
Chef de l'État : Juan Carlos Ier de Bourbon
Chef du gouvernement : José Luis Rodríguez Zapatero
Nature de l'État : monarchie constitutionnelle à régime parlementaire
Constitution :
Entrée en vigueur : 29 décembre 1978
Institutions au niveau fédéral
Exécutif
Chef de l'État : roi
Chef du gouvernement : président du gouvernement
Législatif
Les Cortes générales se composent du Congrès des députés et du Sénat.
La péninsule Ibérique a souvent été comparée à une citadelle : ceinturés de montagnes (monts Cantabriques et chaînes Ibériques, sierra Morena), les hauts plateaux castillans, les plus vastes d'Europe, et le bassin de l'Èbre, dominé par les Pyrénées, sont en effet d'un accès difficile. En dehors de la plaine andalouse, largement ouverte sur l'Atlantique, les plaines sont rares, de petites dimensions et cantonnées au voisinage du littoral. La prédominance des plateaux donne une allure quadrangulaire, due également au bloc central du socle hercynien qui constitue la Meseta. L'Espagne se place au second rang européen derrière la Suisse pour son altitude moyenne, deux fois plus élevée que celle de la France, bien que ses plus hauts sommets n'atteignent pas 3 500 m. Seulement 11 % du territoire espagnol sont au-dessous de 200 m d'altitude, 56 % sont entre 400 et 1 000 m.
L'aspect de bastion s'explique par la présence d'un bloc rigide, grossièrement quadrangulaire, qui constitue l'armature du relief de toute la Péninsule : la Meseta, qui occupe 250 000 km2, soit 40 % de la péninsule Ibérique. Il s'agit d'un fragment de socle hercynien, demeuré vraisemblablement émergé pour la plus grande part au cours des ères secondaire et tertiaire et qui affleure largement dans l'ouest du pays. Raboté par l'érosion durant des millions d'années, il offre des paysages d'une grande monotonie : le moutonnement infini de croupes schisteuses et granitiques sombres n'est dominé que par quelques chicots quartzitiques particulièrement résistants (en Estrémadure) et creusé de gorges sauvages par les rivières les plus importantes. Vers l'est, en Vieille- comme en Nouvelle-Castille, le socle disparaît sous une couverture tertiaire. Demeurée pratiquement intacte dans la Manche, où la platitude est remarquable, la plate-forme rigide des calcaires lacustres qui la couronne a été entaillée de vallées à corniches par les réseaux du Duero et du Tage : ce sont les páramos, secs et austères, que limite à l'ouest un coteau sinueux à l'avant duquel se détachent quelques buttes témoins. Là où les calcaires ont disparu, de molles collines taillées dans des marnes d'une blancheur aveuglante sous le soleil composent le paysage de campiña.
La Meseta est divisée en deux parties par la cordillère centrale Ibérique. Formée d'une série de massifs disposés en coulisse, celle-ci s'allonge de l'O.-S.-O. à l'E.-N.-E. et culmine à 2 661 m dans la sierra de Gredos. Bien que les plus hauts sommets aient été façonnés par les glaciers quaternaires, les parties culminantes conservent la trace incontestable d'un aplanissement ancien. La cordillère centrale est en effet un fragment de socle soulevé par failles au Tertiaire.
De la même façon, le puissant bourrelet des monts Cantabriques, qui isole la Vieille-Castille du golfe de Gascogne, résulte d'un jeu de failles tertiaires, combinées vers l'est à une composante tangentielle d'autant plus notable que le socle, formé de terrains sédimentaires primaires, est plus souple. Lithologiquement contrasté, ce matériel a été violemment disséqué par des cours d'eau torrentiels dévalant vers la mer Cantabrique. Guère de traces d'aplanissement dans ces montagnes sauvages, dont le massif des picos de Europa est l'un des plus beaux exemples : puissante masse calcaire profondément karstifiée, coupée de cañons impressionnants, il dresse ses cimes déchiquetées par les glaciers quaternaires à 2 648 m. Vers l'ouest, au contraire, au fur et à mesure que le socle devient plus rigide et le relief moins énergique, le paysage de plate-forme est de nouveau dominant : en Galice et aux confins du León, des bombements et des failles orthogonales (dont certaines ont joué tardivement) interfèrent pour individualiser une marqueterie de massifs et de bassins à travers lesquels le río Miño et son affluent le Sil se fraient difficilement un passage. Le socle galicien, faillé, est bordé d'un littoral échancré de rias profondes.
La partie méridionale de la Meseta a connu des déformations tertiaires beaucoup plus modestes. Les chaînons appalachiens des monts de Tolède et des sierras qui les prolongent à l'ouest résultent sans doute d'une reprise d'érosion consécutive au rejeu tertiaire de failles anciennes, mais certains ne sont que de simples reliefs résiduels. Ils dominent les schistes et granites du socle, arasés par une surface d'érosion. Quant à la sierra Morena, qui borde la Meseta au sud, elle n'est qu'un bourrelet insignifiant né d'un bombement dissymétrique de faible amplitude et dont l'énergie de relief est due aux gorges profondes qu'y ont creusées les affluents de la rive droite du Guadalquivir.
Cependant, quelle que soit leur importance, tous les reliefs qui se dressent à la surface de la Meseta ont en commun la raideur de leurs flancs, contrastant singulièrement avec les immenses platitudes qui se développent à leur pied. Ce trait de paysage est hérité du façonnement du modelé dans l'ambiance climatique subaride qui régnait à la fin du Tertiaire : de vastes pédiments ont mordu sur les reliefs, qui ont pris l'allure d'inselbergs. Au début du Quaternaire, les débris livrés par ces reliefs ont été étalés en de puissants cônes de piémont, dont les argiles rouges qui enrobent des blocs grossiers (rañas) empourprent le paysage. Le creusement des vallées, à niveaux de terrasses étages pour les plus importantes, n'a souvent guère altéré ces traits, qui ont fait écrire que les Castilles avaient déjà figure de cuvettes africaines.
Sur sa bordure orientale, la Meseta est longée du N.-O. au S.-E. par les chaînes Ibériques. Relief bien médiocre que ces montagnes qui, vues de quelque point haut, se présentent comme un immense plateau de moins de 1 500 m d'altitude sur lequel quelques dômes dépassant 2 000 m (Moncayo, 2 313 m) semblent posés. Nées sur l'emplacement d'un sillon sédimentaire secondaire, ces chaînes de plissement tertiaire ont été presque intégralement nivelées dans le prolongement des páramos mésétains. Si des chaînons s'y individualisent, c'est grâce à l'excavation des roches tendres, d'ailleurs peu épaisses, plus qu'aux déformations récentes, qui sont restées limitées. Ainsi, quoique se rattachant à un domaine structural entièrement différent, les chaînes Ibériques font encore partie intégrante de la Meseta par leurs paysages de plate-forme.
C'est également vrai du bassin de l'Èbre, cuvette qui correspond à un fragment de socle triangulaire tardivement effondré et fossilisé sous d'épais dépôts continentaux tertiaires, découpé en collines et en terrasses de piémont. D'allure subhorizontale entre les Pyrénées et le système ibérique, cette cuvette est fermée vers le sud, avant le delta, par les chaînes catalanes. L'Èbre et ses affluents ont largement érodé la dalle de calcaires lacustres qui couronnait la série et qui ne subsiste plus qu'en tables résiduelles, les muelas. Dans les marnes gypsifères sous-jacentes, ils ont modelé d'amples terrasses et glacis d'érosion étagés qui inscrivent leur profil rigide sur l'horizon. Le déblaiement est ici beaucoup plus avancé que dans les Castilles, car la cordillère Catalane ne constitue pas un obstacle notable au creusement de l'Èbre, qui la traverse à la faveur d'effondrements transversaux. À l'est de Saragosse, les Monegros introduisent un paysage désolé de terres arides et stériles contrastant avec les terres irriguées proches.
La cordillère Catalane, allongée du S.-O. au N.-E., est divisée en deux rameaux parallèles par un couloir d'affaissement tardif. Malgré son altitude modeste (Montseny, 1 712 m), elle ne manque pas d'énergie, les rivières côtières la ravinant activement. Aussi, contrairement à la chaîne Ibérique, à laquelle elle s'apparente par son style de plissement, les traces d'aplanissement y sont rares, et les paysages d'une grande variété : escarpements calcaires, éclatants de blancheur, en vagues déferlantes dans le sud-ouest ; plate-forme dénudée, toute trouée de dolines du Garraf ; massifs cristallins du nord-est profondément altérés et revêtus d'épaisses forêts ; pinacles gréseux du Montserrat…
Les Pyrénées, qui bordent le bassin de l'Èbre au nord, sont les seules montagnes de la Péninsule à présenter un authentique cachet alpin : du Somport au Puigmal, le modelé glaciaire et le fort enneigement lui donnent fière allure. C'est que, sur plus de 200 km, la ligne de faîte se tient presque constamment au-dessus de 2 500 m et dépasse en plusieurs points 3 000 m. Le pic d'Aneto atteint 3 404 m dans le massif de la Maladeta. Les Pyrénées sont, en effet, une imposante barrière, massive et rigide, qui n'est pas sans affinités avec la cordillère Cantabrique, qu'elles prolongent. Le socle y joue un rôle essentiel : un pli de fond l'a fait jaillir dans l'axe de la chaîne ; il est flanqué au sud d'une couverture secondaire énergiquement plissée, sierra del Cadí, synclinal d'Aragon, Conca de Tremp, dont les chaînons O.-E. sont tranchés en gorges pittoresques par les affluents de l'Èbre. À l'ouest, les Pyrénées s'abaissent dans le Pays basque à moins de 1 500 m ; à l'est, les Pyrénées orientales se rattachent par les chaînes côtières catalanes aux monts Ibériques. Cette frontière naturelle et politique s'étend sur 450 km.
Ainsi, ce n'est pas seulement la Meseta, mais en même temps tout le nord-est de l'Espagne dont le relief est commandé par le socle hercynien ; même lorsqu'une couverture sédimentaire le masque, l'évolution géomorphologique reste sous sa dépendance et tend à engendrer les mêmes plates-formes monotones et austères. Sans doute les montagnes fortement disséquées ou modelées par les glaciers offrent-elles des paysages plus attrayants. Mais, même dans ce cas, la rigidité de l'architecture générale du relief et une certaine massivité des formes demeurent.
Seules les chaînes Bétiques, nées du plissement tertiaire de matériaux accumulés dans une fosse géosynclinale, échappent à cette influence du socle. S'étirant sur plus de 800 km du détroit de Gibraltar au cap de la Nao en un arc tangent au bord sud-est de la Meseta, elles sont divisées en deux alignements parallèles par un chapelet de bassins. Celui du sud, dont la structure charriée a été reprise par des bombements tardifs, est une succession de massifs, coupés de couloirs transversaux, inscrivant dans le paysage de pesantes coupoles tantôt de marbres blancs, tantôt de schistes noirâtres. La retouche glaciaire des sommets de la sierra Nevada, les plus élevés de la Péninsule (le Mulhacén culmine à 3 478 m), n'a pas réussi à en effacer la lourdeur. Seules les montagnes schisteuses qui bordent la Méditerranée se réduisent à un dédale de croupes effroyablement ravinées. Le domaine subbétique du nord est fait de calcaire mésozoïque plissé. L'ensemble s'incurve à l'ouest et se prolonge par l'arc rifain au-delà de Gibraltar et dans l'archipel baléare à l'est (Ibiza, Majorque). Bassins et couloirs se succèdent à l'intérieur : Grenade, Guadix, Baza.
Dans l'alignement du nord, dont le matériel sédimentaire (calcaires et marnes) a été plissé plus tardivement, la trame structurale s'exprime bien dans le relief, notamment par de grands escarpements de chevauchement. Mais il est encore plus discontinu, de vastes échancrures déchirant la chaîne, qui, particulièrement dans l'ouest, tend à se disperser en îlots montagneux flottant sur une mer de collines ; et les collines succédant aux collines, on passe insensiblement à la plaine andalouse, ou plaine du Guadalquivir, où les mers tertiaires ont accumulé des sédiments tendres que le Guadalquivir et ses affluents, bordés de terrasses caillouteuses, ont déjà largement déblayés. Cette plaine triangulaire, largement ouverte vers l'ouest aux influences atlantiques, passe des marécages aux plaines des campiñas de Séville et Cordoue, puis aux collines de la région de Jaén. À l'est de Grenade, ce modelé de collines fait brusquement place à de rigides pédiments et glacis étages mordant sur le cadre montagneux de vastes couloirs et bassins intérieurs.
Les côtes traduisent l'organisation d'ensemble des masses du relief : rectilignes, massives et souvent à falaises, peu articulées, à l'exception des rias de Galice.
La façade méditerranéenne se décompose en plusieurs ensembles : le littoral catalan, avec la Costa Brava, de l'Ampurdán au Maresme barcelonais, et les deltas du Llobregat et de l'Èbre ; le littoral levantin, colmaté, au pied des massifs, avec des lagunes (à Albufera) et des tombolos appuyés sur les peñones de Peñiscola et d'Ifach ; le littoral andalou, avec une riviera et des petites plaines côtières (les hoyas de Motril et de Málaga).
La façade atlantique est double avec, au sud, une côte basse en voie de régularisation, dunes littorales (Arenas Gordas) et ancienne lagune des Marismas. Au nord, les rias de Galice s'alignent sur des fractures, de part et d'autre du cap Finisterre, alors que la côte cantabrique est abrupte et linéaire. Les îles Baléares ne sont qu'un prolongement du système bétique et présentent la même allure découpée.
Seuls les fleuves et les rivières du versant atlantique échappent à l'aridité et à la forte évaporation marquant le régime des cours d'eau espagnols, quelle que soit leur importance. Sur 900 km, le Duero (dont le débit à l'embouchure s'élève à 650m3/s) et son bassin drainent le cinquième de l'Espagne. Se jetant dans l'Atlantique à Lisbonne, le Tage parcourt environ 900 km en territoire espagnol. L'Èbre (du latin Iberus), qui a donné son nom à la péninsule, naît aux abords des côtes atlantiques avant de bâtir un puissant delta cultivé le long de la Méditerranée, à 910 km de sa source. Le Guadalquivir fait un peu office de fleuve mythique, avec la région de marais des Marismas et l'héritage toponymique arabe soulignant l'irrégularité de son débit, comme l'atteste la fréquence de la racine oued (dans les zones semi-arides, un oued désigne un cours d'eau temporaire ou saisonnier), qui est à l'origine du préfixe guad : Guadajoz, Guadiato, Guadiamar, Guadalén, Guadalete, Guadalimar. Aux sources du Guadiana, des cuvettes endoréiques, c'est-à-dire sans écoulement organisé vers l'extérieur, accumulent les eaux dans les lagunes de la Manche. Sur l'ensemble du territoire, on recense près de 1 700 lacs, pour la plupart localisés dans les Pyrénées, où ils ont surtout une origine glaciaire.
Comprise entre 36° et 43° 47′ de latitude N. sur la façade occidentale du continent européen, l'Espagne est incluse dans le domaine climatique méditerranéen. Le balancement des hautes pressions subtropicales, qui repoussent vers le nord en été les vents d'ouest porteurs d'humidité, y règle le rythme des saisons : hivers doux et humides, étés chauds et secs s'y succèdent année après année.
Du point de vue humain, l'aridité estivale est le trait dominant de ce climat : durant plusieurs mois, l'évapotranspiration puise sur les réserves en eau du sol, que de rares orages ne parviennent pas à reconstituer. À moins d'irriguer, bien des plantes que favoriserait la chaleur précoce se trouvent exclues de la gamme des cultures possibles. Cependant, l'aridité n'a pas partout la même rigueur : schématiquement, on peut dire qu'elle va s'accentuant du nord-ouest, où elle ne dure qu'un mois à peine, vers le sud-est, où elle dépasse cinq à six mois. Tant sa position avancée dans l'Atlantique que la configuration générale de son relief nuancent, en effet, sensiblement la tonalité méditerranéenne du climat de l'Espagne.
Le climat méditerranéen le plus pur s'étend à la plus grande partie du littoral catalan et levantin ainsi qu'à l'Andalousie occidentale. Cette dernière, plus méridionale, est plus chaude : alors que, sur la côte catalane, la température moyenne de janvier est de 9 °C, à Málaga elle s'élève à 12 °C, autorisant des cultures tropicales comme la canne à sucre, le bananier et le corossolier ; quant aux étés, ils sont véritablement torrides en Andalousie, particulièrement dans la plaine du Guadalquivir, où la moyenne du mois le plus chaud atteint 28,4 °C à Cordoue, station où on a enregistré le record des maximums absolus de la Péninsule, avec 52 °C.
L'Andalousie connaît aussi une saison sèche plus longue (4 à 5 mois) : du fait de sa position plus méridionale, elle est atteinte plus tardivement par les courants perturbés d'ouest. Mais, fortement chargés d'humidité, ceux-ci y déversent d'abondantes précipitations : la plaine andalouse reçoit de 550 à 700 mm de pluies par an, et les premiers reliefs importants des cordillères Bétiques jusqu'à 2 000 mm, alors que Málaga, en position d'abri, ne recueille pas 500 mm. Comme il est normal, la pluviosité décroît d'ouest en est. Le nombre de mois durant lesquels les précipitations n'autorisent pas les cultures tempérées atteint huit à Murcie (à l'est de l'Andalousie) et dix à Almería : les nuances désertiques de cette courte frange côtière sont attestées par la faiblesse des précipitations.
