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Madrid

Madrid
Madrid

Capitale de l'Espagne et de la communauté autonome de Madrid, en Castille, sur le Manzanares, au pied de la sierra de Guadarrama.

  • Population : 3 198 645 hab. (recensement de 2011)
  • Nom des habitants : Madrilènes
  • Population pour l'agglomération : 6 574 450 hab. (recensement de 2011)

GÉOGRAPHIE

La croissance de la ville a été d'abord assez lente. Madrid compte 130 000 habitants en 1723, 217 000 en 1843, 512 000 en 1897 et atteint le million à la veille de la guerre civile. La progression s'accélère pendant la période franquiste à travers la politique centralisatrice (concentration des services), l'essor du capitalisme (banques, assurances, grandes firmes étrangères) et la création d'établissements industriels qui remodèlent à la fois son centre (aspect de city) et sa périphérie (concentration d'habitat précaire pour les immigrants : chabolas). Madrid dépasse le million et demi d'habitants en 1950, les 2 millions en 1960, les 3,5 millions avant 1970, les 4 millions avant 1980, les 5 millions avant 2000. L'agglomération est aujourd'hui la troisième plus peuplée d'Europe, après Paris et Londres. Madrid, longtemps simple capitale administrative, est aussi devenue une grande ville de services (premier rang en Espagne pour la banque, l'administration, l'université, le tourisme, les institutions politiques) et s'est aussi industrialisée (venant toutefois après Barcelone) à un rythme moindre très longtemps que celui de la progression démographique, résultant non plus seulement de l'immigration des ruraux de Castille mais aussi de celle venue de l'Amérique latine. Madrid constitue depuis 1963 le centre d'une aire métropolitaine comptant 22 communes et couvrant 1 727 km2. L'aéroport de Barajas, le quatrième aéroport d'Europe, est en forte progression grâce à sa desserte de l'Amérique latine. Madrid est au centre d'un réseau de trains à grande vitesse et d'un ensemble d'autoroutes. À la périphérie de la ville, l'Escurial, Aranjuez, Alcalá de Henares conservent tout leur prestige historique ; il s'y ajoute désormais Alcorcón et Getafe, très actives, et, à une cinquantaine de kilomètres, les résidences secondaires et les stations de sports d'hiver de la Guadarrama. La construction de matériel ferroviaire, de tracteurs, la métallurgie de transformation et les constructions électriques, l'alimentation, le textile, la chimie, le travail des plastiques se répartissent dans les banlieues industrielles de Carabanchel, Vallecas, Barajas, alors que le centre directionnel s'affine (Alcalá, Castellana), à proximité de la Plaza Mayor, limité à l'E. par le parc du Retiro, et plus récemment dans le nord, place de Castille et « quatre tours », et confirme le poids de la capitale, au cœur d'un pays aux tendances centrifuges séculaires.

L'HISTOIRE DE MADRID

Les origines et le premier développement

Les découvertes archéologiques (haches de pierre, pointes de flèches solutréennes, céramiques, etc.) faites aux environs de Madrid témoignent de la présence de l'homme sur les rives du Manzanares dès le paléolithique inférieur. Grâce aux conditions particulièrement favorables tant du sol que de la faune et du climat, le « Madrilène » de cette époque abandonne rapidement le nomadisme. Tout laisse à penser qu'au moustérien la ville s'étend sur une superficie aussi vaste que celle de l'agglomération actuelle. L'influence romaine s'y fait fort peu sentir et, lors de la grandeur de Rome, l'on n'y compte qu'une centaine d'habitants, bergers et laboureurs. Au début de l'ère chrétienne, elle n'occupe que le sommet de deux collines.

