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Pologne

Pologne

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Pologne
en polonais Polska
Nom officiel : République de Pologne

État d'Europe orientale, la Pologne est limitée au nord par la mer Baltique et la Russie, à l'est par la Lituanie, la Biélorussie et l'Ukraine, au sud par la Slovaquie et la République tchèque et à l'ouest par l'Allemagne.

Superficie : 313 000 km2
Nombre d'habitants : 38 074 000 (estimation pour 2009)
Nom des habitants : Polonais
Capitale : Varsovie
Langue : polonais
Monnaie : złoty

Chef de l'État : Lech Kaczyński

Chef du gouvernement : Donald Tusk

Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel

Constitution :

 Adoption : 25 mai 1997

Institutions

Exécutif

Chef de l'État : président de la République

Chef du gouvernement : Président du Conseil des ministres

Législatif

Le Parlement se compose de la Diète et du Sénat.

GÉOGRAPHIE

Le pays

Depuis 1945, le territoire de la Pologne correspond sensiblement aux bassins de l'Odra et de la Vistule. La frontière orientale s'appuie sur le cours moyen du Boug occidental, suivant à peu près la limite du royaume au XIXe s. et la ligne Curzon de l'après-Première Guerre mondiale. Au sud et à l'ouest, la frontière avec la République tchèque et la Slovaquie suit les principales crêtes carpatiques, puis le rebord oriental du massif de Bohême. Au-delà, la frontière avec l'Allemagne correspond au cours de la Nysa Łużycka (en allemand Neisse), puis au cours inférieur de l'Odra (en allemand Oder).

   Il présente tout à la fois des contrastes d'altitude (2 499 m au mont Rysy ; −1,8 m dans le delta de la Vistule) et une prédominance des zones basses (75 % de la superficie sont au-dessous de 200 m, et seulement 2,5 % au-dessus de 500 m), n'excluant cependant pas la vigueur des dénivellations. Ce n'est que dans le Sud que le substrat apparaît en affleurements rocheux ; partout ailleurs prédomine la marque du recouvrement temporaire de la majeure partie du pays par les glaciers quaternaires, qui ont laissé un épais manteau de débris sablo-argileux et de multiples traces, directes ou indirectes, de leur présence.

   Les régions méridionales, les plus élevées et les plus variées, associent montagnes jeunes (Carpates), massifs anciens (Sudètes, montagnes de Sainte-Croix) et plateaux. Au nord de cette zone se développe un large piémont aux formes douces, précédé d'un sillon qu'occupe la haute Vistule. Au-delà commence la zone des plateaux. Entre Odra et Vistule, ce sont les plateaux de Petite Pologne. Au-delà de la Vistule se développe le plateau de Lublin et les hauteurs de Roztocze. Les altitudes dépassent rarement 200 m à l'ouest, 300 m à l'est, mais il existe une grande diversité du relief et des substrats, avec d'importantes conséquences sur les ressources du sous-sol. Au centre du plateau de Kielce subsiste un petit massif ancien (Góry Świętokrzyskie ou montagnes de Sainte-Croix). Dans le Sud-Ouest, le rebord oriental du massif de Bohême constitue l'ensemble des Sudètes (700-1 100 m), où se juxtaposent hautes surfaces aplanies, coupées de versants très raides ou de vallées en gorge, et bassins intramontagnards (comme celui de Wałbrzych). En avant des Sudètes, une zone d'effondrement forme un piémont, entre 200 et 400 m.

   La Pologne centrale est un ensemble de grandes plaines : plaine de basse Silésie, drainée par l'Odra ; plaine de Grande Pologne, drainée par la Warta ; plaine de Mazovie, drainée par la moyenne Vistule ; s'y adjoignent en outre, à l'est du pays, les plaines marécageuses de Podlasie et de Polésie. Ces régions se composent d'une succession d'interfluves surbaissés, de plaines et de larges vallées à fonds sableux. Les altitudes varient de plus de 200 m (Grande Pologne, confins mazoviens) à 40-80 m dans les vallées de l'Odra et de la Vistule.

   La Pologne septentrionale correspond aux régions lacustres. Elle se caractérise par des formes glaciaires donnant un relief confus, dominé par l'omniprésence des collines morainiques. Si les altitudes sont modérées, les dénivelées restent fortes (100 à 200 m). L'hydrographie y demeure mal adaptée aux conditions postglaciaires, d'où la profusion des lacs (formant de longs chapelets dans les zones basses) et des milieux humides. Deux grandes dépressions est-ouest s'y dessinent : la plus méridionale va du Boug occidental à l'Odra, par la Bzura et la moyenne Warta ; celle du Nord est parcourue par la moyenne Vistule, la Noteć et l'Odra inférieure. Entre ces deux grands axes s'individualise la région lacustre de Grande Pologne, où les altitudes sont faibles. Au nord, entre Odra et Vistule, c'est le Pomorze ou Poméranie ; à l'est de la Vistule commence la Mazurie, avec ses grands lacs, et des reliefs bien marqués. En bordure de la Baltique, le littoral est une côte basse, régularisée par des cordons sableux et qu'un bas plateau morainique sépare des reliefs de l'arrière-pays. Les deux grandes échancrures de cette côte correspondent aux deltas de l'Odra et de la Vistule, que prolongent les baies de Szczecin et de Gdańsk.

   Le climat présente à la fois des traits océaniques dégradés et des traits continentaux : leur affrontement hivernal engendre de vigoureuses oppositions entre l'est et l'ouest, avec de possibles transgressions qui amènent une certaine variabilité interannuelle. En été, la zonation se calque plutôt sur la position latitudinale. Si les températures extrêmes varient de +39 à −36 °C, on observe que les amplitudes sont plus fortes à l'est (23 °C) qu'à l'ouest (19 °C). Dans tout le pays, les températures moyennes inférieures à 0 °C se maintiennent environ trois mois, mais le tapis neigeux est plus durable à l'est (trois mois et plus) qu'à l'ouest (un mois et demi). D'une façon générale, l'hiver est d'autant plus long qu'on va vers l'est, l'été d'autant plus long qu'on va vers le centre du pays. Les précipitations, amenées par flux d'ouest, sont liées à la topographie, et l'isohyète 600 mm correspond assez bien à la carte des reliefs. Les pluies sont estivales, avec un second maximum de printemps ou d'automne.

   Les sols sont en majorité jeunes, sableux ou sablo-argileux et lessivés. Aussi la fertilité est-elle très inégale selon les régions : les plaines bien égouttées ou les plateaux à couverture de lœss s'opposent aux zones humides, aux épandages sableux ou aux secteurs de montagne. La couverture forestière (27 % de la surface) résulte de la reconquête postglaciaire : les pins y sont dominants, accompagnés de forêts mixtes sur les bons sols.

La population

Avant 1939 et le drame qu'a constitué pour le pays et sa population la Seconde Guerre mondiale, la Pologne était surpeuplée par rapport à ses possibilités économiques, d'où un fort courant d'émigration. En outre, 30 % de ses habitants appartenaient à des minorités nationales (Lituaniens, Biélorusses, Ukrainiens, Allemands). La guerre a profondément modifié les frontières et la démographie du pays. Les innombrables victimes du conflit, la nouvelle définition territoriale et les déplacements corrélatifs de populations (départ des minorités, retour des Polonais des territoires orientaux, devenus soviétiques), ont ramené les effectifs à 24-25 millions d'habitants entre 1946 et 1950. Cette population, devenue homogène (1,3 % de minorités) se caractérise par une croissance soutenue, liée à une natalité encore forte (10 ‰ en 2007). La dynamique démographique de l'après-guerre est encore sensible, la moitié environ de la population étant âgée de moins de 30 ans au début des années 1990. Sous l'influence de l'industrialisation, marquée par les difficultés de la reconstruction, l'urbanisation du pays a doublé : la Pologne compte aujourd'hui plus de 800 unités urbaines, dont 20 de 100 000 à 200 000 habitants et 14 de plus de 200 000 habitants. Deux entités urbaines se détachent nettement : l'agglomération de Varsovie et la région urbaine de haute Silésie, centrée autour de Katowice.

L'économie depuis 1945

La reconstruction économique et la socialisation

Les grandes réformes de l'après-guerre ont permis, jusqu'en 1949, de reconstruire le pays tout en engageant des transformations socialistes de type soviétique : collectivisation des moyens de production, instauration d'une planification centralisée, industrialisation rapide privilégiant les industries lourdes. Une réforme agraire, axée sur l'expropriation des domaines de plus de 50 hectares, menée entre 1944 et 1949, s'est soldée par la redistribution de parcelles de 10 hectares, créant ainsi un million de nouveaux petits propriétaires. Entre 1950 et 1955, un plan quinquennal a été adopté afin de favoriser le passage d'une économie fortement dominée par l'agriculture à une industrialisation plus développée. De 1955 à 1965, deux autres plans quinquennaux ont maintenu cet objectif. À partir du plan 1966-1970, il a été question d'encourager la production et la distribution des biens de consommation ainsi qu'une inscription de l'économie polonaise dans le cadre de la coopération internationale. Ces premières velléités se sont heurtées à la rigidité du système, tant dans l'industrie que dans l'agriculture. À partir de 1971, les dirigeants ont voulu promouvoir la décentralisation et l'indépendance du système de production, tout en développant la coopération avec les pays occidentaux. Malgré cette volonté de changement, forte à partir des années 1974-1976, un ensemble de dysfonctionnements nés de la crise internationale de l'énergie, des mauvaises récoltes et de la révision annuelle des prix au sein du Comecon (Conseil d'assistance économique mutuelle, C.A.E.M.), a abouti à une rapide dégradation économique. Après l'échec de ces tentatives de réformes de l'intérieur, la rigidité du système économique socialiste centralisé a fait l'objet de vives critiques, aboutissant aux troubles de 1980.

La place de la Pologne au sein du Comecon et l'ouverture à l'Ouest

Après la Seconde Guerre mondiale et jusqu'à la fin des années 1980, le commerce extérieur de la Pologne dépend des règles du Comecon et des problèmes monétaires posés par les échanges avec les pays non socialistes. À la fin des années 1970, avant que l'économie polonaise ne soit gravement désorganisée par la crise sociale et politique, les exportations vers les pays du Comecon consistaient essentiellement en produits des industries électriques et mécaniques, en matériel de transports (notamment issu de l'industrie navale), en combustibles, en produits dérivés du sous-sol et en biens de consommation courante. La Pologne importait des biens d'équipement, des matières premières énergétiques ainsi que des denrées agricoles. Les échanges avec les pays du Comecon représentaient 57 % des exportations et 49 % des importations, les rapports avec les pays non socialistes connaissant alors une augmentation notable. Cette accélération des échanges avec l'Europe occidentale correspondait à une forte volonté d'accélérer la croissance grâce, notamment, à l'augmentation du pouvoir d'achat et à la relance de la consommation. D'importants efforts d'investissement étaient mis en place, un retour à la liberté des prix industriels amorcé. Le plan de 1971-1975 s'inscrivait dans cette optique. Cette politique économique volontariste a cependant entraîné un fort endettement extérieur, la charge de la dette ayant quintuplé entre 1973 et 1977. En outre, les investissements n'ont pas toujours été judicieusement choisis. La crise du logement, les difficultés de la mise en place d'une agriculture extensive et les dysfonctionnements dans la production et la distribution compliquaient encore la modernisation de l'économie. Ces dérapages ont conduit les gestionnaires à freiner le rythme de la croissance.

Les crises du système économique socialiste

L'échec des réformes des années 1970 a démontré l'incapacité du système économique polonais à se développer. Il a aussi créé une situation économique et sociale paradoxale. La large participation des travailleurs aux décisions des entreprises s'est accompagnée d'une réelle augmentation du niveau des salaires, que les autorités ont cru pouvoir compenser par des augmentations de prix. La spirale inflationniste s'est rapidement installée, alors que la progression du pouvoir d'achat n'était suivie d'aucune croissance de l'offre en biens de consommation courante. Des phénomènes de pénurie, dans un contexte inflationniste, ont contribué à la frustration de la population. Les autorités ont cru pouvoir améliorer la situation en instaurant une grille des salaires (de 1 à 10) en rapport avec le mérite au travail, mais gagner davantage n'a pas de sens s'il n'y a rien à acheter. Les revendications des salariés, déjà habitués à des prises de décision décentralisées, se sont donc concentrées sur des aspects qualitatifs liés aux conditions de travail. La crise des années 1980 est née dans un contexte de frustration sociale, le sentiment que le système était devenu impossible à réformer étant largement partagé. Pendant la « normalisation » du général Jaruzelski, les autorités estimèrent pouvoir mener de front la répression et les réformes économiques. Mais réformer le système socialiste centralisé sans abandonner la prédominance de l'État et le parti unique s'est avéré une tâche impossible. Seul l'éclatement du monde communiste, auquel la Pologne a fortement contribué, a rendu l'évolution économique envisageable.

La « thérapie de choc »

Pour sortir le pays de la crise et l'intégrer à l'économie mondiale, les autorités ont opté, depuis le 1er janvier 1990, pour une « thérapie de choc ». Ce terme désigne un ensemble de réformes économiques importantes et appliquées rapidement, mises en place par le ministre des Finances Leszek Balcerowicz, qui s'est attaché à réduire l'inflation tout en résolvant le problème des pénuries. Un programme de stabilisation économique a été mis au point : convertibilité monétaire, libéralisation des prix, austérité budgétaire et ouverture aux marchés extérieurs. Ces premiers éléments ont été suivis de réformes plus profondes, telles que la privatisation rapide des grandes entreprises d'État et l'appel aux capitaux étrangers. Les premiers effets de ces réformes se sont rapidement fait sentir, positifs avec une nette réduction de l'inflation, mais aussi négatifs avec une baisse sensible de la production et une augmentation du chômage consécutive à la réduction des subventions de l'État. Les investissements étrangers et le développement de petites entreprises privées étaient censés pallier ces difficultés. Cette expérience risquée, étant donné la vétusté des grandes entreprises d'État et l'inexistence de marchés financiers au début du processus, a néanmoins permis de maintenir une croissance élevée entre le milieu de l'année 1992 et 1997, ainsi qu'une progression de la production industrielle. Ces bons résultats ont été favorisés, dès 1992, par une amélioration de la productivité du travail industriel et, à partir de 1994, par un développement important de l'investissement. Le solde de la balance commerciale extérieure s'est légèrement amélioré, bien que la Pologne ait subi, en 1996 et 1997, le contrecoup du ralentissement conjoncturel de l'économie des pays de l'Union européenne. La croissance très rapide de la demande intérieure laisse cependant planer le risque d'une « surchauffe » de l'économie et d'une réapparition de l'inflation. Malgré ces quelques fragilités, le parcours économique de la Pologne est l'un des plus réussis de la transition des pays de l'Europe de l'Est.

