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Drapeau de l'Autriche

Autriche

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Carton de situation

Autriche
en allemand Österreich
Nom officiel : République d'Autriche

État fédéral d'Europe centrale, l'Autriche est limitée à l'est par la Hongrie et la Slovaquie, au nord par la république Tchèque et l'Allemagne, à l'ouest par le Liechtenstein, la Suisse, au sud par l'Italie et la Slovénie. C'est un État fédéral constitué de 9 Länder.  

Superficie : 84 000 km2
Nombre d'habitants : 8 361 000 (estimation pour 2007)
Nom des habitants : Autrichiens
Capitale : Vienne
Langue : allemand
Monnaie : euro

Chef de l'État : Heinz Fischer

Chef du gouvernement : Alfred Gusenbauer

Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel

Constitution :

 Adoption : 1920

 Entrée en vigueur : restaurée le 1er mai 1945

Institutions au niveau fédéral

Exécutif

Chef de l'État : président fédéral

Chef du gouvernement : chancelier

Législatif

L'Assemblée fédérale se compose du Conseil national et du Conseil fédéral.

GÉOGRAPHIE

Le milieu naturel

De forme très allongée, l'Autriche appartient à trois domaines géologiques importants : les Alpes (qui occupent 70 % de la surface totale du pays) ; le bassin pannonien (bassin de Vienne) et le monde hercynien d'Europe centrale (Haute-Autriche). Le Danube constitue un trait d'union entre ces trois éléments.

   Les Alpes présentent une série de chaînons d'orientation ouest-est. La ligne de partage des eaux est approximativement constituée par les massifs des Ötztaler Alpen, des Zillertaler Alpen, des Hohe Tauern et des Niedere Tauern. Au nord de ces massifs, essentiellement cristallins, le drainage se fait vers le Rhin (Vorarlberg) et surtout vers le Danube. Au sud, c'est la direction méditerranéenne qui l'emporte dans les parties occidentales (Tyrol méridional) et la direction danubienne à l'est (Drave, Mur). Cette dispersion hydrographique est capitale. Elle exprime la situation de carrefour qui fait l'originalité de l'Autriche. Grâce aux vallées, elle permet le passage Ouest-Est (Danube, Inn) et la liaison entre Europe du Nord et Europe méditerranéenne (vallées alpines, col du Brenner, le plus bas des cols alpins). Ces massifs sont précédés vers le nord par les Préalpes calcaires (Vorarlberg, Tyrol au nord de l'Inn, Préalpes de Salzbourg). À l'ouest, les cols (Fernpass, Seefeldpass) sont bas. C'est une région ouverte sur le Rhin (et le lac de Constance) et la Bavière (par le Lech). Vers l'est, la vallée longitudinale de l'Inn constitue le couloir le plus important.

   

À l'est de la Salzach, les calcaires donnent des reliefs karstiques grandioses. Les glaciers ont ciselé les reliefs dans cette région où les lacs, nombreux, rehaussent la beauté des paysages. La Traun et l'Enns morcellent les Préalpes calcaires. Vers l'est, les Alpes diminuent d'altitude. Certains massifs sont d'orientation sud-nord, ce qui rend les contacts montagne-plaine plus difficiles. La vallée de la Mürz n'est pas un grand axe. Par contre, le bassin de Klagenfurt, grâce à la Drave, est une vaste dépression. Le contact entre Alpes et plaine se fait par des collines tertiaires.

   L'Autriche participe au monde pannonien grâce au bassin tectonique de Vienne, morcelé en plusieurs unités (Weinviertel, Marchfeld, Seewinkel). La région du lac de Neusiedl évoque déjà la plaine hongroise. Au sud le Burgenland, ancienne marche militaire, est formé de collines et de plaines marquant la transition vers la grande plaine pannonienne. Le lœss, partout présent, constitue des terroirs fertiles.

   Au nord du Danube, le Mühlviertel et le Waldviertel, massifs anciens cristallins, sont des régions tabulaires, couvertes de forêts, colonisées au Moyen Âge. Le Danube s'encaisse entre Linz et Krems dans le socle cristallin, formant les paysages pittoresques de la Wachau. Après Krems, mais surtout après le bassin de Tulln, le Danube est un fleuve de la plaine pannonienne.

   Le climat est largement déterminé par la présence des Alpes, véritable château d'eau. Les massifs centraux reçoivent plus de 2 m de précipitations (en partie sous forme de neige). Dans le Sud (bassin de Klagenfurt), les hivers sont moins rigoureux, moins enneigés. L'ensoleillement en altitude est élevé, expliquant le beau temps hivernal (près de 2 000 heures de soleil par an à Villach). Le fœhn est un phénomène fréquent dans les grandes vallées. Son caractère sec et chaud amène la fonte des neiges. Il peut avancer le début de la vie végétative. Les inversions de températures, en hiver, sont un autre phénomène fréquent dans les vallées. Les régions basses danubiennes, situées dans l'ombre pluviométrique des Alpes, reçoivent des précipitations plus faibles, souvent inférieures à 500 mm par an. Les étés sont chauds, mais les hivers peuvent être froids. C'est un climat de type continental, avec de fortes amplitudes thermiques annuelles.

La population

En un peu plus de cent ans, l'Autriche, dans ses limites actuelles, a vu sa population passer de 5 à plus de 8,3 millions d'habitants, la fécondité étant restée longtemps élevée. Ce dynamisme a été général à l'ensemble du pays, à deux exceptions près : le Burgenland (territoire hongrois avant 1919) et, surtout, la capitale, qui a sérieusement pâti de l'éclatement de l'Empire et a perdu quelque 500 000 résidents depuis le début du XXe s. Avec 2 millions d'habitants, Vienne demeure cependant la principale agglomération autrichienne, loin devant Graz, la deuxième ville du pays, qui abrite moins de 250 000 personnes. La densité moyenne de population (100 hab./km2) est modérée compte tenu des contraintes du relief. Le taux de population urbaine est l'un des plus faibles d'Europe (moins de 70 %). L'Autriche est en effet parvenue à maintenir une population significative dans les campagnes : même les Länder les plus montagneux comme le Tyrol ou Salzbourg connaissent une densité de l'ordre de 50 hab./km2.

   Comme la plupart des autres pays européens, l'Autriche est confrontée au vieillissement de sa population. La fécondité (1,4 enfant par femme) et la mortalité (9 ‰) ont atteint un niveau très faible, l'espérance de vie est élevée (83 ans pour les femmes, 77 ans pour les hommes), le renouvellement des générations n'est plus assuré, l'âge moyen augmente. Les Autrichiens de plus de 65 ans représentent désormais 17 % de la population, les jeunes âgés de moins de 15 ans, 15 % seulement.

   Dans sa très grande majorité (98 %), la population est d'expression allemande. Depuis une loi de 1976, six minorités de nationalité autrichienne (Croates, Hongrois, Tchèques, Slovènes, Slovaques puis, plus récemment, Rom) ont obtenu le statut de « groupe ethnique » qui leur confère un certain nombre de droits en matière linguistique. Les étrangers – environ 9 % de la population, soit l'un des taux les plus élevés d'Europe – sont soumis au « droit du sang » qui leur interdit pratiquement toute naturalisation, même s'ils sont nés en Autriche.

   Après avoir été longtemps singulière, la répartition de la population active se rappoche de celle des autres pays développés. L'agriculture et la sylviculture demeurent relativement importantes, avec 5 % des actifs, de même que l'industrie (27 %), alors que, corrélativement, le secteur tertiaire fournit un peu moins de 70 % des emplois. De ce point de vue, l'Autriche se rapproche davantage de l'Italie que de la France ou de l'Allemagne. Plus exceptionnelle est sa situation au regard du chômage, qui ne dépasse pas 4,5 % de la population active, selon les normes européennes. Le salariat prédomine largement (plus de 80 % de la population active).

L'activité économique

L'Autriche a bénéficié d'une très forte croissance économique jusque dans les années 1980, de telle sorte qu'elle possède, aujourd'hui, un P.N.B. par habitant en parité de pouvoir d'achat parmi les plus élevés du monde (35 130 dollars en 2006 ; 9e rang mondial), alors que son grand voisin l'Allemagne ne pointe plus qu'au 16e rang. Elle a donc plus que comblé le retard qui était le sien au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Ce brillant résultat est le fruit d'une politique faisant une large place à l'investissement (entre 20 et 25 % du P.I.B.) et, notamment, à l'investissement productif.

Les réformes économiques : privatisations et maîtrise des dépenses publiques

La vague mondiale du libéralisme a touché l'Autriche dès les années 1980, mais le mouvement s'est amplifié avec la perspective de l'entrée du pays dans l'Union européenne. L'essentiel du vaste secteur industriel public né dans l'après-guerre avait été regroupé en 1970 dans une holding d'État, l'Ö.I.A.G. La première privatisation (partielle) intervint en 1987 et concerna le consortium pétrolier et chimique O.M.V. Les ventes d'actifs publics de l'Ö.I.A.G. se sont multipliées à partir de 1992, si bien que le programme de privatisations de la holding était pratiquement achevé en 1997.

   Le modèle socio-économique autrichien avait, pour corollaire, un poids relativement important des dépenses publiques, en particulier dans les domaines de la santé (sécurité sociale) et de l'éducation, et ce malgré la faiblesse des crédits consacrés à la défense et à la sécurité. En 1995, le déficit du budget fédéral a atteint 5 % du P.I.B. ; un plan drastique d'économies (le Sparpaket) fut alors adopté et mis en œuvre. Cette politique de rigueur laissait craindre l'éclatement des structures de régulation sociale, soumises à une vive critique de la part des tenants du libéralisme et, notamment, de Jörg Haider, le leader du parti d'extrême droite F.P.Ö. Un référendum de 1996 concernant les Chambres des ouvriers et employés (l'un des organismes publics indépendants obligatoirement consultés en matière économique et sociale, y compris pour les projets de loi) a en réalité montré l'attachement des Autrichiens à la cogestion (Sozialpartnerschaft).

