
Chef de l'État : Aníbal Cavaco Silva
Chef du gouvernement : Pedro Passos Coelho
Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
Constitution :
Entrée en vigueur : 25 avril 1976
Révisions : 1982,1989
Exécutif
Chef de l'État : président de la RépubliqueLégislatif
Assemblée de la RépubliqueDans un ensemble rectangulaire de 560 km sur 220 km (au maximum) et ayant 1 215 km de frontière commune avec l'Espagne, le Portugal présente une série de transitions du nord vers le sud, tant dans le relief que dans le climat, de part et d'autre de la coupure du Tage (Tejo). Le Nord, limité par le cours du Minho qui fait office de frontière avec la Galice, est à la fois élevé et bien arrosé ; le Sud, d'allure plus quadrangulaire encore, de part et d'autre du cap Saint-Vincent, est plus bas, plus uniforme et plus aride. L'altitude dépasse assez souvent 1 000 m au nord du Tage (Trás-os-Montes, serra da Estrela, entre Douro et Tage, qui porte le point culminant du pays : 1 991 m), exceptionnellement au sud (1 025 m dans la serra de Mamede, 902 m seulement dans la serra de Monchique).
Le relief résume et prolonge jusqu'à l'Atlantique les caractéristiques du socle ancien de la Meseta. Plateaux prédominants et tectonique cassante donnent une succession de gradins, limités par des abrupts, et des reliefs marqués bordés de côtes massives et peu découpées. Au sud du Tage, des plateaux moins élevés se situent dans la continuité des surfaces d'érosion de la Meseta méridionale, aux accidents moins nets. Dans le détail, les matériaux du socle font alterner granites, schistes et quartzites : les premiers forment des crêtes (Trás-os-Montes), les seconds de longues croupes peu résistantes et les derniers, des horsts limités par des failles. Le Minho, dans le socle cristallin, est plus nuancé. Le Douro présente une vallée encaissée, dont les pentes schisteuses portent le vignoble de Porto. Dans le Centre-Nord, les serras de Lousã et da Estrela, de 2 000 m d'altitude environ, marquent, par leur escarpement, la limite de la Meseta à l'ouest, dominant un avant-pays calcaire, le fossé du Mondego, la plaine triangulaire de la Beira avec la lagune d'Aveiro (sorte de paysage « landais », de dunes de sable et de pinèdes autour d'un bassin intérieur). L'Estrémadure, par ses collines et ses petits massifs secondaires ondulés et faillés, assure une transition entre les paysages du nord et du sud. Le Ribatejo correspond aux rives du fleuve, et, au-delà du Tage, c'est l'Alentejo, jusqu'à l'Algarve, méridional, monde de plateaux calcaires, de plaines et de lagunes.
Les températures moyennes et la pluviométrie annuelles soulignent aussi ce passage progressif vers un « Sud », du climat océanique au climat méditerranéen ; les températures augmentent alors que diminuent les précipitations jusqu'à l'aridité, bien loin de l'Espagne verte galicienne et du « Norte » humide ; l'intérieur accuse la continentalité, qu'inaugurent les hivers bien marqués du Trás-os-Montes. Les températures et les précipitations moyennes annuelles sont de 14 °C et 1 160 mm à Porto, 16 °C et 600 mm à Lisbonne, 17,3 °C et moins de 400 mm à Faro.
La même dualité se retrouve dans le couvert végétal, lorsque l'exploitation pastorale en a laissé quelques traces. Dans le nord-ouest humide se répartissent le chêne-liège sur sol siliceux, et, sur sol calcaire, le chêne de Lusitanie, qui se situe entre le chêne méditerranéen à feuilles persistantes et le chêne hygrophile à feuilles caduques. Dans le sud, les formes de dégradation donnent une garrigue à kermès et un maquis de cistes. Les reboisements portent sur le pin et l'eucalyptus, plus précisément dans la zone littorale.
Les grands fleuves, nés en Espagne (Douro, Tage, Guadiana), n'offrent qu'un trajet réduit dans le pays. Les fleuves « portugais », Mondego et Sado notamment, sont courts et souvent fantasques ; pour les plus importants, des crues dépassant les 20 m ont été enregistrées dans les parties les plus encaissées. De nombreux barrages ont contribué à les régulariser, avec de grandes retenues.
En 2009, la population était évaluée à 10,7 millions de personnes, soit une densité moyenne de 116 hab./km2. Peuplé de 4 188 000 habitants en 1864, lors du premier recensement officiel, le Portugal en comptait 8 889 000 un siècle plus tard, en 1960. Mais les guerres coloniales et l'émigration massive des années 1960, notamment vers la France, se sont traduites par une nette diminution de la population jusqu'en 1973. De 1974 à 1976, avec le renversement de la dictature et la décolonisation, le retour de nombreux émigrés et celui des quelque 500 000 retornados des anciennes colonies africaines ont entraîné une augmentation notable du nombre d'habitants. Depuis 1977, celui-ci tend désormais à stagner. Aux phases de légère croissance (1977-1985, 1992-1994) succèdent des phases de sensible diminution (1986-1991, depuis 1995), liées principalement aux flux migratoires, où l'immigration joue un rôle croissant. Le taux de natalité a fortement baissé, passant depuis le début des années 1960 de 24 à 10 ‰. Le taux de mortalité est resté relativement stable (autour de 10 ‰), mais le taux de mortalité infantile a considérablement diminué, passant de près de 80 ‰ à 4 ‰. L'espérance de vie à la naissance a donc nettement augmenté, s'établissant à 78 ans. L'indice de fécondité, naguère l'un des plus élevés d'Europe (3,5 enfants par femme en 1960) avec celui de l'Irlande, est aujourd'hui de 1,3 enfant par femme, c'est-à-dire inférieur à la moyenne européenne. On observe donc une rapide « européanisation » des indicateurs démographiques portugais, comme le confirment la réduction de la taille des familles (de 4 à 3 personnes), l'augmentation du nombre des divorces, celle des naissances hors mariage ou encore celle des mariages non religieux (ceux-ci représentaient, en 1994, 30 % du nombre total des mariages, contre 9 % en 1960).
Le vieillissement de la population portugaise constitue l'un des faits démographiques les plus marquants de ces deux dernières décennies. Les plus de 60 ans représentent désormais 23 % de la population totale. Les moins de 15 ans ne représentent plus que 15 % de la population.
Ces données brutes masquent, toutefois, de profondes disparités régionales entre, d'une part, un Nord et des zones littorales fortement peuplés et, d'autre part, un Sud et un arrière-pays en voie de dépeuplement et de vieillissement, notamment en Alentejo. Quant aux régions autonomes des Açores et de Madère, elles continuent d'afficher des taux de natalité et une proportion de jeunes supérieurs à la moyenne nationale. Au total, la stagnation de la population portugaise n'est tempérée que par l'essor de l'immigration en provenance, notamment, des anciennes colonies africaines (Cap-Vert principalement) et par la fin de l'émigration massive des années 1960, voire par l'augmentation des retours au pays des émigrés ayant naguère quitté le sol national. Le Portugal n'est plus un pays d'émigration, même si près de 4 millions de ses ressortissants sont encore disséminés sur tous les continents. En revanche, il tend à devenir un pays d'immigration, fait radicalement nouveau dans sa longue histoire, notamment de population en provenance des pays d'Europe centrale et orientale, dont l'Ukraine.
L'urbanisation, souvent mal appréciée dans les statistiques officielles, s'est fortement accélérée. La population résidant dans les agglomérations de plus de 10 000 habitants a plus que doublé : elle représente désormais la moitié de la population totale contre seulement un quart au début des années 1960. Lisbonne et Porto concentrent, quant à elles, près de 40 % de la population du pays.
L'agriculture occupe 12 % des actifs. Les petites exploitations de polyculture (maïs, pomme de terre, vin) du Nord s'opposent à celles du Sud, très étendues (céréales, élevage ovin et bovin). La pêche reste active et le pays exporte du vin, des légumes et des fruits. Le pays importe notamment des céréales (blé et maïs) et du soja. Certains secteurs sont encore florissants, mais à faible valeur ajoutée : le vin (10e rang mondial, le vin de Porto réalisant les deux tiers des exportations vinicoles), le liège, dont le Portugal reste le premier producteur mondial (50 % de la production totale), et le bois.
L'économie portugaise s'est fortement « déruralisée », « tertiairisée » et modernisée au cours de ces deux dernières décennies, rattrapant une partie des retards que le régime salazariste avait largement contribué à creuser pendant sa phase « autarcique » (jusqu'à la fin des années 1950). La modernisation de l'économie a largement bénéficié de l'adhésion à l'Europe communautaire. Grâce aux aides et aux fonds structurels européens, le Portugal a pu développer et transformer ses infrastructures (voies de communication, transports, logements). Pays le plus pauvre de la Communauté européenne lors de son adhésion, en 1986, le Portugal a connu un essor économique sans précédent. Les privatisations menées à partir de 1989 dans l'industrie, le secteur des banques et des assurances, puis dans les télécommunications et l'énergie ont favorisé l'émergence d'un marché financier dynamique, encouragé également par la déréglementation financière, la suppression du contrôle des changes et de l'encadrement du crédit. Les investissements étrangers ont fortement progressé, notamment en provenance de l'Espagne, de la Grande-Bretagne et de la France.
