
Chef de l'État : Horst Köhler
Chef du gouvernement : Angela Merkel
Nature de l'État : république à régime parlementaire
Constitution :
Adoption : 8 mai 1949
Entrée en vigueur : 23 mai 1949
Révision : août 1990
Institutions au niveau fédéral
Exécutif
Chef de l'État : président de la République
Chef du gouvernement : chancelier
Législatif
Le Parlement se compose du Bundestag et du Bundesrat.
L'Allemagne s'étend sur trois des grandes régions naturelles de l'Europe : les Alpes et leur avant-pays ; le Mittelgebirge européen (ou Europe hercynienne ou moyenne) ; la grande plaine du Nord. Mais les nuances sont nombreuses et les petites unités, innombrables : le morcellement physique qui caractérise le monde germanique a contribué au maintien des particularismes régionaux. Certes le Rhin traverse les trois régions, mais il n'a pas engendré de capitale comparable à Paris ou à Londres.
La diversité du relief est grande. Mis à part la plaine du Nord, les grandes unités de relief sont absentes. Le fractionnement en plateaux, bassins et vallées a contribué sans doute à la régionalisation. Le morcellement politique, sans aller jusqu'au déterminisme géographique, était favorisé par la nature physique. Il est impossible d'exprimer l'Allemagne fédérale à travers une forme de paysage dominante, comme c'est le cas pour les Pays-Bas. Trois types de paysages se partagent, du sud au nord, le territoire. L'Allemagne alpine est représentée par la Bavière, où la forme de plateau est prédominante. Elle ne dispose que d'un mince liséré des Préalpes calcaires. L'Allemagne moyenne (Mittelgebirge) prolonge la Bavière vers le nord et l'ouest. Une série de montagnes moyennes, séparées par des vallées et bassins, découpe le relief en unités qui s'articulent de manière fort diverse. Le passage au troisième type se fait par l'intermédiaire d'une zone où la pédologie joue un rôle aussi important que le relief. Le lœss fertile déroule un ruban presque continu d'ouest en est au pied des massifs montagneux. Il fait la transition avec la plaine du Nord, où la monotonie topographique est remplacée par la variété pédologique.
Ainsi l'Allemagne est formée de trois ensembles morphologiques diversifiés : zone alpine, zone hercynienne de la moyenne montagne, zone quaternaire de la grande plaine du Nord. L'artère fluviale maîtresse, le Rhin, traverse ces trois ensembles et contribue à les rapprocher, sinon à les unir sur le plan économique. L'originalité du Rhin vient de ce fait capital pour l'histoire et l'économie de l'Allemagne. Nul autre fleuve ne lui est comparable. L'Elbe n'atteint point le domaine alpin. Contrairement au Rhin, qui naît en Suisse alémanique, l'Elbe prend sa source en territoire slave. Quant à l'Oder, elle est encore plus slave que l'Elbe. Le Danube ressemble plus à l'Oder et à l'Elbe qu'au Rhin. Né en Allemagne du Sud, il traverse les pays magyar, slave et roumain, sans contribuer d'une manière dynamique à l'unification des espaces économiques. L'étude physique ne peut négliger ces quatre grands fleuves, d'autant plus qu'aucun n'a joué d'une manière permanente le rôle de frontière au cours de l'histoire. Cependant, leur rôle ne s'est accru qu'à une époque relativement récente, avec l'aménagement de grands axes fluviaux.
Zone longtemps répulsive, le littoral vaut surtout par ses nombreux et profonds estuaires. Il se prolonge vers l'intérieur par une plaine qui ne cesse de s'élargir. De 150 km à l'ouest, elle passe à près de 300 km à la hauteur de Kiel. La presqu'île du Jutland, qui la prolonge vers le nord, présente encore les mêmes paysages. Les indentations entre la mer et la terre sont, du fait des vicissitudes géologiques et des jeux de la marée, subtiles et complexes. Dollart, Jade, Weser Bucht, Kieler Förde, Lübecker Bucht, pour ne nommer que les principales, ont donné naissance à des activités multiples, montrant la prédominance des estuaires et des baies sur les portions de littoral basses et rectilignes. Le monde germanique septentrional a ses foyers les plus actifs dans ces régions.
L'ossature de la plaine du Nord est constituée par un socle de roches anciennes, qui a reçu, à l'époque primaire, une couverture sédimentaire où les formations salifères et gypseuses forment les éléments les plus originaux (mer du Zechstein). D'autres dépôts salifères datent du Permien. Des masses considérables de sédiments plus récents recouvrent ces couches salifères. Leur plasticité et les efforts tectoniques (phases saxoniennes) les ont amenées à la surface ou près de celle-ci. Les « dômes » salifères (Salzstöcke) sont fréquents de part et d'autre de l'Elbe inférieure. Sel et potasse sont d'exploitation relativement aisée. Le pétrole et le gaz naturel se trouvent dans les roches du Zechstein et du Crétacé. Après diverses phases tectoniques secondaires (saxoniennes), le Tertiaire est marqué par la formation de gigantesques bassins, qui, en partie, sont comblés par des débris végétaux, dont la carbonisation détermina la formation de lignite. Le gisement le plus important est localisé dans la « baie » de Cologne, autour du massif de la Ville. Ces gisements prennent une importance grandissante vers l'est, vers l'Allemagne orientale. C'est également au Tertiaire que s'individualise la dépression westphalienne, ou bassin de Münster. Un vaste compartiment du complexe varisque effondré est recouvert de roches crétacées, elles-mêmes recouvertes presque partout par des éléments des glaciations quaternaires. Les altitudes n'atteignent pas 200 m. Le drainage se fait vers le nord, mais aussi, par la Lippe, vers le Rhin, ce qui souligne les liens particuliers de la Westphalie avec le monde rhénan.
La fin du Tertiaire est marquée par un refroidissement de l'atmosphère, qui mène aux glaciations quaternaires. L'inlandsis scandinave, franchissant l'actuelle mer Baltique, recouvrait de sa masse gigantesque la plus grande partie de la plaine. Les avancées et les retraits successifs des glaciers déterminèrent la morphologie de détail, très complexe, de cette plaine. Les accumulations se firent devant le front glaciaire lors des périodes de stabilité. De vastes surfaces de sables (Geest) ont été aménagées par les eaux issues des glaciers. À l'arrière des moraines frontales, le glacier, après son retrait, découvre la moraine de fond constituée par des éléments hétérogènes. La nature des matériaux est très variable. Les moraines constituent souvent des barrages retenant les eaux de ruissellement ; elles ont donné naissance à des milliers de lacs, qui, par leur scintillement, égaient le paysage. On distingue trois grandes glaciations. La glaciation de l'Elster correspond à la glaciation alpine de Mindel ; celle de la Saale équivaut à celle du Riss ; la période de la Vistule correspond, enfin, à la glaciation du Würm.
La plaine est marquée par deux grands alignements morainiques. Le südlicher Landrücken, formant un vaste arc de cercle et englobant la Lüneburger Heide, est souligné, en contrebas, par une zone déprimée occupée par l'Aller et la Weser moyenne. Zone mal drainée, ce couloir transversal est le type de l'Urstromtal, où les eaux issues des glaciers s'accumulèrent avant de trouver une issue d'écoulement.
Le baltischer Landrücken date de la glaciation Vistule-Würm et présente des formes plus fraîches. La topographie est vallonnée ; le paysage de collines domine. Dans le Schleswig-Holstein, les alignements sont de direction nord-sud ; ils s'incurvent vers l'est en une direction ouest-est. La couverture forestière, la multitude de lacs, la variété topographique ont amené l'appellation de Holsteinische Schweiz pour la région située entre Kiel et Lübeck.
La pédologie, plus que la topographie et la morphologie, distingue les aspects naturels dans la plaine. Le paysan a introduit des distinctions fondées sur la nature physique des sols.
La Geest est le paysage des plaines ou plateaux de sables. Elle s'oppose à la Marsch (ou polder), ainsi qu'aux Moore (tourbières). La Geest a souvent été assimilée à la lande (Landes de Lüneburg). Pour les paysans des Marschen, la Geest signifie tout ce qui entoure la Marsch. Le paysage de Geest est particulièrement développé en Basse-Saxe. Les Moore se sont développées dans les dépressions fluviales ou à proximité de la mer. La genèse des tourbières est liée à celle des autres formes glaciaires. Si la Geest domine à l'est de l'Elbe, les tourbières, par contre, sont plus étendues à l'ouest de cette dernière. La plus grande (Bourtanger Moor) occupe 1 400 km2, dont 1 000 en Allemagne même, le reste dans les Pays-Bas. L'épaisseur de tourbe oscille entre 4 et 6 m, mais exceptionnellement peut atteindre 22 m. L'exploitation des tourbières passe par leur drainage. L'utilisation de la tourbe comme combustible a contribué à la mise en valeur de nombreuses tourbières. La colonisation agricole médiévale a réalisé la mise en cultures des zones essentiellement périphériques (Moorhufendörfer). Geest et Moor sont deux milieux physiques quasiment opposés. Alors que le premier souffre de la sécheresse, le second pâtit des excès d'humidité.
Le littoral est caractérisé par les plages de sable ou les Marschen. Ces dernières résultent de l'exhaussement des alluvions apportées à la mer par les fleuves littoraux. Constituées par le Schlick (slikke), où l'on retrouve argiles et sables, les Marschen subissent les assauts des tempêtes marines. Comme les polders, elles sont susceptibles d'être envahies par les plus hautes marées. Dès le Moyen Âge, les habitants ont entrepris la construction de digues ; rarement elles ont été insubmersibles. Les Seemarschen sont des polders littoraux. Le long des fleuves se déroulent les Flussmarschen (Elbe, Ems).
Le littoral est précédé par un chapelet d'îles (îles frisonnes orientales et septentrionales). Elles sont le reste d'un ancien littoral submergé lors de la remontée de la mer consécutive à la fonte des glaces quaternaires. Certaines sont d'anciens cordons dunaires qui ont résisté à la submersion. Les Halligen sont des portions d'anciennes Marschen démantelées par les eaux marines lors de leur invasion. Elles sont sans aucune défense, étant entièrement plates. Les tempêtes exceptionnelles les submergent partiellement ou totalement. Pour se protéger, les hommes ont construit leurs habitations sur des tertres artificiels appelés Warften, ou Wurten. Entre les îles et le continent, la Wattenmeer découvre deux fois par jour sur quelques kilomètres. Les chenaux de marée entaillent le Schlick, que les hommes essaient de rehausser en construisant des réseaux de piquets reliés par des fascines. Le milieu littoral et insulaire est un milieu rude, constamment confronté aux forces déchaînées de la nature, et où les caractères se trempent.
Les grands estuaires correspondent à des accidents structuraux. Leur ampleur est liée à la subsidence qui affecte la mer du Nord. L'île de Helgoland est la seule île rocheuse, composée de sédiments mésozoïques. La marée se fait sentir loin à l'intérieur des terres, jusqu'à Hambourg et Brême. L'envasement des estuaires a entraîné l'édification d'avant-ports et nécessite d'importants travaux de dragage pour permettre l'accès des grands navires à Hambourg et Brême.
En allant vers le sud, on traverse, tout d'abord, un ruban plus ou moins continu de sols lœssiques : les Börden. Les terroirs de lœss débutent aux environs d'Aix-la-Chapelle et se poursuivent jusqu'en Allemagne démocratique, se déroulant au pied des Mittelgebirge, à l'exception de quelques petites interruptions. Le lœss d'origine périglaciaire date des dernières glaciations. Les Börden les plus célèbres sont celles de Bergheim, Düren, Jülich à l'ouest du Rhin, Hanovre et Minden à l'est. Là se trouvent les grandes régions céréalières et betteravières (betterave à sucre).
La moyenne montagne ne présente pas un aspect continu et homogène. Le Massif schisteux rhénan est l'élément essentiel, mais offre des paysages variés. Il se fractionne, grâce au découpement dû aux vallées et, secondairement, à la nature des roches, en une série d'unités naturelles : Eifel, Hunsrück, Taunus, Westerwald, Siebengebirge, Bergisches Land, Sauerland, Siegerland. Les vallées entaillent profondément les massifs, ce qui n'exclut pas la formation de méandres pittoresques et grandioses. Moselle, Rhin, Lahn, Sieg, Wupper, Ruhr font affleurer les roches essentiellement schisteuses. Les sommets correspondent à des arêtes formées de roches plus dures, les quartzites. L'orogenèse hercynienne a été suivie par une phase de pénéplanation. L'altitude actuelle est le résultat de soulèvements inégaux datant du Tertiaire ; bien des compartiments ont vu continuer ces derniers jusqu'au début du Quaternaire. Les mouvements tertiaires ont été accompagnés d'effondrements et de manifestations volcaniques. Dômes, coulées basaltiques, plateaux de tufs ont déterminé les paysages souvent pittoresques de l'Eifel oriental, des Siebengebirge et du Westerwald. Rhön et Vogelsberg sont des constructions volcaniques, rappelant le Cantal. L'Eifel reste, peut-être, la région la plus originale. À côté des volcans, deux autres formes contribuent à l'originalité de ses paysages. Ce sont d'abord les Maare (régions de Daun et du Laacher See), dépressions circulaires provenant de l'effondrement et de l'explosion du socle schisteux. La plupart d'entre eux sont remplis d'eau et bordés d'un cratère constitué par des roches volcaniques non consolidées. En contrebas des Maare et volcans de l'Eifel oriental s'étendent, surtout dans le bassin de Neuwied, des masses énormes de tufs non consolidés, le Bims des géologues. Les tufs forment un tapis épais de plusieurs mètres. Des restes de civilisations préhistoriques ont été trouvés dans certaines couches. Le Bims constitue un matériau de construction (agglomérés) léger, résistant et bon marché. Son extraction donne lieu à une véritable industrie autour de Mayen et de Neuwied. La complexité morphologique contribue au pittoresque et à la variété des paysages, qui favorisent le développement touristique.
Les autres massifs anciens sont d'ampleur moindre. Le Harz, vu de la plaine du Nord, est comparable à une gigantesque île. Les sommets forment plus un plateau qu'une montagne. L'impression de relief procède, surtout, de l'encaissement des vallées. À l'origine, le massif était couvert d'un manteau forestier presque continu. La profonde minéralisation du socle explique la richesse et la variété des minerais (fer, étain, cuivre, argent, zinc, etc.). C'est le type du massif minier. L'extraction est relativement ancienne ; le Harz est évoqué, dès le Xe s., comme région minière. La prospérité survint au XVIe s. La mine s'appelle en allemand Bergwerk (« l'établissement dans la montagne »), et le mineur Bergmann. C'est ici que bien des aspects de la technique minière ont été mis au point, de même que des expressions du vocabulaire minier.
La Forêt-Noire est la réplique des Vosges. Plus élevée au sud, elle voit affleurer les roches cristallines dans le sud, les grès épais dans le nord. La lente descente de ces derniers est interrompue par le couloir d'effondrement du Kraichgau, importante zone de passage entre le fossé rhénan et le Wurtemberg.
Les surfaces gréseuses reprennent au nord et déterminent l'Odenwald, qui fait le lien avec les massifs entourant le Main.
Entre l'Odenwald et le Taunus se dessine une zone déprimée, la Wetterau. Bien encadrée par la montagne, elle est une des grandes voies de passage vers l'est et le nord (Hanovre, Hambourg, Berlin). C'est aussi un bon pays aux sols variés et riches et au climat favorable. Elle est un élément de la hessische Senke (dépression de Hesse), dont le socle triasique affaissé a été, en partie, recouvert par des formations tertiaires comprenant des lignites. L'évolution quaternaire a déterminé, localement, la formation de lœss. C'est dans les environs plus élevés, le hessisches Bergland, qu'est né le monde des gnomes (Zwerge) des frères Grimm.
Au sud-est, la basse Lusace offre le paysage typique de la moraine de fond, avec ses plaines de sable, ses drumlins, ses marais, donnant des terres froides et pauvres.
Entre l'Elbe et Berlin, le Fläming, plus élevé, plus sableux et plus sec, est couvert de bois de pins.
La vallée du Rhin présente, dans le monde hercynien, deux aspects. Dans le sud, le fossé rhénan est partagé entre la France et l'Allemagne fédérale. Encadré par deux blocs soulevés (Vosges et Forêt-Noire), il présente trois paysages qui se déroulent parallèlement au Rhin. La basse vallée, mal drainée, a vu la correction du cours d'eau dans la seconde moitié du XIXe s. Elle est dominée par une terrasse caillouteuse, la Hardt (ou Haardt), abandonnée à la forêt le plus souvent. Plus à l'est, l'aspect de plaine ondulée domine. Saupoudrée de lœss, elle n'est interrompue que par les cônes alluviaux dus aux cours d'eau issus des massifs tout proches. En bordure de la montagne, le troisième niveau est formé par les collines aux versants en glacis correspondant aux paquets de couches effondrées lors de l'élaboration du fossé. Celui-ci correspond à une zone de subsidence, dont le centre de gravité se situe dans le bassin de Mayence. Le pays des collines est marqué par le vignoble (Weinstrasse). Jadis, à l'époque de l'insécurité, le trafic passait le long de la bordure de la montagne, ce qui explique la vitalité de cette zone.
Le second aspect, plus grandiose, s'offre au passage du massif schisteux par le Rhin. La « trouée héroïque » de Bingen amène un rétrécissement de la vallée. Les restes de terrasses fluviales s'accrochent aux flancs schisteux dominés par la surface ondulée du plateau. À partir de Bonn, la vallée s'élargit, menant vers la grande plaine du Nord.
Le bassin de Souabe-Franconie appartient au monde hercynien. Il ne s'agit pas d'un bassin au sens topographique, mais seulement géologique. Sa forme quasi triangulaire est délimitée par le Danube au sud, le Main au nord et la Forêt-Noire à l'ouest. L'ensemble sédimentaire a été affecté par des accidents tectoniques qui ont déterminé les principaux reliefs actuels. Le fait marquant est une sorte de S gigantesque, partant des environs de Bamberg pour s'effacer sur les premiers contreforts de la Forêt-Noire. De Bamberg jusqu'au Ries, vaste dépression circulaire d'origine tectonique, la cuesta prend le nom de Jura de Franconie. Sa continuation vers l'ouest prend l'appellation de Jura souabe. Aux approches de la Forêt-Noire, elle dépasse 1 000 m d'altitude. Le Danube coule sur le revers de cette dernière. Les différences lithologiques, les tracés hydrographiques délimitent de petites unités naturelles qu'en Souabe on appelle Gau ou Gäu ; Klettgau, Strohgäu. Des buttes témoins, restes des plateaux précèdent les cuestas. Sur l'une d'elles, près d'Hechingen, se trouve le château des Hohenzollern, berceau de la célèbre dynastie. Pays des cuestas et des plateaux, le bassin de Souabe-Franconie est appelé Stufenland (Stufe = cuesta = côte).
Par ses altitudes, cette région fait transition avec la montagne moyenne. Plongeant vers le sud, elle fait aussi le raccord avec la troisième grande région morphologique de l'Allemagne fédérale : la zone alpine.
L'Allemagne ne possède qu'une mince frange de Préalpes calcaires du Nord. Elles culminent à la Zugspitze (2 963 m). Le paysage est grandiose, traduisant l'effort tectonique tertiaire. Des murailles calcaires dominent les vallées étroites. Les glaciers sont pratiquement absents de la partie allemande des Alpes. Par contre, au Quaternaire, ils ont sculpté des cirques, des replats, et surcreusé les vallées. Les lacs, même ceux du plateau, sont liés à la morphogenèse glaciaire. Malgré la petitesse de la frange alpine, trois nuances régionales peuvent être distinguées. Les Alpes de l'Allgäu sont axées sur le bassin de l'Iller. Les surfaces mollement ondulées correspondent aux affleurements argileux. Du nord au sud, molasse, flysch et calcaire déterminent des pentes de plus en plus fortes. Les calcaires ont été portés à plus de 2 000 m et sont découpés en arêtes et crêtes. Aux altitudes plus basses, les longues pentes douces favorisent les herbages, qui font l'originalité de l'Allgäu.
Les Alpes bavaroises, stricto sensu, sont limitées par le Lech à l'ouest et l'Inn à l'est. La montagne domine l'avant-pays par des versants abrupts, alors qu'à l'intérieur les paysages présentent plus de douceur. À l'est de l'Inn, les calcaires violemment plissés l'emportent et donnent des paysages sauvages et grandioses. Les vicissitudes tectoniques ainsi que le réseau hydrographique ont élaboré un quadrillage de vallées et dépressions qui ouvrent la montagne sur l'avant-pays. De ce fait, la mise en valeur a été précoce. La troisième nuance correspond aux Berchtesgadener Alpen, dont l'aspect tranche avec les régions précédentes. L'énorme masse de calcaires, plissée par la tectogenèse tertiaire, a été la proie de l'érosion. Les formes karstiques couvrent de vastes étendues (Steinernes Meer). Les sites grandioses rappellent les Alpes de Salzbourg toutes proches. C'est sur l'Obersalzberg, d'accès difficile, qu'Adolf Hitler avait établi sa retraite favorite, son « nid d'aigle ».
L'Allemagne est soumise à la fois aux influences maritimes (génératrices de dépressions) et continentales (anticyclones). En janvier, l'isotherme de 0 °C passe par Brême, Francfort et Munich. La Baltique est parfois couverte de glace ; le Mittelgebirge est souvent enneigé. Mais les perturbations d'origine atlantique peuvent pénétrer loin vers l'est et interrompre la rigueur du froid. En juillet, les isothermes s'orientent O.-S.-O./E.-N.-E. Il fait aussi chaud à Rostock que sur la côte normande. Les moyennes dépassent alors presque partout 18 °C. Les nuances sont surtout dues au relief : la vallée du Rhin connaît l'hiver quinze jours après les plateaux qui la dominent, mais le printemps y arrive deux semaines plus tôt ; au total, la période végétative est plus longue d'un mois.
Les montagnes jouent le rôle de châteaux d'eau pour les régions industrielles et urbaines voisines : le Harz reçoit 1 700 mm d'eau, la Forêt-Noire 1 900 mm. Les fréquentes inversions de température sont un obstacle au développement de cultures délicates.
