
Chef de l'État : Dalia Grybauskaitė
Chef du gouvernement : Andrius Kubilius
Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
Constitution :
Adoption : 6 novembre 1992
Exécutif
Chef de l'État : président de la République
Chef du gouvernement : Premier ministre
Législatif
Seimas
La Lituanie est le plus vaste et le plus peuplé des trois États baltes. Les Lituaniens « de souche » (81 % de la population) appartiennent, avec les Lettons, à la famille des peuples baltes installés dans la région sud-baltique depuis plusieurs millénaires. Le reste de la population se répartit entre diverses minorités (9 % de Russes, 7 % de Polonais, 1 % de Juifs). La société lituanienne est restée davantage rurale et, à maints égards, plus traditionnelle que celles de l'Estonie ou de la Lettonie.
La Lituanie occupe une région de collines morainiques séparées par de nombreux lacs et de petites plaines argileuses. L'altitude y est partout inférieure à 300 m. La majeure partie du territoire, située dans la vallée du Niémen, présente des paysages forestiers ou des champs cultivés. Plus de la moitié des terres sont en effet consacrées à l'agriculture, mais les conditions climatiques et pédologiques imposent de coûteux travaux de drainage. Les principales cultures sont les céréales, la pomme de terre, les fourrages, le lin et la betterave à sucre. Toutefois, l'essentiel de la production agricole provient de l'élevage.
Pauvre en ressources énergétiques, la Lituanie importe du gaz naturel et du pétrole des pays de la C.E.I. Depuis la fermeture de la centrale nucléaire d'Ignalina, en 2009, le pays importe la moitié de son électricité. Traditionnellement orientée vers l'ancien marché soviétique, la production industrielle (machines-outils, matériel agricole, composants électroniques, etc.) a souffert de la réorientation des échanges économiques vers l'Occident. Ville d'Europe centrale plus que de l'Europe du Nord, Vilnius, nœud de communications, centre industriel et universitaire, est avant tout la capitale administrative et culturelle de la Lituanie. Située plus à l'ouest sur le Niémen, Kaunas, seconde ville du pays, est également un centre intellectuel et industriel. Sur la Baltique, le port industriel de Klaipeda tente de retrouver le rôle qui fut le sien, naguère, sous le nom allemand de Memel. La Lituanie est entrée dans l'Union européenne en 2004.
Il semble que, depuis le Ve s., des tribus balto-slaves, vivant séparées par les forêts et les marais, se soient organisées pour lutter contre les incursions scandinaves. Aux IXe et Xe s., elles passent à l'est à l'offensive contre les princes russes divisés et conquièrent Grodno, Minsk, Polotsk. Connues alors sous le nom slave de Litva, ces tribus, parmi lesquelles se distinguent au sud les Iatvings, ont à résister également à la poussée germanique qui s'exerce à l'ouest depuis la Baltique.
Le roi Mindaugas (vers 1200-1263) fédère énergiquement les princes lituaniens (kunigas) et résiste au sud-ouest aux chevaliers Teutoniques et au nord aux chevaliers Porte-Glaive. Gédymin, grand-duc de 1316 à 1341, instaure une période de grandeur et crée l'État lituanien aux structures solides, qui, avec sa capitale Vilnius, devient une des grandes puissances européennes. La colonisation se développe vers l'est et des villes sont créées.
