolue de sièges à la coalition gagnante – et conclut, à deux mois de l'échéance, une alliance électorale avec le mouvement Alternative sociale, fondé en 2004 par la petite-fille du Duce, Alessandra Mussolini. Tout au long de sa campagne électorale, comme durant son mandat, il Cavaliere n'a de cesse d'attiser les divisions au sein de la société italienne, jouant sur les peurs multiples (précarité, délinquance, immigration, augmentation de la fiscalité) de ses concitoyens et réactivant la méfiance envers la gauche. Évitant la déroute que lui prédisaient les sondages, sa coalition de centre droit, la Maison des Libertés, parvient au seuil de la victoire, qui lui échappe de justesse : avec 24 755 voix d'avance (soit 49,8 % contre 49,7 %), l'Union, la coalition de centre gauche rassemblée autour de L'Olivier et emmenée par R. Prodi, obtient la prime prévue pour la coalition gagnante et dispose d'une confortable majorité à la Chambre des députés (340 sièges sur 630). Au Sénat en revanche, elle ne dispose que de 158 sièges contre 156 pour la Maison des Libertés. Conforté par les résultats de Forza Italia, qui demeure le premier parti italien, S. Berlusconi refuse dans un premier temps de reconnaître sa défaite et exige un nouveau décompte des voix. Le 19 avril, la Cour de cassation confirme la victoire – aussi étroite soit-elle – de l'Union mais il Cavaliere envisage d'autres recours. Ce n'est qu'après l'élection le 29 avril de l'ancien leader syndical Franco Marini à la présidence du Sénat et celle du communiste Fausto Bertinotti à la présidence de la Chambre des députés, permettant l'installation de la nouvelle coalition de centre gauche dirigée par R. Prodi, que le président du Conseil sortant remet sa démission.
Après le renoncement du président C. A. Ciampi à solliciter un nouveau mandat, le sénateur de centre gauche Giorgio Napolitano est élu, le 10 mai, à la présidence de la République.
L'Union, rassemblée autour de L'Olivier de R. Prodi, est une coalition de neuf partis, hétéroclite et divisée, uniquement liée par la volonté d'empêcher le retour de S. Berlusconi. Ne disposant que d'une très étroite majorité (notamment au Sénat), elle progresse aux élections municipales partielles des 28 et 29 mai 2006 : Walter Veltroni (Démocrates de gauche) est plébiscité à Rome ; à Turin et à Naples, les maires sortants de centre gauche conservent leur siège dès le premier tour. Plus tard, les 25 et 26 juin, la coalition de R. Prodi sort confortée par le « non » (61,7 %) des Italiens à une refonte en profondeur de la Constitution (qui devait accorder davantage de pouvoir au président du Conseil et renforcer l'autonomie des régions) demandée par S. Berlusconi et la Ligue du Nord. Elle parvient à maintenir une politique budgétaire de rigueur qui satisfait aux critères européens du pacte de stabilité, à mettre en œuvre plusieurs réformes libérales et à créer, malgré l'opposition du Vatican et des centristes, les « dico » (droits et devoirs des personnes vivant ensemble). Sur le plan extérieur, R. Prodi affirme vouloir replacer l'Italie au centre de l'Europe ; conformément à ses promesses, il rapatrie les troupes italiennes envoyées en Iraq (décembre), mais, en contrepartie, décide le maintien du contingent italien en Afghanistan et l'agrandissement de la base américaine de Vicence. Cette concession faite aux États-Unis lui vaut d'être mis en minorité au Sénat par la gauche de sa coalition (communistes et Verts) : le président du Conseil remet la démission de son gouvernement (21 février 2007) avant d'être reconduit une semaine plus tard à la tête de la même coalition « ressoudée », à laquelle il impose un programme en douze points « non négociables ».
Mais le sursis accordé par R. Prodi est de courte durée : n'ayant pas obtenu la solidarité du gouvernement à son égard, le ministre de la Justice, mis en cause dans une affaire de corruption, démissionne en janvier 2008, entraînant avec lui la défection de son parti, l'Union des démocrates pour l'Europe (Udeur), allié chrétien-démocrate de la coalition au pouvoir, décisif au Sénat pour la majorité de centre-gauche. Afin de clarifier la situation politique du pays et de mettre ses alliés devant leurs responsabilités, le président du Conseil décide de se présenter devant le Parlement. S'il obtient la confiance des députés par 326 voix contre 275 (et l'abstention de l'Udeur), il est mis en minorité au Sénat sur la déclaration de politique étrangère par 161 voix contre et 156 en sa faveur, entraînant finalement la dissolution des chambres et l'organisation d'élections législatives anticipées.
