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Drapeau du Danemark

Danemark

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Carton de situation

Danemark
en danois Danmark
Nom officiel : royaume du Danemark

État d'Europe septentrionale baigné par la mer du Nord, le Danemark est séparé de la Norvège par le Skagerrak et de la Suède par le Cattégat. Il est limité au sud par l'Allemagne.

Superficie : 43 000 km2
Nombre d'habitants : 5 550 000 (estimation pour 2010)
Nom des habitants : Danois
Capitale : Copenhague
Langue : danois
Monnaie : krone (couronne danoise)

Chef de l'État : Marguerite II

Chef du gouvernement : Helle Thorning-Schmidt

Nature de l'État : monarchie constitutionnelle à régime parlementaire

Constitution :

 Entrée en vigueur : 5 juin 1953

Institutions

Exécutif

Chef de l'État : roi

Chef du gouvernement : Premier ministre

Législatif

 Folketing

GÉOGRAPHIE

Le milieu naturel

Entièrement tourné vers la mer, doté de 7 400 km de côtes, le Danemark comprend plus de 500 îles (les principales étant celles de Sjaelland, Fyn, Lolland, Falster, Møn et Bornholm) et est rattaché à l'Europe au niveau du Jylland (Jütland) par un étroit pédoncule de 68 km de large. Le Danemark est ainsi soumis à de nombreux problèmes de communications, résolus, parfois par des ouvrages d'art importants (viaducs reliant notamment le Jylland à Fyn ou l'île de Falster à celle de Sjaelland), souvent par les ferry-boats.

   Cette configuration géographique explique le caractère très océanique du climat. Malgré la latitude élevée, les températures restent douces : la moyenne de janvier oscille entre −1 et +1 °C, tandis que celle de juillet varie entre 15 et 17 °C. Les précipitations sont relativement abondantes toute l'année : elles s'expliquent par la fréquence du passage des perturbations liées au front polaire.

   Toutefois, une division climatique régionale s'impose entre la côte ouest du Jylland, très océanique, et le Danemark des détroits, accusant des caractéristiques climatiques plus continentales (400 mm de précipitations à l'est contre 800 mm à l'ouest, maximum de précipitations en août et été plus chaud). D'autre part, la rigueur des hivers se fait surtout sentir dans le Jylland et à l'intérieur des îles plus vastes ; quant au littoral, sa douceur relative dépend de l'extension des glaces de mer : si la mer du Nord ne gèle qu'exceptionnellement, il n'est pas rare qu'en janvier et février les détroits de la Baltique soient pris par les glaces.

   Les différences actuelles du paysage sur cet archipel, dans l'ensemble dépourvu de reliefs notables, sont dues à des phénomènes glaciaires ; la couverture sédimentaire aplanie n'a pas été un obstacle à l'extension des glaces quaternaires, et, pourtant, le Danemark se trouve à la limite de la calotte scandinave würmienne. Cette limite est matérialisée par une bande morainique formant une longue croupe boisée culminant à 170 m (point culminant du pays) et divisant le Jylland en deux paysages très nets : à l'ouest, les landes et les tourbières de la plaine alluviale préglaciaire ; à l'est, les buttes et les lacs traduisant toutes les formes de relief glaciaire. Après la transgression postglaciaire, la Baltique a communiqué directement avec la mer du Nord, tapissant en grande partie le Danemark de sédiments marins ; toutefois, le relèvement marin postglaciaire a sensiblement rétréci les détroits danois, leur donnant leur forme actuelle. Là encore, une opposition ouest-est existe : d'une part, la côte occidentale du Jylland, plate, basse, couverte de dunes ; d'autre part, les côtes orientales, correspondant aux dépôts glaciaires, creusés de rigoles envahies par la mer.

Une économie prospère

En raison de la faiblesse de la demande intérieure, l'économie du Danemark est essentiellement tournée vers l'extérieur et se trouve donc exposée aux aléas du marché mondial. Les indicateurs économiques sont plutôt satisfaisants : un faible déficit budgétaire (3 %), une balance des paiements positive, une inflation vaincue, une monnaie nationale (krone) forte et stable, une reprise des commandes industrielle. Seul l'endettement reste considérable. Si le Danemark est un pays traditionnellement agraire, la répartition des emplois est cependant caractéristique des États industrialisés : en effet, 3 % de la population active travaillent aujourd'hui dans le secteur primaire, 24 % dans le secondaire et 73 % dans le tertiaire (dont 31 % dans le secteur public et 38 % dans le secteur privé), les services représentant également les deux tiers du produit national brut (P.N.B.). Le Danemark possède le niveau de vie le plus élevé de l'Union européenne (U.E.) après le Luxembourg et s'est doté d'un système de prestations sociales très développé. Mais le maintien d'un État providence généreux risque d'être compromis, dans un proche avenir, par l'accroissement du nombre des retraités. Bien que la population danoise soit très urbanisée, Copenhague est la seule véritable grande ville. Århus, Ålborg et Odense sont les seules autres villes de plus de 100 000 habitants.

Le secteur primaire, l'atout traditionnel de l'industrie danoise

Avec 3 % des emplois et 18 % des exportations, l'agriculture et la pêche sont des éléments moteurs de l'économie danoise dans la mesure où elles ont largement contribué au développement industriel du pays.

Une agriculture moderne, fondée sur l'élevage et l'exportation

La modernisation de l'agriculture, dans les années 1980, s'est accompagnée d'une diminution des emplois agricoles. Cependant, malgré une nouvelle législation en 1989 favorisant le regroupement des exploitations, 75 % des fermes avaient encore moins de 50 hectares au cours de la dernière décennie. La plupart ont un caractère familial : seules 16 % d'entre elles emploient des salariés à plein-temps. Grâce au climat océanique tempéré et à un potentiel favorable (64 % du territoire sont mis en culture, ce qui est considérable), la production agricole du Danemark dépasse largement la demande locale. Les cultures maraîchères et fruitières sont en plein essor et répondent aux besoins d'une population à 85 % urbaine. Les céréales (orge, blé, seigle) représentent 60 % des terres cultivées, les plantes à tubercules, 10 %, l'herbage, 9 %, les prairies artificielles et les plantes fourragères, 15 %. Une grande part de ces cultures est destinée au bétail. L'élevage joue en effet un rôle prépondérant dans l'agriculture danoise. Le lait a été longtemps la ressource principale (beurre, fromages), mais l'imposition de quotas communautaires dès 1977 a favorisé l'élevage porcin.