Les nuances régionales sont importantes. Il gèle 65 jours par an à Hambourg ; les températures moyennes oscillent entre 0,3 °C (janvier) et 17,1 °C (juillet). Les précipitations s'élèvent à 750 mm réparties sur 198 jours par an. À Stuttgart, en position d'abri, les températures s'échelonnent de 1 °C (janvier) à 19,1 °C (juillet) ; on n'enregistre que 620 mm de précipitations. La Rhénanie possède une situation privilégiée : 510 mm de pluies à Mayence (toutefois 63 jours de gel) et l'ensoleillement favorise la vigne et l'arboriculture. Par son altitude (518 m), Munich est déjà une station de montagne. Janvier est cependant doux (1,3 °C) et juillet est modéré (17,8 °C) ; on enregistre 105 jours de gel, 904 mm de précipitations, mais 1 700 heures d'ensoleillement. L'économie forestière et herbagère y rencontre des conditions favorables.
La continentalité s'accroît vers l'est. L'amplitude thermique augmente : −0,7 °C en janvier et 18,2 °C en juillet sur les bords de la Spree où le mois le plus pluvieux est juillet, du fait des orages.
Les conséquences directes et indirectes de la Seconde Guerre mondiale sur la démographie de l'Allemagne – ramenée, en 1945, à ses frontières de 1937 (moins la Poméranie, la Prusse-Orientale et la Silésie) et divisée en quatre zones d'occupation (conférence de Potsdam, juillet-août 1945) – sont considérables. Les pertes militaires sont estimées à 3,8 millions de soldats, les pertes civiles à 2 millions de morts. Enfin, 2 millions de Juifs allemands ont été exterminés. Exode, expulsions, rapatriements de déportés et de prisonniers de guerre entraînent, dans l'immédiat après-guerre, un immense chassé-croisé de populations qui provoque un véritable chaos sur les routes d'Allemagne. Ces mouvements de va-et-vient perdurent jusqu'à la création, en 1949, des deux États allemands, la République démocratique allemande (R.D.A.) et la République fédérale d'Allemagne (R.F.A.). La R.F.A. a alors recueilli près de 8 millions d'expulsés et la R.D.A., quelques centaines de milliers.
En 1949, la R.F.A. compte près de 50 millions d'habitants, la R.D.A., 18,8 millions. À partir de cette date, et jusqu'en 1970, les deux pays connaissent une évolution radicalement opposée. La R.F.A. vit une véritable explosion démographique liée à l'arrivée de nombreux réfugiés en provenance de la R.D.A. (2,5 millions de 1950 à 1961) puis à celle, voulue et organisée, de travailleurs étrangers (ils sont 1,3 million en 1965), sans compter un important accroissement naturel. Au total, sa population s'accroît, en vingt ans, de 11 millions d'habitants. À l'inverse, la R.D.A. est victime d'une véritable hémorragie : en quinze ans, elle a perdu 1,8 million de personnes, soit 10 % de sa population d'origine, malgré un excédent naturel plus élevé qu'à l'Ouest.
La chute de la natalité, amorcée dans les deux États allemands dès le milieu des années 1960, se poursuit jusqu'en 1975, provoquant un déficit naturel qui perdure, en R.F.A., jusqu'à la fin des années 1980 : le taux de natalité oscille alors autour de 10 ‰ quand le taux de mortalité avoisine les 12 ‰, tandis que l'espérance de vie ne cesse de croître. La chute de la fécondité s'accompagne d'un effondrement de la nuptialité et d'un accroissement du nombre des femmes célibataires en R.F.A.
Désireuse de remédier au déficit naturel enregistré par le pays entre 1970 et 1975, la R.D.A. met en œuvre une politique nataliste qui porte rapidement ses fruits et induit des comportements sociaux différents. Ainsi, de 1977 à 1989, le solde naturel redevient excédentaire, le taux de natalité, d'environ 14 ‰, étant légèrement supérieur au taux de mortalité, pourtant relativement élevé (autour de 13 ‰) à la suite du vieillissement de la population. Les Allemands de l'Est se marient alors plus facilement et plus précocement que les Allemands de l'Ouest afin de bénéficier des avantages offerts par l'État. À l'inverse, les divorces et les naissances hors mariage y sont plus nombreux. Au total, en vingt ans, la R.F.A. et la R.D.A. enregistrent un déficit cumulé des décès sur les naissances de plus de 2 millions.
La fin de la R.D.A. est précipitée par un mouvement migratoire dépassant, par son ampleur, les départs qui précèdent la construction du mur de Berlin en 1961 : ainsi, en 1989, près de 350 000 Allemands de l'Est passent à l'Ouest après avoir transité par la Hongrie et la Tchécoslovaquie ou, tout simplement, par la Représentation permanente de la R.F.A. à Berlin-Est. Ils sont encore 300 000 à quitter la R.D.A. en 1990. Le chancelier Helmut Kohl s'engage, dès lors, sur la voie d'une union économique et monétaire avec la R.D.A. (juillet 1990) afin de dissuader les Allemands de l'Est de quitter leur pays. Quelques mois plus tard (octobre 1990), l'unification politique de l'Allemagne est réalisée : le pays compte alors, sur le territoire de l'ancienne R.F.A., 63,2 millions d'habitants et sur celui de l'ex-R.D.A., à peine plus de 16 millions d'Allemands.
Dix ans plus tard, l'Allemagne réunifiée dépasse la barre des 82,2 millions d'habitants. Cette croissance démographique résulte, principalement, d'un solde migratoire positif lié à l'arrivée de nouvelles vagues d'étrangers (Polonais, Yougoslaves, Croates…), mais aussi d'Allemands de souche (ceux que la statistique allemande appelle Aussiedler, pour les distinguer des Übersiedler, terme réservé jusqu'en 1990 aux citoyens de la R.D.A. venus s'installer en R.F.A.) en provenance des pays issus de l'ex-Union soviétique. La population ne cesse de croître dans les Länder de l'Ouest, à l'exception de Berlin, de Brême et de la Sarre. En revanche, elle diminue dans les nouveaux Länder de l'Est, sauf dans le Brandebourg. Celui-ci bénéficie, en effet, de la proximité et du renouveau de la capitale, Berlin, qui abrite, depuis 1999, la plupart des instances fédérales (le Bundestag, la chancellerie, les ministères, etc.).
En 1997, avec un taux exceptionnel de 9,9 ‰, le nombre des naissances croît de 2 % par rapport à l'année précédente. Le solde naturel, toutefois, reste négatif, le pays enregistrant un excédent de 48 200 décès par rapport au nombre de naissances (taux de mortalité de 10,5 ‰). En 1999, le taux de natalité retombe à 9,3 ‰, tandis que le taux de mortalité évolue peu (10,3 ‰). Le taux de natalité chute fortement dans les nouveaux Länder, où la crise de l'emploi et du logement, générée par le passage rapide d'une économie planifiée à une économie de marché, conduit la population à différer mariages et naissances. Sur 100 enfants nés en Allemagne en 1997, 87 sont allemands et 13 de nationalité étrangère. À l'inverse de la population nationale, les immigrés, qui connaissent une plus forte vitalité démographique, présentent un excédent de 93 500 naissances.
Sur les 82,1 millions d'habitants que compte aujourd'hui l'Allemagne unifiée, 91 % sont allemands et 9 % (soit 7,3 millions) étrangers. Parmi ces derniers, le plus fort contingent est représenté en 2000 par la population turque (celle-ci a toutefois diminué, passant de 2,1 millions de personnes en 1997 à moins de 2 millions en 2000, 2,5 % de la population totale) ; viennent ensuite les Yougoslaves (Serbes et Monténégrins), au nombre de 662 000, puis les Italiens (619 000), les Grecs (365 000), les Polonais (301 000), les Croates (216 000), les Bosniaques (190 000), les Autrichiens (187 000), etc. Au total, près d'un quart de la population étrangère résidant en Allemagne est constitué par des ressortissants de l'Union européenne. L'immense majorité des étrangers (97 %) est domiciliée à l'Ouest (ils sont moins de 200 000 à vivre dans les nouveaux Länder), le plus souvent dans les grandes villes (Francfort, Munich, Cologne…), où ils représentent entre 15 et 20 % de la population. La moitié d'entre eux réside en Allemagne depuis plus de dix ans, et près d'un tiers depuis plus de vingt ans. Si le nombre des naturalisations a varié entre 1973 et 1989 entre 20 000 et 30 000 par an, il a déjà dépassé les 100 000 en 1990. Une loi favorise en 1993, sous certaines conditions, l'accès à la nationalité allemande. Signe témoignant d'une évolution significative : lors des élections fédérales de 1998, 150 000 Allemands d'origine turque peuvent voter, constituant ainsi, pour la première fois, un enjeu électoral pour les partis politiques. Le nombre des naturalisations passe à 143 000 en 1999 et 186 000 en 2000. Mais c'est en mai 1999 que l'Allemagne connaît, en matière de législation sur les étrangers, son évolution la plus radicale : elle abandonne alors le droit du sang comme mode exclusif d'acquisition de la nationalité allemande à la naissance : depuis le 1er janvier 2000 est allemand à la naissance tout enfant né de parents étrangers dont l'un d'eux réside de façon habituelle depuis au moins huit ans en Allemagne, à charge pour l'enfant binational d'opter entre l'âge de 21 et 23 ans pour l'une ou l'autre nationalité. Le droit allemand continue, en effet, de rejeter le principe de la double nationalité, sa tolérance étant à la discrétion de l'Administration : deux millions d'Allemands posséderaient effectivement la double nationalité. Pour les étrangers résidant en Allemagne depuis au moins huit ans, la naturalisation peut être obtenue à la double condition de maîtriser suffisamment la langue allemande et de manifester son attachement à la Constitution. En mars 2002, le gouvernement Schröder a fait voter, dans des conditions qui restent controversées, une loi sur l'immigration fondant celle-ci sur le principe de quotas en fonction des besoins du pays et sur l'intégration de la population étrangère résidant déjà en Allemagne.
Alors qu'elle n'avait eu à accueillir qu'un million d'Allemands de souche en une quarantaine d'années (1950-1989), l'Allemagne en a accueilli depuis la chute du Mur près de 2 millions. De 377 000 nouvelles arrivées en 1989, leur nombre est passé à 134 000 en 1997 et est, depuis 1999, inférieur à 100 000. La quasi-totalité d'entre eux sont originaires des pays de l'ex-U.R.S.S., pour l'essentiel et à parts à peu près égales, de la Fédération de Russie et du Kazakhstan. Quelques centaines seulement viennent de Roumanie et de Pologne. Cette baisse résulte d'une politique délibérée des autorités publiques visant à canaliser ce flux sans chercher toutefois à le tarir entièrement. Compte tenu de leur importance numérique (les Allemands de souche, susceptibles de venir s'installer en Allemagne, étaient estimés, en 1989, à 1,8 million en U.R.S.S., 900 000 en Pologne, 300 000 en Roumanie et 200 000 en Hongrie), le gouvernement fédéral préfère verser directement aux populations intéressées une aide financière afin de les dissuader de quitter leur pays d'origine. Autre élément dissuasif : l'introduction, dans la procédure de reconnaissance du statut d'Aussiedler, d'un test préalable de langue allemande. Depuis 1997, le gouvernement fédéral cherche à répartir les Allemands de souche, souvent perçus comme des étrangers, dans tous les Länder, proportionnellement à l'importance de leur population : 50 % des Aussiedler sont ainsi dirigés vers les trois Länder les plus peuplés (Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Bavière et Bade-Wurtemberg), 20 % vers les nouveaux Länder.
Avec l'ouverture des frontières dans l'ancienne Europe de l'Est, l'Allemagne se retrouve confrontée, en 1991, à 256 000 demandes d'asile politique, puis à 438 000 l'année suivante, en vertu de l'article 16 de la Constitution : « Toute personne persécutée jouit du droit d'asile. » En 1993, l'annonce d'une législation plus restrictive fait tomber leur chiffre à 322 000, soit près de 70 % de toutes les demandes d'asile enregistrées dans les pays de l'Union européenne (26 500 en France). La nouvelle législation et la coordination au niveau européen ont pour effet de limiter leur nombre, qui passe progressivement de 135 000 en 1994 à environ 100 000 en 1997. Mais, en 1998, plus de 140 000 Albanais du Kosovo, fuyant le conflit avec la Serbie, ont demandé l'asile en Allemagne. En 1992, les candidats sont surtout originaires de la Roumanie et de la Yougoslavie (Serbie/Monténégro) ; en 1997, ils viennent principalement de Turquie (conflit avec les Kurdes), de Yougoslavie, d'Iraq et d'Afghanistan.
Pour pouvoir modifier, en 1993, la législation très libérale concernant le droit d'asile – née de l'expérience faite, à travers le monde, par les antifascistes allemands durant la période hitlérienne –, le gouvernement fédéral fait valoir que l'afflux de réfugiés est à l'origine des violentes manifestations xénophobes qui secouent alors le pays (incendies criminels de foyers pour demandeurs d'asile ou de maisons occupées par des étrangers).
Depuis le début des années 1990, la politique des gouvernements qui se sont succédé au niveau fédéral en matière de droit des étrangers a consisté à favoriser l'intégration des étrangers établis en Allemagne et à restreindre l'arrivée de nouveaux immigrés, réfugiés ou Allemands de souche, tout en maintenant une politique d'immigration destinée à compenser le déficit démographique naturel du pays et à répondre à ses besoins en main-d'œuvre qualifiée.
La population a commencé à décroître en Allemagne, en raison d'une fécondité parmi les plus faibles du monde (de l'ordre de 1,3 enfant par femme en 2007), et malgré l'afflux de l'immigration, et elle ne cesse de vieillir : ainsi, en 2009, les Allemands âgés de 60 ans et plus représentaient plus de 25 % de la population, les jeunes de moins de 15 ans, seulement 13 %. Avec un âge médian de 44 ans, la population de l'Allemagne est la deuxième la plus âgée du monde, après celle du Japon. L'espérance de vie est, en outre, très élevée (81 ans pour les femmes et 75 ans pour les hommes).
Pays de villes et de résidences du fait de sa longue tradition fédérale, l'Allemagne est à la fois densément peuplée et fortement urbanisée, un tiers des habitants environ résidant dans des villes de plus de 100 000 habitants. Si Berlin est la plus grande du pays, d'autres agglomérations telles que Hambourg, Munich, Cologne, Düsseldorf et Francfort la dépassent par leur importance économique et commerciale et ont un rayonnement culturel équivalent. Il convient d'ajouter la concentration industrielle de la Ruhr, avec Duisburg, Essen, Bochum et Dortmund. Depuis le déménagement en 1998 des institutions fédérales de Bonn à Berlin, cette dernière a gagné en rayonnement culturel et attire davantage de touristes et de créateurs que par le passé.
Pendant plus d'un siècle, la puissance économique allemande a reposé sur le charbon et l'acier puis, ultérieurement, sont venues s'ajouter les industries chimiques et électriques. L'extraction de la houille commence en 1838 à proximité d'Essen, dans la Ruhr. Très vite, celle-ci devient, grâce à la qualité de son charbon et à ses facilités d'exploitation, la principale région houillère, avec une production de 12 millions de tonnes en 1870 (soit presque autant que la France…) sur un total de 26 millions, les autres régions d'extraction étant alors la Sarre, le bassin d'Aix-la-Chapelle, la Saxe et la Silésie. Mais l'Allemagne se situe encore loin derrière la Grande-Bretagne (110 millions de tonnes) et les États-Unis (42 millions de tonnes). En association avec le minerai de fer du Siegerland et de la Silésie se développe une puissante industrie sidérurgique, symbolisée par l'entreprise Krupp, basée à Essen, qui produit alors la moitié de l'acier allemand.
Alors que l'union douanière (Zollverein) créée à l'initiative de la Prusse en 1834 a permis l'unification économique des États germaniques (à l'exception de l'Autriche), l'unité politique forgée par Bismarck au profit de la Prusse ouvre la voie à un essor sans précédent de l'économie allemande. Celle-ci intervient tardivement par rapport aux autres grandes puissances européennes, mais avec d'autant plus de vigueur que l'Allemagne bénéficie alors d'un apport massif de capitaux grâce au tribut de guerre payé par la France (5 milliards de francs-or en 3 ans). Le pays connaît, très rapidement, une interpénétration considérable entre les entreprises industrielles et les banques d'affaires, ainsi qu'une forte tendance à la concentration, de type vertical dans le charbon et l'acier (Krupp, Stinnes, Thyssen, Haniel, de Wendel), secteurs où se constituent également cartels et ententes, de type horizontal dans la chimie, rapidement dominée par trois grands groupes (Bayer, Hoechst, puis BASF), et dans l'électricité (Siemens, Schuckert, AEG).
Mais c'est pendant le IIe Reich (1871-1918) que l'Allemagne connaît sa plus forte expansion économique sous la triple impulsion de la croissance démographique, des progrès techniques et scientifiques et du commerce mondial. Pays relativement pauvre en ressources naturelles, hormis le charbon, l'Allemagne est contrainte d'importer une grande partie des matières premières que ses industries transforment en produits finis ou semi-finis. Son développement économique va de pair avec une politique coloniale agressive (Weltpolitik), qui la met en conflit avec ses principaux concurrents européens, la Grande-Bretagne et la France. À la veille de la Première Guerre mondiale, l'Allemagne est devenue le 3e producteur mondial de charbon, le 2e producteur d'acier (derrière les États-Unis mais, désormais, devant la Grande-Bretagne) et la 2e puissance commerciale (12 % du commerce mondial), derrière la Grande-Bretagne (14 %). Des liens très étroits unissent l'industrie allemande et la politique d'expansion militaire jusqu'en 1945.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne est un champ de ruines, mais la guerre a davantage détruit les logements et les réseaux de communication que l'outil de production. L'économie y est donc plus désorganisée qu'anéantie. La situation est toutefois très dissemblable à l'Ouest et à l'Est lors de la naissance des deux États allemands, en 1949.
En Allemagne de l'Est, les démontages d'usines pratiqués par l'Union soviétique au titre des réparations de guerre ont davantage réduit le potentiel industriel est-allemand que les destructions dues au conflit mondial. De même, les lourds prélèvements effectués sur la production courante ont longtemps entravé le renouveau économique de la R.D.A.
Coupée, en raison de l'arbitraire des frontières de Potsdam, de ses zones d'approvisionnement et de ses débouchés traditionnels, la R.D.A. pratique, dans un premier temps, une politique d'accumulation destinée à doter le pays en industries lourdes, au détriment de la consommation et, de ce fait, au prix d'un mécontentement croissant de la population (révolte ouvrière de juin 1953, vagues de fuites jusqu'en 1961). Ce n'est qu'après la stabilisation économique induite par la construction du mur de Berlin, en 1961, et l'assouplissement du système de planification étatique qu'un « miracle économique » est-allemand se produit, à son tour, au tournant des années 1960-1970. Ayant changé ses priorités, après l'arrivée au pouvoir d'Erich Honecker, en 1971, la R.D.A. s'endette pour maintenir, dans quelques secteurs de pointe (chimie, électronique), sa renommée internationale et garantir une consommation qui reste, néanmoins, toujours insuffisante aux yeux de la population. Intégrée dans le Comecon, la R.D.A. voit 70 % de ses exportations absorbés par les pays du bloc communiste. En contrepartie, elle bénéficie, du moins jusqu'aux chocs pétroliers des années 1970, de livraisons de pétrole soviétique à des tarifs préférentiels. Classée, dans le courant des années 1980, parmi les 10 premières nations industrielles du monde, sa réussite est fondée sur une bonne part d'illusions et sur des chiffres délibérément gonflés. En 1989, la moitié des équipements industriels a plus de dix ans d'âge et 21 %, plus de 20 ans (contre seulement 5 % en R.F.A.). La productivité du travail dans l'agriculture comme dans l'industrie n'atteint pas 60 % du niveau ouest-allemand. Quand survient la révolution pacifique de l'automne 1989, la R.D.A. est au bord de l'effondrement économique et financier.
En Allemagne de l'Ouest, en revanche, les Alliés occidentaux adoucissent rapidement leur plan de réparations pour s'orienter, dans le contexte de la guerre froide, vers une politique d'aide et de développement économique (plan Marshall et réforme monétaire, 1947-1948). Possédant l'essentiel du potentiel industriel et énergétique de l'Allemagne hitlérienne, la R.F.A. a alors pour vocation de devenir la vitrine d'un capitalisme rénové à la faveur de l'« économie sociale de marché » prônée par Ludwig Erhard, père du « miracle économique » allemand. Le redressement de l'économie ouest-allemande est en effet spectaculaire : ainsi, entre 1950 et 1963, le P.N.B. passe de l'indice 100 à l'indice 256 (en prix constants). Dès 1959, la R.F.A. est la deuxième puissance commerciale du monde, loin derrière les États-Unis, mais devant la Grande-Bretagne, la France, le Japon et l'Union soviétique. Intégrée dans le Marché commun, la R.F.A. reste cependant ouverte à la concurrence mondiale.
Première puissance économique européenne, l'Allemagne est le pays qui contribue le plus au budget de l'Union européenne. La globalisation de l'économie mondiale a entraîné une vague de fusions qui ont amplifié une concentration déjà traditionnellement forte (mondialisation). Si le commerce extérieur allemand reste un important moteur de la croissance pour le pays (classé deuxième derrière les États-Unis) et dégage régulièrement un solde positif, la part des exportations allemandes dans le monde n'a cessé de diminuer depuis 1991, la part des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France restant à peu près constante. C'est que la production industrielle continue de représenter l'essentiel de ses exportations (près de 90 %). De plus, l'Allemagne unifiée n'a pas procédé à la réorientation de son commerce extérieur. Si elle est devenue le premier fournisseur de la plupart des pays d'Europe centrale et orientale, elle effectue toujours l'essentiel de son commerce avec ses voisins européens (plus de 50 %) et les pays de l'O.T.A.N. (plus de 70 %).