Les secteurs économiques

L'agriculture

La contribution de l'agriculture et de la sylviculture au P.I.B. (2 %) est nettement inférieure à leur part dans la population active. L'explication doit être cherchée dans la pluriactivité de nombreux agriculteurs/forestiers, notamment en montagne, où le tourisme, l'artisanat, voire l'industrie, apportent des compléments de revenus : les deux tiers des exploitations agricoles et sylvicoles font l'objet d'un travail à temps partiel. Moyennant quoi, et malgré des conditions naturelles assez peu favorables, l'Autriche dispose aujourd'hui de productions relativement diversifiées, allant des céréales (blé, maïs, orge) à l'élevage (bovins, porcins) en passant par la betterave à sucre, le vin et les arbres fruitiers, sans oublier la pomme de terre, autrefois dominante. Celles-ci couvrent l'essentiel des besoins intérieurs avec, cependant, quelques points faibles (oléagineux, fruits et légumes, volailles). Cette évolution favorable est le résultat d'une politique très volontariste qui a privilégié la productivité tout en luttant contre l'exode rural. La production est géographiquement spécialisée, les zones montagneuses étant essentiellement vouées à l'élevage et à la foresterie, tandis que les coteaux et les plaines (vallée du Danube, Burgenland) accueillent les cultures et la viticulture.

L'industrie

Au cours du XXe s., l'industrie autrichienne a dû s'adapter successivement à l'éclatement de l'Empire puis, sous la férule hitlérienne, à l'économie de guerre axée sur l'industrie lourde, enfin à la reconstitution de l'appareil productif détruit ou démantelé par les Alliés (en 1945, la production ne représentait plus que le tiers de celle de 1938). À cela viennent s'ajouter les contraintes économiques récentes, peu favorables aux activités minières, l'un des fondements traditionnels de la richesse autrichienne. Malgré cela, et jusqu'en 1990, l'industrie a connu un développement extrêmement rapide. L'un des secrets de cette réussite réside dans la capacité de l'Autriche à exploiter avec souplesse et opiniâtreté les ressources du pays, au premier rang desquelles une main-d'œuvre hautement qualifiée. Ainsi s'est développé un tissu industriel diversifié, formé principalement de petites et moyennes entreprises (l'effectif moyen était de 67 personnes en 1994). Beaucoup d'entre elles occupent des « niches » technologiques – et, dans une moindre mesure, artistiques – où le savoir-faire est essentiel. Celui-ci permet également à l'Autriche d'être très performante en matière d'ingénierie.

   Le principal secteur d'activités est celui, très vaste, des constructions métalliques, mécaniques et électriques, qui s'appuie sur une métallurgie largement orientée vers des productions de qualité (aciers spéciaux) et sur des technologies avancées (frittage…), l'Autriche étant spécialisée, notamment, dans la fabrication de moteurs et de machines-outils. Viennent ensuite l'agroalimentaire, la chimie, le papier-carton, le textile, le verre et la porcelaine.

   L'énergie, jadis fournie par des ressources locales (charbon, lignite, hydroélectricité), est devenue plus dépendante des hydrocarbures, dont l'Autriche n'est que faiblement productrice. Les trois quarts du gaz naturel consommé proviennent de Russie. Comme l'Autriche s'est interdit toute production d'énergie nucléaire (référendum de 1978), sa balance énergétique est fortement déficitaire (les importations représentent les deux tiers de la consommation), malgré un effort considérable et continu en faveur de l'hydroélectricité. Ainsi, près de 1 300 centrales hydrauliques fournissent 60 % de l'énergie électrique, leur dissémination sur l'ensemble du pays permettant aux zones montagneuses d'accueillir un certain nombre d'activités industrielles et artisanales, même si le gros des industries manufacturières se situe dans les régions de Vienne, de Graz et de Linz.

Les services

Sa situation géographique vaut à l'Autriche d'être un pays de transit qui utilise une infrastructure de transports développée (1 600 km d'autoroutes, 5 800 km de voies ferrées, trafic fluvial sur le Danube).

   

Le tourisme occupe une place déterminante au sein des activités tertiaires, grâce à un potentiel remarquable et bien valorisé : la montagne et les activités sportives qu'elle génère constituent son principal atout, tandis que l'histoire exceptionnelle du pays a laissé de multiples vestiges, tous soigneusement mis en valeur. Le patrimoine architectural, notamment baroque, est considérable, en particulier à Vienne. Le pays organise également de nombreux festivals de musique et d'art lyrique, le célèbre festival de Salzbourg, dédié à Mozart, attirant les mélomanes du monde entier. En 2006, le pays a accueilli 20 millions de touristes, soit plus de 2 touristes par habitant.

Une économie très ouverte

Compte tenu de la taille modeste du marché intérieur, le développement économique du pays ne pouvait guère être autarcique – agriculture mise à part – sous peine de ne pouvoir bénéficier des effets de productivité liés à la production de masse. Le déficit énergétique, l'industrie, très spécialisée, et le tourisme expliquent, pour une bonne part, l'extraversion de l'économie autrichienne. L'industrie exporte une large part de sa production (60 % pour les constructions mécaniques et électriques) et fournit l'essentiel des ventes de marchandises à l'étranger (88 %). Réciproquement, elle ne peut assurer la satisfaction de tous les besoins du pays en produits manufacturés. Au total, les exportations et les importations de biens et de services représentent plus de 70 % du P.I.B. (France : 45 %). Si la balance commerciale est en léger déficit, celle des services est excédentaire, de même que celle des investissements directs. L'Autriche accueille, en effet, plus d'investissements étrangers qu'elle n'en effectue elle-même hors de ses frontières. Ses principaux partenaires commerciaux sont les pays de l'Union européenne (environ les deux tiers des exportations et des importations), et principalement l'Allemagne. L'Europe de l'Est (Hongrie et République tchèque surtout) bénéficie d'une part importante des investissements directs autrichiens à l'étranger.

HISTOIRE

Les origines

Très tôt, la présence des hommes est attestée sur les territoires de la future Autriche. Depuis le néolithique, on y exploite de nombreuses mines (sel puis métaux) et on y a découvert les traces des civilisations protohistoriques des Urnenfelder (champs d'urnes) et de Hallstatt (village proche de Salzbourg) – qui a donné son nom au premier âge du fer en Europe centrale (de 1000 à 500 avant J.-C.). De 15 avant J.-C. jusqu'à la fin du Ve s., les Romains s'établissent durablement ; les camps de leurs légions donnent naissance aux principales villes autrichiennes : Vindobona (Vienne), Colonia Hadriana (Salzbourg), Lentia (Linz) ; l'empereur Marc Aurèle meurt à Vindobona en 180. À partir du IVe s. débutent les invasions germaniques. Diverses tribus font leur apparition, dont celle des Bavarois. Au VIe s., le pays est partiellement conquis, après la Hongrie, par une population proto-mongole venue d'Asie centrale, les Avars, tandis qu'une autre fraction reste sous domination bavaroise. À la limite des territoires envahis par les Barbares, l'évêché de Salzbourg est fondé en 739. En 803, Charlemagne détruit l'Empire avar et crée l'Ostmark, ou marche de l'Est, séparée de la Bavière et chargée d'assurer la couverture militaire de son empire. Il s'agit sans doute là de l'acte de naissance de l'Autriche, bien que celui-ci soit plus couramment daté de 996, année où apparaît pour la première fois le nom « Ostarrîchi » (Österreich), après la victoire d'Otton le Grand – le fondateur du Saint Empire romain germanique – sur les Hongrois à la bataille du Lechfeld en 955. En 976, la marche d'Autriche est attribuée par l'empereur à la famille des Babenberg.

Les Babenberg

La marche d'Autriche, selon le principe déjà mis en place sans grand succès par Charlemagne, est destinée à protéger l'Empire germanique des incursions et des ambitions de ses voisins turbulents, la Hongrie, évidemment, mais aussi la Bohême. Les Babenberg, qui ont au départ le titre de margrave (« comte de la marche »), obtiennent de l'empereur que l'Österreich soit érigé en duché (1156) et bénéficie désormais d'une certaine autonomie. Sous leur autorité, et avec les nobles bavarois dont ils s'entourent, le pays jouit d'une grande prospérité : la construction de nombreux monastères est encouragée, ce qui permet la mise en culture des terres vierges ; le commerce avec l'Italie se développe. Diverses conquêtes (la Styrie et une partie de la Carniole) agrandissent le territoire. En 1246, Frédéric le Batailleur est tué en combattant les Hongrois : avec lui s'éteint la dynastie des Babenberg.

La fulgurante ascension des Habsbourg

Rodolphe de Habsbourg et la victoire sur les Tchèques

Le roi de Bohême, Otakar II, époux d'une Babenberg, profite de la situation de vacance du pouvoir pour se faire élire duc d'Autriche, d'autant plus facilement que l'Empire germanique est alors sans titulaire. Mais l'« interrègne » s'achève avec l'élection de Rodolphe de Habsbourg (1273), qu'Otakar refuse de reconnaître : la guerre est inévitable. Le roi de Bohême est tué en 1278 à la bataille du Marchfeld, et l'empereur Rodolphe attribue l'Autriche à son fils Albert. Les Habsbourg, à l'origine simples titulaires de fiefs en Alsace et en Suisse alémanique, vont connaître une destinée exceptionnelle : non seulement les descendants du très ambitieux et très catholique Rodolphe régneront sur l'Autriche et ses possessions pendant plus de six siècles, mais ils assumeront la charge d'empereur germanique (d'Allemagne) jusqu'à la disparition de ce titre, en 1806 – à l'exception cependant d'une période de 130 années (1308-1438). Cette double responsabilité rend difficile d'isoler l'histoire de l'Autriche proprement dite. Ainsi, le titre de souveraineté des Habsbourg sur l'Autriche reste pendant des siècles celui de duc, puis d'archiduc (à partir de 1453), et non d'empereur. L'Empire d'Autriche n'est en effet créé qu'en 1804, lorsque le Saint Empire romain germanique est déjà condamné à disparaître.