La pêche, un secteur non négligeable

Par l'importance de ses prises, le Danemark arrive au treizième rang mondial. Le nombre d'emplois reste très modeste, mais la pêche génère de nombreuses activités industrielles. La flotte est moderne mais désormais en surcapacité du fait de la réduction des stocks. Les espèces comestibles les plus pêchées sont la morue, le hareng, le sprat, le maquereau et la plie, mais le Danemark est surtout spécialisé dans la production de farine et d'huile. Plus de 80 % des prises de poissons proviennent de la mer du Nord et du Skagerrak. Les ports principaux se trouvent sur la côte ouest du Jylland (ou Jütland) : Esbjerg, Thyborøn, Hanstholm, Hirtshals et Skagen. La pêche constitue également une activité essentielle au Groenland et dans les îles Féroé. Une large part de la production est exportée, fournissant, en valeur, près de 4 % du total des exportations.

L'agroalimentaire, première activité industrielle du pays

L'agroalimentaire est le secteur industriel le plus développé. Le Danemark est ainsi le premier fournisseur mondial de conserves de viande et de poisson ainsi que de bacon. Les secteurs de la meunerie, de la panification et de la biscuiterie sont également très performants tandis que les céréales, les pommes de terre et les betteraves ont induit la production industrielle de bière (Carlsberg, Tuborg), d'aquavit et de sucre. Les fabriques de cigarettes et de cigares, quant à elles, sont les héritières d'une longue tradition.

Des industries de pointe tournées vers l'extérieur

Les ressources de l'industrie danoise

Pendant longtemps, le Danemark s'est cru pauvre en matières premières. Des découvertes de pétrole et de gaz naturel dans la mer du Nord lui permettent désormais de couvrir ses besoins en hydrocarbures et même d'en exporter. Elles ont surtout réduit les importations énergétiques (charbon), de sorte que le pays a pu renoncer aux installations nucléaires. Dépourvu, en revanche, de gisements de métaux, disposant de peu de bois (10 % du territoire) et de rares rivières exploitables, le Danemark cherche à contrebalancer ses faibles ressources naturelles en s'appuyant sur une main-d'œuvre hautement qualifiée. Il investit essentiellement dans les énergies renouvelables (vent, soleil) et exporte son savoir en matière d'énergie éolienne. L'industrie de récupération des déchets est performante et le recyclage du papier fournit plus de 80 % de la matière première nécessaire à la fabrication papetière. L'intérêt pour la protection de l'environnement (épuration de l'eau, suppression des déchets chimiques) est également devenu rentable.

Des industries hautement spécialisées et vouées à l'exportation

L'internationalisation et le transfert de technologie constituent, depuis quelques années, les bases du développement industriel. Ainsi, la récente diversification de l'industrie danoise s'est principalement axée sur le développement des créneaux compétitifs à forte valeur ajoutée. Aujourd'hui, 45 % des biens produits sont exportés, représentant 75 % de la valeur totale des exportations. Les secteurs de pointe tels que la biotechnologie ou la technologie de l'information sont privilégiés.

   Après l'agroalimentaire, les principaux secteurs industriels sont la métallurgie et l'ingénierie. D'abord concentrées autour de Copenhague, ces dernières se sont répandues dans le reste du pays, notamment sur la côte est du Jylland, autour d'Ålborg et d'Århus, seconde ville du pays. Si la sidérurgie décline, les équipements hydrauliques et thermiques, la bureautique et les machines-outils sont en pleine expansion. L'ingénierie mécanique (moteurs, machines industrielles, thermostats…) et l'industrie chimique (pétrochimie, pharmacie, engrais, matières plastiques) sont les secteurs qui connaissent le taux de croissance le plus élevé. En revanche, les industries textiles subissent la concurrence des pays émergents et de l'Europe centrale.

Le commerce international support de l'État providence ?

Un commerce extérieur équilibré mais fragile

La pénurie relative de matières premières contraint le Danemark à importer de grandes quantités de minerais pour satisfaire les besoins de son industrie et à exporter une part importante de sa production pour financer ses importations. Ceci explique que, ramené au nombre d'habitants, le commerce extérieur danois occupe le premier rang mondial. Partisan du libre-échange, le Danemark défend cette position, particulièrement cruciale pour lui, au sein de l'O.C.D.E., de l'U.E. et aux négociations de l'O.M.C. Cependant, afin de diminuer la dépendance économique du pays vis-à-vis de la conjoncture internationale, les entreprises danoises multiplient les investissements à l'étranger. De son côté, le gouvernement cherche à favoriser l'implantation d'industries étrangères sur le territoire national.

Un État providence fragilisé ?

Les deux tiers du P.N.B. danois proviennent des prestations de services publics et privés tandis que le dernier tiers est lié aux activités de production. Le secteur public voit ses dépenses presque couvertes par les recettes fiscales. Celles-ci proviennent des impôts sur le revenu et des taxes sur les transactions de marchandises et les prestations de services. La pression fiscale est parmi les plus élevées au monde et incite donc au travail au noir. Les gouvernements, indépendamment de leur tendance politique, cherchent à la diminuer en encourageant, notamment, la privatisation d'une partie du secteur public (postes et télécommunications).

   L'État providence danois connaît cependant des signes de faiblesse. Pour garantir le niveau des allocations, les dépenses publiques restent élevées. Certes, le chômage a diminué grâce aux préretraites, aux possibilités de suspension temporaire du travail (études, congés parentaux…) et, surtout, à la réforme de l'assurance-chômage qui oblige les jeunes Danois à accepter un emploi ou à commencer un apprentissage professionnel. Mais il y a eu peu d'embauches et le système de retraites est à repenser. En effet, la population, dont l'espérance de vie est de 77 ans, a un taux de natalité insuffisant pour garantir sa croissance si bien que la population active, qui alimente les caisses de retraites, a tendance à diminuer alors que le nombre de retraités s'accroît.