En Catalogne littorale, la saison sèche ne dure que deux mois au nord, où les précipitations sont de l'ordre de 600 à 700 mm, et augmente vers le sud pour atteindre quatre mois dans le Levant avec un total pluviométrique de l'ordre de 400 mm. Ce n'est pas tant que les vents d'ouest arrivent plus tôt au nord, car, après avoir traversé la Péninsule, ils apportent bien peu d'humidité ; mais que les dépressions très creuses naissant précocement à l'automne dans le golfe de Gênes dirigent sur la Catalogne des vents humides déversant d'énormes quantités d'eau. De plus, l'Ampurdán reçoit en été des vents pluvieux de quelques dépressions qui atteignent le golfe du Lion après avoir traversé le Bassin aquitain.
Sous ce climat, la végétation naturelle est une forêt d'arbres à feuillage permanent dont l'espèce dominante est le chêne vert ; sur les roches siliceuses, il cède la place au chêne-liège, dont on observe de beaux peuplements tant en Catalogne du Nord que dans le sud de la province de Cadix. Sur les reliefs bien arrosés, le chêne rouvre se mêle au chêne vert, et, en Catalogne, le hêtre est présent au nord de la percée de l'Ebre. Cependant, cette végétation naturelle a été très dégradée par l'homme. Malgré des reboisements récents de pins pignons (et aussi, en Andalousie, d'eucalyptus), de vastes surfaces ne sont plus occupées que par le « matorral » : c'est tantôt un maquis à petits arbres rabougris et espacés (caroubiers sauvages, olivier-lentisque), tantôt une garrigue où le chêne kermès s'associe au romarin, au ciste... Aussi, lors des averses brutales de l'automne, les sols, mal protégés par cette végétation clairsemée, sont-ils intensément ravinés, et les pentes sont lacérées en bad-lands, tandis que les torrents entraînent à la mer des masses énormes de débris avec lesquels ils construisent des deltas à progression rapide.
Pourtant, il est certain qu'une partie de ces matorrales sont originels, notamment dans les régions où la pluviosité tombe au-dessous de 400 mm.
Dans l'est des cordillères Bétiques règne un climat subaride : les précipitations sont inférieures à 300 mm à Murcie, et même à 250 mm à Almería, le record européen de la sécheresse étant détenu par le cap de Gata, avec une moyenne de 113 mm. Sans doute les vents d'ouest arrivent-ils ici desséchés après avoir traversé la Péninsule et les dépressions du golfe de Gênes n'atteignent-elles pas une latitude aussi méridionale ; mais d'autres facteurs, encore mal connus, doivent être responsables d'une telle aridité. Il est certain que la proximité de l'anticyclone saharien accentue la sécheresse estivale. La végétation prend ici un aspect steppique avec des buissons épineux, des touffes de graminacées (steppe à alfa) et des palmiers nains (Chamaerops humilis). Comme dans les milieux subdésertiques, de maigres sols souvent salins sont la proie du ruissellement, et de véritables oueds étalent un lit démesuré presque toujours à sec. Les fleuves ne coulent qu'après les pluies, et alors les crues sont catastrophiques. Les rares établissements humains font figure d'oasis, et la palmeraie d'Elche, dans la province d'Alicante, la seule à fructifier en Europe, n'est pas l'une des moindres curiosités de ces régions.
Dans l'intérieur de la Péninsule, le climat méditerranéen se teinte d'une nette continentalité qui en renforce l'aridité et en accentue les contrastes thermiques. L'essentiel de l'intérieur, à l'exception des montagnes à nuances continentales sur la Meseta et la cuvette de l'Èbre, possède des étés chauds avec peu de pluies, des hivers rigoureux avec un pôle du froid sur les monts Ibériques. Si l'Estrémadure, que les vents d'ouest atteignent sans obstacle notable, reçoit quelque 600 mm de pluies par an, la Manche ne recueille que 300 à 400 mm ; dans la cuvette de Vieille-Castille, que ceinturent de hauts reliefs, la pluviosité tombe même au-dessous de 300 mm près de Zamora, et, au cœur du bassin de l'Èbre, elle n'est que de 325 mm. Pourtant, la saison des pluies débute plus tôt et se termine plus tard ; mais l'établissement en hiver d'un anticyclone sur la Meseta détermine un net creux hivernal dans la courbe des précipitations, le maximum se plaçant au printemps ; dans le bassin de l'Ebre, ce minimum hivernal devient même plus marqué que celui de l'été.
La présence de cet anticyclone s'explique par le fort refroidissement de l'air au contact du sol. Dans le bassin de Vieille-Castille, les températures du mois le plus froid sont en moyenne inférieures à 4 °C et Ávila a enregistré le minimum absolu de – 21 °C. L'olivier ne remonte guère au-delà du Tage, et, s'il pénètre largement dans le bassin de l'Èbre (dont l'altitude plus basse rend les hivers moins rigoureux), il y souffre parfois du gel dans le Centre et le Sud. Les étés, en revanche, sont torrides, particulièrement dans la Meseta méridionale, où le thermomètre dépasse souvent 40 °C. Les amplitudes thermiques, à Madrid, atteignent 20 °C. Le mois d'août peut surprendre par le phénomène de « froid au visage » (Agosto, frío en rostro).
La rigueur des hivers, l'indigence des précipitations et la forte aridité estivale sont des conditions bien sévères pour la vie végétale. La forêt claire de chênes verts et de chênes-lièges de l'Estrémadure, quoique notablement modifiée par l'exploitation humaine, constitue l'un des seuls témoignages de la végétation naturelle. On a tout lieu de penser que la chênaie couvrait aussi la Vieille-Castille, dont les étés relativement frais sont d'une aridité sensiblement atténuée. Mais l'homme l'a à peu près complètement détruite ; à sa place, une maigre garrigue a envahi les terres en friche. Il en est de même dans la Manche et plus encore dans le bassin de l'Èbre, où d'immenses surfaces ne sont que des steppes à touffes de graminées piquetées de loin en loin. Dans ces régions, les plus sèches de l'intérieur, il est d'ailleurs vraisemblable que la forêt originelle était discontinue et qu'elle se composait d'espèces plus xérophiles que les chênes verts, tels le pin d'Alep et le genévrier. Les sols siliceux portent un maquis (l'arbousier figure avec l'ours dans les armes de Madrid).
Ainsi, par la Manche et le bassin de l'Èbre, l'aridité africaine vient assiéger jusqu'aux Pyrénées centrales, et avec elle la steppe, qui contribue à l'austérité du paysage, un paysage minéral où le drainage s'organise difficilement : une partie de la Manche est endoréique, les eaux allant se perdre dans des lagunes salées ; les efflorescences salines ne sont pas rares ; mais que survienne une averse concentrée et les eaux ruisselantes ravinent profondément les pentes.
Les fleuves perdent beaucoup par évaporation (le Guadiana s'étale dans les lagunes de la Manche), mais restent importants (Duero, Tage, Èbre).
Seules les montagnes qui dominent les régions intérieures portent de beaux massifs forestiers : celles de l'Est, plus sèches, ont des peuplements de pins mêlés au chêne vert et au chêne lusitanien et font place en altitude à un genévrier africain. Dans l'Ouest, les montagnes sont beaucoup plus arrosées : le chêne vert est supplanté en hauteur par le chêne rouvre et le hêtre, d'autant plus abondants que l'on approche du nord-ouest de la Péninsule.
La façade septentrionale, de la Galice aux Pyrénées centrales incluses, dont les reliefs énergiques sont heurtés de plein fouet par les vents d'ouest, subit une forte influence océanique. Cette Espagne humide reçoit au moins 600 mm de pluies et ne compte aucun mois sec : c'est le domaine atlantique. À l'extrême nord-ouest, Saint-Jacques-de-Compostelle enregistre 1 650 mm et 176 jours de pluie par an. La Corogne connaît des moyennes de 10 °C en janvier et de 19 °C en août : c'est la plus faible amplitude thermique du pays. Aux hivers doux et humides succèdent des étés relativement frais, dont l'aridité est sensiblement atténuée par l'humidité de l'air. Au Pays basque et dans les Pyrénées, les pluies orageuses d'été sont même suffisamment abondantes pour qu'il n'y ait aucun mois sec. C'est l'Ibérie humide, dont la verdure surprend le voyageur qui vient de l'intérieur : au-dessus des prairies qui occupent les fonds de vallée, les pentes se parent de beaux manteaux forestiers d'arbres à feuilles caduques où dominent le chêne pédoncule et le hêtre avec un sous-bois de fougères. Quand on s'élève en altitude, le hêtre tend à l'emporter, puis fait place au pin sylvestre, lequel est supplanté à son tour par le sapin et le pin à crochet.
Cependant, une nette tendance à la podzolisation rend les sols acides, surtout en Galice. Aussi, comme dans les terres océaniques, la chênaie se reconstitue-t-elle difficilement quand elle a été détruite par l'homme ; à sa place se développe une lande à genêts et bruyères.
Les fleuves n'ont pas de crues importantes, mais des eaux abondantes avec un régime régulier.
En dehors de cette frange humide, l'Espagne est donc marquée par la sécheresse. Et comme toutes les terres sèches, elle est une terre d'excès : alors que l'on recherche avidement l'eau plusieurs mois par an, de brutales averses peuvent ruiner les sols et provoquer des crues dévastatrices. Il arrive, en effet, qu'il tombe plus de 100 mm en une seule journée. Mais il arrive aussi qu'il ne pleuve pas de toute une année dans le Sud-Est. Cette irrégularité interannuelle est cause d'incertitudes.
La mise en valeur rationnelle suppose donc d'abord la maîtrise de l'eau. Elle nécessite en second lieu l'amélioration des sols : l'insuffisance du drainage dans les profils en limite l'évolution, d'autant que l'humus n'est fourni qu'avec parcimonie par la maigre végétation. Bien souvent, les sols sont squelettiques ou de médiocre qualité.
La faune s'apparente à celle des régions tempérées ; on trouve en effet le renard et le sanglier ainsi que des variétés autochtones de certaines espèces de chèvres (Capra hispanica) ou de grenouilles (Rana iberica). Mais elle compte aussi des espèces nettement plus méditerranéennes, comme la perdrix, la caille, l'alouette, le canard et le flamant. On entre enfin dans le domaine alpin, qui est celui de l'aigle et des cervidés, préservés au sein de colonies isolées peuplant les hauts massifs.
Depuis le début du XXe s. et jusqu'au début des années 1980, la population espagnole a connu une croissance assez soutenue, excepté durant la guerre civile et l'immédiat après-guerre, en raison notamment de la famine et du rationnement qui sévissaient alors. De 18,6 millions d'habitants dans les années 1900, elle est passée à 26 millions en 1940, 34 millions en 1970 et 37,8 millions en 1980. Depuis, la croissance démographique s'est fortement ralentie, l'Espagne restant un pays relativement peu peuplé.
L'évolution de la population espagnole, comparable à celle de la plupart des autres pays développés, révèle que sa transition démographique est achevée. Le taux de mortalité a considérablement baissé : de 30 ‰ au début du XXe s., il est passé à 8 ‰ au début des années 1960, avant de remonter à 9,4 ‰ à la fin des années 1990 en raison du vieillissement général de la population. Quant à la natalité, elle observe une évolution comparable (mais avec un décalage d'une douzaine d'années par rapport à la mortalité), passant de 20 ‰ en 1968 à 12,5 ‰ en 1985 et à moins de 10 ‰ à la fin des années 1990. Si, jusqu'à la fin des années 1970, l'excédent des naissances sur les décès était d'environ 10 ‰ chaque année, cette époque est révolue. La pyramide des âges traduit un vieillissement de la population. Ce vieillissement de la population n'est pas sans poser de problèmes, tant en matière d'emplois que de redistribution sociale avec, notamment, la question du paiement des retraites. La rapide sécularisation de la société espagnole au sortir de plusieurs décennies de « national-catholicisme » sous la dictature franquiste, la libéralisation des mœurs et de la législation (légalisation du divorce depuis 1981, légalisation partielle de l'avortement en 1985) ont largement contribué à modifier les structures traditionnelles de la famille espagnole et à « l'européaniser » (multiplication des familles monoparentales ou sans enfant, recul de l'âge du mariage, augmentation des divorces et de la vie de couple hors mariage).
La répartition géographique de cette population a fortement évolué en l'espace d'un siècle, sous l'effet notamment de l'exode rural. Amorcées dès les années 1920-1930, les migrations des campagnes vers les villes se sont accélérées depuis le début des années 1950, s'organisant pendant longtemps autour de deux axes principaux : sur le plan national, de l'intérieur agricole vers la périphérie industrielle, au niveau régional, des petites agglomérations vers les plus grandes. Mais, avec les problèmes rencontrés par l'industrie, les migrations en direction des zones industrielles tendent à ralentir, voire à s'inverser. De même, alors que, globalement, avant 1980, l'Espagne de l'intérieur se dépeuplait au profit des périphéries atlantiques et méditerranéennes (le peuplement se concentrait alors essentiellement sur quatre aires principales : la Catalogne, le Pays basque, Valence et Madrid), depuis le début des années 1980, ce schéma tend à disparaître au profit des capitales des différentes communautés autonomes et des grandes aires métropolitaines avec, notamment, une multiplication des cités satellites autour des plus importantes métropoles. Reflet de l'évolution économique, les régions industrielles attirent de moins en moins de migrants, en particulier le littoral atlantique (Pays basque, Asturies), et, de façon moins marquée, la côte méditerranéenne (Catalogne). Aujourd'hui, les pôles les plus dynamiques en matière de peuplement sont ceux dont l'économie est la plus diversifiée, associant agriculture spécialisée, industries de biens de consommation et activités tertiaires (tourisme). Les archipels (Baléares, Canaries) ainsi que certaines villes de la façade méditerranéenne, comme Valence et Murcie, sont ainsi en plein essor. Toutefois, grâce aux fonds de l'Union européenne et à ceux alloués par les Communautés autonomes, les disparités de peuplement les plus flagrantes tendent à s'estomper.
L'Espagne, pays traditionnel d'émigration, est devenue une terre d'immigration. L'Espagne compte plus de 4,5 millions d'immigrés en situation régulière, soit plus de 10 % de la population, ce qui en fait le pays d'immigration le plus important de l'Union européenne, dont elle constitue à elle seule le tiers du solde migratoire. L'Espagne est devenue après 2000 le deuxième pays récepteur de migrants, après les États-Unis. L'Espagne doit 70 % de l'augmentation de sa population à son solde migratoire, les naissances d'enfants de migrants représentants 20 % de l'ensemble des naissances du pays. Le taux de fécondité extrêmement bas des Espagnoles, de l'ordre de 1,2 enfant par femme, est un moteur à l'immigration, qui contribue à rajeunir le pays. Ces immigrés ont avec l'Espagne soit une proximité géographique (40 % viennent de Roumanie, du Maroc ou du Royaume-Uni) soit une proximité culturelle, 30 % venant d'Amérique latine (surtout d'Équateur et de Colombie). Le nombre de clandestins est estimé à 1 million de personnes. 3,3 millions d'immigrés sont arrivés en Espagne entre 1995 et 2005. Les immigrés se concentrent le plus souvent dans les régions de Madrid (Équatoriens, Marocains) et de Barcelone (Équatoriens), ainsi que sur le littoral méditerranéen (Britanniques retraités, Équatoriens pour les aides à la personne des Britanniques et Marocains). Ainsi, dans certaines communes proches d'Alicante, plus de la moitié de la population est Britannique ou Allemande. Il s'agit soit d'une immigration de riches retraités attirés par le soleil (dans le cas des Britanniques) soit d'une immigration déqualifiée, qui travaille dans le bâtiment, l'agriculture, le petit commerce, la restauration.
La rapide augmentation du revenu par habitant est loin d'avoir gommé toutes les inégalités régionales et n'a pas non plus permis à l'Espagne de rattraper la moyenne communautaire. De nombreuses disparités persistent encore entre les différentes régions. Celles-ci se répartissent en trois grandes zones plus ou moins parallèles : la première englobe les Baléares, la Catalogne, le Pays basque et la vallée de l'Èbre, où le produit national brut par habitant est supérieur à la moyenne nationale ; dans la zone intermédiaire reliant l'Atlantique à la Méditerranée, certaines régions seulement, notamment Madrid, enregistrent des valeurs parmi les plus élevées du pays ; dans l'ouest (Galice, Estrémadure et Andalousie), enfin, le revenu par habitant y est, en revanche, très inférieur à la moyenne nationale. En dépit de ces disparités, le développement de l'économie espagnole s'est accompagné d'une forte élévation du niveau culturel moyen, comme le montrent le déclin de l'analphabétisme (supérieur à 30 % en 1940) et l'augmentation des taux de scolarisation dans l'enseignement primaire, dans l'enseignement secondaire et supérieur.