À l'automne 2007, tandis que le gouvernement Prodi tente de sauver sa fragile coalition, on assiste à une recomposition des forces politiques. Au centre gauche, sous la direction de W. Veltroni, le maire de Rome, à la suite de la fusion des Démocrates de gauche (D.S.) et de La Marguerite (issue en 2002 de L'Olivier autour de F. Rutelli) naît le parti démocratique (P.D.), tandis qu'au centre droit, S. Berlusconi annonce la création du Peuple de la Liberté, issu du regroupement de son parti Forza Italia, d'Alliance nationale, et de divers groupes démocrates-chrétiens, libéraux et centristes, ces forces étant destinées également à se fondre dans un nouveau parti. Enfin, Refondation communiste, les Verts, le parti des Communistes italiens et la Gauche démocratique s'allient de leur côté dans La Gauche-L'Arc-en-ciel. Malgré la rapidité de ces réalignements, les élections des 13 et 14 avril 2008 sont marquées d'emblée par une simplification des clivages politiques. Le P.D. veut désormais se passer de l'alliance avec la gauche communiste et les écologistes pour se présenter comme la seule alternative crédible à S. Berlusconi. Ce dernier s'affirme, de son côté, comme le leader apparemment incontesté d'une droite « décomplexée », même s'il doit toujours compter sur son alliance avec la Ligue du Nord, qui conserve son autonomie. Au terme d'une campagne électorale sans éclat mais apaisée, S. Berlusconi et le Peuple de la Liberté l'emportent largement avec 37,3 % des voix (276 sièges à la Chambre des députés et 147 au Sénat) devant W. Veltroni et le P.D. qui en recueillent 33,1 % (217 députés et 118 sénateurs). Cette victoire sans appel est amplifiée à l'issue du second tour des élections municipales et provinciales partielles des 27 et 28 avril, avec, en particulier, l'élection retentissante à la mairie de Rome de Gianni Alemanno – candidat du Peuple de la Liberté, ancien activiste du M.S.I. et membre de l'Alliance nationale – qui remporte 53,6 % des voix face à F. Rutelli.
Issu du parti communiste, W. Veltroni a résolument opté pour un recentrage de la gauche italienne, à l'instar de la plupart des socialistes européens, et pour la rupture avec ses alliés d'hier, mais il n'a probablement pas eu le temps nécessaire pour convaincre. L'appel au « vote utile » a été en partie entendu : des petits partis (non régionalistes), seule la liste « Italie des valeurs » conduite par Antonio Di Pietro (l'ex-juge à l'origine de l'opération « Mains propres »), alliée au P.D., se maintient au Parlement en obtenant, avec 4,3 % des voix, 29 députés et 14 sénateurs. La nouveauté de ce scrutin réside ainsi dans la disparition – à la suite de ralliements ou faute d'alliance – des petits partis de gauche et dans l'échec de la coalition Arc-en-ciel. Cependant, le P.D. et la liste Di Pietro n'ont attiré qu'une partie de ces voix qui se sont, soit perdues dans l'abstention ou à l'extrême gauche, soit même reportées sur la Ligue du Nord. Cette dernière apparaît, dans une certaine mesure, comme le grand gagnant des élections puisqu'elle recueille 8,3 % des voix (60 sièges à la Chambre et 25 au Sénat), tandis que l'Union du Centre (U.D.C.) de Pier Ferdinando Casini, désormais opposée à S. Berlusconi mais aussi à sa dissolution dans le P.D., réussit à faire élire, avec 5,6 % des voix, 36 députés et 3 sénateurs.
Hormis ces deux mouvances, l'évolution du système politique italien confirme sa bipolarisation. Toutefois, dans cette lente transition vers une « IIe République » tant attendue, des questions essentielles demeurent irrésolues. Les deux camps, qui ont désormais l'ambition de se restructurer autour de deux grands partis, doivent concilier des traditions politiques et idéologiques divergentes, voire opposées – catholiques et laïques, centralisatrices et régionalistes, libérales et nationalistes. Obligation leur est faite, pour rendre cette mutation pérenne, d'imposer une discipline interne sans laquelle les factions et les querelles intestines ne peuvent que se redéployer comme semble le confirmer l'évolution politique en 2008 et 2009.