HISTOIRE

1. Des origines aux Vikings

Des vestiges préhistoriques attestent de la présence humaine au Danemark depuis environ 10 000 ans (campement de chasseurs de rennes). Sur la côte danoise ont été mis au jour les restes d'une civilisation de pêcheurs. L'âge du bronze (vers le milieu du IIe millénaire-seconde moitié du Ier millénaire avant J.-C.) voit l'épanouissement d'une culture très élaborée, connue en particulier grâce aux tombes du Jylland et dont les objets d'art (char solaire de Trundholm, par exemple) qui nous sont parvenus permettent d'apprécier le raffinement. Le territoire du Danemark est également riche en monuments mégalithiques. L'âge du fer est marqué par l'influence de la culture celtique. À la fin de la protohistoire, le Danemark est occupé par plusieurs peuples germaniques : Jutes, Angles, Cimbres. Ces derniers envahissent, dès le IIe s. avant J.-C., la Gaule et l'Espagne après avoir battu les armées romaines. L'Empire romain étend son influence sur le Danemark après l'expédition de la flotte d'Auguste commandée par Tibère. Les Angles, refoulés par les Vikings venus de Scandinavie, colonisent avec les Saxons l'île de (Grande-)Bretagne au IIIe s. Au VIe s. apparaît la première dynastie danoise, très mal connue, dans l'île de Sjaelland, qui, la première, connaît l'influence de la Scanie, avant le reste du pays. Les expéditions maritimes et fluviales des Vikings, auxquelles participent les Danois, commencent à se faire connaître sur les côtes européennes à partir de la fin du VIIIe s. La royauté qui se constitue à cette époque et qui s'étend au sud-ouest de la Suède et au Slesvig actuel résiste à l'expansion des Francs vers la mer Baltique. Le roi Hemming (successeur de Godfred) conclut en 811 un traité avec l'Empire carolingien qui fixe la frontière du Danemark sur l'Eider. Pour défendre celle-ci, un rempart en terre, fortifié, est érigé, le Danevirke, qui représente, jusqu'au XIXe s., dans la conscience danoise, la frontière du pays face au monde allemand. Ainsi, la présence d'infrastructures importantes atteste de la présence d'une forte autorité centrale au Jylland au début de l'ère viking. Liées aux améliorations des techniques en architecture navale et vraisemblablement à des modifications socio-économiques et démographiques, les expéditions des marchands-guerriers vikings débouchent sur des colonisations, notamment en France, où on les appelle les « hommes du Nord », ou « Normands » (Normandie). Les IXe et Xe s. sont dominés par les expéditions maritimes (Vikings) qui amènent des richesses favorables au développement économique et des villes.

2. La christianisation et la consolidation du royaume (Xe-XIes.)

Sous l'effet de contacts accrus avec l'Occident, des changements profonds s'opèrent au Xe s. Une royauté dont le foyer est à Jelling (Jylland) unifie le Danemark et impose un protectorat à la Norvège méridionale et aux Slaves de la côte poméranienne. Son premier représentant, Gorm l'Ancien, fondateur de la dynastie qui règne encore aujourd'hui, est païen, mais son fils Harald Blåtand (« à la dent bleue ») accepte vers 965 le christianisme venu d'Allemagne en se faisant baptiser. Une organisation militaire stricte permet au fils d'Harald, Sven Ier à la Barbe fourchue, de conquérir l'Angleterre en 1013-1014. Son fils, Knud le Grand, règne sur l'Angleterre (1016-1035), le Danemark (1018-1035) et la Norvège (1028-1035). Le lien noué avec l'Angleterre a une importance capitale, dans les domaines religieux (achèvement de la conversion), intellectuel, économique (apparition de villes, de la monnaie) et politique : la mort de Knud rompt ce lien et la grande préoccupation des rois danois pendant la décennie qui suit est de le rétablir. L'Angleterre s'affranchit de la tutelle danoise dès 1042. Le Danemark rompt avec les formes d'organisation de l'époque viking et entre dans la chrétienté latine.

3. Expansion et prospérité (XIe-XIes.)

De la fin du XIe à la fin du XIIe s., la royauté danoise se rapproche des monarchies occidentales. Une culture latine se diffuse grâce au clergé. Sven II Estridsson (1047-1074) s'attache à réorganiser l'Église afin d'affermir le pouvoir royal. Un archevêché est créé à Lund en 1103. Le roi Niels Svensson (1104-1134) institue une chancellerie, crée une armée féodale et une administration d'aristocrates terriens. Cependant la Couronne, jusqu'en 1160, reste l'objet de violentes querelles de succession. Toutefois, malgré le chaos politique, le royaume se développe économiquement : les villes se multiplient, des terres nouvelles sont défrichées, nombre d'églises et monastères sont édifiés.

   Avec l'« ère des Valdemar » (1157-1241), le Danemark devient l'égal des monarchies occidentales. C'est la plus brillante période de son histoire médiévale. Elle est marquée par une collaboration étroite de la Couronne, de l'Église et de l'aristocratie. Valdemar Ier le Grand (1157-1182), initiateur de cette restauration de la puissance de la monarchie danoise, mène une politique d'expansion dans la mer Baltique : conquête de l'île de Rügen et de points d'appui sur la côte poméranienne. Copenhague est fondée en 1165. Valdemar II le Victorieux (1202-1241) fait codifier les lois et établit un inventaire fiscal du royaume. À l'extérieur, il établit sa domination sur les rives de la Baltique jusqu'en Estonie où est fondé Reval (1219). Sous son règne, le Danemark développe un commerce florissant basé sur la pêche du hareng et l'élevage des chevaux, entraînant la fondation de villes nouvelles. Mais les conquêtes territoriales ne peuvent être conservées face à la vigueur de l'expansion allemande. Valdemar II échoue contre celle-ci en Holstein, à Bornhöved en 1227, ce qui ouvre une nouvelle ère de troubles.

   Entre 1241 et 1340, les alliances qui ont permis le succès des Valdemar se dénouent. La Couronne perd son autorité face à la noblesse et aux archevêques de Lund. En 1282, le roi Erik V Klipping est contraint de signer une charte qui limite le pouvoir royal et institue un parlement de nobles. Bientôt la classe dirigeante est dominée par une chevalerie immigrée du Holstein et du Mecklembourg tandis que les villes comptent de plus en plus de bourgeois allemands. Le rétablissement du Danemark comme puissance politique de la Baltique est réalisé par Valdemar IV (1340-1375), qui parvient à reconstituer l'unité du royaume tombé dans l'anarchie.

   En effet, il redresse la situation sur des bases nouvelles, en profitant des faiblesses des autres États scandinaves et en canalisant à son profit l'énergie de l'aristocratie guerrière. Il récupère les provinces de Scanie, Blekinge et Halland (1360), et conquiert l'île suédoise de Gotland, pillant la ville hanséatique de Visby (1361). Toutefois, la mobilisation des villes de la Hanse, entrées en guerre contre le Danemark (1368-1370), met en échec son hégémonie : la Hanse garde le contrôle du Sund pendant quinze ans.