Le secteur industriel emploie 31 % des actifs. Le textile (confection) vient en tête avec le quart des emplois industriels, mais il est pénalisé par la taille réduite des entreprises et la sous-capitalisation. Des secteurs à forte valeur ajoutée sont en plein essor (machines-outils, électronique, plastique). La métallurgie, le montage automobile, le travail du cuir et du bois et l'agroalimentaire figurent parmi les autres activités industrielles.
Les services (57 % des actifs) accordent une place importante au tourisme (12 millions de visiteurs en 2007 contre 2,7 millions en 1980). Le taux de chômage s'est accru et l'inflation atteint près de 3 %. Le Portugal a pleinement profité de son intégration dans l'UE qui a favorisé son « décollage » économique, mais il respecte avec difficulté le niveau de déficit accepté dans le cadre du traité de Maastricht. Il commerce avec les pays de l'Europe et avec les États-Unis, qui ont une place importante dans les importations. Les importations dépassent de loin les exportations et les envois des émigrés ne suffisent pas à équilibrer la balance des paiements. Enfin, le Portugal demeure totalement dépendant de ses importations pour ses matières premières minérales et énergétiques. Solidement arrimé à l'Europe communautaire avec laquelle il réalise les trois quarts de ses échanges commerciaux, le Portugal a fait de l'intégration européenne son objectif principal.
Le pays est d'abord occupé par des tribus en rapport avec les Phéniciens, les Carthaginois et les Grecs. Il faut aux Romains de longues campagnes pour venir à bout de leur résistance. L'ouest de la Péninsule est conquis au IIe s. avant J.-C. La province de Lusitanie est créée par Auguste. Elle est envahie au Ve s. par les Alains et les Suèves, qui laissent finalement la place aux Wisigoths. La domination musulmane, qui commence en 711, est ébranlée par les campagnes d'Alphonse III, roi des Asturies (866-910), qui conquiert la région de Porto, puis de Ferdinand Ier, roi de Castille, qui libère le pays entre Douro et Mondego (1064).
Alphonse VI, roi de León, qui fait campagne jusqu'au Tage, donne le comté de Portugal (région de Porto) à Henri de Bourgogne, mari de sa fille bâtarde Thérèse ; ce territoire est ainsi séparé artificiellement, mais définitivement, de la Galice, où l'on parle le même dialecte, et du reste de la Péninsule (1097) ; Henri émancipe le Portugal de la Castille, sur le plan religieux, en obtenant l'érection de Braga en archevêché (1104), mais ne peut empêcher les musulmans de reprendre Lisbonne et Santarém. Après la période de troubles qui suit sa mort (1114), son fils Alphonse Henriques (1128-1185) consacre l'indépendance du Portugal. Avec l'appui de la noblesse, il rompt tout lien avec la Castille ; le prestige que lui vaut sa victoire sur les Maures à Ourique (1139) le conduit à prendre le titre de roi, que la Castille reconnaîtra en 1143.
Le Portugal poursuit son expansion vers le sud, au détriment de l'islam. Installant sa capitale à Coimbra, établissant les Templiers et les Hospitaliers entre le Mondego et le Tage, Alphonse Ier Henriques prend Santarém, Lisbonne dès 1147, Sintra, et occupe une partie de l'Alentejo. Ses successeurs poursuivent sa croisade conquérante, s'appuyant sur les ordres espagnols de Santiago et de Calatrava, qui se nationalisent très vite, et n'hésitant pas à détourner des croisades destinées à la Terre sainte pour mieux vaincre les musulmans du Sud. En fait, ce n'est qu'après la défaite almohade de Las Navas de Tolosa (1212), à laquelle participent les troupes portugaises d'Alphonse II (1211-1223), que la conquête s'accélère, pour s'achever dans l'Algarve (1249) sous le règne d'Alphonse III (1248-1279). Les pays conquis, où des musulmans et des juifs subsisteront jusqu'en 1497, sont aussitôt mis en valeur, non seulement par des colons venus du Nord, qui y diffusent le dialecte de Porto, mais aussi par des étrangers, qu'ils soient laïques ou ecclésiastiques, tels les cisterciens d'Alcobaça ou les chanoines réguliers de Saint-Augustin. Venus en grand nombre, surtout au temps de Sanche Ier (1185-1211), les immigrants, groupés en des centres indépendants des seigneuries préexistantes, obtiennent du souverain des chartes de privilèges.
L'achèvement territorial du Portugal au milieu du XIIIe s. coïncide, en partie, avec son achèvement institutionnel ; la monarchie, qui est héréditaire dès le XIe s., détient en fait tous les pouvoirs ; mais la pratique de l'acclamation populaire, qui rappelle les origines électives de la royauté au temps des Wisigoths, aboutira à la constitution des Cortes, dont les premières connues sont celles de Coimbra, où ne sont encore représentés que le clergé et la noblesse (1211), mais qui élaborent les premiers éléments d'une législation portugaise. Jusqu'à cette date, l'autorité royale ne trouve quelque limite que dans les privilèges d'un très riche clergé et d'une noblesse qui s'est arrogé le droit d'exercer la justice ou de lever les redevances sur ses dépendants et qui s'est ainsi insérée dans les cadres d'une féodalité agissante. Mais les progrès de la féodalité et du clergé inquiètent Alphonse II, qui, aidé du chancelier de son père, Julião, leur porte un premier coup d'arrêt en faisant vérifier tous les titres de propriété (inquirições) et en interdisant par l'amortização au clergé régulier et séculier d'acquérir des biens immobiliers. Le conflit continue sous Sanche II (1223-1248), qui est même déposé par le pape et remplacé par son frère cadet Alphonse (1245), qui, en échange, doit promettre de respecter les droits de l'Église (pacte de Paris, 1245). Malgré le soutien de la Castille, Sanche, retranché dans le nord du pays, doit finalement se réfugier à Tolède (1248). Alphonse III est alors reconnu roi de Portugal ; vainqueur, il se refuse à appliquer les termes de l'accord de Paris et, non content de restreindre davantage les droits du clergé, il admet pour la première fois aux Cortes de Leiria (1254) les représentants des villes, s'appuyant ainsi sur la bourgeoisie afin d'annuler les progrès réalisés par la féodalité au début du XIIIe s. Il permet à cette nouvelle classe sociale de s'introduire dans la « curie royale », dont les fonctions commencent à se spécialiser et dont les membres les plus instruits, les légistes, aident le souverain à rédiger et à faire appliquer les ordenaçoes dirigées contre les privilégiés. Sous le règne de Denis (1279-1325), qui fonde en 1290 l'université de Lisbonne (transférée à Coimbra en 1308, elle fut transportée de nouveau à Lisbonne de 1338 à 1354 et de 1377 à 1537) et fait du dialecte de Porto la langue nationale, cette politique de renforcement de l'autorité royale se poursuit avec l'appui de la bourgeoisie urbaine, dont on favorise, en contrepartie, les activités économiques. Dès le XIIe s., la pratique de la pêche avait développé la vie maritime ; bientôt, les marchands portugais fréquentent Bruges et Londres, où ils vendent le poisson, le sel, le vin, l'huile, les cuirs, la graine d'écarlate de leur pays.
Les successeurs de Denis, Alphonse IV (1325-1357) et Pierre Ier (1357-1367), poursuivent son œuvre et orientent le pays vers l'expansion outre-mer. Mais le Portugal, dont la population a diminué de moitié lors de l'épidémie de peste noire de 1348, connaît au XIVe s. une grave crise économique. Pour conjurer cette crise, Ferdinand Ier (1367-1383) encourage les armateurs nationaux, fortement concurrencés par les étrangers, et crée une sorte de compagnie d'assurance ; en outre, il oblige les propriétaires à cultiver leurs terres sous peine d'expropriation au profit de la monarchie (1375). Mais ces efforts s'avèrent insuffisants et la politique aventureuse du souverain en Castille ne fait qu'aggraver encore la situation.
