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Belgique

Belgique

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Carton de situation

Belgique
en néerlandais België
Nom officiel : Royaume de Belgique

État d'Europe occidentale baigné au nord par la mer du Nord, la Belgique est limitée à l'est par l'Allemagne et le Luxembourg, au nord par les Pays-Bas et au sud-ouest par la France. État fédéral, elle comprend trois Régions (Flandre ou Région flamande, Wallonie ou Région wallonne et Bruxelles-Capitale), les deux premières étant divisées en dix provinces.  

Superficie : 32 545 km2
Nombre d'habitants : 10 647 000 (estimation pour 2009)
Nom des habitants : Belges
Capitale : Bruxelles
Langues : allemand, français et néerlandais
Monnaie : euro

Chef de l'État : Albert II

Chef du gouvernement : Yves Leterme

Nature de l'État : monarchie constitutionnelle à régime parlementaire

Constitution :

 Adoption : 1831

 Révisions : juin 1991, juillet 1993

Institutions au niveau fédéral

Exécutif

Chef de l'État : roi

Chef du gouvernement : Premier ministre

Législatif

Le pouvoir législatif est exercé collectivement par le roi, la Chambre des représentants et le Sénat.

GÉOGRAPHIE

Milieu et ensembles régionaux

De dimension modeste, avec un relief modéré, la Belgique est un pays de plaines et de bas plateaux, ouvert sur la mer du Nord. Le climat océanique est doux et humide, avec des amplitudes thermiques réduites et des précipitations régulières, bien réparties sur l'année, mais il se durcit toutefois sur l'Ardenne.

   Si l'on met à part l'extrême sud-est, les altitudes diminuent du sud-est, où se trouve le massif ardennais, vers le nord-ouest formé des plateaux, des collines et des plaines correspondant aux sables et argiles du bassin sédimentaire de la mer du Nord. La limite entre ces deux ensembles est la dépression orientée O.-S.-O.-E.-N.-E. suivie par les rivières : Haine, Sambre, Meuse, Vesdre.

   Au sud-est, la Belgique possède aussi un morceau de Lorraine.

L'Ardenne

L'Ardenne, au sens large, est la partie sud-est du pays, la plus élevée, limitée au nord par les vallées de la Sambre inférieure et de la Meuse. Ce relief correspond à l'affleurement de roches primaires et se divise, du sud au nord, en trois unités, l'Ardenne au sens strict, le Condroz et le sillon Sambre-Meuse.

L'Ardenne au sens strict

L'Ardenne forme un triangle s'élargissant vers l'est, au sud d'une ligne Chimay-Marche-Verviers. C'est un plateau de roches paléozoïques, gréseuses et schisteuses, dont les altitudes s'élèvent vers l'est de 350-400 m à plus de 600 m au plateau des Tailles (baraque de Fraiture, 652 m) et sur les Hautes Fagnes (signal de Botrange, point culminant du pays, 694 m ; baraque Michel, 674 m ; mont Rigi, 678 m) ; souvent les altitudes se tiennent vers 400 m (bassin de La Roche). Les lignes horizontales l'emportent : l'Ardenne est un plateau qui est, par endroits, fortement incisé par des vallées à méandres encaissés, profondes de 200 à 300 m, qui coulent vers le nord ou le nord-ouest (Meuse, Semois, Lesse, Ourthe, Amblève).

   Comme elle ne domine jamais très nettement ses bordures, c'est la végétation forestière qui permet de reconnaître sur le terrain l'Ardenne au sens strict plus que le relief. La forêt est composée de chênes, de hêtres et de bouleaux, qui ont parfois cédé la place aux épicéas et, plus rarement, aux mélèzes. Les hauts plateaux sont, par endroits, encore occupés par la fagne tourbeuse et gorgée d'eau.

   La population a une densité inférieure à 50 hab./km2. Des sols et un climat rudes font que la forêt occupe plus d'un tiers de la surface. L'élevage domine l'agriculture, et les exploitations sont petites. Cette région avait utilisé son bois, ses eaux, ses minerais, pierres, argiles pour développer des industries qui sont en grande partie disparues, mal remplacées par des usines laitières ou par un tourisme qui offre des ressources variées (reliefs, forêts, eaux). Les villes brillent plus par l'histoire ou leur renom touristique que par leur taille (Dinant, Bouillon, Bastogne, Spa).

Le Condroz

On désigne ainsi (en étendant un nom local à toute la région comprise entre l'Ardenne au sens strict et le sillon Sambre-Meuse) une partie plus basse (200 à 300 m), caractérisée par des alignements O.-S.-O.-E.-N.-E. de hauteurs légères (quelques dizaines de mètres) : les « tiges ». Du sud au nord, plusieurs zones se succèdent. Une bande calcaire, vers 250 m, constitue une voie de passage remarquable, un axe de circulation important que la France contrôle à Givet. La Famenne, à l'est de la Meuse, et la Fagne, à l'ouest, forment une plaine (vers 200 m) humide, correspondant à des schistes. L'herbe y occupe 80 à 90 % du sol. Dans le Condroz proprement dit, les tiges, en alignement, correspondent à des grès et s'élèvent d'une cinquantaine de mètres au-dessus de creux calcaires, dont l'altitude est de l'ordre de 250 m. Enfin, au nord du synclinorium de Dinant, les couches dures anciennes remontent et forment une ligne étroite de hauteurs : la « Petite Ardenne ».

Le sillon Sambre-Meuse

Ce sillon limite au nord le massif ardennais et il se prolonge à l'est par la vallée de la Vesdre. De même orientation que les reliefs condrusiens, il a une altitude très basse : de 150 à 100 m. Il est suivi à l'ouest par la Sambre, puis, à partir de Namur, par la Meuse. Il correspond à un deuxième synclinorium, celui de Namur. Son essor est lié à deux facteurs : ce fut, en premier lieu, une grande voie de circulation où les villes ont joué un rôle historique important (Liège notamment) ; l'exploitation du charbon a ensuite entraîné le développement de la sidérurgie, de la métallurgie de transformation, des industries du feu (verrerie, produits réfractaires) et de la chimie (carbochimie et chimie minérale). De grands noms restent attachés à cette région : Cockerill, Ougrée, Providence pour la sidérurgie, Solvay pour la chimie, Glaverbel pour le verre, les A.C.E.C. (Ateliers de constructions électriques de Charleroi) pour les constructions mécaniques ou électriques. De plus, cette région, dont la prospérité a été liée également aux échanges avec l'outre-mer, est enclavée. Aujourd'hui, l'extraction du charbon y a disparu. Aussi, dans ce qui fut la base économique de la Wallonie, le chômage sévit et la conversion se fait, mais difficilement, surtout autour de Mons, de Charleroi et de Liège, les industries nouvelles ou l'évolution vers le tertiaire ne compensant pas les pertes d'emploi.

La Lorraine belge

Au sud-est de l'Ardenne au sens strict, la Belgique possède une partie du Bassin parisien : la Lorraine belge. Les altitudes sont assez fortes : de 350 m à 400 m ; les reliefs sont liés à la successions de trois côtes (cuestas), gréseuses ou calcaires, orientées O.-E.. Au pied de la cuesta la plus méridionale était exploité du minerai de fer. Des sols meilleurs qu'en Ardenne, l'élevage et quelques industries mécaniques n'ont pas empêché l'émigration.

Le Nord-Ouest

La Belgique septentrionale appartient à la grande plaine de l'Europe du Nord. Au nord du sillon Sambre-Meuse, trois parties de plus en plus basses se succèdent : au sud-est, des plateaux se succèdent d'est en ouest, le pays de Herve, la Hesbaye, le Brabant méridional, une partie de Hainaut ; puis des collines (Campine et Flandres); enfin des plaines (plaine maritime flamande et vallée flamande).