L'État patrimonial d'Autriche

À la mort d'Albert Ier, en 1308, l'Empire échappe aux Habsbourg, dont l'ambition inquiète les princes allemands. Les ducs d'Autriche se consacrent alors à leurs seules possessions patrimoniales. Ils font l'acquisition de la Carinthie et du Tyrol, mais perdent leurs fiefs suisses, révoltés par leurs abus. L'Autriche constitue alors un État qui s'inscrit sensiblement dans les frontières de l'actuelle République. En même temps, les Habsbourg favorisent le développement économique, culturel et religieux du pays (université et cathédrale de Vienne, collégiale Saint-Étienne, etc.). Ils obtiennent que leur titre devienne héréditaire, en 1356, grâce à l'une des dispositions de la Bulle d'or qui fixe la constitution de l'Empire.

La mainmise sur l'Empire

La couronne impériale revient aux Habsbourg en 1438, avec Albert II (qui par ailleurs devient, pour peu de temps, roi de Bohême et de Hongrie). Mais c'est avecFrédéric III, qui va régner durant presque toute la dernière moitié du siècle, que les Habsbourg, ducs d'Autriche et empereurs, vont atteindre une stature européenne. Frédéric imagine l'orgueilleuse devise de sa famille, « A.E.I.O.U. », qui, dans ses versions latines (Austriae Est Imperare Orbi Universo ; Austria Erit In Orbe Ultima) comme allemandes (Alles Erdreich Ist Österreich Untertan ; Allen Ernstes Ist Österreich Unerzetzlich) proclame hautement l'universalité du destin de l'Autriche. À vrai dire, ce prince, qui fut longtemps mal jugé, assura l'avenir de sa dynastie plus par la négociation et les alliances matrimoniales que par la guerre, pour laquelle il ne montra guère de dispositions. Son fils Maximilien Ier épouse, en 1477, Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, qui apporte les Pays-Bas et la Franche-Comté aux Habsbourg. Son petit-fils, Philippe le Beau, épouse, en 1496, Jeanne la Folle, fille de Ferdinand le Catholique, roi de Castille et d'Aragon, de Sicile et de Naples. Ainsi, son arrière-petit-fils, Charles Quint, va devenir le maître d'un empire « sur lequel le soleil ne se couche jamais ». La même politique de mariages est menée à l'est avec les Jagellon, rois de Bohême, de Pologne et de Hongrie, ce qui annonce la mainmise de l'Autriche sur l'Europe centrale. Cet expansionnisme ne peut que se heurter à des intérêts divergents : à partir du règne de Frédéric III, et pour plusieurs siècles, les Habsbourg doivent faire face à deux adversaires extérieurs, les Turcs et la France, tout en luttant pour imposer leur autorité sur un ensemble étatique extrêmement hétérogène.

Charles Quint et Ferdinand Ier

Charles Quint se trouve donc, par le jeu des héritages, le souverain d'un immense conglomérat de pays et de peuples, trop abusivement nommé Empire. En réalité, il est (principalement) archiduc d'Autriche, roi d'Espagne et empereur d'Allemagne (à partir de 1519). Par goût – il est né et a passé son enfance aux Pays-Bas –, mais aussi par nécessité, il s'intéresse d'abord à ses possessions espagnoles et à leurs prolongements en Italie et dans le Nouveau Monde. Il doit compter avec le roi de France, François Ier, auquel l'opposeront pas moins de quatre guerres, et avec les Turcs, en Afrique du Nord. Ainsi, en 1522, il cède à son frère cadet, Ferdinand, le gouvernement de l'État patrimonial d'Autriche puis, en 1552, le fait désigner comme son successeur à la tête du Saint Empire. Après l'abdication de Charles Quint en 1556, Ferdinand devient donc empereur (Ferdinand Ier), alors que la couronne d'Espagne échoit au fils de Charles, Philippe II. Deux dynasties de Habsbourg, que des mariages consanguins continueront d'unir, règnent alors en Europe.

La monarchie autrichienne (1526-1867)

Le danger turc

À la suite de la victoire des Turcs sur le roi de Hongrie Louis Jagellon (Mohács, 1526), qui perd la vie dans la bataille, Ferdinand peut se faire élire roi de Bohême (terre d'Empire à laquelle est rattachée la Silésie) et de Hongrie. Mais le danger turc se fait pressant. En 1529, Vienne est assiégée par Soliman le Magnifique. L'insuccès de l'opération va conduire le grand sultan à tourner ses efforts de conquête vers le Moyen-Orient, mais la lutte reprendra, avec notamment pour enjeu le contrôle de la plaine hongroise. Un siècle et demi plus tard, en 1683, les Turcs sont de nouveau devant la capitale autrichienne, sauvée grâce à l'intervention du roi de Pologne Jean Sobieski, victorieux au Kahlenberg. Cet échec correspond au début de l'affaiblissement de l'influence ottomane en Europe. Les Autrichiens prennent Buda en 1686 puis, sous la conduite d'Eugène de Savoie-Carignan, dit le Prince Eugène (passé du service de Louis XIV à celui de l'empereur), écrasent les Turcs à la seconde bataille de Mohács (1687), puis à Zenta. Les vaincus doivent signer la paix de Karlowitz (1699), cédant presque toute la Hongrie, puis celle de Passarowitz (1718), par laquelle ils abandonnent le banat de Temesvár (aujourd'hui Timişoara), une partie de la Valachie, de la Bosnie et de la Serbie. C'est désormais un nouvel adversaire, la Russie, que les Turcs auront principalement à combattre en Europe, et l'Autriche n'apparaîtra plus qu'en second plan dans les conflits avec la Sublime Porte (notamment pendant la guerre de 1787-1792).

   Au début du XVIIIe s., la maison d'Autriche est ainsi au faîte de sa puissance : à la tête de l'Empire allemand, elle est aussi souveraine directe d'un ensemble d'États correspondant aux actuelles Républiques autrichienne, tchèque, slovaque, hongroise et à une partie de la Pologne, de l'Italie, de l'ex-Yougoslavie et de la Roumanie – même si elle a, quelques siècles plus tard, dû céder l'Alsace à la France.

Le « patchwork » autrichien

Cet ensemble est disparate, notamment sur le plan linguistique – Tchèques et Hongrois, notamment, mènent un combat continu pour faire reconnaître leur langue face à l'allemand –, et la réforme protestante va donner l'occasion aux peuples soumis de prendre leurs distances vis-à-vis des très catholiques Habsbourg. Pourtant, ces derniers ne gouvernent pas à la manière des rois de France, qui veulent – et savent – mettre au pas toute autorité intermédiaire. Dès le début de son règne, à partir donc du premier quart du XVIe s., le futur empereur Ferdinand Ier met en place des institutions qui, tout en visant à assurer sa prééminence, tiennent compte des traditions locales et s'appuient sur le haut clergé et sur la noblesse. Il reprend pour une part les initiatives que son arrière-grand-père, Maximilien, avait prises dans le cadre des domaines héréditaires, et qui consistaient à créer une série de conseils délibérant collectivement sous l'autorité d'un président. Les institutions « nationales », en particulier les diètes (assemblées), sont maintenues. L'appareil de souveraineté qui est ainsi créé est sans doute fort lourd – l'administration autrichienne y gagnera une réputation de lenteur extrême –, mais il est souple et permet de ménager les susceptibilités des puissants. Il perdurera d'ailleurs peu ou prou jusqu'à la révolution de 1848. Le peuple est évidemment tenu à l'écart du pouvoir et la petite noblesse n'est guère plus considérée.

Naissance de la question religieuse

La Réforme (Martin Luther, Jean Calvin) connaît un succès immédiat et le protestantisme se répand dans les États de la maison d'Autriche. Le terrain est particulièrement favorable en Bohême où, un siècle auparavant, Jan Hus avait à la fois prêché le retour à l'esprit de pauvreté de l'Évangile et défendu l'usage de la langue tchèque. Le schisme avait été réprimé par les armes. En Hongrie, l'adoption du calvinisme, qui n'est ni catholique, ni allemand, constitue une double contestation des Habsbourg. Vienne, elle-même, devient une ville majoritairement luthérienne. Cette effervescence correspond à un affaiblissement du pouvoir, tant dans l'Empire que dans les États des Habsbourg. Charles Quint, après avoir combattu les princes protestants (soutenus par la France, qui voyait là l'occasion d'affaiblir la puissance impériale), doit finalement accepter la paix d'Augsbourg (1555), qui accorde aux souverains des États membres de l'Empire le droit de choisir leur religion et de l'imposer à leurs sujets (cujus regio, ejus religio).

   À Vienne, Ferdinand Ier, mort en 1564, a partagé l'État patrimonial d'Autriche entre ses trois fils, l'Empire et les couronnes de Bohême et de Hongrie revenant à la branche viennoise. La fin du siècle est une période noire pour les Habsbourg : abandon de la capitale viennoise au profit de Prague, querelles fraternelles, défaites devant les Turcs, révoltes paysannes en Hongrie, concessions religieuses en Bohême…

La Contre-Réforme

La réaction à la Réforme fut l'œuvre de Ferdinand II (1578-1637), issu de la branche styrienne, ancien élève des jésuites d'Ingolstadt et devenu empereur en 1619. Un an auparavant s'était produite la seconde défenestration de Prague : comme en 1429, à l'époque de la révolte hussite, des notables catholiques avaient été jetés dans les fossés du château. En 1619, la noblesse tchèque déchoit Ferdinand et élit roi l'Électeur palatin, prince allemand protestant. Ferdinand II réagit vigoureusement et écrase les Tchèques à la bataille de la Montagne Blanche (1620). C'est le début de la guerre de Trente Ans. Allemand à l'origine, le conflit prend une dimension européenne avec l'intervention des puissances étrangères (Danemark, Suède, Espagne, France), dévaste l'Allemagne et se termine par un affaiblissement du pouvoir impérial (traités de Westphalie, 1648) et la perte de l'Alsace, alors que la tutelle de la maison d'Autriche sur ses possessions héréditaires s'accroît. Elle met aussi définitivement fin à l'espoir des Habsbourg de rétablir l'unité religieuse de l'Empire.

   La lutte contre le protestantisme ne se limite pas à la guerre. Les protestants tchèques sont sommés de se convertir, ou de quitter le pays. Décision funeste – comme le sera en France la révocation de l'édit de Nantes – qui vide le pays d'une partie de ses élites et favorise la constitution de grands domaines aux mains de l'aristocratie catholique. Mais, pour des souverains qui préfèrent « régner sur un pays désert que sur des sujets hérétiques » (Ferdinand II), c'était un succès. En Hongrie, la lutte est plus incertaine, l'ensemble de la noblesse, menée par Ferenc Rákóczi, s'étant révoltée, l'indépendance du pays étant même un moment proclamée ; le retour à la paix n'interviendra qu'en 1711, la Hongrie conservant une certaine autonomie, notamment sur le plan fiscal, ainsi que la liberté du culte.