En ce qui concerne sa répartition socioprofessionnelle, la population espagnole tend à se rapprocher des standards européens, même si elle présente encore quelques particularités. Bien qu'en augmentation constante (très forte jusqu'en 1960, ralentie depuis), la part de la population active, comparée à la population totale, est moins élevée que la moyenne de l'Europe communautaire. Le vieillissement général de la population et la proportion encore assez faible des femmes expliquent ce phénomène. Longtemps confinées aux seules tâches d'épouse et de mère au temps du franquisme, les Espagnoles ont progressivement accédé aux différents niveaux d'éducation et tendent désormais à concurrencer de plus en plus les hommes sur le marché du travail.
L'évolution de la répartition de la population active par secteur d'activités ne diffère pas beaucoup du modèle européen, avec toutefois la persistance d'un pourcentage d'actifs agricoles sensiblement supérieur à la moyenne communautaire.
Enfin, il faut souligner la part importante des chômeurs dans la population active. Traditionnellement élevé, hormis durant les périodes de forte émigration, le taux de chômage avait nettement diminué à partir du milieu des années 1990, passant d'un plus haut en 1994 au niveau de la moyenne de la zone euro et des pays les plus développés en 2007. Il est fortement remonté en 2008 et en 2009, pour atteindre 17,9 % de la population active, notamment en raison de la baisse de la construction. Au milieu de l'année 2009, le pays comptait 4,1 millions de chômeurs, un nombre qui a plus que doublé depuis la fin de l'année 2007.
Les inégalités régionales demeurent, avec notamment de forts contrastes entre d'une part la Navarre et l'Aragon, plutôt prospères, et d'autre part l'Andalousie et l'Estrémadure, qui comptent un grand nombre de chômeurs.
L'intégration de l'Espagne, neuvième puissance économique mondiale, dans l'Union européenne a accéléré sa croissance déjà amorcée dans les années 1960 et 1970. Le pays a désormais rattrapé le retard qu'il présentait à la fin de la période franquiste. Il s'est considérablement modernisé. Depuis le début des années 1960, l'essor de l'économie a été spectaculaire grâce au développement de l'industrie, favorisé par les capitaux étrangers, et du tourisme. En 1992, l'organisation de l'Exposition universelle de Séville et des jeux Olympiques de Barcelone ont témoigné de l'émergence de l'Espagne. Des inégalités sociales et régionales parfois liées à des particularismes régionaux demeurent.
L'appartenance à l'Union européenne a posé des problèmes d'adaptation (quotas de prises pour une pêche active, compétitivité industrielle, surproduction agricole). La politique de libéralisation de l'économie et de désengagement de l'État s'est traduite par plusieurs vagues de privatisations qui ont constitué une véritable manne pour les finances publiques.
Tournée en priorité, pour ses échanges commerciaux, vers l'Europe communautaire (la France est son premier partenaire commercial), l'économie espagnole se caractérise par son fort degré d'ouverture sur l'extérieur, que renforce la présence massive d'investisseurs étrangers (français et allemands, notamment) dans les principales branches d'activités. Depuis quelques années, l'Espagne se tourne aussi vers les pays hispanophones – elle investit de plus en plus en Amérique latine, principalement dans le secteur bancaire – ainsi que vers les pays lusophones (Portugal, Brésil, Angola). L'institutionnalisation des liens politiques et économiques avec ces pays s'est renforcée depuis le début des années 1990, grâce à l'organisation de rencontres annuelles entre chefs d'État et de gouvernement dans le cadre des Sommets ibéro-américains.
Au-delà de son poids réel dans l'économie, la signification de l'agriculture est plus profonde, même si l'Espagne se dégage de l'image d'un pays longtemps rural : il s'agit des productions spécialisées d'un pays qui appartient à l'Union européenne et qui fournit du vin et des primeurs, de l'huile et des agrumes. Le quart de la population active dans le Sud, le tiers en Castille et Estrémadure, la moitié en Galice demeurent dans le secteur primaire. En Castille, de nombreuses exploitations comptent plus de 100 ha, en Galice, un grand nombre n'atteint pas 10 ha. Ce contraste se perpétue à l'échelle nationale : les exploitations supérieures à 200 ha occupent une bonne part de la superficie totale, ce qui pose des problèmes techniques (extensivité, bas rendements, monoculture), mais surtout sociaux : avec, d'une part, l'absentéisme citadin des propriétaires et, d'autre part, le bas niveau de vie, le chômage, une main-d'œuvre abondante et sous-payée, contrainte à l'exode. L'Espagne est un notable producteur d'orge, de blé, de maïs et surtout d'agrumes, d'huile d'olive et de vins, avec un important troupeau ovin. Mais toutes les statistiques renvoient au contraste fondamental entre culture sèche (secano) et terres irriguées (regadío), le Norte humide échappant toutefois à cette classification, caractéristique de l'Espagne sèche.
Le secano est le lot de l'Espagne intérieure, mais en réalité 75 % du territoire manquent d'eau. Les cultures de céréales (blé, orge, seigle) ont des rendements assez bas. La terre reste en jachère un an sur deux (año y vez), ou porte parfois des légumineuses. L'arboriculture est typiquement méditerranéenne avec l'olivier, l'amandier, le caroubier ; la trilogie méditerranéenne blé-vigne-olivier couvre le tiers de l'Espagne cultivable. Les dehesas d'Estrémadure sont des terrains de parcours de faible valeur pour les troupeaux : ovins, porcs à la glandée sous les chênes verts. Les taureaux occupent les bas-fonds de la région de Salamanque et des Marismas du Guadalquivir.
Le regadío autorise plusieurs cultures annuelles dans les huertas anciennes du Levant et de l'Andalousie ; les fleuves, malgré leur régime irrégulier, sont soigneusement aménagés selon des techniques élaborées et des règles anciennes (tribunal des eaux de Valence) : Segura, Genil, Júcar. De plus, les travaux se multiplient, depuis la simple dérivation (canaux de l'Èbre) jusqu'aux grands projets d'aménagement (plan Badajoz, plan Jaén) et aux ouvrages hydrauliques du bassin du Guadalquivir. Les cultures sont très variées : céréales (blé, maïs, orge, riz), légumes (tomates, poivrons, salades), arbres fruitiers (agrumes, pommes, abricots) ; floriculture ; cultures tropicales (avocats, bananes, canne à sucre). Au total, l'irrigation concerne une part assez faible du total des terres, mais selon une répartition en archipel, de petite extension, avec des campagnes peuplées, riches, soignées autour de Valence, Murcie, mais également Grenade, Lérida.
Le secteur atlantique est le domaine du maïs et de la prairie pour les bovins ; les céréales sont limitées, laissant place à la pomme de terre. La propriété est petite, morcelée, la population encore trop nombreuse. La pêche apporte dans le Norte, de la Galice au Pays basque, des compléments importants. Le total des prises annuelles avoisine le double de celui de la France. La façade atlantique de l'Andalousie (Cadix, Huelva) permet d'armer vers les Canaries et le Maroc. La Méditerranée n'apporte que des contingents de poisson très faibles.
Les produits de base se répartissent sur un petit nombre de régions. Il s'agit de ressources non négligeables, mais de produits souvent médiocres. La production de houille s'effectue dans les Asturies et le León, celle de lignite en Aragon et en Catalogne. Le quart de la production d'électricité est d'origine hydraulique. Mais les hydrocarbures, qui satisfont plus de la moitié des besoins énergétiques, doivent être en quasi-totalité importés, l'apport des centrales nucléaires approche aujourd'hui la production hydroélectrique. La moitié des minerais métalliques provient du Sud (mercure d'Almadén, plomb de Linares, cuivre du Río Tinto) ; c'est une extraction très ancienne et longtemps soumise aux capitaux étrangers. Le fer est extrait surtout près de Bilbao (qui constitue un port d'exportation). L'aluminium nécessite l'importation de la bauxite (ou l'alumine) nécessaire.
Des spécialisations régionales, soulignées par les pourcentages de la production totale, apparaissent : textile (en difficulté) et chimie en Catalogne, cuir à Valence, métallurgie de transformation en Catalogne, la papeterie et les arts graphiques, boissons et tabac en Andalousie, bois à Valence, les matériaux de construction et les produits alimentaires en Catalogne, mines en Andalousie.
Les deux grands foyers industriels, malgré des promotions récentes, restent la Catalogne, essentiellement textile (en difficulté), mais très diversifiée, et l'ensemble vasco-asturien fondé sur la houille et la sidérurgie autour de Bilbao et Avilés. La construction automobile est la première industrie, le premier secteur exportateur et représente au total plus de deux millions d'emplois. Ce fleuron industriel est cependant dépendant de décisions prises à l'étranger (il n'existe plus de constructeur national) et est aujourd'hui concurrencé par les pays d'Europe centrale et orientale. Il persiste d'autre part de nombreuses petites usines, formes de modernisation des anciennes manufactures. S'ajoutent aux deux régions citées les foyers dispersés du Levant valencien (Sagunto) et de l'Andalousie, et les créations du régime dans les années 1960 : des pôles greffés sur des villes dont ils vont assurer la croissance, à Séville, Huelva, Burgos, Madrid, Saragosse (machines agricoles), Valladolid (construction automobile), Medina del Campo (aluminium). Il reste encore à résorber des structures vieillies, et la soumission aux firmes multinationales ne doit pas être perdue de vue dans le domaine de l'automobile, des pneumatiques, de l'électronique, de la chimie, de l'industrie agroalimentaire.
Le phénomène touristique a atteint un développement spectaculaire. On comptait 7 millions de touristes en 1960, le double en 1965, 24 millions en 1970, 30 millions en 1975, 40 millions en 1978, 58 millions en 2007. Des régions privilégiées accueillent des ressortissants de l'Europe du Nord-Ouest, pour plus de la moitié britanniques, allemands ou français : côtes catalane (Costa Brava), alicantine et andalouse, qui multiplient les grands ensembles littoraux. On peut y ajouter les Baléares et les Canaries (en hiver), les héritages balnéaires (Saint-Sébastien) ou religieux (Saint-Jacques-de-Compostelle) ; les centres urbains : Tolède, Grenade, Séville ; les grands musées de Madrid (Prado) ou de Barcelone (musée Picasso). Parallèlement, l'hôtellerie s'est développée. C'est un tourisme de classe moyenne pour un tiers, estival et à destination des plages pour l'essentiel. Il a entraîné une modification des conditions de transport : 1 300 km d'autoroutes (un réseau périphérique et à vocation touristique). Pour le trafic aérien, Palma de Majorque dépasse Madrid et Barcelone, et certains aéroports sont spécialisés dans l'accueil des charters : Gérone pour la Costa Brava, Málaga pour la Costa del Sol, Las Palmas aux Canaries.
Dans certaines régions, le tourisme est, de très loin, la principale source d'emplois et de revenus (Baléares, Andalousie). L'Espagne s'est ainsi progressivement affirmée comme la deuxième puissance touristique au monde, en nombre de visiteurs, derrière la France, et en recettes.
Plusieurs lignes de T.G.V. ont été construites, entre Madrid et Séville (mise en service en 1992). Une ligne est en construction entre Madrid et Barcelone, dont la prolongation vers Perpignan est prévue pour 2012, reliant ainsi l'Espagne au réseau T.G.V. du reste de l'Europe (en 2012, Barcelone serait ainsi à cinq heures trente de Paris). Une autre ligne est en projet entre Madrid et Lisbonne, dont l'ouverture est prévue pour 2013, et qui permettrait de joindre les deux capitales en moins de trois heures.
L'Espagne est peuplée dès le paléolithique inférieur, ainsi que l'attestent divers restes de culture troglodyte caractéristiques du Neandertal. Le paléolithique supérieur est marqué par deux importantes cultures : celles d'Altamira et du Levant espagnol. La tradition antique attribuait à la race ibère, peut-être venue d'Afrique, la civilisation néolithique de la Péninsule. Quoi qu'il en soit, du IIIe au Ier millénaire avant J.-C., les progrès techniques (sparterie, céramique, agriculture, cuivre, bronze et sans doute même fer) s'y succèdent. Dès la fin du IIe millénaire avant J.-C., l'Andalousie entre dans le circuit commercial méditerranéen : Phéniciens, puis Grecs viennent y chercher l'argent, le plomb, le cuivre et surtout l'étain, rare en Orient et nécessaire à l'industrie du bronze.
Les uns et les autres implantent des comptoirs sur les côtes méditerranéennes et jusqu'à l'embouchure du Guada lquivir. Phéniciens et Carthaginois s'installent surtout au sud : Gadir (Cadix), Sexi (Almuñécar), Carteia (Algésiras), Malaca (Málaga), Abdèra (Adra). Mais ils remontent vers le nord, à Lucentum (Alicante), près du cap Artémision, et à Ebusus (Ibiza, aux Baléares, vers 652 avant J.-C.). Les Grecs de Phocée et de Massalia, en sens inverse, fondent leurs comptoirs au nord-est (Emporion, Rhodê), puis à l'est (Hemeroskopeion, Artémision) et poussent vers le sud ; ils parviennent même, exceptionnellement, à Tartessos. Mais Grecs et Puniques s'opposent en Méditerranée occidentale, et l'expansion phocéenne est brisée au large d'Alalia (aujourd'hui Aléria, en Corse) par une coalition de Carthaginois et d'Étrusques (535 avant J.-C.).
Des échanges entre colons et indigènes est née une civilisation complexe, mal connue, dont les témoins les plus remarquables sont les bustes de la Dame d'Elche et la Dame de Baza. Parallèlement à la civilisation côtière, des mouvements de peuples se produisent à l'intérieur, sous la forme d'une lente infiltration celte à partir de la Gaule. De la fusion entre Celtes et Ibères est issu le fond commun « celtibère » de la population ibérique.
Carthage, pour compenser les pertes subies lors de la première guerre punique, entreprend la conquête de l'Espagne. Hamilcar Barca impose sa domination à l'est du pays jusqu'à Barcelone, qu'il fonde. Il meurt en assiégeant Elche (229 avant J.-C.), et les Romains arrêtent sur l'Èbre, en 227, son successeur Hasdrubal, qui construit alors la forteresse de Carthago nova (Carthagène). Hannibal lui succède en 221 avant J.-C. et déclenche la deuxième guerre punique, dès 219, par la prise de Sagonte, alliée de Rome. Tandis qu'il combat en Italie, Rome conquiert l'Espagne : les frères Scipion sont vaincus en 211 avant J.-C., mais le fils de l'un d'eux, le futur « Africain », se rend totalement maître des possessions carthaginoises dès 206. Après Zama (202 avant J.-C.), Carthage doit céder celles-ci (201 avant J.-C.). Rome met 64 ans à imposer sa domination aux indigènes ; les dernières luttes sont marquées par des résistances farouches : soulèvement de Viriathe (147-139) ; guerre de Numance et destruction de la ville par Scipion Émilien (133 avant J.-C.). La bordure nord de la Péninsule (Galice, Asturies, Cantabrie) ne sera définitivement pacifiée que sous Auguste, en 19 avant J.-C.
L'importance politique de l'Espagne dans le domaine romain apparaît dès le premier siècle de la conquête et se prolonge à travers l'empire : Sertorius se révolte contre Sulla et tient victorieusement tête à Pompée jusqu'à son assassinat (82-72 avant J.-C.), s'appuyant sur les dernières résistances indigènes. Les fils de Pompée y luttent contre César jusqu'à leur écrasement à Munda (44 avant J.-C.). Auguste en dirige lui-même l'occupation (26 avant J.-C.), ainsi que les opérations au nord de la Péninsule (25-24). C'est à Clunia, en Tarraconaise, dont il est gouverneur, que Galba se proclame, en 68 après J.-C., legatus senatus populique romani, en attendant d'être nommé empereur par le sénat. Peu après, Vespasien concède aux Hispaniques la cité romaine. Trajan, puis Hadrien naissent à Itálica ; la famille de Marc Aurèle a de fortes attaches en Bétique.
Jusqu'en 27 avant J.-C., la Péninsule forme deux provinces, l'Espagne Citérieure au nord-est, l'Espagne Ultérieure au sud et à l'ouest. Auguste divise alors cette dernière en deux nouvelles provinces, la Lusitanie et la Bétique. Après la conquête du Nord, la Galice est rattachée à la Lusitanie, les Asturies et la Cantabrie à l'Espagne Citérieure. En 2 avant J.-C., la Galice est également incorporée à cette dernière province qui devient Tarraconensis (la Tarraconaise). Le statut de cette région est fréquemment modifié (Asturies) jusqu'à la fin du IIIe s.
À ce moment, Dioclétien, dans le cadre de sa grande réorganisation administrative, crée le diocèse d'Espagne, composé de cinq provinces ibériques (Lusitanie, Bétique, Gallaeçia [Galice et Asturies], Tarraconaise et Carthaginoise [sud de l'ancienne Tarraconaise]) et de la Mauritanie Tingitane (Maroc actuel).