   Le mariage de la fille de Valdemar, Marguerite, avec Haakon VI Magnusson, roi de Norvège, prépare l'union des Couronnes du Nord.

4. L'Union de Kalmar (1397-1814)

À la mort de Valdemar IV, en 1375, Olav II, fils de Marguerite, est élu roi du Danemark ; sa mère assure la régence. Elle la cumule avec celle de Norvège à la mort de son mari (1380). Ainsi, elle devient reine des deux États à la mort d'Olav en 1387 ; cette union va durer jusqu'en 1814. En 1389, après avoir vaincu le roi Albert de Mecklembourg, elle obtient la Couronne de Suède. En 1397, elle impose l'Union de Kalmar, placée sous l'autorité de son petit-neveu Erik de Poméranie (règne personnel de 1412 à 1439).

   Cette union politique des trois royaumes a pour intérêt commun de combattre l'hégémonie allemande sur la Baltique. Le peu de cohésion qu'elle possède vient de la prépondérance militaire danoise, de l'influence économique de la Hanse et de la concordance des intérêts dans les milieux dirigeants des trois aristocraties. Au Danemark, les villes et la noblesse en sont les principaux bénéficiaires, la paysannerie en porte le poids fiscal élevé et l'autonomie de la culture danoise est largement sacrifiée.

   Le règne d'Erik de Poméranie est marqué par les guerres contre les comtes de Holstein et les villes hanséatiques d'une part, par les troubles de la Suède d'autre part. Les rois de l'Union résident au Danemark, mais le meilleur de leur temps est absorbé par la tâche de maintenir les Suédois dans l'obéissance. L'ultime tentative de reprise en main de la Suède s'achève par le « bain de sang de Stockholm », assassinat de 82 chefs du parti hostile à l'Union (1520), qui précipite la dissolution de l'Union. Elle prend définitivement fin en 1523 : la Suède gagne son indépendance lors d'une révolte contre Christian II, menée par Gustave Vasa, élu roi de Suède.

4.1. La fin de l'hégémonie danoise dans la région de la Baltique

En 1523, Christian II est destitué du trône. Le règne de Frédéric Ier (1523-1533), son successeur, est troublé par les tensions religieuses, sociales et politiques provoquées par la pénétration du luthéranisme. Celles-ci aboutissent à une guerre civile, dite « guerre des comtes » (1534-1536), opposant Danois et Lübeckois. À son terme, Christian III, soutenu par la noblesse danoise et par la flotte suédoise, parvient à prendre possession de son royaume. Pendant son règne (1534-1559), la Réforme est adoptée au Danemark, le roi devenant le chef de l'Église dont les biens sont sécularisés au profit de la Couronne. Par ailleurs, à partir de cette époque, les rois du Danemark conçoivent la Norvège comme une province danoise. Quant aux duchés du Slesvig (Schleswig) et du Holstein, ils sont partagés entre Christian III et ses frères (1544).

4.2. La rivalité dano-suédoise pour la domination de la Baltique

Au milieu du XVIe s., la hausse des prix a pour corollaire l'enrichissement de la monarchie et de la noblesse. Le trafic baltique s'intensifie et le trésor royal s'enrichit du péage du Sund, perçu à Elseneur sur les navires traversant les détroits. Loin de l'empêcher, ces transformations et ces améliorations exacerbent la rivalité dano-suédoise qui débouche sur la guerre nordique de Sept Ans (1563-1570). La paix blanche de Stettin, qui met un terme au conflit, marque la fin de la domination hanséatique en Baltique. Les hostilités entre les deux monarchies pour la maîtrise de la Baltique reprennent de 1611 à 1613 et se soldent par l'exonération des taxes de passage du Sund pour les Suédois (paix de Knäred). Face aux Hollandais qui remplacent vite les Hanséates, Christian IV (1588-1648) fonde des compagnies commerciales, des villes de marchands, des comptoirs d'outre-mer (Tranquebar en Inde) et fait construire une puissante flotte de navires de guerre.

   L'intervention de Christian IV dans la guerre de religion en Allemagne aux côtés des protestants en 1620 entraîne le pays dans la guerre de Trente Ans. Il est vaincu à plusieurs reprises et la paix de Lübeck (1629) l'engage à ne plus intervenir en Allemagne. La continuelle rivalité avec la Suède conduit encore aux guerres suédoises de 1643 à 1645 et de 1657 à 1660, dans lesquelles le Danemark perd des îles de la Baltique et des territoires sur la péninsule scandinave, à l'exception de la Norvège. C'est la fin de l'hégémonie danoise sur la Baltique, qui devient un lac suédois.

4.3. La monarchie absolue

Les conséquences économiques des défaites danoises sont importantes. La classe commerciale, touchée par la perte de marchés étrangers, se joint à la monarchie pour réduire les privilèges de la noblesse. En 1661, la monarchie absolue est instaurée ; la noblesse perd son exemption d'impôts et son droit au monopole des fonctions administratives. La Constitution de 1665 proclame l'égalité de tous les Danois (à l'exception des paysans) devant le roi. De nombreuses réformes de l'administration et des finances sont engagées. En 1683, le Code danois remplace les anciennes lois provinciales.

   Sous Christian VI (1730-1746), le pays connaît un net essor économique : création d'un comptoir à Canton (1730), fondation de colonies sur la côte africaine et aux îles Vierges (Antilles), défrichement de nouvelles terres en Norvège. De plus, au XVIIIe s., le Danemark entame la colonisation du Groenland. En 1733, le Stavnsbandet (attachement obligatoire du paysan à sa résidence d'origine) est institué. Le début de despotisme éclairé est l'œuvre de ministres réformateurs allemands attirés à Copenhague par Sophie, épouse de Christian IV.

   Frédéric V (1746-1766) mène une politique de neutralité qui favorise l'expansion économique du pays. Puis, Johann Friedrich Struensee, médecin et conseiller du roi Christian VII (1766-1808), impose au pays un régime de despotisme éclairé. Son œuvre de réorganisation (abolition du servage et des corporations, reconnaissance des libertés individuelles et de la presse, tolérance religieuse, humanisation de la justice, etc.) est brutalement stoppée après son renversement et sa mise à mort (1772).