Les plateaux

L'altitude des plateaux oscille entre 100 et 200 m. Ils correspondent à un mince placage de couches sédimentaires sur le socle primaire, qui affleure au fond des vallées ; de plus, ils sont recouverts de plusieurs mètres de limons quaternaires. Les cours d'eau, Gette, Dyle, Senne, Dendre, coulent du sud vers le nord, prenant leur source tout près du sillon Sambre-Meuse. Les plateaux sont de plus en plus bas et de plus en plus disséqués du sud vers le nord.

   Le pays de Herve, entre la Vesdre et la Meuse, est encore élevé (300 m), fortement disséqué par de larges et profondes vallées bocagères : le socle paléozoïque, au fond des vallées, est à peine recouvert de craie, de sable et d'argiles. L'altitude maintient un climat rude ; c'est un beau bocage herbager.

   La Hesbaye, limitée par la Meuse et par la Gette, est sèche au sud, humide au nord, parce qu'argileuse et sableuse. Elle propose un paysage dépourvu de haies, pays de blé, de betteraves, où les labours prédominent, où les fermes se groupent en villages.

   Le plateau brabançon est fait de sables et d'argiles, mais, le plus souvent, masqués par des limons épais. L'habitat reste groupé, les champs sont dépourvus de haies, mais l'herbe tient plus de place et des forêts apparaissent.

   Le Hainaut, enfin, a des aspects variés : le sud est un morceau de l'Ardenne, mais déjà largement recouvert de roches plus récentes ; au centre s'allonge d'ouest en est le creux de la Haine, ou de Mons, dont une partie s'appelle le Borinage ; enfin, la partie nord appartient à l'unité suivante : les collines.

Les collines

La Campine, au nord, se prolonge aux Pays-Bas. C'est une région plate à l'est (un bas plateau vers 70 à 100 m), une région de basses collines à l'ouest (vers 20 à 50 m). Elle est formée de sables et de cailloutis récents avec intercalations d'argiles. Isolée, aux sols pauvres, elle était restée déshéritée. Deux facteurs l'ont transformée : le passage de moyens de circulation de plus en plus puissants entre Anvers, Liège et la Ruhr, et la découverte d'un bassin houiller dont l'exploitation a définitivement cessé en 1992. Les landes ont reculé devant les forêts, puis devant l'herbe. Des industries se sont développées : verreries, métaux non-ferreux, activités légères et variées près des villes et des grands axes de circulation.

   Dans le nord-ouest de la Belgique, les collines de Flandres constituent une plaine d'accumulation en bordure de la mer du Nord entre les collines de l'Artois, en France, et l'embouchure de l'Escaut. Elles ont une altitude moyenne de 20 à 50 m. Elles sont taillées dans les argiles, plus rarement dans les sables. Les argiles sur les sables dessinent de légères cuestas. De Watten, en France, jusqu'à Renaix, les monts de Flandre forment une ligne ouest-est s'élevant parfois à plus de 150 m (mont Kemmel, 156 m ; Pottelberg, 157 m). Les cours d'eau (Escaut, Lys), orientés S.-O.-N.-E., occupent de larges vallées.

Les plaines

La plaine maritime flamande borde la côte sur une dizaine de kilomètres de profondeur, puis les plaines pénètrent vers l'intérieur, le long de l'estuaire de l'Escaut à l'extrême-nord et le long de la Vallée flamande au nord de Bruges, de Gand, de Bruxelles et de Louvain. La Vallée flamande est suivie à l'est par le Rupel et coupée par l'Escaut. La côte, rectiligne et basse, inférieure à 5 m d'altitude, offre un paysage de polder. Elle est bordée de cordons de dunes d'origine éolienne entre lesquels des dépressions humides sont appelées pannes.

Le climat

Plus bas, plus proche de la mer, le Nord-Ouest a un climat plus doux que l'Ardenne. Les moyennes de janvier sont rarement inférieures à 2 °C ; le nombre de jours de gelées n'excèdent qu'exceptionnellement 50. Quant aux précipitations, elles sont de l'ordre de 600 à 800 mm, avec une prépondérance plus ou moins marquée de saison froide ou intermédiaire (sans que l'été soit très sec).

La vie économique

Au milieu de l'axe ABC (Anvers-Bruxelles-Charleroi), la capitale est le premier centre industriel belge, avec des branches variées (confection, imprimerie, chimie, constructions mécaniques, alimentation), mais on y constate une tendance à la désindustrialisation. Les activités liées à une capitale nationale ont été confortées par l'implantation d'organismes européens. La réforme administrative a cependant créé une région de Bruxelles minuscule et le statut de la capitale est la cause de la plus épineuse des discordes belges.

   Extrémité nord de l'axe ABC, Anvers est le premier port belge et son influence dépasse les frontières. Sa force vient de l'équipement portuaire, des liens commerciaux et des puissants axes de transport vers toute l'Europe. Depuis les années 1960 s'est développé un grand complexe industrialo-portuaire, mais la taille des navires accueillis est limitée et Anvers, qui s'agrandit sur la rive gauche de l'Escaut, souffre d'une concurrence accrue de Zeebrugge.

   

Les deux provinces flamandes étaient loin, à l'aube des années 1960, des heures glorieuses du Moyen Âge. Forte densité, forte natalité, peu d'industries ; les Flamands devaient émigrer vers la Wallonie, Bruxelles ou la France. On assista alors à une réaction très vive : de nombreuses industries sont apparues près des villes, comme Ypres, Roulers, Saint-Nicolas ; Gand a développé des activités en liaison avec la mer ; des travaux considérables ont été entrepris à Zeebrugge. La Flandre conserve une campagne peuplée, d'aspect bocager (fermes dispersées, entourées de pâtures closes par des haies), pratiquant une polyculture intensive.

La population

Situation linguistique

L'État belge reconnaît officiellement sur son territoire l'emploi de trois langues et l'existence de quatre régions linguistiques (réforme constitutionnelle de 1970) : les provinces flamandes, de langue néerlandaise, actuellement en accroissement relatif ; les provinces wallonnes, de langue française ; la région de Bruxelles, officiellement bilingue mais, en fait, en grande majorité francophone ; enfin, à l'est du pays, l'allemand, parlé par moins de 1 % de la population dans quelques communes autour d'Eupen et de Saint-Vith. La frontière linguistique séparant les communautés flamande et wallonne est une ligne ouest-est, allant de Mouscron à Visé, en passant au sud de Bruxelles, qui est englobée entièrement en territoire flamand. Cette frontière, qu'une loi de 1921 prévoyait de réviser tous les dix ans, a été fixée définitivement, sous la pression flamingante, en 1963, parachevant ainsi l'unilinguisme régional, aboutissement d'un siècle et demi de conflits souvent violents et de lois linguistiques sans cesse remises en question. Le moteur de l'évolution a toujours été la revendication des Flamands, soucieux de sauvegarder leur langue et leur identité culturelle.

   À l'origine, la Constitution de 1831, rédigée en français, affirme la liberté de l'emploi des langues. En fait, cette liberté ne profita qu'au français, langue de l'élite sociale et culturelle, langue du pays légal (suffrage censitaire) et, de fait, la langue officielle du pays ; le néerlandais, dispersé en une poussière de dialectes, n'était qu'une langue vernaculaire parlée dans les milieux modestes des Flandres. Le réveil flamand, qui s'opéra dans la seconde moitié du XIXe s., s'employa d'abord à réhabiliter puis à codifier la langue (« hoogvlaams », ou flamand choisi), puis à présenter une série de revendications tendant à obtenir l'égalité juridique entre les deux langues ; celle-ci ne fut réalisée qu'à la fin du siècle, après l'instauration du suffrage universel, par une loi de 1898 qui stipula que toutes les lois devaient être promulguées dans les deux langues. Mais ce bilinguisme d'État, renforcé sur le plan législatif après la Première Guerre mondiale dans un souci d'unité nationale, ne tenait pas devant la montée du nationalisme flamand. Dans les années 1930, une série de lois permit la flamandisation de tous les services publics (administration, enseignement, justice) dans les provinces non francophones. Actuellement, si le dualisme linguistique et culturel de la nation belge apparaît évident, des incertitudes demeurent sur les formes institutionnelles qui le sanctionneront (problèmes du fédéralisme et du statut de la capitale).