À sa mort, Ferdinand ne laisse qu'une fille, Béatrice, fiancée à Jean Ier de Castille, allié de la France, ouvrant ainsi une redoutable crise successorale, au cours de laquelle s'opposent nettement la noblesse, favorable à la candidature castillane, et la bourgeoisie, décidée à maintenir l'indépendance portugaise sous l'autorité d'un prince national (1383-1385). Avec l'appui anglais, le candidat national, Jean, grand maître de l'ordre d'Aviz (ou Avis), un bâtard de Pierre Ier et demi-frère de Ferdinand, est porté au pouvoir, et les Cortes de Coimbra ratifient cette candidature (1385). Jean Ier (1385-1433) et son connétable Nuno Álvares Pereira, en battant les Castillans à Aljubarrota avec l'appui des mercenaires anglais (1385), consolident l'indépendance portugaise ; celle-ci est confirmée par la paix de 1411 avec la Castille et par l'alliance anglaise, renforcée dès 1387 par le mariage de Jean Ier avec Philippa de Lancastre. La crise permet au nouveau roi de réduire les prétentions de la noblesse en s'appuyant sur la bourgeoisie, qui commence à jouer un rôle prépondérant aux Cortes.
L'expansion portugaise se développe au XVe s. De hardis voyages sont rendus possibles grâce aux recherches scientifiques (tables astronomiques d'Alphonse X le Sage et des Juifs ibériques) et aux progrès de la construction navale (gouvernail d'étambot ; caravelle, qui est mise au point en 1439-1440). Ils s'expliquent par diverses raisons : le surpeuplement relatif du Portugal, l'impossibilité de pratiquer une politique d'expansion continentale aux dépens de la puissante Castille, la pénurie de blé, la demande accrue de poisson, de cuir, de tinctoriaux, la recherche de terres nouvelles convenant à la canne à sucre, la demande d'esclaves pour les moulins à sucre qui apparaissent alors dans l'Algarve, la pénurie d'or qui gêne les échanges en Occident. Les chevaliers, ruinés par la crise économique, conquièrent le port marocain de Ceuta (1415) ; les bourgeois organisent la colonisation des archipels de Madère (à partir de 1418) et desAçores (à partir de 1432), et l'exploration de la côte africaine pour atteindre le pays de l'or ; le cap Bojador est doublé (1434) et le Río de Oro atteint (1436). Profitant de la faiblesse du roi Édouard (1433-1438), la noblesse impose la guerre au Maroc. L'échec devant Tanger (1437) et la minorité du roi Alphonse V l'Africain (1438-1481) poussent au premier rang l'infant Pierre, duc de Coimbra, auquel les Cortes confient la régence, au détriment de sa belle-sœur, la reine Éléonore d'Aragon (1440) ; les « ordonnances Alphonsines » s'efforcent de codifier et d'uniformiser le droit. L'expansion pacifique, chère aux bourgeois, se développe ; des champs de blé, puis des plantations de canne couvrent Madère et les Açores ; les explorateurs dépassent la côte saharienne et atteignent le pays des Noirs, où ils nouent des relations commerciales plus commodes : la première monnaie d'or portugaise, le cruzado, est frappée en 1457. Mais le jeune roi, poussé par les grands seigneurs, provoque la révolte du régent, qui est tué à Alfarrobeira (1449) et dont les réalisations sont, dès lors, attribuées à son frère Henri, dit « le Navigateur », qui a eu la prudence de ne pas intervenir dans cette querelle. La guerre reprend contre les Marocains, qui perdent Alcácer Ceguer (aujourd'hui Ksar es-Seghir) [1458], Tanger et Arzila (1471), Safi (1508), Mazagan (1514) ; par contrecoup, la poussée castillane vers le Maghreb se trouve déviée vers l'est (région d'Oran et de Tlemcen). Mais le commerce en Guinée est si fructueux (or, esclaves, ivoire, malaguette, gomme) qu'il se maintient par la seule initiative privée. En 1469, ce trafic est affermé à Fernão Gomes contre le versement annuel de 200 000 reis et l'obligation d'explorer chaque année 100 lieues de côtes au-delà de la Sierra Leone ; en 1474, cette concession passe au prince Jean, héritier de la Couronne. La royauté vise maintenant un double but : explorer les îles et les terres de l'Ouest, découvrir la route maritime de l'Inde par le sud de l'Afrique. À l'Occident, les îles du Cap-Vert, découvertes en 1460, et les Açores servent de base à des voyages qui mènent les Portugais aux abords de Terre-Neuve avant Colomb, qui a profité de ces expériences. En Afrique, le voyage de 1471 est marqué par la découverte de Saõ Tomé et d'Annobón, et le franchissement de l'équateur. Le roi Alphonse V, redoutant comme ses prédécesseurs la puissance grandissante de la Castille, termine son règne en tentant vainement de s'imposer dans ce royaume en s'alliant avec Jeanne, infante de Castille, héritière présomptive d'Henri IV.
Jean II (1481-1495), décidé à dompter la noblesse, fait exécuter les ducs de Bragance (1483) et de Viseu (1484). Il organise méthodiquement les voyages d'exploration et la mise en valeur des pays découverts. Diogo de Azambuja fonde en Guinée (aujourd'hui au Ghana) le fort de São Jorge da Mina (1482), qui sera le relais des expéditions ultérieures. À partir de 1482, Diogo Cão plante des padrões (colonnes indiquant la prise de possession) portugais dans l'actuelle République démocratique du Congo et au cap Santa Maria en Angola. Tandis que Pêro da Covilhã va reconnaître l'Inde et visite l'Éthiopie, Bartolomeu Dias franchit le cap des Tempêtes (aujourd'hui cap de Bonne-Espérance) et découvre l'océan Indien (1487). Colomb, à qui le roi de Portugal a refusé des bateaux en 1484, rentre de son premier voyage au service de la Castille (1492-1493) en annonçant qu'il a atteint l'Inde par l'ouest. Jean II reste persuadé de la supériorité de la route orientale, mais, en 1493, le pape Alexandre VI borne la zone de navigation accordée au Portugal par la bulle de Calixte III à l'est d'un méridien situé à 100 lieues des îles du Cap-Vert ; la cour de Lisbonne, qui tient aux mystérieuses îles de l'Occident, fait reporter la limite à 370 lieues à l'ouest de l'archipel du Cap-Vert (traité de Tordesillas, 1494).
C'est sous Manuel Ier le Fortuné (1495-1521) que Vasco de Gama réalise le premier voyage maritime aux Indes, non sans avoir rencontré l'hostilité des marchands musulmans, qui ont eu jusque-là le monopole de l'expédition des produits de l'Extrême-Orient vers l'Europe par Alexandrie. Profitant de la supériorité de leurs navires et de leur artillerie, les Portugais châtient les sultanats locaux, ruinent le commerce musulman et s'assurent en quelques années la domination de l'océan Indien en occupant les forteresses des détroits : Vasco de Gama bombarde Calicut (1502) ; Francisco de Almeida, nommé vice-roi de Cochin, Cannanore et Quiloa, construit des forts sur la côte africaine (1505), détruit la flotte égyptienne à Diu (1509) ; Albuquerque, entre 1507 et 1515, prend Socotora, Mascate, Goa, Malacca, Ormuz. Arrivés à Malacca dès 1509, les Portugais apprennent que les épices proviennent d'un archipel situé plus à l'est, les Moluques, où ils fondent un comptoir (Amboine) vers 1512. Malgré le passage de Magellan (1521), l'archipel est acquis au Portugal après le traité de Saragosse (1529). Les Portugais achèvent la découverte des marchés asiatiques en débarquant au Siam, au Cambodge, au Dai Viêt, en Chine (1514 ou 1517), dans la région de Canton, où ils obtiennent la concession de Macao (1557), et au Japon (1542).
Le souverain, qui porte maintenant le titre de « roi du Portugal et des Algarves, de ce côté et de l'autre de la mer ; en Afrique, seigneur de Guinée et de la conquête, navigation et commerce d'Éthiopie, d'Arabie et de Perse », et qui est représenté par un vice-roi à Goa, entend se réserver le bénéfice de ces découvertes ; il a confié le contrôle du commerce lointain à une régie, la Casa da Guiné, qui prend le nom de Casa da Guiné e Mina en 1482-1483 avant d'être englobée dans la Casa da Índia e da Guiné (1499). Groupés en flottes, les bateaux quittent Lisbonne à Pâques et, grâce à la mousson, atteignent Calicut, Cochin ou Goa en septembre ; de ces ports, d'autres bateaux gagnent Malacca ou Ternate, marchés des épices que d'autres Portugais vont distribuer au Japon, en Chine et en Perse, en y ajoutant les dernières inventions de la technique européenne (montres, arquebuses, canons), produits de l'industrie métallurgique tout nouvellement fondée à Lisbonne. La flotte de retour assure au roi de Portugal la domination du marché européen des épices asiatiques, du sucre des îles et des esclaves noirs. En dehors de ses forts, le Portugal ne possède pas de territoire étendu au-delà des mers. Mais l'activité des Portugais n'est pas uniquement mercantile ; les entreprises missionnaires des jésuites (saint François Xavier), les tentatives de conversion forcée vont essaimer de petites chrétientés dans tout l'Extrême-Orient, préparer l'évangélisation du Japon et de la Chine ; par les Portugais, la civilisation européenne pénètre dans des milieux aussi divers que le royaume du Congo et l'empire du Japon.