La Pologne et l'Union européenne

L'Union européenne a mis en place plusieurs programmes de soutien à la « thérapie de choc » polonaise. Le programme PHARE, les contrats d'association et les actions des banques créées à cet effet ont contribué à alléger les risques de dérapage des réformes et ont atténué les effets négatifs de la première phase de la transition. Le soutien de l'opinion publique au processus d'intégration à l'Union européenne ne s'est pas démenti, malgré les querelles entre partis politiques et l'existence de nombreux antieuropéens dans le pays. Ceux-ci estiment que les importations et les investissements étrangers ont déjà causé du tort à l'économie polonaise, les allégements fiscaux dont bénéficient les investisseurs étrangers générant, selon eux, un manque à gagner pour les recettes de l'État. Le contrôle, à plus ou moins long terme, des aciéries, des sucreries et d'autres secteurs de l'économie par des capitaux étrangers, déjà présents dans les cimenteries et la grande distribution, leur semble incompatible avec l'indépendance du pays. Le « partenariat pour l'Europe », projet qui devrait remplacer le programme PHARE, est en outre jugé trop ambitieux par de nombreux parlementaires polonais. Ils critiquent tout particulièrement la libéralisation complète des mouvements de capitaux et le droit d'acquisition de terrains, accordé aux étrangers. L'adaptation de l'agriculture polonaise aux normes européennes risque de poser encore plus de problèmes. Selon les rapports de la Commission européenne, l'adhésion de la Pologne à la politique agricole commune entraînerait une baisse considérable des revenus de nombreux producteurs et une augmentation des disparités de niveau de vie entre villes et campagnes. En 1998, le gouvernement polonais a lancé une importante réforme administrative, destinée à favoriser l'apparition de régions capables de gérer les mutations structurelles. Au début des années 2000, le taux de chômage restait très élevé, alors que la croissance tendait à redémarrer. Après des négociations longues et difficiles, qui ont porté notamment sur le montant des aides budgétaires versées à la Pologne, l'Union européenne a accepté que ce pays fasse son entrée dans l'Union en 2004. En politique de défense, la Pologne a adhéré à l'O.T.A.N. en 1999.

Les caractéristiques économiques actuelles

L'agriculture

La Pologne a toujours maintenu la propriété privée dans le domaine agricole (75 % des terres cultivées, en petites exploitations très traditionnelles, et 70 % de la production sous le régime communiste). La pomme de terre et les céréales (seigle, blé, orge, avoine) viennent en tête, complétées par la betterave à sucre, les oléagineux et l'élevage (bovins, volailles et surtout porcins). 17 % de la population active travaille dans l'agriculture.

L'industrie et les services

Le pays dispose de ressources énergétiques très importantes, surtout avec le charbon, extrait en haute Silésie. S'y ajoutent le lignite, utilisé dans les centrales thermiques, et le gaz naturel. Le cuivre (surtout en basse Silésie), le plomb, le zinc, le soufre (les gisements du bassin de Sandomierz font de la Pologne l'un des premiers producteurs mondiaux) et le sel gemme sont les autres ressources minières significatives, le fer n'étant plus exploité. L'industrialisation du pays s'est structurée autour de la sidérurgie. Principalement concentrée autour de Katowice, elle est également présente à Częstochowa, Cracovie et Varsovie. Grâce à l'industrie du cuivre, la métallurgie des non-ferreux a progressé. Ces secteurs traditionnels de l'industrie polonaise ont connu, en même temps que celui du textile, un certain déclin dans les années 1990. Le secteur dominant (un tiers des actifs de l'industrie) est celui de la métallurgie de transformation (matériel ferroviaire, camions, automobiles, constructions navales) ; représenté dans toutes les grandes villes, il occupe 34 % de la main-d'œuvre industrielle. L'industrie chimique a connu une très forte expansion – carbochimie, pétrochimie, production d'engrais, de soude et d'acide sulfurique. Viennent ensuite le textile, présent dans la région de Łódź, l'électroménager et l'alimentation. Les industries du bois et de l'alimentation se sont développées depuis 1990. Dans l'ensemble, les usines sont souvent anciennes, la pollution est notable, le pays doit donc moderniser sa production.

   53 % des actifs travaillent dans les services ; le tourisme y occupant une place croissante.

les enjeux

La Pologne est entrée dans une ère de démocratie naissante, confortée par son entrée dans l'Union européenne en 2004. En dépit du retard pris dans la restructuration de certains secteurs, le passage à l'économie de marché (libéralisation des prix, développement du secteur privé) a permis l'obtention de résultats macroéconomiques positifs, avec un taux de croissance élevé. En contrepartie, il a créé du chômage (en voie de stabilisation) et donc accru les inégalités et les tensions sociales, notamment avec la mutation du secteur agricole.

HISTOIRE

Les origines

Presque tout le territoire de la Pologne actuelle est peuplé dès le IIIe millénaire avant J.-C. par les Proto-Slaves. Mille ans avant J.-C., les Slaves se séparent en deux groupes linguistiques, occidental et oriental. Les Slaves occidentaux rencontrent et absorbent des populations anciennes, indo-européennes (Vénètes), dont la culture spécifique, la civilisation lusacienne, déborde le territoire de la Pologne actuelle. De 1000 à 400 avant J.-C., grâce à l'absence d'invasion étrangère, les caractéristiques sont uniformes (architecture en bois, agriculture archaïque), mais à celles-ci s'ajoutent, entre 600 et 200 avant J.-C., les traits de la civilisation poméranienne (urnes funéraires à visage) qui naît du contact avec les peuples voisins ou les envahisseurs (Baltes, Celtes, Germains, Scytho-Sarmates). Le haut Moyen Âge polonais en reste marqué (fouilles de Biskupin et de Michelin, près de Włocławek).

   La vie socio-économique des Slaves s'organise : l'ambre est exporté dès le IIe s., le premier nom de lieu apparaît (Kalisz), la sidérurgie se développe, la productivité agricole s'améliore. À côté d'une main-d'œuvre d'esclaves vivent des agriculteurs libres dans un cadre territorial communautaire (375 000 habitants) ; des tribus se groupent en unités politiques (Wrocław, Cracovie, Poznań). Les IIIe et IVe s. voient l'apogée des fédérations tribales.

   Les chefs militaires des tribus slaves entraînent une partie de leur peuple dans de grandes migrations (Ve-VIe s.), permettant à ces groupes de slaviser les peuples et les terres. Les Vélètes, les Sorabes, les Obodrites et les Croates s'établissent entre l'Odra et l'Elbe. En 562 et 567, les Avars et les Slaves attaquent l'État mérovingien à partir de la Pologne méridionale, mais un regroupement se produit et les contacts avec l'Empire s'interrompent au VIIe s. Il s'ensuit une certaine décadence de la culture matérielle chez les peuples des territoires polonais. Après l'arrêt des migrations slaves, la croissance économique reprend.

La naissance d'une nation

Les Slaves de Pologne ont dès le VIIe s. un territoire défini. Des assemblées communes délèguent leur pouvoir à un chef éligible. Les grands essaient de rassembler en leurs mains le pouvoir politique et d'élargir les unités territoriales. C'est entre le VIIe et le Xe s. que l'ethnie polonaise se particularise au sein de la communauté slave, dans les bassins de l'Odra et de la Vistule. Les tribus polanes, vislanes, poméraniennes vont former la nation polonaise. L'organisation de la société permet d'exploiter les richesses naturelles. Le dynamisme économique reprend grâce à l'agriculture (araire à soc de fer) et à l'artisanat (poterie, métallurgie), et incite au commerce avec l'Occident (exportations de fourrures, d'esclaves, etc.). Des organisations politiques régionales se développent à partir de castra ou grody (enceintes fortifiées qui permettent aux familles dirigeantes d'exercer le pouvoir). Des groupes dominants apparaissent : les Slézanes en Silésie (Wrocław, Opole), les Polanes en Pologne centrale (Gniezno, Poznań), les Vislanes en Pologne méridionale (Cracovie). Le milieu du IXe s. voit s'instaurer l'hégémonie polane.

La Pologne des Piast

La formation de l'État

Le castrum de Gniezno est la capitale du duc de Pologne. Vers 850 existe un embryon d'État dont les princes seraient Siemowit, Leszek, Ziemomysł et enfin Mieszko Ier (vers 960-992), fondateur de la dynastie des Piast, qui transforme l'État polane en État polonais. La cohésion ethnique et économique, la fixation d'États à sa périphérie (Empire germanique, Bohême, Kiev, Vélètes) favorisent la naissance d'un sentiment national polonais. Mieszko en tire parti et, avec l'appui de l'Église (conversion en 966), étend son autorité sur de vastes territoires, dotant la Pologne de ses frontières de 1945. Il sauvegarde l'indépendance du pays face au Saint Empire romain germanique. Son fils, Boleslas Ier le Vaillant (992-1025), rend l'Église de Pologne indépendante de celle de l'Empire en créant l'archevêché métropolitain de Gniezno (1000). La paix de Bautzen (Budziszyn) [1018] confirme l'annexion des bouches de l'Odra, de la Lusace, de la Moravie, du pays des Tchèques et de la Slovaquie. Dispensé d'hommage par l'empereur Henri II, Boleslas Ier devient le premier roi de Pologne (couronnement en 1025). Mais son fils Mieszko II se heurte aux attaques des princes russiens, des Danois, des Tchèques, de la Franconie, et aux prétentions de ses frères. L'État est réduit et doit fidélité à l'Empereur (1034).

Les invasions

À la suite d'un interrègne (1034-1040), Casimir Ier le Rénovateur restaure l'unité de l'État et de l'Église (Cracovie capitale), mais il est de plus en plus contrôlé par l'aristocratie et dépend de l'empereur Henri III, grâce auquel il a repris la Silésie et la Mazovie. Son fils Boleslas II le Hardi (1058-1079) élimine cette double tutelle et obtient la couronne royale du pape Grégoire VII (1076). Mais l'exécution de saint Stanislas, adversaire du souverain, provoque la révolte des seigneurs, qui mettent sur le trône son frère Ladislas Herman. Le pays paie un tribut à la Bohême et est en fait administré par la noblesse. Boleslas III Bouche-Torse (1102-1138) redonne au pays son unité, rejette la tutelle germanique et conquiert la Poméranie, ouverte sur la Baltique. Allié des Ruthènes et des Hongrois, il repousse une expédition de l'Empereur en 1109, puis christianise ses conquêtes. Le partage de ses États en quatre duchés pour ses fils est à l'origine du morcellement et de l'affaiblissement polonais. La même loi successorale est à son tour appliquée dans chaque duché (une vingtaine de duchés au début du XIIIe s.).

   Il devient impossible aux successeurs de Ladislas II (1138-1146) de maintenir leur primauté, et la guerre civile qui en résulte donne à l'aristocratie l'occasion de mettre la monarchie en tutelle ; les nobles prennent l'habitude de désigner le souverain. L'introduction du principe de la monarchie élective est illustrée par le remplacement de Mieszko III le Vieux (1173-1177) par son frère Casimir II le Juste (1177-1194). Cette élection fait l'objet de concessions politiques ou fiscales (assemblée de Łęczyca, 1180). L'Église, qui pénètre dans les masses, est le seul ferment d'unité aux XIe et XIIIe s. Les premiers écrivains, formés en Italie, en France et en Bohême, rattachent le pays à la civilisation de l'Occident chrétien (Chronique de Wincenty Kadłubek). Les monastères animent la vie économique ; les ordres mendiants s'épanouissent avec l'essor des villes (seconde moitié du XIIIe s.). La noblesse (szlachta) est une classe ouverte caractérisée par une absence de hiérarchie féodale : masse de chevaliers établis sur leurs terres et vieilles familles seigneuriales qui participent au gouvernement (origine des magnats). L'anarchie politique et sociale incite les Germains à reprendre leur poussée vers le nord et l'est ; Albert l'Ours occupe la côte de la Baltique entre l'Elbe et l'Odra (1138-1181). La Pologne perd en outre les terres à l'ouest de l'Odra et la basse Warta ; pour contenir la pression des Prussiens païens, le Piast Conrad de Mazovie fait appel aux chevaliers Teutoniques (1226), mais ceux-ci, établis à Toruń, conquièrent la Poméranie orientale en 1308-1309 après s'être emparés des pays prussiens en 1283. D'autre part, la Pologne est ravagée par les invasions mongoles, qui sont contrées par Henri le Pieux (1238-1241) à Legnica en 1241. La pénétration germanique amène le défrichement des forêts et la constitution de communautés rurales nouvelles, intensifiant l'agriculture. Les colons allemands, flamands, wallons et juifs stimulent le progrès technique, accélèrent la croissance des villes, développent l'artisanat et le commerce. Le jus teutonicum est instauré, des chartes de franchise sont accordées à des villes (Wrocław, 1242 ; Poznań, 1253 ; Cracovie, 1257). Le servage disparaît progressivement. La basse Silésie et la Poméranie sont germanisées ; ailleurs, le patriciat allemand prévaut dans les villes, où il constitue un embryon de bourgeoisie et impose le choix du roi de Pologne, le Piast Henri IV Probus (1288-1290), puis le roi de Bohême Venceslas (1291), roi de Pologne de 1300 à 1305. Ce roi étranger, qui doit pallier l'anarchie des Piast, soulève le mécontentement national. Le Piast Ladislas Ier Łokietek en profite. Ayant maté la révolte des bourgeois des villes, il se fait couronner roi de Pologne en 1320. L'unité du pays est restaurée avec la monarchie, mais son territoire n'englobe ni la Silésie ni la Poméranie.

Le renforcement de la royauté

Le roi de Pologne, par un jeu d'alliances matrimoniales, arrête l'expansion brandebourgeoise et bat les chevaliers Teutoniques à Płowce en 1331. Le fils de Ladislas Łokietek, Casimir III le Grand (1333-1370), écarte les prétentions de la Bohême et de l'ordre Teutonique, qui obtient la Poméranie en 1343 ; la menace hongroise est éliminée par la reconnaissance de Louis d'Anjou comme l'héritier de Casimir pour la Pologne (1339) ; le territoire polonais est agrandi de la Ruthénie rouge. Le principe d'unité de législation et de justice est codifié par le statut de Wiślica en 1347. L'université de Cracovie est fondée en 1364, signe de l'autonomie intellectuelle de la Pologne. Le roi restaure l'autorité en brisant la résistance de la szlachta.

La Pologne des premiers Jagellons

L'avènement des Jagellons

À partir de 1370 la transition s'opère en deux étapes entre la dynastie des Piast, qui s'achève avec Casimir III, et celle des Jagellons. La haute noblesse accepte le roi Louis de Hongrie (1370-1382) en échange de l'abolition de tous les impôts pesant sur elle (privilège de Koszyce, 1374) et de la transmission du trône aux filles du roi Louis. En 1384, Hedwige est élue reine de Pologne et contrainte d'épouser le grand-duc de Lituanie Jagellon (1386). Celui-ci prend le nom de Ladislas II (1386-1434) et unit ses possessions personnelles à la Pologne. Le renforcement du royaume conduit à la victoire de Grunwald sur les chevaliers Teutoniques (15 juillet 1410). Ladislas II obtient les hommages des souverains de Moldavie, Valachie, et la Pologne s'étend de la Baltique à la mer Noire ; la cohésion est assurée par la noblesse des deux pays (Union d'Horodło, 1413).