La paix romaine règne quatre siècles dans la Péninsule, de la fin des guerres cantabriques d'Auguste à la conquête barbare, au début du Ve s. après J.-C. La prospérité semble s'y maintenir plus longtemps et à un plus haut niveau que dans la plupart des autres provinces de l'Empire. Une soixantaine d'exploitations minières importantes sont en service (fer, plomb, cuivre, zinc, étain, mercure). Les seules excavations du Río Tinto (cuivre) témoignent de l'extraction de quelque 20 millions de tonnes en 600 ans. Plusieurs villes dépassent 100 000 habitants (Emerita Augusta, Tarraco, Hispalis, Corduba, c'est-à-dire Mérida, Tarragone, Séville, Cordoue). Nombre d'autres approchent ce chiffre. Le niveau culturel du pays est à la hauteur de son niveau économique : Sénèque, Martial, Quintilien sont des Espagnols.
Le christianisme fait son apparition en Espagne dès le IIe s. Les premiers conciles nationaux se tiennent à Iliberis (306), à Saragosse (380), à Tolède (400). Le pape Damase, les poètes religieux Juvencus et Prudence, tous trois espagnols, témoignent de la profonde implantation du christianisme dans le pays au IVe s.
En 409, les Barbares pénètrent en Espagne : le flux et le reflux des envahisseurs vont la ravager jusqu'à la fin du Ve s. En 412, les Wisigoths, menés par Athaulf, qui épousera Galla Placidia, sœur d'Honorius, entrent dans la Péninsule sous prétexte d'y rétablir l'autorité impériale. Les Vandales Silings sont refoulés en Bétique (qui devient l'Andalousie) ; les Alains sont rejetés en Lusitanie, puis plus au nord, où ils fusionnent avec les Vandales ; les Suèves sont cantonnés en Galice ; mais Honorius installe les Wisigoths en Aquitaine, tandis que les Vandales réoccupent la Bétique et les Baléares, puis, derrière Geiséric, s'emparent de l'Afrique (428-435), et que les Suèves se répandent dans le reste du pays. Après le bref passage de l'empereur Majorien, qui, en 460, tente en vain de détruire la flotte vandale, la Péninsule devient un champ clos entre Suèves et Wisigoths. Euric (466-484) occupe tout le pays, à l'exception de l'extrême Nord-Ouest, où sont refoulés les Suèves (ceux-ci ne seront annexés qu'en 585), et s'en fait reconnaître la possession par l'empereur Zénon (477).
Expulsés de la Gaule du Sud par Clovis, après Vouillé (507), les Wisigoths réduisent leur domination à l'Espagne, sur laquelle ils règnent pendant deux siècles. Le Sud en est même cédé à Justinien en 554 et redevient, pour une cinquantaine d'années, une province romaine.
La monarchie wisigothique assure une relative sécurité à la Péninsule, où, comme ailleurs en Occident, les activités économiques se sont repliées sur la terre. Léovigild (573-586), monarque absolu, réforme l'administration, réorganise la cour et unifie le pays. Cependant, l'opposition religieuse qui existe entre les Wisigoths, ariens depuis le IVe s., et les Hispano-Romains, catholiques, interdit longtemps tout amalgame ethnique, toute cohésion de l'État.
Pourtant, à la suite de la conversion du roi Reccared (587), l'Église catholique acquiert une autorité d'autant plus grande sur la monarchie que l'aristocratie parvient à rendre celle-ci élective. De 633 (élection du roi Sisenand par le quatrième concile de Tolède) à 711 (conquête arabe), dix conciles de Tolède désignent les rois et les contrôlent, établissant une sorte de théocratie conciliaire. Le dynamisme de l'Église espagnole se traduit par la survie d'une activité théologique et intellectuelle qui tranche avec le reste de l'Occident : hérésie priscilienne de la fin du IVe s. et surtout œuvre encyclopédique de saint Isidore de Séville (vers 560-636).
L'Espagne wisigothique s'effondre d'un seul coup en 711 : quelques milliers de Maures islamisés, conduits par Tariq ibn Ziyad, franchissent les colonnes d'Hercule (c'est alors que le détroit prend le nom de Djabal Tariq, plus tard Gibraltar) et écrasent le roi Rodrigue près de Cadix (bataille du Guadalete, 19-26 juillet 711). Deux ans plus tard, toute la Péninsule est soumise à Musa ibn Nusayr, gouverneur du Maghreb au nom du calife al-Walid Ier, et forme un émirat au sein du califat.
L'expansion musulmane se prolonge dans la Gaule franque, où elle ne rencontre pas le milieu favorable trouvé en Espagne. Le coup d'arrêt le plus célèbre est donné en 732 à Poitiers, par Charles Martel, et les décennies suivantes voient les Maures se replier en deçà des Pyrénées. En 756, le prince de la dynastie omeyyade de Damas, détrôné par les abbassides, Abd al-Rahman Ier, cherche asile en Espagne et fonde l'émirat indépendant de Cordoue. Abd al-Rahman III (912-961) prend en 929 le titre de calife. Le califat de Cordoue durera jusqu'à 1031. À cette date, le calife Hicham III est détrôné, et l'Espagne musulmane se fragmente en une vingtaine de royaumes indépendants, les royaumes de taifas (taifa = parti). Si une forte proportion d'Espagnols embrassent la loi islamique (on les appellera les renégats), si d'autres émigrent vers le Nord, nombre d'entre eux conservent la foi chrétienne, leurs églises et leur clergé, sans être pour autant persécutés. Ils forment une catégorie de la population, les Mozarabes.
Les Omeyyades font régner une brillante civilisation sur leurs territoires, et principalement sur l'Andalousie : richesse agricole des plaines irriguées, prospérité urbaine fondée sur le tissage, la céramique, les cuirs de Cordoue, les armes de Tolède, et favorisée par les échanges méditerranéens entre pays islamiques. La grande mosquée de Cordoue, commencée dès 785, est non seulement un centre religieux mais aussi un grand foyer intellectuel.
Deux contrées espagnoles ont toutefois échappé aux Maures du fait de leur isolement et de leur situation périphérique : le Nord-Ouest (Asturies et León) et le Nord (Pyrénées). C'est de ces refuges que part « la Reconquista », la Reconquête.
L'expansion des États chrétiens du Nord commence, bien modestement, dès le début du VIIIe s. : un royaume des Asturies (plus tard de León) apparaît (première victoire chrétienne [semi-légendaire] de Covadonga, 718), tandis que des îlots d'indépendance s'organisent au sud du León (future Castille) et dans les hautes vallées navarraises et aragonaises. Charlemagne et son fils Louis constituent non sans peine, de 785 à 811, la Marche d'Espagne entre Pyrénées et Èbre (la Catalogne demeurera des siècles sous la suzeraineté au moins nominale du roi de France). La Navarre s'érige en royaume à partir de 852, et son roi, Sanche III Garcés El Mayor (1000-1035), regroupe tous les royaumes et comtés espagnols sous son autorité (exception faite du comté « franc » de Barcelone). À sa mort, ses États sont partagés entre ses fils.
L'Espagne chrétienne se répartit entre les royaumes de León (au sud duquel apparaît un comté de Portugal), de Castille (royaume en 1035), de Navarre, d'Aragon (royaume en 1035) et le comté de Barcelone, uni à l'Aragon par mariage à partir de 1137. Au hasard des politiques matrimoniales, il arrive que plusieurs de ces États s'unissent temporairement (tels León et Castille de 1037 à 1157). Longtemps, ces États sont loin de faire figure de puissance. Il est possible que la Navarre et le León aient accepté « la tutelle cordouane aux IXe et Xe s. : en détruisant Saint-Jacques-de-Compostelle (997), al-Mansur a lancé un défi à la chrétienté, et la Reconquête va devenir pour l'Occident chrétien un nouveau front guerrier contre les infidèles. Cependant, l'Espagne a commencé à prendre forme : création, autour des rois, de conseils qui deviendront les Cortes ; apparition, dès le Xe s., des premiers Fueros en León et en Castille ; place importante tenue par l'Église et rôle capital des pèlerinages, dont les routes sont les principaux liens entre royaumes ibériques, d'une part, entre ceux-ci et l'Europe chrétienne, d'autre part (Saint-Jacques-de-Compostelle) ; essor de l'art roman, favorisé par ces pèlerinages. La faiblesse des royaumes de taifas est mise en relief par les exploits du fameux Cid Campeador, dans la seconde moitié du XIe s. : le héros de la légende était en réalité une sorte de condottiere, qui se tailla un État au détriment de ces petits royaumes. Exploitant cette faiblesse,Alphonse VI de Castille s'empare de Tolède en 1085 et en fait sa capitale ; il met le siège devant Saragosse et, pour souligner sa volonté de fondre en un seul peuple musulmans et chrétiens, se proclame emperador de las dos religiones, politique audacieuse et libérale qui répond à celle que pratique en Andalousie l'émirat omeyyade de Cordoue. Le retentissement de la prise de Tolède est énorme dans le monde chrétien, qui reprend espoir. Mais l'arrivée des Almoravides en Espagne entraîne la défaite d'Alphonse VI à Sagrajas (Zalaca) [1086]. La Castille s'accroche à Tolède et à la ligne du Tage, tandis que les nouveaux maîtres du Sud lui imposent un retour à la stricte orthodoxie musulmane. Ils faiblissent à leur tour, et l'offensive castillane reprend au milieu du XIIe s. avec Alphonse VII (qui se proclame empereur) et à la fin du même siècle avec Alphonse VIII. C'est alors qu'une nouvelle vague islamique arrive d'Afrique : les Almohades sont vainqueurs à Alarcos (1195). Alphonse VIII se tourne vers la chrétienté et fait prêcher la croisade en Occident : les divers souverains espagnols, coalisés et appuyés par les croisés, écrasent les Almohades à Las Navas de Tolosa (1212). L'islam est refoulé au-delà de la sierra Morena. Quelque temps après, le Portugal, devenu royaume depuis 1143, s'étend jusqu'à l'embouchure du Guadiana (1232-1249), tandis que Ferdinand III le Saint, roi de Castille, conquiert le nord de l'Andalousie avec Cordoue (1236), Carthagène (1243) et Séville (1248), et que Jacques Ier le Conquérant, roi d'Aragon, s'empare des Baléares (1229 -1235) et de Valence (1238).
Il ne reste aux musulmans que le petit royaume de Grenade, qui survit jusqu'en 1492. Jusqu'à cette date, l'expansion espagnole est uniquement maritime : l'Aragon constitue, du XIIIe au XVe s., un empire méditerranéen (Baléares, Sardaigne, Sicile, Morée, duché d'Athènes et finalement Naples), tandis que le Portugal, à partir de Lisbonne, et la Castille, depuis Séville et Cadix (occupé en 1262), commencent à regarder vers l'Atlantique, au sud d'abord, plus tard à l'ouest.
Les royaumes chrétiens connaissent aussi une activité culturelle importante, en particulier autour du foyer intellectuel de Tolède, où Alphonse X crée une école de traducteurs qui permet l'arrivée en Europe des textes scientifiques grecs, juifs et arabes. Ces mêmes siècles voient pourtant bien des difficultés intérieures s'élever dans les royaumes ibériques. En Castille se succèdent les crises dynastiques sous Alphonse X (1252-1284), puis entre Pierre Ier le Cruel et Henri de Trastamare (vainqueur, grâce à Du Guesclin, en 1369), enfin sous Henri IV (1454 -1474), finalement déposé au profit d'Isabelle la Catholique (1474). En Aragon, après la croisade d'Aragon menée sur l'initiative du pape Martin IV et de Charles d'Anjou, pour venger celui-ci (1285), ce sont les conflits entre la monarchie, d'une part, la noblesse et les municipes, d'autre part, à la fin du XIIIe s. et au milieu du XIVe s. ; la lutte entre la couronne aragonaise et sa vassale de Majorque, jusqu'à la suppression de celle-ci (1349) ; la perte du duché d'Athènes (1387) ; l'affaire successorale de 1410, réglée non sans peine par le compromis de Caspe (1412), qui met sur le trône un infant de Castille, Ferdinand Ier le Juste. Encore celui-ci doit-il réprimer une révolte des Catalans, soutenant le comte d'Urgel (1413) ; la lutte, enfin, qui oppose à Jean II son fils Charles, prince de Viana, à partir de 1441, se transforme en révolte de la Catalogne (1462-1472).
Malgré ces déchirements, ou à travers eux, le pouvoir royal s'affermit progressivement, tandis que se développe la civilisation espagnole médiévale, faite d'un heureux mariage des influences occidentales venues du Nord et des influences islamiques que le petit royaume de Grenade continue à diffuser (art mudéjar).
Au moment où cette civilisation approche de son apogée, l'ordre se trouve rétabli par les Rois Catholiques, Isabelle de Castille (1474-1504) et Ferdinand d'Aragon (1479-1516). La noblesse est soumise ; les ordres militaires sont pris en main ; l'Inquisition est réorganisée (1478) ; les municipalités espagnoles sont contrôlées en Castille par des corregidores, en Aragon par des cancelleros désignés par les souverains. L'unité nationale est ainsi préparée. Dès avant, l'action conjointe des deux royaumes permet l'achèvement de la Reconquête par la prise de Grenade (1492) ; quelques années plus tard, Ferdinand tient en échec en Italie la France de Charles VIII, puis de Louis XII.
Les caravelles castillanes s'efforcent de rivaliser sur les océans avec celles du Portugal, et se partagent les terres à découvrir sous l'égide pontificale (traité de Tordesillas, 1494). Deux ans plus tôt, Christophe Colomb, au service d'Isabelle, a abordé dans l'île de Guanahaní (San Salvador), ouvrant l'ère coloniale. La reine organise le commerce avec les nouvelles possessions d'outre-Atlantique et crée à Séville, dès 1503, la Casa de contratación, organisme centralisateur des affaires coloniales. Avec un efficace groupe de fonctionnaires issus des universités, les letrados, l'Espagne est vers 1500 un pays uni qui dispose de l'organisation étatique la plus perfectionnée d'Europe.
Après l'avènement de Charles Quint sur les trônes de Castille et d'Aragon (1516), l'Espagne se révèle la principale puissance européenne, le XVIe s. apparaissant comme un « siècle d'or » (Siglo de Oro). Seul État multinational de ce type dans la chrétienté latine, « l'Espagne » réunit plusieurs couronnes – celles de Castille, prééminente, et d'Aragon, celle du Portugal entre 1580 et 1640 – sous l'autorité d'un seul monarque qui incarne l'unité dynastique et est désigné, sous les Habsbourg, comme « Roi Catholique ». Grâce aux richesses de l'empire colonial d'Amérique qui se constitue alors, maître d'une partie de l'Europe, Charles Quint tente, sans succès, de créer une monarchie universelle, avant que son fils Philippe n'impose son hégémonie à l'Europe en s'affirmant comme le grand défenseur du catholicisme. Après la mort de Philippe II (1598), s'ouvre une période de turbulences durant laquelle l'Espagne, affaiblie économiquement et où règnent – sans gouverner – des monarques falots, s'épuise à tenter de préserver son statut de puissance prépondérante sur la scène européenne.
Lorsque meurt Ferdinand d'Aragon, en janvier 1516, son petit-fils Charles, né à Gand en 1500, est proclamé roi de Castille et d'Aragon le 14 mars 1516 (sous le nom de Charles Ier), conjointement avec sa mère, Jeanne la Folle, qui portera le titre de reine de Castille, sans en exercer les prérogatives, jusqu'à son décès, en 1555. Bourguignon par sa naissance et son éducation, baptisé Charles en l'honneur de son arrière-grand-père Charles le Téméraire, s'exprimant en français, Charles de Gand s'impose sur le trône d'Espagne grâce à la détermination de son entourage flamand, qui voit dans cette proclamation un tremplin idéal pour son élection à la tête du Saint Empire romain germanique. Ce n'est que lentement qu'il prend la mesure de son royaume espagnol, ne s'y rendant pour la première fois qu'à l'automne 1517, pour tenter d'y affirmer son autorité. Son élection, en juin 1519, à la tête du Saint Empire romain germanique, où il succède à son grand-père l'empereur Maximilien, ne facilite pas son adoption par les Castillans, qui craignent de le voir sacrifier leurs intérêts à ceux de l'Empire. Plusieurs séries de révoltes, entre 1520 et 1522 (comuneros en Castille, germanías à Valence), traduisent ces réticences et menacent l'autorité encore fragile de Charles Quint. Celui-ci décide alors d'apprendre le castillan, de gouverner seul et sans contrôle (convocation très irrégulière des Cortes), mais aussi de s'entourer d'un groupe de conseillers où les Espagnols sont plus influents. Lorsqu'il doit se rendre sur ses terres germaniques, il n'accepte de confier la régence qu'à sa femme, sa cousine Isabelle, sœur du roi de Portugal Jean III, avec laquelle il s'est marié en 1526, puis à son fils aîné Philippe.