Situation économique

De nos jours, la population de la Belgique atteint à peine les deux tiers de celle des Pays-Bas, alors qu'elle lui était largement supérieure au début du XXe s. Cela tient à une diminution plus précoce de la natalité, qui a d'abord touché la Wallonie avant de se diffuser plus récemment en Flandre. De ce fait, la part de la population flamande (déjà majoritaire en 1830) n'a cessé d'augmenter, favorisant du même coup la persistance de l'antagonisme entre Flamands (néerlandophones) et Wallons (francophones), que traduisent l'existence d'une frontière linguistique et la structure fédérale de l'État.

   La baisse de la natalité s'est répercutée sur la pyramide des âges, entraînant un vieillissement de la population. La population stagne, la croissance naturelle est quasiment nulle (de l'ordre de 0,1 ‰ par an), malgré la fécondité encore élevée de la population étrangère. Celle-ci, qui représente 9 % de la population totale, est principalement d'origine communautaire : les immigrants issus de l'Europe méditerranéenne (Italie surtout) sont venus travailler dans les mines et l'industrie durant l'entre-deux-guerres et après 1945, mais beaucoup d'entre eux sont aujourd'hui naturalisés ; un apport plus récent et plus diversifié est lié aux fonctions internationales, notamment européennes, de Bruxelles. Les immigrés originaires des pays en développement sont essentiellement des Marocains, des Turcs et des Congolais de la République démocratique du Congo (ancienne colonie belge). Bruxelles possède la plus forte proportion d'étrangers, suivie par la Wallonie, de tradition industrielle, alors que la Flandre n'en compte qu'un nombre restreint.

   La Belgique se situe au vingtième rang mondial pour la densité moyenne de population avec une valeur d'environ 330 hab./km2. Elle doit cette situation à l'histoire, à une position géographique privilégiée au cœur de l'Europe du Nord-Ouest, partie la plus dynamique du continent, et à son ouverture sur la mer du Nord. Cette moyenne cache cependant de fortes disparités. Les plus fortes concentrations démographiques se rencontrent, principalement, dans le sillon Sambre-Meuse (Wallonie) et le quadrilatère Bruxelles-Gand-Anvers-Louvain. Mais, d'une manière générale, la Flandre est plus densément peuplée que la Wallonie, qui compte avec l'Ardenne de vastes territoires faiblement occupés et urbanisés. Le taux d'urbanisation est très élevé (97 % des Belges sont des citadins) et la Belgique possède une réseau urbain dense et bien hiérarchisé. Malgré son essor au XIXe s., Bruxelles reste une capitale de dimensions modestes (environ un million d'habitants pour l'agglomération), qui doit compter avec des métropoles régionales actives : Gand et Anvers pour la Flandre, Liège et, dans une moindre mesure, Charleroi pour la Wallonie. La densité de la trame des villes moyennes est, en outre, caractéristique de cette région de vieille tradition urbaine.

Forces et faiblesses de l'économie belge

La situation d'une économie belge en reconversion difficile, avec un chômage important, ne doit pas faire oublier un certain nombre de facteurs favorables. Comme pour le reste de l'Europe du Nord-Ouest, ceux-ci reposent sur la qualification de la main-d'œuvre et sur les avantages de la position géographique, mais il faut y ajouter le rôle spécifique de Bruxelles, nullement pénalisée jusqu'ici par la fédéralisation du pays.

   Les faiblesses tiennent surtout à la dépendance envers les capitaux extérieurs et à une capacité d'intervention de l'État sensiblement réduite par le poids du remboursement de la dette publique et par la querelle communautaire. En principe, les régions ont pris le relais de l'État fédéral pour le développement économique et l'aménagement du territoire, mais cette décentralisation risque d'accroître les disparités internes. L'incertitude politique explique sans doute pour partie que la Belgique ait moins bien tiré son épingle du jeu que les Pays-Bas dans les années 1990 mais il ne faut pas exagérer le rôle de ce handicap, les bases de l'économie néerlandaise étant sensiblement différentes.

L'agriculture

L'agriculture n'occupe plus qu'une place mineure dans l'économie belge. Elle n'est pas pour autant à l'abandon et a connu une forte modernisation depuis la Seconde Guerre mondiale. En fait, il existe deux agricultures belges, qui recoupent largement le clivage communautaire.

   À partir du XIXe s., l'écart s'est creusé entre les deux régions, l'augmentation du revenu agricole passant, en Flandre, par l'intensification de l'agriculture, et en Wallonie, par l'agrandissement des exploitations. Cette dernière possède des exploitations de taille moyenne (25 ha), où la céréaliculture et l'élevage bovin sont prépondérants. En Ardenne, la forêt, qui tenait déjà une place importante, s'étend grâce à la poursuite du reboisement des landes en conifères. L'agriculture s'y oriente de plus en plus vers l'élevage bovin pour le lait et la viande. La polyculture à base céréalière (blé, betterave à sucre, pomme de terre) domine au contraire sur les bas plateaux limoneux de la Hesbaye et du Brabant, où l'on trouve des exploitations plus grandes. En Flandre, les traditions de polyculture et d'élevage laitier se perpétuent, mais elles sont battues en brèche par des formes plus intensives d'agriculture, qui conviennent mieux à des exploitations de petite taille (10 ha en moyenne). À côté de spécialités anciennes (endives, raisin de serre), l'imitation du modèle hollandais, de même que le rôle des coopératives et associations d'obédience catholique ont favorisé l'orientation vers l'horticulture (tomates, fraises, champignons, fleurs…) et l'élevage industriel (porcs, volailles), malgré les atteintes portées à l'environnement par l'usage intensif d'engrais et de pesticides et l'épandage du lisier. L'agriculture à temps partiel y est aussi plus fréquente qu'en Wallonie.

L'industrie

La Wallonie a eu un rôle pionnier dans la diffusion, sur le continent, du modèle anglais de la révolution industrielle. Mais cette ancienneté a joué en sa défaveur au XXe s., lorsque de nouvelles branches d'activité et de nouveaux critères de localisation sont apparus. Il ne reste plus grand-chose, aujourd'hui, de ce passé industriel glorieux. Les mines de charbon ont fermé (en 1984 en Wallonie, en 1992 en Limbourg), la sidérurgie et la métallurgie ont réduit leur activité ou se sont rapprochées des sources d'approvisionnement maritimes. La Belgique dépend de l'extérieur pour la plus grande partie de son énergie et de ses matières premières. Elle ne possède ni pétrole ni gaz, et les ressources hydroélectriques de l'Ardenne restent modestes ; la majeure partie de l'électricité consommée dans le pays provient du nucléaire, bien que le programme d'équipement ne soit pas allé à son terme, en raison de l'opposition écologiste. Les richesses minières de la République démocratique du Congo ont joué un grand rôle dans le développement de la métallurgie belge, mais l'instabilité politique en Afrique centrale n'en garantit plus l'accès.

   L'industrie belge a particulièrement souffert de la crise économique du milieu des années 1970, car sa position était déjà fragile. Tournée vers les produits semi-finis, elle était et reste fortement exportatrice, avec un rôle prédominant de la métallurgie et de la chimie. La capitale demeure le premier centre industriel, suivi d'Anvers, premier port belge et deuxième port européen, doté d'un puissant complexe industrialo-portuaire.