Les désordres dus à sa succession cessent avec l'arrivée au pouvoir des grands-ducs Algirdas (1345-1377) et Kestutis (1377-1381), qui consacrent la force militaire lituanienne en protégeant le pays des croisés teutoniques et des Tatars. En devenant, en 1386, roi de Pologne, le grand-duc Jagellon unit pour quatre siècles les peuples lituanien et polonais. La fusion politique entre les deux pays est lente, bien qu'ils aient la plupart du temps les mêmes souverains. La Lituanie conserve son autonomie administrative de 1386 à 1569. L'union polono-lituanienne est à l'origine une simple union personnelle. En 1392, Jagellon associe son cousin Vytautas au gouvernement du grand-duché, avant de le lui céder en 1401, sous sa suzeraineté. Les forces des deux souverains mettent fin à la puissance de l'ordre Teutonique à la bataille de Grunwald (1410), et la Lituanie récupère la Samogitie. En 1413, un accord d'union est conclu à Horodlo. En 1430, Vytautas est remplacé par son frère Sigismond ; après l'assassinat de ce dernier, en 1440, la Lituanie revient au fils de Jagellon, Casimir, qui devient roi de Pologne en 1445. Désormais, ses successeurs porteront les deux couronnes. Depuis 1386, les Lituaniens se sont progressivement convertis au catholicisme. Au XVe s., le grand-duché a quitté ses frontières historiques et s'étend de la Baltique à la mer Noire. Il domine tout le bassin du Dniepr, habité par des populations russes et tatares, mais il est stoppé au sud par la conquête turque qui ne lui laisse qu'une souveraineté nominale sur les rivages méridionaux. Sous la pression des tsars moscovites, qui cherchent à détacher les principautés et les villes russes de la domination lituanienne, l'Union de Lublin (1569) soude la Pologne et la Lituanie dans un même organisme étatique, mais maintient la personnalité du grand-duché dans un certain nombre de domaines, tout en réduisant son territoire au sud. Trois ans après, le dernier Jagellon disparaît, le trône devient électif, et la Lituanie partage le sort de la Pologne. La noblesse se polonise rapidement.
Les partages du XVIIIe s. donnent à la Russie la Lituanie entière, à l'exception du district de Białystok, qui passe à la Prusse et que celle-ci rétrocède à la Russie en 1807. Dépolonisée, la Lituanie connaît alors un réveil national et linguistique, où Jonas Basanavičius joue un rôle déterminant. En 1905, les Lituaniens obtiennent l'enseignement de leur langue. Conquise en 1915 par les Allemands, la Lituanie proclame la république en novembre 1918. Elle est reconnue par l'U.R.S.S., qui lui cède Vilnius en juillet 1920, mais le 9 octobre les Polonais s'en emparent. La nouvelle capitale est établie à Kaunas. En janvier 1923, les forces lituaniennes prennent Memel. Malgré le vote d'une constitution démocratique, un régime autoritaire est institué par le coup d'État d'Augustinas Voldemaras (17 décembre 1926). Le président de la République Antanas Smetona le chasse du pouvoir en 1929.
Après le pacte germano-soviétique et l'écrasement de la Pologne, la Lituanie se voit restituer Vilnius. Envahie par les Soviétiques en juin 1940, elle devient le 21 juillet une république soviétique, réunie à l'U.R.S.S. le 3 août. Occupée par les Allemands de 1941 à 1944, elle redevient république socialiste. La résistance à la soviétisation est durement réprimée en 1948-1949 (déportation de 400 000 personnes). L'affirmation de l'identité nationale se cristallise autour de la défense de l'Église catholique.
Avec le lancement de la perestroïka par Mikhaïl Gorbatchev en 1985, les anciennes aspirations nationales lituaniennes connaissent un regain d'expression. La pression de Moscou se desserrant, les sentiments démocratiques et nationaux se diffusent rapidement dans la société. En 1988, un mouvement favorable à la perestroïka, Sajudis (en lituanien « mouvement »), voit le jour. Animé par un intellectuel, le musicologue Vytautas Landsbergis, il entame une longue et parfois sanglante confrontation avec l'U.R.S.S. V. Landsbergis est élu président du Parlement lors des premières élections législatives libres du 24 février 1990. La restauration de l'indépendance est proclamée sous occupation soviétique le 11 mars 1990. Un an plus tard, le pays sort vainqueur du bras de fer lituano-soviétique après le putsch de Moscou d'août 1991, qui entraîne l'effondrement de l'U.R.S.S. et permet la libération nationale de la Lituanie, dont l'indépendance est officiellement reconnue en septembre.