Elle n'entre véritablement dans l'histoire qu'au moment de la domination musulmane (ixe s.), sous le nom de Madjrit. Il ne s'agit que d'un petit village qui, au cours de la Reconquête entreprise aux Asturies par Pélage (718), est assiégé, puis quelque temps occupé (932) par le roi de León Ramire II. Du fait de sa position stratégique, les Arabes reconstruisent les murailles et consolident les fortifications. Le véritable conquérant de ce qui est alors une forteresse musulmane est Alphonse VI, roi de Castille et de León, qui s'en empare en 1083 avant de prendre Tolède (1085). Au xiie s., la ville est provisoirement aux mains des Almoravides. Elle commence à grandir autour des remparts, et Alphonse VIII lui accorde ses premiers privilèges en 1202. Au Moyen Âge, le développement de la ville se poursuit. Alphonse X le Sage lui concède le « Fuero Real » (privilège royal) en 1262, et Alphonse XI l'inclut dans l'ordonnance d'Alcalá (1348).

À la mort de Jean Ier (1390), Henri III y est proclamé roi et, quelques années plus tard, fait édifier l'ancien palais du Pardo (1405), où il réside temporairement. Jean II et Henri IV en font un endroit de villégiature privilégié pour la cour, s'y adonnant particulièrement à la chasse. C'est pendant le règne de Jean II que s'abattent sur la ville deux terribles fléaux : les pluies torrentielles et les inondations de 1434 et la peste de 1438. Henri IV est le premier souverain à y mourir. Les Rois Catholiques y effectuent de fréquentes visites (ils rendent notamment la justice dans l'Alcázar), montrant par là l'attachement qu'ils lui portent, et le cardinal Cisneros y établit le siège de sa régence (1516).

Madrid participe, avec les provinces de Tolède, Ávila et Ségovie, au soulèvement des « comuneros » (1520) contre Charles Quint, dirigé par Juan de Padilla. À la suite de luttes acharnées, les « comuneros » s'emparent de la ville qu'ils reperdent bientôt au profit du souverain. C'est là que ce dernier apprend la nouvelle de la victoire de Pavie (1525), remportée sur les troupes françaises, et l'on pense que c'est dans la Torre de los Lujanes que le roi de France François Ier est retenu prisonnier.

Philippe II et Madrid

Le second monarque de la maison d'Autriche, attiré par son climat et sa situation géographique au centre des États de la couronne d'Espagne, décide de fixer la Cour à Madrid en 1561, tout d'abord à titre provisoire. La ville ne devient pas officiellement la capitale, mais elle l'est en fait (sauf entre 1601 et 1606, période pendant laquelle Philippe II s'installe à Valladolid), puisque la Cour y réside en permanence. Sa population s'accroît considérablement et Madrid acquiert une telle importance qu'il devient indispensable de procéder à toute une série de travaux d'urbanisation. Les corporations de marchands prospèrent et on voit progressivement affluer les revenus de l'aristocratie foncière et l'argent des colonies américaines. Par contre, les activités artisanales et manufacturières progressent très peu. À partir de 1570, les Cortes du royaume s'y réunissent presque sans interruption.

Philippe III est le premier souverain né dans la capitale. L'établissement définitif de la Cour, des organes politiques et de l'administration en fait rapidement le centre principal des lettres et des arts.

Les premiers Bourbons

Au cours de la guerre de succession qui divise l'Espagne à la mort de Charles II (1700) – roi débile, dépassé par les événements – dernier représentant de la maison d'Autriche, la capitale prend le parti du futur Philippe V. Elle est occupée alternativement par les deux prétendants jusqu'en 1713, année où le premier Bourbon l'emporte définitivement. Ce dernier applique une politique centraliste qui lui est favorable : création d'un réseau routier dont Madrid est le centre, encouragement apporté à l'économie et améliorations dans le domaine de l'aménagement.

Les successeurs de Philippe V (Ferdinand VI, Charles III et Charles IV) consacrent tous leurs efforts à l'assainissement et à l'embellissement de la ville. À l'instar de leur prédécesseur, qui a créé en 1714 l'Académie royale de la langue, ils fondent plusieurs institutions de type culturel.