   Sous l'impulsion de la Compagnie de Jésus est également mise en place ce que l'on appellerait aujourd'hui une vaste opération de communication, afin de conforter la « vraie foi ». La Contre-Réforme, dans l'ensemble du monde catholique, est bien sûr doctrinale (concile de Trente, 1545-1563) et pastorale (création de séminaires, de couvents, d'universités), mais elle prend aussi une dimension artistique, réaction à l'austérité et à la sobriété protestantes. Dans les pays danubiens, l'art dit « baroque », d'inspiration religieuse, sollicite la sensibilité, impressionne par le pathétisme, éblouit souvent par la somptuosité. Né en Italie, il trouve un terrain d'élection dans l'Empire et en Hongrie, qui se couvrent d'églises à l'architecture caractéristique, richement décorées de fresques, de statues, de mobilier. La haute noblesse catholique n'hésite pas, pour sa part, à se faire construire de magnifiques palais à la mode. L'architecture baroque demeurera dominante dans l'Empire jusqu'à la seconde moitié du XVIIIe s.

L'hostilité austro-française

Le conflit entre la France et les Habsbourg débute avec la succession du duc de Bourgogne Charles le Téméraire, mort devant Nancy en 1477, et le mariage de Maximilien d'Autriche avec Marie de Bourgogne. Si la France récupère la Bourgogne ducale (à l'ouest de la Saône), elle se voit, à l'avènement de Charles Quint – également héritier de la couronne d'Espagne –, littéralement encerclée par les Habsbourg, la partition intervenue entre les branches espagnole et autrichienne n'écartant pas, aux yeux des rois de France, la menace. Desserrer l'étau, affaiblir les Habsbourg, conquérir les territoires ou places fortes permettant de consolider les frontières (Nord, Rhin, Pyrénées…) deviennent les objectifs fondamentaux de la politique extérieure française. Les très catholiques rois de France n'hésitent pas à combattre d'autres souverains catholiques, quitte, au besoin, à s'allier contre eux avec des princes protestants, ou même avec la Sublime Porte. C'est déjà la politique de François Ier, le grand rival de Charles Quint – à qui il avait disputé en vain la couronne impériale –, qui fait alliance avec Soliman le Magnifique et s'engage, mais sans succès, dans les guerres d'Italie : la péninsule passe sous la domination des Habsbourg d'Espagne, qui s'y heurteront à la France jusqu'à la disparition de la dynastie, en 1700. L'intervention française dans la guerre de Trente Ans, à partir de 1635, marque le début d'un face à face armé, qui ne prendra fin, tous comptes faits – et à l'exception de quelques épisodes –, qu'après la Seconde Guerre mondiale. En moins de cinquante ans, l'Autriche et la France s'affrontent de nouveau à trois reprises : guerre de Hollande, de 1672 à 1679 ; guerre de la ligue d'Augsbourg (1688-1697), constituée pour s'opposer à la politique de conquête de Louis XIV ; enfin, guerre de la Succession d'Espagne.

Charles VI et les trois guerres européennes de succession

En 1700, la branche des Habsbourg d'Espagne s'éteint, Charles II mourant sans héritier. Par testament, il a désigné pour successeur le petit-fils de Louis XIV, qui monte sur le trône espagnol sous le nom de Philippe V. Évidemment, cette situation est inacceptable pour les Habsbourg d'Autriche, et l'archiduc Charles conteste le testament. Mais, de son côté, la France ne peut admettre que se reconstitue l'« Empire » de Charles Quint. La guerre, devenue, selon l'expression consacrée, « inévitable », commence en 1701 ; elle oppose la France et l'Espagne à l'Empire, aux Provinces-Unies (actuels Pays-Bas), à l'Angleterre, au Portugal, et s'achève par les traités d'Utrecht et de Rastatt (1713-1714). Philippe V est confirmé sur le trône espagnol, mais la maison d'Autriche hérite des possessions des Habsbourg d'Espagne en Italie et aux Pays-Bas (actuelle Belgique). L'Angleterre gagne Gibraltar et les conquêtes de Louis XIV sont entérinées. L'archiduc Charles, devenu l'empereur Charles VI en 1711, a considérablement accru ses possessions, mais son pouvoir à la tête de l'Empire s'est affaibli. Un nouveau défi, celui de l'hégémonie sur le monde germanique, se pose alors à la maison d'Autriche.

   Se place ici un court épisode d'alliance entre l'Autriche et la France : à la mort de Louis XIV (1715), les relations se tendent entre Versailles et Madrid, Philippe V ayant été écarté de la régence en France. Comme il remet d'autre part en cause les dispositions des traités d'Utrecht, une Quadruple-Alliance (Hollande, France, Angleterre, Autriche) est formée en 1718 contre lui. Mais cette entente est rapidement rompue par la question de la Succession de Pologne. La France soutient Stanislas Leszczyński, beau-père de Louis XV ; la Russie et l'Autriche, Auguste de Saxe. Les combats (1733-1738) se déroulent en Italie. Stanislas doit renoncer au trône de Pologne, mais reçoit en viager la Lorraine : à sa mort, elle reviendra à la France et sortira ainsi de l'Empire. La maison d'Autriche perd en même temps Naples et la Sicile.

   Très tôt, Charles VI est confronté à un autre problème de succession : la sienne propre. N'ayant pas d'héritier mâle, il désigne par la Pragmatique Sanction de 1713 sa fille Marie-Thérèse pour lui succéder à la tête de ses États. D'abord entérinée par les puissances européennes, la Pragmatique Sanction est dénoncée dès sa mort, en 1740, immédiatement suivie par la guerre de Succession d'Autriche, qui s'achève en 1748 (traité d'Aix-la-Chapelle). Certes, la France est de nouveau dans le camp des adversaires des Habsbourg. Mais l'âme de la coalition anti-autrichienne est cette fois un Allemand, un Hohenzollern, Frédéric II, l'ami de Voltaire, qui vient de monter sur le trône de Prusse. Louis XV, poussé par un entourage très hostile à l'Autriche, intervient à contrecœur. La validité de la Pragmatique Sanction est reconnue, mais la guerre se termine principalement au bénéfice de Frédéric II : il s'approprie la Silésie, qui dépendait de la maison d'Autriche ; la France, dit-on alors, « a travaillé pour le roi de Prusse ». La rivalité austro-prussienne devient la nouvelle donnée fondamentale de l'histoire européenne.

Marie-Thérèse et Joseph II

Par son mariage avec François de Lorraine (1736), qui a dû céder son duché héréditaire à Stanislas Leszczyński en échange du grand-duché de Toscane et qui devient, en 1745, l'empereur germanique François Ier, l'archiduchesse Marie-Thérèse (1717-1780) fonde la branche des Habsbourg-Lorraine, qui régnera sur l'Autriche jusqu'à 1918. Mère de 16 enfants, elle ne laisse pas pour autant à son mari le soin de gouverner ses États. Avec l'aide de son conseiller Haugwitz, puis de Kaunitz, elle les réorganise dans un sens centralisateur : création de la chancellerie d'État (affaires étrangères), de la Cour suprême (justice), du commissariat de la Guerre et du directoire de l'Intérieur, présidé par Haugwitz ; en même temps, elle favorise la germanisation de certains de ses États (rédaction d'un Code pénal unique, colonisation de terres par des Allemands, notamment dans les Sudètes en Bohême, complètement intégrée à l'Autriche en 1749). En 1761, elle institue un Conseil d'État, destiné à limiter le pouvoir des diètes, et développe une bureaucratie et un corps d'officiers fidèles à la dynastie. Marie-Thérèse, dotée d'un grand sens politique, sait pourtant ménager les particularismes de la Hongrie (dont elle obtient un soutien décisif dans sa lutte contre la Prusse), des Pays-Bas et du Milanais. Sur le plan religieux, elle maintient la tradition des Habsbourg, en favorisant le catholicisme avec intolérance, tout en obtenant du pape Clément XIV la dissolution de l'ordre des Jésuites (1773).

   En politique étrangère, elle désire plus que tout prendre sa revanche sur la Prusse et n'hésite pas, dans ce but, à se rapprocher de la France, ce dont témoignera le mariage de sa fille Marie-Antoinette avec le futur Louis XVI (1770). C'est le second épisode d'entente austro-française de l'histoire européenne. Avec la France, et forte de l'appui de la Russie, de l'Espagne, de la Suède et de la Saxe, elle déclenche contre la Prusse, alliée à l'Angleterre et au Hanovre, ce qui deviendra la guerre de Sept Ans (1756-1763), qui se déroule à la fois en Europe et sur les mers, ce second aspect opposant particulièrement les impérialismes coloniaux de la France et de l'Angleterre. L'échec est sévère : l'Autriche doit renoncer définitivement à la Silésie (traité de Hubertsbourg) et la France à l'essentiel de son domaine colonial (traité de Paris) : tout est en place pour que l'Angleterre devienne la première puissance du monde. Quelques années plus tard, en 1772, l'Autriche reçoit une compensation : associée au premier partage de la Pologne, initié par la Prusse et la Russie, elle absorbe la Galicie.

   

Joseph II (1741-1790), fils aîné de Marie-Thérèse, devient empereur à la mort de son père François, en 1765, et commence dès lors, aux côtés de sa mère, à jouer un certain rôle en matière de politique étrangère. Mais il lui faut attendre la disparition de Marie-Thérèse, en 1780, pour assurer la plénitude des pouvoirs. Son caractère est totalement opposé à celui de sa mère : même lorsqu'il assume la continuité de l'héritage (centralisation, germanisation), il agit différemment, les principes abstraits prenant le pas sur les contraintes du gouvernement des hommes. Adepte des Lumières, que Marie-Thérèse détestait, il veut transformer la société par le haut, comme d'autres princes de ce temps. Mais, contrairement à Frédéric de Prusse ou à Catherine de Russie, c'est un pur théoricien, au point de donner son nom – le joséphisme – à sa théorie du despotisme éclairé. Ses réformes audacieuses – abolition du servage et de la corvée, patente de tolérance religieuse, institution du mariage civil, fonctionnarisation du clergé séculier – lui valent l'hostilité des puissants, tout en heurtant le traditionalisme religieux du peuple. Aux Pays-Bas, le mécontentement devient un véritable soulèvement, la « révolution brabançonne », étape de la constitution du sentiment national belge. En Hongrie, Joseph perd l'appui de la noblesse, ce qui le place en position de faiblesse vis-à-vis de la Prusse.