L'Allemagne continue d'exceller dans les secteurs classiques de moyenne technologie que sont l'automobile et la construction mécanique, mais se révèle être peu innovatrice dans les secteurs de pointe que constituent les nouvelles technologies de la communication et les biotechnologies, ou même dans des domaines qu'elle maîtrisait davantage auparavant comme les industries électrotechniques et optiques. Elle exporte donc beaucoup, mais des produits qui sont moins riches en valeur ajoutée, ce qui limite la capacité du commerce extérieur à tirer durablement la croissance allemande alors que la demande intérieure reste atone. De l'ordre de 11 % en 1997 (soit plus de 4 millions de chômeurs), le taux de chômage a connu un pic, le nombre de chômeurs atteignant 5 millions en 2005, puis a commencé ensuite à baisser, avec 3,776 millions en 2007, pour passer sous de la barre des 3 millions en 2008 (7,1 % de la population active), soit le taux le plus bas depuis seize ans. Le chômage a remonté au début de l'année 2009, avec 3,48 millions de chômeurs, soit 8,3 % de la population active. Ce taux de chômage est nettement supérieur à l'Est par rapport à l'Ouest.
Par ailleurs, l'introduction de l'euro le 1er janvier 2002 s'est effectuée comme dans les autres pays de la zone euro sans heurts.
L'Allemagne subit encore les contrecoups des efforts entrepris pour combler le retard des Länder issus de l'ancienne R.D.A. La réunification de l'Allemagne, en 1990, laissait craindre aux pays voisins et alliés de la R.F.A. le poids d'une économie allemande renforcée par l'arrivée des nouveaux Länder de l'Est, perçus comme autant de têtes de pont devant permettre à un capitalisme allemand triomphant de conquérir de nouveaux marchés en Europe centrale et orientale. Une telle ouverture vers la Mitteleuropa ne pouvait donc que compromettre la politique d'intégration européenne suivie jusqu'alors par les autorités ouest-allemandes. Ces craintes, cependant, n'ont pas été confirmées par les faits.
La mise à niveau des nouveaux Länder apparaît en effet beaucoup plus longue et difficile que prévu. Ces derniers – qui ne participent qu'à hauteur de 5 % à la production industrielle de l'Allemagne et à ses exportations et ont perdu 40 % des emplois existant en 1989 – constituent encore, comme les autres pays d'Europe centrale et orientale, une région en régime de transition. De lourds investissements privés et d'importants transferts annuels de l'Ouest vers l'Est ne sont pas restés sans effet, mais ils n'ont pas suffi à créer dans les Länder orientaux une dynamique économique suffisante : la consommation des ménages et de l'État ainsi que les investissements y dépassent, en valeur, de 40 % la production régionale. Au moins les entreprises du secteur manufacturier ont-elles modernisé leurs équipements à défaut de leurs bâtiments et sont de plus en plus concurrentielles sur les marchés ouest-allemand, européen et mondial. Une politique volontariste de modernisation et de développement des réseaux routier, autoroutier, ferroviaire et fluvial a également amélioré leur accès au marché. La productivité du travail par rapport à celle de l'Ouest est passée de 1991 à 2000 de 42 % à 69 %. Les salaires varient, selon les branches, entre 60 et 80 % des salaires occidentaux. Ce qui fait le plus défaut aux nouveaux Länder, ce sont des entreprises de grande taille ayant leur siège social à l'Est et capables d'alimenter les petites et moyennes entreprises nécessaires à la reconstitution d'un tissu industriel et social. Les activités de service autres que de proximité restent également sous-développées à l'Est.
Confrontée à la mondialisation de l'économie suscitée par la chute des régimes communistes, l'ouverture de la Chine au marché, la suppression d'un grand nombre d'entraves à la liberté du commerce international et la révolution technologique dans l'information et la communication, l'Allemagne s'interroge au début des années 1990 sur sa capacité, d'une part, à rester concurrentielle sur les marchés mondiaux, et, d'autre part, à attirer les investisseurs étrangers. Notamment, les coûts du travail figurent parmi les plus élevés du monde (de 25 à 30 % supérieurs aux coûts du travail en France). Malgré un réel danger de perdre des emplois, l'Allemagne reste, selon les secteurs, un site attractif, en particulier dans les domaines de l'industrie automobile, des machines-outils et de l'industrie chimique.
En réaction au phénomène de globalisation, l'Allemagne connaît, dans le courant des années 1990, une vague de fusions dont les objectifs principaux sont de réduire les coûts par effets de synergie et d'améliorer le positionnement des entreprises nationales sur le marché mondial. En 1997, Krupp et Thyssen fusionnent leur production d'acier, devenant ainsi le plus grand konzern sidérurgique en Europe (3e rang mondial). Dans le domaine du commerce de gros, Metro reprend Allkauf en 1997, et Schickedanz (Quelle) porte à 48 % sa participation au capital de la société Karstadt. Dans les assurances, Allianz reprend les A.G.F. (France), tandis que Victoria/DAS et le groupe Hamburg-Mannheimer/DKV forment, désormais, le deuxième assureur allemand, sous le nom de Ergo. Dans l'automobile, Daimler-Benz fusionne, en 1998, avec Chrysler (États-Unis) : il s'agit de l'une des plus grandes fusions de l'histoire économique (Chrysler a été revendu en 2007). En 2009, Volkswagen devient propriétaire de Porsche (le Land de Basse-Saxe, qui détient 20 % de la société, conserve sa minorité de blocage et un droit de veto et l'émirat du Qatar devient un actionnaire de référence ; le nouveau groupe va compter dix marques, dont Audi, Bentley, Bugatti, Skoda, Seat et Lamborghini). Dans le secteur bancaire, enfin, la Bayerische Vereinsbank constitue, depuis 1998, avec la Bayerische Hypo-Bank, le deuxième groupe bancaire d'Allemagne.
L'évolution de l'Allemagne vers une société de services a été plus lente que dans les autres pays occidentaux. Au début des années 1980, le secteur industriel employait encore 43 % de la population active et contribuait à hauteur de 41,6 % au P.I.B. Sa part a, depuis, notablement diminué, au profit des services. L'Allemagne n'est donc plus la société industrielle qu'elle était encore dans les années 1950-1970, quand le secteur secondaire fournissait jusqu'à 50 % au P.I.B. Cependant, la part des emplois tertiaires continue d'être moins importante en Allemagne qu'aux États-Unis, en Grande-Bretagne ou en France.
L'agriculture allemande qui employait encore 1,77 million de personnes en 1991, n'en comptait plus que 1,24 million en 1997 et moins d'un million en 2000. Cette chute très forte des effectifs s'explique à l'Est par la restructuration de l'agriculture qui a suivi l'unification (beaucoup de salariés des coopératives agricoles ont refusé d'assumer les risques de la privatisation et ses conséquences prévisibles sur leur rythme de vie) et à l'Ouest par la désaffection du travail à la ferme, en particulier dans les petites exploitations de type familial. Alors que les grandes exploitations continuent de dominer à l'Est, dans la tradition des grands domaines des hobereaux prussiens puis des coopératives agricoles socialistes, l'évolution vers des exploitations plus grandes est plus récente à l'Ouest, mais elle se confirme. En 2000, l'ensemble de l'Allemagne comptait 534 000 exploitations agricoles (dont plus de 300 000 faisant l'objet d'une activité à temps partiel). Un peu plus de 30 % d'entre elles ne dépassent pas 5 ha et 4,2 % seulement font plus de 100 ha. La surface agricole utilisée reste constante (17,16 millions d'hectares contre 28,3 en France). La valeur ajoutée de la production agricole, forestière et piscicole est également restée, en prix de 1995, à peu près constante depuis 1999, soit 1,3 % du P.N.B.
La houille et le lignite constituent encore la première source d'énergie intérieure. La houille a perdu de son importance bien qu'elle continue à être extraite, notamment dans la Ruhr. Le lignite connaît une situation différente : les exploitations à ciel ouvert de la Saxe et du Brandebourg ont été fermées ou rationalisées compte tenu de la haute teneur en soufre du minerai ; celles de Rhénanie, en revanche, continuent de se développer. Les réserves allemandes sont estimées à 80 milliards de tonnes, dont 10 milliards exploitables à ciel ouvert. Ce combustible, qui passait, à l'époque de la R.D.A., pour le pétrole du pauvre, est en passe de devenir, dans l'Allemagne unifiée, le substitut du nucléaire. Le démantèlement progressif du parc de centrales nucléaires rend le pays dépendant de l'étranger pour le reste de son approvisionnement énergétique. Deux gazoducs permettent notamment l'arrivée de gaz en provenance de Russie, gaz qui représente la moitié de la consommation totale du pays.
L'industrie est la base de la puissance allemande. De tradition ancienne, elle a été stimulée au XIXe s. par la présence de charbon (dans la Ruhr) et par les initiatives de quelques hommes (Krupp, Siemens, Bosch, Daimler, Thyssen, Mannesmann, Grundig) qui ont créé de puissants groupes privés (Konzerns) bénéficiant précocement d'économies d'échelle.
La sidérurgie allemande a fortement souffert de la crise qui affecte l'ensemble de ce secteur en Europe depuis le début des années 1960. La production d'acier cumulée de la R.F.A. et de la R.D.A. est ainsi passée de 59 millions de tonnes en 1974 à 49 millions en 1989. Elle a continué de chuter jusqu'en 1993, avant de renouer avec la croissance, pour atteindre 47 millions en 2006. L'Allemagne s'est spécialisée dans les aciers de haute technologie, donc à forte valeur ajoutée, qu'elle produit dans la Ruhr, mais aussi dans les anciens grands centres sidérurgiques de l'Est (Brandebourg et Saxe). Les chantiers navals allemands ont également connu une phase très difficile de restructuration à la suite de l'unification. En 2006, l'Allemagne se plaçait au 7e rang mondial.
L'industrie textile est confrontée à des problèmes similaires de restructuration. En 1962, elle employait, en R.F.A., près de 600 000 salariés ; en 1993, l'Allemagne unifiée n'en comptait plus que 217 000, et le déclin se poursuit. Pour faire face à la concurrence asiatique, les entreprises allemandes ont investi dans les produits de haute technologie, mais elles ont également procédé à des délocalisations. Dans le secteur de la confection, l'Allemagne importe près de quatre fois plus, en valeur, qu'elle n'exporte.
L'Allemagne est le 3e producteur mondial d'automobiles avec plus de 5,7 millions de véhicules particuliers et utilitaires en 2007. Dépassée par le Japon et par la Chine, elle devance aisément les États-Unis, la Corée du Sud et la France. L'Allemagne exporte 60 % de sa production, ce qui fait d'elle le 2e exportateur mondial d'automobiles, derrière le Japon mais devant la France. L'activité est désormais répartie sur plusieurs régions : Volkswagen/Audi en Basse-Saxe, en Bavière et en Saxe, Daimler-Benz et Opel en Souabe, dans le pays de Bade et dans la Ruhr, BMW en Bavière, Ford en Rhénanie. Dans le reste du monde, l'industrie automobile allemande produit, dans une quarantaine de sites différents, 3,1 millions de véhicules en tous genres.
La chimie (470 000 emplois et 110 milliards d'euros de chiffre d'affaires, dont près de 70 % à l'exportation) bénéficie de longue date d'une notoriété mondiale et reste un fleuron de l'économie allemande. Elle occupe respectivement le troisième et deuxième rang pour le volume d'affaires et les exportations. Les PME-PMI représentent 90 % des entreprises du secteur. Les principaux établissements, BASF (à Ludwigshafen), Bayer (à Leverkusen) et Hoechst (à Francfort), qui réalisent 65 % du chiffre d'affaires du secteur et représentent 65 % de l'emploi, sont tous issus de la dissolution du géant IG Farben, le colosse chimique du Troisième Reich. Très active dans les fusions et acquisitions internationales (ainsi, récemment, Rhône Poulenc et Hoechst ont donné naissance à Aventis), la chimie assure une très large gamme de produits de qualité : plastiques, produits phytosanitaires, pharmacie, colorants, supports magnétiques, etc.
Environ 30 % de la production (produits industriels essentiellement) sont exportés (dont plus de la moitié vers les partenaires de l'Union européenne). Ce taux, exceptionnellement élevé compte tenu de l'importance du marché intérieur, permet de compenser le traditionnel déficit de la balance des services (investissements à l'étranger, solde négatif du tourisme).
L'Allemagne reste le premier exportateur mondial, mais elle est talonnée par la Chine.
En Allemagne de l'Ouest, les différences régionales n'ont cessé de s'accuser à partir des années 1990. Frappés par la crise du charbon et de l'acier, les Länder anciennement industrialisés comme la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, la Sarre et la Basse-Saxe ont été confrontés à une difficile reconversion, fondée sur l'implantation d'industries nouvelles (automobile, pétrochimie). Le P.I.B. par habitant est parmi les plus bas des Länder de l'Ouest, le taux de chômage, parmi les plus élevés. À l'inverse, les Länder qui ont connu le développement le plus spectaculaire sont la Bavière, le Bade-Wurtemberg et, dans une moindre mesure, la Hesse, qui possède le P.I.B. par habitant le plus élevé mais un taux de chômage et un endettement public par habitant supérieur à ceux des deux autres Länder. Pays de vallées (Rhin) et de moyennes montagnes, le Bade-Wurtemberg, de tradition rurale et touristique, a su développer et attirer des P.M.E.-P.M.I., en particulier dans l'optique de précision, l'informatique et les télécommunications, qui sont toutes des industries non polluantes adaptées à la région et davantage créatrices d'emplois que les grands konzerns.
L'évolution de la Bavière est encore plus significative : cette région, jadis essentiellement agricole et touristique, dotée de rares îlots industriels (centres urbains), a bénéficié de l'implantation de Siemens et de BMW à Munich, au lendemain de la division de l'Allemagne, et du savoir-faire des Allemands des Sudètes. L'État bavarois, sous l'impulsion de son ministre-président F.J. Strauss (1978-1988), a pratiqué, en outre, une politique interventionniste visant à attirer en Bavière de nouvelles industries (aéronautique, industries spatiales et militaires). Depuis le début des années 1990, cette région affiche le taux de croissance le plus élevé de tous les Länder, un des taux de chômage les plus bas d'Allemagne et le plus faible endettement public par habitant.
Outre ces oppositions régionales nord-sud, l'unification a introduit des contrastes est-ouest. Ainsi, le P.I.B. par habitant est, dans les cinq nouveaux Länder, de 50 % inférieur à la moyenne fédérale. La Saxe, qui possède le taux de chômage le plus bas, semble la mieux lotie grâce, notamment, à un moindre endettement public par habitant et à un plus fort taux d'investissement. Mais le Brandebourg dispose d'un P.I.B. par habitant plus élevé et tire avantage de sa proximité de Berlin.
Les autorités allemandes cherchent, depuis déjà quelques années, à compenser ces inégalités régionales par un programme ambitieux de développement d'infrastructures qui intégreraient mieux, dans un même projet national, les Länder de l'Est. Ceux-ci participent désormais aussi à la péréquation financière entre Länder (Finanzausgleich). De 1991 à 1997, l'État fédéral a ainsi investi dans les infrastructures de transport, afin de créer de grandes liaisons depuis l'Allemagne de l'Ouest et l'Allemagne du Sud en direction de Berlin et de la Saxe (frontière polonaise), et de relier entre eux, par une rocade, les principaux ports de la mer Baltique, depuis Stettin (Szczecin, en Pologne) jusqu'à Lübeck. Un autre grand projet – privé celui-là – représentatif de l'unité allemande a abouti en 2002 : la Potsdamer Platz à Berlin, qui n'est plus au centre du no man's land laissé par quarante années de division au sein de la capitale allemande, mais elle est redevenue une place de Berlin au carrefour de l'Est et l'Ouest, non loin des nouveaux bâtiments ministériels et de la nouvelle chancellerie.
Sous la pression d'envahisseurs slaves et asiatiques venus de l'est, les Barbares germaniques s'installent de part et d'autre du Rhin. (Germanie).
Le royaume franc englobe Alamans, Thuringiens, Bavarois, Saxons…, populations germaniques qui, grâce à l'action de missionnaires venus de l'Occident, se convertissent progressivement au christianisme. Les plus réfractaires, les Saxons, sont soumis et christianisés de force par Charlemagne.
800 : Charlemagne fonde l'empire d'Occident, auquel sont intégrés les Germains.814-840 : sous Louis le Pieux, l'unité impériale résiste mal à la tradition germanique des partages. Son fils Louis le Germanique reçoit, dès 817, le titre de roi, et fait de la Bavière le centre de son royaume.le duc de Saxe Henri Ier l'Oiseleur (919-936) s'assure le pouvoir royal. Tandis qu'il ramène la Lorraine dans la mouvance germanique, il crée un système militaire remarquable et lutte avec succès contre les Slaves, les Hongrois et les Danois.
936-973 : son fils et successeur Otton Ier renoue la tradition carolingienne en se faisant sacrer roi à Aix-la-Chapelle ; d'autre part, il s'empare de la « couronne de fer » d'Italie (951) et, en reprenant le titre impérial, il fonde à Rome (962) le Saint Empire romain germanique, qui durera jusqu'au début du XIXe s. 973-1024 : comme Otton Ier, Otton II (roi de Germanie en 961, empereur en 967), qui règne de 973 à 983, Otton III (roi en 983, empereur en 996) et Henri II (roi en 1002, empereur en 1014) s'efforcent d'affaiblir les grands féodaux en s'appuyant sur le clergé et la petite noblesse. En fait, ils précipitent l'émiettement de l'Allemagne : le pouvoir central qu'ils établissent est trop embryonnaire. Le pays est condamné à n'être longtemps qu'une expression géographique.Conrad de Hohenstaufen, duc de Souabe, est élu empereur sous le nom de Conrad III (1138-1152) par les Grands, effrayés de la puissance acquise par Henri le Superbe. La lutte des guelfes et des gibelins se développe alors, lutte qui recouvre en réalité l'opposition existant entre les partisans de la poussée germanique vers l'est (Drang nach Osten) et ceux de la monarchie universelle orientée vers Rome (Expeditio romana). En fait, les Hohenstaufen s'en remettent aux guelfes de la mission de germaniser et d'évangéliser les Slaves des Marches de l'Est (chevaliers Teutoniques), tandis qu'eux-mêmes s'orientent vers l'Italie, dont ils sont rois.
1152-1190 : neveu et successeur de Conrad III, Frédéric Ier Barberousse se fixe comme objectifs : le rétablissement de l'autorité impériale en Allemagne et en Italie, l'affirmation de la suprématie du pouvoir impérial sur celui des autres rois d'Occident, la limitation du pouvoir pontifical au domaine spirituel. En Allemagne, il brise la puissance d'Henri le Lion ; en Italie, il se heurte aux papes et notamment à Alexandre III. Ainsi reprend un vieux conflit connu sous le nom de lutte du Sacerdoce et de l'Empire (1154-1250). Quand Frédéric part pour l'Orient, où il va mourir, ses tentatives de domination sur l'Italie du Nord ont échoué.1190-1197 : Henri VI le Cruel poursuit la politique de son père Frédéric Ier en Italie, en Sicile notamment, qu'il cherche à unir à l'Empire, et aussi en Allemagne, où il doit lutter de nouveau contre Henri le Lion, qui, rentré d'exil, fomente une nouvelle révolte groupant les Welfs et la féodalité rhéno-westphalienne. À la diète de Mayence (1196), il essaie de faire admettre l'hérédité impériale ; il ne peut que faire élire son fils Frédéric II roi des Romains.1197-1220 :Frédéric II, qui est aussi roi de Sicile, s'intéresse davantage à cette île qu'à l'Allemagne, où cependant, avec l'appui du pape, il doit lutter contre ses compétiteurs au trône impérial. Il réussit à éliminer Otton de Brunswick (1214), se fait de nouveau élire roi des Romains (1216) et couronner empereur germanique (1220).
1220-1250 : le règne de Frédéric II est une longue lutte contre la papauté, cependant que le mariage de l'empereur avec Isabelle d'Angleterre marque la réconciliation des Hohenstaufen avec les derniers Welfs. Le concile de Lyon (1245) dépose Frédéric II, qui meurt cinq ans plus tard, laissant l'Allemagne et l'Italie en proie à l'anarchie.La mort de Frédéric II a non seulement consacré l'effondrement des Hohenstaufen, la faillite de l'idéal de monarchie universelle, mais aussi la rupture définitive des liens entre l'Allemagne et l'Italie.
Durant le « Grand Interrègne », l'Allemagne n'est plus qu'une mosaïque d'États. Dans l'anarchie générale, une seule puissance durable : la Hanse, qui fait la richesse des villes marchandes de la mer du Nord et de la Baltique (Lübeck, Brême, Hambourg) et aussi de celles du Rhin (Francfort, Strasbourg).
D'autre part se constituent quelques ensembles territoriaux, notamment ceux des maisons de Luxembourg, de Brandebourg et de Habsbourg, promises à un grand avenir.
Vers
1439 : présenté au concile de Bâle, un plan de réorganisation politique anonyme, dit Reformatio Sigismundi, tente de restaurer l'autorité impériale ; seuls quelques articles concernant les tribunaux sont mis à exécution.1440 : chef de la maison des Habsbourg, Frédéric III de Styrie (1440-1493), cousin d'Albert II, est élu roi de Germanie et empereur. Il est le dernier souverain allemand qui soit allé chercher la consécration pontificale à Rome (1452). Sans autorité réelle sur l'Allemagne, dont il se désintéresse, il voit la Bohême et la Hongrie lui échapper. Mais le mariage de son fils Maximilien avec Marie de Bourgogne (1477), héritière unique de Charles le Téméraire, assure la grandeur de la maison d'Autriche.1493-1519 : le règne de Maximilien Ier renforce les liens unissant les États héréditaires des Habsbourg et prépare l'énorme puissance de Charles Quint, son petit-fils. En Allemagne, Maximilien tente vainement d'organiser un pouvoir central et d'unifier le pays en y étendant les institutions autrichiennes : Reichsregiment (en 1500), Conseil aulique (Hofrat), Chambre aulique (Hofkammer), Chancellerie (Hofkanzlei), Tribunal suprême (Reichskammer). : La seule réforme de portée durable est la division de l'Allemagne en six (plus tard en dix) cercles qui regroupent tous les immédiats d'Empire dans un cadre territorial. Mais sont exclus de cette division les territoires électoraux et ceux de la maison d'Autriche : celle-ci ne s'impose aux Électeurs que par sa puissance et sa richesse.1519-1556 :Charles Quint, empereur, se heurte en Allemagne à l'endémique faiblesse institutionnelle et politique de l'Empire, faiblesse que viennent aggraver les conséquences de la Réforme. En 1555, la paix d'Augsbourg consacre le triomphe de la Réforme dans les États de l'Allemagne du Nord et entérine les sécularisations opérées avant 1552. Quand Charles Quint abdique en 1556, l'unité de l'Empire est définitivement brisée.