La structure de la monarchie

La monarchie élective polonaise se recrute parmi les grands-ducs de Lituanie et devient ainsi le centre politique d'un État bicéphale : Ladislas III (1434-1444), Casimir IV (1445-1492). Cracovie est à la tête d'un immense État catholique en butte aux progrès de l'orthodoxie et de l'islam (rôle de l'évêque de Cracovie, Oleśnicki). En 1444, Ladislas III tente de repousser la menace turque. Après sa défaite et sa mort à Varna, le règne de Casimir IV tend à raffermir l'État, surtout grâce au renforcement du pouvoir monarchique et à l'abandon de l'expansion territoriale, en utilisant l'opposition entre chevaliers (octroi des statuts de Nieszawa en 1454) et magnats.

   À partir de 1454, la Pologne mène l'offensive contre les Allemands : la Prusse, toujours tenue par les chevaliers Teutoniques, est incorporée au royaume la même année, tandis que débute la guerre de Treize Ans qui oppose les chevaliers Teutoniques à Casimir IV, qui leur impose sa suzeraineté en 1466. Le retour de la Poméranie et de Gdańsk à la Pologne assure un débouché aux blés produits par les Polonais, par la paix de Toruń (1466).

   Le mariage d'Élisabeth de Habsbourg avec Casimir IV en 1454 permettra à leur fils aîné Ladislas de devenir roi de Bohême (1471) et de Hongrie (1490-1492). Le danger allemand s'estompe, mais le péril russe surgit. À la fin du XVe s., le pouvoir monarchique est affaibli du fait des modifications dans les structures politiques, économiques et sociales. L'ambition du clergé et des magnats oblige le roi à s'appuyer sur la szlachta, qui obtient le privilège de Cracovie en 1433 et se trouve consultée à propos des charges financières et militaires (statuts de Nieszawa en 1454). À partir de 1493, le pouvoir royal se dégrade au profit de la petite noblesse. Une monarchie constitutionnelle est officiellement reconnue : les trois États, le roi, les sénateurs, les députés des diétines, décident en commun du vote des lois, des impôts et de l'armée (constitution Nihil novi, 1505).

   La szlachta profite du développement économique (hausse des prix agricoles) pour agrandir ses métairies et protéger ses privilèges : devant l'exportation massive du blé, elle accroît la rentabilité des exploitations en exigeant l'attachement du paysan à la terre (1496 et 1532) et en le soumettant aux corvées (1520). Le servage se rétablit en même temps que les citadins se voient refuser la propriété terrienne. Parallèlement à la szlachta, l'Église déploie son activité au sein d'un humanisme précurseur de la Renaissance (Grzegorz de Sanok, archevêque de Lwów, Jan Długosz). L'université de Cracovie, restaurée en 1400, participe aux grands débats religieux (Paulus Vladimiri, Jan Ostroróg). Copernic y étudie.

Le siècle d'or de la démocratie nobiliaire (XVIe s.)

L'expansion de l'État et la personnalisation de la nation

La démocratie nobiliaire, élaborée au XVe s., connaît son apogée au XVIe s. Sigismond Ier, troisième fils de Casimir IV, après son règne de 1506 à 1548 fait élire son fils Sigismond II Auguste (1548-1572) roi de Pologne. Cette forme de monarchie héréditaire ne s'applique pas à la Hongrie, que perdent les Jagellons. Au début du XVIe s., le grand-duché de Moscovie apparaît aux confins polonais et prend Smolensk (1514). Après avoir sécularisé l'ordre Teutonique, le luthérien Albert de Brandebourg reconnaît la suzeraineté de la Pologne sur la Prusse (1525), tandis que Sigismond Ier incorpore le duché de Mazovie avec sa capitale Varsovie à la Couronne de Pologne, profitant de l'extinction des Piast de Mazovie (1526). Sigismond II accorde l'égalité des privilèges à la noblesse lituanienne (première diète, 1566 ; Union de Lublin, 1569). Le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie forment une « république » une et indivisible, gouvernée par une diète unique et un souverain élu en commun. Chaque État garde ses lois, son administration, son armée. Les terres ukrainiennes du grand-duché sont rattachées à la Couronne de Pologne, ce qui oriente vers l'est et le sud-est les ambitions polonaises. Sigismond II amorce une politique maritime grâce à la construction d'une flotte et s'empare de la Livonie méridionale par suite de la décomposition de l'ordre des chevaliers Porte-Glaive.

   Le développement économique se poursuit jusqu'au début du XVIIe s. en faveur de la noblesse et de la bourgeoisie. Le chevalier s'est mué en propriétaire terrien ; la szlachta dirige elle-même ses exploitations, défriche les forêts et profite du prix élevé du blé par rapport aux biens manufacturés. Gdańsk concentre le commerce des céréales, du bois, de la poix, du lin, du chanvre et de produits manufacturés ; le volume du commerce maritime, grâce à la Vistule, croît jusqu'en 1618. Les cités rassemblent plus du cinquième de la population totale, leur patriciat rivalise avec les magnats sur les plans culturel et matériel. La Constitution de 1565, qui leur interdit le commerce du blé, ne sera jamais appliquée. Des compagnies mixtes de nobles et de bourgeois prospèrent et la bourgeoisie investit dans les entreprises. La prépondérance de Cracovie est menacée par l'essor économique de Varsovie, capitale en 1596.

   La szlachta, craignant l'absolutisme, cherche à limiter le pouvoir du roi et à rabaisser l'aristocratie laïque et ecclésiastique (1557, fin des immunités fiscales). Conduite par Jan Zamoyski, elle parvient, après l'extinction des Jagellons (1572), à faire participer tous les nobles directement à l'élection royale par acclamation. Henri de Valois, élu en 1573 sous condition (pacta conventa) d'un contrôle rigoureux du pouvoir royal, s'enfuit dès 1574. Son successeur Étienne Ier Báthory (1576-1586) renforce le prestige royal, écrase la révolte de Gdańsk et reprend la Livonie aux Moscovites. Mais la puissance économique des magnats va modifier le rapport de forces au détriment de la moyenne noblesse.

Émergence d'une culture nationale

L'épanouissement artistique sous Sigismond Ier le Vieux coïncide avec le triomphe de l'humanisme et l'exode vers des universités étrangères. En Pologne, des universités surgissent (Wilno, 1578) ; Zamość, 1595) et le nombre des écoles paroissiales double : le quart de la population masculine sait lire et écrire. Le développement de l'imprimerie accroît la diffusion de la culture. Alors que la szlachta s'adonne au latin, des dissidents introduisent la langue polonaise dans leurs écoles (académie de Pińczów) ; depuis 1543, les constitutions de la diète sont rédigées en polonais. Une littérature nationale s'affirme dans la seconde moitié du siècle (Jan Kochanowski). L'œuvre de A. F. Modrzewski domine la critique religieuse, politique et sociale. Intégrée au renouveau culturel de l'Europe du XVIe s., la Pologne vit les joutes théologiques : revendications de l'ordre Teutonique devant le concile de Constance, hérésie hussite adoptée par certains nobles et bourgeois polonais, proclamation par des théologiens de la supériorité des conciles sur les papes. La Pologne est prête à accueillir la Réforme, qui s'établit en Prusse, en Courlande, en Livonie. L'esprit de tolérance évite les guerres de religion. Le luthéranisme, prêché en Poméranie et en Grande Pologne dès 1518, n'a guère d'audience à cause de son origine germanique et de sa subordination au prince. Une élite vénère Érasme. Après 1540, le calvinisme conquiert les membres les plus instruits et les plus engagés de la szlachta. Les magnats et les nobles qui dominent la Chambre des nobles, convertis au protestantisme, fondent, avec l'autorisation tacite du roi, une Église luthérienne en Grande Pologne, deux Églises calvinistes en Petite Pologne et en Lituanie (1552). En 1573, la Confédération de Varsovie proclame la paix religieuse et la liberté de conscience absolue. La Mazovie est peu touchée : les nobles dissidents sont en majorité calvinistes ; ils dirigent le mouvement exécutif (réforme des institutions) et la Chambre des députés. Les « frères polonais » propagent la doctrine antitrinitaire venue d'Italie (catéchisme de Raków) ; avec la Transylvanie, la Pologne est le seul refuge des sociniens. Étienne Báthory accorde à l'Église le moyen de combattre efficacement la Réforme, l'éloquence de Piotr Skarga (1536-1612) permet de reprendre en main la jeunesse noble. Le calvinisme décline et le luthéranisme ne persiste que dans les villes de Prusse royale. Dès la fin du siècle, le catholicisme, soutenu par le nouveau roi Sigismond III Vasa (1587-1632) reconquiert son influence. L'union de Brest (Brześć) [1596] étant l'autorité du pape.

Les XVIIe et XVIIIe s.

Les divisions internes

Sigismond III, Jagellon par sa mère, est issu de la dynastie suédoise des Vasa. Une fois élu roi de Pologne, il essaie de devenir aussi roi de Suède. Mais ses ambitions orientées vers la Baltique se heurtent à la Moscovie et à la Suède. Les menaces s'accumulent sur un territoire vulnérable du fait de son étendue et aboutissent à la prise de Moscou par Żółkiewski (1610-1612) et à d'autres victoires. En même temps, la Pologne mène la guerre sur deux autres fronts : contre les Turcs (1620-1621) et contre la Suède (1600-1629) qui s'approprie la Livonie maritime et les douanes de Gdańsk (trêve d'Altmark, 1629).

   Sur le plan intérieur, le roi lutte contre la Réforme en écartant les dissidents des affaires publiques, les « frères polonais » sont persécutés à partir de 1638. À cela s'ajoute une grave crise politique (confédération dirigée par Zebrzydowski, 1606). Les magnats triomphent de la noblesse, ils dépossèdent l'État d'une partie de ses fonctions (armées privées) ou les transfèrent aux diétines (décentralisation fiscale).

   

Ladislas IV Vasa (1632-1648) reste neutre pendant la guerre de Trente Ans malgré la demande de la France et des Habsbourg. Il ramène une paix honorable (Polanowo, 1634) à l'issue de la guerre contre Moscou. Il termine le conflit avec la Suède (trêve de Sztumska Wieś, près de Gdańsk, 1635), mais ne peut restaurer l'autorité royale. L'extension systématique du servage en Ukraine au profit d'une nouvelle aristocratie polonisée (Wiśniowiecki, Ostrogski) provoque la révolte des cosaques Zaporogues conduits par Bogdan Khmelnitski (1648). Les masses populaires se soulèvent.

   Jean II Casimir V (1648-1668) ne peut conjurer les périls face aux cosaques avides de liberté et de terres faciles à cultiver. Alliés d'abord aux Turco-Tatars (1648-1651), les cosaques se placent sous l'autorité du tsar (1654), qui s'empare de Smolensk et de Wilno. À cette invasion de la Biélorussie et de la Lituanie s'ajoute la conquête suédoise de la presque totalité du pays grâce à la trahison des nobles. Un sursaut populaire, national et religieux (monastère Jasna Góra de Częstochowa) et l'intervention d'autres puissances libèrent le pays. Jean II Casimir V doit renoncer à la suzeraineté sur le duché de Prusse (1657). La Suède garde la Livonie intérieure (paix d'Oliwa, 1660), la Russie obtient Smolensk et la rive gauche du Dniepr (paix d'Androussovo, 1667). La Pologne est ruinée : toutes les villes, sauf Lwów, ont été pillées, la population a diminué de 30 %, les champs sont en friche, le commerce arrêté (200 000 tonnes en 1618, 1 980 tonnes en 1659). Incapable de reconstruire ses domaines, la moyenne noblesse entre au service des magnats. Par le liberum veto institué en 1652, tout opposant peut rompre la diète, annulant ses décisions d'une session, provoquant la complète anarchie. Le pouvoir monarchique est menacé par la violente opposition des nobles (fronde de Lubomirski, 1665-1666). Jean II Casimir V tente en vain d'obtenir l'abolition du liberum veto, l'établissement d'un impôt permanent et le droit pour le souverain de désigner son successeur.

Les fragilités de la monarchie

La noblesse choisit, après l'abdication de Jean II Casimir V (1668), le Polonais Wiśniowiecki (1669-1673), qui se montre incapable de faire face à une situation très grave provoquée par l'hostilité des cosaques au partage de l'Ukraine ; le Sultan, auquel ils se sont donnés, déclare la guerre à la Pologne (1672). Jean III Sobieski prend la tête de l'armée et bat les Turcs à Chocim (1673), puis est élu roi de Pologne (1674-1696). Il se couvre de gloire en contraignant les Turcs à lever le siège de Vienne (1683). Mais les succès du roi ne relèvent pas le pays de ses ruines. Malgré l'adjonction de la Podolie et de la majeure partie de l'Ukraine (traité de Karlowitz, 1699), le déclin de la Pologne s'accélère.

   

De puissants États absolutistes se forment à ses frontières et interviennent dans les affaires intérieures (corruption, intervention armée) ; ils imposent l'Électeur de Saxe Auguste II (1697-1733), soutenu par le tsar mais chassé par Charles XII de Suède au profit de Stanislas Ier Leszczyński (1704-1709). Auguste II s'allie au tsar Pierre le Grand et au roi du Danemark. Il attaque les possessions que la Suède s'est assurées le long de la côte méridionale de la Baltique en 1648 (traité de Westphalie) et en 1660 (traité d'Oliwa). Il rentre à Varsovie grâce à l'appui des troupes de Pierre le Grand (victoire de Poltava, 1709). Le dépeuplement de la Pologne s'accentue. Le pays est divisé entre partisans d'Auguste II (Confédération de Sandomierz, 1702) et partisans de Stanislas Ier (Confédération de Tarnogród, 1715). Le tsar dissout ces confédérations et élabore une nouvelle Constitution : impôts nouveaux et armée réduite à 24 000 hommes. Les troupes saxonnes se retirent.

   Les deux prétendants au trône, Auguste III, fils d'Auguste II, et Stanislas Ier, ne sont que des moyens utilisés par les puissances pour exercer leur rivalité. L'Autriche, la Prusse et la Russie signent le pacte de Berlin (garantie du statu quo) en vue d'empêcher l'élection d'un prince qui sauverait la Pologne de l'anarchie (1732). L'élection de Stanislas Ier avec l'aide de la France et des Potocki provoque la guerre de la Succession de Pologne et l'intervention de la Russie en faveur d'Auguste III. La paix de Vienne fait de Stanislas Ier un roi nominal de Pologne, mais sa défaite face à Auguste III, appuyé par l'armée russe, l'écarte du trône en 1736. La Pologne reste neutre pendant la guerre de la Succession d'Autriche, car la noblesse affiche des opinions antimilitaristes et pacifistes. L'anarchie polonaise est érigée en système d'État, entretenu par ses voisins.