La longueur des voyages, qui retarde la réalisation des profits, les frais et, surtout, l'impossibilité de maintenir le monopole sur le commerce des épices rendent bien mince le bénéfice du roi de Portugal. La cour de Lisbonne va ralentir son effort en Extrême-Orient, entamer la liquidation de son domaine marocain (sauf Tanger, Ceuta, Azemmour et Mazagan) et se retourner vers son domaine atlantique. La canne à sucre, qui constitue un quasi-monopole portugais, ne trouve plus assez de place aux îles : Madère, Açores, Cap-Vert, São Tomé ; elle trouve un champ d'expansion presque illimité au pays du « bois brésil », proclamé possession portugaise par Pedro Álvares Cabral en 1500. Sur l'ordre de Jean III, qui veut soustraire le Brésil aux corsaires français, Martim Afonso de Sousa en organise la colonisation à partir de São Vicente (1532). Les plantations brésiliennes valorisent les comptoirs de traite de la Guinée, puis de l'Angola dans la seconde moitié du XVIe s. ; presque seuls à vendre des esclaves, les Portugais en fournissent leurs colonies et aussi l'Amérique espagnole, se procurant ainsi l'argent indispensable au commerce de l'Extrême-Orient.
La culture intellectuelle et artistique (art manuélin) connaît le même élan que l'économie et atteint son âge d'or sous Jean III (1521-1557), qui obtient du pape Paul III l'installation des jésuites au Portugal (1547), où ils établissent leur université à Évora, tandis que le roi transfère définitivement celle de Lisbonne à Coimbra (1537). Le Portugal devient un des foyers de la Réforme catholique. Quant à l'importante communauté juive, malgré l'hostilité dont elle est l'objet, elle joue un rôle fondamental tant sur le plan intellectuel que sur le plan économique.
Les rois de Portugal, toujours alarmés de l'expansion castillane, avaient préparé par des mariages la fusion des deux dynasties à leur profit. Mais c'est la dynastie d'Aviz qui s'éteint la première : le roi Sébastien (1557-1578), hanté par une vision anachronique de croisade, disparaît, défait par les Marocains à Alcaçar-Quivir (1578). Le dernier représentant de la famille, son successeur, Henri le Cardinal, meurt en janvier 1580. Malgré les prétentions de dom Antoine, prieur de Crato, le Portugal est saisi (1580) par l'armée de Philippe II, roi d'Espagne, fils et petit-fils de princesses portugaises, qui est proclamé roi à Santarém ; le prieur de Crato, vaincu à Alcantara par le duc d'Albe, réussit à se maintenir aux Açores jusqu'en 1583. En fait, il ne s'agit que d'une union personnelle des deux couronnes, et Philippe II promet de respecter les libertés portugaises. Mais le peuple du petit royaume ne perd pas son allant ; l'union ibérique lui permet de s'infiltrer dans les colonies espagnoles et de les exploiter à son profit. Seulement, les circonstances deviennent moins favorables : la rénovation de la Perse sous Abbas Ier le Grand, la constitution de l'Empire moghol dans l'Inde, le triomphe du shogunat au Japon ne permettent plus aux Portugais d'y parler en maîtres. Lorsque Philippe II interdit le marché aux épices de Lisbonne aux Néerlandais révoltés, aux Anglais hostiles, les marins du Nord tentent à leur tour le voyage en Extrême-Orient et s'installent à côté des Portugais, dont ils ruinent le monopole, mais non le commerce. Peu à peu, les souverains asiatiques, les Anglais et surtout les Néerlandais rognent la longue ligne des comptoirs portugais.
Lorsque les Hollandais s'installent au Brésil (à partir de 1624), dans les comptoirs de la traite africaine (São Tomé, São Paulo de Luanda) [1641], les Portugais rendent la monarchie espagnole responsable de leur défaite. Profitant de la révolte de la Catalogne et du soutien indirect de Richelieu, ils se soulèvent le 1er décembre 1640, massacrent certains membres du gouvernement, dont Vasconcelos, et proclament roi le duc de Bragance, sous le nom de Jean IV (1640-1656). Ils réussissent à chasser les Néerlandais des comptoirs africains (1643, 1648), puis du Brésil (1654), qui s'est soulevé en faveur de la cour de Lisbonne, mais ils doivent se résigner à l'effondrement de leurs positions en Asie. Après une longue et coûteuse guerre, et malgré l'appui d'une importante fraction de la noblesse portugaise, l'Espagne doit reconnaître l'indépendance du Portugal moyennant la cession de Ceuta (traité de Lisbonne, ratifié en 1668) C'est alors que le bilinguisme castillan-portugais disparaît ; la littérature, puis la « philosophie » françaises font sentir leur influence. Après une redoutable crise monarchique (relégation aux Açores, en 1667, d'Alphonse VI [1656-1683] ; régence [1667-1683] ; puis règne [1683-1706] de Pierre II) et une tentative de colbertisme, le Portugal lie sa destinée économique à celle de l'Angleterre : le traité de lord Methuen (1703) réserve le marché anglais aux vins de Madère et de Porto ; en échange, la Grande-Bretagne placera librement son blé et ses lainages au Portugal, voué désormais à la monoculture de la vigne, et participera au commerce du Brésil. Abandonnant encore des comptoirs aux Indes, en Afrique orientale, Zanzibar, Mombasa (1698), des îles en Afrique occidentale (Annobón, Fernando Poo, 1778), quittant définitivement le Maroc (Mazagan, 1769), renonçant le plus souvent à régénérer l'économie nationale, la monarchie se consacre à l'exploitation de sa colonie américaine, qui s'étend vers l'ouest, aux dépens des territoires attribués à l'Espagne par le traité de Tordesillas. L'or, découvert au Minas Gerais (plus de 1 000 tonnes semble-t-il) en 1696, les diamants (Diamantina est fondée vers 1725) dépassent en importance le sucre, le tabac et le cacao, dont le monopole portugais a disparu avec l'essor des Antilles, mais qui nécessitent toujours des foules d'esclaves africains. Le Brésil permet aussi le fructueux trafic interlope avec les colonies espagnoles, et l'on comprend l'acharnement du Portugal à garder la position de Sacramento sur le río de la Plata ; ce fort est finalement perdu en 1778.
Joseph (1750-1777), fils de Jean V (1707-1750), confie le gouvernement à Carvalho e Melo, qui sera fait marquis de Pombal en 1770. C'est, avec un régime policier fort dur, un essai de despotisme éclairé. Pombal diminue l'emprise de l'Église sur le Portugal, sévit contre les grands, contre les jésuites, qui sont expulsés (1759), contre les ordres monastiques, qui sont épurés. L'or du Brésil, qui a permis la reconstruction de Lisbonne après le séisme de 1755, subventionne les compagnies privilégiées chargées du trafic entre la métropole et le Brésil, la compagnie vinicole de l'Alto Douro, les industries textiles, etc. ; mais Pombal ne parvient pas à rendre au Portugal son indépendance économique. Marie Ire (1777-1816), fille et héritière de Joseph, renvoie le ministre dès son avènement et change totalement de politique ; en 1792, la reine, atteinte de démence, laisse le pouvoir à son fils, le futur Jean VI.
Le Portugal, qui a participé à la guerre contre la France révolutionnaire aux côtés de l'Espagne, est attaqué par celle-ci, qui a changé de camp (« guerre des oranges », 1801), et perd définitivement Olivença. Refusant de rompre avec l'Angleterre et d'appliquer le blocus, le Portugal est envahi une première fois par les troupes de Junot en 1807 ; la famille royale, renonçant à toute résistance, s'embarque alors pour le Brésil.
Suivant l'exemple espagnol, les Portugais s'insurgent contre l'occupant français en mai-juin 1808. Wellesley, débarqué au Portugal, fait capituler Junot à Sintra (30 août 1808). Après les échecs des offensives de Soult (1809) et de Masséna (1810-1811), le Portugal est débarrassé des Français.