   Les branches industrielles anciennes subsistent lorsqu'elles ont pu s'adapter. Mais cette évolution s'est souvent accompagnée d'un glissement depuis la Wallonie – et Bruxelles– vers la Flandre, qui bénéficie de sa position maritime et porte beaucoup moins les stigmates de l'industrialisation du XIXe s. Le produit industriel par habitant de la Flandre, qui a rejoint celui de la Wallonie à la fin des années 1960, le dépasse de plus de 35 % aujourd'hui. L'évolution de la production d'acier illustre bien ces mutations : elle s'est stabilisée après avoir diminué d'un tiers depuis 1974, mais le site « sur l'eau » de Gand est venu, en grande partie, relayer le sillon Sambre-Meuse. Celui-ci connaît les mêmes difficultés pour la métallurgie de transformation, qu'il s'agisse des productions civiles ou militaires. Le textile de Flandre n'a pas été non plus épargné, mais a pu parfois se reconvertir dans les tapis et moquettes. L'agroalimentaire s'est généralement bien adapté et a poursuivi son expansion. De nouvelles branches se sont implantées au XXe s., dont les plus importantes sont la chimie et l'automobile, avec un rôle clef du port d'Anvers et de l'axe Bruxelles-Anvers. La pétrochimie constitue, aujourd'hui, un des points forts d'Anvers, de Gand, mais aussi de la région de Charleroi, où une raffinerie a été implantée. S'il existe des firmes belges importantes dans la chimie (Solvay), la construction automobile est totalement sous contrôle étranger (français, allemand, nord-américain, suédois…).

   Cette dépendance à l'égard des capitaux étrangers apparaît comme un trait commun de l'industrie belge d'aujourd'hui. La reprise de la Société générale de Belgique par le groupe Suez a témoigné de l'importance de la pénétration française, pratiquée également par d'autres sociétés, comme GIAT-Industrie. En revanche, les entreprises belges investissent peu à l'étranger, si l'on excepte la France du Nord, avec laquelle existent des liens anciens. L'État belge et, aujourd'hui, les Régions n'ont pas ménagé leurs efforts pour atténuer les effets de la crise industrielle, qui touche aussi la partie flamande du pays. Mais la place modeste que tient la Belgique dans les industries de haute technologie limite les perspectives de relance du secteur secondaire.

Le secteur tertiaire

Comme dans l'industrie, la dépendance vis-à-vis de l'étranger est plus forte qu'aux Pays-Bas. Malgré la présence de puissances financières comme Albert Frère, la Belgique a rarement réussi à constituer de grosses sociétés à capital national majoritaire. Bruxelles est loin d'être l'une des grandes bourses des valeurs européennes, le système bancaire belge est largement pénétré par les capitaux français et néerlandais, tandis que l'absence de sièges sociaux importants freine l'essor des services aux entreprises.

   Les échanges tiennent une place importante dans l'économie de ce petit État, confronté à l'étroitesse de son marché intérieur mais qui occupe une position géographique privilégiée. Ils ont été facilités par l'intégration de la Belgique dans le Benelux d'abord, puis dans l'actuelle Union européenne. La Belgique exporte la majeure partie de sa production industrielle (produits métallurgiques, textiles et chimiques), importe des denrées alimentaires et surtout des matières premières (minerais, hydrocarbures). La balance commerciale est légèrement positive, la majorité du commerce extérieur se faisant avec les autres pays de l'Union européenne, en particulier l'Allemagne, la France, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne. Les relations avec ces États se font surtout par voie terrestre, mais c'est en fait le port d'Anvers qui constitue la plaque tournante des échanges du pays. Malgré des conditions naturelles défavorables, en fond d'estuaire, et une concurrence accrue de Zeebrugge, celui-ci est parvenu à développer son activité en misant sur les marchandises générales et les conteneurs, faute de pouvoir conserver un trafic de pondéreux qui exige de plus grands tirants d'eau. Il occupe ainsi le second rang européen (loin derrière Rotterdam), avec un trafic annuel d'environ 180 millions de tonnes, et dispose de relais intérieurs efficaces : canaux (canal Albert vers la Meuse, canal Rhin-Escaut), voies ferrées et, surtout, autoroutes, la Belgique possédant un réseau autoroutier très dense.

   La position et les fonctions de la Belgique favorisent également une intense circulation de voyageurs, facilitée par une importante infrastructure de transport. L'exiguïté du territoire et les courtes distances qui séparent Bruxelles des grandes villes d'Europe occidentale limitent l'usage de l'avion : l'aéroport international de Bruxelles-Zaventem ne compte pas parmi les plus importants d'Europe. En revanche, le réseau autoroutier et, surtout, celui des T.G.V. ont pleinement valorisé la situation de la Belgique. Ainsi, Bruxelles, reliée à Londres via le tunnel sous la Manche, n'est plus qu'à 1 h 25 de Paris. La Belgique ne constitue pas l'une des grandes destinations de villégiature en Europe. Le tourisme de passage prédomine, avec Bruges et Bruxelles en particulier. Le tourisme international a cependant fortement augmenté depuis le milieu des années 1970, avec une prépondérance des Néerlandais, suivis des Allemands puis des Français et des Britanniques. Le tourisme intérieur voit une majorité de Belges choisir le littoral, mais les destinations comme l'Ardenne et la Campine progressent rapidement.

   Alors que l'industrie, le commerce et les transports ne sont plus créateurs d'emplois, les espoirs se tournent vers les services. Contrairement aux Pays-Bas, la Belgique n'occupe pas une position internationale très forte en matière de finance et de services aux entreprises. Elle ne manque pourtant pas d'atouts, à commencer par le rôle de capitale européenne de Bruxelles, qui jouit d'une bonne image dans les milieux d'affaires internationaux. Ville de contact, Bruxelles est un important centre de congrès et un site recherché pour l'implantation, en Europe, des sociétés internationales. Elle abrite ainsi des messageries express, des cabinets de conseil, des bureaux de traduction, des sociétés d'informatique. Même si le renouveau de Liège est visible, la Wallonie a beaucoup plus de difficultés à entrer dans la société postindustrielle et est davantage frappée par le chômage, tandis que la Flandre bénéficie de l'attraction d'Anvers.

HISTOIRE

Des origines à l'indépendance

La province romaine

Avant l'arrivée des Romains, des populations d'origine généralement celtique (Morins, Ménapiens, Nerviens, Trévires, Éburons, Aduatuques) occupent la Gaule Belgique, qui s'étend de la Seine au Rhin. Celle-ci est conquise par César (57-51 avant J.-C.) et organisée en province sous Auguste (capitale Reims), ultérieurement subdivisée en trois provinces : la Germanie Seconde, le long du Rhin, la Belgique Première et la Belgique Seconde, plus à l'ouest et au sud. En partie couverte de landes et de forêts, notamment la forêt Charbonnière, la Belgique joue pourtant, grâce à ses productions (blé, jambons, lainages, fer) et à ses voies de communication, un rôle économique assez important dans l'Empire romain. Vers 350, s'installent au nord du pays les Francs Saliens, auxquels Julien l'Apostat reconnaît (358) le statut de fédérés ; ils passent, sous Clovis, à la conquête de la Gaule tout entière (vers 500) : leur place est ensuite prise par les Francs Ripuaires, auparavant installés dans la région de Cologne. Les régions limoneuses de la Moyenne-Belgique et la Haute-Belgique, fortement romanisées, ne sont que faiblement atteintes par l'immigration franque. Ainsi se dessine la limite des peuplements germanique et wallon.

Le Moyen Âge

Portion du royaume franc où s'élabore la puissance des Carolingiens dès le VIIe s. (le centre de leurs domaines familiaux était situé dans la région liégeoise), la Belgique est divisée par Charlemagne en comtés, origine des circonscriptions féodales du Moyen Âge. Le traité de Verdun (843) la partage entre les deux royaumes de France et de Lotharingie, mais celui-ci passe en 870 et 880 à la Germanie, dont l'Escaut devient la frontière ; celle-ci subsistera jusqu'au traité de Madrid (1526). Fief français (la Flandre) ou fiefs d'Empire, l'histoire des principautés belges se confond avec celle des Pays-Bas.