   Konarski essaie de lutter contre la régression économique, sociale et culturelle (Collège des nobles fondé en 1740 à Varsovie). Une élite intellectuelle médite sur les moyens de relever le pays en s'inspirant de l'Occident. La société a subi des mutations : la population paysanne s'est accrue ; la mainmise de la noblesse terrienne sur le commerce extérieur a contribué au déclin des villes, le trafic de Gdańsk reste très inférieur à son passé ; l'artisanat et l'extraction minière sont à l'abandon ; les paysans sont asservis par de lourdes corvées et la paupérisation des masses entretient famines et épidémies. Le redressement économique s'amorcera cependant vers 1740.

   Les notions de noble, de catholique, de Polonais se fondent. La noblesse n'a que mépris pour la culture et se retranche dans le « sarmatisme ». L'obscurantisme et l'intolérance règnent au nom de la supériorité de la nation « la plus ancienne d'Europe ». Les idées réformistes gagnent cependant les magnats, dont l'ambitieux Czartoryski qui fait appel à la Russie pour mettre sur le trône son neveu Stanislas Auguste Poniatowski (1764-1795).

La modernisation du royaume face aux agressions extérieures

Le nouveau roi, patriote sincère, entreprend une modernisation du pays contre l'avis de sa protectrice Catherine II : une commission de l'Armée et une commission du Trésor sont créées dans chacun des deux États de Lituanie et de Pologne, une École de cadets est fondée, les impôts sont augmentés, le liberum veto suspendu provisoirement. D'accord avec la Prusse, la Russie intervient pour rétablir le liberum veto (1766) et assure le maintien de l'anarchie voulu par l'opposition conservatrice formant la Confédération de Radom. Une diète extraordinaire (diète de Repnine, dirigée en fait par l'ambassadeur russe) déclare « lois cardinales » l'éligibilité du souverain, le liberum veto, les privilèges nobiliaires. La brutalité de l'intervention armée rejette les patriotes dans la Confédération de Bar (1768-1772), qui, dirigée contre la Russie et le roi, est soutenue par la France. La Confédération entre en lutte avec les troupes russes. Ne pouvant pacifier le pays, Catherine II décide un premier partage de la Pologne. La Russie obtient des territoires lituaniens au nord de la Dvina et à l'est du Dniepr supérieur, la Prusse annexant la Prusse royale moins Gdańsk et Toruń, l'Autriche s'emparant de la Galicie avec Lwów (1772) : le pays est réduit de 210 000 km2 et de 4,5 millions d'habitants. La Russie impose une nouvelle Constitution à la Pologne, réduite à un protectorat (1775).

   Le roi et les patriotes espèrent en une révolution de l'instruction et de l'éducation. Stanislas II assure une administration bienfaisante (création des bibliothèques, des journaux [le Monitor, 1765], d'un théâtre à Varsovie), et organise l'enseignement. On assiste à une renaissance littéraire issue de la philosophie des Lumières.

   La population passe de 7,5 à 9 millions d'habitants en vingt ans. L'économie renaît sous l'impulsion de magnats menés par Czartoryski ; ces magnats répandent les idées physiocrates, substituent le cens à la corvée, fondent des manufactures et s'associent à la bourgeoisie. Les villes renaissent. Le parti patriotique réussit à promouvoir la réforme des impôts et de l'armée (Grande Diète, 1788-1792). La bourgeoisie, soutenue par l'intelligentsia radicale (Jacobins de la Forge Kołłątaj), obtient la réforme des villes. D'accord avec le roi, les patriotes imposent la Constitution du 3 mai 1791, inspirée des principes français : monarchie constitutionnelle héréditaire au profit de la maison de Saxe, droits politiques au tiers état, deux chambres (nonces et sénateurs), responsabilité ministérielle, protection (mais non affranchissement) promise aux paysans. La Russie intervient militairement, suscite la Confédération de Targowica (mai 1792) et impose l'abandon des réformes. La Russie et la Prusse procèdent au deuxième partage de la Pologne (1793), qui réduit le pays à 212 000 km2 et à 4 millions d'habitants (diète « silencieuse » de Grodno). La première obtient Mińsk, la Volhynie, la Podolie ; la seconde, Gdańsk, Toruń, la Grande Pologne.

   

L'exaspération patriotique éclate avec la révolte de Tadeusz Kościuszko (24 mars 1794), soutenue par la noblesse et les grandes villes jacobines. Après l'entrée à Cracovie, Kościuszko entraîne Varsovie (Jan Kiliński), Wilno (Jakub Jasiński), les 17 et 23 avril 1794. Mais les Prussiens prennent Cracovie, assiègent Varsovie (été 1794), qui se rend au général russe Souvorov le 5 novembre. (Il s'ensuit un massacre de 20 000 personnes au faubourg Praga.) Le troisième partage de la Pologne (1795) supprime le pays même dans sa dénomination et donne Varsovie à la Prusse, Cracovie à l'Autriche, Wilno et Brześć (Brest) à la Russie (traité du 24 octobre 1795).

Du troisième partage de la Pologne (1795) à la fin de la Première Guerre mondiale

La domination étrangère

Le pays est désormais colonisé et germanisé. L'Autriche oppose la noblesse à la paysannerie, la Prusse confisque les terres du clergé et de la noblesse au profit du roi et les redistribue à des colons allemands, la Russie oblige les fidèles à accepter la religion orthodoxe. Mais le sentiment national reste vif et les patriotes reportent leurs espoirs dans deux directions. Les émigrés en France se rallient à Bonaparte (Dąbrowski, 1797) et forment la légion du Danube en 1800. Leur contingent ayant été dissous après la paix de Lunéville (1801), ils se tournent vers la Russie, dont le tsar Paul Ier a déjà libéré des Polonais révoltés. Alexandre Ier cherche ensuite à reconstituer le royaume de Pologne à son profit en faisant de vagues promesses à son ami Adam Czartoryski, qu'il nomme ministre des Affaires étrangères de Russie (1804). Le tsar se gagne l'adhésion des conservateurs, mais les Polonais lui reprochent son appui à la Prusse ; après Iéna, le prince Czartoryski démissionne (1806). Dès lors, les Polonais se rallient à la proposition française de reconstituer un État polonais.

L'influence des idées révolutionnaires françaises

Napoléon impose la création d'un grand-duché de Varsovie avec les provinces prises à la Prusse vaincue (Tilsit, 7 juillet 1807). La superficie du duché sera agrandie en 1809 d'une grande partie de la Galicie, reprise à l'Autriche. Frédéric-Auguste de Saxe devient souverain constitutionnel. L'abolition du servage (1807) n'a pas d'effet immédiat, car la corvée est maintenue et la paysannerie reste soumise à la noblesse terrienne. Mais l'introduction du Code civil, la promotion politique de la bourgeoisie, la création d'une administration moderne et d'une armée nationale sous les ordres de Józef Poniatowski introduisent les ferments d'une société à naître dans une nation reconstituée. Malheureusement, Poniatowski, après des efforts héroïques dans l'épopée napoléonienne, meurt à Leipzig (1813). Son vainqueur, Alexandre Ier, tente de dominer la Pologne en la partageant à nouveau (congrès de Vienne, 1815). Le tsar cède la Posnanie à la Prusse, et Cracovie est érigée en république libre. Avec le reste, il reconstitue un royaume de Pologne, ou « royaume du Congrès », définitivement uni à l'Empire de Russie, qui lui garantit l'autonomie par une Constitution. Les institutions nationales sont conservées, mais les hautes fonctions reviennent aux Russes.

La Pologne face à la révolution industrielle

La marge de liberté laissée au royaume favorise un développement rapide de son économie et la défense du patrimoine culturel. La protection douanière, l'ouverture du marché russe, l'assainissement financier (1820-1830), la création d'une banque de Pologne engagent le pays dans la révolution industrielle (charbonnages de Dąbrowa, métallurgie de Varsovie, textile à Łódź et Żyrardów). La baisse du blé favorise les cultures nouvelles (betterave à sucre, pomme de terre) et l'élevage lainier. La vie culturelle est intense dans les universités (celle de Varsovie est fondée par Potocki en 1816), foyers du libéralisme bientôt victimes des absolutistes. L'histoire nationale est exaltée par les « chants historiques » du poète Julian Ursyn Niemcewicz. La culture polonaise passe les frontières jusqu'à Wilno, où Adam Mickiewicz est formé par l'historien Joachim Lelewel. Mais les autorités russes, malgré les promesses d'Alexandre Ier, traquent des étudiants membres de sociétés secrètes qui ont fêté l'anniversaire de la Constitution du 3 mai 1791. Nicolas Ier durcit la répression politique. Refusant le combat d'une armée polonaise contre les révolutionnaires français et belges, l'École des enseignes, conduite par le lieutenant Piotr Wysocki, se révolte (29 novembre 1830) et soulève Varsovie. Le grand-duc Constantin échappe à un assassinat et quitte Varsovie. Le général Chłopicki se proclame dictateur (5 décembre). La diète réunie (18 décembre) proclame la déchéance de Nicolas Ier (25 janvier 1831) et la formation d'un gouvernement national présidé par Adam Czartoryski. Lelewel y représente le républicanisme radical. L'ajournement de la question paysanne prive les insurgés du soutien des masses. Les volontaires venus de Posnanie, de Galicie et de Cracovie, malgré le refus de Louis-Philippe de les aider, battent les Russes (Grochów, 25 février ; Ostrołęka) ; mais ceux-ci, menés par Paskevitch, occupent Varsovie (8 septembre). Après une répression impitoyable, qui décime la noblesse polonaise, Nicolas Ier accorde au royaume un statut organique (1832). L'armée et la diète sont supprimées, l'administration ouverte aux Russes et soumise au Sénat de l'Empire. La fermeture d'écoles et d'universités (Wilno, Varsovie) inaugure la russification brutale, marquée aussi par la suppression de l'Église uniate. La langue russe devient obligatoire.

Les prémisses de la révolution de 1848

Une grande émigration conduit l'élite vers l'Occident (9 000 personnes) ; elle entretient la résistance, dont Paris est le centre politique et intellectuel. Les modérés (parti du 3 mai) autour de Czartoryski, qui réside à l'hôtel Lambert, espèrent en un conflit entre l'Occident et la Russie. Les radicaux autour de Lelewel, établi à Bruxelles, et de la Société démocratique polonaise, dont le siège est à Versailles, propagent le principe d'une insurrection appuyée sur une réforme agraire (tentative de soulèvement en 1833). Les poètes Krasiński, Słowacki, Adam Michiewicz exaltent le sentiment national. Dans le royaume, Paskevitch maintient le calme par la terreur. Après 1839, Edward Dembowski et Ludwik Mierosławski appuient la conspiration en Posnanie et en Galicie, mais l'insurrection de Cracovie (1846) donne à l'Autriche le prétexte de l'annexer. L'insurrection de Berlin (1848) contraint provisoirement Frédéric-Guillaume IV à des promesses d'autonomie pour le grand-duché de Poznań, dont Mierosławski devient le chef d'armée, mais le retour à la normale annule celles-ci. En Galicie, la corvée est supprimée, mais l'opposition persiste entre paysans ruthènes et nobles polonais. À cause de l'aide polonaise aux révoltés hongrois et viennois (octobre 1848), l'état de siège est établi en Galicie à la suite de la défaite de Józef Bem et de Henryk Dembiński.

   L'industrie se développe (houillères de Dąbrowa) et une Société d'agriculture se fonde dans un but de progrès économique et social inspiré par Andrzej Zamoyski. Alexandre II admet la création d'une Académie de médecine, d'une école centrale et la réouverture de l'université en 1862. Les patriotes préfèrent l'indépendance au loyalisme qui leur est imposé par Aleksander Wielopolski, porte-parole du positivisme politique polonais, que Gortchakov a chargé de réformer l'administration et le régime scolaire.

Les révoltes sociales

Les Polonais réclament l'unité lors d'une manifestation à Varsovie (17 août 1861). La ville est mise en état de siège, les révoltés arrêtés, les pouvoirs du gouvernement élargis. Dans la société polonaise s'affrontent les nobles modérés (« Blancs ») et les révolutionnaires (« Rouges »). Des sociétés secrètes inspirées du nihilisme russe naissent et couvrent tout le royaume d'un réseau de propagande à partir de l'école centrale de Varsovie, jusqu'aux ouvriers et artisans. Des manifestations patriotiques et des attentats terroristes sont réprimés par l'enrôlement de force de jeunes gens suspects, qui déclenche prématurément l'insurrection de janvier 1863, laquelle s'étend aux provinces annexées. La noblesse et le clergé apportent leur concours aux partisans. Le gouvernement national clandestin décrète l'attribution des terres aux paysans, mais la lutte entre Blancs et Rouges empêche le mouvement de se développer davantage.

   Wielopolski démissionne et Alexandre II lance contre l'insurrection plus de 300 000 soldats. Bismarck acquiesce, tandis que Paris, Londres et Vienne proposent une conférence que le tsar refuse. Mouraviev « pacifie » la Lituanie, et Berg la Pologne (pendaison de Traugutt, 1864). Le tsar accorde une réforme agraire (2 mars 1864) pour se rallier le peuple, alors que la noblesse rebelle est déportée ou émigre. 7 000 jeunes émigrés (Dąbrowski, Wróblewski) gagnent l'Occident, où certains se battent pour la Commune de Paris. Une répression cruelle et l'idéologie positiviste d'une partie de la nation, qui prône la notion de « travail organique », en fait la collaboration, anéantissent temporairement les idéaux romantiques.

La résistance polonaise face à la domination extérieure

Alors que Russes et Prussiens accélèrent l'assimilation, l'Autriche étend l'autonomie. Le tsar fait disparaître toute trace de particularisme. L'Église se voit interdire toute relation avec le Vatican (1870). L'école centrale de Varsovie est fermée et les écoles secondaires sont russifiées, la langue polonaise est interdite dans les collèges privés. La culture recule (64 % d'illettrés en 1862, 82 % en 1910). Mais la russification reste de surface, car la jeunesse aisée reçoit une éducation polonaise à la maison. La Posnanie oppose la même résistance à la politique de germanisation bismarckienne. L'usage de l'allemand est obligatoire dans l'enseignement et l'administration. L'archevêque Ledóchowski est emprisonné et une commission de colonisation (1886) est chargée d'aider les Allemands à acheter des terres aux Polonais afin de les exproprier. Ceux-ci se défendent par le même procédé (banque foncière de Poznań en 1888), le cours des ventes leur devient favorable. Grâce à la bienveillance du chancelier Caprivi (1890-1894), ils consolident ces résultats.

   Le statut de 1861, promulgué par l'Autriche pour la Galicie, respecte le particularisme polonais. La langue polonaise remplace l'allemand, les fonctionnaires sont galiciens à partir de 1869. L'autonomie est assurée par la diète de Galicie, et des représentants sont désignés pour le Conseil d'Empire ; le cabinet autrichien compte toujours un Polonais au moins. La diète s'oriente vers le développement économique et l'instruction publique. La Galicie forme les futurs cadres de la Pologne restaurée. Cracovie et Lwów accueillent des étudiants et des savants polonais venus de Prusse et de Russie.