L'Autriche contre-révolutionnaire

Mal conduite, contradictoire et sans doute prématurée, la modernisation entreprise par Joseph II est globalement un échec. La fin de son règne est difficile : allié de la Russie, il a été entraîné dans une guerre incertaine contre les Turcs. Le court règne de son frère Léopold (1790-1792) est entièrement consacré à une reprise en main de la situation (abandon des réformes, soumission des Pays-Bas, réconciliation avec les Hongrois, victoire sur les Turcs). Mais, en France, la Révolution a entre-temps éclaté. La lutte contre la contagion des idées libérales va devenir l'obsession du successeur de Léopold, son fils François, par ailleurs horrifié du sort réservé à sa tante Marie-Antoinette et à Louis XVI. C'est peu dire que cette politique est un échec : la monarchie est abolie en France et, jusqu'à Wagram (1809), l'Autriche va pratiquement de défaite en défaite. Elle perd ses possessions d'Italie, des Pays-Bas et de la rive gauche du Rhin. Le Saint Empire romain germanique disparaît en 1806. François II, empereur d'Allemagne, devient alors François Ier, empereur d'Autriche, titre créé en 1804, année du couronnement de Napoléon. Ce dernier, dictant alors ses conditions à l'Europe, épouse Marie-Louise, la fille de François d'Autriche. La France et l'Autriche sont pour la troisième fois alliées, mais tout aussi provisoirement que par le passé.

   

Dès 1813 en effet, Metternich, le chancelier autrichien, fait basculer à nouveau son pays dans la coalition antifrançaise. Deux ans plus tard, c'est Waterloo et l'abdication définitive de Napoléon. Le congrès de Vienne, dont Metternich, le « cocher de l'Europe », est l'âme, replace l'Autriche aux tout premiers rangs – elle retrouve ses possessions perdues, à l'exception des Pays-Bas (Belgique), et s'approprie la Lombardie-Vénétie. Il consacre aussi le retour à l'ordre ancien, celui pour lequel l'insolente devise « liberté, égalité, fraternité » n'a pas de sens. Mais les choses ne sont plus tout à fait comme avant. Le Saint Empire n'est pas restauré et il est remplacé par la Confédération germanique, que préside François, et qui consacre le morcellement de l'Allemagne. La Prusse, habilement, commence alors à préparer son unité politique à l'aide d'une politique d'union douanière (Deutscher Zollverein), dont l'Autriche est exclue. En outre, la Révolution française et l'épopée napoléonienne ont semé des idées nouvelles, auxquelles le développement économique et l'essor de la bourgeoisie donnent une force irrésistible. On admet de moins en moins l'absolutisme, et le nationalisme gagne les cœurs et les esprits. Ces sentiments sont totalement étrangers à l'empereur, à Metternich, à la cour de Vienne, à l'armée, au clergé. L'Autriche, très hétérogène, va être soumise à de fortes tensions internes, qui la conduiront au bord de la désagrégation, malgré la police et la censure, devenues les armes principales du régime.

La révolution de 1848

Les revendications nationales des peuples non allemands se sont précisées dans la première moitié du XIXe s. : en 1840, les Hongrois ont obtenu l'introduction du magyar comme langue officielle ; le réveil du sentiment national tchèque est devenu une réalité populaire ; l'« illyrisme » (du nom de l'ancienne province grecque puis romaine regroupant la Croatie, la Dalmatie, la Bosnie-Herzégovine, l'Albanie) se développe chez les Slaves du Sud.

   Le 13 mars 1848, suivant l'exemple de Paris, Vienne se soulève et chasse Metternich. L'empereur Ferdinand Ier promet alors une constitution et des réformes libérales. D'autres mouvements révolutionnaires éclatent en Italie, en Hongrie – qui, sous l'impulsion du radical Kossuth, menace de faire sécession –, à Prague. Le 15 mai, l'empereur fuit devant l'émeute. La répression commence alors, menée par les troupes du général Windischgrätz. L'insurrection de Prague est réprimée le 11 juin ; le 25 juillet, les troupes de Radetzky défont à Custoza les patriotes italiens et l'armée piémontaise du roi Charles-Albert de Sardaigne. Vienne est reprise le 31 octobre. En novembre, le prince Schwarzenberg est nommé chancelier et, le 2 décembre, Ferdinand abdique en faveur de son neveu François-Joseph.

   Le nouvel empereur et son chancelier s'emploient à casser définitivement et sans ménagement l'esprit révolutionnaire et les velléités d'indépendance des nations de l'Empire autrichien. Les Piémontais sont battus à Novare (23 mars 1849) et les Hongrois, qui ont élu en avril 1849 Kossuth président de la République, capitulent en août, après l'intervention de l'armée russe. Les réformes libérales de 1848 sont abolies et un régime néoabsolutiste est instauré, qui fait des possessions des Habsbourg un État centralisé. Cette attitude réactionnaire, qui ne tient aucun compte de l'évolution des mentalités, bien loin de régler les problèmes dans un sens favorable à l'Autriche, va au contraire précipiter le déclin de l'Empire.

Échecs et fin d'une dynastie (1859-1918)

Les unités italienne et allemande

L'unité italienne ne pouvait se réaliser que contre l'Autriche, qui possédait deux des plus riches provinces du pays, la Lombardie et la Vénétie. Elle fut permise grâce à l'appui apporté au roi du Piémont-Sardaigne, Victor-Emmanuel, et à son ministre Cavour par l'empereur des Français, Napoléon III. François-Joseph veut s'y opposer par les armes et lance ses troupes en Italie, en 1959. Après une série d'échecs (Turbigo, Magenta…), qui s'achèvent par la meurtrière défaite de Solferino (24 juin), où l'empereur, qui a pris le commandement de ses armées, est personnellement battu, l'Autriche perd la Lombardie, et aurait sans doute perdu également la Vénétie si Napoléon III n'avait abandonné la partie en cours de route, au grand dépit des Italiens. Ce sera chose faite en 1866, lorsque la Prusse, qui veut s'imposer définitivement en Allemagne, s'allie avec l'Italie, et écrase les Autrichiens à Sadowa. La Confédération germanique est immédiatement dissoute, et, au lendemain de la déroute française, naît un nouvel Empire allemand, sous l'autorité de la Prusse (1871). Les Hohenzollern ont pris le pas sur les Habsbourg, et l'horizon de l'Autriche est désormais rétréci au monde danubien.

Le compromis austro-hongrois

Ces luttes ont affaibli l'Empire et François-Joseph, poussé par sa femme Élisabeth (la célèbre Sissi), est amené à faire des concessions aux Hongrois, qui aboutissent au compromis de 1867. La Hongrie est restaurée en tant que royaume dans ses limites historiques et dotée d'une Constitution, d'un Parlement et de ministres responsables devant lui. Le reste des possessions autrichiennes constitue l'Empire d'Autriche, ou Cisleithanie (la Hongrie formant la Transleithanie). Les deux nouveaux États sont liés par la personne du souverain (François-Joseph est couronné roi de Hongrie à Budapest, le 8 juin) et par trois ministères communs : Affaires étrangères, Finances et Guerre. Le système satisfait la majorité des Hongrois – et particulièrement l'aristocratie magyare, toujours aussi puissante –, mais il est source de frustration pour les Tchèques, qui ne bénéficient pas d'un traitement semblable. De plus, il n'apporte aucune solution au problème des populations slaves, particulièrement nombreuses en Hongrie, qui demeurent écartées de toute responsabilité.

Développement économique et rayonnement culturel

Le contraste est grand entre l'affaiblissement international de l'Autriche sous le long règne de François-Joseph et son développement économique. En fait, le recentrage danubien du pays permet à l'industrie et au commerce de dominer les marchés émergents de l'Empire ottoman – et ce jusqu'au Proche-Orient. Des voies ferrées relient Vienne, Budapest et Prague à toute l'Europe : dès 1854, le percement du tunnel du Semmering, premier tunnel alpin, qui permet d'ouvrir une ligne directe entre Vienne et Trieste, rend célèbres les ingénieurs autrichiens. L'industrie lourde se développe à Vienne, elle est florissante en Bohême, qui accueille également des industries textiles. La capitale autrichienne s'enorgueillit d'un artisanat de luxe rivalisant avec celui de Paris. Par contre, les structures rurales n'évoluent guère, de très grands domaines modernisés côtoyant une microagriculture paysanne encore très pauvre. Mais le développement industriel permet à un prolétariat agricole en surnombre de trouver du travail, ce qui n'est toutefois pas le cas en Hongrie, dont la vocation rurale se confirme.

   Jusqu'au déclenchement de la Grande Guerre, le rayonnement culturel de Vienne est considérable. Capitale considérée comme brillante et frivole, que des grands travaux ont transformée (aménagement du Ring), en plein essor démographique (900 000 habitants en 1869, 2 millions en 1910), elle est toujours la plus musicienne des capitales européennes (Johann Strauss, mais aussi Brahms, Mahler, Bruckner, Schoenberg…), elle abrite des peintres inspirés (Klimt, Schiele), des architectes novateurs (Otto Wagner, Adolf Loos), des scientifiques renommés et de grands intellectuels (Sigmund Freud, Stefan Zweig, etc.).

   Une vie politique « moderne » se développe, aboutissant à l'adoption du suffrage universel masculin en Cisleithanie (1907). Trois forces politiques principales apparaissent peu avant 1890 : le parti chrétien-social, très antisémite, qui obtient l'adhésion de la petite bourgeoisie urbaine ; le parti national allemand, violent dans ses méthodes et dont certains membres réclament l'union avec l'Allemagne ; enfin, le parti social-démocrate, d'inspiration marxiste, particulièrement puissant dans le prolétariat viennois.