Jean VI (1816-1826), préférant rester au Brésil, dont il a fait un royaume, laisse le gouvernement du Portugal à la régence et au général Beresford, chef de l'armée. À l'exemple de l'Espagne, un soulèvement militaire à Porto renverse le régime absolutiste (août 1820). Les Cortes, réunies en janvier 1821, suppriment l'Inquisition et demandent le retour du roi. Jean VI, rentré à Lisbonne, accepte la Constitution libérale votée par les Cortes (1822). Profitant de l'attitude maladroite des Cortes, Pierre, fils de Jean VI, se proclame empereur du Brésil (1822), dont l'indépendance est reconnue par le Portugal en 1825. Michel, fils cadet de Jean VI, tente de rétablir l'absolutisme, mais, vaincu, il doit s'exiler en France. À la mort du souverain, Pierre Ier du Brésil (Pierre IV du Portugal) nomme reine sa fille, Marie II, âgée de sept ans, et la fiance à son oncle Michel ; puis, par la Charte de 1826, il accorde un régime bicamériste au Portugal. La jeune reine, placée sous la protection de Canning, est, en 1828, évincée par Michel, qui se proclame roi et pratique un absolutisme féroce ; mais la révolution de 1830 lui retire des protecteurs influents. Pierre Ier quitte le Brésil (1831), gagne les Açores, qui se sont soulevées contre Michel, puis débarque à Porto (1832). Rentré à Lisbonne (1833), il obtient de la Quadruple-Alliance l'expulsion de Michel, qui capitule à Évora Monte (1834). La Charte de 1826 rétablie, les ordres religieux abolis, la vie politique s'organise avec la rivalité de deux factions : les chartistes, modérés, et les septembristes, libéraux, qui veulent la Constitution de 1822. Pendant une quinzaine d'années, le pays connaît une période de luttes civiles. En 1852, l'Acte additionnel accorde le suffrage direct reposant sur un cens très bas, qui fait électeurs 25 % des Portugais, alors qu'il y a 80 % d'illettrés. Le régime parlementaire reste une façade : les élections sont préparées par le gouvernement, qui s'appuie sur la Couronne et doit satisfaire les classes dirigeantes. La mauvaise gestion des finances publiques ralentit le progrès économique. Sous les rois Pierre V (1853-1861) et Louis (1861-1889), quelques réformes sont réalisées : mise en vente des biens du clergé, abolition de l'esclavage dans les colonies, publication du Code civil (1867). Des officiers remarquables, comme Serpa Pinto, explorent les régions entre Angola et Mozambique à partir de 1877. Mais le Portugal se heurte aux entreprises de Léopold II sur le Congo, et le congrès de Berlin (1885) ne lui attribue que deux bourgades sur la rive droite. Puis ce sont les menées de Cecil Rhodes, qui veut réaliser une bande continue de territoires britanniques du Cap au Caire, et, devant un ultimatum anglais à propos d'une révolte au Nyassa (1890), le Portugal doit renoncer à relier ses deux grandes colonies africaines (1891). Sous Charles Ier (1889-1908), la monarchie devient franchement impopulaire par son gaspillage, qui accroît les difficultés budgétaires et facilite la propagande républicaine. Le roi, qui a laissé João Franco instaurer une dictature (1907-1908), est assassiné en pleine rue, ainsi que son fils aîné. Son second fils, Manuel II (1908-1910), renonce au régime autoritaire et est chassé par un coup de force militaire. La république est proclamée le 5 octobre 1910.
Le petit groupe intellectuel des républicains, sans grande prise sur l'opinion publique, pressé entre les syndicats aux tendances révolutionnaires et les monarchistes majoritaires, prend des mesures fondamentales. Une Constituante dissout les congrégations, rompt les liens entre l'Église et l'État, annonce la conscription, l'enseignement laïque et obligatoire, accorde le droit de grève. La Constitution de 1911, franchement démocratique, ne fonctionne pas bien : les insurrections royalistes, les coups de force militaires, s'ajoutant à l'instabilité gouvernementale, expliquent la vingtaine de révolutions, la quarantaine de gouvernements qui se succèdent entre 1911 et 1926. Au cours de la Première Guerre mondiale, l'Allemagne, qui a attaqué les colonies portugaises dès septembre 1914, déclare la guerre au Portugal le 9 mars 1916. La participation portugaise à la guerre en France, aux côtés des Alliés, ne vaut que le district de Quionga (Mozambique) à la jeune République.
En mai 1926, le général Gomes da Costa soulève la garnison de Braga et renverse le régime parlementaire ; il est bientôt évincé par le général Oscar Carmona, qui, élu président en avril 1928, sera réélu tous les sept ans jusqu'à sa mort, en 1951. En 1928, Carmona confie le portefeuille des Finances au professeur António de Oliveira Salazar, qui devient président du Conseil en 1932. Salazar, sans jamais postuler aux fonctions – secondaires – de chef de l'État, est le personnage clé d'un régime fortement centralisé et hiérarchisé autour du président du Conseil. La Constitution de l'« État nouveau », promulguée en avril 1933 après un référendum-plébiscite, établit une véritable dictature du chef du gouvernement et pose les bases d'un État corporatif. Le Statut national du travail (1933) oblige les ouvriers à s'inscrire à des syndicats nationaux ; des grémios (corporations) groupent les patrons ; la grève est interdite en 1934. Salazar emploie tous ses efforts à maintenir l'équilibre du budget, qu'il a rétabli dès 1929. Invoquée avec insistance dans les premières années du régime, l'idée d'une « révolution nationale », à base d'ordre moral, tire ses racines de la tradition contre-révolutionnaire et procède d'une vision passéiste et rurale de la société. Salazar souhaite avant tout restaurer un ordre fort et immuable, respectueux des traditions et guidé par la « Providence ». Réactionnaire, le salazarisme relève ainsi moins du fascisme que d'une forme « d'autoritarisme bureaucratique », basé sur une police politique toute puissante (P.V.D.E. devenue P.I.D.E. en 1945). Un régime qui tend à devenir totalitaire à la fin des années 1930, avec le coup de « badigeon à la romaine » donné alors, sur le modèle mussolinien, à certaines de ses nouvelles institutions comme la Légion et la Jeunesse (Mocidade) portugaises, créées en 1936. L'« État nouveau », qui a réconcilié le Portugal et le Vatican, notamment grâce à la signature d'un concordat en mai 1940, pratique une politique extérieure prudente. Visiblement favorable au général Franco durant la guerre d'Espagne, il maintient sa neutralité au début de la Seconde Guerre mondiale, puis permet à la Grande-Bretagne (1943) et aux États-Unis (1944) d'utiliser l'archipel des Açores pour la surveillance de l'Atlantique. L'après-guerre est marquée par une accentuation du malaise économique. En 1951, le général Francisco Higino Craveiro Lopes remplace Carmona, décédé ; en 1958, le candidat officiel, l'amiral Américo Tomás, est élu, mais le candidat d'opposition, le général Humberto Delgado, enlève 25 % des voix. Ce dernier se réfugie à l'ambassade du Brésil en janvier 1959, puis part pour l'étranger. L'évêque de Porto, Mgr A. Ferreira Gomes, se voit interdire le retour au Portugal (février 1960). L'arraisonnement de la Santa Maria par le capitaine Galvão, alors en liaison avec Delgado, attire l'attention mondiale sur le régime portugais (janvier 1961). Le 1er janvier 1962, un soulèvement est vite écrasé à Beja ; et, en mai 1962, de nouvelles émeutes éclatent.
Le Portugal connaît aussi de sérieuses difficultés dans ses possessions coloniales. En 1953, il a refusé de négocier avec la République indienne le statut des enclaves de Goa, Damão et Diu ; le 17 décembre 1961, les troupes indiennes s'en emparent. Dès le mois de février 1961, des troubles avaient éclaté en Angola ; deux ans plus tard, la guérilla s'étend à la Guinée et, en 1964, au Mozambique.
Les élections présidentielles du 25 juillet 1965 voient la réélection de l'amiral Américo Tomás, dans un climat politique lourd (assassinat, en février, de Delgado).
Cependant, le 16 septembre 1968, Salazar, malade, doit renoncer au pouvoir ; Marcelo Caetano lui succède et s'engage à gouverner selon la même méthode tout en donnant un vernis démocratique à son action. Mais la situation ne cesse de se dégrader dans les colonies d'outre-mer. En Guinée-Bissau, les nationalistes établissent peu à peu leur propre pouvoir et mènent une guérilla efficace contre les troupes portugaises. En Angola, l'armée tient les villes, mais les rebelles sont maîtres des campagnes, et, au Mozambique, le FRELIMO contrôle tout le nord du pays. Déjà condamnée antérieurement, puis de nouveau en novembre 1972 par l'Assemblée des Nations unies, Lisbonne voit croître son isolement diplomatique du fait de sa politique africaine. Quant à l'Église catholique, elle prend ses distances avec le gouvernement. Le nombre des insoumis et déserteurs augmente. Muselée et réprimée, l'opposition ne présente pas de candidats aux élections législatives du 28 octobre 1973, où le parti de Marcelo Caetano, l'Action nationale populaire, remporte tous les sièges. Aux grèves et à l'agitation estudiantine succèdent des remous au sein de l'armée. La publication, en février 1974, d'un ouvrage du général de Spínola préconisant une solution politique et non plus seulement militaire aux problèmes coloniaux entraîne sa mise à l'écart.