   En 1784, un coup d'État met en place, sous la régence du prince héritier (futur roi Frédéric VI de 1808 à 1839), un gouvernement libéral qui poursuit une politique pacifique et progressiste : réforme scolaire, abolition du servage (1788), redistribution des terres et amélioration des techniques agricoles, interdiction au pays de se livrer à la traite des Noirs (1792). La nouvelle législation assure la prospérité des fermiers, jetant les jalons de la formation d'une classe moyenne et d'une nouvelle structure agraire, armature de la société démocratique du XIXe s.

4.4. Les guerres napoléoniennes et les pertes territoriales danoises

Pendant les guerres napoléoniennes (1799-1815), le Danemark, membre de la ligue des Neutres, s'oppose aux Britanniques. Ces derniers bombardent Copenhague en 1801 et contraignent le pays à sortir de la Ligue. En 1807, les Anglais bombardent à nouveau la capitale danoise, qui doit livrer sa flotte, laquelle est entièrement détruite. En conséquence, le Danemark s'allie à Napoléon et participe à l'attaque franco-russe contre la Suède. Par la paix de Kiel (1814), il cède Helgoland aux Britanniques et la Norvège à la Suède. En retour, il reçoit la Poméranie suédoise, plus tard échangée avec la Prusse contre le duché de Lauenburg.

   En 1814, le Danemark se retrouve pauvre et mutilé, son commerce outre-mer est ruiné et la majeure partie de sa flotte commerciale est détruite. Par ailleurs, le traité de Vienne de 1815 donna en possession personnelle au roi le Slesvig et le Holstein, ce qui le fit entrer dans la Confédération germanique.

5. La monarchie constitutionnelle et la question des duchés

Le règne de Christian VIII (1839-1848) est une période pacifique et prospère, troublée vers la fin par les progrès de l'influence allemande dans les duchés. Frédéric VII (1848-1863), sous la pression des mouvements consécutifs aux révolutions européennes de 1848, est contraint d'accorder une Constitution de tendance démocratique. Le Danemark devient donc une monarchie constitutionnelle. La Constitution est commune au Danemark, au Slesvig et au Holstein. Du coup, les séparatistes des duchés, appuyés par la Prusse, se soulèvent. La question ne se règle qu'après la guerre des Duchés, qui oppose, en 1864, la Prusse et l'Autriche au Danemark. Au traité de Vienne d'octobre 1864, celui-ci doit céder les trois duchés (Slesvig, Holstein et Lauenburg) et la ville de Kiel à ses deux adversaires.

6. L'avènement du parlementarisme

En 1866, la Constitution danoise est amendée au profit de la Chambre haute (Landsting), élue au suffrage restreint, qui détient désormais plus de pouvoir que la Chambre basse (Folketing), où dominent les partis populaires. Un conflit de près de trente ans débute entre ces assemblées, notamment à propos des crédits de défense nationale.

   À la fin du XIXe s., le commerce, l'industrie et les finances reprennent. Une nouvelle orientation de l'économie agricole, axée sur l'élevage et la production de produits laitiers dans le cadre des coopératives, parvient à sortir l'agriculture de la crise qu'elle a subie pendant la décennie 1880. Un grave conflit du travail (1899) aboutira à un accord général qui institue une législation d'arbitrage entre patrons et travailleurs. Après 1880, c'est le parti social-démocrate, nouvellement organisé, qui joue un rôle majeur dans le mouvement ouvrier et dans la lutte pour une Constitution démocratique. Le principe d'un gouvernement parlementaire est reconnu en 1901, enterrant ainsi la longue bataille politique entre la Couronne et le Landsting d'un côté et le Folketing de l'autre.

7. La construction de la social-démocratie (XXe s.)

Le XXe s. est marqué par la construction d'un État providence lentement remis en cause par la crise économique. D'un point de vue international, la neutralité danoise du début du siècle s'est transformée, non sans opposition et remise en question, en un engagement aux côtés des Occidentaux et en une intégration régionale européenne.

   La défaite des conservateurs aux élections de 1901 oblige le roi à faire appel à la gauche modérée pour former un ministère : J. H. Deuntzer (1901 à 1905), puis Jens Christian Christensen (1905 à 1908) dirigent successivement le gouvernement. Mais la gauche est divisée et, en 1903, le parti radical s'en détache. Durant le règne de Frédéric VIII (1906-1912), le débat sur la défense nationale domine la vie politique. En 1912, Christian X monte sur le trône et y demeure jusqu'en 1947. En 1913, un gouvernement à majorité radicale arrive au pouvoir. Le Danemark reste neutre dans le premier conflit mondial. En 1915, une importante réforme donne le droit de vote aux femmes et institue l'élection du Landsting au suffrage universel.

   En 1916, le Danemark vend ses îles antillaises aux États-Unis et, en 1918, il reconnaît l'indépendance de l'Islande mais continue à exercer un contrôle sur sa politique étrangère, le roi danois restant le chef de l'État islandais. En 1919, c'est la liquidation de la grande propriété par une nouvelle législation foncière. En 1920, le Danemark bénéficie du traité de Versailles, qui décide de la restitution du Slesvig septentrional au Danemark après référendum.

   Un désaccord intervenu sur la division du Slesvig (1920) entraîne le renvoi du ministère radical, qui est remplacé par un gouvernement de gauche. Celui-ci fait voter des lois sociales importantes (assurance maladie, chômage et retraite). De 1924 à 1940, sauf pendant une courte période, le pays est gouverné par les sociaux-démocrates, dirigés par Thorwald Stauning. Celui-ci développe une politique active d'intervention contre le chômage – qui touche 30 à 35 % des ouvriers – et contre la crise économique générée par le protectionnisme britannique et la crise mondiale de 1929. Les nouvelles lois sociales de 1933 (congés payés, réformes scolaires, etc.) font du Danemark un État socialement très avancé.