Pendant la première année qui suit l'indépendance retrouvée, la société lituanienne, confrontée à la désorganisation et à la pénurie, tente avec peine de se reconstruire, sous la direction de V. Landsbergis, toujours président du Parlement. Mais, dans ces temps confus et incertains de l'immédiat postcommunisme, le pouvoir s'use vite, et ce sont les travaillistes (ex-communistes, parti démocratique du Travail) qui remportent les élections législatives du 25 octobre 1992. Leur leader, Algirdas Brazauskas, ancien secrétaire général du parti communiste lituanien, est élu à la présidence de la République le 15 février 1993. Les travaillistes sont des pragmatistes, et leur arrivée au pouvoir ne marque pas de rupture par rapport à la période précédente.
Premier des trois États baltes à obtenir le retrait des troupes russes du territoire national, le 31 août 1993, la Lituanie, par l'intermédiaire de son président, s'efforce de nouer des liens amicaux avec la Pologne et de normaliser les relations frontalières avec la Biélorussie et la Russie (notamment le transit vers l'enclave russe de Kaliningrad). Ce souci d'insertion régionale n'empêche pas Vilnius d'opérer un rapprochement marqué avec l'Occident (adhésion au Conseil de l'Europe le 14 mai 1993) ni de consolider la coopération baltique.
Les succès de la politique extérieure sont cependant quelque peu ternis par une situation politique et économique interne de plus en plus marquée par la corruption. En dépit de l'immaturité économique de la société, les investissements étrangers se sont régulièrement développés, et la rentabilité du système fiscal (l'un des traditionnels points noirs) s'est améliorée.
Au plan politique, chauvinisme et populisme progressent, ce qui se traduit électoralement par une poussée des partis conservateurs « classiques », puis par l'apparition, à la droite de ceux-ci, d'un certain nombre de groupuscules activistes (surtout basés à Kaunas, l'ancienne capitale provisoire d'avant-guerre). Cependant, l'évolution favorable du niveau de vie et l'optimisme retrouvé de l'opinion publique, amorcés au printemps 1995, rendent leur impact moins sensible. De nombreux signes témoignent dorénavant du dynamisme de l'économie (5 % de croissance par an, avec un chômage maintenu à 6 %), et la perspective de l'adhésion à l'Union européenne modifie rapidement les mentalités.
Aux élections législatives du 20 octobre 1996, les conservateurs (Union de la patrie, fondée par l'aile droite du Sajudis) l'emportent avec 70 sièges, suivis de l'Union chrétienne démocrate (16 sièges) et de l'Union du centre (13 sièges).et reviennent au pouvoir. La politique à la fois prudente et raisonnable du Premier ministre, Gediminas Vagnorius, accompagne dès lors la croissance et prépare le pays aux échéances européennes.
Élu le 4 janvier 1998 à la tête de l'État, le conservateur Valdas Adamkus obtient en mai 1999 la démission du gouvernement Vagnorius, auquel succède, Rolandas Paksas, puis, en novembre 1999, Andrius Kubilius. En politique étrangère, V. Adamkus, poursuivant la ligne de son prédécesseur, recherche l'adhésion de son pays à l'Union européenne puis à l'O.T.A.N. En matière d'ordre et de libertés publiques, la lutte contre la mafia et les fraudes, notamment, connaît de sensibles avancées. Les résultats restent modestes, mais la volonté politique est présente, comme en atteste l'arrestation d'un certain nombre de mafieux notoires. Cependant, malgré la confiance retrouvée, cette évolution favorable est contrariée par la grave crise qui frappe en 1998 la Russie, premier fournisseur économique du pays.
Déplorant une dégradation de leurs conditions de vie, les Lituaniens aspirent désormais au changement et choisissent, lors des élections législatives d'octobre 2000, de soutenir la coalition de centre gauche (32 %), menée par l'ex-président A. Brazauskas, aux dépens du parti conservateur, l'Union de la patrie, au pouvoir (8 %). Cependant, à la suite d'une alliance conclue entre l'Union libérale, arrivée en deuxième position, et la Nouvelle Union (parti social libéral créé en 1998 sous la direction d'Artūras Paulauskas), arrivée en troisième position, R. Paksas, également maire de Vilnius, prend la tête de cette fragile coalition.