1556-1564 : roi de Bohême et de Hongrie depuis 1526, roi des Romains depuis 1531, Ferdinand Ier de Habsbourg succède à son frère Charles Quint comme empereur germanique, en fait en 1556, en droit en 1558. Adversaire des protestants, élève et amis des jésuites, il travaille à la Réforme catholique en Allemagne.1564-1576 : Maximilien II, fils et successeur de Ferdinand Ier, poursuit d'abord en Allemagne la lutte contre les réformés, puis instaure un régime de tolérance qui favorise les derniers progrès des protestants.1576-1612 : Rodolphe II, fils du précédent, favorise en revanche la Contre-Réforme ; en installant sa capitale à Prague, il s'attire les sympathies des Tchèques, mais aussi l'hostilité des Allemands. Son frère Mathias l'oblige, en 1611, à renoncer à ses États héréditaires ; Rodolphe ne conserve que le titre impérial.1612-1619 : Mathias, élu empereur à la mort de Rodolphe II, choisit comme héritier son cousin Ferdinand de Styrie, catholique intransigeant. Les Tchèques se révoltent alors (défenestration de Prague, 23 mai 1618). C'est le début de la guerre de Trente Ans.Dès le début du XVIIe s., l'Allemagne est divisée en deux camps hostiles à la fois sur le plan politique (contestations autour de l'autorité de l'empereur) et sur le plan religieux, car l'introduction du calvinisme a encore compliqué la situation confessionnelle. En face de l'Union évangélique, protestante, dirigée par l'Électeur palatin, se dresse la Sainte Ligue, catholique, du duc de Bavière.
La guerre de Trente Ans est la conséquence de cette division entretenue par des puissances étrangères désireuses d'affaiblir le pouvoir impérial.
L'empereur Ferdinand II de Styrie (Habsbourg), petit-fils de Ferdinand Ier, se fait, durant son règne (1619-1637), le champion de la Contre-Réforme. Il renforce d'abord son autorité par la triple défaite des Tchèques (1620), du comte palatin et du roi de Danemark (1621-1629). La couronne élective de Bohême est déclarée héréditaire au profit des Habsbourg, l'Électorat palatin échoit au duc de Bavière, et l'empereur impose aux princes protestants l'édit de Restitution des biens sécularisés depuis 1552 (1629).
L'intervention suédoise (1631), l'intervention française, d'abord diplomatique (1630), puis militaire (1635), retournent la situation au détriment de Ferdinand II, puis de son fils et successeur Ferdinand III (1637-1657), qui doit accepter, en 1648, les dures conditions des traités de Westphalie, traités qui ruinent tout espoir d'unification de l'Allemagne en la morcelant en 350 États.
Les « libertés germaniques » des États du Saint Empire sont placées sous la protection des puissances signataires. Par la Constitutio westfalica, le nombre des Électeurs est porté à huit : cinq catholiques contre deux luthériens et un calviniste, cinq laïques contre trois ecclésiastiques. En fait, les traités de Westphalie ratifient l'échec de la politique des Habsbourg visant à arracher l'Empire à son impuissance traditionnelle, et aussi l'échec de la Contre-Réforme en Allemagne, la paix d'Augsbourg de 1555 (cujus regio, ejus religio) étant en fait ratifiée.
La guerre de Trente Ans et les épidémies ont ruiné le pays, qui a perdu 40 % de sa population rurale et 30 % de sa population urbaine. Le grand commerce hanséatique est en voie de régression, tandis que les princes, devenus en fait indépendants, s'intéressent à l'économie moderne, encore que l'essor de celle-ci soit longtemps gêné par le manque de capitaux et la hausse des prix. C'est au XVIIIe s. que l'Allemagne est affectée par la mutation économique : l'exemple est donné par les Hohenzollern, qui transforment une principauté médiévale en État moderne.
La société allemande est alors une société d'ordres, où le clergé – divisé en plusieurs confessions – et la noblesse doivent compter avec l'importance des villes libres impériales et avec une bourgeoisie urbaine active. Cependant, les paysans constituent 80 % de la population, si bien que la société est encore, à la fin du XVIIIe s. de type ancien, paysanne et artisanale, mais le paysan de l'Ouest est plus heureux que celui de Poméranie et de Prusse, où le régime féodal sévit sous diverses formes. La révolution industrielle, qui bouleverse alors l'Angleterre, ne touche que très partiellement l'Allemagne.
Après un siècle de luttes confessionnelles, la tolérance religieuse s'établit, et on voit même se former les linéaments d'un certain œcuménisme. Le protestantisme allemand est parcouru par des courants de renouveau mystique ou de religiosité : piétisme, Frères moraves, illuminisme.
Une civilisation allemande se forge, grâce à de très vivantes universités, où l'abandon progressif du latin au profit de l'allemand contribue à créer une langue unique et aussi à favoriser le sentiment national. L'idée d'une patrie allemande commune se développe en grande partie par hostilité à la France, accusée notamment de la dévastation du Palatinat (1689). Mais la gallophobie allemande se double curieusement de gallomanie : les modes françaises, la littérature française, l'art français triomphent partout. Les villes nouvelles, les capitales d'États, les résidences princières sont souvent doublées d'un petit Versailles.
Cependant, la littérature et l'art proprement allemands connaissent déjà un vif éclat, notamment sous la forme du baroque.
Les derniers empereurs qui se succèdent à la tête du Ier Reich appartiennent tous, sauf Charles VII de Bavière (1742-1745), à la maison des Habsbourg : Léopold Ier (1658-1705), Joseph Ier (1705-1711), Charles VI (1711-1740), François Ier (1745-1765), dont la politique est inspirée par sa femme Marie-Thérèse, Joseph II ) (1765-1790, Léopold II (1790-1792), François II (1792-1806) se désintéressent en fait de l'Allemagne au profit de l'Italie et de l'Europe balkanique et danubienne. La diète germanique a beau devenir permanente (1664), elle est incapable de promouvoir une politique allemande commune.
Face aux Habsbourg catholiques se dresse l'ambition de plus en plus entreprenante d'une dynastie protestante, les Hohenzollern.
L'année 1701 est, de ce point de vue, décisive : cette année-là, l'Électeur de Brandebourg, Frédéric Ier de Hohenzollern, qui a aidé Léopold Ier durant la guerre de la Ligue d'Augsbourg, obtient en échange le titre de roi de Prusse.
Sous le règne du petit-fils de Frédéric Ier, Frédéric II (1740-1786), type même du « despote éclairé », la Prusse obtient, au détriment des Habsbourg, des gains territoriaux et politiques tels qu'elle devient la principale puissance allemande.
La Révolution française de 1789 éveille d'abord en Allemagne des échos favorables. Rapidement l'inquiétude gagne l'Empire, mais les adhésions idéologiques n'affectent qu'une élite qui, en général, ne franchit pas les limites de la pensée girondine. D'autre part, trop de différences politiques et sociales séparent Allemands et Français.
Par ailleurs, la guerre, dès 1792, oppose la France à l'Autriche et à la Prusse, à l'Empire en 1793. Après les campagnes de 1796 et 1797, qui coûtent cher aux Habsbourg, il est impossible de trouver une solution aux problèmes allemands (congrès de Rastatt).
9 février 1801 : le traité de Lunéville, qui clôt la seconde campagne menée par les Français contre les Habsbourg en Allemagne (Moreau) et en Italie (Bonaparte), reconnaît à la France toute la rive gauche du Rhin et prévoit des dédommagements en Allemagne pour les princes ainsi dépossédés.24 mars 1803 : le recez (conclusion principale) de la diète de Ratisbonne simplifie la carte de l'Allemagne en diminuant considérablement le nombre des États.1804 : François II prend le titre d'empereur d'Autriche (François Ier).1805 : le traité de Presbourg, qui clôt la 3e coalition (Austerlitz), sanctionne en fait le recez en rendant indépendants de l'autorité de l'empereur et de la diète les nouveaux rois de Bavière et de Wurtemberg, ainsi que le grand-duc de Bade.1806 : Napoléon crée la Confédération du Rhin (12 juillet). François II (Ier) délie les Allemands du serment de fidélité à l'empereur (6 août). Le Saint Empire romain germanique a vécu.La Confédération du Rhin (Rheinbund), dont Napoléon est le « protecteur », est formée de seize principautés allemandes auxquelles se joignent le royaume de Westphalie et, en 1807, le grand-duché de Varsovie. En fait, cette confédération s'avère un édifice fragile.
Vaincue par les Français au cours de la 4e coalition (Iéna, Auerstedt, 14 octobre 1806), la Prusse est amputée de moitié par application du traité de Tilsit (juillet 1807). Paradoxalement, cet effondrement est aussi le point de départ du relèvement prussien, dont les principaux artisans sont le prince Hardenberg sur le plan social, Scharnhorst dans le domaine militaire et le philosophe Fichte, dont les quatorze Discours à la nation allemande (Berlin, 1807-1808) exaltent le sentiment national. Les universités (celle de Berlin est fondée en 1810, où les étudiants se groupent en sociétés secrètes (tel le Tugendbund), sont de puissants foyers de nationalisme. (Prusse).
1810-1811 : les développements du Blocus continental obligent Napoléon à annexer à l'empire français les côtes de la mer du Nord et Lübeck ; mais, si l'Allemagne souffre de la pénurie des denrées coloniales, elle peut profiter de l'effacement momentané de l'Angleterre pour développer son industrie textile.1813-1814 : à la suite des revers français en Russie, l'Allemagne, derrière la Prusse, se lance avec enthousiasme aux côtés des Alliés dans la « guerre de libération », encore que l'hostilité à la Prusse reste très forte en Rhénanie : après Leipzig (1813), Blücher franchit le Rhin. En avril 1814, le roi de Prusse entre à Paris avec le tsar.En 1815, le congrès de Vienne donne une structure nouvelle à l'Allemagne. À la place du Saint Empire est créée une « Confédération germanique » de 39 États autonomes, dont l'Autriche et la Prusse, une Prusse fortifiée et agrandie, en Rhénanie notamment. Toute l'histoire de la Confédération est marquée par la rivalité austro-prussienne. Placée sous la présidence honorifique de l'empereur d'Autriche, la Confédération a comme organe essentiel la diète de Francfort.
Au début, les deux puissances, Autriche et Prusse, ont à faire face à un fort courant libéral, hostile à la restauration de l'ancien régime fondé sur les privilèges et les particularismes. En même temps se fortifie le courant unitaire. Une grande fédération, la Burschenschaft, où dominent bourgeois et intellectuels, et de nombreuses associations d'étudiants agitent dans ce sens le pays. La répression, menée par Metternich avec l'assentiment de la Prusse (congrès de Karlsbad, 1819), étouffe la vie politique en Allemagne.
En fait, la Prusse pousse à l'unification de l'Allemagne à son profit par une action économique efficace. De 1818 à 1833 se constitue, autour d'elle et grâce à elle, une union douanière, le Zollverein qui prélude à l'unité nationale en supprimant les barrières douanières entre une vingtaine d'États.
La Prusse, dans la lutte pour l'unité allemande qui va reprendre plus fortement que jamais, possède plusieurs atouts : sa puissance économique – qui s'affirme surtout depuis l'industrialisation des provinces rhénanes – et aussi l'action diplomatique et militaire du roi Guillaume Ier, successeur en 1861 de son frère Frédéric Guillaume IV, ainsi que celle de Bismarck, Premier ministre à partir de 1862.
Réorganisée par Moltke et Roon, l'armée prussienne prouve son efficacité contre le Danemark (1864) et contre l'Autriche, qui, vaincue à Sadowa (1866), doit accepter (paix de Prague, 23 août 1866) de se retirer des affaires d'Allemagne.
Bismarck organise alors, sous l'égide de la Prusse, une Confédération de l'Allemagne du Nord, comprenant tous les États (vingt-deux) situés au nord du Main. Cette Confédération, qui durera trois ans (1867-1870), a comme président héréditaire le roi de Prusse, chef de la diplomatie et des armées. Celui-ci nomme un chancelier fédéral – Bismarck –, réel détenteur du pouvoir ; il peut dissoudre le Reichstag, élu au suffrage universel, mais non le Bundesrat, Conseil fédéral, véritable chambre haute formée de 43 délégués nommés par les souverains des États confédérés.
La Confédération se donne un drapeau national, qui unit le rouge du Brandebourg et des villes hanséatiques au blanc et noir du pavillon prussien.
Provisoirement, les quatre États de l'Allemagne du Sud – Hesse-Darmstadt (en partie), Bade, Wurtemberg, Bavière –, qui répugnent à la domination prussienne, restent en dehors de la Confédération. Mais Bismarck signe avec eux des conventions militaires qui les obligent, en cas de guerre, à marcher avec la Prusse ; il les englobe même dans le Zollverein (juillet 1867).
Il ne reste plus qu'à sceller l'unité politique du Nord et du Sud. Par une action diplomatique retorse, Bismarck amène la France à lui déclarer la guerre (juillet 1870). La guerre franco-allemande se solde par une victoire éclatante des armées allemandes. Sur les ruines de l'Empire français, l'Empire allemand (IIe Reich) est proclamé (Versailles, 18 janvier 1871). Guillaume Ier en est le premier titulaire, Bismarck le premier chancelier.
Le 10 mai 1871, le traité de Francfort cède à l'empire allemand l'Alsace et une partie de la Lorraine, et lui accorde une indemnité de 5 milliards de francs, qui vont contribuer à développer son économie.
La révolution industrielle marque alors profondément l'Allemagne.
De 25 millions d'habitants en 1815, la Confédération passe à 38 en 1870 ; cet accroissement, dû surtout à une forte natalité, crée d'ailleurs un large courant d'émigration, vers les États-Unis surtout.
L'industrialisation massive de l'Allemagne après 1850 est liée aux progrès de l'extraction du charbon dans la Ruhr (2 millions de tonnes en 1850, 12 millions de tonnes en 1870) ; à l'adoption de techniques modernes dans le textile, la sidérurgie (Westphalie, Silésie), la chimie surtout, domaine où l'Allemagne assure dès lors sa suprématie ; à l'essor du trafic ferroviaire (500 km de voies ferrées en 1840, 18 000 en 1870) ; à la meilleure navigabilité du Rhin et à la puissance des compagnies de navigation ; enfin et surtout au Zollverein, qui assure une politique économique rationnelle.
L'unité monétaire étant assurée dès 1857, le marché financier se développe, les établissements de crédit se multiplient. Après des fluctuations et des crises cycliques (celle de 1846-1847 est la plus grave), l'économie allemande profite d'une conjoncture très favorable. L'urbanisation suit le rythme de l'industrialisation. L'Allemagne des confédérations voit s'épanouir, comme les autres pays occidentaux, une puissante classe bourgeoise, privilégiée par rapport aux ruraux et aux ouvriers.
Les ruraux, qui en 1870 forment encore 64 % de la population, sont parfois des paysans aisés (Wurtemberg, Bavière) ; mais ceux de l'Est sont encore sous la domination des junkers, propriétaires de grands domaines. Ailleurs, fermiers, métayers et ouvriers agricoles constituent un prolétariat rural, qui est attiré par les villes et grossit le prolétariat industriel.
L'artisanat, fort répandu en Allemagne, est de plus en plus concurrencé par la grande industrie à structure capitaliste. Tout naturellement, au sein d'un prolétariat ouvrier de plus en plus nombreux et dont les conditions de vie sont assez misérables, les idées socialistes font rapidement leur chemin. Or les théoriciens du socialisme sont nombreux en Allemagne : Marx et Engels, dont l'influence sera prépondérante dans le mouvement ouvrier allemand ; Mgr Ketteler, évêque de Mayence, tenant d'un socialisme chrétien ; Ferdinand Lassalle, partisan d'un socialisme national protégé par l'État. En 1869, au congrès d'Eisenach, le courant marxiste triomphe (Bebel, Wilhelm Liebknecht) avec la formation de la social-démocratie (parti ouvrier social-démocrate), qui adhère à la Ire Internationale.
La période 1806-1870, d'abord marquée par le romantisme, est une des plus fécondes dans l'histoire de la civilisation allemande : musique et littérature notamment témoignent d'une prise de conscience du génie national, génie que le militarisme prussien triomphant en 1871 va partiellement détourner de sa voie.
Le nouvel Empire allemand (l'ancienne Confédération de l'Allemagne du Nord et les quatre États du Sud) couvre un peu plus de 540 600km2. L'Alsace-Lorraine, érigée en Reichsland, est la propriété commune des 25 États allemands.
L'Empire allemand est fédéral, c'est-à-dire que les 25 États gardent leurs dynasties et leurs assemblées. Mais l'organisation militaire, les postes, la monnaie sont communes à tous les États, dont les intérêts sont défendus par un Bundesrat, ou Conseil fédéral, groupant leurs représentants élus selon le système des classes ; la Prusse y jouit d'ailleurs d'une position prépondérante.
Une assemblée nationale, le Reichstag, est élue au suffrage universel à scrutin unique : elle vote le budget et les lois, mais ces dernières doivent être soumises à la ratification du Bundesrat.
Le premier Reichstag, élu en mars 1871, vote la Constitution impériale dès le 16 avril.
Le roi de Prusse, Guillaume Ier, est empereur héréditaire. Les affaires – et notamment la diplomatie – sont entre les mains du chancelier Bismarck. Celui-ci consolide son œuvre unitaire en faisant émettre le mark par une banque d'Empire (1875), en mettant en place un Code de procédure civile et criminelle (1872-1876), en créant le septennat militaire (1874), en travaillant à la germanisation des minorités nationales.
1871-1878 : Bismarck se heurte à la double hostilité des conservateurs protectionnistes (lui-même est libre-échangiste) et des catholiques (parti du Centre, dirigé par Windthorst), contre lesquels il pratique le Kulturkampf.1878-1890 : afin de protéger l'agriculture allemande et parce que treize députés socialistes sont présents au Reichstag en 1877, Bismarck renonce au libre-échange (1879), ce qui lui aliène les industriels ; en même temps, il cherche à se rallier le Centre (fin du Kulturkampf). Tout en pratiquant une politique de répression contre la social-démocratie (1878), il fait des avances aux ouvriers et réalise un socialisme étatique (assurances obligatoires, 1883-1889), ce qui n'empêche pas la montée des voix socialistes (un million et demi en 1890).Bismarck est, durant vingt ans, l'arbitre de l'Europe. Son principal souci est d'isoler la France, qu'il cherche à détourner des préoccupations continentales (Alsace-Lorraine) en favorisant sa politique coloniale. Pour éviter une alliance franco-russe, il met sur pied un système d'alliances complexes mais efficace, s'appuyant à la fois sur l'Autriche-Hongrie et la Russie.Sa maîtrise diplomatique fait de lui le pivot de la politique internationale, comme en témoigne son rôle au congrès de Berlin (1878), qui stoppe l'avance russe dans les Balkans, et à la conférence de Berlin (1884-1885), qui délimite les sphères d'influence européennes en Afrique.
Guillaume Ier meurt en 1888. Son fils Frédéric III, qui déteste Bismarck, ne règne que quelques semaines (mars-juin 1888). Guillaume II (1888-1918), fils de Frédéric III, impatient de régner vraiment, provoque la chute de Bismarck (1890).
Quatre chanceliers se succèdent sous Guillaume II : Caprivi (1890-1894), Hohenlohe (1894-1900), Bernhard von Bülow (1900-1909), Bethmann-Hollweg (1909-1917). Aucun n'a une action comparable à celle de Bismarck. C'est l'empereur qui gouverne.
À l'intérieur, avec des moyens moins violents, le Kaiser poursuit sans succès la lutte contre la social-démocratie, qui, en 1910, est le parti le plus nombreux au Reichstag. Dans les provinces polonaises, le gouvernement tente une germanisation forcée ; en Alsace-Lorraine, il applique une politique tantôt de violence, tantôt de conciliation.
À l'extérieur, l'impérialisme allemand s'affirme, surtout sous la pression d'un essor économique considérable. Les termes Weltpolitik (politique mondiale), Weltwirtschaft (économie mondiale) traduisent le désir de l'Allemagne d'avoir place partout. Guillaume II, en renforçant l'armée et le militarisme allemands, éléments de grandeur, et en pratiquant à l'extérieur une politique brouillonne et fanfaronne (Tanger, 1905), renforce les risques de guerre, avec la France et la Russie notamment.
Contrairement à Bismarck, Guillaume II favorise la création d'un empire colonial allemand. En fait, l'Allemagne ne peut guère s'installer, en Afrique principalement, que sur des territoires médiocres. Plus efficace est l'implantation de véritables « colonies » allemandes au Brésil et aux États-Unis.
De 1871 à 1914, la population du Reich passe de 41 millions à 67 millions, accroissement dû moins au taux de natalité, qui reste élevé mais baisse comme partout, qu'à la diminution sensible du taux de mortalité.
Le taux de la population urbaine passe, durant le même temps, de 36 % à 63 %. Près de cinquante villes, en 1914, dépassent 100 000 habitants. L'urbanisation est corrélative à l'industrialisation : la production de la houille passe de 26 millions de tonnes à 190 millions de tonnes, celle de l'acier de 1 million de tonnes à 18 millions de tonnes ; l'industrie chimique allemande exerce une prépondérance incontestée. Voies d'eau habilement aménagées, réseau ferroviaire dense (65 000 km en 1914) et peu centralisé, ports en plein essor (le tonnage de Hambourg passe de 6 millions à 15 millions), flotte marchande qui, en 1914, représente 12 % de la puissance mondiale : tels sont les principaux atouts d'une économie fortement regroupée en cartels et konzerns. Les produits fabriqués en Allemagne sont alors présents partout dans le monde.