Le 25 avril 1974, Caetano est renversé par un coup d'État militaire. Une « junte de salut national » s'engage alors à restaurer les droits civiques et démocratiques, à organiser des élections libres au suffrage universel direct, afin qu'un Parlement représentatif élabore une nouvelle Constitution, et à rétablir la paix dans les colonies. Le parti de l'Action nationale populaire et la police politique (depuis 1969, la Direcção geral de seguranza [DGS]) sont dissous, les gouverneurs civils destitués, les prisonniers politiques libérés et la censure abolie. C'est la « révolution des œillets », par allusion aux fleurs que la population offre alors spontanément aux militaires révoltés.
Le général de Spínola devient président de la République le 15 mai et, le lendemain, un gouvernement provisoire ayant à sa tête Adelino Palma Carlos est constitué. Le pouvoir est alors réparti entre la junte, qui s'est transformée en Conseil d'État, la présidence de la République, le gouvernement et le « mouvement des forces armées (MFA) », qui entreprend « un travail d'explication politique dans les casernes ». Cependant, le rétablissement d'un contrôle militaire de la presse, les attaques contre les animateurs de grèves et la rupture provisoire des pourparlers avec les représentants des colonies révèlent l'hétérogénéité du nouveau bloc au pouvoir. Le conseil d'État ayant refusé d'accroître les pouvoirs du gouvernement Palma Carlos, ce dernier démissionne le 9 juillet. La tension qui oppose les modérés, discrètement soutenus par Spínola, aux officiers du MFA, dont beaucoup penchent à gauche, se durcit encore quand sont élaborées les mesures sur les libertés (notamment celle de la presse) et sur la décolonisation. Le 14 juillet, le colonel Vasco Gonçalves devient Premier ministre et quatre membres du MFA entrent au gouvernement. Le 10 septembre, s'efforçant de limiter l'influence des partis de gauche, Spínola lance un appel à la majorité silencieuse ; les forces de droite et d'extrême droite demandent alors à manifester publiquement le 28 septembre. La gauche et l'extrême gauche dressent des barricades dans Lisbonne. Le 28, Spínola démissionne. Le général Costa Gomes le remplace et Vasco Gonçalves demeure Premier ministre. Mais l'unité de façade, héritée du 25 avril, est déjà bien lézardée, même si la nouvelle coalition regroupe encore des représentants du MFA et des principales formations politiques, parti populaire démocratique (PPD), parti socialiste (PS) et parti communiste (PC).
L'une des priorités de ces premiers gouvernements provisoires est de régler la question coloniale. La loi constitutionnelle du 19 juillet 1974 avait déjà enclenché le processus en reconnaissant le principe de l'autodétermination et le droit à l'indépendance des anciens territoires d'outre-mer, orgueil du régime salazariste pour lequel le Portugal, « un et indivisible », s'étendait du Minho à Timor. Le 10 septembre 1974, la Guinée-Bissau est le premier de ces territoires à accéder à l'indépendance. Les négociations aboutissent rapidement, dès l'automne 1974, avec le Mozambique, le Cap-Vert, São Tomé et Príncipe qui accèdent à l'indépendance respectivement le 25 juin, le 5 juillet et le 12 juillet 1975. Fin décembre 1974, les autorités portugaises reconnaissent la souveraineté de l'Inde sur les enclaves de Goa, Damão et Diu, que celle-ci occupait depuis décembre 1961. Les principales difficultés concernent l'Angola, où les négociations s'enlisent à plusieurs reprises du fait des dissensions entre les trois mouvements indépendantistes et de leur faible représentativité. Les accords quadripartites d'Alvor (janvier 1975), bien que dénoncés au mois d'août, aboutissent à l'indépendance de l'Angola (11 novembre 1975), prononcée dans un contexte de guerre civile. Plus d'un demi-million de retornados doivent alors quitter les anciennes colonies et retourner au Portugal. Quant à la partie orientale de l'île de Timor, en voie d'accéder à l'indépendance, elle est envahie militairement par l'Indonésie en décembre 1975 et annexée de fait par celle-ci en juillet 1976, malgré le désaveu des Nations unies. Pour la première fois depuis la fin du XVe s., le Portugal se trouve ainsi réduit à sa partie continentale, à ses archipels de Madère et des Açores ainsi qu'à son enclave chinoise de Macao, qui ne sera rétrocédée à la Chine qu'en décembre 1999.
Cette décolonisation tardive s'opère dans un contexte politique intérieur confus. Dès le mois de janvier 1975, la rupture est consommée entre le PS et le PC, qui s'opposent sur la question de l'unité syndicale et sur le rôle des militaires. Le 11 mars, une tentative de coup d'État, dans laquelle se trouve impliqué le général de Spínola, échoue mais provoque une radicalisation de la révolution, marquée notamment par un renforcement des pouvoirs du MFA et une campagne de nationalisations. À la dualité des pouvoirs entre civils et militaires répond l'hostilité croissante entre les partisans de l'instauration d'une « démocratie populaire » (une partie du MFA, autour de Vasco Gonçalves, et le PC), l'extrême gauche (avec comme figure de proue un officier, Otelo de Carvalho), autoproclamée défenseur du « pouvoir populaire », et les « modérés » (PS, PPD, quelques officiers du MFA), favorables à la mise en place d'une démocratie pluraliste. Le 25 avril 1975, les élections à l'Assemblée constituante – les premières au Portugal à se dérouler au suffrage universel – semblent consacrer la victoire des « modérés », le PS et le PPD distançant largement le PC et les multiples formations d'extrême gauche. Refusant le verdict des urnes, ces dernières tentent de donner un tour plus radical à la révolution. Au cours de l'« été chaud » de 1975, marqué par la réforme agraire, le Portugal se trouve au bord de la guerre civile. Privé du soutien du PS et du PPD, le gouvernement perd le contrôle de la situation. Isolé dans sa dérive pro-communiste, Vasco Gonçalves doit démissionner (29 août). La plus extrême confusion règne alors. Le nouveau gouvernement, formé de « modérés », se retrouve impuissant. La crise se dénoue le 25 novembre 1975 avec l'échec d'un coup d'État fomenté par des militaires d'extrême gauche.
Avec la mise au pas des militaires et le rétablissement de l'autorité de l'exécutif s'ouvre une nouvelle période qui consacre le succès de la démocratie pluraliste. Les principales formations politiques – le PS, le PPD, transformé alors en PSD (parti social-démocrate), le CDS (Centre démocratique et social), démocrate-chrétien, ainsi que l'aile modérée du MFA – unissent leurs efforts pour contribuer à ce succès. Le choix en faveur du pluralisme s'incarne dans la promulgation, le 2 avril 1976, d'une Constitution qui pose les bases d'un socialisme démocratique, instaure un régime semi-présidentiel et consacre le rôle du Conseil de la révolution. Toujours en vigueur, cette Constitution de 1976 a révélé toute sa souplesse, évoluant ainsi dans le sens d'un effacement de la tutelle militaire et d'un affaiblissement de la fonction présidentielle (révision de 1982), d'une libéralisation de l'économie (révision de 1989), de l'adaptation à l'intégration européenne (révision de 1992), enfin d'un renforcement de l'État de droit et de la démocratie participative (révision de 1997). Ce choix du pluralisme se traduit également par le succès de ses partisans (PS, PSD et CDS) lors des élections législatives du 25 avril 1976 et par l'élection (le 27 juin) d'un militaire modéré comme président de la République, le général António Ramalho Eanes, qui sera réélu pour un second mandat de cinq ans en décembre 1980. Cet enracinement de la démocratie s'opère dans un contexte de grandes difficultés économiques qui, jusqu'au milieu des années 1980, ne cessent de peser sur la vie politique. Une forte instabilité en résulte avec une succession de gouvernements et de majorités composites.