La capitale de l'Espagne au xixe et au xxe siècle

Le 2 mai 1808, le peuple de Madrid descend dans la rue pour se battre contre les troupes napoléoniennes. C'est le début de la guerre d'Indépendance. En dehors de quelques courtes interruptions, la ville est la capitale de la cour du roi Joseph Bonaparte de 1808 à 1813. Cette lutte pour l'émancipation affaiblit la situation économique de la ville pendant un certain temps, mais, vers 1831, elle occupe de nouveau une place prépondérante.

Durant le règne d'Isabelle II, Juan Bravo Murillo (1803-1873) fait creuser le canal (1851-1858) qui achemine vers Madrid l'eau du fleuve Lozoya et qui porte le nom de la souveraine, et le premier chemin de fer quitte la gare d'Atocha le 7 décembre 1851 à destination d'Aranjuez. La capitale est plus touchée que les autres villes par les événements politiques, les troubles et les luttes révolutionnaires de la seconde moitié du xixe et du début du xxe s.

C'est sous la Restauration qu'a commencé ce que l'on peut appeler la modernisation de Madrid, dont le meilleur exemple est le quartier dit « de Salamanca ».

La population madrilène, de tendance libérale, adopte une attitude décisive dans l'évolution des tendances révolutionnaires. Elle ne participe pas autant au mouvement ouvrier, étant donné la quasi-inexistence d'industries. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la capitale, qui est un important centre de consommation, amorce un processus d'industrialisation de signe résolument moderne. La guerre civile (1936-1939) freine cet élan. Madrid résiste pendant toute la durée du conflit aux assauts des troupes nationalistes avant de se rendre le 25 mars 1939. Après la guerre, l'accroissement démographique reprend et l'on assiste à l'essor des activités industrielles et financières.

MADRID, VILLE D'ART

Introduction

Si Madrid compte parmi les grandes villes d'art, elle le doit à son incomparable musée de peinture plus encore qu'à ses monuments. Pourtant, ceux-ci sont loin d'être négligeables. La vogue récente du baroque revalorise un ensemble d'édifices religieux et civils, qui, sans rivaliser avec ceux d'autres « cours » – Turin ou Prague – et malgré les mutilations infligées par les deux derniers siècles, conserve son style et son attrait propres, en même temps qu'il reflète les vicissitudes de la capitale nouvelle choisie par Philippe II.

L'évolution artistique

Le modeste Madrid d'avant 1561 ne survit que par le tracé médiéval de ses rues montueuses, par quelques tours mudéjares (San Pedro el Viejo, San Nicolás), par quelques portails gothiques ou renaissants et par le très bel ensemble « plateresque », intact et trop ignoré, de la capilla del Obispo : greffée sur l'église San Andrés, celle-ci garde un important retable de bois doré ainsi que les tombeaux de l'évêque fondateur, Gutiérrez de Vargas, et de ses parents, le tout dû à Francisco Giralte (vers 1500-1576), un des meilleurs élèves d'Alonso Berruguete.

Malgré sa croissance fulgurante, la « Villa y Corte » ne devint pas d'emblée une véritable capitale. Hanté par l'Escurial, Philippe II poursuivit les travaux commencés par son père pour transformer l'Alcázar médiéval en un sévère palais classique. Mais cette ville, dont un système de larges rues rayonnant autour de la Puerta del Sol allait fixer les cadres pour trois siècles, fut pratiquement négligée par les souverains. Sa « promotion » coïncidait avec les crises et l'appauvrissement de la monarchie. La médiocrité des constructions, le mauvais entretien des maisons et de la chaussée provoquent l'ironie des visiteurs étrangers. Quelques réalisations, assez tardives et sans plan d'ensemble, tranchent sur cette pauvreté : sous Philippe II, le pont de Ségovie par Juan de Herrera (1530-1597) ; sous Philippe III, le massif palais du duc de Lerma et la Plaza Mayor (1617-1619) de Juan Gómez de Mora (1586-1646 ou 1648), théâtre durant deux siècles de processions et de joutes, d'autodafés et de corridas. Grand rectangle fermé en marge de la calle Mayor commerçante, elle évoque, par son austère élégance, par ses accords de brique et d'ardoise et ses clochetons aigus, l'architecture flamande chère aux Habsbourg. Sous Philippe IV, l'Hôtel de Ville de Gómez de Mora et la « Prison des nobles » (aujourd'hui ministère des Affaires étrangères) maintiennent, avec leurs tours d'angle saillantes, la tradition de l'Escorial. De même au Buen Retiro – nouveau palais offert au roi par le comte-duc d'Olivares (1631), cadre d'une vie de fêtes, de régates, de théâtre, dans un grand parc semé d'étangs et de chapelles –, qui allait déterminer le transfert du Madrid élégant vers l'est de la ville ancienne. Détruit au xixe s., il en subsiste une aile (le « salon des Royaumes », décoré par Velázquez, aujourd'hui musée de l'Armée) et l'annexe du Casón (aujourd'hui annexe du musée du Prado), salle de bal dont Luca Giordano peignit l'immense plafond (fresque de l'Institution de la Toison d'or, 1693).