Une législation sociale avancée n'a pas tout réglé : la classe ouvrière vit encore dans des conditions qui expliquent l'ampleur du socialisme marxiste, mais on ne peut pas parler de paupérisation. Dans l'ensemble, l'agriculture est négligée par apport à l'industrie ; l'Allemagne ne peut nourrir une population pléthorique : elle doit importer des produits agricoles, de Russie et des États-Unis surtout.
L'un des points noirs reste, en 1914, l'opposition latente des allogènes : Alsaciens-Lorrains, Danois du Schleswig, Polonais.
L'Allemagne, comme la France, aborde la Première Guerre mondiale (1914) dans un esprit d'« union sacrée » : les sociaux-démocrates eux-mêmes s'y associent en grande majorité ; mais, à partir de 1917, une minorité agissante, le Spartakusbund, s'insurgera contre la continuation des hostilités (spartakisme).
Assez rapidement, l'Allemagne, victorieuse des Russes (1917) mais fixée sur le front français par une guerre interminable et meurtrière, ressent les effets de la guerre, sur le plan économique notamment (hausse des prix, rationnement des denrées).
En 1917, et surtout au cours de l'hiver 1917-1918, le moral de la population est gravement atteint ; beaucoup sont partisans d'une « paix d'entente », et le spartakisme gagne dans l'opinion, provoquant des grèves.
La défaite de novembre 1918, si elle laisse un pays intact sur le plan matériel, trouve une nation profondément démoralisée, et qui a perdu 1 810 000 hommes (sur 13 millions de mobilisés).
Dès le 3 octobre 1918, Guillaume II, pressé par le haut commandement, fait appel au prince Max de Bade comme chancelier, mais celui-ci est débordé par le mouvement révolutionnaire. Le 31 octobre, le gouvernement conjure Guillaume II d'abdiquer : son refus ouvre la voie à la révolution ; le Kaiser n'abdique que le 9 novembre et se réfugie aux Pays-Bas. Le 10, Max de Bade s'efface devant le gouvernement provisoire du socialiste Ebert. La république allemande a été proclamée la veille.
En 1919, alors que la révolution spartakiste déferle sur l'Allemagne, le gouvernement provisoire du conseil des commissaires du peuple, présidé par Ebert, décide de faire procéder à l'élection d'une assemblée nationale constituante. Réunie à Weimar (6 février 1919), elle élit Ebert président (11 février) et prépare la Constitution, qui est promulguée le 11 août.
Le nouveau Reich est composé de 17 États (Länder), qui conservent leurs assemblées et leurs gouvernements (républicains), et sont représentés au Conseil du Reich (Reichsrat) au prorata de leur population, clause qui maintient le rôle prépondérant de l'État prussien au sein du Reich. Ces États consentent à élargir la compétence administrative du Reich non seulement à l'armée et à la diplomatie, mais aussi aux postes et aux moyens de communication.
Le pouvoir législatif fédéral est partagé entre le Reichsrat et le Reichstag, élu pour quatre ans au suffrage universel : devant le Reichstag, qui prépare et vote les lois et le budget, le gouvernement est responsable.
Le pouvoir exécutif est détenu par le président de la République, élu pour sept ans au suffrage universel (citoyens de plus de 25 ans) et rééligible. Il peut dissoudre le Reichstag, mais celui-ci peut proposer au peuple la déchéance du président de la République. Le chef de l'État désigne le chancelier, chef du gouvernement.
En janvier 1919, les spartakistes sont écrasés par le gouverneur de Berlin, Gustav Noske, qui, ministre de la Reichswehr (février 1919), recrute des Corps francs, ce qui facilite le putsch nationaliste de Kapp-Luttwitz. Après l'échec de ce putsch, il doit se retirer (mars 1920).
Ebert, président de 1919 à 1925, a comme successeur le candidat des nationalistes, le maréchal Hindenburg, qui se montre incapable de s'opposer à la surenchère nationaliste dont Ludendorff et, dès 1923-1925, le parti ouvrier national-socialiste (Hitler) se font les coryphées. Cette surenchère s'appuie sur la plus grande partie de l'opinion allemande révoltée par le « Diktat » de Versailles.
En effet, le traité de Versailles (28 juin 1919), auquel l'Allemagne a été obligée de souscrire, a imposé au Reich, outre la restitution de l'Alsace-Lorraine, de la Posnanie, du Schleswig du Nord, de dures conditions : cession des colonies, réduction de l'armée à 100 000 hommes, lourdes réparations.
Le refus de l'Allemagne de payer intégralement ces réparations (refus qui provoque l'occupation française de laRuhr [1923-1925]) et l'impossibilité d'employer l'énorme capacité de production de l'industrie allemande provoquent une crise économique qui frappe surtout la classe moyenne. Cette crise est elle-même à l'origine d'une inflation galopante, que la création du Reichsmark (1924), puis l'application des plans Dawes (1924) et Young (1930) finissent par arrêter.
Sur le plan diplomatique, le ministre des Affaires étrangères Gustav Stresemann (1923-1929) mène une politique modérée qui l'amène à se rapprocher de la France (Aristide Briand) et à signer une série d'accords avec les Alliés. À la suite, notamment, des accords de Locarno (1925), il obtient une évacuation accélérée des zones occupées et l'admission de l'Allemagne à la Société des Nations.
La crise économique mondiale de 1929 marque la fin de cette période d'équilibre. Dès 1932, l'Allemagne compte 6 millions de chômeurs. Tandis que la social-démocratie décline, les communistes (Kommunistische Partei Deutschlands, K.P.D.) forment une masse importante (100 députés en novembre 1932), qui contribue à affaiblir encore le régime ; les espoirs de beaucoup se tournent vers le national-socialisme.
Dès 1930, le parti de Hitler compte 107 députés au Reichstag. Une doctrine implacable et exaltante constitue sa force, face à un gouvernement sans réaction valable devant l'agitation permanente. Les derniers chanceliers, Brüning, F. von Papen, Schleicher, ne gouvernent qu'avec des majorités sans lendemain. F. von Papen, croyant pouvoir utiliser les nazis, autorise même les SA et les SS.
Dès lors, les événements se précipitent. En novembre 1932, 196 députés nazis sont élus ; le 30 janvier 1933, Hindenburg appelle Hitler à la chancellerie.
Le 27 février 1933 a lieu l'incendie du Reichstag ; les nazis l'attribuent au parti communiste, qui est mis hors la loi et persécuté tout comme les juifs, les socialistes, les chrétiens. C'est alors que s'ouvrent les camps de concentration nazis.
Le 24 mars 1933, le Reichstag donne les pleins pouvoirs à Hitler. Le parti national-socialiste étant le seul admis, le IIIe Reich est une dictature noyautée par une police politique redoutable (Gestapo). [national-socialisme.]
Voulant conserver l'appui du grand état-major, Hitler sacrifie les extrémistes de son parti (Röhm), ainsi que Strasser, Schleicher, et des centaines d'autres lors de la « nuit des longs couteaux », le 30 juin 1934. En août, la mort d'Hindenburg fait de Hitler, déjà chancelier, le chef de l'État.
Hitler, maître absolu (Reichsführer), appuyé sur une opinion fanatisée qui le plébiscite, pratique une autarcie aussi complète que possible. Une politique de grands travaux, favorisée par la formation du Front du travail, réduit le chômage et prépare l'Allemagne à une guerre qui devient imminente à partir de 1938, tandis que la concentration industrielle favorise le développement des konzernss.
Par ailleurs, Hitler, en trois ans (1933-1936), abolit toutes les limitations prévues par le traité de Versailles pour les forces armées allemandes ; il réoccupe la Rhénanie (1936), alors que se constitue l'axe Rome-Berlin. L'accord naval anglo-allemand (1935) permet la renaissance de la flotte allemande.
Dès lors, Hitler amorce les annexions qui conduiront à la Seconde Guerre mondiale. En 1938, l'Anschluss, c'est-à-dire l'annexion de l'Autriche, est réalisé ; les accords de Munich (septembre 1938) cautionnent le démembrement de la Tchécoslovaquie, pays qui est en grande partie (Bohême-Moravie) placé sous le protectorat allemand (1939). Enfin, désireux d'occuper le couloir de Dantzig, Hitler fait envahir la Pologne ; cette agression provoque l'entrée en guerre de la France et de l'Angleterre.
L'histoire de l'Allemagne entre 1939 et 1945 est inséparable de celle de la Seconde Guerre mondiale. Un énorme effort de guerre aboutit d'abord à des offensives victorieuses, à l'ouest (1940) comme à l'est (1941). Puis, peu à peu, et surtout à partir de 1943, les bombardements aériens violents font peser sur le Reich une menace qui se précise après le désastre de Stalingrad (1943) et surtout après le débarquement allié en Normandie (1944).
En 1945, l'Allemagne devient le théâtre de dures opérations. Quand, le 8 mai, quelques jours après la mort (par suicide probablement) de Hitler, les chefs militaires allemands signent la capitulation, ils laissent un pays ravagé, épuisé (4,5 millions de morts), désorganisé, sans un pouce de terrain libre, les Alliés l'occupant tout entier.
les gouvernements alliés annoncent qu'ils prennent en charge la direction de l'Allemagne, ramenée à ses frontières de 1937, c'est-à-dire d'avant l'Anschluss, diminuée toutefois de la Poméranie-Orientale, de la Prusse-Orientale et de la Silésie. Le pays restera quatre ans sans gouvernement, l'autorité de l'État étant remise, en vertu « des accords de Yalta (février) et de Potsdam (2 août 1945) », au Conseil de contrôle, où siègent les commandants des quatre armées d'occupation (américaine, anglaise, française, soviétique), à chacune desquelles une zone est attribuée. Les Alliés fixent les principes de leur gouvernement en Allemagne : destruction complète de l'armée et extirpation de l'esprit militariste ; dissolution de toutes les organisations hitlériennes et poursuites contre les principaux chefs nazis ; contrôle de l'éducation ; réorganisation complète du système judiciaire dans un esprit démocratique. : Au point de vue économique, les Alliés doivent surveiller la production et s'efforcer d'appliquer partout les mêmes directives, pour traiter l'ensemble de l'Allemagne « comme une entité économique ». Des réparations doivent être prélevées par les vainqueurs dans leurs zones respectives, l'U.R.S.S. ayant droit, en outre, à 10 % de l'outillage industriel de base prélevé dans les zones occidentales au titre de réparations, et dont la quantité doit être fixée dans les six mois et enlevée avant deux ans.
1945-1947 : à Nuremberg, un tribunal international juge les grands criminels de guerre nazis. : Dès la fin de 1945, des partis politiques autorisés se forment. Au début, un « front antinazi » réunit partout les anciens adversaires du régime national-socialiste, les plus actifs revenant de l'étranger, où ils ont émigré après 1933. Mais les Alliés encourageant des tendances politiques divergentes, très tôt des différences apparaissent entre les zones, qui suivent une évolution politique fondamentalement opposée. À mesure que le fossé se creuse, une véritable frontière intérieure, qui suit le cours moyen de l'Elbe, traverse l'Allemagne, de la Thuringe à Lübeck, en séparant la zone soviétique des trois autres.1946 : tandis que les Soviétiques obtiennent dans leur zone la fusion des ouvriers marxistes en un parti socialiste unifié (S.E.D.) regroupant le parti communiste et la social-démocratie, dans la zone de l'ouest le Conseil de contrôle perd son autorité, les Anglo-Saxons mettant en place une administration commune.1947 : création de la bizone anglo-américaine et d'un Conseil économique commun (1er janvier). Peu à peu les zones occidentales entrent dans la mouvance de l'Ouest. Les Américains cherchent surtout à redonner à l'Allemagne son équilibre économique, favorisant ainsi les éléments conservateurs et modérés des milieux industriels. En zone britannique, le parti social-démocrate, réorganisé par Kurt Schumacher et inspiré du travaillisme anglais, gagne la confiance des masses ouvrières et prend en main la direction des syndicats. En zone française, on encourage le parti catholique et les velléités particularistes, rhénanes ou badoises, qui s'estompent vite.1948 : promulgation à l'ouest de la charte de Francfort (9 février), qui institue dans la bizone anglo-américaine un véritable gouvernement économique commun avec un exécutif et une assemblée législative. Un mois plus tard, la Commission économique de la zone est reçoit des pouvoirs analogues. La réforme monétaire (deutsche Mark) est appliquée dans les trois zones occidentales (19 juin).juin 1948-mai 1949 : les Soviétiques organisent le blocus de Berlin-Ouest.1949 : un gouvernement est établi par les Alliés dans l'Allemagne de l'Ouest. Le Conseil parlementaire (8 mai) adopte la Loi fondamentale (Grundgesetz, promulguée le 23 mai) de ce qui va devenir la République fédérale d'Allemagne (R.F.A.). À l'est, en octobre, est proclamée la République démocratique allemande (R.D.A.).Fondée par la volonté des trois puissances d'occupation occidentales (États-Unis, Grande-Bretagne, France) avec l'assentiment des États régionaux ouest-allemands, la R.F.A. est pendant ses premières années d'existence soumise à un statut d'occupation (21 septembre 1949). Celui-ci laisse aux trois puissances représentées par des hauts-commissaires la compétence exclusive en matière de sécurité et de désarmement ainsi que le contrôle de la Ruhr et du commerce extérieur.
En 1949, lors des élections au premier Parlement fédéral (14 août), les principales formations politiques qui ont élaboré la Loi fondamentale, entrée en vigueur le 23 mai et instituant provisoirement la République fédérale d'Allemagne (constituée de 11 puis 10 Länder), se partagent 72,1 % des voix : les deux partis chrétiens-démocrates, C.D.U. (Christlich-Demokratische Union) et C.S.U. (Christlich-Soziale Union, limitée à la Bavière), qui constituent un seul et même groupe parlementaire ; le parti social-démocrate S.P.D. (Sozialdemokratische Partei Deutschlands) ; le parti libéral F.D.P. (Freie Demokratische Partei). Après la mise en place à Bonn le 7 septembre 1949 du Bundestag et du Bundesrat, Theodor Heuss (F.D.P.) est élu à la présidence de la République (12 septembre) et Konrad Adenauer (C.D.U.) est appelé à la chancellerie (15 septembre) à la tête d'une coalition conservatrice-libérale.
Convaincu que la division de l'Europe sera durable, K. Adenauer, dès son arrivée au pouvoir, cherche à intégrer fortement la R.F.A. dans le camp occidental sur le plan tant politique qu'économique et militaire. Il attend en contrepartie que la R.F.A. devienne un État pleinement souverain. Mais l'entreprise ne peut, selon lui, aboutir que si l'Allemagne et la France se réconcilient et associent leurs économies dans un cadre européen incluant les États du Benelux et la Grande-Bretagne, les États-Unis ayant la charge d'assurer la sécurité de l'ensemble. L'ancrage à l'Ouest doit permettre de contenir l'Union soviétique en Europe et de faire barrage au communisme à l'intérieur.
Lors de l'accord du Petersberg (22 novembre 1949) négocié avec les hauts-commissaires alliés, la R.F.A. accepte d'entrer au Conseil de l'Europe (elle en devient membre à part entière en 1951, le gouvernement fédéral étant alors autorisé à constituer un ministère des Affaires étrangères). Le 18 avril 1951, la R.F.A. signe à Paris le traité fondant la Communauté européenne du charbon et de l'acier (C.E.C.A.). Le 26 mai 1952, elle signe à Bonn le traité sur l'Allemagne réglant ses relations avec les trois puissances. Le lendemain, elle signe à Paris le traité instituant une Communauté européenne de défense (C.E.D.). Auparavant, K. Adenauer a rejeté les notes soviétiques des 10 mars et 9 avril (notes de Staline) proposant la signature d'un traité de paix rétablissant l'unité de l'Allemagne au prix de sa neutralisation.
En 1954, l'échec de la C.E.D. en France rend nécessaire la renégociation des traités de Bonn et de Paris. Deux conférences, l'une à Londres (septembre-octobre), l'autre à Paris (octobre), apportent une solution à la crise. La R.F.A. adhère à l'Union de l'Europe occidentale (U.E.O.). Les effectifs de l'armée fédérale (Bundeswehr) sont fixés à 495 000 hommes, les troupes combattantes sont placées sous l'autorité du commandement en chef de l'O.T.A.N. en Europe et, dans le cadre de l'U.E.O., la R.F.A. accepte des limitations à son armement. Le traité de Paris met un terme au statut d'occupation et déclare la R.F.A. souveraine. Les trois puissances conservent toutefois leurs responsabilités à l'égard de Berlin et de l'Allemagne dans son ensemble (Berlin-Ouest reste soumise au statut d'occupation). Les signataires veulent œuvrer par des voies pacifiques à la réunification de l'Allemagne, l'Allemagne unifiée devant être dotée d'une Constitution semblable à celle de la R.F.A. et intégrée dans la Communauté européenne. La délimitation définitive de ses frontières est reportée au règlement de paix.
En 1955, les traités conclus l'année précédente entrent en vigueur (5 mai). La R.F.A. est admise au sein de l' O.T.A.N. (9 mai).
Le problème sarrois trouve une solution. Pierre Mendès France et K. Adenauer signent à Paris (octobre 1954) un accord prévoyant un statut européen de la Sarre sous l'autorité de l'U.E.O., mais celui-ci est rejeté par 67,7 % des Sarrois lors du référendum du 23 octobre 1955. Par le traité de Luxembourg (27 octobre 1956), la Sarre est autorisée à adhérer à la R.F.A. à compter du 1er janvier 1957.
En visite officielle à Moscou (septembre 1955), K. Adenauer noue avec l'Union soviétique des relations diplomatiques et obtient le rapatriement de 30 000 prisonniers de guerre et civils allemands retenus en U.R.S.S. Cependant, la R.F.A. décide de ne pas établir de relations diplomatiques avec d'autres pays de l'Est et de rompre avec tout pays qui reconnaîtrait la R.D.A. (« doctrine Hallstein »), estimant être le seul représentant légitime de toute l'Allemagne. Ainsi, dans l'optique d'une éventuelle réunification, la R.F.A. tente d'isoler diplomatiquement la R.D.A. et d'acquérir une position de force face à l'Union soviétique.
Au point de vue économique, sur les treize années que dure l'ère Adenauer, la croissance dépasse 7 % par an, le taux d'inflation reste peu élevé. L'indice du P.N.B. (prix constants) passe de 100 à 256, celui de la production industrielle atteint même 282. Encore négatif en 1950, le solde du commerce extérieur passe à plus de 6 milliards de DM en 1963. Seule ombre au tableau, la crise du charbon et de l'acier à partir du milieu des années 1950. Mais la forte croissance de l'économie permet de résorber le chômage : de 8,2 % en 1950, le taux tombe à 0,5 % en 1963. Après avoir absorbé l'importante main-d'œuvre que représentait la masse des réfugiés et expulsés venus de l'Est (13,5 millions au total jusqu'en 1965), le marché de l'emploi fait appel, à partir de 1956, de façon croissante aux travailleurs étrangers. L'aisance matérielle induite par la croissance consacre définitivement l'« économie sociale de marché » comme système d'organisation économique de la R.F.A. Ludwig Erhard, ministre fédéral de l'Économie de 1949 à 1963, est qualifié de « père du miracle économique ». En mars 1957, la R.F.A. signe les traités de Rome (Marché commun, Euratom).
Le succès que rencontre la politique du chancelier Adenauer permet aux partis chrétiens-démocrates de progresser de 14,2 points (45,2 % des voix) lors des élections fédérales de 1953 et même d'atteindre la majorité absolue en 1957 (50,2 %) tandis que le S.P.D. tourne autour des 30 %. Les élections de 1961, qui ont lieu quelques semaines après l'érection du mur à Berlin (13 août 1961), annoncent la fin de l'ère Adenauer (C.D.U.-C.S.U. : 45,3 % ; F.D.P. : 12,8 % ; S.P.D. : 36,2 %). Le F.D.P. accepte de former le gouvernement avec la C.D.U.-C.S.U. à la condition que le chancelier, qui a 85 ans, démissionne en cours de législature.
En 1962, l'affaire du Spiegel (octobre), avec en arrière-plan la crise de Cuba, met le gouvernement dans une situation difficile qui ne se résout qu'avec le départ du ministre de la Défense, Franz Josef Strauss (C.S.U.), responsable de l'arrestation de plusieurs membres de la rédaction de l'hebdomadaire soupçonnés d'avoir publié des secrets de défense nationale.
En 1963, avant de démissionner (15 octobre), Adenauer scelle la réconciliation franco-allemande en signant avec le général de Gaulle (22 janvier) un traité d'amitié et de coopération.
Élu chancelier le 16 octobre 1963, L. Erhard (C.D.U.) veut inaugurer une ère libérale en coopération avec le F.D.P. C.D.U.-C.S.U. et F.D.P. gagnent ensemble les élections de 1965 (avec respectivement 47,6 % et 9,5 % des voix).
En 1966, face à un début de récession économique qui traduit un retour de l'économie à la normale après des taux de croissance exceptionnellement élevés, L. Erhard n'apparaît plus maître de la situation. Le débat sur le déficit budgétaire provoque la démission des ministres libéraux (octobre). Les chrétiens-démocrates se prononcent alors en faveur d'une grande coalition associant le S.P.D. à la C.D.U.-C.S.U., coalition qui bénéficie du soutien du président fédéral H. Lübke (1959-1969). L. Erhard est contraint de démissionner à la fin de novembre. Kurt Georg Kiesinger (C.D.U.) lui succède à la chancellerie. Son ministre des Affaires étrangères et vice-chancelier est Willy Brandt (S.P.D.).
Le S.P.D., transformé depuis le congrès de Bad Godesberg (1959) en un parti de rassemblement (Volkspartei), sur le modèle de la C.D.U., peut, en entrant dans la grande coalition, faire la preuve de sa capacité à gérer les affaires de l'État. En particulier, Karl Schiller, à qui est confié le portefeuille de l'Économie, dote le gouvernement fédéral des instruments de prévision économique et d'intervention conjoncturelle nécessaires pour faire face à la récession.