7.1. La Seconde Guerre mondiale

En mai 1939, le Danemark signe un pacte de non-agression de dix ans avec l'Allemagne nazie. Cependant, en avril 1940, les Allemands envahissent le pays. Le gouvernement légal demeure en place et l'Allemagne prétend instaurer un protectorat modèle. Christian X, pour éviter la prise du pouvoir par les nazis, fait à l'occupant des concessions ruineuses pour le pays mais protège efficacement la communauté juive. Les Américains sont autorisés à utiliser les bases du Groenland tandis que les Britanniques occupent les îles Féroé. En 1942, à la mort de T. Stauning, Erik Scavenius devient chef du gouvernement. John Christmas Møller appelle à la résistance à partir de la BBC de Londres. Cette résistance provoque la rupture avec l'occupant : le gouvernement démissionne, l'armée allemande a les pleins pouvoirs et le roi est assigné à résidence (1943). Les Danois sabordent alors leur flotte. Les nazis, maîtres du pays, persécutent les Juifs, qui, pour la plupart, se réfugient en Suède. Un Conseil de la liberté du Danemark, regroupant tous les partis politiques, se constitue.

   En 1944 l'Islande, à la suite d'un référendum national, coupe tous ses liens avec le Danemark et proclame la république.

8. La prépondérance des sociaux-démocrates (1950-1968)

Dès la libération, en mai 1945, le régime monarchique constitutionnel est rétabli. Un gouvernement provisoire regroupe résistants et anciens membres du gouvernement. En 1947, Frédéric IX devient roi. Le gouvernement revient aux sociaux-démocrates qui sont désormais présents dans la plupart des gouvernements suivants. Ils réussissent à se maintenir au pouvoir, bien que n'obtenant rarement la majorité absolue, soit par le biais de gouvernements minoritaires, soit par des coalitions temporaires.

   En 1953, une nouvelle Constitution est adoptée. Elle crée un Parlement unicaméral (Folketing), qui permet aux femmes d'accéder au trône. Le Groenland devient une province danoise (il deviendra autonome en 1979). Le conflit aux îles Féroé s'achève par la victoire électorale des partisans de l'union avec le Danemark.

   Sur le plan économique, la prospérité des années 1950-1960 facilite la mise en œuvre d'un programme de réalisations sociales fondé sur le concept de « bien-être productif ». Le coût des réformes provoque des tendances inflationnistes contre lesquelles le gouvernement lutte par le renforcement d'une fiscalité déjà lourde et par l'accroissement du déficit budgétaire.

9. L'ère des gouvernements de coalition (1968-1982)

Quatre décennies de domination du parti social-démocrate prennent fin lors des élections de 1968. Hilmar Baunsgaard, à la tête du parti libéral radical, forme un gouvernement de coalition qui dirige le pays jusqu'en 1971. Jens Otto Krag, social-démocrate, reprend alors les rênes du pays. Le roi Frédéric IX décède en 1972 et sa fille, Marguerite II, lui succède. Cette même année, J. O. Krag démissionne et est remplacé par le social-démocrate Anker Jørgensen. En 1973, l'entrée dans le Marché commun européen implique une vaste réorganisation de l'économie et provoque un mécontentement populaire et des troubles sociaux, provoqués par la hausse générale des prix. La gauche et la droite, incapables de détenir une majorité de voix, font reposer leurs gouvernements sur un fragile équilibre de cabinets de coalition, nés de fréquentes consultations électorales anticipées. Les sociaux-démocrates perdent des voix aux élections de 1973 et Poul Hartling, un libéral, forme un gouvernement minoritaire. Aux élections de 1975 cependant, A. Jørgensen retrouve le pouvoir à la tête d'un cabinet minoritaire et ce jusqu'en 1982.

10. La remise en cause du modèle social-démocrate

Le visage du Danemark s'est considérablement modifié et les principes du modèle scandinave sont remis en cause. Une partie de l'électorat conteste de plus en plus la forte pression fiscale et la bureaucratisation due à l'extension d'un secteur public dont la part dans le PIB est passée de 23 % à 50 % depuis les années 1950.

   Après les élections de décembre 1981, A. Jørgensen forme un gouvernement social-démocrate qui ne parvient pas à faire adopter son plan de redressement économique. Le conservateur Poul Schlüter lui succède à la tête d'une coalition quadripartite (« le trèfle à quatre feuilles ») de centre droit. Il est le premier chef du gouvernement conservateur depuis l'introduction du système parlementaire en 1901. Ayant engagé une politique de rigueur efficace, la coalition est renforcée aux élections de 1984, marquées par la progression des conservateurs. S'attachant à réduire le secteur public et à prendre ses distances avec le modèle de société de la social-démocratie – sans toutefois remettre en cause le principe de l'État providence –, la coalition se maintient après les législatives de 1987.

   Le rétrécissement de la base parlementaire de la coalition, réduite à trois partis de gouvernement après les élections anticipées de mai 1988, provoquées par les dissensions sur la politique de défense, puis à deux partis, après les élections de décembre 1990, semble annoncer la fin de la domination des droites et des centres qui a marqué la décennie.

   Après la démission du Premier ministre, en janvier 1993, les sociaux-démocrates reviennent au pouvoir. Leur leader, Poul Nyrup Rasmussen, forme un gouvernement de coalition avec l'appui des formations centristes dont les libéraux radicaux (parti social libéral). Il est reconduit dans ses fonctions après les élections de 1994 (tout en perdant la majorité au Parlement), puis de nouveau en 1998, mais cette fois-ci à la tête d'un gouvernement minoritaire. Paradoxalement, c'est sous sa direction que les privatisations les plus importantes ont lieu (téléphone, Banque postale, aéroports, assurance retraite des fonctionnaires notamment), ne rencontrant que peu d'opposition.

10.1. La question écologique

Si la protection de l'environnement devient un enjeu politique à partir des années 1970 (création d'un ministère de l'Environnement en 1973), l'écologie politique reste marginale au Danemark à la différence d'autres pays européens comme l'Allemagne où il se développe dans les années 1980.

   Cette question mobilise cependant la société civile (avec le développement d'une des plus importantes associations de défense de la nature en Europe) et aussi bien « la nouvelle gauche » (socialistes de gauche et parti socialiste du peuple) que les centristes (radicaux libéraux) s'en saisissent, les partis dominants finissant par l'intégrer dans leurs programmes.

   Alors que les centrales thermiques fournissent l'essentiel de l'électricité du pays, le programme nucléaire est abandonné en 1984 tandis qu'est lancé un plan de développement des énergies renouvelables, en particulier de l'éolien, qui sera intensifié à partir des années 1990. Le programme « Énergie 21 », adopté en 1996, vise ainsi à stabiliser la consommation d'énergie en période de forte croissance économique, à préserver l'indépendance énergétique du pays (fondée sur ses réserves de pétrole et de gaz) et à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

    Parallèlement, sous la pression d'une intense campagne médiatique en 1986 à la suite notamment de la destruction de colonies de langoustes dans le détroit entre le Danemark et la Suède, sont adoptées des mesures plus strictes de protection de l'environnement, une politique poursuivie par ailleurs avec la réforme et le développement des écotaxes en 1994. Sont ainsi posées les bases de la future politique environnementale, objet d'un assez large consensus.