En fait, le Madrid des Habsbourg fut surtout une ville de couvents, par leur nombre (50 en 1629), par leur place dans la capitale (un tiers de sa superficie), par le rôle des religieux (le frère Bautista, jésuite ; le frère Lorenzo de San Nicolás, augustin, etc.) dans la construction des églises et chapelles. Une trentaine de celles-ci subsistent sur les 96 que montre, en 1656, le grand plan de Teixeira. Leurs coupoles octogones et leurs clochers carrés, se détachant sur la ligne basse des maisons, constituent la dominante du paysage urbain. Assez pauvres à l'extérieur, dépourvues de sculptures jusqu'à la fin du xviie s., avec de triples portiques grillés surmontés d'écussons et d'un fronton (Encarnación, 1615) ou avec de grands pilastres remplaçant les colonnes (San Isidro el Real, 1628), elles plaisent par l'articulation robuste de volumes simples, par l'élégant contrepoint de lignes convexes et concaves que dessinent les clochers et les coupoles, coiffés de lanternons aigus. Les intérieurs, rectangulaires, remplacent le marbre par les retables de bois doré et les grilles fermant les chapelles (Carmen). Dans la seconde moitié du siècle, avec l'implantation graduelle du baroque, de riches décors de stucs savonneux ornent pilastres, corniches et coupoles (Góngoras, Comendadoras de Santiago, etc.), et les fresques à l'italienne apparaissent (Carreño de Miranda et Francisco Rizi [1608-1685] à San Antonio de los Alemanes). Ces églises étaient de véritables musées de sculpture polychrome et de peinture, où brillait une « école de Madrid » baroque, issue de Vélasquez et de Van Dyck ; quelques ensembles significatifs subsistent en place (monastères royaux de Descalzas et de la Encarnación ; Bénédictines de San Plácido, avec les retables de Claudio Coello [†1693] ; etc.).

Le xviiie s., avec l'arrivée des Bourbons, modifie perspectives et rapports de forces. La nouvelle dynastie, issue de Versailles, éprise de « lumières » et d'urbanisme, s'efforce de régulariser et d'embellir cette capitale improvisée qui lui apparaît comme un grand village. Il faut d'ailleurs distinguer trois étapes. La première est municipale et traditionnelle : un corregidor actif, le marquis de Vadillo, choisit comme architecte de la ville Pedro de Ribera (1683-1742), « hyperbaroque », hétérodoxe et génial, dont le pont de Tolède (1719-1734), avec ses fontaines et ses obélisques, l'hospice de San Fernando (1722-1726), avec son portail tumultueux et turgescent, serviront plus tard de cible à la critique néoclassique.