   Dès lors, l'insurrection se transforme en résistance légale dirigée de Varsovie par Jan Popławski, fondateur de la Ligue nationale (1886). Dmowski crée le parti national-démocrate (1897), qui recherche l'unité et l'organisation d'une lutte contre le pangermanisme et le panslavisme. L'élargissement de la représentation au Parlement autrichien est étendu à la Galicie à la demande des nationaux-démocrates (1902).

   Si le paysan galicien misérable émigre, la bourgeoisie et le prolétariat croissent du fait du développement industriel (triplement du nombre d'ouvriers du « royaume » entre 1875 et 1905). L'élite intellectuelle contribue à développer la conscience nationale dans les masses et plaide pour une société moderne et plus juste. Le mouvement ouvrier grandit (grèves et organisations clandestines). Les Rouges passent au marxisme et à l'internationalisme socialiste avec le parti social-démocrate du royaume de Pologne et de Lituanie, animé par Rosa Luxemburg. Limanowski fonde à Paris le parti socialiste polonais de tendance patriotique (1892). Piłsudski, qui est membre du comité central, publie un journal clandestin, Robotnik (l'Ouvrier). La formation des partis politiques, souvent clandestins, et la diffusion du socialisme profitent de la tolérance autrichienne.

   Un parti ouvrier est fondé en Galicie (1879). Le parti social-démocrate polonais (1892) d'Ignacy Daszyński a plusieurs élus au parlement de Vienne en 1897. De même, les paysans galiciens se donnent leur propre parti, inspiré par la Revue sociale de Bolesław Wysłouch (1895) ; des représentants entrent au Parlement en 1897.

   Dans le royaume, Piłsudski tente une insurrection à Varsovie pendant la guerre russo-japonaise (1904), puis entretient l'agitation avec des formations de combat, tandis que les nationaux-démocrates constituent les leurs pour rétablir l'ordre. La révolution (1905-1907) est socialiste et nationale. Son échec disperse les socialistes, qui boycottent la Douma, où ne sont présents que les nationaux-démocrates, dont l'audience grandit et qui deviennent loyalistes, conservateurs, antisémites, tandis que l'Union paysanne agit clandestinement dans les campagnes. Les Lituaniens, les Biélorusses, les Ukrainiens et les Juifs prennent conscience de leur originalité et commencent à se séparer des Polonais. Les forces politiques se regroupent sous l'égide de Piłsudski et de « sociétés de tir » (socialistes favorisés par l'Autriche) en une Commission provisoire des partis d'indépendance, fédérés pour organiser le pouvoir suprême en cas de guerre avec la Russie (1912). La question polonaise paraît insoluble : les conservateurs s'appuient sur les Habsbourg, les nationaux-démocrates sur la Russie.

Le pouvoir polonais à l'étranger

Les Polonais sont mobilisés dans les deux camps. Les hommes politiques comptent sur une autonomie éventuelle accordée par le futur vainqueur. Le Comité national polonais de Varsovie croit en la Russie, le Conseil national suprême de Cracovie mise sur l'Autriche, mais les deux formulent des réserves à l'égard de l'action insurrectionnelle des légions de Piłsudski, qui combattent les Russes aux côtés de l'armée autrichienne, et des autres formations polonaises (groupe de Sikorski, etc.). Au nom du tsar, le grand-duc Nicolas promet l'autonomie aux Polonais s'ils luttent au côté de la Russie. Les Autrichiens, après la prise de Lublin, les Allemands, après celles de Varsovie et de Wilno (août 1915), divisent le royaume en deux zones, puis les réunissent en promettant d'en faire un royaume de Pologne héréditaire, constitutionnel et indépendant (5 novembre 1916), dans le but de recruter une armée polonaise.

   Piłsudski, qui refuse de coopérer avec l'Allemagne, est déporté (22 juillet 1917). La patente octroyée par les Empires (12 septembre 1917) organise les institutions. Des légionnaires désertent, les troupes polonaises de Russie ne reconnaissent pas les bolcheviks et sont désarmées.

   Par ailleurs, le Comité national créé à Lausanne (15 août 1917) s'installe à Paris, reconnu par les Occidentaux comme organisation officielle polonaise. Présidé par Dmowski, aidé de Paderewski, il recrute une armée de volontaires commandée par Haller (4 octobre). La débâcle de l'Autriche permet la constitution, à Lublin (7 novembre 1918), d'un gouvernement provisoire populaire, présidé par Daszyński et auquel participent les partisans de Piłsudski. Ce dernier, relâché le 10 novembre par les Allemands, rentre le 11 à Varsovie et prend le pouvoir dans toute la Pologne. Du côté des Alliés, la cause de l'indépendance polonaise est formulée dans la déclaration du président Wilson, dont le 13e point précise la nécessité qu'il y a de rétablir une Pologne indépendante ayant accès à la Baltique. Le Comité polonais à Paris œuvre dans ce sens et, quelques semaines après le retour de Piłsudski, se subordonne au nouveau président du Conseil, Paderewski. Les puissances vaincues acceptent cet état de choses. Par peur du bolchevisme (un parti communiste polonais est créé en décembre 1918), la majorité de la diète constituante, élue le 26 janvier 1919, revient à la droite et au centre (nationaux-démocrates, paysans Piast de Wincenty Witos). Piłsudski, qui lui remet le pouvoir, est élu chef de l'État à l'unanimité.

La République indépendante de Pologne de 1918 à 1939

Le traité de Versailles restaure la frontière de l'Ouest à son état de 1772, mais Dantzig est érigée en ville libre à l'extrémité du corridor, large de 70 km, qui lui donne un accès à la mer. Les plébiscites de Mazurie et de Warmie (11 juillet 1920) sont défavorables à la Pologne, le partage de la Silésie de Cieszyn (Teschen) entre la Pologne et la Tchécoslovaquie les mécontente toutes deux (juillet 1920). Le partage d'octobre 1921 donne à la Pologne le sud-est de la Haute-Silésie. Mais, à l'est, la Pologne dispute avec succès la Lituanie à l'Armée rouge. Refusant la ligne Curzon, Piłsudski lance l'offensive en mai 1920 ; soutenu par les Occidentaux, il réalise le « miracle de la Vistule » (août 1920) [guerre polono-soviétique]. Le traité de Riga (mars 1921) lui cède une bande de 200 km au-delà de la ligne Curzon. En 1923, les Alliés reconnaissent la frontière orientale (Conférence des ambassadeurs).

   La Pologne restaurée s'étend sur 389 000 km2 et compte 27 millions d'habitants. Les frontières sont difficiles à défendre et elles n'englobent pas tous les Polonais, alors que des minorités nationales représentent un tiers de la population (Ukrainiens, Biélorussiens, Allemands, Juifs). La Pologne dévastée a une activité économique réduite ; elle restera endettée jusqu'en 1939, malgré le recours à une politique initiale d'inflation qui accentue la misère des masses, aggrave la tension sociale et durcit la lutte politique.

   La Constituante (Constitution du 20 février 1919) entreprend une réforme agraire – 936 000 hectares sont redistribués de 1920 à 1925 –, puis la Constitution du 17 mars 1921 établit deux chambres élues au suffrage universel, qui désignent le président de la République, lui-même pouvant dissoudre la Diète avec l'accord du Sénat. La vie politique est animée de luttes violentes et marquée par l'instabilité gouvernementale. La droite, battue aux élections présidentielles (novembre 1922), mène la Diète, qui freine le partage des domaines. L'incurie du régime parlementaire est dénoncée par Piłsudski, qui se démet de ses fonctions. La monnaie est restaurée par Grabski (1924), mais la crise empire (1925) : l'industrie ne peut absorber la main-d'œuvre rurale surabondante. La déception engendrée par la préservation des grands domaines offre à Piłsudski la chance d'un coup d'État militaire (12-14 mai 1926). Il fait renforcer le pouvoir exécutif et place Mościcki à la présidence. Muni de pleins pouvoirs, il épure l'administration et l'armée, ajourne la Diète. L'aide américaine et les exportations de charbon améliorent les finances, mais le pays ne sort pas du marasme consécutif à la crise mondiale. La Constitution du 23 avril 1935 établit un régime présidentiel de type autoritaire.

   À la mort de Piłsudski, le pouvoir est exercé par le président Mościcki, le vice-président du Conseil E. Kwiatkowski, les généraux Rydz-Śmigly et Składkowski, et le colonel Beck, ministre des Affaires étrangères. Cette équipe améliore la situation économique, mais elle se montre incapable de se concilier la nation. Depuis 1935, la forte concentration industrielle augmente le prolétariat, les villes manifestent et les paysans, qui forment les deux tiers de la population, réclament une répartition des terres. La cohésion morale est sapée par la discrimination nationale et la politique antisémite. La sécurité extérieure est précaire ; elle est dépendante de l'Occident sans être assurée d'une protection suffisante (silence de Locarno sur ses frontières 1925). Le traité de non-agression avec l'U.R.S.S. (1932) ne garantit pas contre le nazisme. Craignant des accords entre puissances, la Pologne signe avec l'Allemagne un pacte de non-agression (1934), ce qui irrite Paris. Beck profite de la crise de Munich pour obtenir des Tchécoslovaques la Silésie de Cieszyn (2 octobre 1934). La Pologne résiste aux pressions de Hitler concernant le couloir et la ville de Dantzig (Gdańsk) ; la Grande-Bretagne lui offre une garantie contre toute agression (mars 1939), qui servira de prétexte à l'invasion allemande. La Tchécoslovaquie à peine annexée, Hitler dénonce le pacte germano-polonais (avril 1939). Les Allemands et les Soviétiques signent un pacte de non-agression (23 août). Les troupes allemandes envahissent la Pologne sans déclaration de guerre (1er septembre). [campagnes de Pologne.]

L'extermination de la nation et la Résistance (1939-1945)

Les Soviétiques pénètrent dans les provinces orientales. Les autorités civiles et militaire passent en Roumanie (17/18 septembre). Après la capitulation de Varsovie (28 septembre), Russes et Allemands se partagent la Pologne suivant une ligne établie par l'accord Ribbentrop-Molotov (23 août et 28 septembre 1939). L'U.R.S.S. intègre les zones annexées pendant que les territoires anciennement allemands sont incorporés au Reich. Le reste, dont Varsovie, forme un gouvernement général (capitale : Cracovie). Les Polonais reconstituent en France un gouvernement (Sikorski) et luttent auprès de l'armée française. Le Reich extermine les cadres de la nation, prône une germanisation radicale et systématise la déportation. Les ghettos sont fermés au milieu de 1940. Le génocide juif (à partir de décembre 1941) provoquera une insurrection et l'anéantissement du ghetto de Varsovie (avril-mai 1943). On prévoit le transfert des Polonais en Sibérie, une fois l'U.R.S.S. vaincue. La Pologne se couvre de camps de concentration : Chełmno, Auschwitz (Oświęcim), Treblinka.

   Après juin 1941, la résistance se diversifie : Mikołajczyk succède à Władysław Sikorski (juillet 1943). Une Armée nationale de l'intérieur, formée dès octobre 1939, subordonnée au gouvernement de Londres, prend sa forme définitive en février 1942. Moscou, par contre, soutient des « gardes populaires » et permet la création d'un Conseil national populaire (31 décembre 1943), qui formera le Comité polonais de libération nationale (22 juillet 1944) après s'être installé à Lublin. À l'intérieur, le parti ouvrier polonais, communiste, constitue l'Armia Ludowa (armée populaire) face à l'Armia Krajowa (armée de l'intérieur), forte de 360 000 hommes. Ces deux courants de résistance sont méfiants, hostiles après la découverte des massacres de Katyn. À l'extrême droite de la Résistance, certaines tendances donnent la priorité au combat contre le bolchevisme. Leur importance est aussi insignifiante que celle de l'armée populaire (22 000 hommes), mais cette dernière est vigoureusement soutenue par l'Armée rouge. Le 1er août 1944, l'Armia Krajowa, dirigée par Bór-Komorowski, déclenche l'insurrection de Varsovie, à laquelle participent les trois forces de la Résistance. Après deux mois de combats, faute de soutien soviétique et faute d'un appui suffisant des Occidentaux, Varsovie capitule (2 octobre). La ville est détruite, la population déportée. Les troupes soviétiques, qui ne sont pas intervenues, aident à la libération de Varsovie (17 janvier 1945). Le comité de Lublin s'y installe sous le nom de gouvernement provisoire.

La République populaire de Pologne

La Pologne après la Seconde Guerre mondiale

La conférence de Yalta (11 février 1945) fixe les frontières de la Pologne : ligne Oder-Neisse à l'ouest, ligne Curzon à l'est, et propose une démocratisation du gouvernement ; un gouvernement d'union nationale réunira Osóbka-Morawski (socialiste), Premier ministre, Gomułka (secrétaire général du parti ouvrier polonais [communiste]) et Mikołajczyk (chef du parti paysan polonais). Les partis engagent une lutte fratricide pour ou contre le communisme ; l'Armée rouge est présente partout. Le communiste Bierut devient président de la République. Il résout les problèmes de frontières par des transferts de population ; des Polonais arrivent des régions prises par l'U.R.S.S. et sont dirigés vers les territoires recouvrés sur l'Allemagne ; des centaines de milliers d'Allemands quittent ces territoires ; à l'est, des Ukrainiens sont déportés en U.R.S.S. ou rapatriés. Aux élections, le bloc gouvernemental propose une liste unique, qui obtient 90 % des voix (janvier 1947), mais se disloque peu après. Mikołajczyk émigre clandestinement. Cyrankiewicz fait voter la Constitution du 19 février 1947, qui renoue avec les idéaux de celle de mars 1921. Cette « petite Constitution » est le dernier acte d'un État soucieux de l'opinion internationale. La période stalinienne commence. Après l'exclusion de Gomułka (qui sera interné jusqu'en 1954), socialistes et communistes fusionnent en un parti ouvrier unifié polonais (P.O.U.P.) ; le secrétaire général en est Bierut (22 décembre 1948). Cyrankiewicz (ancien socialiste) devient président du Conseil et le restera jusqu'en 1971. Le socialisme doit être édifié dans un plan triennal (1947-1949) ; désormais, la Pologne s'aligne sur le modèle soviétique sous la surveillance du maréchal Rokossowski, ministre polonais de la Défense nationale jusqu'en 1956.

L'État socialiste

La Constitution du 22 juillet 1952 remplace le président par un Conseil d'État désigné par la Diète élue au suffrage universel. La collégialité des organes fondamentaux de l'administration est généralisée, cependant que la prédominance des institutions centrales du parti s'accentue.