C'est durant le règne de Charles Quint que se constitue l'empire espagnol des « Indes », autrement dit un vaste domaine colonial en Amérique centrale et du Sud, qui permet de pallier l'épuisement des richesses provenant jusque-là des Antilles. La conquête de l'Empire aztèque par Hernán Cortés au Mexique (à partir de 1519), celle de l'Empire inca par Francisco Pizarro (1526-1541), ainsi que la recherche effrénée du royaume de l'homme d'or (El Dorado) procurent à Charles Quint d'immenses richesses en métaux précieux (un cinquième de celles-ci, le quinto, lui revient de droit), sans rien lui coûter, puisque cette conquête résulte pour l'essentiel d'initiatives privées. Des controverses se développent alors autour des méthodes et du principe même de la colonisation, notamment entre Bartolomé de Las Casas, un dominicain qui la dénonce, et Juan Ginés de Sepúlveda, un humaniste qui la justifie en estimant que la barbarie des Indiens en fait des « esclaves par nature ». Grâce à Las Casas, la question du droit de coloniser est ainsi posée dès la controverse de Valladolid (1550), une commission d'enquête chargée par Charles Quint de se prononcer sur les modalités de la conquête : cette commission se garde bien de prendre une décision, si ce n'est de justifier a posteriori la colonisation et d'apporter pour l'avenir quelques garanties aux populations colonisées. Quant à ce qui constitue le principal objectif de la politique extérieure de Charles Quint, le maintien de l'unité de la chrétienté (lutte contre la progression des Turcs de Soliman le Magnifique et contre la Réforme initiée par Martin Luther), bien que largement financé par la Castille, il est perçu par les Espagnols comme étranger à leurs intérêts. L'échec de Charles Quint sur ces deux fronts (l'avancée turque et la Réforme) condamne l'idée même de monarchie universelle et conduit l'empereur, découragé, à abdiquer. Le 16 janvier 1556, Philippe II, déjà souverain des Pays-Bas et de Sicile, reçoit de son père les couronnes de Castille et d'Aragon, ainsi que celle des Indes, l'Empire germanique revenant au frère de Charles Quint, Ferdinand Ier de Habsbourg.
Né à Valladolid, élevé en Espagne, s'exprimant en castillan et en portugais, Philippe II a des racines ibériques plus solides que celles de son père, auquel il voue une profonde admiration. Aussi sédentaire que celui-ci était voyageur, très cultivé, peu porté sur les armes, homme de cabinet au point de laisser l'image d'un roi bureaucrate, Philippe II renforce la centralisation tout en conservant distincts les États de Castille et d'Aragon et en préservant la large autonomie dont jouissent les municipalités et les seigneurs, du moins tant que ceux-ci ne se mêlent pas de politique. Au détriment de Valladolid et de Tolède, il installe sa cour et son gouvernement à Madrid (1561), petite ville promue alors capitale, au nord-ouest de laquelle il fait édifier le monumental palais de l'Escurial (1563-1584), l'un des symboles de son règne.
Si, en matière de politique extérieure, il s'inspire de son père Charles Quint, Philippe II tente d'imposer son hégémonie en Europe non par le biais d'une monarchie universelle, mais en faisant de l'Espagne le principal héraut du catholicisme, objectif auquel se mêlent néanmoins des motivations autres que religieuses. Contre les Turcs de Soliman, il mène une nouvelle croisade au nom de la chrétienté. La progression des Ottomans est enrayée par la victoire de Lépante (1571), remportée sur la flotte turque par l'escadre de la Sainte Ligue réunissant les forces navales espagnoles, vénitiennes et du Saint-Siège commandées par le demi-frère de Philippe II, don Juan d'Autriche. Un accord est finalement conclu, en 1580, entre l'Espagne et l'Empire ottoman, mettant un terme à un conflit séculaire. L'union dynastique réalisée avec le Portugal, en 1580, n'échappe pas complètement à cette logique de croisade, puisqu'elle est rendue possible par la disparition, sans héritier, du roi portugais Sébastien, parti se battre contre les infidèles au Maroc (1578). Cette union permet à Philippe II non seulement de régner au Portugal sous le nom de Philippe Ier et d'étendre son pouvoir sur l'ensemble de la péninsule Ibérique, mais aussi de s'assurer le contrôle du vaste empire colonial portugais, pluricontinental (Brésil, Afrique et Asie). Quant à la lutte contre le protestantisme, elle s'inscrit d'abord dans le cadre de la guerre des Pays-Bas, déclenchée pendant l'été 1566, un conflit dont la composante religieuse est secondaire, au départ, mais qui ne tarde pas à se transformer en véritable « guerre de religion ». Impuissant, malgré l'importance des moyens mis en œuvre, à écraser la révolte menée par Guillaume de Nassau, prince d'Orange, Philippe II est, à la fin de son règne, obligé de reconnaître de fait, mais pas encore de droit, l'indépendance de sept provinces du Nord (les Provinces-Unies) et le partage des Flandres en deux zones. Vis-à-vis de la France, Philippe II, qui a épousé Isabelle de Valois, fille d'Henri II, n'hésite pas, à la mort de sa femme (1568), à s'ingérer dans les affaires intérieures françaises : il apporte un soutien décisif à la Ligue pour éviter l'accession d'un protestant au trône de France. Après l'assassinat d'Henri III (1589), il pose même la candidature à la couronne de France de sa propre fille Isabelle, petite-fille d'Henri II par sa mère. Mais la réaffirmation de la loi salique – transmission du trône de France par les hommes seulement – et la conversion d'Henri IV mettent un terme aux ambitions espagnoles (1598). Enfin, la rivalité avec l'Angleterre, si elle se teinte de considérations religieuses, a pour causes principales les visées britanniques sur le commerce des Indes ainsi que l'aide apportée par les Anglais aux rebelles flamands. Après avoir longtemps recherché l'alliance avec l'Angleterre, fidèle en cela aux instructions de son père, Philippe II se résout finalement à tenter de l'envahir, mais l'imposante flotte destinée à cette opération (l'Invincible Armada) est mise en échec et ne parvient à regagner les côtes espagnoles qu'après avoir fait le tour des îles Britanniques et subi de lourdes pertes (1588). Le prestige de l'Espagne s'en trouve amoindri d'autant. Quant à Philippe II, depuis ses déboires dans les Flandres, il apparaît de plus en plus vulnérable.
Cette ambitieuse politique extérieure se solde par des dépenses considérables que la couronne de Castille, malgré l'afflux des métaux précieux d'Amérique, ne parvient à couvrir qu'au prix d'un accroissement des impôts, de l'endettement et d'une crise financière qui tend à devenir structurelle dans les dernières années du règne (situation de banqueroute en 1596). Enfin, cette politique est aussi source de mécontentement tant en Castille, où nombreux sont ceux qui souhaitent voir Philippe II délaisser sa politique de prépondérance en Europe et donner la priorité aux affaires espagnoles, qu'en Aragon (troubles de 1591). Malgré son aversion personnelle pour la guerre, Philippe II s'est engagé dans une politique hégémonique, source de trop nombreux conflits qui, tout en grevant lourdement les finances publiques de Castille, ont largement contribué à ternir son image et le bilan de son règne.
Déjà amorcé à la fin du règne de Philippe II, le repli économique espagnol s'accompagne d'un déclin politique de la double monarchie (elle est triple jusqu'à la restauration de l'indépendance officielle du Portugal, en 1668), particulièrement prononcé à partir des années 1640 et qui se traduit par un recul de l'Espagne sur la scène européenne. En revanche, dans le domaine artistique, le Siècle d'or se prolonge au moins jusqu'au milieu du XVIIe s., comme en témoigne notamment le rayonnement de la peinture espagnole de Diego de Silva Velázquez (1599-1660), qui peint les Ménines vers 1656, de Francisco de Zurbarán (1598-1664) et de Bartolomé Esteban Murillo (1617-1682).
Les trois monarques qui succèdent à Philippe II – son fils Philippe III (roi de 1598 à 1621), Philippe IV (1621-1665) et Charles II (1665-1700) – sont loin d'avoir les qualités de leurs glorieux ancêtres. Hormis Philippe IV, non dénué d'intelligence et de sens politique, ces derniers Habsbourg ne gouvernent guère, confiant ce soin à des favoris plus ou moins animés du sens de l'État. Sous Philippe III, le duc de Lerma et Rodrigo Calderón laissent la corruption gangrener le régime jusqu'en 1618, tandis que, sous Philippe IV, le comte-duc d'Olivares (1587-1645) se révèle un homme d'État avisé et autoritaire, sorte de cardinal de Richelieu espagnol, mais il échouera à faire de l'Espagne un pays moderne et unifié. Ses projets de réformes fiscales et administratives, destinés à mieux répartir les charges et à soulager financièrement une Castille exsangue (union des armes, en 1626), tournent court.
Quant à la prééminence de l'Espagne sur la scène européenne, malgré les efforts d'Olivares et de son successeur, elle est de plus en plus contestée, notamment par la France, son principal adversaire depuis le début du XVIe s. Après quelques victoires espagnoles, la défaite de Rocroi (1643), le traité des Pyrénées (1659) – par lequel l'Espagne cède à la France l'Artois, le Roussillon et la Cerdagne –, puis la paix de Nimègue (1678), qui attribue à la France Cambrai, Valenciennes ainsi que, de façon définitive, la Franche-Comté, consacrent l'effacement de l'Espagne. De leur côté, le Portugal (de fait en 1640, officiellement en 1668) et la Hollande (traité de Westphalie, 1648) s'émancipent de la tutelle espagnole. Enfin, le règne de Charles II, le plus sombre à bien des égards, renforce le rôle des grands d'Espagne. Ses Premiers ministres tentent tardivement d'assainir le système financier (politique de déflation pour juguler un siècle d'inflation) et de réorienter la politique extérieure (alliance avec la Hollande).
Prospère durant la plus grande partie du XVIe s., l'Espagne amorce son déclin économique dès les années 1580. Aggravée, voire engendrée, par les guerres incessantes que mène la monarchie espagnole, la régression, particulièrement sensible dans les trois secteurs-clés de l'activité économique – commerce extérieur, textile et agriculture –, s'accentue tout au long du XVIIe s. sous l'effet notamment de la contraction du commerce avec les Amériques, où la production des métaux précieux chute. Cette régression n'épargne ni les villes, ni les campagnes, les plus touchées étant celles de Castille. Ce repli démographique, occasionné notamment par les guerres, l'émigration vers l'Amérique, les vagues d'épidémie de peste, l'expulsion, en 1609, des morisques (des musulmans convertis au catholicisme entre 1499 et 1526) responsable de quelque 300 000 départs, principalement dans la région de Valence, ne cesse que dans les dernières années du siècle. Enfin, les déficits des finances publiques provoquent des tensions inflationnistes, des dévaluations et le recours accru à la mauvaise monnaie (le billon en cuivre), qui, conformément aux lois de l'économie, « chasse la bonne » (l'argent). Les mesures déflationnistes adoptées dans les années 1680 et le retrait du billon stoppent l'inflation, mais ce long XVIIe s. a ruiné la Castille et ses habitants.
C'est donc à la couronne d'une double monarchie affaiblie que prétendent les candidats à la succession du roi Charles II, mort sans héritier le 1er novembre 1700. Au terme de longues tractations, c'est un Bourbon, Philippe d'Anjou, petit-fils du roi de France Louis XIV, qui succède aux Habsbourg.
L'Espagne du XVIIIe s. ne reste pas à l'écart des grandes transformations que connaît alors une partie du continent européen. Cette adaptation concerne l'ensemble de la société, tant sur le plan économique que dans la vie politique ou bien dans le domaine artistique. Désigner ce siècle de redressement comme celui des « Lumières », c'est notamment souligner le rôle joué par le mouvement réformateur et par le despotisme éclairé qu'incarne le roi Charles III (1759-1788). Mais cette vague de réformes achoppe sur la menace que constitue la Révolution française aux yeux du médiocre Charles IV et de son entourage (1788-1808). La défaite de la flotte franco-espagnole à Trafalgar (1805), puis l'invasion de l'Espagne et la guerre d'Indépendance (1808 -1814) ruinent le pays et le coupent de ses colonies.
Si le XVIIe s. a bien été un siècle de déclin pour l'Espagne, le XVIIIe s. est celui du redressement économique et démographique. Sur le plan démographique, la population espagnole passe de 7 à 11 millions d'habitants en l'espace de moins d'un siècle (1700-1787). Le recul des grandes épidémies, la croissance économique, une activité guerrière moins intense qu'au cours des siècles précédents expliquent en partie ce renouveau démographique. Bien que général, celui-ci bénéficie plus nettement aux régions périphériques (Galice, Asturies, Pays basque, Catalogne, région de Valence et littoral andalou). En un siècle, conséquence de l'essor de son trafic portuaire et du renouveau de sa fonction marchande, Barcelone a vu sa population tripler, et, avec ses 100 000 habitants, elle s'affirme comme la seconde ville du royaume, derrière la capitale Madrid (180 000 habitants), mais devant Séville, vivement concurrencée par Cadix qui concentre près des trois quarts des échanges transatlantiques. La reprise de l'activité économique, amorcée dès 1680, se prolonge tout au long du siècle. La stabilité monétaire recouvrée et l'inflation endiguée – en partie grâce aux mesures énergiques prises dès la fin du règne de Charles II – favorisent une période de croissance et de profits, la croissance étant alimentée notamment par le redémarrage, surtout au Mexique, de la production minière (celle de l'argent essentiellement) en Amérique et la découverte de nouveaux gisements, ainsi que par l'essor du commerce et de la production de produits tropicaux (sucre, cacao, tabac). Si la production minière outre-mer se révèle encore au XVIIIe s. la principale source de richesse pour l'Espagne, dans la péninsule même, l'économie se modernise également. Ainsi, l'agriculture voit ses productions augmenter et les cultures se diversifier, l'essor démographique suscitant une demande accrue de produits alimentaires et de terres à cultiver. Dans le domaine de l'artisanat et de l'industrie, la croissance est inégale selon les secteurs et les régions, mais elle bénéficie du concours de l'État qui, s'inspirant du modèle colbertiste, se fait entrepreneur dans les manufactures de luxe (tapisserie, porcelaine) ou aide des secteurs en difficulté (draperie). Toutefois, il serait excessif de parler de révolution industrielle, même à l'état embryonnaire, tant l'économie espagnole accuse encore de nombreux handicaps : carences des moyens de transport, des voies de communication (malgré la politique de grands travaux menée sous Charles III) et insuffisance des capitaux.
Sur le plan politique, le XVIIIe s. est également celui du redressement. Les trois souverains qui se succèdent sur le trône – Philippe V (de 1700 à 1746), Ferdinand VI (1746-1759) et Charles III (1759-1788) –, à défaut d'être de brillantes personnalités – les deux premiers surtout sont dépressifs et atteints de troubles psychiques –, incarnent ce renouveau, notamment en se révélant capables de tirer profit des circonstances et d'appeler à leurs côtés des hommes dotés du sens de l'État. La guerre de la Succession d'Espagne (1702-1713), si elle dresse contre les Bourbons une puissante coalition européenne qui ébranle la monarchie française et le pouvoir de Philippe V, donne l'occasion à ce dernier de procéder à ce qu'aucun des Rois Catholiques n'était parvenu à réaliser en deux siècles : l'abolition du régime d'autonomie des pays de la couronne d'Aragon et l'alignement de ces derniers sur le régime juridique de la Castille. À l'inverse de la Navarre et du Pays basque, provinces restées fidèles aux Bourbons durant la guerre de la Succession, tous les territoires ayant choisi le camp de la coalition se voient privés de leur statut d'autonomie. À défaut d'être totale (la Navarre conserve ainsi ses Cortes et son vice-roi), l'unification progresse, au point que les Bourbons – tout en restant prudents vis-à-vis de certains particularismes régionaux – se font désigner dès lors comme « rois d'Espagne ». Ainsi se trouve consolidé un système de gouvernement et d'administration qui n'est pas sans rappeler le modèle centralisateur et absolutiste français. En s'imposant sur l'ensemble du territoire, la monnaie et la langue castillanes – celle-ci en tant que langue de l'élite intellectuelle – renforcent cette unification.
Outre cette abolition du régime d'autonomie, la guerre de la Succession d'Espagne se solde par la perte de Gibraltar et de l'île de Minorque au profit de l'Angleterre (traité d'Utrecht, avril 1713) et, un an plus tard, par la cession à l'empereur d'Autriche des Pays-Bas espagnols, de Naples, du Milanais et de la Sardaigne. Enfin, Philippe V doit renoncer définitivement à ses droits à la couronne de France, ce qui ne l'empêche pas, en 1724, d'abdiquer en faveur de son fils Louis Ier, dans l'espoir de régner en France, où le jeune Louis XV est souffrant. Le rétablissement de ce dernier et le décès prématuré de Louis Ier contraignent Philippe V à abandonner tout espoir de régner sur la France et à revenir sur le trône d'Espagne, cette fois définitivement. Contraint de « s'hispaniser », Philippe V oriente sa politique étrangère autour de trois objectifs : réviser le traité d'Utrecht en contraignant les Anglais à restituer Gibraltar ; défendre les intérêts espagnols dans la péninsule italienne en y créant des États satellites ; protéger et développer l'empire colonial. Après avoir conclu la paix avec l'Autriche (1725) et fait jouer le « pacte de famille » avec la branche française des Bourbons, Philippe V reprend Naples et la Sicile (1734), où il place sur le trône l'un de ses fils (le futur Charles III), mais n'obtient pas satisfaction pour Gibraltar et pour le Milanais. Son fils Ferdinand VI récupère Parme et la Toscane (1748) et s'emploie à consolider le système colonial. Quant à son autre fils – et demi-frère du précédent –, Charles III, jusque-là roi des Deux-Siciles, trône qu'il ne peut cumuler avec celui d'Espagne, il s'implique assez peu sur la scène étrangère, si ce n'est en réactivant le pacte de famille avec la France, engagée contre les Anglais dans la guerre de Sept Ans et dans le cadre de la guerre de l'Indépendance aux États-Unis. À l'issue du premier conflit, au traité de Paris (1763), l'Espagne obtient la Louisiane mais perd la Floride. À la fin de la seconde, lors du traité de Versailles (1783), elle récupère la province américaine ainsi que Minorque.