Une seconde phase est dominée par la reconstruction du Palais royal, après l'incendie de 1734, et marque l'avènement du rococo italo-français. Philippe V et la reine Isabelle Farnèse appellent deux grands architectes italiens, Filippo Juvara et Giovanni Battista Sacchetti. Le projet de Juvara, trop coûteux, fut revu à la baisse. Néanmoins, le palais actuel, d'une majesté fleurie, est l'un des plus imposants d'Europe ; il frappe par l'heureux contraste de ses diverses façades, tirant parti de la pente du terrain vers le Manzanares. Des églises décorées de sculptures et de marbres (San Miguel, (1734-1745 ; Santa Barbara, 1750-1758, création de Fernand VI et de la reine Barbe de Bragance) attestent le rôle de divers architectes italiens et français. Mais c'est surtout le dernier tiers du siècle, avec Charles III, ex-roi de Naples et type du « despote éclairé », qui marque à la fois le triomphe de l'urbanisme et celui du néoclassicisme international. Tandis qu'il appelle en 1761 des artistes illustres pour décorer le nouveau palais, Anton Raphaël Mengs et G. B. Tiepolo (Apothéose de la monarchie espagnole, plafond de la salle du trône), il confie un vaste programme d'édifices publics, d'entrées monumentales (Puerta de Alcalá, etc.) et de promenades (Florida, Delicias, etc.) à des architectes italiens et espagnols. Les allées du Prado, à l'est de la ville, embellies de fontaines, bordées d'établissements scientifiques (musée d'Histoire naturelle, jardin botanique, observatoire), deviennent le centre de la vie élégante. Madrid est reconnue par toute l'Europe comme « une ville très digne d'être visitée, où tout est bien, convenable et digne ».

Le xixe s. a détruit autant qu'il a construit. L'invasion française et les guerres carlistes ayant provoqué la suppression, puis la démolition de nombreux couvents, des places spacieuses naissent (plaza de Oriente devant le Palais, plaza de Bilbao, del Rey, etc.) ainsi que des jardins. Les rues du centre prennent la physionomie qu'elles garderont pendant un siècle : maisons de brique à quatre ou cinq étages, avec de hautes fenêtres et de grands balcons. Ces ensembles, harmonieux dans leur modestie, sont plus attachants que les pastiches gothiques. Renaissance, voire mudéjars qui séviront dans les édifices publics ou dans les « palais » de la Castellana (« Champs-Elysées » madrilènes prolongeant le Prado) et du nouveau quartier résidentiel édifié au nord-est par un financier romantique, le marquis de Salamanca.

La fiévreuse croissance de Madrid depuis le début du xxe s. a rompu l'équilibre, détruit l'harmonie de cette ville à la fois rustique et royale. Les édifices du style « nouveau riche » qui suivit la Première Guerre mondiale, la percée de la fâcheuse Gran Vía (1916-1934) n'étaient que le prélude aux bouleversements des quartiers du centre et à l'édification de buildings disproportionnés. La préservation des vieux quartiers historiques et la réussite de la Cité universitaire, à la périphérie (reconstruite après les combats de la guerre civile), ne compensent pas le massacre de ce qui fut, et reste, le cœur de la vie urbaine.

En revanche, le bilan des xixe et xxe s. est entièrement positif sur un autre plan, la création d'un magnifique ensemble de musées. En tête et hors série se détache le Prado.

LES MUSÉES DE MADRID

Le musée du Prado

Presque exclusivement voué à la peinture, le Prado occupe depuis sa création, en 1819, le noble édifice construit par Juan de Villanueva pour abriter l'Académie des sciences naturelles. Conçu d'abord pour exposer un florilège des collections royales, il devint « national » à la révolution de 1868 et reçut alors plusieurs centaines de tableaux espagnols provenant des couvents supprimés.

Aujourd'hui, le Prado est l'un des plus importants musées du monde, peut-être le premier par sa densité en chefs-d'œuvre (Bosch…) et par ses ensembles massifs de certains maîtres (Titien, Rubens, Velázquez, Goya). Musée national et international, il reflète les goûts des souverains qui durant trois siècles protégèrent les peintres et dont l'un, Philippe IV, fut le collectionneur le plus passionné de son temps.