La question des nationalités et la guerre

Les choses bougent aussi à Prague, à Budapest, à Cracovie, où se renforcent les sentiments nationaux qu'exaltent artistes, écrivains et architectes. Les Tchèques, qui cohabitent de plus en plus difficilement avec les Allemands présents en Bohême, s'opposent particulièrement au pouvoir central : leur Parlement est souvent dissous. À côté des revendications des « nations historiques » s'exacerbe la question des minorités issues de groupes extérieurs à l'Empire (Ukrainiens, Serbes, Roumains, Italiens) qui ont conservé leurs spécificités linguistiques et religieuses. Face au mouvement national des Slaves du Sud, l'autorité hongroise répond par des mesures de rigueur et s'entête dans une politique de « magyarisation » rigide. Le problème prend une dimension internationale quand François-Joseph, profitant de la victoire russe sur les Turcs, décide d'occuper la Bosnie-Herzégovine (1878), s'attirant ainsi l'hostilité du nouvel État serbe, champion de l'indépendance des Slaves du Sud, et celle de l'allié privilégié de ce dernier, la Russie. Il s'en faut de peu qu'un conflit austro-russe n'éclate en 1908, lorsque la double province est purement et simplement annexée par Vienne. Six ans plus tard, l' attentat de Sarajevo contre l'archiduc François-Ferdinand entraîne l'Europe dans la Première Guerre mondiale.

   Les événements se précipitent à partir de 1916. Les indépendantistes Tomáš Masaryk et Edvard Beneš, qui ont créé des légions tchèques combattant aux côtés des Alliés, forment un gouvernement provisoire en exil. L'agitation intérieure se développe et le Premier ministre est assassiné. François-Joseph, qui meurt le 21 novembre 1916, est remplacé par son neveu Charles Ier. Celui-ci engage, sans succès, des pourparlers avec les Alliés, et promet une constitution fédérale (« Manifeste » du 18 octobre 1918). Il est évidemment trop tard et Charles doit s'exiler en novembre 1918.

La République d'Autriche (1918-1938)

S'appuyant sur le principe des nationalités, les traités d'après-guerre dépècent l'Empire et donnent naissance à de nouveaux États, fondés sur des bases linguistiques et culturelles. Mais une exception est faite pour l'Autriche : malgré le vœu des députés, qui souhaitent le rattachement à l'Allemagne, les Alliés s'opposent à ce qu'elle se fonde dans ce qui sera la République de Weimar. La Constitution de 1920 dote la petite Autriche d'un régime fédéral et les chrétiens-sociaux accèdent au pouvoir, qu'ils conserveront jusqu'à 1938. L'accession à la chancellerie d'un prélat, Mgr Seipel, symbolise l'étroitesse des liens entre le pouvoir et l'Église catholique. La vie du nouvel État est dès lors dominée par deux problèmes majeurs : l'économie et la question allemande.

   Sur le premier plan, il s'agit tout d'abord de pallier le déséquilibre entraîné par la dislocation de l'Empire. Le pays est doté d'une capitale désormais hypertrophiée – sa population va régulièrement décroître – et il faut désormais produire sur place ce qui était autrefois fourni par la Hongrie et la Bohême. Défi considérable, qui amène le gouvernement à prendre des mesures d'austérité impopulaires et que complique encore la grande crise de 1929. Ainsi, les tensions sociales, que double, sur le plan politique, la rivalité entre les chrétiens-sociaux (représentant le monde rural et les classes moyennes) et les sociaux-démocrates – dont le fief est « Vienne la rouge » – s'exacerbent (émeutes de 1927 et de 1934). Les affrontements politiques prennent alors une tournure inquiétante, avec la constitution de milices à gauche et à l'extrême droite. Ce contexte désastreux ne pouvait que préparer un terrain favorable au développement de la propagande nazie. Engelbert Dollfuss, devenu chancelier en 1932, entend combattre à la fois la gauche et l'extrême droite. Par la Constitution de 1934, il instaure un régime autoritaire, corporatiste et chrétien, s'inspirant à la fois du fascisme italien et des encycliques sociales du pape Léon XIII. Il s'oppose aux prétentions de Hitler, en s'appuyant sur Mussolini, qui mobilise ses troupes sur la frontière autrichienne. Mais Dollfuss est assassiné le 25 juillet de la même année par des groupes nazis. Kurt von Schuschnigg, qui lui succède, poursuit la politique de résistance aux hitlériens, mais les conditions ont changé : l'Allemagne se renforce, Mussolini, devenu son allié, ne s'oppose plus à l'Anschluss (rattachement de l'Autriche à l'Allemagne), et les démocraties occidentales renoncent à soutenir l'indépendance de la République. Sur ordre de Hitler, les nazis autrichiens multiplient désordres et provocations. Devant le danger, Kurt von Schuschnigg tente de se rapprocher des sociaux-démocrates et de se concilier la Tchécoslovaquie et la Hongrie. Mais il est trop tard. Convoqué le 12 février 1938 à Berchtesgaden par Hitler, il est obligé d'accepter un nazi autrichien, l'avocat Arthur Seyss-Inquart, comme ministre de l'Intérieur, puis doit démissionner après avoir annoncé un plébiscite pour le 13 mars, cédant la place à Arthur Seyss-Inquart. Dans la nuit du 11 au 12, l'armée allemande entre en Autriche. Le chancelier est arrêté et l'Anschluss proclamé le 13. L'Autriche devient une simple province du Reich, l'Ostmark (marche de l'Est).

Sous la coupe de Hitler (1938-1945)

L'Ostmark est administrée par un gouverneur (Statthalter) qui dépend directement de Berlin. Un plébiscite, organisé le 10 avril par les nazis, ratifie l'Anschluss par 99,77 % des voix. Certes, les opposants avaient été massivement arrêtés et les résultats scandaleusement truqués, mais l'Allemagne a profité, en 1938, du soutien de la hiérarchie catholique et d'une certaine sympathie dans la population. L'amalgame austro-allemand est pratiqué dans l'Administration et l'armée, le plus souvent au profit des Allemands. L'économie connaît alors un certain essor, mais ce développement est entièrement mobilisé pour l'effort de guerre. L'opposition catholique et sociale-démocrate, bien que décimée, réussit à survivre clandestinement et quelques groupes de partisans apparaissent, en 1943, dans les montagnes.

   À la fin du conflit, l'Armée rouge pénètre en Autriche au printemps 1945 (Vienne est libérée par les Russes le 12 avril), suivie de peu par les Occidentaux. Comme l'Allemagne, l'Autriche est divisée en quatre zones d'occupation, et Vienne, comme Berlin, en quatre secteurs. Mais les Alliés, considérant que l'Anschluss a été réalisé par la force (déclaration de Moscou du 1er novembre 1943), vont la traiter avec plus de bienveillance. La Seconde Guerre mondiale a fait 600 000 victimes autrichiennes, dont 380 000 dans la Wehrmacht et 130 000 Juifs.

La IIe République (depuis 1945)

Dès le 27 avril 1945, avec l'accord des Soviétiques, le socialiste Karl Renner, qui avait déjà été chef du gouvernement après la défaite de 1918, et qui a pourtant approuvé l'Anschluss, proclame l'indépendance et le rétablissement de la république, déclare nulles les décisions prises depuis mars 1938, et forme un gouvernement provisoire composé de socialistes, de conservateurs et de communistes. La Constitution de 1920 est remise en vigueur. Mais toutes les mesures législatives doivent être soumises à l'approbation des Alliés (accord de contrôle de juillet 1945), qui supervisent par ailleurs la dénazification du pays. Deux formations vont dorénavant dominer la vie politique autrichienne : le parti socialiste autrichien (S.P.Ö.) et le parti populiste autrichien (Ö.V.P.), héritier du mouvement chrétien-social.

   Les élections de novembre 1945 donnent l'avantage aux conservateurs et marquent le déclin des communistes, qui n'obtiennent que 5 % des voix. Elles aboutissent à la constitution d'un gouvernement de coalition Ö.V.P.-S.P.Ö. (avec une participation communiste jusqu'à 1947). En décembre, Karl Renner est élu à la présidence de la République. Ainsi naît la « grande coalition » (socialistes et conservateurs) qui va diriger le pays pendant vingt ans. Elle se fonde sur le principe du Proporz, c'est-à-dire sur la répartition proportionnelle des postes importants entre les partis. Elle va faire de l'Autriche un modèle de société sociale-démocrate, dans lequel l'État joue un grand rôle (économie mixte) et qui vise à assurer le bien-être et l'épanouissement de la population. Le consensus est large, les conservateurs se ralliant aux nationalisations, vues comme un moyen d'empêcher l'U.R.S.S. de mettre la main sur les biens allemands.

Le traité d'État de 1955

Malgré la guerre froide, et après de laborieuses négociations, l'U.R.S.S. finit par accepter un règlement définitif de la question autrichienne. Par le mémorandum de Moscou (15 avril 1955), le chancelier Raab proclame la neutralité permanente de l'Autriche, ce qui permet la signature, un mois plus tard à Vienne, du Staatsvertrag, le traité d'État. L'Autriche est rétablie dans sa pleine souveraineté ; la même année, elle est admise à l'O.N.U. et les troupes d'occupation sont évacuées.

   Ce statut de neutralité va donner lieu à des débats récurrents et devenir un enjeu politique. Il vaut à Vienne de devenir le siège d'organisations internationales – Agence internationale de l'énergie atomique (A.I.E.A.), Organisation des Nations unies pour le développement industriel (O.N.U.D.I.), Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (O.S.C.E.), Organisation des pays exportateurs de pétrole (O.P.E.P.), etc. – et d'accueillir de nombreuses réunions et négociations (rencontre Kennedy-Khrouchtchev en 1961, signature des accords SALT II en 1979). Il permet à l'Autriche de réduire au minimum ses dépenses militaires. La neutralité convient à une opinion publique plus attachée à la qualité de la vie qu'à une quelconque volonté de puissance, mais elle tient l'Autriche à la marge du grand mouvement d'unification européenne qui s'engage, avec la signature du traité de Rome, en 1957.