Mais c'est surtout par son action en politique intérieure que Charles III a laissé une trace dans l'histoire. « Roi philosophe », entouré de ministres réformateurs, il incarne un modèle espagnol de despotisme éclairé qui entreprend des réformes dans plusieurs domaines (secteur agricole, industrie et commerce, en matière sociale, sur le plan religieux en luttant contre la superstition), sans toutefois toujours les mener jusqu'à leur terme (il expulse ainsi les Jésuites tout en maintenant l'Inquisition) : finalement, les institutions traditionnelles ne sont pas modifiées.
La Révolution française marque un coup d'arrêt aux tentatives de réformes. Après avoir maintenu au pouvoir les conseillers réformateurs de son père (le comte de Floridablanca), Charles IV se sépare d'eux en 1792, convaincu qu'il est de son devoir de sauver son cousin Louis XVI. Il fait alors appel à Manuel Godoy, favori de la reine et ancien de la Garde royale. C'est ce « ménage à trois » qui va, pour l'essentiel, présider aux destinées de l'Espagne jusqu'en 1808. La déclaration de guerre à la France (mars 1793) s'accompagne d'une véritable croisade contre-révolutionnaire. Battu militairement à partir de 1794, Manuel Godoy signe la paix de Bâle (juillet 1795) avec le Directoire français, qui se montre généreux, souhaitant bâtir pour l'avenir une alliance avec l'Espagne contre l'Angleterre. « Prince de la Paix », Manuel Godoy est de plus en plus impopulaire, tant auprès de la noblesse – qui le considère comme un parvenu – que du clergé – qui s'estime spolié par la vente d'une partie de ses biens pour renflouer les caisses de l'État. Écarté quelque temps du pouvoir, mais non de la cour, il revient sur le devant de la scène en 1800. Devenue simple auxiliaire de la France dans la politique étrangère de celle-ci dirigée contre l'Angleterre et ses alliés, l'Espagne de Charles IV est entraînée dans la guerre des Oranges contre le Portugal (1801), à l'issue de laquelle elle s'approprie l'enclave d'Olivenza, encore en sa possession de nos jours. Enfin, cette alliance diplomatique conduit au désastre de Trafalgar (octobre 1805), non loin de Cadix, où la flotte franco-espagnole est mise en déroute par l'amiral Nelson. Une grande partie de la flotte espagnole disparaît dans cette opération, sonnant le glas de l'Espagne en tant que puissance navale, la privant ainsi de son principal atout pour assurer et protéger ses échanges avec l'Amérique.
Les atermoiements de Manuel Godoy, la faiblesse du roi Charles IV, enfin l'abdication de ce dernier en faveur de son fils Ferdinand VII (mars 1808) incitent Napoléon à passer à l'offensive et à occuper l'ensemble de la péninsule Ibérique, les troupes du général Junot ayant déjà envahi le Portugal fin 1807. Refusant la nomination de Ferdinand, Napoléon s'empare de la couronne espagnole, qu'il confie à l'un de ses frères, Joseph Bonaparte, jusque-là roi de Naples.
À Madrid, le 2 mai 1808, exaspéré par la présence française, le peuple se révolte contre les troupes du maréchal Murat, marquant le début du soulèvement populaire et de la guerre de l'Indépendance (le Dos de ma yo a depuis été immortalisé par le tableau de Goya). L'insurrection gagne une grande partie de l'Espagne. L'armée espagnole refuse d'obtempérer aux ordres du roi Joseph et, malgré sa dispersion et son inorganisation, met en échec plusieurs généraux de Napoléon. Elle reçoit l'aide d'un corps expéditionnaire britannique, commandé par le futur duc de Wellington, qui débarque à La Corogne (juillet 1808) et occupe rapidement le Portugal. L'implication personnelle de Napoléon, de la Grande Armée et de ses meilleurs généraux (Soult, Masséna) permet de rétablir le roi Joseph sur son trône (décembre 1808). Mais, après le départ de l'Empereur, le roi Joseph rencontre les plus grandes difficultés pour asseoir son autorité et s'assurer le contrôle de l'ensemble du territoire. La guérilla, la détermination de l'armée rebelle espagnole, ainsi que l'aide britannique finissent par avoir raison de l'armée française. En janvier 1812, Wellington donne l'ordre de la contre-offensive. En mai 1813, les Français évacuent Madrid, et les troupes du maréchal Soult sont repoussées au-delà de la frontière pyrénéenne, où elles mènent des combats d'arrière-garde, avant de signer l'armistice, en avril 1814.
Au-delà des « désastres de la guerre » (immortalisés également par Goya), cette période des invasions napoléoniennes marque une césure importante dans l'histoire de l'Espagne. Rupture tout d'abord vis-à-vis de l'Empire colonial. Amputée de sa puissance navale, affaiblie par les troubles politiques et l'invasion française, l'Espagne se retrouve en position de faiblesse sur le continent américain. Plusieurs soulèvements indépendantistes ont alors lieu sur fond de guerres civiles. Si, en 1815, seule l'Argentine, en état de sécession, est perdue pour la couronne espagnole, les indépendantistes attendent leur heure, en Amérique centrale comme au Venezuela. Rupture politique ensuite. La greffe française, tentée par le roi Joseph, n'a certes pas pris et a même provoqué une véritable insurrection nationale contre un monarque considéré comme un « intrus », consacrant en quelque sorte le processus d'unification mené durant le siècle des Lumières. Mais ce rejet n'a fait qu'élargir le fossé entre les partisans d'un retour à l'Ancien Régime et ceux qui souhaitent profiter de ce conflit pour moderniser et libéraliser l'Espagne. Répondant aux aspirations libérales d'une partie de la bourgeoisie, la Constitution promulguée en mars 1812 servira de référence aux libéraux espagnols durant les décennies qui suivront. Si, en mai 1814, Ferdinand VII remonte sur le trône et rétablit en apparence l'absolutisme de l'Ancien Régime, pendant plus d'un siècle, l'Espagne ne va cesser d'osciller entre libéralisme et traditionalisme.
Pendant plus d'un siècle, l'histoire politique de l'Espagne est dominée par une succession de crises et de pronunciamientos, en somme, par une forte instabilité politique et institutionnelle qui traduit la partition politique du pays entre une Espagne nostalgique de l'Ancien Régime et une Espagne gagnée au libéralisme politique. Sur le plan économique, à l'Espagne en voie d'industrialisation – celle de la périphérie – s'oppose une Espagne rurale, archaïque, celle des grandes propriétés du Centre et du Sud. Sur le plan social, en l'absence de classes moyennes nombreuses capables de jouer un rôle d'équilibre, se font face l'Espagne de l'ancienne aristocratie, de la noblesse et de la haute bourgeoisie et une Espagne pauvre, prolétarisée et marginalisée politiquement. Sur le plan religieux s'opposent une Espagne très anticléricale et une Espagne très attachée à un catholicisme monolithique. Enfin, privé des richesses de l'empire colonial, l'État espagnol s'appauvrit et s'endette. Discréditée par le désastre militaire de 1898 face aux États-Unis et par la perte de Cuba, parodiant la démocratie, la monarchie constitutionnelle se révèle impuissante à répondre aux attentes de la société.
Le rétablissement de l'absolutisme par Ferdinand VII (1814-1833), dans une Europe de la Sainte Alliance elle-même acquise à l'idée de restauration, condamne à l'exil la plupart des libéraux. Le mouvement libéral et progressiste s'incarne alors, le plus souvent, dans de jeunes officiers liés à la franc-maçonnerie. Ce sont eux qui organisent ces soulèvements militaires, au cours desquels ils appellent le reste de la société à rallier leurs idées. Plus d'une quarantaine de ces pronunciamientos (dont près de trente en faveur du libéralisme) vont ainsi scander le rythme de soixante ans de vie politique (1814-1874), instaurant une tradition qui restera vivace jusqu'au fameux pronunciamiento – anti-libéral, cette fois – des généraux franquistes, en juillet 1936.
Le premier de ces pronunciamientos a lieu en 1820. Ferdinand VII n'est rétabli dans ses droits qu'en 1823, grâce à une intervention de la France, appuyée par François René de Chateaubriand, alors ministre des Affaires étrangères, qui décide l'envoi des « cent mille fils de Saint Louis ». Une répression féroce s'abat alors sur les libéraux, sorte de Terreur blanche qui ouvre, pour ces derniers, la « décennie funeste » (ominosa década). Le sombre règne de celui qui fut, au temps de la guerre d'Indépendance, « le Désiré », s'achève en 1833, la quasi-totalité de l'Empire colonial d'Amérique ayant été perdue durant les années 1820. Se pose alors le problème de sa succession.
Ayant abrogé la loi salique instaurée par Philippe V, Ferdinand VII désigne comme héritier sa fille Isabelle, née en 1830, la régence étant confiée à la mère de celle-ci, la reine Marie-Christine (1833-1840). Mais le propre frère de Ferdinand VII, don Carlos, conteste cette succession et s'autoproclame roi sous le nom de Charles V. Une première guerre « carliste » oppose, entre 1833 et 1839, les partisans du modèle absolutiste, qui se reconnaissent dans le roi Charles, aux libéraux, qui défendent en la personne de la reine Marie-Christine (les « christiniens ») le modèle d'une monarchie laïque et centralisatrice. Deux autres guerres carlistes se dérouleront selon le même schéma, entre 1846 et 1849, puis entre 1872 et 1876. À l'issue de la première guerre carliste, un compromis est trouvé, mais un pronunciamiento contraint la régente à l'exil. Un nouveau pronunciamiento permet l'avènement de la reine Isabelle (1843). Le règne de celle-ci (1843-1868) se traduit par un calme relatif, cependant ponctué d'inévitables pronunciamientos qui se multiplient dans les années 1860, la reine apparaissant de plus en plus « insupportable » aux yeux de tous.
Deux généraux progressistes coordonnent la révolution de septembre 1868 (la Gloriosa) qui tente d'instaurer un régime de monarchie constitutionnelle à l'anglaise, mais échoue à trouver un roi capable d'assumer durablement un tel changement. Dans la confusion la plus totale, la première république espagnole est proclamée le 11 février 1873. D'essence fédéraliste, cette république sombre rapidement dans l'anarchie et provoque la réaction des militaires – cette fois, mais pour longtemps, du côté de « l'ordre » –, en faveur du rétablissement de la monarchie.
L'avènement sur le trône d'Alphonse XII marque le retour des Bourbons qui se traduit, dès 1876, par l'adoption d'une Constitution posant les bases théoriques d'une monarchie parlementaire. Dans la pratique, deux partis vont se succéder alternativement au pouvoir, l'un, libéral, l'autre, conservateur. Mais la démocratie, malgré l'adoption du suffrage universel masculin (1890), est largement dévoyée au profit d'une oligarchie de candidats officiels, de notables locaux (les « caciques ») et de pratiques clientélistes. Les élections sont jouées d'avance, le pacte du Pardo (1885), conclu lors du décès prématuré du roi Alphonse XII, pour garantir la stabilité politique durant la régence de la reine Marie-Christine, institutionnalisant le système du bipartisme et de l'alternance programmée (le turno político). L'abstentionnisme croissant des électeurs espagnols traduit leur lassitude à l'égard d'une démocratie ainsi parodiée qui ne cesse de creuser un fossé entre pays réel et pays légal.
Discréditée par le désastre de 1898 dans la guerre avec les États-Unis (perte de Cuba et des dernières possessions coloniales), la monarchie parlementaire se révèle incapable de répondre aux espoirs de « régénération nationale » qui traversent la société espagnole du début du XXe s. La monarchie se trouve désarmée face à la montée d'une contestation émanant aussi bien des traditionalistes carlistes que des régionalismes basque et catalan en plein essor, ou bien encore d'une classe ouvrière très influencée par l'anarcho-syndicalisme. Le centralisme castillan qu'incarne la monarchie constitutionnelle semble de plus en plus inadapté. Incapable de fournir de solutions aux problèmes de l'Espagne du début du siècle, la restauration ne laisse d'autre alternative au peuple espagnol que le choix entre le maximalisme révolutionnaire (grèves insurrectionnelles et situation quasi-révolutionnaire de 1917 à 1920) et la tentation autoritaire qui s'exprime dans l'attente d'un homme providentiel.
La monarchie ne s'effondre ni dans le contexte insurrectionnel de 1917-1920, ni lors du pronunciamiento du général Miguel Primo de Rivera (23 septembre 1923). Elle agonise quelques années encore, jusqu'en avril 1931, où elle s'efface devant la Seconde République. L'accession au pouvoir de Primo de Rivera marque en revanche la fin du régime constitutionnel, mis en place en 1876, et la disparition de la monarchie parlementaire. La junte militaire (devenue « civile » à la fin de 1925) supprime le Parlement, instaure la censure et place les institutions sous la tutelle de l'armée. Parfois qualifié de « dictamolle » ou « dictature molle », le régime de Primo de Rivera s'inspire du modèle mussolinien, celui des années 1920. Il se fixe pour objectifs de régénérer la société espagnole et de moderniser l'économie, via une planification très technocratique, l'interventionnisme de l'État (politique de grands travaux) et un nationalisme poussé. Enfin, sur la scène extérieure, Primo de Rivera achève la pacification du Rif marocain, en coopération avec les troupes françaises du maréchal Pétain. Malgré ce succès de prestige, pour une armée espagnole désireuse de recouvrer son prestige d'antan, et malgré l'amorce d'une modernisation économique, la dictature s'enlise sur la question sociale, se coupe des milieux intellectuels libéraux et est victime de la grande dépression mondiale de 1929. Isolé, Primo de Rivera démissionne en janvier 1930 et meurt en exil, quelques semaines plus tard.
Après avoir essayé la formule autoritaire, le roi Alphonse XIII, sur le trône depuis 1902, tente de rétablir le régime parlementaire pour sauver sa couronne. Mais la détermination des antimonarchistes et des sympathisants républicains, rassemblés par la signature du pacte de Saint-Sébastien (août 1930), ainsi que les élections municipales du 12 avril 1931, très favorables à la gauche, ont finalement raison du régime monarchique. La Seconde République est proclamée le 14 avril 1931, dans la liesse et sans effusion de sang. Réformatrice au cours de ses deux premières années d'existence, calquée sur le modèle républicain de Weimar, la République est alors dirigée par la gauche modérée. Mais une conjoncture économique défavorable, les dissensions des républicains, la surenchère anarchiste et la réorganisation de l'opposition de droite, catholique et conservatrice provoquent l'éclatement de la coalition gouvernementale. La victoire électorale de la droite se traduit par une orientation plus conservatrice et une tentation croissante du coup d'État. La flambée révolutionnaire de 1934 (révolte des Asturies) et la répression militaire sanglante qu'elle entraîne radicalisent l'opposition entre les forces populaires et l'armée. Les élections législatives de février 1936 consacrent la victoire des forces de gauche rassemblées, depuis octobre 1935, en un Frente Popular (Front populaire). Rapidement débordés sur leur droite et sur leur gauche, les modérés ne peuvent gouverner. La flambée de violence et le cycle des représailles entre groupes extrémistes, l'assassinat, le 13 juillet, du monarchiste José Calvo Sotelo débouchent sur un nouveau pronunciamiento, le 18 juillet. Très vite, ce soulèvement militaire, hésitant et sur le point d'échouer au départ, s'étend et entraîne la réaction des républicains « loyalistes », pour lesquels il n'est pas question de laisser passer le fascisme et les généraux insurgés (no pasarán).
Au terme de trois années de luttes acharnées et fanatiques entre deux camps convaincus d'incarner la légitimité nationale (guerre civile d'Espagne), les forces nationalistes, aux ordres du général Francisco Franco, l'emportent. « Chef du gouvernement de l'État espagnol », installé à Burgos, généralissime et chef de l'État autoproclamé en octobre 1936, ce général, né en 1892, a mené, selon lui, « non une guerre mais une croisade » contre la « Contre-Espagne rouge ». Sa propagande n'a cessé de motiver les soldats nationalistes en les présentant comme « les croisés du Christ et de l'Espagne » engagés dans « la guerre de l'espoir chrétien et espagnol contre le matérialisme marxiste ». Forts du soutien précoce, constant et quasiment gratuit de l'Allemagne nazie et de l'Italie mussolinienne, les nationalistes ont bénéficié d'une aide massive que les démocraties n'ont accordée qu'avec parcimonie à des républicains tributaires de l'aide soviétique, payée avec l'or de la Banque d'Espagne et qui cesse en novembre 1938, lors du départ des Brigades internationales. Cet affrontement des deux Espagnes se solde par la séparation de la société en deux camps : celui des vainqueurs et celui des vaincus ; des vaincus condamnés aux exécutions sommaires, à la répression, à l'exil et au silence sous l'ère franquiste.