   L'œuvre d'unification des Pays-Bas, tentée par les ducs de Bourgogne, surtout Philippe le Bon, dans le cadre des États bourguignons (Bourgogne), dont seule reste exclue la principauté ecclésiastique de Liège, est continuée par les Habsbourg, qui héritent de ces territoires à la suite du mariage de Marie de Bourgogne avec Maximilien d'Autriche (1477). Si celui-ci et Charles Quint, respectueux des libertés locales, gouvernent les Belges avec fermeté, mais prudence, il n'en est pas de même de Philippe II, qui monte sur le trône en 1555.

L'ère des dominations étrangères

Sa tendance à l'absolutisme provoque une explosion du sentiment national des Pays-Bas, incarné par les comtes d'Egmont et de Hornes, qui sont exécutés à Bruxelles (1568). La lutte pour les libertés politiques va de pair avec celle du calvinisme pour la tolérance religieuse. Finalement, la résistance des révoltés catholiques wallons à l'emprise des protestants les amène à former la Confédération d'Arras (1579) et à se rapprocher du gouverneur espagnol Alexandre Farnèse, qui reconquiert ensuite la Flandre et le Brabant (1581-1585). Les rebelles intransigeants ont de leur côté conclu l'Union d'Utrecht (1579), acte de naissance des Provinces-Unies qui marque la rupture de l'unité des Pays-Bas. Ceux du Sud, ramenés au catholicisme, connaîtront la domination des Habsbourg d'Espagne (1555-1713), puis d'Autriche (1713-1795) [Pays-Bas]. Le cadre territorial de la future Belgique se précise au XVIIe s. : cession aux Provinces-Unies du Brabant septentrional et de la Flandre zélandaise (afin de contrôler les bouches de l'Escaut en vue d'empêcher le développement d'Anvers : traité de Münster, 1648) ; abandon à la France de l'Artois (traité des Pyrénées, 1659), de la Flandre et du Hainaut français (traités d'Aix-la-Chapelle [1668] et de Nimègue [1678]).

De la révolte à l'indépendance (1789-1830)

À la fin du XVIIIe s., en réaction contre des réformes conçues par Joseph II dans le cadre du despotisme éclairé, sans tenir compte des particularismes locaux, le fait national belge devient réalité. La Révolution brabançonne (1789) chasse les Autrichiens, réunit à Bruxelles les états généraux, qui n'ont pas siégé depuis 1632, et qui proclament, le 11 janvier 1790, l'indépendance des États belgiques unis. Mais les Belges se divisent, et les Autrichiens réoccupent leur pays (décembre 1790) ; ils en sont chassés par les Français, victorieux à Jemmapes (novembre 1792). Les Autrichiens l'occupent à nouveau du 18 mars 1793 (victoire de Neerwinden) au 26 juin 1794 (défaite de Fleurus). La France, victorieuse, l'annexe finalement le 1er octobre 1795, y compris le pays de Liège, et l'Autriche reconnaît le fait accompli au traité de Campoformio (17 octobre 1797).

   Le régime français (1795-1815) unifie administrativement la Belgique, dont la division en départements, cadre des futures provinces belges de 1830, achève de détruire les autonomies provinciales et le régime féodal ; les principes révolutionnaires (liberté individuelle, égalité de tous devant la loi), le Code civil napoléonien y sont introduits. Napoléon rétablit la paix civile et religieuse compromise par les persécutions de la Convention et du Directoire ; il restaure la prospérité économique, mais la conscription rend son gouvernement impopulaire.

   Lors de l'effondrement de l'Empire (1814), les Alliés et surtout l'Angleterre reviennent à la vieille idée de barrière destinée à contenir la France, et ils décident (21 juillet 1814) le principe d'une union des Provinces-Unies, des anciens Pays-Bas autrichiens et de l'évêché de Liège en un royaume des Pays-Bas, créé au profit du prince d'Orange, devenu le roi Guillaume Ier (16 mars 1815). Mais l'hostilité des catholiques aux Néerlandais calvinistes et celle de la bourgeoisie francisée à l'usage du néerlandais comme langue officielle rendent l'union impossible. Le 25 août 1830, exalté par la réussite de la révolution parisienne de juillet, Bruxelles s'insurge ; le 27 septembre, les troupes néerlandaises l'évacuent et, en octobre, elles abandonnent toute la Belgique, sauf la citadelle d'Anvers.

L'indépendance

Les états généraux proclament la séparation du Nord et du Sud (29 septembre 1830), et, le 4 octobre, l'indépendance de la Belgique. Le 3 novembre, le Congrès national est élu au scrutin direct et censitaire ; le 4, s'ouvre à Londres une conférence qui, le 20 janvier 1831, reconnaît l'indépendance de la Belgique et garantit l'intégrité et l'inviolabilité de son territoire, limité au nord par l'ancienne frontière de 1790. Le Congrès élabore la Constitution qui sera promulguée le 11 février 1831 ; dès le 3, il offre la couronne au duc de Nemours, fils de Louis-Philippe, roi des Français, qui, redoutant l'hostilité de l'Angleterre, n'ose l'accepter pour son fils ; elle est alors proposée au prince Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha, qui devient Léopold Ier, roi des Belges : il prête serment à la Constitution le 21 juillet 1831.

   Cependant, les Néerlandais, le 2 août 1831, envahissent la Belgique, qui fait appel aux Français. Ceux-ci délivrent le territoire belge, mais ils ne peuvent s'emparer d'Anvers qu'en décembre 1832. Par ailleurs, le traité des Vingt-Quatre-Articles, par lequel l'Europe reconnaît l'indépendance de la Belgique, enlève à celle-ci, au profit des Pays-Bas, Maastricht, le Limbourg néerlandais et le Luxembourg de langue allemande (14 octobre 1831). Et ce n'est qu'en 1839 que le roi des Pays-Bas reconnaît l'indépendance belge.

Le royaume de Belgique

L'essor (1831-1909)

La Constitution de 1831 fait de la Belgique une monarchie constitutionnelle. Léopold Ier (1831-1865), qui a épousé Louise-Marie d'Orléans, fille de Louis-Philippe, tente de maintenir l'union nationale, mais libéraux et catholiques, une fois l'indépendance assurée, accentuent leurs divisions. Ils constitueront des partis séparés rivaux, les premiers en 1846, les seconds en 1868. Sous Léopold II (1865-1909), la vie politique belge est d'abord dominée par le problème scolaire. Les libéraux, bourgeois anticléricaux, exercent le pouvoir de 1847 à 1870 (avec une interruption de 1855 à 1857) et de 1878 à 1884, les catholiques dans l'intervalle et de 1884 à 1914. Si le ministre libéral Frère-Orban (1878-1884) fait voter une loi (1879) réglant la question scolaire dans le sens de la laïcité, son successeur, le catholique Jules Malou (1884), permet aux communes de remplacer leurs écoles neutres par des écoles confessionnelles, mais, face à une violente opposition des libéraux, il doit céder la place à Beernaert, catholique plus modéré (1884-1894).

   Après 1860, la vie économique de la Belgique, qui compte alors 5 millions d'habitants, se développe rapidement sous l'impulsion du libre-échange. Une agriculture riche, aux procédés hardis, aux rendements les plus élevés d'Europe, des sources d'énergie abondantes (17 millions de tonnes de houille en 1880, 24 en 1908), une production métallurgique et textile considérable, un commerce extérieur dont le volume quadruple entre 1850 et 1890 caractérisent une économie en expansion, bien desservie par d'excellents moyens de communication (réseau ferroviaire le plus dense du monde, 8 fois plus long en 1908 qu'en 1845, bien doublé par des canaux fluviaux ou maritimes). Les capitaux belges s'investissent à l'étranger : compagnies de tramways en Europe, usines du Donets (Donbass), du Brésil, de la Chine du Sud et de l'Afrique australe. Surtout, orientant les Belges dans la voie de la colonisation, Léopold II, homme d'affaires avisé, fonde l'Association internationale africaine (1876) et fait explorer par Stanley (1876-1884) le Congo, dont la propriété personnelle lui est reconnue (acte de Berlin, 26 février 1885) et qui est érigé en État indépendant sous sa souveraineté. Il en tire de gros bénéfices, mais est violemment critiqué pour ses méthodes d'exploitation qui pressurent les indigènes. Aussi Léopold II lègue-t-il finalement le Congo à la Belgique en 1908.