   Après la distribution de terres et la constitution d'un secteur nationalisé d'essai, un plan prescrit la collectivisation de l'agriculture (1950-1955). La résistance paysanne affaiblit les résultats économiques des coopératives agricoles de production. L'économie, nationalisée en 1946, tend à créer une société industrielle moderne dans le cadre de plans à long terme : création de centres métallurgiques, de villes nouvelles (Nowa Huta, 1950 ; Nowe Tychy, 1952), de puissants chantiers navals. Mais ces résultats sont atteints au prix d'une restriction sévère de la consommation, qui mécontente toutes les classes sociales. Le pouvoir doit compter avec l'Église catholique, qui jouit d'un grand prestige national (2 901 ecclésiastiques, dont 5 évêques, soit 25 % du clergé, ont été tués par les nazis). L'Église obtient un modus vivendi (1950), supprimé après l'arrestation du cardinal Wyszyński (septembre 1953) à la suite d'une intense persécution religieuse. Des émeutes ouvrières éclatent à Poznań (27 juin 1956) et réclament la libération du primat de Pologne. Le gouvernement choisit de libéraliser le régime : Gomułka, réhabilité, revient au pouvoir (20 octobre 1956). C'est l'« Octobre polonais ».

Les particularités polonaises face au socialisme

Les relations avec l'Union soviétique sont revues, la marge de manœuvre politique polonaise s'améliore et l'État semble être plus conciliant à l'égard de l'Église. Un modus vivendi, signé en décembre 1956, témoigne d'une volonté de coexistence pacifique des deux côtés. Pourtant, des conflits éclatent à propos de lois sur le contrôle des naissances et de la suppression de fêtes chômées (1960). Par ailleurs, après les premières années de libéralisation, le dogmatisme autoritaire des dirigeants pèse sur la vie du pays. Le régime reste hostile aux initiatives de réformes, et les salariés ressentent vers la fin des années 1960 la pénurie des marchandises sur le marché et l'insuffisance des salaires.

   Depuis l'Octobre polonais, Gomułka est réélu régulièrement (1959, 1964, 1968) premier secrétaire du P.O.U.P. ; l'époque allant jusqu'en 1967 est communément appelée « petite stabilisation ». Le pouvoir, toutefois, a quatre partenaires de plus en plus difficiles : l'Église, les ouvriers, les paysans et les intellectuels. Les rapports entre l'Église et le pouvoir deviennent franchement hostiles en 1965, lorsque les 36 évêques polonais présents au 2e concile du Vatican invitent l'épiscopat allemand aux festivités du Millénaire de la chrétienté polonaise, rappellent la coexistence religieuse et culturelle polono-allemande, à la fois pardonnent et demandent pardon au peuple allemand (18 novembre 1965). La réponse de l'épiscopat allemand (5 décembre) et l'acceptation de cette réponse par l'épiscopat polonais sont un pas vers la réconciliation définitive. Le 10 décembre, une campagne officielle contre l'attitude de l'Église polonaise est déclenchée : elle durera un an.

   L'amitié, l'alliance et l'inviolabilité des frontières sont le fondement de la politique polonaise à l'égard de l'U.R.S.S. (pacte d'assistance, 1965 ; accord de coopération technique et scientifique, 1966). Lié par des traités d'alliance bilatéraux avec la R.D.A., la Bulgarie (1967), la Tchécoslovaquie et la Hongrie, l'État polonais établit des accords de coopération avec l'Occident (Italie, 1965 ; France, 1966 ; etc.).

   Le niveau de vie ne s'améliorant pas et les contraintes croissant, des protestations se font entendre. En mars 1968, les manifestations des étudiants à Varsovie, soutenues par des intellectuels, sont réprimées. Des émeutes ont partout gagné les villes universitaires. Le gouvernement accuse le sionisme de fomenter ces troubles, et une campagne antisémite se développe. D'importants remaniements valorisent le « clan » Gomułka-maréchal Spychalski et les partisans du général Moczar (ministre de l'Intérieur), à l'origine des procès contre les manifestants. L'interpellation lancée par le groupe catholique « Z.N.A.K. » à la Diète (député Zawieyski) renforce le prestige de ce courant, qui s'oppose à l'antisémitisme et aux persécutions des étudiants.

   De nombreux Juifs polonais quittent le pays, tandis que se déroulent des procès contre les « fauteurs de troubles », pour la plupart Juifs polonais, auxquels on reproche également de protester contre l'intervention des armées du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie (des unités militaires polonaises y ont participé). Les dirigeants acceptent finalement de signer avec Willy Brandt un traité reconnaissant la ligne Oder-Neisse implicitement (7 décembre 1970). Le 13 décembre, Gomułka décide de hausses considérables des prix des produits de consommation courante, ce qui provoque des manifestations ouvrières à Gdańsk, Szczecin, puis dans tout le pays. L'armée et la police tirent sur les ouvriers (il y a plus d'une centaine de tués). Le pays est à la veille de la grève générale. Dans la nuit du 19 au 20 décembre, le comité central du P.O.U.P. destitue Gomułka et donne le pouvoir à Edward Gierek, soutenu par la fraction « moczariste ». Le 23 décembre, Jaroszewicz (président du Conseil) invite le peuple à reprendre le travail. Edward Gierek annonce l'augmentation des bas salaires et le maintien des décisions du 13 décembre. Mais l'agitation se poursuit et l'Église demande le respect de la liberté de conscience, la justice sociale et le droit à l'information véridique. Gomułka est exclu du Comité central du P.O.U.P., la hausse des prix annulée (février 1971).

Les crises politique et économique du socialisme

Pour consolider sa position, Edward Gierek relâche des prisonniers politiques, accepte que l'Église détienne la propriété des biens situés sur les territoires recouvrés du Nord-Ouest, autorise un contrôle moins contraignant des médias, mais surtout cherche à élever le niveau de vie grâce aux emprunts occidentaux. Il lance le mot d'ordre « construisons la Pologne nouvelle » le recours aux valeurs nationales s'accompagne d'un certain effort pour renouer le dialogue avec le pays réel. Enfin, la hausse des salaires et le souci de perfectionner la gestion donnent une image rassurante de la Pologne des années 1971-1975.

   D'importants remaniements au sommet évincent Moczar (1971) ; Jabłoński remplace Cyrankiewicz comme président du Conseil d'État. De nombreuses initiatives sont prises : échange d'ambassadeurs avec Bonn, traité d'amitié et de coopération avec la France ; accords avec l'Iran et les États-Unis (1974). En 1975, une réforme administrative est votée : la Pologne compte désormais 49 voïévodies (départements) au lieu de 22 ; un ministère de l'Administration et de l'Économie locale est créé. Mais ni le problème du chômage ni celui de la qualité du travail ne sont résolus. Malgré le développement de l'économie, l'inflation ronge le niveau de vie, qu'a cependant amélioré l'introduction de la semaine de cinq jours. L'année 1975 est une année charnière : le commerce avec l'Ouest s'intensifie, mais la demande de consommation dépasse de loin les possibilités de l'économie. Le débat sur le projet de la nouvelle Constitution, votée finalement le 10 février 1976, montre la croissance du mécontentement. Les stipulations obligeant la Pologne à « l'amitié et à la coopération avec l'Union soviétique » […] et précisant que le parti « est la force politique dirigeante de la société » soulèvent de fortes oppositions et les protestations de l'Église. Le parti renonce à affirmer son rôle dirigeant dans l'État et se contente de ce rôle dans la société. Une autre tentative d'augmentation des prix cause de violentes manifestations ouvrières à Ursus et à Radom (juin 1976), brutalement réprimées. Le K.O.R. est créé en septembre 1976 ; il comprend des intellectuels, d'anciens militants de gauche, mais aussi des non-marxistes et deux prêtres. L'objectif de ce comité est de défendre les ouvriers persécutés et d'aider leurs familles. Cette action annonce le rapprochement des ouvriers et de l'intelligentsia contestataires.

   Face aux difficultés, le gouvernement demande de l'aide alimentaire à l'U.R.S.S., et le plan pour 1978 consacre 76 % du revenu national à la consommation. Mais l'administration, incompétente et souvent corrompue, est inefficace. La propagande soulève de violentes critiques. Le régime tente d'introduire plus d'austérité pour freiner l'inflation (1979). Jaroszewicz, président du Conseil impopulaire, est remplacé en février 1980 par Edward Babiuch.

Le renouveau national

L'élection à la papauté en octobre 1978 de Karol Wojtyła, archevêque de Cracovie, encourage l'Église de Pologne, qui soutient les aspirations spirituelles, mais aussi socioculturelles de la société. Le K.O.R., devenu en septembre 1977 « Comité d'autodéfense sociale » (« K.S.S.-K.O.R. »), se préoccupe des travailleurs persécutés contrairement aux règlements et aux lois. L'année 1980 voit venir une vague de grèves qui commencent en février à Gdańsk puis se répandent à travers le pays tout entier ; les chantiers navals de Gdańsk, Gdynia et Szczecin sont à l'avant-garde du mouvement. À Gdańsk, le mot d'ordre « syndicats libres » prend de l'ampleur, et les grèves se propagent en juillet à la suite d'une forte augmentation du prix de la viande (les 1er et 2 à Ursus et à Tczew). La grève des chantiers navals de Gdańsk radicalise le mouvement (14 août).

   Les ouvriers s'organisent en comité de grèves interentreprises (M.K.S.), élisent des délégués, dont Lech Wałęsa. Ils élaborent un cahier de revendications : droit de grève, syndicats libres, information véridique dans les médias. Plusieurs membres du K.O.R. sont arrêtés et le mouvement s'amplifie. Babiuch démissionne (24 août), Pińkowski devient Premier ministre.

Vers la démocratisation de la vie politique

Le pluralisme syndical et politique

Les négociations entre le gouvernement et le M.K.S. (30 août) aboutissent à un accord sur les revendications ouvrières ; il est signé à Gdańsk par Jagielski, vice-président du Conseil, et Lech Wałęsa ; il sera repris par les comités de grève de Silésie et de Szczecin. Edward Gierek est destitué et remplacé le 5 septembre par Stanisław Kania. En même temps, le syndicat indépendant et autogéré Solidarność (« Solidarité ») est créé à partir de 35 syndicats (22 septembre), et son statut est enregistré par le Tribunal administratif, puis par la Cour suprême le 10 novembre 1980.

   

L'année 1981 commence sous le signe d'un affrontement constant entre la force croissante de Solidarność et la résistance décroissante du pouvoir. L'Église soutient le courant syndicaliste chrétien dans Solidarność, mais s'efforce aussi d'empêcher un affrontement armé. En mai, Mgr Glemp succède au cardinal Wyszyński, dont il poursuivra l'action. La situation économique empire de grève en grève. Stanisław Kania déclare « la patrie en danger » et confie la présidence du Conseil au général Wojciech Jaruzelski, ministre de la Défense nationale (9 février). Une partie de la haute hiérarchie du pouvoir essaie de mobiliser aussi bien l'appareil du parti et de l'État que les alliés soviétiques, est-allemands et tchécoslovaques. Dans cette ambiance d'intransigeance réciproque, les éléments modérés des deux côtés ne peuvent se faire entendre. Le 19 mars, une provocation policière aboutit à de violents incidents à Bydgoszcz, qui mettent le pays au bord d'une grève générale, évitée d'extrême justesse grâce à la médiation de l'Église.

   Les déclarations fermes des dirigeants soviétiques exigeant de « renverser le cours des événements » (4 mars 1981), les affrontements locaux, où le nouveau syndicat dénonce l'incompétence et la corruption de l'administration et des directions régionales du P.O.U.P., rendent la situation de plus en plus précaire. Entre le congrès de Solidarność, qui lance un appel aux travailleurs des pays socialistes frères pour la création des syndicats libres (Gdańsk, septembre-octobre), les manœuvres militaires aux frontières polonaises et les revendications syndicales pour des « élections libres », la tension monte. Wojciech Jaruzelski devient premier secrétaire du P.O.U.P. en octobre 1981. Une demande de trêve sociale de trois mois est rejetée (3-4 novembre). Plus l'armée encadre le pouvoir, plus le pouvoir durcit son attitude. Solidarność, fort de ses dix millions d'adhérents, de son enthousiasme, mais politiquement inexpérimenté, influencé par certaines tendances activistes, infiltré par des provocateurs, pousse, inconsciemment à l'affrontement.

   Devant la menace d'une grève illimitée, contre l'avis de Lech Wałęsa, et l'accentuation de la violence, le conflit se cristallise autour du projet de loi sur les syndicats (12 décembre). Une menace de grève générale pousse le gouvernement, désormais contrôlé par l'armée, à agir. L'épreuve de force est déclenchée dans la nuit du 12 au 13 décembre 1981 lorsque le général Jaruzelski annonce l'établissement de l'« état de guerre ». Wojciech Jaruzelski crée une instance suprême, le Conseil militaire de salut national (W.R.O.N.). Les syndicats sont suspendus, les communications coupées, des chefs de Solidarność arrêtés ; Lech Wałęsa, détenu, refuse de négocier avec le pouvoir ; des milliers de personnes sont emprisonnées, la presse est muselée, les grèves interdites. Le 14 décembre, de nombreuses grèves éclatent, surtout sur la côte baltique et en Silésie. La police antiémeute (Z.O.M.O.), aidée de l'armée, écrase cette résistance.

   Le début de l'année 1982 est marqué par les efforts du pouvoir pour rétablir l'ordre et le fonctionnement des entreprises et des institutions ; une grande partie de la société, soutenue par l'Église, s'y oppose. Un Solidarność clandestin se forme avec quelques leaders et militants qui ont échappé aux arrestations. Après des manifestations (13 février, 3 mai, 13 juin, 13 août, 31 août), celle du 10 novembre échoue et permet à Wojciech Jaruzelski d'entamer le processus de « normalisation ». L'économie est au bord de l'effondrement. Wojciech Jaruzelski semble vouloir conduire la normalisation sans renoncer à la réforme socio-économique annoncée par le IXe Congrès du P.O.U.P. (14 juillet 1981), mais aussi en évitant l'intervention soviétique. Il est épaulé par une équipe composée de « centristes » au sein de la direction du P.O.U.P. ; Rakowski, Barcikowski, Kiszczak, Kubiak et d'autres. Lech Wałęsa est libéré en novembre 1982, et l'état de guerre est « suspendu » par la Diète (loi du 18 décembre 1982). La grande majorité des internés est libérée, sauf les 7 dirigeants de Solidarność et 5 autres leaders de l'ancien K.O.R. (pourtant dissous dès septembre 1981). Depuis l'introduction de l'état de siège, le pouvoir appelle à la réconciliation et à l'entente nationale, avançant des arguments patriotiques et insistant sur le réalisme indispensable à la survie de l'État polonais, qui ne peut exister que sous sa forme socialiste intégrée à l'U.R.S.S. Wojciech Jaruzelski promet de maintenir la réforme socio-économique amorcée en 1980-1981 et de poursuivre les responsables de la crise des années 1970, Edward Gierek y compris (au début de 1982, Gierek, l'ancien président du Conseil, et ses adjoints sont internés). La crédibilité de ce discours est atteinte par des mesures répressives, des velléités néostaliniennes, la pénurie dramatique et l'immixtion croissante de l'U.R.S.S.