Les trente-six années de l'ère franquiste ne constituent pas un ensemble homogène et immobile. Trois grandes phases la caractérisent et témoignent de la capacité du régime à « savoir durer ». La première, qui correspond à la Seconde Guerre mondiale, est celle du « franquisme de la contre-révolution » (Guy Hermet). Durant cette période, le franquisme n'échappe pas complètement à la contagion fasciste mais s'appuie principalement sur l'Église catholique et sur une idéologie contre-révolutionnaire ; ce « national-catholicisme » cherche à éradiquer toute trace du passé révolutionnaire et républicain. Sur la scène internationale, après avoir été tentée de se rapprocher des puissances de l'Axe en adoptant un statut ambigu de « non-belligérance », l'Espagne franquiste retourne prudemment à la neutralité, fin 1943. La deuxième phase, intermédiaire, comprise entre la fin de la guerre et le milieu des années 1950, serait celle de « la dictature aux abois ». Marginalisée en 1945 sur la scène internationale, l'Espagne franquiste cherche à rompre son isolement, profitant du déclenchement de la guerre froide, pour intégrer progressivement le camp occidental. Sur le plan intérieur, cette normalisation se traduit par une timide libéralisation et l'abandon de quelques oripeaux fascisants. En décembre 1955, l'Espagne est admise à l'O.N.U. Enfin, la troisième phase (1956-1975), celle du « franquisme modernisateur », correspond à cette sorte de dictature technocratique qui confère au régime une nouvelle forme de légitimité, basée sur la recherche de l'efficacité économique. L'objectif est alors d'en finir avec l'autarcie et le dirigisme, en vigueur depuis 1939, au profit d'une croissance industrielle rapide basée sur l'apport de capitaux étrangers, d'une ouverture (importations, tourisme, émigration de la main-d'œuvre excédentaire) et d'un programme de libéralisation économique. Pour mener à bien cette modernisation, le Caudillo choisit des hommes neufs, le plus souvent issus ou proches de l'Opus Dei. Sortie très affaiblie de la guerre civile, en proie à la pénurie, à une misère généralisée et à la famine jusqu'en 1945, contrainte au rationnement jusqu'en 1951, l'Espagne enregistre une croissance et une modernisation particulièrement rapides au cours des années 1960. Ce « miracle économique » la fait passer sans transition, en une quinzaine d'années, du sous-développement à la modernité.
Cette « dictature du bien-être, modernisatrice et non plus réactionnaire et malthusienne » (Guy Hermet) qu'est cette phase technocratique ne se traduit guère, sur le plan politique, par une libéralisation de la même ampleur. Celle-ci se limite à quelques timides réformes (loi sur la presse de 1966 supprimant la censure préalable) et à la question de la succession du Caudillo, réglée en juillet 1969 par la désignation du prince Juan Carlos, fils du comte de Barcelone et descendant des Bourbons. L'usure du pouvoir se traduit par un essor de l'opposition politique et une montée de la contestation des milieux ouvriers, étudiants, autonomistes et même des classes moyennes. Un raidissement du régime s'observe à partir de 1973, avec la fin de l'expérience technocratique et l'assassinat, fin décembre, par l'E.T.A., de l'amiral Carrero Blanco, promu chef du gouvernement quelques mois auparavant. Après avoir agonisé pendant de longues semaines, le général Franco décède le 20 novembre 1975.
Dès la mort du Caudillo, le franquisme ne tarde pas à montrer que, sans Franco, ses jours sont comptés. Maintenu jusqu'au 1er juillet 1976 à son poste de président du gouvernement, Carlos Arías Navarro se révèle incapable de s'émanciper de la tutelle des ultras du régime (le « bunker ») et de promouvoir l'indispensable démocratisation. Alors que certains avaient cru voir en lui un instrument docile aux ordres des dignitaires franquistes, Juan Carlos, proclamé roi dès le 27 novembre 1975, décide de nommer un homme plus jeune, Adolfo Suárez, pour mener à bien la transition démocratique. Fort de son charisme, de sa détermination et de son sens politique, ce dernier engage résolument l'Espagne sur la voie du pluralisme et de la démocratie, sans heurt ni effusion de sang. La légalisation des partis politiques (dont le parti communiste en 1977, son secrétaire général devenant dès lors l'allié le plus loyal du gouvernement), l'organisation des premières élections législatives libres (juin 1977), la reconnaissance des « nationalités » constitutives de l'Espagne et le lancement de la régionalisation (rétablissement de la Generalitat de Catalogne en 1977 avant l'approbation par référendum de son nouveau staut d'autonomie en 1979), l'élaboration et l'adoption d'une « Constitution du consensus » (1978) marquent les principales étapes de la transition démocratique qui s'épanouit grâce à une monarchie, en passe de devenir légitime aux yeux de tous les démocrates. Si elle règne sans gouverner, la Couronne espagnole s'affirme comme un symbole d'unité et d'intégration. Elle assume un rôle d'arbitre et de modérateur qu'incarne avec brio le roi Juan Carlos. Son rôle se révèle décisif, notamment lors du putsch manqué du colonel Antonio Tejero (23 février 1981), pour rappeler à l'idéal démocratique certains officiers supérieurs nostalgiques du coup de force. Principal artisan, avec Juan Carlos, de la réussite de cette transition démocratique, Adolfo Suárez devient, néanmoins la cible de critiques de plus en plus nombreuses au sein de son parti, l'Union du centre démocratique (U.D.C.) et démissionne le 26 janvier 1981. L'U.D.C. désigne Leopoldo Calvo Sotelo, pour lui succéder. Après la dissolution des Cortes en août, les élections anticipées du 28 octobre donnent la majorité absolue aux socialistes, portant leur secrétaire général, Felipe González Márquez, à la présidence du gouvernement.
La victoire du parti socialiste ouvrier espagnol (P.S.O.E.) aux élections d'octobre 1982 marque le terme symbolique du processus de transition vers la démocratie qu'a connu l'Espagne après la mort de Franco. Le P.S.O.E. entend poursuivre et consolider la modernisation du pays avant de préparer son intégration dans la Communauté européenne. Ce programme modernisateur passe en premier lieu par la remise en ordre d'une économie durement touchée par la crise. Fort de la majorité absolue dont il dispose au Congrès des députés et au Sénat, le gouvernement de Felipe González n'hésite pas à prendre des mesures qui pourraient se révéler impopulaires (dévaluation de la peseta et forte augmentation des prix des carburants en décembre 1982). Dans une situation de quasi-stagnation de l'économie et avec 16,2 % de la population active au chômage en 1982, le gouvernement annonce un plan de restructuration industrielle. Il s'efforce, par ailleurs, d'adapter la législation aux mutations profondes que connaît la société espagnole (dépénalisation de la consommation des drogues douces, réforme libérale de la procédure pénale, loi sur l'avortement). Le gouvernement connaît un succès moindre dans le domaine des relations avec les communautés autonomes ; l'annulation par le Tribunal constitutionnel, en août 1983, d'une partie de la « loi organique d'harmonisation du processus d'autonomie » le prive d'un atout important dans son projet de rationaliser le fonctionnement de cet « État des autonomies » qu'est devenue l'Espagne. Au Pays basque, la plus conflictuelle des communautés autonomes, le terrorisme de l'E.T.A. militaire continue de menacer le système démocratique. Des tentatives de négociation ont lieu à la fin de 1984, mais elles échouent devant l'intransigeance des séparatistes. Sur le plan international, la ténacité du gouvernement se voit récompensée le 12 juin 1985 par la signature du traité d'adhésion (qui devient effective le 1er janvier 1986) à la Communauté économique européenne. Mais, si l'entrée dans la C.E.E. fait l'objet d'un consensus quasi général en Espagne, la question du maintien dans l'O.T.A.N., (à laquelle l'Espagne a adhéré le 30 mai 1982) s'avère plus délicate. Prenant le contre-pied de son propre parti, et d'une opinion publique majoritairement neutraliste, F. González en défend le principe sous certaines conditions (non-intégration dans la structure militaire, dénucléarisation du sol espagnol, démantèlement d'une partie des bases américaines). Lors d'un référendum organisé le 12 mars 1986, le « oui » l'emporte avec une majorité de 52 % des voix. Cependant le parti communiste espagnol (P.C.E.) s'efforce de rassembler les organisations qui ont fait campagne pour le « non » en créant la coalition Izquierda unida (la Gauche unie). Après l'entrée de l'Espagne dans la C.E.E., la coopération s'intensifie entre les gouvernements espagnol et français dans le domaine de la lutte antiterroriste, mais les initiatives prises de part et d'autre ne parviennent pas à mettre un terme aux attentats de l'E.T.A. Dans le même temps, le gouvernement doit faire face à une dégradation du climat social. La reprise de la croissance économique ne justifie plus, aux yeux des syndicats le maintien de la politique de rigueur. La contestation sociale s'amplifie et une grève générale paralyse entièrement le pays le 14 décembre 1988. Bien que disposant encore d'une confortable majorité à l'issue des législatives d'octobre 1989, le P.S.O.E. commence sa troisième législature gouvernementale sous des auspices moins favorables que sous les précédentes. Après avoir connu entre 1987 et 1989, une croissance remarquable (5 % par an), l'économie entre en 1990 dans une période de surchauffe qui oblige le gouvernement à accentuer sa politique de rigueur. Par ailleurs, le terrorisme de l'E.T.A. continue de sévir après l'échec des négociations engagées au début de 1989 entre le gouvernement et l'organisation terroriste. Les résolutions sur le droit à l'autodétermination adoptées par les Parlements catalan (décembre 1989) et basque (février 1990) illustrent les difficultés que rencontre la participation de ces deux régions dans un ensemble national cohérent. Bien que son image ait été ternie par la révélation de scandales politico-financiers le concernant, le P.S.O.E. résiste relativement bien lors des élections législatives anticipées du 6 juin 1993. Même s'il perd la majorité absolue, il précède encore – avec 38,6 % des suffrages et 159 députés – le parti populaire (P.P., nom pris en janvier 1989 par l'Alliance populaire et dirigé depuis avril 1990 par José María Aznar) qui enregistre néanmoins une très forte progression (34,8 %). Reconduit au poste de président du gouvernement, F. González forme un cabinet minoritaire mais ce gouvernement voit son crédit politique largement entamé par le développement, en 1994, de nouvelles affaires de corruption (aux élections européennes de juin, le P.S.O.E. est devancé de près de dix points par le parti populaire). En 1995, d'autres affaires font éclater au grand jour les dysfonctionnements de la démocratie et de l'État espagnols. Le redémarrage de la croissance économique et l'exercice réussi de la présidence de l'Union européenne ne parviennent pas à enrayer la défaite du P.S.O.E. aux élections législatives anticipées de mars 1996.
Ne disposant pas de la majorité absolue (le parti populaire obtient 156 députés contre 141 au P.S.O.E., qui se maintient mieux que prévu, tandis que la Gauche unie progresse très peu [10,58 %]), J. M. Aznar est contraint de passer des accords avec les nationalistes catalans, basques et canariens pour accéder à la présidence du gouvernement (mai).
Le gouvernement Aznar se trouve rapidement confronté à la reprise des attentats meurtriers perpétrés par l'E.T.A., mais refuse d'engager des négociations avec l'organisation séparatiste basque tant que celle-ci n'aura pas renoncé à la violence. Après la signature en septembre 1998 du pacte d'Estella (ou de Lizarra) prônant une solution négociée du conflit basque par Herri Batasuna (H.B.), – sa vitrine politique – et les partis nationalistes basques modérés – dont le P.N.V. et Eusko Alkartasuna (E.A., gauche nationaliste) –, l'E.T.A., se trouvant dans un complet isolement, annonce une « trêve unilatérale et illimitée ». Madrid engage en novembre des pourparlers avec l'organisation séparatiste basque et se dit prête à accéder à l'une de ses principales revendications, le regroupement au Pays basque de plusieurs détenus etarras. Issu des élections régionales d'octobre 1998, le nouveau gouvernement basque autonome rassemble les nationalistes modérés du P.N.V. et d'Eusko Alkartasuna. Mais Juan José Ibarretxe (P.N.V.), élu en décembre à la tête du gouvernement basque, signe en mai 1999 avec les radicaux de Herri Batasuna, rebaptisé Euskal Herritarrok (E.H.), un pacte de gouvernement plaçant le Pays basque sous la tutelle absolue des nationalistes. À quelques jours du premier anniversaire de la trêve décrétée par l'E.T.A., le processus de paix est bloqué : le gouvernement Aznar reprochant aux séparatistes basques de chercher moins à obtenir la paix que l'indépendance ; l'E.T.A. accusant Madrid d'« ignorer le problème politique basque en ne cherchant qu'une solution politico-militaire ».
La reprise des attentats par l'organisation séparatiste fait 30 morts entre janvier 2000 et les élections législatives anticipées de mai 2001. Celles-ci sont marquées par la victoire des nationalistes modérés – le P.N.V. allié à Eusko Alkartasuna remporte 42,3 % des suffrages, soit 33 sièges sur 75 – sur le parti populaire allié dans un pacte antiterroriste avec les socialistes du P.S.O.E., qui, ensemble, ne recueillent que 40,8 % des suffrages. Le grand perdant est Euskal Herritarrok, qui perd la moitié de ses députés.
À la faveur de la campagne internationale contre le terrorisme lancée au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, le gouvernement Aznar obtient satisfaction au sommet européen de Laeken avec l'adoption d'un mandat d'arrêt européen et l'inscription de l'E.T.A. sur la liste des organisations terroristes, à l'exception toutefois de Batasuna (nom pris en juin 2001 par Herri Batasuna), dont la justice espagnole prononce, en août 2002, la suspension puis, en mars 2003, l'interdiction et la dissolution.
Sur le plan intérieur, le gouvernement Aznar engage une politique d'austérité assortie d'un vaste plan de privatisations, son ambition étant de tout mettre en œuvre pour satisfaire aux critères de convergence européens. Fort d'un bilan économique satisfaisant (entrée réussie dans la zone euro le 1er janvier 1999, chute sensible du chômage, croissance supérieure à la moyenne communautaire), le P.P. gagne les élections législatives de mars 2000, et obtient la majorité absolue aux Cortes, face à un P.S.O.E. déchiré par les querelles intestines. Cependant, des réformes impopulaires, auxquelles s'ajoute le présidentialisme pratiqué par J. M. Aznar, contribuent à l'isolement du gouvernement. En juin 2002, l'ampleur de la grève générale provoquée par l'adoption d'une réforme radicale du système d'allocation-chômage contraint le gouvernement à faire machine arrière. En décembre, sa mauvaise gestion de la catastrophe écologique provoquée par le naufrage, au large des côtes de Galice, du pétrolier libérien le Prestige, jette dans les rues de Saint-Jacques-de-Compostelle quelque 200 000 personnes réclamant la démission du président du gouvernement. La réintroduction de l'enseignement obligatoire de la religion dans le cursus scolaire et l'exaltation des valeurs de l'« unité sacrée » de l'Espagne suscitent étonnement et crispation. Enfin, le soutien inconditionnel de l'Espagne aux États-Unis dans leur intervention contre l'Iraq de Saddam Husayn, en dépit de l'hostilité massive des Espagnols, du refus énergique de l'opposition – mais également des alliés traditionnels du parti populaire, catalans et canariens –, accentue son isolement.
Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement Aznar durcit sa politique à l'encontre de Cuba et invite ses partenaires européens à le suivre dans cette voie. Fidel Castro rompt aussitôt ses relations diplomatiques avec Madrid (novembre 1996). Seize mois plus tard, la décision de nommer un nouvel ambassadeur à La Havane (avril 1998) – attestant d'un revirement radical de politique – ouvre la voie à une normalisation des relations entre les deux pays. Après avoir adhéré à la structure militaire intégrée de l'O.T.A.N., l'Espagne s'engage dans l'opération « Force alliée » menée contre la République fédérale de Yougoslavie en mars 1999. Puis, pressentant l'émergence de nouveaux équilibres après le 11 septembre 2001, J. M. Aznar opère un rapprochement avec les États-Unis de George W. Bush et se montre, depuis le début de la crise irakienne, l'un des plus fermes soutiens de Washington. Le chef du gouvernement espagnol est ainsi à l'origine – avec son homologue britannique Tony Blair – de la Lettre des Huit proclamant leur appui au secrétaire d'État à la Défense Donald Rumsfeld, face à la « vieille Europe » menée par l'Allemagne et la France. Enfin, profitant du poids inespéré que lui donne l'entrée de l'Espagne au Conseil de sécurité en janvier 2003, il rejoint le camp belliciste américano-britannique.
Au premier semestre 2002, l'Espagne a assuré la présidence de l'Union européenne et géré, notamment, le passage à l'euro. Favorable à l'élargissement de l'U.E. mais inquiète du renforcement de l'axe franco-allemand, elle s'oppose, suivie en cela par la Pologne, au projet de Constitution européenne et réclame le maintien de la répartition du pouvoir établie dans le traité de Nice. Elle revendique, par ailleurs, la mention des racines chrétiennes de l'Europe dans le préambule de la Constitution.