Le problème social

Ce remarquable essor économique et colonial modifie la vie sociale et politique de la Belgique. Dans ce pays de bas salaires et de longues journées de travail, « paradis du capitalisme » selon les termes de Karl Marx, qui y avait vécu en exil, un parti socialiste, le P.O.B. (Parti ouvrier belge), est fondé en 1885 ; il recrute ses premiers adhérents surtout dans les régions industrielles (vallées de la Sambre et de la Meuse, agglomérations de Bruxelles, d'Anvers et de Gand) ; ses chefs ne sont pas seulement des intellectuels, comme Émile Vandervelde et Destrée, mais aussi des ouvriers, tels le marbrier L. Bertrand et le tisserand E. Anseele. Peu férus de théorie, ils fondent coopératives, mutualités et syndicats. Sur le plan politique, opposés au système électoral censitaire, ils forcent l'adoption, sous la pression de grèves, du principe du suffrage universel (1892), mais l'Assemblée constituante le tempère par le vote plural accordant une ou deux voix supplémentaires aux électeurs pères de famille, jouissant d'une certaine aisance ou titulaires d'un certificat d'enseignement secondaire (loi Nyssens).

   En même temps qu'il donne une représentation parlementaire aux socialistes, ce système aboutit, aux élections de 1894, à éliminer pratiquement le parti libéral. Libéraux et socialistes réclament une nouvelle réforme électorale, et le ministre Paul de Smet de Naeyer fait adopter le scrutin de liste par province, avec représentation proportionnelle (1899), ce qui permet au parti libéral de se reconstituer. Le parti catholique conserve cependant la majorité absolue et gardera le pouvoir jusqu'à la Première Guerre mondiale (Auguste Beernaert, 1884-1894 ; Paul de Smet de Naeyer, 1896-1907 ; Franz Schollaert, 1908-1911) ; il s'adapte à l'entrée des masses dans la vie politique par la constitution d'une aile démocratique, la Jeune-Droite, animée par Henry Carton de Wiart et attentive aux applications sociales de l'encyclique Rerum novarum (1891).

   L'« École de Liège », qui réclame l'intervention de l'État et de la législation dans le règlement de la question sociale, est représentée par Godefroid Kurth, l'abbé Antoine Pottier, Mgr Victor Doutreloux. Le syndicalisme chrétien belge s'avère très vigoureux. La démocratisation pousse aussi le parti catholique à s'intéresser aux revendications flamandes, la majeure partie des voix qu'il recueille lui venant des régions agricoles flamandes. Dès les premières années de l'indépendance, la langue néerlandaise avait connu un renouveau littéraire (Conscience), qui avait provoqué la naissance d'un mouvement politique flamingant, réclamant pour le néerlandais l'égalité de droits avec le français. Plusieurs lois lui donnent, entre 1873 et 1898, de larges satisfactions. Quant à la question scolaire, l'enseignement religieux est rendu obligatoire (1895).

Albert Ier (1909-1934)

Au début du règne d'Albert Ier, l'agitation contre la majorité catholique se développe : les socialistes recourent en vain à la grève générale d'avril 1913 (800 000 participants) pour l'abolition du vote plural. Le cabinet Charles de Broqueville (1911-1918) fait adopter en 1913 le service militaire obligatoire et général. La Première Guerre mondiale surprend donc la Belgique à l'apogée de sa puissance économique, mais en pleine réorganisation militaire. Quand, le 2 août 1914, l'ultimatum allemand viole la neutralité belge, les luttes intérieures cessent aussitôt et, dès le 4 août, les deux chefs de l'opposition, le libéral Paul Hymans et le socialiste É. Vandervelde, sont nommés ministres d'État. L'invasion allemande submerge la Belgique, malgré la résistance du roi Albert autour de Liège et de Namur. Le gouvernement doit se retirer à Anvers, puis à Furnes et finalement au Havre, tandis que l'armée belge, défendant avec héroïsme, derrière l'Yser, les dernières parcelles du territoire national non occupées, s'intègre à l'aile gauche du dispositif allié. L'Allemagne tente alors d'exploiter, mais en vain, l'opposition entre la Flandre et la Wallonie, en décrétant la séparation administrative des deux régions (1917).

   La Belgique occupée ne cessa de témoigner, sous la domination brutale des gouverneurs allemands, d'une dignité parfaite, soutenue par le cardinal Mercier, archevêque de Malines, et le bourgmestre de Bruxelles, Adolphe Max. Le traité de Versailles lui attribue Eupen et Malmédy et un mandat de la S.D.N. sur le Ruanda-Urundi, mais il n'est plus question de neutralité.

   Les élections de 1919 inaugurent le régime du suffrage universel sans voix supplémentaires. Désormais, socialistes et catholiques se disputent la première place pour obtenir la majorité absolue ; les libéraux, moins nombreux, apportent le plus souvent aux catholiques leur appoint pour constituer des cabinets de coalition. La poussée du nationalisme flamand complique encore la lutte des partis. La législation sociale se complète, mais la grande dépression de 1929 entraîne un chômage important.

Léopold III (1934-1951)

Après la mort tragique d'Albert Ier (février 1934), Léopold III, dans une Europe en fièvre, ramène la Belgique à une neutralité volontaire, qui n'empêche pas son territoire d'être, une fois de plus, violé.

   Attaquée le 10 mai 1940, en même temps que les Pays-Bas et le Luxembourg, la Belgique est occupée à nouveau par les Allemands. Le 28 mai, le roi des Belges, comme chef suprême de l'armée, capitule, et regagne le château de Laeken, tandis que des membres de son gouvernement, présidé par le catholique Hubert Pierlot (1939-1945), partent pour Londres, d'où ils dirigeront la résistance belge. Le roi se tient, pendant quatre ans, à l'écart des affaires publiques. Toutefois, il est amené à conférer avec Hitler, au cours d'une entrevue à Berchtesgaden (novembre 1940). Veuf de la princesse Astrid de Suède, il épouse en 1941 Liliane Baels, qui devient princesse de Réthy. Ces deux faits lui sont vivement reprochés. Après la libération du territoire belge, le Parlement confère à son frère, le prince Charles, la régence (20 septembre 1944), en attendant le règlement de la question royale ; Léopold, libéré, en 1945 seulement, d'Allemagne, où Hitler l'a déporté, se retire en Suisse.

   Le gouvernement, qui entreprend le redressement économique du pays, bénéficie de conditions exceptionnelles : les destructions sont relativement faibles, tandis que l'utilisation du port d'Anvers par les États-Unis a procuré des réserves considérables de dollars. À la fin du conflit, la Belgique est le seul pays créancier des États-Unis. D'autre part, le marché intérieur est rapidement assaini par l'opération de contraction monétaire, doublée d'un blocage des avoirs, réalisée par le ministre des Finances Camille Gutt.

Les problèmes contemporains

La « question royale » empoisonne les années d'après-guerre. Alors que la plupart des Flamands veulent tirer un trait sur les ambiguïtés ou les compromissions qui ont caractérisé les relations avec les Allemands, les francophones refusent le retour sur le trône de Léopold III. Malgré une courte majorité en sa faveur lors du référendum de 1950, le roi renonce à régner sur une Belgique divisée et abdique en faveur de son fils Baudouin (1951). Celui-ci règnera jusqu'à sa mort soudaine, en 1993, et jouera un rôle non négligeable dans la vie politique de la Belgique contemporaine. Son frère Albert II lui succèdera.

   

Trois grandes lignes de partage traversent la Belgique à partir des années 1950 et 1960 : deux d'entre elles sont de nature idéologique, se fondant respectivement sur la religion et sur l'appartenance politique ; la troisième s'appuie sur la coupure entre Flamands et francophones.