Bruno Kreisky et l'hégémonie socialiste

Nettement battus aux législatives de 1966, les socialistes doivent accepter la formation d'un cabinet conservateur homogène qui marque la fin de la « grande coalition ». Mais l'opinion bascule rapidement, et Bruno Kreisky devient chancelier en 1970 à la tête d'un gouvernement socialiste, lui aussi homogène. Son « règne », qui va durer treize ans, commence dans l'euphorie. L'économie est en pleine croissance ; un accord avec l'Italie sur la question du Tyrol du Sud (germanophone, mais rattaché à l'Italie en 1919) donne à cette province une large autonomie et permet un début de normalisation des relations entre les deux pays ; de nombreuses réformes permettent de moderniser l'économie et la société (nouvelle loi électorale, réduction de la durée du service militaire, développement considérable de l'enseignement, libéralisation de l'interruption volontaire de grossesse, réforme de la justice). Enfin, en juillet 1972, l'Autriche signe un accord de libre-échange avec la C.E.E. (entrée en vigueur en 1973), qui privilégie les échanges de produits industriels. Mais, frappé par plusieurs scandales, le pouvoir socialiste finit par s'user. En outre, la crise mondiale, dont les effets ont longtemps été contenus par le volontarisme gouvernemental, provoque un ralentissement de la croissance. En 1983, les socialistes perdent la majorité absolue au Parlement, et Bruno Kreisky démissionne. Son successeur, le socialiste Fred Sinowatz, forme une « petite coalition » avec le F.P.Ö. – parti libéral issu de l'Union des indépendants, fondée en 1949 sur des bases ultraconservatrices, voire néonazies –, qui a su se donner une image respectable.

Un temps de remises en question

L'ère Kreisky n'avait pas été exempte de débats passionnés, portant bien évidemment sur sa politique et sur les scandales qui avaient ébranlé son pouvoir, mais aussi sur des thèmes plus « nationaux », comme la question du retour en Autriche d'Otto de Habsbourg ou les velléités d'autonomie de la province occidentale du Vorarlberg. Les choses prennent une tout autre tournure avec l'affaire Kurt Waldheim. Ce dernier, un diplomate, avait été secrétaire général des Nations unies de 1972 à 1982, ce qui n'avait pas manqué de flatter l'amour-propre des Autrichiens, toutes tendances confondues. Alors qu'il est candidat à l'élection présidentielle de 1986, des rumeurs fusent sur les conditions de sa participation à la Seconde Guerre mondiale, le New York Times ayant publié un article accablant sur son compte. Malgré la polémique, K. Waldheim est élu, mettant fin à vingt ans de présidence socialiste et révélant l'ambiguïté des sentiments de l'opinion publique, qui, pour une grande partie d'entre elle, refuse de se confronter au passé. À vrai dire, au lendemain de la guerre, rien de sérieux n'avait été fait pour qu'il en fût autrement : un large usage de l'amnistie avait rapidement effacé les traces d'une dénazification pourtant menée avec mollesse, et le pays tout entier s'abritait sous le mythe protecteur de « l'Autriche, première victime du nazisme ». Si l'affaire est pour beaucoup l'occasion d'une prise de conscience, elle réveille chez certains un vieux fond antisémite et ternit gravement l'image de l'Autriche à l'étranger (les États-Unis interdisent l'entrée de leur territoire à K. Waldheim). À l'intérieur, le chancelier F. Sinowatz, qui démissionne en juin pour marquer sa désapprobation, est remplacé par Franz Vranitzky (S.P.Ö.), qui reste à la tête de la même coalition quelques mois. Comme le petit parti libéral s'est donné en septembre 1986, en la personne de Jörg Haider, un président ultranationaliste, le S.P.Ö. rompt avec lui. Aux élections générales de 1986, le F.P.Ö. double presque le pourcentage de ses voix en passant de 4,9 % à 9,7 %. En recul, les deux grands partis – S.P.Ö. , 43,1 % et Ö.V.P.,41,3 % – décident de former une « grande coalition », dirigée par F. Vranitzky.

   Aux élections d'octobre 1990, le S.P.Ö., avec 43 % des suffrages, reste stable, l'Ö.V.P. s'effondre (32,1 %), tandis que le F.P.Ö., fort de 16,6 % des voix, poursuit une ascension jugée inquiétante, en raison des positions extrémistes de son président. La « grande coalition » demeure au pouvoir. Lors de son congrès de 1991, le S.P.Ö. reprend le nom de parti social-démocrate et réélit F. Vranitzky à sa présidence.

L'adhésion à l'Union européenne

En réaction à la création de la C.E.E. – à laquelle ils ne veulent pas participer en raison du trop grand degré d'intégration demandé –, l'Autriche, le Royaume-Uni, le Danemark, la Norvège, la Suisse et le Portugal décident de fonder l'Association européenne de libre-échange (A.E.L.E.) en janvier 1960 à Stockholm : l'accord prévoit une coopération économique renforcée entre les signataires et la disparition des barrières douanières par étapes avant 1970. Le 3 avril 1989, l'Autriche dépose une demande d'adhésion à la Communauté économique européenne sous certaines conditions : préservation de la législation sociale existante, respect de l'environnement, maintien de la neutralité. Son adhésion à l'Espace économique européen (E.E.E.), le 2 mai 1992, s'avère être une étape essentielle : même si l'E.E.E. exclut certains domaines comme la politique agricole commune, les transports routiers ou le commerce extérieur, il accélère le processus en obligeant l'Autriche à intégrer une partie de l'acquis communautaire dans sa législation interne et, surtout, en préparant l'opinion à une future intégration à l'Union européenne. Les négociations d'adhésion commencent le 1er janvier 1993. L'Union européenne est acquise à une majorité de plus des deux tiers lors du référendum du 12 juin 1994, et l'Autriche y fait son entrée le 1er janvier 1995 avec la Finlande et la Suède. Toutefois, cet enthousiasme, issu d'une vision mythifiée de l'Europe, s'estompe rapidement au contact des réalités : il n'y a pas de relance significative de l'économie, et la volonté gouvernementale de répondre, dans les plus brefs délais, aux critères de convergence du traité de Maastricht aboutit à de sévères restrictions budgétaires, ainsi qu'à une accélération des privatisations. Les Autrichiens considèrent ces transformations comme une remise en cause brutale du modèle économique et social patiemment élaboré depuis 1945 et l'élargissement de l'Union européenne aux anciens pays de l'Est suscite de nouvelles inquiétudes.

Le retour de l'extrême droite

Les élections législatives d'octobre 1994 sont marquées par la forte poussée de la droite nationaliste et xénophobe représentée par le F.P.Ö., qui recueille 22,6 % des voix. Parallèlement, les partis de la coalition au pouvoir enregistrent un net recul (35,2 % pour le S.P.Ö. et 22,7 % pour l'Ö.V.P.). L'alliance S.P.Ö.-Ö.V.P. est néanmoins reconduite, mais un désaccord sur le budget entraîne de nouvelles élections dès décembre 1995. Le S.P.Ö. (38 % des voix)  et l'Ö.V.P. (28,3 %) en sortent renforcés, tandis que le F.P.Ö., loin de réaliser la percée annoncée, stagne à 22 %. Prolongeant la coalition S.P.Ö.-Ö.V.P., F. Vranitzky forme son cinquième gouvernement. Aux élections européennes de 1996, le F.P.Ö. fait pratiquement jeu égal (près de 28 % des voix) avec les sociaux-démocrates et les conservateurs. La même année, les élections municipales à Vienne confirment son ascension, qui est accompagnée de dissensions croissantes au sein de la « grande coalition », toujours reconduite, mais encore plus affaiblie. Les mauvais résultats enregistrés par les sociaux-démocrates aux européennes de 1996 poussent le chancelier Vranitzky à démissionner. Viktor Klima, son brillant ministre des Finances, partisan déclaré des privatisations, lui succède à la chancellerie et à la tête du S.P.Ö. (janvier 1997).

   En avril 1999, J. Haider retrouve son poste de gouverneur de Carinthie (dont il avait dû se démettre huit ans auparavant) après l'excellent score de sa formation à l'élection provinciale de mars (42,1 %). Au scrutin législatif d'octobre, le F.P.Ö. devient la deuxième formation politique du pays en recueillant près de 27 % des voix. Le S.P.Ö., avec 33 % des voix, demeure en tête, mais l'Ö.V.P., devancé de quelques centaines de voix par le F.P.Ö., est relégué en troisième position. La mésentente persistante entre sociaux-démocrates et conservateurs incite ces derniers à se tourner, au début de l'année 2000, vers le F.P.Ö. ; espérant circonscrire la montée en puissance de ce dernier, Wolfgang Schüssel, l'intègre dans un gouvernement de coalition Ö.V.P.-F.P.Ö. L'arrivée de l'extrême droite au pouvoir suscite une vive émotion tant dans la communauté internationale – Israël rappelle son ambassadeur, l'Union européenne prend une série de mesures visant à isoler l'Autriche, sans toutefois l'exclure des instances communautaires – qu'à l'intérieur du pays, où une partie de la population fait part de son indignation.

   Depuis la levée des sanctions à la mi-septembre, l'Autriche réintègre discrètement le concert des nations. Aux élections municipales de Styrie, du Burgenland et surtout de Vienne (mars 2001), le F.P.Ö. enregistre une série de revers. À la suite de la démission, en septembre 2002, de la vice-chancelière Suzanne Riess-Passer et celle du ministre des Finances, qui récusent le report de la réforme fiscale et l'élargissement de l'Union européenne vers l'Est, la coalition gouvernementale vole en éclats. Aux élections législatives anticipées de novembre, l'Ö.V.P., avec 42,3 % des suffrages, devance nettement le S.P.Ö. (36,5 %) et réussit à reconquérir une partie des voix de son allié au gouvernement sortant, le F.P.Ö. ; celui-ci, miné par ses dissensions internes, redescend à 10 %, juste devant les Verts, qui obtiennent 9,5 % des suffrages. Après de longues tractations, W. Schüssel reconduit en février 2003 la coalition avec son ancien partenaire, le F.P.Ö. Cette alliance, décriée par l'Union européenne trois ans auparavant, ne scandalise plus : durablement affaibli, le F.P.Ö. a cessé d'inquiéter et les Verts occupent désormais une position d'arbitre. La politique de réforme du gouvernement Schüssel (suppression progressive de la retraite anticipée, accélaration des privatisations ) se traduit souvent par une épreuve de force avec les syndicats, dont les mots d'ordre de grève sont massivement suivis.