   Le 8 octobre 1982, les leaders de l'organisation politique « K.P.N. » (« Confédération de la Pologne indépendante ») sont condamnés à des peines allant jusqu'à 7 ans de prison ferme. Le même jour, le syndicat Solidarność est officiellement mis hors la loi. Les nouveaux syndicats (un syndicat dans chaque entreprise ou usine) ne réussissent après six mois qu'à regrouper 10 % des salariés. Enfin, l'émigration commence à prendre des dimensions inquiétantes ; des milliers de Polonais, jeunes pour la plupart, demandent à l'Occident le droit d'asile. L'encadrement militaire des campagnes et des chantiers, la loi contre le parasitisme social (26 octobre) étouffent toute possibilité de contestation générale. Si Lech Wałęsa est libéré, son action est neutralisée ; la fin de la loi martiale prend effet le 31 décembre.

Les premières réformes économiques et politiques

Devant l'obstination de Lech Wałęsa à appeler au dialogue, le refus moral des Polonais se fortifie. Alors que les procès de syndicalistes se préparent, le pouvoir cherche un rapprochement avec l'Église. Dès février, les fidèles s'apprêtent à recevoir le pape ; l'épiscopat demande au pouvoir l'amnistie et une pleine justice sociale. La population manifeste par le biais religieux sa résistance intérieure. Lech Wałęsa reprend la direction de Solidarność clandestin, adoptant de nouvelles formes pacifiques et ponctuelles de protestation (mars-avril). Lors de sa visite (6-13 juin), Jean-Paul II demande l'application des accords de Gdańsk de 1980. À l'état de siège (qui a succédé en décembre 1982 à l'état de guerre), Wojciech Jaruzelski substitue l'état de crise (22 juillet 1983), dont le seul bénéfice sera une amnistie partielle. Toutefois, les personnes libérées tombent sous le coup de la loi sur le parasitisme social. Lech Wałęsa reçoit le prix Nobel de la paix le 5 octobre 1983. Une loi d'amnistie concernant les prisonniers politiques est adoptée en juillet 1984. Mais, parallèlement, la lutte contre les opposants au régime, notamment dans l'épiscopat, ne se relâche pas (assassinat du père Jerzy Popieluszko en octobre 1984). Le général Jaruzelski poursuit en 1985 sa politique de normalisation. Après les élections législatives (13 octobre), il abandonne à Zbigniew Messner le poste de Premier ministre, devient président du Conseil d'État et retrouve une certaine audience internationale (levée des sanctions économiques prises par les pays occidentaux). En juin 1986, la Pologne devient le 151e membre du F.M.I. En dépit de la libération des prisonniers politiques (septembre), la répression, plus sélective, se poursuit.

   Les Polonais refusent, en novembre 1987, de cautionner le programme de réformes soumis à référendum par le général Jaruzelski, mettant le pouvoir en minorité. Un mouvement de grèves, dur et déterminé, se développe à partir du printemps 1988 pour réclamer la relégalisation de Solidarność et la démocratisation du régime. La table ronde qui s'ouvre en février 1989 entre représentants du gouvernement et de l'opposition aboutit à l'accord du 5 avril, aux termes duquel le pluralisme syndical est rétabli et le Parlement réorganisé. Ce dernier est désormais composé d'un Sénat et d'une Diète dans laquelle 65 % des sièges sont réservés au P.O.U.P. et à ses alliés. Aux élections de juin 1989, Solidarność obtient la quasi-totalité des sièges du Sénat et les 35 % des sièges de la Diète non réservés aux partis de la coalition gouvernementale. En juillet, ce nouveau Parlement élit à la présidence de la République Wojciech Jaruzelski, qui abandonne ses fonctions à la tête du P.O.U.P. Le parti paysan (P.S.L.) et le parti démocrate (S.D.), traditionnels alliés du P.O.U.P., se rapprochent de Solidarność, dont un des dirigeants, Tadeusz Mazowiecki, devient Premier ministre en août. Premier chef de gouvernement non communiste de l'Europe de l'Est depuis quarante ans, il forme en septembre un gouvernement de coalition, dont le programme est de rétablir l'économie de marché. En décembre, les amendements constitutionnels abolissent le rôle dirigeant du P.O.U.P. et redonnent au pays le nom de République de Pologne. Le plan d'austérité entré en vigueur le 1er janvier 1990 entraîne une forte augmentation du chômage et une diminution du pouvoir d'achat.

La transition économique et ses conséquences politiques

La « thérapie de choc », mise en place le 1er janvier 1990, stoppe l'hyperinflation (585 %) et stabilise le złoty, au prix cependant d'une chute de la production et d'un appauvrissement rapide de la population. Le contexte socio-économique, propice aux discours démagogiques, complique la campagne présidentielle de Lech Wałęsa, cependant victorieux à l'élection de décembre 1990. Après les législatives de 1991, la présence de 29 partis au Parlement rend difficile la formation d'une majorité nette. Les deux gouvernements issus de ces élections, constitués en 1991 et en 1992, tentent de tempérer l'ultralibéralisme, en dotant le pays d'une politique industrielle et en protégeant l'agriculture. Le premier, dirigé par Jan Olszewski (1991), surtout préoccupé par les questions de « décommunisation » (élimination des anciennes élites dirigeantes) et marqué par le nationalisme catholique, sombre dans les intrigues parlementaires. Le gouvernement suivant, constitué par Hanna Suchocka (1992), plus pragmatique et soucieux des problèmes sociaux de la transition, ne profite pas du redressement économique qui s'amorce en 1993, victime qu'il est de l'exaspération de la population face à la montée du chômage (16 %) et des polémiques orchestrées par l'Église. En juillet 1993, le gouvernement de Hanna Suchocka est en effet renversé par une motion de censure déposée par Solidarność. Les élections législatives de septembre 1993 portent au pouvoir une majorité dominée par les ex-communistes. Le retour des anciens communistes polonais, pour surprenant qu'il soit, ne traduit cependant pas une volonté de retour à l'ancien régime. Au contraire, le jeune dirigeant du parti social-démocrate (S.L.D.), Aleksander Kwaśniewski, ancien ministre communiste de la Jeunesse et des Sports, devenu président de la République après sa victoire sur Lech Wałęsa en 1995, s'appuie sur la frange la plus dynamique de l'ancien parti communiste : les jeunes, les réformateurs, partisans depuis longtemps de l'économie de marché, et les cadres reconvertis dans les affaires. Son équipe s'est d'ailleurs très vite intéressée aux idées des partis sociaux-démocrates des pays anglo-saxons.

   Malgré les nombreuses querelles politiques qui dominent la scène politique, la Pologne est devenue un pays stable, aux résultats économiques satisfaisants, qui peut mener une politique de rapprochement accéléré avec l'Occident. En novembre 1990, elle conclut avec l'Allemagne réunifiée un traité (ratifié en juin 1991) reconnaissant la ligne Oder-Neisse comme frontière entre les deux pays. En octobre 1991, un accord soviético-polonais prévoit le retrait des troupes soviétiques, effectif en septembre 1993. À partir de 1990, la Pologne se rapproche de la Hongrie et de la Tchécoslovaquie, réunies en novembre 1991 au sein du groupe de Visegrád, constitué pour favoriser la coopération entre ces trois pays, issus du Comecon, en vue de leur intégration à l'Union européenne. Le groupe de Visegrád opte pour un rapprochement avec l'O.T.A.N. et signe un accord de libre-échange en décembre 1992 – l'accord a depuis inclus les deux pays issus de la partition de la Tchécoslovaquie, le 1er mars 1993. Entrée en 1991 au Conseil de l'Europe, la Pologne a déposé une demande officielle d'adhésion à l'Union européenne en 1994. Elle est membre de l'Organisation de coopération et de développement économiques (O.C.D.E.) depuis 1996.

Les nouvelles données de la vie politique

Les élections législatives du 28 septembre 1997 permettent une simplification du paysage politique polonais, désormais clairement structuré autour d'une gauche, fédérée par les anciens communistes, et une droite héritière du syndicat Solidarność. Celle-ci, éclatée en plusieurs partis – depuis les catholiques jusqu'aux ultralibéraux –, parvient à rétablir son unité et à remporter les élections. Arrivée en tête, la nouvelle alliance Action électorale Solidarité (A.W.S.) et Union de la liberté (U.W.), le parti qui a gouverné la Pologne de 1989 à 1993, forme un gouvernement de coalition, dont la direction est confiée à Jerzy Buzek (A.W.S.). Le grand perdant est le parti paysan polonais (P.S.L.), quasiment éliminé de la scène politique, alors qu'il avait jusque-là joué un rôle déterminant dans la formation d'alliances électorales ou de gouvernement.

   Jerzy Buzek, protestant issu du syndicat Solidarność, s'attelle à un programme ambitieux qui est de maintenir l'objectif d'adhésion à l'Union européenne et apaiser le climat politique. Sa tâche n'est pas facile, d'autant plus que la nouvelle majorité s'est surtout préoccupée de satisfaire sa frange catholique, l'hiver 1997 ayant été consacré à la ratification d'un concordat avec le Vatican et au rétablissement de la pénalisation de l'avortement. Des grèves et des manifestations secouent le pays en 1997 et 1998 – en mars 1997, lors de la liquidation des chantiers navals de Gdańsk, berceau historique de Solidarność, mais aussi dans d'autres secteurs d'activité, tels que la santé. Peu affectée par la crise russe en 1998, l'économie polonaise continue sa longue mutation grâce à la poursuite des privatisations et à un nouveau train de réformes (retraites, santé, secteur minier, nouveau Code pénal). Une vaste refonte administrative réduit le nombre de voïévodies de 49 à 16. Malgré un bilan non négligeable, la coalition gouvernementale éclate en juin 2000 avec le départ des centristes de l'Union de la liberté (U.W.), excédés par les contradictions internes de l'Action électorale Solidarité. Affaiblie par ses propres dissensions, la droite polonaise ne parvient pas à présenter un candidat unique à l'élection présidentielle d'octobre 2000, favorisant ainsi la réélection, dès le premier tour, d'Aleksander Kwaśniewski (53,9 % des voix).

   L'ancrage de la Pologne à l'ouest se renforce avec son adhésion à l'O.T.A.N. (mars 1999).

Dernières turbulences avant l'intégration dans l'Union européenne

En mars 2001, le gouvernement minoritaire de Jerzy Buzek, en sursis depuis plusieurs mois, se voit encore affaibli après le départ du parti conservateur libéral (S.K.L.). Une succession de limogeages et de démissions du gouvernement vient renforcer l'impression de malaise. Dans la perspective des législatives de septembre, les différentes composantes de la majorité (A.W.S. et U.W., notamment), en miettes depuis plus d'un an, ne luttent plus que pour essayer de se maintenir au sein du Parlement : seule l'A.W.S. y parvient.

   La victoire attendue de la plate-forme Alliance de la gauche démocratique-Union du travail (S.L.D.-U.P.), qui obtient 41 % des suffrages et 219 des 460 sièges à la Diète (au Sénat, 75 sièges sur 100), annonce le retour aux affaires de la gauche. En l'absence d'une majorité absolue à la Diète, Leszek Miller (S.L.D.) est contraint de former un gouvernement avec le parti paysan polonais (P.S.L.), reconstituant, contre l'avis du président Kwaśniewski, l'alliance qui a gouverné le pays entre 1993 et 1997. Cette alternance en faveur des sociaux-démocrates se fait dans un contexte cependant plus difficile qu'en 1993, lorsque la Pologne bénéficiait d'une forte croissance. Confronté à une situation économique proche de la stagnation (faillite des chantiers navals de Szczecin en juin 2002, fermeture de nombreuses entreprises, taux de chômage préoccupant), le gouvernement Miller, qui souffre de surcroît d'une impopularité chronique, ne parvient pas à défendre son action : voulant réformer le Code du travail en juillet 2002, il provoque la colère des syndicats et des chômeurs et doit renoncer par la suite à faire voter plusieurs projets de lois. Au sein de la coalition, les divergences suscitées par les conséquences de l'adhésion à l'U.E. sont vives. Notamment avec le parti paysan, dont le Premier ministre finit par exiger le retrait (1er mars 2003), réduisant du même coup à 212 le nombre de sièges à la Diète. De même, le plan d'économies budgétaires pour 2004, qui prévoit des coupes importantes dans les dépenses sociales, suscite, outre les critiques du parti libéral Plate-forme civique (P.O.), celles des syndicats traditionnellement proches du pouvoir, et celles de plusieurs députés du S.L.D.

   Sur la scène internationale, les relations russo-polonaises sont brouillées par le problème de l'enclave de Kaliningrad. En revanche, les liens avec les États-Unis se renforcent considérablement en 2001-2002 et surtout en 2003, lors de la crise irakienne. Alliée de la première heure des États-Unis, la Pologne, en dépit de l'hostilité à la guerre d'une majorité de son opinion publique, signe la « Lettre des Huit » manifestant leur soutien à Washington. En septembre 2003, elle se voit confier le contrôle de l'une des trois zones de sécurité en Iraq, exécutant ainsi, depuis son intégration dans l'O.T.A.N. en 1999, sa première mission internationale, mais compromettant également quelque peu ses relations avec l'Allemagne et la France.

Intégration dans l'Union européenne sur fond de crise politique

Les 7 et 8 juin 2003, les Polonais approuvent l'adhésion de leur pays à l'Union européenne par 77,45 % de « oui », dernier acte majeur d'un cycle de pré-adhésion qu'ont partiellement refermé les sommets de Copenhague (décembre 2002) et d'Athènes (avril 2003). Après avoir rejeté, avec l'Espagne de José María Aznar, le projet de traité constitutionnel, et réclamé le maintien du fonctionnement de l'U.E. élaboré dans le traité de Nice, la Pologne – isolée après la victoire des socialistes en Espagne – obtient en juin 2004 une concession technique sur le système de vote. En revanche, la demande d'inscription d'une référence au christianisme, pour laquelle elle s'est battue avec plusieurs États, n'est pas retenue. Le 1er mai 2004, la Pologne devient, ainsi que neuf autres candidats de l'Europe orientale et méridionale, membre de l'Union européenne. Lors des premières élections européennes, organisées le 13 juin et marquées par un taux de participation historiquement bas (20,8 %), le report des voix sur les partis nationalistes, conservateurs et eurosceptiques, tels que la Ligue des familles polonaises (L.P.R., fondée en 2001), populistes et isolationistes tels que Samoobrona (Autodéfense) d'Andrzej Lepper, ou souverainistes tels Droit et Justice (PiS), fondé en 2001 par les frères Kaczyński, reflète les craintes de la majorité de la population pour qui l'intégration à l'U.E. représente une menace pour ses intérêts économiques et ses valeurs morales.