10.2. L'immigration et la percée du populisme

En 2001, P. N. Rasmussen décide d'avancer les élections prévues initialement en 2002, espérant être reconduit une nouvelle fois, dans ces conditions. Mais, en novembre 2001, l'alliance de droite, composée des libéraux, des conservateurs, des centristes et de l'extrême droite, lui inflige une défaite cinglante, en obtenant 55,3 % des suffrages, soit 98 des 179 sièges du Parlement. La gauche n'en sauve que 77, dont 52 seulement reviennent aux sociaux-démocrates (29,1 % des suffrages). Ces derniers cèdent ainsi aux libéraux (31,3 %) la place de première force politique du pays, qu'ils détenaient depuis plus de quatre-vingts ans. L'autre fait remarquable de ce scrutin est le très bon résultat du parti du Peuple danois (Danske Folkeparti, DF), formation d'extrême droite, fondée en 1995, qui, forte de ses 22 sièges avec 12 % des suffrages, dépasse pour la première fois le parti conservateur – dont le déclin, entamé à la fin des années 1980, se poursuit – et peut négocier son soutien au nouveau Premier ministre, Anders Fogh Rasmussen, chef de file du parti libéral. Coalition de libéraux et de conservateurs, le nouveau gouvernement ne comprend néanmoins aucun représentant de ce parti.

   Conformément à ses promesses de campagne, Anders Fogh Rasmussen s'efforce de geler la hausse des impôts et de maintenir les acquis de l'État providence. Sous la pression du DF, il durcit considérablement la politique d'immigration. Lors des élections législatives de février 2005, le parti libéral enregistre un léger recul (29 %) mais demeure la première formation du royaume. Le parti du Peuple danois obtient 13,2 % des voix, les libéraux radicaux (parti social libéral) 9,2 %, des suffrages ; le faible score des sociaux-démocrates (25,9 %) entraîne la démission de leur leader, Mogens Lykketoft qui est remplacé par Helle Thorning Schmidt, première femme à diriger le parti.

   En septembre 2005, dans le cadre d'un débat sur l'islam et la liberté d'expression, le journal conservateur danois Jyllands-Posten publie douze caricatures de Mahomet, dont une montrant le prophète affublé d'une bombe en guise de turban. Cette « affaire des caricatures », fortement médiatisée, suscite une vive polémique internationale et entraîne une détérioration des relations entre Copenhague et certains pays musulmans comme le Pakistan, où un attentat à la voiture piégée contre l'ambassade du Danemark à Islamabad fait huit morts près de trois ans plus tard, alors que la polémique semblait s'être éteinte.

   L'« affaire des caricatures » révèle avant tout l'attention croissante portée depuis quelques années par l'opinion publique danoise à la nouvelle place de l'islam dans le pays, étroitement associée à celle des immigrés et des réfugiés. En obligeant ces derniers à passer un « examen d'intégration » et à travailler au moins deux ans et demi avant de pouvoir bénéficier d'un permis de séjour permanent, le gouvernement durcit ainsi encore sa politique dans ce domaine en juillet 2006.

   Voulant raffermir le soutien à sa politique de restructuration du secteur public, le Premier ministre décide de convoquer des élections législatives anticipées en novembre 2007. La coalition sortante l'emporte pourtant de justesse avec 89 sièges sur 179, le parti libéral reculant de 6 sièges. A. F. Rasmussen est alors reconduit dans ses fonctions avec le soutien du parti du Peuple danois (13,8 % des suffrages et 25 sièges) et grâce à celui d'un député des îles Féroé. La Nouvelle alliance – un nouveau parti centriste créé en mai 2007 par Naser Khader, un immigré palestinien d'origine syrienne – obtient de justesse 5 sièges, ne réalisant pas la percée qu'elle espérait.

10.3. La crise économique et l'alternance à gauche

Le Danemark n'échappant pas à la crise financière et économique internationale, le ralentissement de la croissance, l'apparition d'un déficit budgétaire après les excédents des années 2000-2008 et l'état des services publics sont au cœur de la campagne électorale de 2011, éclipsant la question de l'immigration, au premier plan lors des scrutins précédents.

   Le 15 septembre, malgré le léger recul des sociaux-démocrates – qui obtiennent autour de 25 % des suffrages et 44 députés – et celui du parti socialiste du peuple, par rapport à sa percée en 2007 –, la coalition de centre gauche l'emporte de justesse avec 50,2 % des voix et 89 sièges, grâce à la progression des centristes du parti social libéral (libéraux radicaux) qui l'ont ralliée et de l'«  alliance rouge-verte », fondée en 1989 par trois petits partis de gauche. Les libéraux restent ainsi en tête de ce scrutin avec même un siège de plus, et le recul du centre droit est surtout dû à celui des conservateurs qui perdent 10 députés, davantage que le parti du Peuple danois qui en conserve 22 avec 12,3 % des voix.

   Après accord sur un programme prudent de réformes, H. T. Schmidt, première femme à accéder au poste de Premier ministre dans le pays, forme un gouvernement auquel participent, autour des sociaux-démocrates (11 ministres sur 23), le parti social libéral et le parti socialiste du peuple. Marquant la rupture avec les cabinets précédents et l'influence de la droite populiste, le ministère des réfugiés, immigrants et de l'intégration est supprimé.

11. L'engagement du Danemark sur la scène internationale

Après la Seconde Guerre mondiale, le Danemark entre au sein de l'Organisation des Nations unies (ONU) et accepte l'aide du plan Marshall (1947).