Premier ministre des deux premiers gouvernements constitutionnels (juillet 1976-juillet 1978), Mário Soares ne parvient pas, malgré sa notoriété sur la scène internationale, à donner corps au « socialisme du possible » qu'il souhaite édifier. Victime de la défection de son allié de circonstance, le CDS, dirigé par Freitas do Amaral, et de l'hostilité croissante du chef de l'État, M. Soares est démis de ses fonctions par ce dernier fin juillet 1978. Le général Eanes tente alors d'orienter le régime vers le présidentialisme, désignant trois gouvernements « d'initiative présidentielle », privés du soutien des principales formations politiques (août 1978-décembre 1979). Les dysfonctionnements de cette dérive présidentialiste conduisent dans l'impasse le gouvernement dirigé par Maria de Lourdes Pintasilgo, première femme à exercer de telles fonctions au Portugal (août 1979-janvier 1980). Les élections législatives anticipées du 2 décembre 1979, puis celles du 5 octobre 1980, dégagent une nette majorité en faveur de l'Alliance démocratique (AD), coalition électorale de centre droit regroupant notamment le PSD et le CDS Jusqu'au printemps 1983, cette Alliance conduite par le PSD.exerce le pouvoir. Après la disparition dans un accident d'avion du Premier ministre – et leader charismatique du PSD – Francisco Sá Carneiro (4 décembre 1980), le gouvernement est dirigé par Francisco Pinto Balsemão à la tête d'une Alliance démocratique de plus en plus désunie (janvier 1981-juin 1983). La morosité de la situation économique, les querelles qui divisent le PSD et le CDS, les résultats décevants de l'Alliance aux municipales de décembre 1982 finissent par déstabiliser le gouvernement. Les élections législatives anticipées du 25 avril 1983 enregistrent une forte progression du PS (36 % des suffrages) qui, faute d'une majorité suffisante, ne peut gouverner seul. Une nouvelle alliance de gouvernement (le « Bloc central »), insolite, est alors conclue entre le PS et un PSD en quête d'identité depuis la disparition tragique de Sá Carneiro. Malgré sa fragilité et une cure d'austérité, impopulaire, justifiée par la mauvaise santé de l'économie, le gouvernement de centre gauche formé alors par M. Soares a pour principal mérite de faire aboutir les complexes négociations entamées en 1977 en vue de l'adhésion du Portugal à la Communauté européenne. Lâché par son allié PSD et en conflit ouvert avec le président Eanes, M. Soares doit se démettre de ses fonctions, non sans avoir eu la légitime satisfaction de signer à Lisbonne, la veille de sa démission, le traité d'adhésion du Portugal à la CEE (12 juin 1985).
« Choix d'un avenir moderne, d'un avenir de progrès, choix qui exigera beaucoup de la part des Portugais » (M. Soares), l'Europe domine la période qui s'ouvre le 1er janvier 1986, date de l'entrée officielle du Portugal dans la Communauté européenne. En l'espace d'une décennie, cette adhésion, grâce aux fonds structurels et aux diverses aides communautaires, permet à l'économie portugaise de rattraper une partie de ses retards, non sans provoquer des tensions sociales dans certains secteurs traditionnels comme l'agriculture ou le textile. L'image vieillie, héritée du salazarisme, d'un Portugal pauvre, rural, archaïque, terre d'émigration, s'efface au profit de celle du « bon élève de l'Europe » (Jacques Delors), celle d'un pays à l'économie dynamique, à forte croissance. Depuis 1986, quelle que soit la tonalité politique des gouvernements, les principaux choix de politique économique (libéralisation, rigueur budgétaire, lutte contre l'inflation, stabilité de la monnaie dans le cadre du SME, dont fait partie l'escudo depuis avril 1992) sont dictés par l'impératif communautaire. En s'assignant comme principal objectif le respect des critères de convergence, les autorités portugaises réussissent finalement à placer leur pays dans le premier train de l'euro (2 mai 1998).
Ce solide ancrage européen n'est pas antinomique d'une ouverture sur les espaces lusophones, qui sont marqués par une longue histoire commune – celle de la colonisation – et par l'usage de la langue portugaise, soit comme langue maternelle (Brésil), soit comme langue officielle en Afrique (Angola, Mozambique, Cap-Vert, Guinée-Bissau, São Tomé). Ces espaces de quelque 200 millions de locuteurs constituent un axe de développement privilégié par la diplomatie portugaise. Aux traditionnelles relations bilatérales s'est greffée une approche multilatérale rapprochant ces sept pays avec l'institutionnalisation de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), le 17 juillet 1996, à Lisbonne.
La cohérence de la politique européenne s'inscrit dans un contexte de stabilité politique et de large consensus sur la construction communautaire entre les deux formations politiques qui se partagent le pouvoir depuis 1986. La stabilité s'incarne dans les deux mandats successifs de M. Soares comme président de la République (1986-1996). Premier civil à occuper de telles fonctions depuis la Ire République, il exerce, malgré la réduction des prérogatives présidentielles, une véritable « magistrature d'influence », notamment au cours de son second mandat, dans le cadre d'une cohabitation de plus en plus houleuse (1991-1996).
La stabilité prend également les traits du « cavaquisme », du nom donné à la décennie pendant laquelle Aníbal Cavaco Silva, élu président du PSD en mai 1985, dirige le gouvernement (octobre 1985-octobre 1995). Fort de la majorité absolue obtenue aux législatives de juillet 1987 et d'octobre 1991, le PSD et son président imposent leur hégémonie, reléguant à l'arrière-plan l'Assemblée de la République et l'opposition. Les orientations libérales et européennes caractérisent la politique de Cavaco Silva, qui, victime de l'usure du pouvoir et de son style jugé cassant par une part croissante de l'opinion publique, voit son parti battu par le PS (44 % des suffrages) aux élections législatives du 1er octobre 1995. Quant à sa candidature à l'élection présidentielle, elle est rejetée par l'électorat au profit de celle de son adversaire, le socialiste Jorge Sampaio, élu chef de l'État avec plus de 53 % des suffrages (14 janvier 1996) ; ce dernier sera réélu au premier tour de la présidentielle de janvier 2001 (55,8 % des voix) face au candidat du PSD, Joaquim Ferreira do Amaral.
Après les élections d'octobre 1995, le PSD, en proie à une nouvelle crise d'identité, cède sa place de premier parti national au parti socialiste, dirigé à partir de février 1992 par António Guterres. Vainqueur de ces législatives avec près de 44 % des suffrages, le PS ne dispose pourtant pas de la majorité absolue des sièges à l'Assemblée de la République (112 députés sur 230) ; il doit gouverner en maniant l'art du compromis et en sachant se ménager des alliés de circonstance. Après ses succès à la présidentielle de janvier 1996 et aux municipales de décembre 1997 (41 % des suffrages), le PS dispose de solides atouts pour inscrire son action dans la durée. A. Guterres peut se prévaloir de bons résultats économiques et de l'entrée du Portugal dans l'euro. La bipolarisation de la scène politique autour de deux partis phares, le PS et le PSD, les difficultés que traverse ce dernier (crise identitaire, problèmes de leadership de son président, Marcelo Rebelo de Sousa), le déclin du PC, qui ne représente plus que 8 % de l'électorat (contre 18 % en 1983), les divisions de l'ex-CDS, rebaptisé parti populaire depuis 1991 (CDS-PP) concourent à renforcer la position du PS. Enfin, A. Guterres profite de l'image de modernité dont se pare son pays. Une image qu'a contribué à façonner l'Exposition mondiale de Lisbonne, consacrée aux océans, « patrimoine de l'humanité » (mai-septembre 1998), imposante vitrine d'un Portugal dynamique et tourné vers l'avenir.
En 1999, la rétrocession de Macao à la Chine (décembre), en scellant la fin d'une époque, connaît un fort retentissement au Portugal.
À l'issue des législatives d'octobre 1999, le parti socialiste est conforté dans sa place de premier parti du pays en obtenant 115 sièges au Parlement mais passe à côté de la majorité absolue. A. Guterres ne tarde pas à connaître ses premières difficultés et assiste, au cours de son deuxième mandat, à l'érosion de sa popularité. Sa volonté de mener à bien les réformes promises est mise en doute par les Portugais, qui lui reprochent un manque de clarté, un recours excessif à l'improvisation dans le traitement de dossiers importants comme la réforme fiscale, et trop de temps consacré à l'exercice de la présidence de l'Union européenne. Désapprouvant également la conduite générale des affaires, plusieurs membres du PS quittent le parti en juin-juillet 2000. Le PSD.remporte les élections municipales de décembre 2001 et gagne, notamment, les trois grandes villes du pays, Lisbonne, Porto et Coimbra. Tirant les conséquences de cet échec, A. Guterres démissionne de la tête du gouvernement et de celle du PS, ouvrant une crise politique.
Les élections législatives anticipées de mars 2002 sont remportées par le PSD (plus de 40%, son meilleur résultat depuis 1991), devant le PS (plus de 37 %) et le parti populaire (nationaliste et conservateur, près de 9 %). Le parti communiste, allié aux Verts, n'enregistre qu'environ 7% des suffrages. Privé de majorité absolue au Parlement (102 députés sur 230), José Manuel Durão Barroso (PSD), le nouveau Premier ministre, forme un gouvernement de coalition avec le parti populaire. Confronté à un déficit public excessif (4,1 % du PIB en 2001) et au risque de voir le pays, bénéficiaire au cours de ces dernières années des aides importantes du Fonds de cohésion européen, manquer à ses obligations au sein de l'Union européenne, le gouvernement doit différer ses promesses faites pendant la campagne électorale et adopter des mesures impopulaires (hausse de la TVA, blocage des salaires, etc.) pour relancer l'économie. Les réformes à plus long terme – durcissement de la politique d'immigration, assouplissement du Code du travail hérité de la « révolution des œillets » de 1974, réforme du système éducatif, augmentation des droits de scolarité – provoquent la colère de la gauche, des syndicats et des étudiants. Enfin, l'atlantisme du Premier ministre, qui accueille le 16 mars 2003 le Sommet des Açores réunissant George Walker Bush, Tony Blair et José María Aznar à la veille du déclenchement des hostilités en Iraq, suscite le mécontentement d'une partie de l'opinion.