De 1966 à 1969, la politique intérieure est dominée par le débat sur les lois d'urgence (votées en mai 1968), la révolte étudiante et l'émergence d'un mouvement d'opposition extra-parlementaire (affrontements de Pâques 1968 après la tentative d'assassinat contre le leader Rudi Dutschke), la montée du parti néo-nazi N.P.D. et la création d'un nouveau parti communiste, le D.K.P., en remplacement du K.P.D. interdit en 1956.
En politique étrangère, Kiesinger chercher à adapter la politique de la R.F.A. aux conditions de la détente Est-Ouest. Mais, pour lui, comme pour ses prédécesseurs, une détente réelle ne peut se produire qu'après la résolution du problème allemand. W. Brandt voudrait aller plus loin et reconnaître le statu quo existant en Europe pour mieux le surmonter ensuite, reconnaître la R.D.A. comme « deuxième État allemand » et provoquer par une « politique des petits pas » un rapprochement entre les deux États.
Gustav Heinemann (S.P.D.) considère son élection à la présidence fédérale, en mars 1969, comme une première étape « sur la voie d'un changement de pouvoir en R.F.A. ». Après les élections de septembre, S.P.D. et F.D.P. (avec respectivement 42,7 % et 5,8 % des voix) disposent de la majorité au Bundestag. En octobre, W. Brandt est élu chancelier à une courte majorité.
Avec le soutien de Walter Scheel (F.D.P.), W. Brandt engage une politique de réformes intérieures (réformes fiscale, pénale, universitaire, du droit des entreprises, du droit de la famille et du divorce) et d'ouverture à l'Est (Ostpolitik) sur la base de l'ancrage occidental de la R.F.A. En novembre 1969, celle-ci adhère au traité de non-prolifération des armes nucléaires.
Le traité de Moscou (12 août 1970) est un traité-cadre qui permet à la R.F.A. de normaliser ses relations avec l'Union soviétique et les autres pays d'Europe de l'Est. R.F.A. et U.R.S.S. renoncent à l'usage de la force pour régler leurs différends et s'engagent à œuvrer à la détente sur la base du statu quo européen. La ligne Oder-Neisse en tant que frontière occidentale de la Pologne et la frontière interallemande sont déclarées inviolables. Pour la R.F.A., ce traité n'est pas en contradiction avec son objectif de rétablir l'unité de l'Allemagne. Le traité de Varsovie (7 décembre) reprend pour l'essentiel les principes énoncés dans celui de Moscou, mais précise le tracé de la ligne Oder-Neisse selon les termes des accords de Potsdam d'août 1945.
En 1971, les trois puissances occidentales et l'Union soviétique signent un accord quadripartite sur Berlin (3 septembre), qui confirme le statut de la ville (Berlin-Ouest n'est pas partie intégrante du territoire de la R.F.A.) et réglemente l'accès des citoyens de R.F.A. à Berlin-Ouest ainsi que celui des Berlinois de l'Ouest à Berlin-Est et en R.D.A. En créant un modus vivendi dans une région au statut anormal, l'accord désamorce durablement la crise de Berlin. Il sert également de cadre à des négociations entre la R.F.A. et la R.D.A. après que deux rencontres au sommet ont créé l'année précédente les conditions d'un dialogue entre les deux États allemands.
L'Ostpolitik de W. Brandt, accusé de brader les intérêts allemands, rencontre une forte opposition jusque dans les rangs des partis de la coalition gouvernementale. En avril 1972, le chancelier n'a plus de majorité au Bundestag. La tentative du chef de l'opposition, Rainer Barzel (C.D.U.), de le renverser par un « vote de défiance constructif » (avril) échoue cependant. La ratification des traités de Moscou et de Varsovie n'intervient en mai de cette année que grâce à l'abstention des députés C.D.U.-C.S.U. Pour sortir de la crise, W. Brandt obtient du président fédéral la dissolution du Bundestag. Les élections anticipées de novembre le confirment à la chancellerie (S.P.D. : 45,8 % ; F.D.P. : 8,4 % ; C.D.U.-C.S.U. : 44,9 %). Le 21 décembre, la R.F.A. et la R.D.A. signent un traité sur le fondement de leurs relations, par lequel elles normalisent leurs rapports, nonobstant leur différend sur la question nationale. La R.F.A. reconnaît de fait, mais non en droit, la R.D.A. Les deux États ne pouvant être des pays étrangers l'un pour l'autre, ils échangent au lieu d'ambassadeurs de simples « représentants permanents ».
En 1973, la R.F.A. et la R.D.A. sont admises à l'O.N.U. Le traité signé en décembre avec la Tchécoslovaquie, déclarant nuls et non avenus les accords de Munich (1938), parachève l'Ostpolitik. Le même mois, la R.F.A. procède à un échange d'ambassadeurs avec la Tchécoslovaquie, la Bulgarie et la Hongrie.
Face aux turbulences monétaires internationales, le gouvernement de W. Brandt réévalue à plusieurs reprises le mark et rétablit temporairement le contrôle des changes en juin 1972 (ce qui provoque la démission du ministre de l'Économie et des Finances, K. Schiller). Le premier choc pétrolier, en octobre 1973, aggrave une situation économique déjà fragile (tassement de la croissance, retour de l'inflation et du chômage à partir de 1971-1972) et accroît les tensions sociales (grèves, en particulier des services publics en janvier-février 1974). En novembre 1973, le gouvernement décide d'arrêter l'embauche de travailleurs étrangers (au nombre alors de 2,6 millions).
La R.F.A. est, en outre, confrontée à partir de 1970 à une vague de terrorisme intérieur (Fraction Armée rouge), particulièrement forte en mai 1972 (arrestation de A. Baader et U. Meinhof en juin). En septembre 1972, à l'occasion des jeux Olympiques de Munich, elle est également la cible du terrorisme palestinien (assassinat de membres de l'équipe israélienne par un commando de « Septembre noir »).
À la suite de l'arrestation de l'agent est-allemand G. Guillaume, placé dans son entourage immédiat, W. Brandt démissionne en mai 1974. Helmut Schmidt (S.P.D.) est élu chancelier à la tête d'un nouveau gouvernement S.P.D.-F.D.P. W. Scheel ayant été élu la veille président fédéral, Hans-Dietrich Genscher (F.D.P.) devient ministre des Affaires étrangères et vice-chancelier.
Pendant les huit années qu'il passe à la chancellerie, H. Schmidt parachève le programme de réformes intérieures engagé par W. Brand (entre autres, extension de la cogestion [Mitbestimmung] à l'ensemble des grandes entreprises du pays, en 1976) et poursuit sa politique d'ouverture à l'Est et de rapprochement avec la R.D.A. (visite officielle en R.D.A. en décembre 1980). Comme son prédécesseur, il doit faire face au terrorisme de la Fraction Armée rouge, qui atteint son paroxysme en 1977 : assassinat, en avril, du procureur fédéral Siegfried Buback ; assassinat, en juillet, du président de la Dresdner Bank, Jürgen Ponto ; enlèvement (septembre), puis assassinat (octobre) de Hanns Martin Schleyer, « patron des patrons » allemands ; libération par un commando de la police frontalière ouest-allemande du Jumbo de la Lufthansa détourné sur Muqdisho (Somalie). Le même jour (18 octobre), plusieurs dirigeants terroristes sont retrouvés morts dans leurs cellules de la prison de Stuttgart-Stammheim (l'enquête officielle conclut à des suicides).
Au plan économique, H. Schmidt doit avant tout gérer la crise mondiale. Il pratique une politique keynésienne anticyclique par l'adoption de programmes de relance conjoncturelle, ce qui lui permet de maintenir jusqu'en 1980 un taux de croissance variant entre 5,6 et 1,8 %. Il ne peut cependant empêcher la montée du chômage : de 500 000 en 1974, le nombre des chômeurs passe à près de 2 millions en 1982. L'endettement public croît en conséquence : la dette cumulée de l'État fédéral atteint 269 milliards de DM en 1981.
En accord avec V. Giscard d'Estaing, H. Schmidt développe la coopération avec la France et fait progresser l'intégration européenne (création du Conseil européen en 1974, mise en place du système monétaire européen [S.M.E.] en mars 1979, premières élections directes au Parlement européen en juin 1979). Avec F. Mitterrand, il décide en février 1982 de réactiver la coopération franco-allemande en matière de sécurité et d'armements. H. Schmidt est également le principal artisan, en 1979, de la double résolution de l'O.T.A.N. prévoyant le stationnement de vecteurs nucléaires américains de portée intermédiaire en Europe pour le cas où l'Union soviétique n'accepterait pas de négocier la réduction de ses armements similaires (SS-20). Le Mouvement pour la paix, que soutient l'aile gauche du S.P.D., rassemble le 10 octobre 1981 à Bonn plusieurs centaines de milliers de manifestants. La fondation du parti des Verts (die Grünen), en janvier 1980, procède de la même crainte d'un cataclysme nucléaire, mais aussi du souci de préserver l'environnement dans une société fortement industrialisée et urbanisée.
En 1981-1982, la R.F.A. enregistre à nouveau, pour la première fois depuis 1975, un taux de croissance inférieur à zéro. Pourtant H. Schmidt est contraint de pratiquer une politique de compression du déficit budgétaire et des prestations sociales. Le F.D.P. réclame une réorientation de la politique économique et sociale du gouvernement. En septembre 1982, H. Schmidt met un terme à la coalition avec le parti libéral.
Le 1er octobre, avec le soutien d'une partie des députés libéraux, Helmut Kohl (C.D.U.) renverse H. Schmidt par un « vote de défiance constructif » et obtient du président fédéral Karl Carstens la dissolution du Bundestag, en janvier 1983. Les élections fédérales anticipées (mars) confirment H. Kohl à la chancellerie, à la tête d'une coalition chrétienne-libérale qui, avec 55,7 % des voix (C.D.U.-C.S.U. : 48,8 % ; F.D.P. : 6,9 %), l'emporte largement sur l'opposition : S.P.D. (38,2 %) et Verts (5,6 %), qui font leur entrée au Bundestag.
La politique d'austérité budgétaire inaugurée par H. Schmidt est poursuivie. La croissance économique reprend au rythme moyen de 2,5 % par an ; l'inflation est contenue autour de 1,5 % ; peu à peu le nombre des emplois augmente. Le chômage pourtant n'est pas résorbé : il touche 2,3 millions de personnes en 1984 et se stabilise, les années suivantes, autour de 2 millions, pour une population active de 27 millions. En 1986, la R.F.A. devient le premier exportateur mondial (en valeur).
H. Kohl fait voter par le Bundestag (novembre 1983) le stationnement en R.F.A. de fusées Pershing II et de missiles de croisière, en application de la double résolution de l'O.T.A.N. Mais il se déclare en même temps partisan d'une réduction équilibrée et contrôlée des armements. Son ministre des Affaires étrangères, H. D. Genscher, garantit, malgré la reprise des tensions Est-Ouest, la poursuite de la politique d'ouverture à l'Est. Un de ses principaux adversaires, F. J. Strauss, président de la C.S.U., s'y rallie et négocie en 1983 un crédit d'un milliard de DM en faveur de la R.D.A.
Quarante ans après la fin de la guerre, le président fédéral Richard von Weizsäcker (C.D.U.), en fonction depuis 1984 (réélu en 1989), fait, dans un discours mondialement remarqué, du 8 mai 1945 tout autant un jour de défaite que de libération pour l'Allemagne.
Dès son élection à la chancellerie, H. Kohl donne à ses relations avec F. Mitterrand un caractère de confiance amicale semblable à celui qui existait entre H. Schmidt et V. Giscard d'Estaing. Devant le Bundestag, F. Mitterrand lui apporte en janvier 1983 son soutien dans l'application des résolutions de l'O.T.A.N. Ensemble, ils font adopter l'Acte unique européen (1985) instituant un « grand marché intérieur » de la C.E.E. à partir du 1er janvier 1993. À l'occasion du 25e anniversaire du traité de l'Élysée (1988), la R.F.A. et la France se dotent de nouveaux instruments de coopération : Conseil économique et financier, Conseil de défense, Brigade franco-allemande, Collège universitaire, Haut Conseil culturel.
Les élections fédérales de janvier 1987 confirment au pouvoir la coalition sortante : la C.D.U./C.S.U. (44,3 %) accuse pourtant un recul sensible tandis que le FDP atteint le score inespéré de 9,1 % des voix. Le S.P.D. (37 %) baisse au profit des Verts (8,3 %), qui effectuent une véritable percée. Reconduit au poste de chancelier, H. Kohl poursuit une politique d'ouverture à l'Est et de normalisation des rapports entre les deux États allemands, qui se concrétise par la visite officielle de E. Honecker à Bonn en septembre 1987. En juin 1989, H. Kohl et M. Gorbatchev signent à Bonn une déclaration commune garantissant à la fois « le droit des peuples » et celui des « États de décider librement de leur destin ».
La fondation de la R.D.A., le 7 octobre 1949, procède de la double volonté de l'Union soviétique de réagir à la création de la R.F.A. en mai 1949 et de jeter, en s'appuyant sur le S.E.D. ), les bases d'une société socialiste sur une partie du territoire allemand. La Constitution de 1949 établit un régime en apparence parlementaire et fédéral, restreignant, en fait, l'autonomie des Länder, fondé sur la non-séparation des pouvoirs et la planification centrale de l'économie. Sur le plan formel, elle confie le pouvoir législatif à la Volkshammer (Chambre du peuple) qui, en octobre 1949, désigne également le chef du gouvernement (Otto Grotewohl [S.E.D.]) et place à la tête de l'État un président de la République (Wilhelm Pieck [S.E.D.]).
La R.D.A. hérite du système de partis qui existait auparavant en zone d'occupation soviétique. Conformément à la politique d'alliances du S.E.D., subsistent deux partis qualifiés de « bourgeois », la C.D.U. et le L.D.P.D. (Liberal-Demokratische Partei Deutschlands, parti libéral-démocrate d'Allemagne), ainsi que deux partis fondés en 1948, le N.D.P.D. (National-Demokratische Partei Deutschlands, parti national-démocrate d'Allemagne) et le D.B.D. (Bauernpartei Deutschlands, parti paysan démocrate d'Allemagne). Avec les « organisations de masse » (syndicat unique, jeunesse, femmes, Ligue de la culture, etc …), ils forment ensemble, sous le contrôle du S.E.D., le Front national de la R.D.A., qui met au point, pour les élections, la liste unique soumise aux électeurs. La répartition des mandats à la Chambre du peuple se fait en fonction d'une clé préalablement établie.
Le pouvoir réel appartient, en fait, au Bureau politique du S.E.D. et au premier secrétaire du Comité central, Walter Ulbricht. La R.D.A. est par ailleurs soumise à la Commission de contrôle soviétique qui intervient directement dans ses affaires intérieures (sécurité, démontages, prélèvements sur la production courante).
Sous la conduite de W. Ulbricht, le S.E.D. se donne pour tâches premières de compenser les déséquilibres nés de la division (le plan de deux ans 1949-1950 favorise massivement le développement de l'industrie lourde), d'élargir le secteur d'État dans la production industrielle (il représente, à la fin de 1950, 60 % du P.N.B.) et d'affirmer la place de la R.D.A. par rapport à la R.F.A.
En 1952, le S.E.D. décide le passage à l'« édification du socialisme » : réorganisation du système territorial dans un sens centralisateur (les Länder sont remplacés par 15 districts), collectivisation des terres (à son achèvement en 1960, 14 000 coopératives regroupent un million de paysans), introduction du droit socialiste, création de la police populaire encasernée. Cette marche forcée vers le socialisme provoque de nombreux départs vers la R.F.A. (331 000 en 1953). La mort de Staline, en 1953, ouvre une période de flottement. Sous la pression soviétique, le S.E.D. proclame le 9 juin un « nouveau cours » qui bénéficie aux paysans, aux classes moyennes et aux intellectuels, mais pas à la classe ouvrière à laquelle une augmentation de 10 % des normes de travail reste imposée. Le 16 juin 1953, les ouvriers du chantier de la Stalinallee à Berlin-Est réclament la baisse des normes. La révolte se transforme le lendemain en soulèvement contre le régime. L'intervention des troupes soviétiques cause 21 morts.
En 1955, l'U.R.S.S. estime achevée la division de l'Allemagne. En réaction contre le réarmement de la R.F.A., elle crée le pacte de Varsovie, auquel adhère la R.D.A. En septembre est signé le traité sur les relations entre la R.D.A. et l'Union soviétique, qui accorde la souveraineté à la R.D.A. et confirme les droits et responsabilités de l'U.R.S.S. pour toute l'Allemagne. La Commission de contrôle soviétique est dissoute. En janvier 1956, la police populaire est transformée en armée nationale populaire, étroitement subordonnée au S.E.D. et placée sous le commandement unifié du pacte de Varsovie. À partir de 1956, l'économie est-allemande est plus fortement intégrée dans la division internationale du travail coordonnée par le Comecon. Les plans de confédération avec la R.F.A. (1956-1957) poursuivent l'objectif désormais prioritaire pour la R.D.A. : obtenir sa reconnaissance internationale.
À la mort de W. Pieck, en septembre 1960, la fonction de président de la République est remplacée par une présidence collective, le Staatsrat (Conseil d'État), organe de la Chambre du peuple aux fonctions exécutives et représentatives. Élu à la tête du Staatsrat, W. Ulbricht cumule dès lors les fonctions de chef défense (créé en février 1960) et de premier secrétaire du S.E.D.
En 1960, près de 200 000 citoyens de R.D.A. quittent leur pays. Ils sont 160 000 à prendre le chemin de la R.F.A. dans les sept premiers mois de 1961. Au total, de 1945 à 1961, près de 3 millions de personnes fuient l'Allemagne de l'Est, le plus souvent en passant par Berlin-Ouest. L'Union soviétique n'ayant pu imposer aux puissances occidentales un statut autonome pour Berlin-Ouest (ultimatum de Khrouchtchev en 1958), le 13 août 1961, la R.D.A. construit un mur enfermant Berlin-Ouest, pour arrêter l'hémorragie. De 1961 à 1974, 156 000 personnes seulement réussiront à fuir la R.D.A.
En 1964, Willi Stoph (S.E.D.) succède à O. Grotewohl, décédé, au poste de président du Conseil des ministres.
Assez rapidement, l'économie est-allemande se rétablit : en 1965, le P.I.B. est de 50 % supérieur à celui de 1958. W. Ulbricht engage la R.D.A. à dépasser le capitalisme.
Un « nouveau système économique de planification et de gestion » (en allemand Neues Ökonomisches System der Planung und Leitung, NÖSPL) doit, à partir de 1963, permettre d'accroître la productivité et la compétitivité des entreprises auxquelles il accorde une plus grande autonomie de gestion. Jamais pratiqué rigoureusement, il est remis en cause en 1967 et la R.D.A. retourne à la centralisation de la planification. En 1968, la R.D.A. se donne une nouvelle Constitution qui la définit comme un « État socialiste de nation allemande » et consacre en droit le rôle dirigeant du S.E.D. En août 1968, elle participe à la « normalisation » de la Tchécoslovaquie, mais ses troupes n'auraient pas pénétré en territoire tchécoslovaque.
Face à l'Ostpolitik de la R.F.A. en 1969-1970, W. Ulbricht maintient que la normalisation des rapports entre la R.F.A. et la R.D.A. passe par la reconnaissance en droit international de la R.D.A. Le 3 mai 1971, le Comité central du S.E.D. le démet de ses fonctions et nomme au poste de premier secrétaire E. Honecker. W. Ulbricht reste président du Conseil d'État.
Après la mort de W. Ulbricht (1973), W. Stoph est élu à la présidence du Conseil d'État et Horst Sindermann (S.E.D.) le remplace à la tête du gouvernement. Mais, à partir de 1976, E. Honecker cumule, comme son prédécesseur, les fonctions de secrétaire général du S.E.D., de président du Conseil de défense et de président du Conseil d'État. W. Stoph redevient président du Conseil des ministres et H. Sinderman est élu président de la Chambre du peuple.
En 1972, le S.E.D. nationalise la plupart des entreprises privées et semi-privées, qui subsistaient essentiellement dans l'artisanat et les services (à partir de 1976, il revient en partie en arrière et autorise la création de restaurants privés). Dans la ligne de son VIIIe Congrès (juin 1971), il favorise dans les années 1970 la consommation pour accroître le niveau de vie des ménages, ce qui n'est possible qu'au détriment des investissements, et pratique une politique nataliste (9 femmes sur 10 exercent alors une activité professionnelle).
La R.D.A. s'adapte à l'Ostpolitik de la R.F.A. : elle normalise ses relations avec elle (traité de 1972) et se démarque en affirmant sa spécificité socialiste (lutte contre la « social-démocratie »). Lors de la révision constitutionnelle de 1974, elle raye toutes les références à la nation allemande et se présente comme un « État socialiste des ouvriers et des paysans ». Elle ne remet cependant pas en cause l'accord de Berlin de 1951 qui confère à ses échanges commerciaux avec la R.F.A. le statut privilégié d'un commerce intérieur. Elle affirme la permanence de son alliance avec l'U.R.S.S. (article 6). Dans le traité d'amitié qu'elle passe avec celle-ci pour vingt ans, en 1975, elle adhère à la « doctrine Brejnev » de la souveraineté limitée des pays socialistes. Reconnue internationalement en 1973 (admission à l'O.N.U.), elle souscrit en 1975 aux accords d'Helsinki. En 1976, l'« affaire Biermann » (chanteur contestataire déchu de sa citoyenneté est-allemande lors d'une tournée en R.F.A.) met un terme à la libéralisation relative de la politique culturelle du S.E.D. et enclenche une politique de répression à l'égard de ceux qui demandent à quitter légalement la R.D.A., conformément aux accords d'Helsinki. Dans les « quatre points » de Gera (1980), E. Honecker réclame, en vain, la reconnaissance définitive de la R.D.A. par la R.F.A. (citoyenneté est-allemande spécifique, échange d'ambassadeurs). Au début des années 1980, il cherche à préserver les relations de la R.D.A. avec la R.F.A. des tensions Est-Ouest.