Dans les mois qui suivent sa formation, prônant une accélération et une simplification du travail législatif, recourant largement à cet effet au décret-loi, le quatrième gouvernement Berlusconi prend un certain nombre de mesures d'urgence. Parmi les domaines prioritaires figurent en bonne place la sécurité publique et le contrôle de l'immigration tandis qu'au plan économique, les restrictions budgétaires s'accompagnent d'une « rationalisation » de l'administration publique (avec l'introduction de primes de productivité notamment) et d'allègements fiscaux en faveur des ménages. La réforme scolaire et universitaire vise également une réduction des dépenses et une augmentation de la « productivité » de l'enseignement mais provoque la première grande manifestation des forces de centre gauche en octobre 2008 et son application suscite de fortes résistances. Confronté à la crise financière et économique internationale, le gouvernement doit pourtant réévaluer ses dépenses à la hausse, creusant davantage le déficit budgétaire et aggravant la dette publique (plus de 105 % du P.I.B., la plus importante au sein de l'U.E.). La médiatisation de certaines mesures – comme la mobilisation de l'armée pour résoudre la « crise des déchets » à Naples ou le relogement d'une partie des victimes du séisme à L'Aquila – contribuent à la popularité de l'« l'inoxydable » président du Conseil, toujours très élevée malgré les conflits d'intérêts, les déclarations intempestives à l'humour douteux ou les affres de sa vie privée qui embarrassent ses homologues à l'étranger mais laissent indifférents les Italiens dans leur grande majorité. Face à ce champion de la politique-spectacle et au Peuple de la Liberté – qui fusionne en mars 2009 avec l'Alliance nationale du président de la Chambre G. Fini – l'opposition de centre gauche ne parvient toujours pas à se relever de sa défaite d'avril 2008 et de ses divisions. Après de nouveaux revers électoraux au niveau régional, dont un échec cinglant en Sardaigne, W. Veltroni démissionne de la direction d'un parti démocratique qui, déjà en proie aux rivalités internes, parvient à résister vaille que vaille dans ses fiefs traditionnels d'Italie centrale aux élections municipales et provinciales de juin. Toutefois, ce scrutin se caractérise davantage par un rééquilibrage en faveur de la droite que par le triomphe du P.D.L. Au sein de ce mouvement encore peu structuré, G. Fini montre son indépendance – prenant notamment ses distances avec les mesures les plus répressives à l'encontre des immigrés ou rappelant son allié au strict respect de la laïcité – tandis que sur sa droite, la Ligue du Nord, allié puissant mais encombrant, ne cesse d'exercer sa pression avec son programme fédéraliste et de plus en plus xénophobe. Par ailleurs, les deux autres partis charnière, l'U.D.C. et Italie des valeurs, se maintiennent et recueillent même les voix des déçus des deux camps. L'image de S. Berlusconi semble aussi se ternir auprès de son électorat le plus conservateur et les relations avec l'Église catholique se tendent, un mécontentement sourd qui s'exprime dans l'abstention, plutôt défavorable au P.D.L. Enfin, en octobre 2009, le Conseil constitutionnel invalide son immunité pénale votée en juillet 2008 pour le mettre à l'abri pendant la durée de son mandat des poursuites judiciaires alors en cours, une loi très contestée et désapprouvée par l'opinion publique. Mais pour déjouer un hypothétique déclin et dans l'attente des élections régionales de 2010, prochain test électoral, le président du Conseil peut user de ses armes favorites et compter sur d'indéniables atouts. Outre ses sempiternelles attaques contre la magistrature et la presse d'opposition ou ses appels au peuple contre les « comploteurs » et les « fossoyeurs » de l'Italie, le Cavaliere peut probablement encore miser sur la prégnance culturelle du « berlusconisme ».
Agrigente, Arezzo, Assise, Bari, Bergame, Bologne, Brescia, Cagliari, Caserte, Catane, Cefalu (art roman-byzantin), Cerveteri (art étrusque), Ferrare, Florence, Gênes, Lecce, Lucques, Mantoue, Milan, Monreale (art roman-byzantin), Naples, Orvieto, Ostie (art romain), Padoue, Paestum (art grec), Palerme, Parme, Pavie, Pérouse, Pise, Pompéi (art romain), Ravenne (art byzantin), Rome, Sélinonte (art grec), Sienne, Syracuse, Tarquinia (art étrusque), Tivoli, Trente, Trieste, Turin, Urbino, Venise, Vérone, Vicence, Viterbe.