11.1. L'alliance atlantique

Se trouvant confrontés à la menace d'expansionnisme soviétique dans la Baltique et traumatisés par le coup de Prague (1948), les dirigeants danois se sont résolus, après l'échec de la tentative d'alliance scandinave, à rejoindre l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) en 1949. Cette adhésion, surtout quand les relations avec l'URSS se décrispent dans les années 1960, suscite des réticences (le Danemark se prononce contre le stationnement de troupes étrangères et d'armes atomiques sur son territoire en temps de paix). Après une période de tensions en 1982-1988 dues au débat sur le projet d'une zone dénucléarisée en Europe du Nord, les relations avec l'organisation se normalisent et se resserrent dans les années suivantes après la dislocation de l'Union soviétique : la coopération militaire avec les États baltes est renforcée ainsi qu'avec les autres pays d'Europe centrale et orientale (la Pologne notamment dans le cadre du Corps multinational Nord-Est, créé avec cette dernière et l'Allemagne en 1999), tandis que le Danemark s'engage dans la résolution des crises dans les Balkans par sa participation à la SFOR en Bosnie-Herzégovine et à la KFOR au Kosovo.

   L'accession au pouvoir de Anders Fogh Rasmussen en 2001 se traduit par l'engagement réaffirmé du Danemark aux côtés des États-Unis et de l'Alliance atlantique. Il participe ainsi à la coalition internationale en Iraq (avec un contingent qui n'est retiré qu'en août 2007) ainsi qu'en Afghanistan, avec une contribution proportionnellement importante (environ 700 hommes) à la Force internationale d'assistance et de sécurité (FIAS). Cette orientation fortement atlantiste vaut au Premier ministre danois d'être nommé au poste de secrétaire général de l'OTAN en avril 2009.

11.2. Le Danemark et l'Europe

Membre du Conseil nordique depuis 1952, le Danemark adhère à l'Association européenne de libre-échange (AELE) en 1960. Deux ans plus tard est signée la convention d'Helsinki, accord de coopération avec la Finlande, l'Islande, la Norvège et la Suède, amendé et élargi depuis à sept reprises. Conditionnant son adhésion à celle de la Grande-Bretagne, le Danemark entre dans le Marché commun européen en 1973. Mais en 1992, les Danois rejettent le traité de Maastricht, qui propose une intégration politique et économique croissante au sein de l'Union européenne (UE). Ils l'approuvent finalement en mai 1993 après l'obtention d'exemptions (opt outs) dans quatre principaux domaines : l'Union économique et monétaire (UEM), à laquelle le pays, qui conserve sa monnaie n'adhère pas ; la Défense, le Danemark ne participant pas à des opérations ou à des décisions ayant des implications en la matière ; la Justice et les affaires intérieures, la coopération judicaire et policière étant maintenue au niveau interétatique et limitée au cas par cas ; la citoyenneté européenne. La volonté des Danois de se tenir, pour le moment, à l'écart de la zone euro est réitérée lors du référendum de septembre 2000 (53,1 %).

   Avec quatre autres pays nordiques (la Finlande et la Suède et, hors UE, l'Islande et la Norvège), le Danemark est entré depuis mars 2001 dans l'espace Schengen, une décision qui ne fait cependant pas l'unanimité. Le gouvernement s'efforce pourtant d'atténuer l'euroscepticisme toujours prégnant : après un accord entre les formations politiques du pays, à l'exception du parti du Peuple danois et de l'Alliance rouge-verte, le traité de Lisbonne est ratifié massivement par le Parlement en avril 2008 mais une nouvelle consultation des Danois en vue d'abandonner certaines des dérogations obtenues par le « compromis d'Edimbourg » de décembre 1992 est finalement prudemment écartée.

   Les élections européennes de juin 2009 se distinguent par le taux de participation le plus élevé depuis 1979 (59,5 % contre 43,1 % en moyenne pour l'UE) et par une évolution du vote eurosceptique même si ce sentiment traverse l'ensemble des formations politiques. Ainsi, le Mouvement de juin (9,1 % des voix et un député en 2004) disparaît de la scène politique à la différence du Mouvement populaire contre l'UE dont il était issu, qui conserve son unique siège. À droite, le parti du Peuple danois, fortement souverainiste, consolide son implantation nationale en progressant de 6,8 % en 2004 à 14,8 % des suffrages et en obtenant deux sièges. En revanche, dans le camp de la gauche, le parti socialiste du Peuple – désormais engagé en faveur de l'UE tout en restant hostile à l'idée de Constitution et à la monnaie unique – confirme sa percée réalisée aux élections législatives de 2007 : il double presque son audience (15,4 % des voix et 2 députés) par rapport au scrutin de 2004, arrivant en troisième position derrière les libéraux (19,6 % des voix) et les sociaux-démocrates qui reculent de 32,6 % à 20,9 % des suffrages.

   En octobre 2011, l'une des toutes premières décisions du nouveau gouvernement de centre gauche est d'annuler les contrôles aux frontières décidés par le cabinet précédent sous la pression du parti du peuple danois et qui avaient suscité de vives critiques au sein de l'UE.

Plan de l'article

Danemark

GÉOGRAPHIE

Le milieu naturel

Une économie prospère

Le secteur primaire, l'atout traditionnel de l'industrie danoise

Une agriculture moderne, fondée sur l'élevage et l'exportation

La pêche, un secteur non négligeable

L'agroalimentaire, première activité industrielle du pays

Des industries de pointe tournées vers l'extérieur

Les ressources de l'industrie danoise

Des industries hautement spécialisées et vouées à l'exportation

Le commerce international support de l'État providence ?

Un commerce extérieur équilibré mais fragile

Un État providence fragilisé ?

HISTOIRE

1. Des origines aux Vikings

2. La christianisation et la consolidation du royaume (xe-XIes.)

3. Expansion et prospérité (XIe-XIes.)

4. L'Union de Kalmar (1397-1814)

4.1. La fin de l'hégémonie danoise dans la région de la Baltique

4.2. La rivalité dano-suédoise pour la domination de la Baltique

4.3. La monarchie absolue

4.4. Les guerres napoléoniennes et les pertes territoriales danoises

5. La monarchie constitutionnelle et la question des duchés

6. L'avènement du parlementarisme

7. La construction de la social-démocratie (XXe s.)

7.1. La Seconde Guerre mondiale

8. La prépondérance des sociaux-démocrates (1950-1968)

9. L'ère des gouvernements de coalition (1968-1982)

10. La remise en cause du modèle social-démocrate

10.1. La question écologique

10.2. L'immigration et la percée du populisme

10.3. La crise économique et l'alternance à gauche

11. L'engagement du Danemark sur la scène internationale

11.1. L'alliance atlantique

11.2. Le Danemark et l'Europe

À voir aussi dans Larousse
Médias
  • Copenhague
  • Drapeau du Danemark
  • Hymne danois
  • Jylland
  • Knud Ier
  • Marguerite II
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