Pour mieux maîtriser la crise économique mondiale (l'U.R.S.S. aligne ses prix pétroliers sur les cours mondiaux et réduit ses livraisons à la R.D.A.) et l'accroissement de ses dépenses militaires (en liaison avec la double résolution de l'O.T.A.N.), la R.D.A. restructure son économie à partir de 1981 (création de « combinats » regroupant les entreprises d'un même secteur, disposant d'une plus grande autonomie de gestion et de fonds d'investissement propres). De 4,5 % en moyenne sur la période 1981-1985, la croissance chute à 2 % en 1989. Sur le plan intérieur, E. Honecker permet à un nombre croissant de personnes de quitter la R.D.A. (41 000 en 1984 contre 10 à 15 000 les années précédentes) et autorise plus largement les visites en R.F.A. pour raisons familiales aux personnes n'ayant pas atteint l'âge de la retraite.
La reprise des fuites à l'été 1989, via les ambassades de la R.F.A. en Pologne et en Tchécoslovaquie et par la frontière austro-hongroise, après le début de démantèlement, en mai, du « rideau de fer », provoque, peu après le 40e anniversaire de la fondation de la R.D.A., la chute de E. Honecker (18 octobre), remplacé à la tête du S.E.D. par Egon Krenz.
Les origines de la « révolution pacifique » de l'automne 1989 sont multiples : crise économique et de ravitaillement, incapacité du régime à se réformer et déception de voir la R.D.A. se fermer à la « nouvelle politique » pratiquée en Union soviétique par M. Gorbatchev, mais surtout recherche de la liberté et de la démocratie. Face aux fuites qui vont croissant (225 000 personnes d'août à novembre), les mouvements d'opposition qui, depuis la fin des années 1970, se sont constitués sous la protection des Églises protestantes et d'où sont issus le Nouveau Forum (créé en août), le S.D.P. (parti social-démocrate reconstitué dans la clandestinité en octobre), Renouveau démocratique, Démocratie maintenant, etc., se prononcent pour une transformation démocratique de la R.D.A. Au slogan « Nous voulons partir », ils substituent celui de « Nous voulons rester », puis celui de « Nous sommes le peuple ».
Le 8 novembre 1989, le Bureau politique du S.E.D. démissionne ; le Comité central en élit un nouveau et confirme à sa tête E. Krenz, élu le 24 octobre président du Conseil d'État. L'ouverture du mur de Berlin dans la nuit du 9 au 10 novembre précipite la dissolution du régime est-allemand. Lors des manifestations du lundi à Leipzig, un nouveau slogan s'impose : « Nous sommes un peuple », obligeant le gouvernement présidé depuis le 13 novembre par Hans Modrow (S.E.D.) à s'adapter à cette exigence d'unification de l'Allemagne, alors que la « table ronde » formée par le gouvernement et l'opposition tente encore de sauver l'État est-allemand. Le 1er décembre, la Chambre du peuple supprime le passage de l'article 1 de la Constitution garantissant le rôle de dirigeant du S.E.D. ; la R.D.A. cesse d'être une « démocratie populaire ». Le 3 décembre, le Bureau politique et le Comité central du S.E.D. démissionnent en bloc : le 5, le Front national se dissout et la direction du ministère de la Sécurité d'État (Stasi) démissionne à son tour ; le 6, E. Krenz abandonne la présidence du Conseil d'État. Lors d'un Congrès extraordinaire, le S.E.D. se transforme courant décembre en S.E.D.-P.D.S, parti du socialisme démocratique. Des élections générales sont prévues en mai 1990 mais, faute d'une légitimité démocratique, le gouvernement Modrow est contraint, en janvier 1990, de les avancer au 18 mars.
Le succès de l'Alliance pour l'Allemagne (47,8 % des voix, 192 sièges sur 400, contre 21,8 % au S.P.D. [le S.P.D. ayant repris son nom « historique » en janvier 1990] ; 16,3 % au P.D.S. ; 5,3 % aux libéraux et 2,9 % à l'Alliance 90 regroupant les mouvements de l'automne 1989), forgée en février par le chancelier Kohl pour rassembler la C.D.U., le Renouveau démocratique et la D.S.U. (filiale de la C.S.U. en R.D.A.), scelle le sort de la R.D.A. Le gouvernement de grande coalition formé par Lothar de Maizière, leader de la C.D.U. est-allemande, avec les sociaux-démocrates et les libéraux engage avec la R.F.A. un processus de réunification rapide (union économique, monétaire et sociale, juillet 1990). Les Länder de Brandebourg, Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, Saxe, Saxe-Anhalt et Thuringe sont reconstitués et adhèrent à la R.F.A. Berlin, réunifiée, redevient la capitale de l'Allemagne dont l'unification est proclamée le 3 octobre 1990.
L'unité étatique de l'Allemagne est réalisée par le traité d'unification du 31 août 1990 qui règle les modalités d'adhésion de la R.D.A. au système d'organisation politique de la R.F.A. Il déclare l'unité allemande achevée et fait de la Loi fondamentale adoptée par la R.F.A. en 1949 la Constitution de l'Allemagne unifiée. Le traité « 2 + 4 » signé à Moscou le 12 septembre 1990 par les deux États allemands et les quatre puissances victorieuses de 1945 (États-Unis, Grande-Bretagne, France et Union soviétique) règle les aspects extérieurs de l'unification. Il rend à l'Allemagne son entière souveraineté, tout en définissant son statut territorial et militaire : son territoire est circonscrit à celui de la R.F.A., de la R.D.A. et de Berlin ; l'Allemagne reconnaît définitivement la ligne Oder-Neisse comme sa frontière commune avec la Pologne ; elle renonce aux armes A, B et C (atomiques, biologiques et chimiques) et à toute guerre d'agression ; elle reste membre de l'O.T.A.N., au prix de la dénucléarisation du territoire est-allemand, et limite ses forces armées à 370 000 hommes.
Les premières élections générales allemandes (décembre 1990) consacrent l'unité du pays et confirment la coalition chrétienne-libérale au pouvoir, H. Kohl étant réélu à la chancellerie.
Le chancelier Kohl se donne pour objectif de financer par l'emprunt la mise à niveau des nouveaux Länder de l'Est, convaincu qu'il suffit d'assurer la transition vers un régime économique libéral pour y provoquer un miracle économique semblable à celui qu'a connu l'Allemagne de l'Ouest après 1948. Le passage d'une économie planifiée vers une économie sociale de marché décentralisée apparaît bientôt beaucoup plus difficile, plus long et plus coûteux que prévu. Quand, fin 1994, l'office fiduciaire chargé de la privatisation du patrimoine est-allemand, la Treuhandanstalt, met un terme à ses activités, il peut s'enorgueillir d'avoir réussi en un temps record ce qui passait pour une mission impossible : sur les 12 000 entreprises représentant 45 000 établissements après déconcentration, il en privatise un peu plus de la moitié, en restitue environ 13 % à leurs anciens propriétaires et en liquide près d'un tiers, le seul grand problème non résolu restant celui de la privatisation des biens fonciers. Mais la Treuhand a rempli sa mission au prix d'une politique de désindustrialisation qui n'a maintenu en Allemagne de l'Est que quelques noyaux durs compétitifs, des « cathédrales dans le désert ». La densité industrielle passe de 277 emplois pour 1 000 habitants en 1989 à 56 pour 1 000 en 1995. Trois millions d'emplois sont ainsi supprimés dans les secteurs primaire et secondaire.
Malgré une politique active de traitement social du chômage (retraites anticipées, recyclages, travaux d'utilité collective, etc.), celui-ci reste extrêmement élevé dans les nouveaux Länder, oscillant dès 1992 autour de 15 %, pour un nombre total de chômeurs de l'ordre de 1,2 million.
Parallèlement, les salaires augmentent à l'Est proportionnellement plus vite que la productivité du travail, atteignant en moyenne, en 1998, 70 % du niveau ouest-allemand pour une productivité à peine supérieure à la moitié de celle de l'Ouest.
Les transferts financiers massifs d'Ouest en Est (140 milliards de marks en moyenne annuelle) obligent le gouvernement Kohl à recourir à l'impôt. Le fossé entre Allemands de l'Ouest pressurés et Allemands de l'Est, mal payés et mal aimés, s'approfondit et l'endettement public s'accroît considérablement. La dette cumulée de l'État fédéral, des Länder et des communes passe de mille milliards de marks en 1989 à plus de deux mille milliards en 1998.
Après avoir pleinement profité de la demande est-allemande au début de la décennie, l'économie ouest-allemande connaît en 1993 la récession la plus sévère de son histoire, avec une croissance négative de −1,9 % du P.I.B. Dans les années suivantes, la reprise de la croissance ne permet pas de résorber le chômage qui frappe de 2,5 à 3 millions de personnes à l'Ouest. La croissance, au départ plus élevée à l'Est avec un taux de l'ordre de 8 % à 10 % de 1992 à 1994, s'essouffle à partir de 1995 et tombe aux alentours de 2 % de 1996 à 1998. Unification et chômage permettent une vague de dérégulations au cours de la décennie, qui, à l'occasion, met à mal le « consensus social » proverbial des Allemands.
Habituée pendant la période de coexistence pacifique à n'envisager le règlement des conflits internationaux que par la négociation, l'Allemagne a du mal à s'adapter aux conditions d'un monde qui cesse d'être bipolaire et à accepter l'idée d'ingérence internationale au nom de principes humanitaires. Elle refuse de participer à la guerre du Golfe (1991) autrement que par un soutien financier et la mise à disposition de l'Alliance de matériels militaires.
En 1994, deux événements lui donnent les coudées plus franches : au mois d'août, les derniers soldats russes quittent le territoire est-allemand ; peu auparavant, le tribunal constitutionnel de Karlsruhe a autorisé l'armée fédérale à intervenir en dehors de la zone de l'O.T.A.N, dès l'instant que l'Allemagne agit de concert avec ses alliés, sous le couvert d'un mandat international et avec l'assentiment du Bundestag. Après avoir participé à une action sanitaire au Cambodge en 1992 et à une première opération de maintien de la paix en Somalie en 1993, la Bundeswehr s'engage, à partir de 1995, dans des opérations de contrôle en mer et dans les airs dans le cadre des conflits dans l'ex-Yougoslavie.
La politique étrangère de l'Allemagne cherche à satisfaire des obligations sinon d'égale priorité, du moins complémentaires : poursuivre l'intégration européenne, avec la ratification des traités de Maastricht (1993) et d'Amsterdam (1997) et la mise en route de la monnaie européenne (malgré des réticences notoires de l'opinion allemande, hostile à plus de 60 % à la disparition du Deutsche Mark) et en permettre l'élargissement à l'Est, sans négliger son approfondissement par la réforme des institutions européennes ; maintenir le lien transatlantique avec les États-Unis tout en développant parallèlement, sous couvert de l'O.T.A.N., une défense européenne propre ; normaliser ses relations avec ses voisins de l'Est, condition de la sécurité en Europe ; développer l'aide au tiers-monde.
Au début des années 1990, le sentiment général est que le système traditionnel des partis politiques a vécu. La montée de l'abstentionnisme et des votes protestataires ainsi que le recul de la fidélisation des électeurs favorisent les partis d'extrême droite (Republikaner et D.V.U., Union allemande du peuple) ou des formations nouvelles plaidant pour une politique non-politicienne de proximité des électeurs (Stattpartei, Ligue des électeurs libres, etc.). La montée de l'extrémisme sur fond de violences xénophobes à l'Est (Hoyerswerda en 1991, Rostock en 1992) et à l'Ouest (Solingen, Mölln, Lübeck en 1993-1994) semble irrésistible.
En mai 1994, le chrétien-démocrate Roman Herzog est élu président de la République ; il succède en juillet à R. von Weizsäcker. Les élections fédérales d'octobre ne confirment pas la poussée de l'extrême droite : malgré une volonté de changement diffuse qui s'est exprimée tout au long de l'année dans la personne de Rudolf Scharping (S.P.D.), la coalition chrétienne-libérale du chancelier Kohl sort certes affaiblie du scrutin (C.D.U.-C.S.U. : 41,5 % des voix ; F.D.P. : 6,9 %), mais l'emporte encore d'une longueur et gouverne, sans être jamais réellement mise en difficulté. Les élections fédérales de septembre 1998 montrent plus nettement encore que, tout en évoluant vers un pluripartisme modéré (5 partis sont représentés, pour la deuxième fois consécutive, au Bundestag), l'Allemagne reste gouvernable : S.P.D. (40,9 % des voix) et Verts (6,7 %) ont, à eux seuls, la majorité des sièges au Parlement fédéral, leur permettant de former un gouvernement. Face à une alternative crédible, au bout de seize années de gouvernement Kohl, les électeurs allemands votent nombreux (avec un taux de participation de 82,3 %) et les partis d'extrême droite restent insignifiants (1,8 % pour Die Republikaner). Le succès du S.P.D. de Gerhard Schröder ramène la C.D.U.-C.S.U. (35,2 %) à son niveau électoral le plus bas depuis 1950.
Après avoir mené sa campagne électorale au centre, Gerhard Schröder est élu chancelier en octobre 1998 par une coalition S.P.D.-Verts nettement plus à gauche. Il engage une politique de réduction du déficit budgétaire, de lutte contre le chômage et de modernisation prudente alors que son ministre des Finances, Oskar Lafontaine, qui est en même temps président du S.P.D., défend une politique néo-keynésienne plus délibérément sociale.
Le conflit trouve sa solution en mars 1999, quand Oskar Lafontaine démissionne brutalement de ses fonctions de ministre et de président de parti. Hans Eichel le remplace au ministère des Finances et G. Schröder prend la tête du S.P.D. en avril. En mai, Johannes Rau (S.P.D.) succède au chrétien-démocrate R. Herzog à la présidence de la République.
Sanctionné pour ses débuts hésitants, G. Schröder essuie une série de défaites lors des élections régionales en Hesse de février 1999, lors des élections européennes de juin et enfin lors des élections régionales, notamment en Thuringe et en Saxe, de septembre. Le scandale qui éclate à propos du financement de la C.D.U., mettant en cause, fin 1999, l'ancien chancelier H. Kohl, provoque un renversement de tendance. Peu à peu, le chancelier trouve son style et affirme son rôle de leader au sein de son parti comme du gouvernement. Mais les succès que le S.P.D. rencontre lors des élections régionales de mars 2001 en Bade-Wurtemberg et en Rhénanie-Palatinat se font au détriment des Verts, en recul sur trois années consécutives. Paradoxalement, Joschka Fischer (Bündnis 90/Die Grünen) détient la cote de popularité la plus élevée ; celui-ci s'affirme à la tête du ministère des Affaires étrangères comme un fin diplomate dans la tradition de ses prédécesseurs libéraux.
Dès 1999, la coalition S.P.D.-Verts parvient à faire adopter, au prix de quelques concessions, deux de ses projets de réformes les plus emblématiques : elle négocie avec les producteurs d'énergie une sortie du nucléaire civil étalée sur vingt ans et innove en introduisant le droit du sol dans un Code de la nationalité fondé depuis 1913 uniquement sur le droit du sang.
En revanche, les résultats sont moins probants en matière économique et sociale. La politique d'austérité budgétaire menée par le ministre des Finances, Hans Eichel, qui se donne pour objectif de faire 190 milliards de marks d'économies de 2000 à 2003, ne suffit pas, début 2002, à éviter à l'Allemagne un rappel à l'ordre de la Commission européenne, l'ensemble de ses déficits publics frôlant le seuil des 3 % du P.I.B. autorisé par le pacte européen de stabilité. Le gouvernement fédéral met ce dérapage au compte de l'endettement des Länder et propose un « pacte national de stabilité » entre l'ensemble des collectivités territoriales. Malgré un « pacte pour l'emploi » qui convie, sous l'égide du chancelier, les partenaires sociaux à élaborer en commun des solutions aux problèmes de la croissance et de l'emploi, le gouvernement ne parvient pas davantage à faire décroître durablement le chômage.
Après une embellie en 2001, le nombre des chômeurs repasse, début 2002, au-dessus de la barre des 4 millions. Le gouvernement ne réussit pas non plus à faire décoller l'économie des nouveaux Länder, malgré les effets positifs des multiples aides gouvernementales et des transferts financiers effectués de l'Ouest vers l'Est. Le fossé entre l'Est et l'Ouest n'est toujours pas comblé, ce qui explique largement les succès électoraux du P.D.S. qui recueille, comme parti post-communiste, entre 20 % et 25 % des suffrages.
Au moins la réforme fiscale qui court sur les années 1998-2005 devrait provoquer en sept ans une décharge fiscale des ménages les moins favorisés de 56,8 milliards d'euros et faire bénéficier les P.M.E.-P.M.I. d'une décharge de 15,8 milliards d'euros. Mais la réforme dont les effets sont dilués dans le temps n'incite guère les ménages à accroître leur consommation.
D'autres réformes ne trouvent pas l'écho que leurs initiateurs en attendaient, soit qu'elles arrivent trop tôt soit qu'elles paraissent insuffisantes. Pour que les retraites restent finançables à l'avenir, le gouvernement introduit le principe de capitalisation à côté de celui de répartition : à chaque salarié de se garantir un complément de retraite adapté à ses besoins, à charge pour l'État de l'inciter à le faire par des subventions. Les produits proposés par les banques restent peu demandés dans l'attente de la mise en place de fonds d'entreprises cogérés par les syndicats. De même l'équivalent du pacs français, contesté par des Länder chrétiens-démocrates, n'a pas convaincu plus de 3 000 couples homosexuels depuis son entrée en vigueur en août 2001.
C'est dans la définition de ses responsabilités internationales et des missions de son armée que le gouvernement de Gerhardt Schröder fait évoluer l'Allemagne le plus fortement. Le 25 février 1999, le Bundestag décide avec les voix du S.P.D., de la C.D.U./C.S.U., du F.D.P. et de la majorité des députés Verts de participer aux opérations militaires de l'O.T.A.N. dans le cadre du conflit du Kosovo. Pourtant la décision prend les partis de la coalition gouvernementale, traditionnellement pacifistes, à contre-pied. Ils ne suivent le gouvernement que par raison humanitaire, pour mettre un terme aux expulsions pratiquées au Kosovo par la Serbie. À partir de juin 1999, l'Allemagne a la responsabilité de la zone sud du Kosovo et des Allemands sont amenés à assurer des responsabilités civiles et militaires à Priština. Après les attentats du 11 septembre 2001, le gouvernement Schröder soutient sans réserve la politique des États-Unis en Afghanistan et autorise la participation d'une unité de soldats d'élite (151 hommes) aux côtés des troupes américaines. Début 2002, 7 000 soldats allemands participent dans les Balkans à des missions de maintien de la paix ou d'interposition (KFOR au Kosovo, SFOR en Bosnie-Herzégovine, Amber Fox en Macédoine). Un millier de soldats participent à l'ISAF à Kaboul tandis que plus de 1 600 hommes, pour l'essentiel de la Marine fédérale, sont associés au Koweït, au Kenya et au large de la Corne de l'Afrique à l'opération « Paix durable » contre le terrorisme international. La Bundeswehr compte également une douzaine d'hommes en Géorgie dans le cadre d'une mission d'observation de l'O.N.U. (UNOMIG). Cette évolution correspond au retour à la normalité internationale d'une Allemagne jusqu'alors partagée entre l'abstinence militaire, par respect du passé, et l'acceptation d'un rôle international plus marqué. La réforme de la Bundeswehr, induite par la réduction de ses effectifs à 370 000 hommes et par ses nouvelles missions, marque pourtant le pas. En outre, sa professionnalisation croissante provoque en 2002 un débat sur l'opportunité de la transformer en une armée de métier, d'autant qu'elle n'appelle plus sous les drapeaux qu'un nombre limité des jeunes d'une même classe d'âge et que le nombre des objecteurs de conscience dépasse à nouveau la centaine de milliers par an.
Sous le gouvernement Schröder, comme sous le gouvernement Kohl, la politique étrangère de l'Allemagne continue d'être dictée par son attachement à la relation avec les États-Unis (à l'exclusion toutefois d'une participation directe aux opérations militaires contre l'Iraq), son engagement pour la poursuite de la construction politique de l'Union européenne et son élargissement vers l'Est, afin de créer une zone de stabilité politique et sociale dans les pays d'Europe centrale et orientale. La relation franco-allemande semble de ce fait parfois négligée : si elle ne peut être « exclusive » selon les termes mêmes du chancelier, elle reste pourtant « privilégiée ». Le débat sur une Constitution pour l'Europe fait ressurgir de nombreux malentendus entre une France jacobine et une Allemagne dont la mise en avant de son modèle fédéral est souvent perçue comme une tentative hégémonique d'imposer ses choix à l'Europe. Conçu comme un modèle d'équilibre entre les pouvoirs, le fédéralisme est aussi controversé aujourd'hui en Allemagne, à vrai dire, non dans son principe, mais en raison des lenteurs et des lourdeurs qu'il provoque dans la prise de décision politique.
Tenue pour perdante avant l'été 2002, la coalition gouvernementale dirigée par le chancelier Schröder l'emporte, lors des élections législatives de septembre, d'une très courte longueur sur l'alliance forgée par les chrétiens-démocrates, conduits par le ministre-président bavarois Emund Stoiber (C.S.U.) et les libéraux. Le S.P.D. et la C.D.U.-C.S.U. réalisent, à 6 000 voix près, le même score : 38,5 % des voix, tandis que les Verts (9 %) l'emportent nettement sur les libéraux (7,4 %). Au total, la coalition S.P.D.-Verts ne dispose guère plus que de 306 sièges sur 603 au Bundestag. La participation a, certes, baissé de 3,1 points par rapport à 1998, mais elle reste élevée (79,1 %), la campagne électorale ayant dramatisé les enjeux au point d'en faire un scrutin décisif pour l'avenir de l'Allemagne. Le chancelier sortant, Gerhard Schröder, a davantage collé à l'électorat allemand, refaisant au cours de l'été son handicap en occupant le terrain lors des inondations, qui frappent l'est de l'Allemagne au mois d'août, et en refusant, alors même qu'il n'a pas été sollicité, de participer à toute guerre contre l'Iraq.