   Plus que l'impopularité de ces réformes, c'est toutefois la personnalité des candidats qui guide le choix des électeurs lors de l'élection présidentielle du 25 avril 2004, remportée, pour la première fois depuis dix-huit ans, par un social-démocrate : Heinz Fischer, politicien chevronné, président du Parlement de 1990 à 2002, défenseur de l'État providence et gardien de la neutralité autrichienne, offre une image rassurante à ses compatriotes en formant un solide contrepoids à la droite. Ce besoin de rééquilibrage est également perceptible lors des élections européennes de juin, à l'issue desquelles les sociaux-démocrates devancent légèrement les conservateurs (respectivement 33,4 % et 32,6 %), tandis que le F.P.Ö. s'effondre à 6,3 % des suffrages, son plus mauvais score depuis 1983. Ce dernier implose en avril 2005, à l'issue d'une crise interne : Heinz-Christian Strache, à la tête de la frange ultranationaliste, s'impose à la tête du parti, et provoque le départ de J. Haider, qui fonde un mouvement concurrent, l'Alliance pour l'avenir de l'Autriche (B.Z.Ö.), afin de rester au sein de la coalition gouvernementale.

   Le 25 mai 2005, l'Autriche ratifie par voie parlementaire le traité établissant la Constitution européenne. En raison de ses liens historiques et géographiques avec les Balkans occidentaux, elle s'efforce de promouvoir leur rapprochement européen. En octobre 2005, Vienne est le principal défenseur de l'ouverture immédiate des négociations d'adhésion de la Croatie avec l'U.E., la mettant en préalable à son accord sur le lancement des pourparlers avec la Turquie. Elle profite de son exercice de la présidence de l'U.E. au premier semestre 2006 pour favoriser le rapprochement européen de l'Albanie, de la Bosnie-Herzégovine et du Monténégro.

Le retour à une « grande coalition »

Bien qu'il soit fragilisé par l'instabilité de son partenaire de coalition et par les revers électoraux enregistrés courant 2005 en Styrie, au Burgenland et à Vienne, l'Ö.V.P. demeurait en tête dans les intentions de vote à la veille du scrutin législatif d'octobre 2006. Contre toute attente, c'est cependant l'opposition social-démocrate qui, bénéficiant d'un faible taux de participation et d'une remontée de l'extrême droite, remporte les élections : avec 35,3 % des suffrages (68 sièges), le S.P.Ö. d'Alfred Gusenbauer devance d'un point l'Ö.V.P. du chancelier sortant W. Schüssel, qui avec 34,3 % des suffrages obtient 66 sièges. Les Verts conservent leur place de troisième parti en devançant de quelques voix le F.P.Ö. de H.-C. Strache – les deux formations obtenant toutes deux 11 % des suffrages et 21 sièges. Le B.Z.Ö. recueille les 4,1 % nécessaires pour être représenté au Parlement, où il dispose d'un siège.

   Après plus de trois mois de tractations entre le S.P.Ö. et l'Ö.V.P. sur un programme commun, les deux partis s'entendent, en janvier 2007, pour former un gouvernement de « grande coalition » rouge-noir. Le social-démocrate A. Gusenbauer succède à la chancellerie à W. Schüssel. Ce dernier cède la direction de l'Ö.V.P. à l'un de ses proches, Wilhelm Molterer, qui devient à la fois vice-chancelier et ministre des Finances dans le nouveau gouvernement, aussitôt investi par le président de la République.

   L'affrontement idéologique entre l'équipe du chancelier social-démocrate, A. Gusenbauer, et celle de son vice-chancelier conservateur, W. Molterer ne tarde pas à mener la « grande coalition » à la paralysie, montrant les limites du système bipartite autrichien. De plus en plus critiqué au sein de sa formation, le chancelier doit, à la mi-juin 2008, en céder la direction à son ministre des Transports, Werner Faymann, réputé apte au compromis. Sans consultation aucune, les deux hommes affirment – par le biais d'une lettre ouverte adressée au quotidien antieuropéen Kronen Zeitung, – leur intention de soumettre à référendum toute nouvelle modification des traités européens. Saisissant le prétexte d'un revirement eurosceptique et populiste de leur partenaire, les conservateurs quittent la coalition le 7 juillet. Bien que la débâcle des sociaux-démocrates (S.P.Ö. : 29,4 %, 58 sièges) et des conservateurs (Ö.V.P. : 26 %, 51 sièges) ait été annoncée, l'ampleur du score réalisé par les deux partis d'extrême droite (F.P.Ö. : 17,7 %, 34 sièges ; B.Z.Ö. : 10,8 %, 21 sièges) – qui ensemble dépassent le score historique des populistes en 1999, jette le froid sur les élections législatives anticipées du 28 septembre. Les Verts (10,1 %, 19 sièges) sortent grands perdants du scrutin.

Repères d'actualité

11 octobre 2008 : la disparition accidentelle du leader du B.Z.Ö., J. Haider, pourrait ouvrir la voie à une réunification de l'extrême droite sous la bannière du F.P.Ö. de H.-C. Strache. Par ailleurs, le candidat du parti social-démocrate à la chancellerie, W. Faymann, est chargé par le président de la République de former le gouvernement.

1er mars 2009 : le B.Z.Ö.-liste Jörg Haider remporte largement les élections régionales en Carinthie avec 45,25 % des voix, améliorant de 6 points leurs résultats aux élections de 2004. Arrivé en deuxième position avec 28,64 % des suffrages, les sociaux-démocrates du S.P.Ö. essuient une cuisante défaite et enregistrent un recul de 10 points par rapport à 2004. L'Ö.V.P. (conservateurs) progressent avec 16,5 % des suffrages.

7 juin 2009 : aux élections européennes, le S.P.Ö. subit une nouvelle défaite avec 23,74 % des voix (4 sièges) et perd la première place derrière l'Ö.V.P., arrivé en tête avec 29,98 % des voix (6 sièges). Le grand gagant est l'« eurocritique » Liste Dr. Hans-Peter Martin qui, après une campagne activement soutenue par le plus grand tabloïd du pays, Kronen Zeitung, fait une percée à 17,67 % des suffrages (3 sièges), enregistrant une hausse de 4 points par rapport au précédent scrutin. Si le F.P.Ö. progresse à 12,71 % (2 sièges), le B.Z.Ö. échoue à entrer au Parlement. Les Verts, en recul, recueillent 9,93 % des suffrages (2 sièges).

CULTURE ET CIVILISATION

Beaux-arts

Principaux centres d'art

Graz, Innsbruck, Klosterneuburg, Linz, Melk, Salzbourg, Sankt Pölten, Sankt Florian, Vienne.

Quelques architectes, peintres et sculpteurs célèbres de l'Autriche moderne

Fin XVIIe-XVIIIe s.

Fischer von Erlach, J. L. von Hildebrandt, Maulbertsch, Permoser, Prandtauer.

XIXe-XXe s.

J. Hoffmann, Hundertwasser, Klimt, Kokoschka, A. Loos, O. Wagner.

Musique

Moyen Âge

Art des Minnesänger, P. Hofhaimer.

XVIIe s.

H. Biber.

XVIIIe s.

C. W. Gluck, J. Haydn, W. A. Mozart.

XIXe s.

A. Bruckner, G. Mahler, F. Schubert, Johann Ier Strauss, Johann II Strauss, H. Wolf.

XXe s.

A. Berg, F. Cerha, A. Schoenberg, A. Webern.

Sciences humaines et philosophie

XIXe-XXe s.

S. Freud, K. Gödel, E. Mach, W. Reich, L. Wittgenstein.

Plan de l'article

Autriche

GÉOGRAPHIE

Le milieu naturel

La population

L'activité économique

Les réformes économiques : privatisations et maîtrise des dépenses publiques

Les secteurs économiques

L'agriculture

L'industrie

Les services

Une économie très ouverte

HISTOIRE

Les origines

Les Babenberg

La fulgurante ascension des Habsbourg

Rodolphe de Habsbourg et la victoire sur les Tchèques

L'État patrimonial d'Autriche

La mainmise sur l'Empire

Charles Quint et Ferdinand Ier

La monarchie autrichienne (1526-1867)

Le danger turc

Le « patchwork » autrichien

Naissance de la question religieuse

La Contre-Réforme

L'hostilité austro-française

Charles VI et les trois guerres européennes de succession

Marie-Thérèse et Joseph II

L'Autriche contre-révolutionnaire

La révolution de 1848

Échecs et fin d'une dynastie (1859-1918)

Les unités italienne et allemande

Le compromis austro-hongrois

Développement économique et rayonnement culturel

La question des nationalités et la guerre

La République d'Autriche (1918-1938)

Sous la coupe de Hitler (1938-1945)

La IIe République (depuis 1945)

Le traité d'État de 1955

Bruno Kreisky et l'hégémonie socialiste

Un temps de remises en question

L'adhésion à l'Union européenne

Le retour de l'extrême droite

Le retour à une « grande coalition »

Repères d'actualité

CULTURE ET CIVILISATION

Beaux-arts

Principaux centres d'art

Quelques architectes, peintres et sculpteurs célèbres de l'Autriche moderne

Fin XVIIe-XVIIIe s.

XIXe-XXe s.

Littérature

XIXe s.

XXe s.

Musique

Moyen Âge

XVIIe s.

XVIIIe s.

XIXe s.

XXe s.

Sciences humaines et philosophie

XIXe-XXe s.

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Médias
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  • Autriche
  • Bruno Kreisky
  • Drapeau de l'Autriche
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  • François-Joseph Ier
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  • Grossglockner
  • Hymne autrichien
  • Joseph II
  • La monarchie austro-hongroise
  • Marie-Thérèse
  • Maximilien Ier
  • Metternich-Winneburg
  • Salzbourg
  • Tyrol
  • Vienne

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Encyclopédie

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Chronologie

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