Aussi, les élections européennes de juin 2004 se transforment-elles en vote sanction pour la majorité gouvernementale (Força Portugal), qui n'obtient que 33,2 % des suffrages, soit 9 sièges. Les socialistes établissent leur meilleur score à une élection européenne (44,5 %, 12 sièges) ; la coalition Communistes-Verts (CDU) conserve 2 sièges ; quant au Bloc de gauche, il parvient à faire élire son premier député européen. Une nouvelle crise politique éclate en juillet 2004, lors de l'annonce de la démission du Premier ministre, J. M. Durão Barroso, appelé à la présidence de la Commission européenne. Forts de leur victoire aux élections européennes de juin, les socialistes réclament la dissolution du Parlement et des élections législatives anticipées. Le président J. Sampaio, tranchant en faveur de la stabilité, invite cependant la majorité parlementaire en place à former un nouveau gouvernement, avant de nommer Premier ministre Pedro Santana Lopes, ex-maire de Lisbonne et nouveau président du P.S.D. Cette décision provoque la démission du secrétaire général du PS, Eduardo Ferro Rodrigues. Voulant mettre un terme à la grave crise de crédibilité qui, depuis quatre mois, mine le gouvernement, le chef de l'État annonce, le 30 novembre, la dissolution du Parlement et l'organisation d'élections législatives anticipées le 20 février 2005.
Emmené par José Sócrates (élu secrétaire général en septembre 2004 et dauphin de A. Guterres), le parti socialiste remporte une victoire historique en obtenant 45 % des suffrages (soit 121 sièges), contre 28,7 % des voix (75 sièges) au parti du gouvernement sortant, le PSD. Allié aux Verts depuis 1987 (2 députés), le parti communiste obtient 7,6 % des suffrages et 12 députés. Le Bloc de gauche est en progression avec 6,4 % des voix et 8 députés derrière la droite conduite par le parti populaire (7,2 % et 12 sièges). Les socialistes subissent toutefois leur premier revers aux élections municipales d'octobre 2005, remportées par l'opposition de centre droit (PSD) avec 147 des 308 municipalités. Cette défaite est confirmée à l'issue de l'élection présidentielle du 22 janvier 2006, remportée au premier tour avec 50,5 % des voix, par l'unique candidat de droite, Aníbal Cavaco Silva, ex-Premier ministre (1985-1995), face à une gauche divisée représentée par cinq candidats dont l'écrivain Manuel Alegre de Melo Duarte (socialiste indépendant, 20,7 % des voix) et l'ancien président de la République M. Soares, candidat officiel du PS (14,3 % des suffrages). Cette nouvelle cohabitation permet cependant l'obtention d'un assez large consensus sur les réformes nécessaires pour concilier les engagements européens du Portugal – qui prend en juillet 2007 la présidence du Conseil de l'UE – et la lutte contre le chômage et les inégalités. D'importantes mesures structurelles sont ainsi adoptées en vue de consolider les comptes publics, appuyer une relance de l'économie, réduire le chômage (passé de 5 % en 2002 à plus de 8 % en 2007) et la pauvreté. Un plan de restructuration de l'administration publique est lancé avec la contractualisation d'une partie des agents, la rationalisation et l'externalisation de certains services et missions, une réduction des effectifs de 15 à 25 % sur trois ans. En une seule année, la réduction des dépenses permet de diminuer le déficit budgétaire, l'objectif étant d'atteindre le critère de convergence européen de 3 %. Malgré la mauvaise conjoncture internationale, les prévisions de croissance sont révisées à la hausse grâce à la bonne tenue du commerce extérieur due à la compétitivité des secteurs à forte valeur ajoutée, ce qui laisse présager une rupture avec l'ancien modèle de développement fondé sur une main-d'œuvre abondante et peu qualifiée et sur les activités traditionnelles comme le textile et l'habillement. Cette modernisation du pays s'observe également dans la dépénalisation de l'avortement, approuvée par référendum puis adoptée par les députés (faute d'une participation suffisante) en 2007, une loi qui s'accompagne par ailleurs d'un important plan d'aide aux familles afin de freiner la dénatalité qui affecte le pays.
En 2009, le bilan provisoire reste toutefois en demi-teinte : alors que le gouvernement sortant veut mettre en avant la meilleure résistance du pays à la crise financière et économique internationale, le mécontentement diffus face à un chômage en hausse (autour de 9 %) et aux restrictions budgétaires se traduit surtout par une certaine désaffection des électeurs à l'égard des deux partis dominants. Après avoir reculé aux élections européennes de juin, derrière le PSD et au profit de la gauche non-socialiste, le PS.perd la majorité absolue des sièges aux législatives de septembre en recueillant 36,6 % des suffrages et 97 députés. Mais bien qu'obtenant 6 sièges de plus avec 81 députés, l'opposition de centre droit conduite par Manuela Ferreira Leite, stagne autour de 29 % des suffrages, ne parvenant pas non plus à convaincre les électeurs. La dispersion des voix profite au Bloc de gauche (9,9 % des suffrages et 16 députés) et à la droite représentée par le CDS-PP (10,5 % et 21 sièges) qui enregistrent tous deux les meilleurs scores de leur histoire tandis que le parti communiste rétrocède à la cinquième place. Alors que le président de la République assure le Premier ministre de sa coopération, les offres de dialogue sont écartées tant par le centre droit que par le Bloc de gauche et J. Sócrates forme un gouvernement minoritaire en octobre. Ce dernier est investi sans vote le 6 novembre après de vifs débats à l'Assemblée de la République sur son programme de relance, axé sur l'investissement public dans les grandes infrastructures, le soutien des PME, l'appui aux secteurs exportateurs, l'amélioration du marché du travail par un « pacte pour l'emploi » et le développement de l'économie sociale.
La politique extérieure du Portugal reste centrée sur l'approfondissement de l'intégration européenne : après le coup d'arrêt porté par les référendums français et néerlandais en 2005, la présidence portugaise de 2007 est marquée par l'adoption du nouveau traité constitutionnel (juin) et par la poursuite de la stratégie dite « de Lisbonne » pour la croissance et l'emploi, lancée lors de la précédente présidence portugaise, en mars 2000. D'autre part, le Portugal veut dynamiser la CPLP et renforcer ses relations bilatérales avec ses anciennes colonies : signature de quatre accords de coopération en 2008 avec l'Angola ; soutien apporté au processus de normalisation en Guinée-Bissau après le retour au pouvoir du président Vieira en 2005 ; accentuation de son aide au Timor-Oriental depuis son indépendance en 2002. Le Portugal porte également un intérêt croissant à la relance de la politique euro-méditerranéenne inaugurée à Barcelone en 1995, et à l'implication de l'UE dans le processus de paix au Proche-Orient.
Ayant sous-estimé la vulnérabilité économique du Portugal – avec une persistance de la récession, du chômage, de la dette publique et du déficit budgétaire – et écartant dans un premier temps l'appel à l'aide financière internationale, le Premier ministre J. Sócrates présente un nouveau plan de rigueur qui est cependant rejeté par le Parlement, ce qui l'incite à présenter sa démission en mars 2011 avant de se résoudre à solliciter l'assistance de l'UE et du FMI. Mais les élections législatives anticipées de juin se soldent par une nette défaite des socialistes (28 % des voix, en recul de 23 sièges) au profit du PSD qui obtient 38,6 % des suffrages et 108 sièges, le Bloc de gauche reculant également fortement avec seulement 5,1 % des voix. Alors qu'un mouvement de jeunes (étudiants, diplômés au chômage et travailleurs précaires) baptisée Geração à rasca (génération « à la traîne » ou « fauchée ») s'est mobilisé dans le pays depuis le mois de mars, ces résultats, révèlent aussi, outre la volatilité électorale, une certaine résignation et la défiance des Portugais comme en témoignent l'abstention (près de 42 %, la plus forte depuis 1975) et le vote blanc (2,6 %), la cure d'austérité étant la seule voie proposée pour sortir le pays de la crise. Prêt à respecter les conditions imposées dans le plan de sauvetage financier de 78 milliards d'euros autorisé par les ministres européens des Finances en mai, le PSD peut former avec le CDS-PP (11,7 % des voix et 24 sièges) un gouvernement de coalition majoritaire sous la direction de Pedro Passos Coelho, nouveau chef très libéral du PSD depuis 2010.
Alcobaça, Batalha, Belém, Braga, Coimbra, Évora, Guimarães, Lisbonne, Porto, Santarém, Setúbal, Sintra, Alvaro Siza.
Camões, F. de Morais, G. Vicente, Sá de Miranda.
Almeida Garrett, Castelo Branco, A. Herculano, J. M. Eça de Queirós.
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