Le chancelier voit dans l'intervention américaine une agression contraire au droit international, puisque non couverte par un mandat de l'O.N.U. Il souhaite laisser aux inspecteurs onusiens le temps de vérifier s'il existe bien des armes irakiennes de destruction massive, et, au besoin, de les démanteler. G. Schröder prend ainsi, pour la première fois dans l'histoire de l'Allemagne depuis 1945, le risque d'une crise majeure de confiance avec les États-Unis. Inédite, cette prise de position choque les plus anciens parmi les chrétiens-démocrates, restés reconnaissants aux Américains d'avoir protégé l'Allemagne contre le danger communiste pendant la guerre froide. La décision de ne participer à aucune guerre contre l'Iraq s'inscrit dans la continuité de la politique étrangère définie jusqu'alors par le gouvernement Schröder, aucune intervention de la Bundeswehr n'étant considérée comme une fin en soi, et l'Allemagne continuant de privilégier la négociation plutôt que l'intervention armée. L'Allemagne ne renonce pas, pour l'avenir, à toute intervention militaire. Elle reste fidèle à la ligne tracée depuis 1994 d'une prise croissante de responsabilités aux côtés de ses alliés (plus de 10 000 soldats allemands sont engagés en 2005 dans les Balkans, au Kosovo en particulier, en Afghanistan et dans la lutte contre le terrorisme). Le gouvernement fédéral se sait, en l'occurrence, au parfait diapason de son opinion publique, majoritairement hostile à une intervention contre l'Iraq, mais qui, de 1991 à 2002, a fortement évolué. Si en 1991, 56 % des Allemands plaidaient encore pour une « politique de réserve », contre 31 % pour « plus de responsabilité », les proportions se sont inversées en 2002 : 41 % d'entre eux souhaitent que l'Allemagne prenne plus de responsabilité et 29 % seulement préconisent la « réserve ». C'est dans la logique de cette prise de responsabilité croissante que le chancelier Schröder réclame en 2005, dans le cadre de la réforme de l'O.N.U., un siège permanent pour l'Allemagne au Conseil de sécurité.
Le conflit irakien, s'il distend momentanément les liens entre l'Allemagne et les États-Unis, rapproche par contre l'Allemagne de la France, comme cela apparaît lors de la célébration du quarantième anniversaire du traité de l'Élysée, le 22 janvier 2003. À cette occasion, un secrétariat général chargé de coordonner la coopération franco-allemande est mis en place : il a vocation à préparer non plus de simples « sommets franco-allemands » mais de véritables conseils des ministres franco-allemands, chargés en particulier d'élaborer des propositions communes pour faire avancer l'intégration européenne. En avril 2003, l'Allemagne, la France et le Luxembourg, réunis en mini-sommet à Bruxelles, préconisent la création d'une Agence européenne de développement et d'acquisition de capacités militaires, ce qui provoque la méfiance des pays principalement favorables à l'ancrage dans l'O.T.A.N., tels que la Pologne. Au demeurant, le conflit irakien, en divisant l'Europe face aux sollicitations américaines, a montré la fragilité du « triangle de Weimar », une entreprise de lobbying de l'Allemagne et de la France pour faciliter l'entrée de la Pologne dans l'O.T.A.N., puis dans l'Union européenne. En décembre 2003, l'Allemagne, la Grande-Bretagne et la France parviennent cependant à un accord sur la création d'une cellule de planification militaire de l'Union européenne, qui permettrait à celle-ci de conduire des opérations militaires sous couvert de l'O.T.A.N. L'élargissement de l'U.E. vers l'Est, le 1er mai 2004, relativise l'impact européen de la coopération franco-allemande en démultipliant pour tous les pays membres les possibilités d'alliance et la recherche de domaines propices à la pratique d'une « coopération renforcée ». Le 1er mai, l'Allemagne a pu se prévaloir du fait qu'elle faisait déjà avec l'ensemble des nouveaux pays entrants plus de commerce qu'avec les États-Unis, ses exportations vers ces derniers ayant été quadruplées en une douzaine d'années.
Lors de la visite du président Bush en Europe, en février 2005, la querelle germano-américaine n'est pas vidée, mais elle est neutralisée. La politique étrangère allemande, plus que jamais multilatérale, est aussi plus allemande, tout en restant européenne : elle est le dénominateur commun à des paramètres nationaux, européens et mondiaux dans un contexte de globalisation, qui incite les konzerns allemands à chercher partout dans le monde – que ce soit en Asie, en Afrique et dans les pays arabes – à provoquer des rééquilibrages en faveur de l'Allemagne (voyages du chancelier Schröder en Chine en décembre 2004 et dans les pays du Golfe persique en février-mars 2005).
En pleine campagne électorale 2002, G. Schröder avait fait des réformes du marché du travail – rapidement élaborées par une commission présidée par Peter Hartz –, la panacée de la lutte contre le chômage, qui atteignait la barre des 4 millions au mois de juillet. L'application en revenait au nouveau ministre de l'Économie, Wolfgang Clement, ancien ministre-président de Rhénanie du Nord-Westphalie. La classe politique allemande est divisée sur les réformes à mener. Le chancelier, soutenu par les Verts, privilégie les mesures structurelles contenues dans le programme intitulé Agenda 2010, et destinées à assouplir le marché du travail tout en allégeant le coût de l'État providence. Les syndicats et l'aile gauche du S.P.D. réclament un plan de relance de l'économie.
Fin 2004, la mise en œuvre du module Hartz IV, prévoyant la fusion du système d'indemnisation des chômeurs de longue durée et de celui de l'assistance sociale, met le feu aux poudres. La réforme est particulièrement impopulaire en Allemagne de l'Est, où les chômeurs réclament la démission du chancelier. Lors de toutes les élections régionales, le S.P.D. essuie des échecs cinglants : − 10,3 points en Hesse et − 14,5 points en Basse-Saxe en février 2003, − 6 points à Hambourg en février 2004, − 13,6 points en Sarre, − 7,4 points dans le Brandebourg en septembre 2004. L'opposition détient, dès février 2003, 41 des 69 mandats du Bundesrat, sans lequel aucun projet de loi important ne peut être voté. En septembre 2003, les élections en Bavière se sont transformées en triomphe pour Edmund Stoiber (C.S.U. : 60,7 %), tandis que le S.P.D. (19,6 %) essuyait un revers de plus. Lors du congrès du S.P.D. à Bochum (novembre 2003), de nombreux délégués expriment leur malaise face à la fuite des adhérents (− 300 000 sur dix ans), aux échecs électoraux répétés du parti et face à la politique du gouvernement, qu'ils jugent contraire aux principes fondateurs de la social-démocratie : solidarité et équité sociale. Ils réélisent néanmoins Gerhard Schröder à la présidence du S.P.D. avec 80,8 % des suffrages (8 points de moins qu'en 2001). En mars 2004, ce dernier en démissionne au profit de Franz Müntefering dans l'espoir de rétablir un minimum de confiance avec la base du parti et les syndicats.
En mai 2004, l'élection à la présidence fédérale de Horst Köhler, ancien président du F.M.I., soutenu par les chrétiens-démocrates et les libéraux, traduit l'évolution du rapport de forces en Allemagne. Aux élections européennes de juin 2004, le S.P.D. est à nouveau sanctionné (− 9,2 points), mais la C.D.U.-C.S.U. – parti traditionnellement pro-européen –, l'est également (− 4,2 points), parce que jugée favorable à un train de réformes sociales plus drastiques encore que celles du gouvernement. Les élections de Saxe sont l'occasion en septembre 2004 d'évolutions inattendues : le S.P.D. – clairement distancé par le parti post-communiste, le P.D.S. (23,6 %) – ne dépasse pas 10 % des suffrages et reste loin derrière la C.D.U. (41,1 %) ; il entre pourtant au gouvernement, la C.D.U. ayant besoin de son appoint pour constituer le gouvernement. Ce qui est à l'origine d'une vive polémique, début 2005, de la part de la C.S.U. qui reproche au gouvernement Schröder d'avoir favorisé la montée du néonazisme en ne combattant pas suffisamment le chômage et en contrôlant de manière laxiste les frontières.
En février 2005, le S.P.D. ne perd, lors des élections régionales du Schleswig-Holstein, que 4,4 points, les Verts restant stables. Malgré le succès des chrétiens-démocrates (+ 5 points), ceux-ci ne détiennent pas avec les libéraux la majorité des suffrages pour gouverner. Chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates sont alors contraints de former ensemble à Kiel un gouvernement de grande coalition, dirigé par Peter Harry Carstensen (C.D.U.). En mai 2005, l'échec cuisant du S.P.D. aux élections régionales de Rhénanie du Nord-Westphalie (37,1 % des suffrages [− 5,7 points] contre 44,8 % à la C.D.U. [+ 7,8 points]) – Land le plus peuplé d'Allemagne et bastion social-démocrate depuis une quarantaine d'années – pousse le chancelier Gerhard Schröder à convoquer des élections législatives anticipées. Pourtant, au lendemain de ce scrutin, c'est une coalition associant C.D.U.-S.P.D. et F.D.P. qui, donnée largement gagnante par les sondages au cours de l'été 2005, semble devoir l'emporter. Mais le discours crûment néolibéral de la candidate chrétienne-démocrate à la chancellerie, Angela Merkel, soutenue par son conseiller P. Kirchhoff, effraie plus d'un sympathisant chrétien-démocrate.
Le 18 septembre, les deux grands partis perdent tous deux des voix : − 4,3 points pour le S.P.D., avec 34,2 % des suffrages, et − 3,3 points pour la C.D.U.-C.S.U., avec 35,2 % des suffrages. Malgré la nette progression du F.D.P. (+ 2,5 points, 9,8 % des voix), cela ne suffit pas à former un gouvernement chrétien-libéral. Finalement, après deux mois de négociations et de multiples péripéties, A. Merkel est élue, le 22 novembre 2005, chancelière d'Allemagne à la tête d'une « grande coalition » C.D.U.-C.S.U. et S.P.D. sur un programme empreint de la marque social-démocrate plutôt que libérale, mais non sans contradictions : des mesures de relance de l'économie peuvent en effet être neutralisées par des mesures d'austérité. A. Merkel a pour vice-chancelier Franz Müntefering, nommé aux Affaires sociales, mais celui-ci abandonne, en cours de négociations, la présidence du S.P.D. au ministre-président du Brandebourg, Matthias Platzeck, en raison de querelles intestines entre droite et gauche du parti. Une nouvelle formation fait son entrée au Bundestag, Die Linke (« la Gauche »), issue de l'alliance entre le P.D.S. et une initiative qui se comprend – au nom de l'équité sociale – comme une alternative à la social-démocratie (W.A.S.G.). L'ancien président dissident du S.P.D., O. Lafontaine, en assume la présidence, avec Lothar Bisky, et la direction du groupe parlementaire au Bundestag avec Gregor Gysi. Avec 8,7 % des suffrages, Die Linke occupe la quatrième place au Bundestag devant les Verts (8,1 %) et derrière le F.D.P.
Le succès de Die Linke modifiait déjà alors les paramètres du système politique allemand. Son entrée dans les parlements régionaux de l'Ouest, à Brême (8,4 % des voix) en mai 2007 mais surtout en Basse-Saxe (7,1 %) et en Hesse (5,1 %) en janvier, puis à Hambourg (6,6 %), en février 2008, pose désormais la question de la gouvernance d'une Allemagne confrontée à un système de cinq partis contre trois jusqu'à la fin des années 1970 puis 4 depuis le début des années 1980. En Basse-Saxe, l'émergence de Die Linke n'a pas empêché la reconduction de la coalition C.D.U.-S.P.D., conduite par C. Wulff (C.D.U.) ; à Hambourg, pour la première fois, la C.D.U. s'est alliée aux Verts (Grüne alternative Liste, G.A.L.) pour former le gouvernement ; en Hesse, en revanche, elle a provoqué un match nul entre les deux grands partis qui détiennent au Landstag de Wiesbaden le même nombre de députés malgré un léger avantage en voix de la C.D.U. (36,8 %) par rapport au S.P.D. (36,7 %). Tandis que le ministre-président sortant, Roland Koch (C.D.U.), assure l'intérim, Ursula Ypsilanti (S.P.D.) envisage de se faire élire à l'automne 2008 ministre-présidente à la tête d'une coalition S.P.D./Verts, tolérée par Die Linke. Comme elle en avait exclu la possibilité pendant la campagne électorale, ce projet provoque un profond malaise au sein du S.P.D. et n'est pas étranger à la crise qui conduit au retrait, en septembre 2008, de Kurt Beck de la présidence du S.P.D. au profit de son rival, F. Müntefering, soutenu par F.-W. Steinmeier, candidat nominé du S.P.D. à la chancellerie pour les élections fédérales de septembre 2009. En Bavière, Die Linke n'entre pas au Landstag régional de Munich, mais il y atteint 4,3 % des voix, un résultat impensable il y a seulement un an. La débâcle de la C.S.U. qui, avec 43,4 % des voix, perd 17,3 points et, ce faisant, une majorité absolue détenue depuis près d'un demi-siècle, ne lui a pas profité autant qu'aux autres petites formations politiques : le F.D.P. (8 %) fait sa rentrée au parlement régional pour la première fois depuis 14 ans, les Verts obtiennent 9,4 %, tandis que les Associations d'électeurs libres – des dissidents de la C.S.U. – atteignent 10,2 % des voix. Quant au S.P.D., il réalise son plus mauvaise score depuis 1945 : 18,6 %.
La question est posée au plan fédéral : qui avec qui et pour faire quoi ? Les programmes ne sont pas oubliés, mais la question de la coalition la mieux placée pour gouverner l'Allemagne à compter de 2009 devient essentielle. Chacun étudie les alliances possibles : C.D.U./F.D.P., C.D.U./F.D.P./Verts (la jamaïcaine, par référence au drapeau noir, vert, jaune de la Jamaïque) ou S.P.D./Verts/F.D.P., les partis établis excluant du jeu Die Linke. À moins que la Hesse serve de nouveau modèle, ce que la centrale berlinoise du S.P.D. veut exclure pour garder une chance de ne pas perdre les élections fédérales de 2009. Personne ne semble souhaiter la reconduction de la « grande coalition » alors qu'un système de partis à cinq n'en rend pas l'éventualité plus improbable.
Le programme de gouvernement de la « grande coalition » porte depuis sa mise en place davantage la marque du parti social-démocrate ; pourtant les réformes profitent plus aux chrétiens-démocrates : un premier train de réformes du fédéralisme redéfinit les compétences du pouvoir central et des Länder auxquels revient, à nouveau presque exclusivement, la compétence en matière d'éducation et de culture ; l'interdiction de fumer dans les lieux publics est réglée par un accord entre Länder, alors que la fédération avait cru pouvoir légiférer dans ce domaine (l'Allemagne est un des derniers pays européens à adopter cette mesure). Un deuxième train de réformes, beaucoup plus délicates parce que touchant à la répartition des impôts entre fédération, Länder et communes, est à l'étude. La réforme du système de santé prévoit la mise en place d'un fonds alimenté par les cotisations et assurant le financement des caisses d'assurance-maladie.
À mi-parcours, la « grande coalition » fait de la lutte contre le réchauffement climatique un de ses principaux chevaux de bataille. Les chrétiens-démocrates redécouvrent dans ce contexte la « sortie de la sortie du nucléaire » ; ils souhaitent prolonger la durée de fonctionnement des centrales nucléaires les plus modernes et les plus récentes au-delà de ce que prévoit la loi votée en son temps par le S.P.D. et les Verts. Le sujet est d'autant plus brûlant qu'une ancienne secrétaire d'État verte, Margareta Wolf, et même J. Fischer, estiment qu'il n'est pas possible de fonder la politique énergétique d'une grande puissance industrielle sur les seules énergies renouvelables et que le refus de prendre en compte le nucléaire civil et la houille conduit à une « impasse stratégique ». La « grande coalition » met également au centre de ses préoccupations une meilleure insertion de la population immigrée en Allemagne tout en prônant une politique d'immigration choisie. Dans le même temps, l'Allemagne est confrontée à la question de la pauvreté croissante des enfants et des jeunes et à la précarisation de certaines catégories de retraités, une conséquence directe d'une des réformes mise en œuvre dans le cadre de l'Agenda 2010 du chancelier Schröder (Hartz IV). Dans un contexte de morosité sociale, malgré un recul sensible du chômage (moins de 3,5 millions de chômeurs en 2008 contre 4,5 millions en 2006) qui devrait se confirmer en 2009, malgré la crise financière, l'Allemagne, réputée être un des pays le moins touchée par les grèves, en a connu au cours des années 2007-2008. Les plus spectaculaires ont frappé, à l'initiative du Syndicat des conducteurs de locomotives (GdL), le secteur des chemins de fer.
C'est surtout en politique étrangère que la chancelière s'impose rapidement, pratiquant un parler plus franc que diplomatique, notamment sur la politique nucléaire de l'Iran ou sur la prison de Guantánamo. Si elle cherche à renforcer le lien transatlantique avec les États-Unis et marque une plus grande distance par rapport à la Russie, à qui elle reproche de faire cavalier seul dans le domaine de la politique énergétique, elle se situe, en matière de relations avec la France, davantage dans la continuité du gouvernement Schröder, qui les voulait privilégiées sans être exclusives. A. Merkel confirme la volonté de l'Allemagne de prendre pleinement ses responsabilités dans le monde (envoi de soldats de la Bundeswehr pour surveiller le déroulement des élections en République démocratique du Congo [juillet-octobre 2006] dans le cadre d'une mission de l'Union européenne, envoi d'avions de reconnaissance Tornado dans le sud de l'Afghanistan à compter du printemps 2007). L'Allemagne affiche son souci de n'être plus simplement un partenaire fiable mais encore un partenaire qui prend part à la décision et s'implique, par ses propositions, dans la solution des conflits (voyages de F.-W. Steinmeier, ministre des Affaires étrangères S.P.D., en Israël et en Palestine en juillet sur fond de guerre au Liban, en Syrie en décembre 2006 sur fond de crise avec l'Iran). Elle s'affirme ainsi comme puissance de médiation civile qui ne refuse pas, quand il le faut, de recourir à la force aux côtés de ses alliés. L'Allemagne de A. Merkel – qui a bénéficié de la sympathie de très nombreux visiteurs lors de la Coupe du monde de football à l'été 2006 – utilise habilement la présidence du Conseil européen et du G8 au premier semestre 2007 pour démontrer la capacité de la première puissance économique européenne à définir un agenda politique de sortie de crise de l'Union européenne : fin mars 2007, la chancelière reçoit les 26 chefs d'État à Berlin pour le cinquantième anniversaire du traité de Rome (déclaration de Berlin). Les années 2007-2008 conduisent la chancelière à adopter une politique étrangère plus pragmatique, faisant l'expérience avec la Chine de ce qu'il en coûte de recevoir à la chancellerie le dalaï-lama (septembre 2007). Toutefois, le refroidissement temporaire des relations diplomatiques germano-chinoises n'affecte pas durablement les échanges commerciaux. A. Merkel doit également davantage compter avec son ministre des Affaires étrangères, F.-W. Steinmeier, depuis que celui-ci est le candidat social-démocrate à la chancellerie.
Aix-la-Chapelle, Augsbourg, Bamberg, Berlin, Brême, Cologne, Dresde, Eisenach, Erfurt, Francfort-sur-le-Main, Fribourg-en-Brisgau, Görlitz, Hildesheim, Lübeck, Magdebourg, Munich, Naumburg, Nuremberg, Ottobeuren, Potsdam, Ratisbonne, Rothenburg, Trèves, Weimar, Worms, Würzburg.
Holbein l'Ancien, Lochner, M. Pacher (Autrichien), les Parler, Schongauer (Alsacien), V. Stoss, Riemenschneider, K. Witz.
Altdorfer, Baldung-Grien, Burgkmair, les Cranach, Dürer, Grünewald, Holbein le Jeune, les Vischer.
Les Asam, J. M. Fischer, I. Günther, A. R. Mengs, J. B. Neumann, D. et J. B. Zimmermann.
L. Corinth, C. D. Friedrich, Leibl, L. von Klenze, Menzel, Schinkel.
Barlach, Beckmann, Beuys, Behrens, O. Dix, M. Ernst, Gropius, Grosz, H. Haacke, Kiefer, Kirchner, Marc, Mies van der Rohe, Nolde, S. Polke, Richter, Schwitters, Wols.
Bauhaus, Der Blaue Reiter, Die Brücke, l'école nazaréenne, les Nouveaux Fauves.
La Chanson des Nibelungen, Maître Eckart, les Minnesänger.
Luther : traduction de la Bible, Hans Sachs.
Grimmelshausen : Simplicius Simplicissimus, Martin Opitz.
J. C. Gottsched, Lessing Wieland.
Herder, Klinger, J. R. M. Lenz.
A. von Arnim, C. Brentano, Eichendorff, Goethe, les frères Grimm, Hölderlin, E. T. A. Hoffmann, Jean Paul, H. von Kleist, Novalis, Schiller, W. A. et F. Schlegel.
T. Fontane, S. George, G. Hauptmann, H. Heine.
G. Benn, H. Böll, B. Brecht, H. Hesse, E. Jünger, G. Kaiser, H. Mann, T. Mann, A. Seghers, B. Strauss.
A. Andersch, G. Grass, S. Hermlin, U. Johnson, H. W. Richter, M. Walser, C. Wolf.
Frege, Hegel, Marx, Nietzsche, Schelling, Schopenhauer.
Art du chant des Minnesänger puis des Meistersänger ; plain-chant.
Lieder et choral luthérien.
D. Buxtehude, J. J. Froberger, J. Pachelbel, S. Scheidt, J. H. Schein, H. Schütz.
J. S. Bach, G. F. Händel, W. A. Mozart, J. Stamitz (école de Mannheim), G. P. Telemann.
Création de l'opéra romantique. L. van Beethoven, J. Brahms, F. Mendelssohn, R. Schumann, R. Strauss, R. Wagner, C. M. von Weber.
H. W. Henze, P. Hindemith, K. Stockhausen, K. Weill, B. A. Zimmermann.
R. Fassbinder, W. Herzog, F. Lang, F. Murnau, G. W. Pabst, V. Schlöndorff, W. Wenders.
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