La Lituanie adhère à l'O.T.A.N. en mars 2004 puis à l'U.E. en mai. En décembre 2007, elle intègre l'espace Schengen. Ces nouvelles alliances se traduisent par la participation de la Lituanie à la Politique européenne de sécurité et de défense (P.E.S.D.) et aux différentes opérations de l'Alliance atlantique : ALTHEA en Bosnie-Herzégovine (décembre 2004), KFOR au Kosovo, ISAF en Afghanistan. Le pays doit concilier cet engagement euro-atlantique et la politique de bon voisinage avec la Russie qui joue un rôle commercial essentiel et veut faire de son enclave de Kaliningrad à la fois un territoire stratégique et une zone économique spéciale, ouverte sur l'Europe. Mais comme en témoigne l'opposition de Vilnius à la reprise des pourparlers entre l'U.E. et la Russie en raison de l'intervention russe en Géorgie (août 2008), les relations russo-lituaniennes ne sont pas exemptes de méfiance et de tensions. La question énergétique en est l'un des enjeux déterminants : soucieuse d'éviter de tomber sous la dépendance de Moscou, la Lituanie – qui s'est engagée à démanteler sa centrale nucléaire d'Ignalina, une exigence de l'U.E. – doit ainsi diversifier ses partenariats et ses sources d'énergie. Sur le plan régional, la diplomatie lituanienne est très active, notamment en direction de l'Ukraine, dont elle appuie les ambitions européennes.
Au début des années 2000, les forces politiques lituaniennes poursuivent leur recomposition, donnant lieu à des scissions, des fusions ou à la création de nouveaux partis. Ce qui pourrait être le signe d'une grande vitalité démocratique, a ses revers : un brouillage idéologique, l'absence de majorités claires au Parlement, l'instabilité gouvernementale et un taux d'abstention qui a fortement progressé depuis les années 1990. Après l'éclatement de la coalition au pouvoir, la formation d'un nouveau gouvernement par A. Brazauskas (juin 2001) puis la destitution du président de la République R. Paksas (élu en décembre 2002) en raison de ses liens supposés avec la mafia russe (avril 2004), l'élection présidentielle anticipée et les premières élections européennes ont lieu en juin 2004 et sont suivies des élections législatives en octobre. Candidat indépendant, l'ex-président V. Adamkus est élu à la tête de l'État avec plus de 52 % des voix mais c'est un parti à tendance populiste, le parti du Travail, créé en 2003 par un homme d'affaires d'origine russe, Viktoras Uspaskich, qui arrive en tête du scrutin européen avec plus de 30 % des voix, ainsi que des élections législatives avec 39 sièges devant la coalition « Travailler pour la Lituanie » (formée des sociaux-libéraux et des sociaux-démocrates, 31 sièges) conduite par A. Paulauskas et A. Brazauskas. Ce dernier est reconduit dans ses fonctions à la tête d'un gouvernement de coalition de centre gauche (partis du Travail, social-démocrate, social-libéral, paysan) avant l'apparition de nouvelles dissensions et l'éclatement de la coalition en juin 2006. Après le gouvernement minoritaire de Gediminas Kirkilas, les élections législatives d'octobre 2008, qui mobilisent légèrement plus d'électeurs qu'en 2004 (48 % contre 46 %), se soldent par le retour au pouvoir des conservateurs de l'Union de la Patrie (45 sièges sur 141) mais, tandis que le parti du Travail perd plus de la moitié de ses sièges à la suite de défections, un « parti de la Résurrection nationale », formé à la veille de ce scrutin et emmené par Arunas Valinskas, producteur et animateur de télévision, crée la surprise en arrivant en troisième position avec 16 sièges derrière les sociaux-démocrates (25 sièges). Après la signature d'un programme commun pour lutter contre la crise économique et financière, A. Kubilius, chef de l'Union de la Patrie, forme un gouvernement de coalition de centre droit avec cette nouvelle formation et deux partis libéraux, qui est investi par le Parlement le 9 décembre. Le 17 mai 2009, Dalia Grybauskaitė, candidate indépendante – soutenue par l'Union de la patrie et les libéraux –, est élue présidente de la République. Avec plus de 69 % des voix, cette ancienne ministre des Finances et actuelle commissaire européenne au Budget, l'emporte haut la main dès le premier tour face à six autres candidats dont le social-démocrate Algirdas Butkevičius.