Arnolfo di Cambio, Cavallini, Cimabue, Duccio di Buoninsegna, les Gaddi, Gentile da Fabriano, Giotto, les Lorenzetti, S. Martini, Andrea Pisano et Nino Pisano, Nicola Pisano et Giovanni Pisano.
Alberti, Andrea del Castagno, Andrea del Sarto, Antonello da Messina, Baroccio, les Bassano, les Bellini, Botticelli, Bramante, Brunelleschi, C. Tura, Carpaccio, les Carrache, B. Cellini, Cima, le Corrège, Crivelli, Del Cossa, N. Dell'Abate, L. Della Robbia, Donatello, G. Ferrari, il Filarete, D. Fontana, Foppa, Fra Angelico, Francesco di Giorgio Martini, Ghiberti, les Ghirlandaio, Giambologna, Giorgione, Giuliano et Benedetto da Maiano, B. Gozzoli, Jacopo della Quercia, L. Lotto, le Tintoret, Léonard de Vinci, les Lippi, les Lombardo, Maderno, Mantegna, Masaccio, Masolino da Panicale, Michel-Ange, Michelozzo, Palladio, les Palma, le Parmesan, Pérugin, Peruzzi, Piero della Francesca, Piero di Cosimo, Pisanello, les Pollaiolo, Pontormo, il Pordenone, le Primatice, Raphaël, J. Romain, Antonio Rossellino, Bernardo Rossellino, le Rosso, Salviati, les Sangallo, les Sansovino : Andrea Contucci et Jacopo Tatti, Sassetta, Serlio, Signorelli, le Sodoma, Titien, Uccello, Vasari, Véronèse, il Verrocchio, Vignole.
L'Albane, l'Algarde, le Bernin, Borromini, le Caravage, G. B. Castiglione, Pierre de Cortone, le Dominiquin, C. Fontana, Gentileschi, L. Giordano, G. Guarini, le Guerchin, Lanfranco, Longhena, M. Preti, G. Reni, S. Rosa, Solimena, B. Strozzi.
Il Canaletto, Canova, G. M. Crespi, les Guardi, Juvarra, Longhi, Magnasco, Pannini, Piazzetta, Piranèse, S. et M. Ricci, les Tiepolo.
Balla, Boccioni, Boldini, C. Carrà, De Chirico, L. Fontana, Magnelli, A. Martini, Modigliani, Morandi, P. L. Nervi, R. Piano, G. Ponti, Aldo Rossi, Segantini, Severini.
Boccace, Brunetto Latini, Dante Alighieri, Pétrarque, Marco Polo.
Boiardo, Pic de La Mirandole, Ange Politien, Sannazzaro, L. Valla.
L'Arétin, l'Arioste, G. Bruno, B. Castiglione, G. Guarini, Machiavel, Ruzzante, le Tasse, Vasari.
Alfieri, Beccaria, Goldoni, Carlo Gozzi, Gasparo Gozzi, Parini, Vico.
Foscolo, Leopardi, Manzoni, S. Pellico.
Carducci, D'Annunzio, De Amicis, Fogazzaro, Pascoli, Verga.
Alberto Arbasino, Buzzati, Calvino, D. Campana, B. Croce, U. Eco, Gadda, Gramsci, Malaparte, Marinetti, Montale, E. Morante, Moravia, Pasolini, Pavese, Pirandello, Pratolini, Quasimodo, Sciascia, Silone, I. Svevo, Ungaretti, Vittorini.
Les troubadours (dolce stil nuovo).
A. et G. Gabrieli, G. Gesualdo, M. A. Ingegneri, A. Willaert.
G. Carissimi, E. de'Cavalieri, P. F. Cavalli, A. Corelli, G. Frescobaldi, C. Monteverdi, D. Scarlatti, G. Torelli.
T. Albinoni, L. Boccherini, M. Clementi, F. Geminiani, P. A. Locatelli, J. B. Pergolèse, G. B. Sammartini, G. Tartini, G. B. Viotti, A. Vivaldi.
V. Bellini, G. Donizetti, G. Rossini, G. Verdi.
L. Cherubini, R. Leoncavallo, P. Mascagni, N. Paganini, G. Puccini.
G. Arrigo, L. Berio, F. Busoni, S. Bussotti, L. Dallapiccola, B. Maderna, G. F. Malipiero, L. Nono, G. Petrassi, O. Respighi.
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