Les relations de l'Espagne avec le Maroc se dégradent. Après l'occupation par quelques soldats marocains de l'îlot du Persil (Perejil en espagnol, Leïla en arabe), situé à l'ouest de l'enclave espagnole de Ceuta et qui bénéficie depuis quarante ans d'un statut excluant son occupation par l'un des deux pays, l'Espagne, soutenue par l'Union européenne et l'O.T.A.N., exige le retrait inconditionnel des soldats marocains et lance l'opération militaire « Recuperar Soberanía ». Finalement le 22, l'Espagne et le Maroc signent sous l'égide des États-Unis un accord prévoyant le retour au statu quo antérieur.
Le 11 mars, l'explosion de plusieurs bombes à bord de trains de banlieue de la ligne Guadalajara-Madrid tue près de 200 personnes et en blesse plus de 1 900. L'hypothèse d'une implication de l'E.T.A. est aussitôt privilégiée par le gouvernement Aznar, sans que la piste du terrorisme islamiste soit écartée. Le lendemain, plus de huit millions d'Espagnols manifestent à travers tout le pays pour dénoncer le terrorisme. Le 14, les élections législatives, marquées par une forte participation (77,2 %), voient, – contrairement à tous les pronostics émis pendant la campagne – la victoire du P.S.O.E. de José Luis Rodríguez Zapatero, qui, avec 42,5 % des suffrages, remporte 164 sièges aux Cortes, frôlant la majorité absolue. Le P.P. (37,7 % des voix soit 148 sièges) est sanctionné pour son engagement dans la guerre en Iraq aux côtés de la coalition américano-britannique et pour sa persistance, interprétée comme une manipulation de l'opinion publique, à désigner l'E.T.A. comme responsable des attentats, malgré la présence d'indices matériels dénonçant l'implication de réseaux islamistes. Les partis nationalistes enregistrent, quant à eux, une forte poussée, notamment en Catalogne et au Pays basque.
Élu le 16 avril à la majorité absolue à la présidence du gouvernement, le socialiste José Luis Rodríguez Zapatero forme un gouvernement paritaire. Parmi les mesures sociales prises par celui-ci – augmentation des retraites, loi contre la violence machiste à l'encontre des femmes, réforme du marché du travail –, la régularisation de quelque 600 000 immigrés clandestins, le projet de loi organique sur l'éducation (suspendant l'essentiel des dispositions prises par son prédécesseur), la légalisation du mariage homosexuel avec droit à l'adoption, le projet de loi sur la mémoire historique visant à reconnaître les victimes du franquisme, suscitent les vives protestations de l'opposition conservatrice.
Cependant, la renégociation des statuts des communautés autonomes, engagée par un gouvernement qui se veut attentif aux sensibilités régionalistes et partisan d'une « Espagne plurielle » et plus fédérale, constitue l'un des dossiers les plus délicats de la législature. À cet égard, l'ambitieuse réforme du statut d'autonomie de la Catalogne est vivement contestée par le P.P. de Mariano Rajoy – qui l'estime contraire à la Constitution – et rencontre également des réticences au sein du camp socialiste. À la suite d'un accord de principe intervenu en janvier 2006 entre l'exécutif espagnol et la majorité des partis de Catalogne et permettant de résoudre deux sujets particulièrement litigieux – la reconnaissance de la « nation » catalane et la répartition des impôts nationaux prélevés en Catalogne –, les Catalans approuvent par référendum le nouveau statut d'autonomie le 18 juin. Dans cet esprit, et en vertu d'un accord conclu en décembre 2004 entre le gouvernement et les conseillers des dix-sept communautés autonomes, ces dernières obtiennent le droit d'être représentées au Conseil des ministres de l'Union européenne. En revanche, le projet de « libre association du Pays basque à l'État espagnol », dit « plan Ibarettxe » (du nom de son initiateur, le lehendakari Juan José Ibarretxe), considéré comme une proposition indépendantiste non représentative de l'ensemble des Basques, est catégoriquement rejeté par les deux grands partis nationaux (février 2005). En février 2007, les Andalous, à la suite des Catalans, adoptent par référendum un nouveau statut d'autonomie élargie, qui accroît les compétences de la région en matière fiscale.
Toutefois le principal défi du gouvernement Rodríguez Zapatero est de parvenir à une « fin dialoguée de la violence » au Pays basque, processus immédiatement pressenti comme « long, dur et difficile ». Des contacts secrets sont noués avec la vitrine politique de l'E.T.A., Batasuna. Cette dernière, affaiblie par de multiples arrestations et saisies d'armes tant en Espagne qu'en France, et cherchant à obtenir la levée de son interdiction prononcée en 2003 afin de se présenter aux élections municipales de 2007, propose que la résolution du conflit basque passe par la « voie politique » et invite J. L. Rodríguez Zapatero à être « le Tony Blair espagnol » en négociant une « démilitarisation multilatérale au Pays basque » (janvier 2005). En mai, le Congrès (hormis les députés du P.P.) autorise le gouvernement à entamer un dialogue avec les indépendantistes, à condition que ceux-ci renoncent à la violence. Le 22 mars 2006, l'annonce par l'E.T.A. d'un « cessez-le-feu permanent », en contrepartie de deux revendications principales – l'autodétermination du peuple basque et la reconnaissance d'un grand Pays basque qui comprendrait l'Euskadi, la Navarre et le Pays basque français –, ouvre un espoir de règlement. Toutefois, l'opposition conservatrice accuse le gouvernement d'être secrètement disposé à faire des concessions politiques à l'organisation séparatiste et se joint aux manifestations massives organisées par les associations de victimes du terrorisme (juin). Les négociations avec l'E.T.A. débutent le 29 juin, mais, dès le mois d'août, parallèlement à l'intensification des violences de rue au Pays basque, l'organisation séparatiste dénonce l'impasse du processus, auquel l'attentat qui fait deux morts dans le parking de l'aéroport de Barajas le 30 décembre 2006 porte un coup d'arrêt brutal.
Tirant profit d'une campagne électorale centrée sur le problème basque, le P.P. devance de peu le P.S.O.E. aux élections municipales de mai 2007 et obtient notamment la majorité absolue à Madrid, mais totalise moins de conseillers municipaux. Après cet avertissement, le gouvernement Zapatero semble aborder les élections législatives de mars 2008 en position de faiblesse d'autant que la campagne électorale est brutalement close deux jours avant le scrutin par l'assassinat d'un ancien conseiller municipal à Mondragón, au Pays Basque, par l'E.T.A. Contrairement à certains pronostics, le P.S.O.E. l'emporte avec 43,8 % des suffrages et 169 députés devant le P.P. de Mariano Rajoy, qui, avec 39,9 % des voix et 154 sièges, sort renforcé. Marquées par une forte participation, ces élections confirment la bipolarisation croissante de la scène politique espagnole au détriment des petits partis. Les centristes de Convergència i Unió (C.i.U.) sauvent la mise en conservant leurs 10 sièges de députés malgré un tassement en nombre de voix mais la gauche indépendantiste catalane (Esquerra Republicana de Catalunya, E.R.C., rebaptisée désormais Esquerra) chute sous le seuil nécessaire de 5 députés pour former un groupe parlementaire. Au Pays Basque, la relégation du P.N.V. au poste de deuxième force régionale est un camouflet pour la politique indépendantiste de l'actuel président Ibarretxe. Ne disposant toujours pas de la majorité absolue au Congrès malgré les progrès enregistrés dans quinze des dix-sept communautés, J. L. Zapatero ne parvient à être réinvesti qu'au second tour de scrutin, le 11 avril, avec le soutien d'une majorité simple composée des seuls députés socialistes. À partir de septembre, l'Espagne est atteinte de plein fouet par la crise financière et économique internationale qui entraîne une envolée du taux de chômage à plus de 17 % et révèle les fragilités du « miracle économique » espagnol. Le gouvernement réagit rapidement en adoptant un Plan de soutien de l'économie et de l'emploi : un fonds public spécial doté de trois milliards d'euros est créé en décembre afin de soutenir certains secteurs stratégiques et créateurs d'emploi durable. Outre l'industrie automobile, la recherche-développement-innovation dans les secteurs de l'énergie et de la santé, l'environnement (infrastructures hydrauliques, protection du littoral, reforestation) et le bâtiment sont directement concernés par ce programme.
Fort de sa victoire en Galice en mars 2009, de son succès relatif aux élections européennes de juin, et de sa progression dans les sondages, le P.P. se mobilise sur le terrain des valeurs (en s'engageant notamment contre la libéralisation du droit à l'avortement). Mais lui-même mis en cause dans un scandale de corruption impliquant plusieurs de ses dirigeants, il ne parvient pas à mettre en difficulté les socialistes qui enregistrent de leur côté une victoire éclatante au Pays basque en ravissant (avec l'appui du P.P.), pour la première fois depuis 1980, la présidence du gouvernement basque en mai. J. L. Rodríguez Zapatero doit cependant procéder à un remaniement ministériel d'envergure en avril incluant le remplacement du ministre de l'Économie, et adopter, en novembre, un sévère plan d'austérité visant un retour à l'équilibre budgétaire en 2012.
Dès son arrivée à la présidence du gouvernement, J. L. Rodríguez Zapatero affiche sa volonté de rompre avec la politique suivie par son prédécesseur : il décide de retirer les troupes espagnoles d'Iraq et, voulant redonner à l'Espagne « sa place dans l'Europe », nomme à la tête de sa diplomatie Miguel Ángel Moratinos, ex-représentant de l'Union européenne au Proche-Orient. En septembre 2004, il propose à la tribune de l'O.N.U. une « Alliance des civilisations », projet de coopération culturelle entre pays occidentaux et arabo-musulmans, destiné à combattre le terrorisme par d'autres moyens que par les armes, un projet auquel souscrit en premier lieu la Turquie et qui reçoit l'aval de l'O.N.U. ainsi que le soutien de l'Organisation de la conférence islamique (O.C.I.), de la Ligue arabe et de nombreux États.
En Méditerranée, l'Espagne mène une politique de rapprochement avec l'Algérie, le Maroc, pays avec lequel la question migratoire constitue une source traditionnelle de tension. Dès avril 2004, J. L. Rodríguez Zapatero lui réserve sa première visite officielle à l'étranger. Cette ouverture est bientôt suivie par l'envoi d'une force conjointe hispano-marocaine en Haïti (juillet), la visite du roi d'Espagne au Maroc (janvier 2005) puis celle de J. L. Rodríguez Zapatero à Ceuta et Mellilla (première visite d'un chef de gouvernement depuis vingt-cinq ans), après les drames d'août et de septembre 2005 ayant coûté la vie à plusieurs candidats à l'immigration. À cet égard, le contrôle des flux migratoires retrouve toute son actualité avec la crise économique et après les mesures de régularisation des travailleurs clandestins, Madrid tend à s'aligner sur les politiques restrictives adoptées ailleurs en Europe : en octobre 2009, une loi plus sévère concernant les immigrés sans papiers et le regroupement familial est ainsi votée par le Congrès des députés. Cependant, dès 2004, le gouvernement Zapatero fonde également son action extérieure sur une politique active de coopération dans le cadre des Objectifs du millénaire des Nations unies.
Malgré ses liens historiques avec son ancienne puissance coloniale, l'Amérique latine ne représente qu'environ 5 % du commerce extérieur de l'Espagne, les principaux partenaires restant le Mexique, le Brésil, l'Argentine et le Chili mais auxquels se joignent aussi le Venezuela et Cuba qui prennent une part croissante dans ces échanges depuis le début des années 2000. Par ailleurs, les investissements directs espagnols, qui ont considérablement augmenté dans les années 1990 pour culminer en 1999-2000 – en particulier dans les secteurs de l'énergie, de la finance, des télécommunications et des infrastructures – se stabilisent au cours de la décennie suivante. L'intensification des échanges et la protection des intérêts économiques nationaux figurent ainsi parmi les objectifs de la diplomatie espagnole qui, afin d'écarter l'accusation de néocolonialisme, veut aussi promouvoir une politique tournée vers l'aide au développement (dont l'Amérique latine est le premier destinataire) et la cohésion sociale. Bien que méfiante face à d'éventuelles dérives populistes, Madrid accueille favorablement l'élection de gouvernements de gauche entre 2004 et 2008 mais n'affiche officiellement aucune préférence, évitant de privilégier certains États en fonction de leur couleur politique et prônant avant tout le multilatéralisme, la légalité internationale, le développement durable, la défense des droits humains et la lutte contre la pauvreté, des orientations réaffirmées lors du 15e sommet ibéro-américain de Salamanque en 2005. Jouant le rôle d'intermédiaire entre l'Europe et l'Amérique latine, l'Espagne s'efforce d'infléchir la position de l'Union européenne à l'encontre de de Cuba après la condamnation par le régime castriste de 75 dissidents au printemps 2003. Alors que les sanctions sont levées par l'U.E. en juin 2008, M. Á. Moratinos se rend pour la seconde fois à Cuba en octobre 2009. De même, le gouvernement Zapatero entend normaliser ses relations, très dégradées sous la présidence de J. M. Aznar, avec Caracas, une amélioration que traduit la visite d'Hugo Chávez à Madrid en juillet 2008 puis en septembre 2009. Son proche allié au sein de l'Alternative bolivarienne pour les Amériques, le Bolivien Evo Morales, effectue de son côté son premier voyage officiel en Espagne en septembre 2009.
Premier pays à approuver la Constitution européenne par référendum (20 février 2005, ratification par le Congrès et le Sénat en avril et mai), l'Espagne souhaite retrouver une relation active avec l'Union européenne et, au sein de celle-ci, avec l'Allemagne et la France. Le ralliement de Madrid à la « vieille Europe », incarnée par le couple franco-allemand renforce le camp des partisans d'une Union européenne capable de faire mieux entendre sa voix dans le monde, notamment vis-à-vis des États-Unis. Pour mener à bien cette politique européiste, l'Espagne peut compter sur la présence du tandem ibérique Solana-Barroso – le premier représente l'U.E. pour les questions de politique étrangère et de sécurité commune depuis 1999, le second préside la Commission européenne depuis 2004 –, ainsi que sur Josep Borrell, tête de liste du P.S.O.E. aux élections de juin et président du Parlement européen entre juillet 2004 et janvier 2007. Madrid s'engage dans la lutte contre le terrorisme et le crime organisé (visite de J. L. Rodríguez Zapatero à Londres, peu après les attentats du 7 juillet 2005) et en faveur du processus euroméditerranéen. En juin et en juillet 2008, le Congrès des députés puis le Sénat ratifient le traité de Lisbonne dont la mise en application, après son entrée en vigueur prévue le 1er décembre 2009, sera la tâche prioritaire de la présidence tournante espagnole durant le premier semestre 2010.
vers 13000, peintures pariétales qui se rattachent au magdalénien (Altamira, la Pasiega, etc.).
À partir du VIIe millénaire, peintures rupestres du Levant, art schématique, sujet essentiel : l'homme.
Art des Ibères : architecture défensive, statuette en bronze, Dame d'Elche.
Grande urbanisation : Alcántara, Ampurias, Mérida, Ségovie, Tarragone.
Ávila, Barcelone, Burgos, Cordoue (art islamique), l'Escurial, Gérone, La Granja, Grenade (art islamique, etc.), León, Madrid, Oviedo (art asturien), Palma de Majorque, Poblet, Saint-Jacques-de-Compostelle, Salamanque, Saragosse, Ségovie, Séville (art islamique, etc.), Tarragone, Tolède, Valence, Valladolid, Zamora.
Bermejo, P. Berruguete, Borrassà, Huguet, G.de Siloé.
A. Berruguete, E.Egas, le Greco, J.de Herrera, Juan de Juni, L.de Morales, D.de Siloé.
A. Cano, les Churriguera, Goya, G.Hernández, F.de Herrera père et fils, Martínez Montañés, Murillo, J.de Ribera, P.de Ribera, Valdés Leal, Velázquez, Zurbarán.
Arroyo, Bofill, Chillida, Dalí, Gargallo, Gaudí y Cornet, J.González, J.Gris, Miró, Picasso, Tàpies.
Cantar de mio Cid, Alphonse X le Sage, Jorge Manrique, Juan Ruiz, Fernando de Rojas.
Mateo Alemán, Calderón de la Barca, Cervantès, Garcilaso de la Vega, Góngora y Argote, Baltasar Gracián y Morales, Diego Hurtado de Mendoza, saint Jean de la Croix, Bartolomé de Las Casas, Felix Lope de Vega Carpio, Montemayor, Quevedo y Villegas, sainte Thérèse d'Ávila, Tirso de Molina.
José de Espronceda, Ángel Ganivet, Hartzenbusch, Benito Pérez Galdós, José Zorrilla y Moral.
Rafael Alberti, Arrabal, Azorín, Baroja, Jacinto Benavente, Blasco Ibáñez, Camilo José Cela, García Lorca, Gómez de la Serna, Juan Goytisolo, Jorge Guillén, J. R. Jiménez, Antonio Machado, Ana María Matute, Eugenio d'Ors y Rovira, Ortega y Gasset, Unamuno y Jugo, Valle- Inclán, Vicente Aleixandre.
Musique andalouse.
A. de Cabezón, C. de Morales, T. L. de Victoria.
I. Albéniz, M. de Falla, E. Granados y Campiña, F. Pedrell.
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