Les Italiens (Fra Angelico, Mantegna, Botticcelli, Titien [40 tableaux, dont Offrande à Vénus, Bacchanale, Danaé], Tintoret, Véronèse), les Flamands (Van der Weyden, Memling, Bosch [le Jardin des délices], J. Bruegel, Van Dyck, Rubens, dont la part est plus importante encore que celle de Titien [le Jugement de Pâris, Adam et Ève, le Triomphe de l'Église catholique, etc.]), les Allemands et les Hollandais (Dürer [Autoportrait], Rembrandt), les Français (Poussin, Watteau) y sont représentés. Mais c'est la peinture espagnole qui y occupe la plus large place : primitifs, Bermejo, Gallego, Berruguete ; artistes de la Renaissance et du Siècle d'or, Morales, Pantoja de la Cruz, Coello, Ribera, Zurbarán, Murillo ; mais surtout le Greco, Velázquez, Goya. Du premier, le Prado conserve le Chevalier à la main sur le cœur, Don Rodrigo Vásquez, ainsi que des compositions religieuses animées d'un brûlant mysticisme (la Trinité, le Baptême du Christ, la Pentecôte). De Velázquez sont réunies 50 toiles : la Forge de Vulcain, la Reddition de Breda, les Fileuses, Las Meninas, accompagnées d'une série de portraits : Philippe IV à des âges différents, la reine Marie-Anne, les infants Don Ferdinand et Don Carlos, l'Infante Marguerite, les nains et les bouffons de la cour. Même abondance de chefs-d'œuvre de Goya : portraits de Bayeu, de Charles IV et sa famille ; les deux Majas, la Prairie de San Isidro, des tableaux d'histoire (El dos de mayo et El tres de mayo), la série des cartons de tapisserie, celle des « peintures noires », plus de nombreux dessins.

Une annexe du musée, le Casón del Buen Retiro, réunit les meilleurs tableaux du xixe s. espagnol.

Les autres musées de Madrid

Le Musée archéologique national conserve des antiquités préhistoriques, ibériques (la Dame d'Elche), grecques et romaines, paléochrétiennes, des ouvrages d'orfèvrerie et des émaux du Moyen Âge et de la Renaissance, des tapisseries du xviie s. et des meubles du xviiie s.

L'Académie royale des beaux-arts de San Fernando, fondée en 1752, groupe surtout des peintures des xviie et xviiie s. ; les maîtres espagnols y dominent : Coello, Ribera, A. Cano, Murillo, Zurbarán, Carreño, Velázquez, important ensemble de Goya ; Rubens, Van Loo, Mignard, Mengs représentent les écoles étrangères.

Le Palais royal (xviiie s.), élevé par Juvara et Sacchetti, avec son grand escalier, sa salle du trône, que Tiepolo décora, ses tapisseries flamandes et espagnoles, constitue déjà un musée, dont se détache l'Armería, musée d'armes anciennes constitué par Philippe II en 1564 et installé dans l'aile gauche du palais.

Le musée Lázaro Galdiano réunit des primitifs espagnols, des portraits de cour du xvie s., des œuvres du Siècle d'or, des tableaux de Goya, de Lucas y Padilla. Parmi les écoles étrangères se détache l'école anglaise (10 portraits de Reynolds ; Gainsborough, Constable, etc.).

Le Centre d'art Reina Sofía, installé dans l'ancien Hôpital général de la ville (xviiie s.), est consacré à l'art contemporain (Miró, Dalí, Chillida, Tàpies, Saura, Canogar, etc.). Il abrite le célèbre Guernica de Picasso.

Le palais de Villahermosa a été aménagé en musée pour accueillir les quelque 800 peintures de la collection Thyssen-Bornemisza, acquises par l'État espagnol en 1993.

Le Musée municipal abrite des documents sur l'ancien Madrid ; le musée Cerralbo, une belle collection de peinture ; l'Instituto Valencia de Don Juan, un ensemble décoratif (broderies, tissus, céramiques ressortissant souvent à l'art de l'islam). Le Musée romantique, fondé par le marquis de la Vega Inclán, rend justice aux artistes espagnols du xixe s.