L'art du compromis

Le conflit religieux est rapidement désamorcé. Le statut des écoles chrétiennes constitue le principal abcès de fixation de cette controverse, qui s'apaise après la signature entre les principaux partis du « pacte scolaire » de 1958.

   L'opposition classique gauche-droite ne marque pas aussi fortement et constamment le paysage politique que dans d'autres États européens. Le principal parti, social-chrétien, est en effet assez composite, tandis que le mode de scrutin (représentation proportionnelle) rend quasi inévitable la constitution de gouvernements de coalition. Si l'on excepte un gouvernement socialiste homogène de très brève durée (1946), seuls les sociaux-chrétiens parviennent isolément au pouvoir, mais pour la dernière fois en 1958. Jusqu'en 1999, ils font partie de toutes les coalitions, qu'ils dirigent sans interruption à partir de 1974. Ils s'allient tantôt avec les libéraux (gouvernements de Gaston Eyskens et Paul Vanden Boeynants des années 1960, certains gouvernements de Wilfried Martens des années 1980), tantôt avec les socialistes (Eyskens de 1968 à 1973, Jean-Luc Dehaene de 1992 à 1999), tantôt avec deux ou trois autres formations (socialistes, libéraux, nationalistes flamands de la Volksunie).

   Les coalitions de droite (sociaux-chrétiens et libéraux) suscitent plus de risques de conflits sociaux ; c'est le cas en 1960-1961, où un vaste mouvement de grèves et de manifestations, surtout en Wallonie, s'oppose à la politique d'austérité du gouvernement. Mais les « grandes coalitions » (sociaux-chrétiens et socialistes) ne sont pas à l'abri de ces mouvements contestataires, malgré les liens étroits entre syndicats et partis politiques. Les syndicats socialistes, bien représentés en Wallonie, sont en général plus revendicatifs que les syndicats chrétiens, à dominante flamande ; il leur arrive toutefois de faire cause commune pour défendre l'emploi ou les acquis sociaux, en particulier après la dégradation de la situation économique au milieu des années 1970.

   Le maintien au gouvernement des mêmes partis, avec le partage des avantages officiels ou occultes (corruption) qu'il permet, comporte un risque de désaffection de l'électorat vis-à-vis du système politique. La naissance de nouvelles formations en est une conséquence, que ce soit sur des bases communautaires comme pour la Volksunie (1954) et le Front des francophones (1964), ou à partir d'une autre approche de la vie politique, comme pour les écologistes et l'extrême droite, notamment le Vlaams Blok, lequel s'appuie aussi sur le sentiment nationaliste flamand.

   Ainsi, depuis la guerre, le paysage politique a-t-il évolué sensiblement. Après un succès en 1946, le parti communiste s'efface peu à peu de la scène politique. Après une légère régression, le parti socialiste se stabilise entre 20 et 35 % des voix à partir des années 1960. Les sociaux-chrétiens occupent généralement le premier rang, mais avec des résultats assez fluctuants : ils dépassent 40 % des suffrages jusqu'en 1965, tombant ensuite autour de 30 %, voire un peu en dessous. Ce recul bénéficie aux libéraux, qui s'affirment dans les années 1980 comme une troisième grande force politique belge, avec au moins 20 % des voix. Les élections de 2007 seront marquées par un retour du balancier, surtout en Flandre, avec le recul des libéraux et le succès des sociaux-chrétiens. Les partis « communautaires » connaissent des fortunes diverses, la scission des grandes formations nationales ayant effacé une grande partie de leur spécificité. Les écologistes, à partir des années 1980, et l'extrême droite (surtout en Flandre), à partir des années 1990, s'installent durablement dans le paysage politique.

Le compromis à l'épreuve du conflit communautaire

À vrai dire, dès les années 1960, la coupure entre Flamands et francophones domine la vie politique belge. Une Flandre pratiquante, conservatrice et économiquement active, se différencie d'une Wallonie déchristianisée, socialiste et victime de la désindustrialisation. Entre 1968 et 1978, l'éclatement des grands partis politiques sur des bases linguistiques témoigne de la prépondérance de l'appartenance communautaire. La parenté idéologique tend à s'estomper devant la solidarité linguistique, et la structure de l'État belge devient le principal enjeu politique. Même les écologistes, qui voulaient faire de la politique « autrement », constituent deux partis distincts. Cela ne signifie pas que le clivage gauche-droite ait disparu ; il resurgit lors des débats de politique économique et sociale, que ceux-ci concernent le démantèlement progressif de l'État-providence ou les problèmes de reconversion industrielle.

   Le durcissement du conflit communautaire constitue l'élément majeur de la situation contemporaine. Alors que la Belgique de 1830 s'était construite autour des élites francophones, les Flamands obtiennent l'égalité des langues à la fin du XIXe s. Toutefois l'évolution vers un bilinguisme généralisé n'aboutit pas, et une logique de monolinguisme territorial s'impose peu à peu, à partir de l'entre-deux-guerres. Elle trouve sa traduction la plus claire dans la fixation définitive de la frontière linguistique en 1963. Objet de marchandages complexes, elle laisse des insatisfaits dans les deux camps, notamment du côté wallon, où les Fourons (près de Liège) sont rattachés à la Flandre contre la volonté de la majorité de leurs habitants. Seule, Bruxelles, ville flamande à l'origine mais fortement francisée depuis lors, conserve un statut de bilinguisme ; cependant, une définition étroite de l'agglomération est adoptée, et les francophones se plaignent du « carcan linguistique » qui enserre la capitale, malgré l'existence de communes « à facilités linguistiques » (où l'usage du français est autorisé) en territoire flamand.

   Une fois la frontière linguistique fixée, commence une évolution qui va conduire à la régionalisation puis à la fédéralisation de la Belgique. Quatre réformes de la Constitution sont nécessaires pour aboutir à un fédéralisme encore flou, et qui laisse les Flamands mécontents. En 1970 sont constituées les Régions de Flandre, Wallonie et Bruxelles-Capitale et les Communautés flamande, française et germanophone. En 1980, une deuxième révision de la Constitution précise et étend les compétences des Communautés et des Régions. En 1988-1989, le statut de Bruxelles-Capitale est quasiment aligné sur celui des autres Régions. En 1993 enfin, la Belgique devient officiellement fédérale, et la première élection directe des assemblées régionales et communautaires a lieu en 1995.

Un État en crise

Gouverner la Belgique devient un exercice de plus en plus difficile, en raison des équilibres politiques et linguistiques à respecter. Alors que le gouvernement est statutairement paritaire, un accord tacite attribue le poste de Premier ministre à la composante la plus nombreuse, c'est-à-dire les Flamands. De multiples crises jalonnent l'histoire récente de la Belgique, et bien souvent la formation du gouvernement est très longue après les élections législatives. Mais des personnalités politiques habiles parviennent à se maintenir longtemps au pouvoir : ainsi les sociaux-chrétiens Wilfried Martens (1979-1992) et Jean-Luc Dehaene (1992-1999). Cependant, la crédibilité de l'État fédéral se réduit. Affaibli par les divergences d'intérêts, concurrencé par les nouvelles instances régionales et communautaires, celui-ci est en outre atteint par une série de scandales montrant un lent mais continu délitement de son autorité dans le royaume : en 1996, c'est la révélation des dysfonctionnements des services de police et de justice chargés de l'enquête sur le réseau de pédophilie de Marc Dutroux ; en 1997, au scandale du financement des partis politiques belges par les avionneurs Agusta et Dassault s'ajoute la mise en lumière par le Sénat des carences du ministère belge de la Défense dans le déclenchement du génocide au Rwanda. Enfin, à la veille des élections européennes et législatives de 1999, la révélation de la contamination de poulets d'élevage à la dioxine fait tomber plusieurs personnalités politiques.