   Son adhésion intervient alors qu'elle est entrée dans une crise politique profonde depuis l'annonce, fin mars, de la démission du Premier ministre Leszek Miller. Ce dernier, cerné par des réformes impopulaires, une série d'accusations de corruption touchant son entourage politique et par une opposition interne à son parti menée par le président Kwaśniewski et par le président de la Diète, Marek Borowski, joue sa dernière carte en abandonnant la présidence du S.L.D. à l'un de ses proches (mars). Peu après, il perd ses derniers soutiens au Parlement lorsqu'une trentaine de parlementaires S.L.D. font dissidence pour fonder un nouveau parti pro-européen, la Social-démocratie polonaise (S.D.L.P.). Également isolé sur la scène extérieure par la défaite de la droite espagnole lors des législatives du 15 mars, Leszek Miller démissionne le 2 mai.

   Marek Belka obtient de justesse, le 24 juin, la confiance de la Diète pour diriger le nouveau gouvernement social-démocrate. Mais, contraint de composer avec une majorité de circonstance profondément divisée, le nouveau chef de gouvernement, après avoir rejoint le parti démocrate – parti officiellement fondé en mai, qui est en fait la nouvelle appellation de l'Union de la Liberté (U.W.) –, remet, ainsi qu'il l'avait annoncée dès son entrée en fonctions, sa démission le 6 mai 2005. Celle-ci ayant été refusée par le président de la République et la tentative d'autodissolution de la Diète ayant échoué peu après, le gouvernement en est réduit à gérer les affaires courantes, jusqu'à la fin de la législature, à l'automne 2005.

   Sur le plan international, les relations de la Pologne avec la Biélorussie connaissent une détérioration sensible à la suite de l'arrestation de représentants de la minorité polonaise vivant dans ce pays (400 000 personnes sur 10 millions d'habitants). Accusée par Minsk de fomenter une révolution pour renverser le président biélorusse Alexandre Loukachenko, la Pologne rappelle son ambassadeur.

La parenthèse des conservateurs catholiques

Les Polonais, déçus par les sociaux-démocrates postcommunistes et leur politique axée sur l'adhésion à l'Union européenne, optent pour l'alternance lors des élections parlementaires de septembre 2005. À la Diète, le parti conservateur Droit et Justice (PiS) de Jarosław Kaczyński l'emporte de justesse avec près de 27 % des voix, devant la Plate-forme civique (P.O.) de Donald Tusk qui obtient 24,14 % des suffrages. Seuls les populistes de Samoobrona (56 sièges), les sociaux-démocrates du S.L.D. (55 sièges), les ultracatholiques de la L.P.R. (34 sièges) et le parti paysan (P.S.L., 25 sièges), ancien allié des sociaux-démocrates, sont admis à siéger à la Diète. Reléguée en quatrième position derrière la L.P.R., l'Alliance de la gauche démocratique n'a plus de siège au Sénat, où Droit et Justice obtient 49 élus (sur 100), P.O., 34, tandis que la L.P.R. en compte 7.

   Kazimierz Marcinkiewicz (PiS) est nommé Premier ministre. En effet, Jarosław Kaczyński a préféré renoncer au poste pour ne pas compromettre la candidature de son frère jumeau, Lech, à l'élection présidentielle des 9 et 23 octobre. Ce dernier, devancé par D. Tusk (P.O.) au premier tour, rattrape son retard grâce au report massif de l'électorat populiste de Samoobrona sur sa candidature et l'emporte au second avec 54,04 % des voix contre D. Tusk (45,96 %). L. Kaczyński a bâti sa campagne, énergiquement relayée par Radio Maryja (radio catholique, nationaliste, antilibérale et souvent antisémite, fondée en 1991 par le père Tadeusz Rydzyk), sur des discours patriotiques et moralistes. Il a aisément séduit un électorat déçu par la transition – chômeurs, paysans, classes moyennes – en exploitant les thèmes de la fracture sociale, de l'euroscepticisme et de la peur des réformes.

Instabilité politique

Disposant d'une confortable majorité, les conservateurs (PiS) et les libéraux (P.O.) s'engagent à gouverner ensemble, mais les négociations échouent rapidement, notamment en raison de l'incapacité de trouver un compromis sur leurs programmes économiques divergents. À l'annonce de l'élection du conservateur Marek Jurek à la présidence de la Diète – un poste qui leur était initialement promis –, les libéraux passent dans l'opposition.

   K. Marcinkiewicz forme un gouvernement minoritaire, investi grâce au soutien des députés d'extrême droite de la L.P.R., des populistes de Samoobrona et du parti paysan (P.S.L.). Dans l'obligation de consolider sa position, Droit et Justice scelle le 2 février 2006 une alliance de gouvernement avec Samoobrona et la L.P.R., sans que ces deux formations participent au gouvernement : au terme de l'accord, les frères Kaczyński disposent à la Diète d'une majorité de 248 députés (sur 460) pour soutenir l'action du gouvernement minoritaire. À la suite d'un accord de coalition conclu en avril avec le PiS, les populistes et les ultracatholiques rejoignent un gouvernement remanié et majoritaire. Leurs dirigeants – Roman Gyertich pour la L.P.R. et Andrzej Lepper pour Samoobrona – sont l'un et l'autre nommés vice-Premier ministre ; le premier devient également ministre de l'Éducation, tandis que le second obtient le ministère de l'Agriculture. Toutefois, l'entrée au gouvernement des populistes et des ultracatholiques entraîne la démission du ministre proeuropéen des Affaires étrangères, Stefan Meller, et celle de Zyta Gilowska, la ministre libérale des Finances.

   En juillet, c'est au tour du Premier ministre K. Marcinkiewicz d'annoncer son départ. Officiellement, il s'agit de libérer le chef du gouvernement de ses obligations pour lui permettre de gagner la mairie de Varsovie lors des élections locales de novembre. En réalité, K. Marcinkiewicz jouit d'une cote de popularité dont l'ampleur est jugée trop importante et fait montre d'une trop grande indépendance. Contrairement à sa promesse faite à l'automne 2005, L. Kaczyński nomme le chef de file du PiS, son frère jumeau Jarosław, Premier ministre (juillet). Les frères Kaczyński concentrent désormais tous les pouvoirs entre leurs mains.

   Dès septembre cependant, le gouvernement ne dispose plus que d'un soutien minoritaire à la Diète, à la suite du limogeage de A. Lepper. Afin d'éviter le recours à des élections législatives anticipées, la droite conservatrice réactive en octobre la coalition gouvernementale scellée en mai avec la L.P.R. et Samoobrona ; A. Lepper réintègre le gouvernement.

   Lors des élections locales de novembre 2006, les conservateursenregistrent un net recul, la L.P.R. et Samoobrona sortent laminées. Plate-forme civique acquiert, quant à elle, la mairie de Varsovie ; grâce à une alliance inédite avec la fraction centriste du mouvement anticommuniste Solidarność, la gauche sociale-démocrate (Gauche et Démocrates, LiD) redevient la troisième force politique du pays.

« Révolution morale »

S'ils ont abandonné l'instauration d'une IVe République – l'un des thèmes de la campagne électorale de l'automne 2005 et l'objectif prioritaire du PiS –, les frères Kaczyński prônent une « révolution morale » qui, tout ensemble, interdit l'euthanasie, l'avortement, le mariage homosexuel, la légalisation des drogues, prévoit la création d'un ministère anticorruption, le rétablissement de la peine de mort et une campagne de décommunisation. Promulguée en 1997, une loi de lustration obligeait déjà tous les responsables politiques à produire une déclaration sur l'honneur attestant de leur non-collaboration avec les services secrets (Służba Bezpieczeństwa, S.B.) de la République populaire. En 1998, l'Institut de la mémoire nationale (Instytut Pamięci Narodowej, I.P.N.) devient le dépositaire des archives de la sécurité et a pour objectif d'instruire les crimes nazis et communistes. Adoptée en octobre 2006 (entrée en vigueur en mars 2007), une nouvelle loi contraint entre 400 000 et 700 000 Polonais âgés de plus de 35 ans et exerçant des responsabilités dans la politique, les médias et l'enseignement à fournir la preuve qu'ils n'ont jamais eu d'accointances avec la S.B., sous peine de licenciement. L'Église n'est pas épargnée : de nombreux prêtres sont accusés de collaboration ; Mgr Stanysław Wielgus démissionne des postes de primat de Pologne et d'archevêque de Varsovie auxquels il venait d'accéder, en raison de sa collaboration durant une vingtaine d'années avec la S.B. L'ancien chef de l'État, le général Wojciech Jaruzelski est accusé de « crime communiste ». Plusieurs voix – parmi elles, deux grandes figures de l'opposition anticommuniste polonaise, l'eurodéputé Bronisław Geremek, ancien conseiller de Lech Wałęsa et figure emblématique de Solidarność dans les années 1980, et Tadeusz Mazowiecki, chef du premier gouvernement de la Pologne démocratique – dénoncent le caractère humiliant de la loi de lustration. Saisie par l'opposition, la Cour constitutionnelle en invalide les principales mesures (mai), infligeant un sérieux camouflet aux frères Kaczyński.

   L'arrivée au pouvoir de ces derniers se traduit par la volonté de faire de la Pologne un pays qui compte dans le jeu européen. À sa demande, la Pologne obtient, lors du Conseil européen de juin 2007 consacré à l'adoption d'un « traité modificatif », le report à 2014 de l'application de la règle de la double majorité. Ses relations avec l'Allemagne sont envenimées par le projet de construction d'un gazoduc sous-marin russo-allemand contournant la Pologne et par la résurgence du problème des expulsés allemands lors de la Seconde Guerre mondiale. Empreintes de méfiance, ses relations avec la Russie connaissent une nouvelle tension depuis l'instauration par Moscou d'un embargo sur les importations de viande polonaise (novembre 2005) et l'annonce de l'implantation des éléments d'un bouclier antimissile américain sur le sol polonais.

L'alternance

En juillet 2007, le nouveau départ du populiste A. Lepper (limogé pour malversations financières) ouvre une crise politique de plusieurs semaines. J. Kaczyński rompt la coalition gouvernementale désormais minoritaire et convoque des élections législatives anticipées pour le 21 octobre 2007. Profitant d'une très forte participation (53,8 %, la plus importante enregistrée depuis 1991), les libéraux de Plate-forme civique (P.O.) devancent, avec 41,5 % des voix (209 sièges), le parti Droit et Justice (PiS) des frères Kaczyński, qui s'incline avec 32,1 % des voix (166 sièges). La coalition de centre gauche, Gauche et Démocrates (Lid) recueille 13,15 % des voix (53 sièges), le parti paysan (P.S.L.) obtient 8,91 % des voix (31 sièges). Les deux formations ultra conservatrices, Samoobrona et la Ligue des familles, enregistrent une déroute et ne franchissent pas la barre des 5 % nécessaires pour représenté à la Diète. Un libéral convaincu, Donald Tusk, cofondateur en 2001 de P.O., qu'il préside depuis 2003, forme un gouvernement de coalition avec le parti paysan (P.S.L.) et devient Premier ministre. Opérant un virage pro-européen, D. Tusk s'empresse de renouer une relation apaisée avec l'Allemagne et met en œuvre, avec la chancelière Angela Merkel, une série de mesures destinées à rapprocher les deux pays (relancement de l'office germano-polonais pour la jeunesse et de la fondation scientifique germano-polonaise). En novembre 2007, la décision de Varsovie d'abandonner son opposition à des négociations d'adhésion de la Russie à l'organisation de coopération et de développement économiques (O.C.D.E.) suscite la levée de l'embargo russe appliqué depuis 2005 aux viandes polonaises. La résolution de ce contentieux politico-commercial né sous le gouvernement Kaczynski ouvre la voie à des négociations entre l'Union européenne et la Russie.

Repères d'actualité

1er avril 2008 : longtemps menacée par un blocage de la part du PiS des frères Kaczyński (opposition), l'adoption à une large majorité du traité de Lisbonne par la Diète polonaise s'accompagne d'une résolution garantissant notamment la non application à la Pologne de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et la supériorité de la Constitution polonaise sur la législation communautaire. Toutefois, sa ratification exige la signature du président.

7 juin 2009 : les élections européennes consacrent la victoire de Plateforme civique (P.O.) du Premier ministre D. Tusk, qui obtient 44,39 % des voix (25 sièges) devant l'opposition conservatrice du Droit et Justice (PiS) des frères Kaczyński, qui recueille 27,41 % des voix (15 sièges). L'Alliance de la gauche démocratique (S.L.D.) totalise 12,33 % des voix (7 sièges), le parti paysan (PSL), recueillant quant à lui 7,03 % des suffrages (3 sièges).

10 octobre 2009 : le président eurosceptique L. Kaczyński signe le traité de Lisbonne, près d'un an après que celui-ci a été ratifié par la Diète.

CULTURE ET CIVILISATION

Beaux-arts

Principales villes d'art

Cracovie, Gdańsk, Kielce, Lublin, Poznań, Sandomierz, Toruń, Varsovie, Wrocław.

Musique

XIXe s.

Chopin.

XXe s.

Lutosławski, Penderecki, Szymanowski.

Plan de l'article

Pologne

GÉOGRAPHIE

Le pays

La population

L'économie depuis 1945

La reconstruction économique et la socialisation

La place de la Pologne au sein du Comecon et l'ouverture à l'Ouest

Les crises du système économique socialiste

La « thérapie de choc »

La Pologne et l'Union européenne

Les caractéristiques économiques actuelles

L'agriculture

L'industrie et les services

les enjeux

HISTOIRE

Les origines

La naissance d'une nation

La Pologne des Piast

La formation de l'État

Les invasions

Le renforcement de la royauté

La Pologne des premiers Jagellons

L'avènement des Jagellons

La structure de la monarchie

Le siècle d'or de la démocratie nobiliaire (XVIe s.)

L'expansion de l'État et la personnalisation de la nation

Émergence d'une culture nationale

Les XVIIe et XVIIIe s.

Les divisions internes

Les fragilités de la monarchie

La modernisation du royaume face aux agressions extérieures

Du troisième partage de la Pologne (1795) à la fin de la Première Guerre mondiale

La domination étrangère

L'influence des idées révolutionnaires françaises

La Pologne face à la révolution industrielle

Les prémisses de la révolution de 1848

Les révoltes sociales

La résistance polonaise face à la domination extérieure

Le pouvoir polonais à l'étranger

La République indépendante de Pologne de 1918 à 1939

L'extermination de la nation et la Résistance (1939-1945)

La République populaire de Pologne

La Pologne après la Seconde Guerre mondiale

L'État socialiste

Les particularités polonaises face au socialisme

Les crises politique et économique du socialisme

Le renouveau national

Vers la démocratisation de la vie politique

Le pluralisme syndical et politique

Les premières réformes économiques et politiques

La transition économique et ses conséquences politiques

Les nouvelles données de la vie politique

Dernières turbulences avant l'intégration dans l'Union européenne

Intégration dans l'Union européenne sur fond de crise politique

La parenthèse des conservateurs catholiques

Instabilité politique

« Révolution morale »

L'alternance

Repères d'actualité

CULTURE ET CIVILISATION

Beaux-arts

Principales villes d'art

Littérature

XVIe s.

XVIIIe s.

XIXe s.

XXe s.

Musique

XIXe s.

XXe s.

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