   

À l'occasion de ces crises successives, le conflit communautaire refait surface. Les Flamands réclament une extension du fédéralisme, notamment en matière de recettes fiscales et de sécurité sociale, laissant planer la menace d'une scission si ces revendications ne sont pas satisfaites. Un éclatement de la Belgique poserait évidemment de nombreux problèmes, et pas seulement financiers. La monarchie ne constitue plus un ciment aussi fort que par le passé ; certes, les funérailles de Baudouin Ier (1993) ont suscité un mouvement de ferveur réunissant Flamands et francophones, et son frère Albert II a assumé la succession avec savoir-faire. Mais les Flamands les plus radicaux voient maintenant dans la monarchie un obstacle à leurs revendications. La question de Bruxelles apparaît plus délicate : les Flamands y ont symboliquement conservé le siège de leurs institutions, mais un rattachement à la Flandre paraît impensable pour une région qui est francophone à plus de 80 %. Les Flamands demandent aussi la scission de l'arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde, qui permet de choisir entre des listes relevant des deux communautés linguistiques. Les francophones souhaitent en revanche un élargissement de la région bilingue de Bruxelles, afin de tenir compte de la suburbanisation de populations francophones.

Des compromis de plus en plus difficiles

Les élections de juin 1999 sanctionnent la coalition au pouvoir, alors que les écologistes et, surtout, les indépendantistes flamands du Vlaams Blok effectuent une remarquable percée. Pour la première fois depuis quarante ans, la nouvelle coalition – formée de six partis (libéraux, socialistes et écologistes), d'où son appellation « arc-en-ciel » –, dirigée par le libéral flamand Guy Verhofstadt, ne comprend pas de chrétiens-démocrates. À l'issue des élections législatives de mai 2003, marquées par la défaite des écologistes, G. Verhofstadt forme une nouvelle coalition (« violette »), qui ne rassemble plus que libéraux et démocrates. En février 2004, l'adoption d'une loi octroyant dès 2006 le droit de vote aux étrangers non européens lors des élections communales divise amplement la coalition. La forte progression des séparatistes flamands du Vlaams Blok – devenu la deuxième formation en Flandre – et de l'extrême droite en Wallonie lors des élections européennes et régionales du 13 juin 2004 oblige à modifier les alliances entre partis dans les gouvernements régionaux. Au niveau fédéral, la coalition « violette », contestée par les socialistes francophones, est remaniée en juillet. Aux élections municipales d'octobre 2006, le Vlaams Belang poursuit sa progression (à l'exception d'Anvers) et s'implante dans des villes petites et moyennes où il n'était pas représenté, au détriment du V.L.D. du Premier ministre, en recul. Cet échec est confirmé aux élections législatives de juin 2007, qui voient la victoire des Chrétiens-démocrates flamands (C.D.& V.) d'Yves Leterme. Mais, pour devenir Premier ministre, il faut à la fois gagner les élections en Flandre, donc participer à la surenchère nationaliste, et être ouvert au compromis avec les francophones : autant dire la quadrature du cercle ! En outre, les Chrétiens-démocrates flamands se sont alliés avec un petit parti communautaire, la Nouvelle Alliance flamande (N.V.A.), qui refuse les concessions aux francophones. D'où l'échec de Y. Leterme et la plus longue vacance du pouvoir de l'histoire de la Belgique. En décembre, le Premier ministre sortant, G. Verhofstadt, parvient à convaincre les différents protagonistes de composer un gouvernement de transition, dans l'attente d'une réforme des institutions. Il faut attendre le mois de mars 2008, pour qu'un accord a minima soit trouvé sur le programme d'action de la coalition, associant les familles chrétienne-démocrate (C.D.& V. flamand et C.D.H. francophone), libérale (Open V.L.D. flamand et Mouvement réformateur [M.R.] francophone) et le parti socialiste (P.S.B.), francophone. Y. Leterme, leader des Chrétiens-démocrates flamands (C.D.& V.), succède à G. Verhofstadt au poste de Premier ministre. Tandis que le conflit communautaire se cristallise autour du statut et de la gestion des trois communes à majorité francophones de la périphérie de Bruxelles (Wezembeek-Oppem, Linkebeek et Crainhem), les négociations entre Flamands et francophones sur le futur visage institutionnel de la Belgique se poursuivent sans résultat puis reprennent en octobre alors que la crise financière internationale puis les conditions du sauvetage de la banque Fortis entraînent dans leur sillage une nouvelle crise politique en décembre et la démission du Premier ministre auquel succède le chrétien-démocrate flamand Herman Van Rompuy. Son gouvernement – qui repose sur la même coalition et dont la plupart des ministres sont reconduits dans leurs fonctions – est investi par le Parlement le 2 janvier 2009. Le 7 juin, les élections régionales (couplées aux européennes) complexifient davantage encore la situation politique : en Flandre, le C.D.& V. arrive en tête du scrutin avec près de 23 % des voix et 31 sièges mais perd 4 sièges ; faisant à peu près jeu égal avec environ 15 % des suffrages viennent ensuite les libéraux (Open V.L.D., qui perd également 4 sièges), les socialistes (S.P.a., en recul de 5 sièges) et le Vlaams Belang (en net reflux, avec 11 députés en moins). Mais les « vainqueurs » véritables du scrutin sont la N.V.A. et, dans une moindre mesure, la liste « libéral-populiste » menée par Jean-Marie Dedecker, qui entrent tous deux pour la première fois au parlement régional avec respectivement 16 et 8 députés. Ainsi, les partis favorables, ouvertement ou non, à la séparation de la Flandre, représenteraient désormais environ 36 % des électeurs néerlandophones. En Wallonie, en revanche, s'ils perdent 5 sièges, les socialistes se maintiennent avec près de 33 % des voix, toujours loin devant les libéraux du Mouvement réformateur (23,5 % des suffrages). C'est le parti Ecolo qui vient troubler ici le jeu politique en faisant une remarquable percée (18,6 % des voix et 14 sièges) de même qu'à Bruxelles, devançant pour la première fois dans ces deux régions, le C.D.H. Les écologistes progressent également dans la communauté germanophone, mais avec 17,5 % des voix et 4 sièges, le récent parti autonomiste ProDG, leur vole la vedette. Les principales tendances électorales qui ressortent de ces scrutins – avantage au C.D.& V., recul des socialistes, percée des Verts, reflux du Vlaams Belang mais maintien du vote communautaire – s'observent également aux élections européennes. En novembre, Y. Leterme retrouve le poste de Premier ministre pour remplacer H. Van Rompuy, choisi comme président du Conseil européen, l'une des nouvelles fonctions créées par le traité de Lisbonne. 

La politique extérieure

L'histoire des relations extérieures de la Belgique depuis la guerre a été beaucoup plus calme. Le seul traumatisme majeur a été causé par la décolonisation, qui s'est effectuée dans de mauvaises conditions, tant au Congo (1960) qu'au Rwanda et au Burundi ; on en perçoit encore les séquelles plus de quarante ans après. La Belgique a un temps assumé la responsabilité de ses anciennes colonies, que ce soit sur le plan économique, politique ou militaire. Mais elle a progressivement laissé la place à la France et aux États-Unis, en raison des difficultés rencontrées et des réticences des Flamands : les interventions en Afrique centrale relevaient en effet largement d'une solidarité liée à la francophonie. .

   La Belgique a été au cœur de toutes les coopérations internationales qui se sont mises en place en Europe occidentale après la guerre. Membre de l'O.N.U. (1945) et de l'O.T.A.N. (1949), elle est cofondatrice du Benelux (1948) et du Marché commun (1957). Elle participe à toutes les étapes de la construction européenne, y compris l'Union économique et monétaire, pour laquelle elle a été qualifiée en 1998, malgré une dette publique dépassant largement le seuil fixé par le traité de Maastricht. Pour la onzième fois de son histoire, elle exerce la présidence semestrielle de l'Union européenne lors du second trimestre 2001, un moment important de sa construction marqué notamment par l'introduction de la monnaie unique et la perspective prochaine de l'élargissement. Elle a ratifié la Constitution européenne en 2006 par la voie parlementaire. La Belgique abrite le siège de l'O.T.A.N. et les principales institutions européennes, notamment la Commission.

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