
Chef de l'État : Doris Leuthard
Chef du gouvernement : Doris Leuthard
Nature de l'État : république
Constitution :
Adoption : 18 avril 1999
Entrée en vigueur : 1er janvier 2000
Institutions au niveau fédéral
Exécutif
Chef de l'État et du gouvernement : président de la Confédération
Législatif
L'Assemblée fédérale se compose du Conseil national et du Conseil des États.
Au cœur de l'Europe, comme en témoignent la diversité linguistique (les germanophones sont toutefois de loin les plus nombreux) et le partage, presque égal, entre catholiques et protestants, la Suisse est un pays prospère, densément peuplé, d'étendue restreinte, mais dont le rayonnement déborde largement les frontières. Le milieu naturel n'est pas toujours favorable à l'homme, et la population, fortement urbanisée, se concentre dans le Mittelland, ou Plateau, ou Moyen-Pays, entre le Jura et surtout les Alpes.
La Suisse est plus constituée de montagnes (Alpes : environ 60 % du territoire national ; Jura : environ 10 %) que de bas pays (Mittelland, ou Moyen Pays).
Entre Jura et Alpes se glisse du S.-O. au N.-E., du lac Léman au lac de Constance, la plus importante région de Suisse : le Mittelland. Sa surface occupe environ le tiers de la Suisse. Région vitale du pays, le Mittelland, ou Moyen Pays, ou « plateau suisse », occupe la zone déprimée (350 m au confluent Aar-Reuss-Limmat).
Le site relatif d'abri et le mélange des sols font du Mittelland la grande zone agricole suisse pour les céréales, la betterave sucrière, voire le tabac ou les vergers. Mais la multiplicité des carrefours y a surtout attiré le commerce et l'industrie, les capitaux et les habitants : le Mittelland concentre sur moins du tiers de la Suisse plus des deux tiers de sa population et presque toutes ses grandes villes.
L'écartement croissant, du sud au nord, entre Jura et Alpes, fait que la région mesure 10 km à la latitude de Genève, mais 70 entre Schleitheim et Ebnat. Deux cours d'eau la drainent : au sud-ouest, le Rhône avec le lac Léman ; dans le reste du Mittelland, le Rhin. Ce n'est que sur une faible étendue, au sud du lac de Constance, que le drainage est direct vers le Rhin. Plus à l'ouest, il se fait par l'intermédiaire de l'Aar. La ligne de partage des eaux, d'une importance capitale par ses conséquences sur le plan humain, traverse le Mittelland, passant par le seuil du Valais et longeant le lac Léman au nord de Vevey.
Le lac Léman est situé à 372 m d'altitude, celui de Constance à 396 m. Les altitudes les plus basses du Mittelland se situent ainsi aux alentours de 400 m. Les cours d'eau, issus des Alpes, sont à leur débouché dans le Mittelland à des altitudes très variables : 558 m au lac de Thoune, 434 m au lac des Quatre-Cantons, 406 m au lac de Zurich, mais 670 m au débouché de Saint-Gall.
Le Mittelland doit sa formation aux Alpes. Accumulées sur près de 3 000 mètres d'épaisseur, les couches de sédiments, comme les formations de molasse arrachées aux montagnes en surrection, ont formé une vaste dépression ondulée, dans laquelle la molasse tertiaire voile le soubassement secondaire. Sa base est constituée par la molasse oligocène et miocène. Les faciès sont variés ; grès et marnes prédominent. La tectonique est simple : à proximité du Jura, les couches sont légèrement ondulées ; par contre, dans la plus grande partie du Mittelland, elles sont horizontales. Localement, la molasse peut être affectée de flexures ou de failles. L'horizontalité est réalisée surtout dans le pays de Vaud, qui est aussi appelé le plateau suisse. Dans la Suisse alémanique, l'encaissement des vallées est plus net et le relief plus varié.
Entre les vallées s'alignent des chaînons dont les altitudes dépassent 1 000 m : le Gibloux (1 206 m) dans le Mittelland de Fribourg, le Napf (1 408 m) dans celui de Berne et le Hörnli (1 136 m) dans le Mittelland de Zurich.
De larges étendues de molasse sont recouvertes d'éléments quaternaires. Les glaciations ont laissé des traces importantes : en effet, à l'époque du maximum glaciaire, le Mittelland a été presque totalement recouvert par les glaces. Les glaciations quaternaires ont ouvert des sillons et dégagé des interfluves selon une direction sensiblement sud-nord. Pour les conditions de la vie agricole actuelle, c'est l'époque würmienne qui a été décisive. Dépôts, formes glaciaires et périglaciaires déterminent bien des paysages du Mittelland. Le glacier du Rhône, s'étendant vers le nord sous forme d'éventail jusqu'à la ligne Bienne-Zurich, a largement influencé l'hydrographie du Mittelland méridional. Les glaciers de l'Aar, de la Reuss, de la Limmat, de la Thur et celui du Rhin ont également marqué le relief dans la partie nord. Par contre, les zones épargnées par les glaciers, par exemple le Schwarzenburger Land entre les glaciers du Rhône et de l'Aar, ont subi pendant l'époque würmienne l'érosion fluviale, notamment celle de l'Aar et de ses affluents. Parmi les formations récentes, il faut signaler l'édification de deltas dans les lacs (lacs de Zurich, de Zoug, de Sempach).
Les limites du Mittelland avec les régions encadrantes du Jura et des Alpes ne sont pas faciles à tracer : il y a souvent interpénétration, sur le plan des influences humaines, d'une région à l'autre.
Le Mittelland offre un climat modéré, avec des précipitations de 1 000 mm par an, un ensoleillement annuel de 1 700 heures et des températures moyennes annuelles comprises entre 7 °C et 9 °C. À Berne (572 m d'altitude), la température moyenne est de – 1,1 °C en janvier et de 18 °C en juillet. Les précipitations s'élèvent à 1 000 mm, avec un maximum de juin à août (juin, 118 mm ; juillet, 116 mm ; août, 114 mm). Aucun mois n'a moins de 53 mm (février). L'ensoleillement annuel est de 1 759 heures, contre 1 693 à Zurich. Les étés sont donc relativement tièdes, les hivers, pas trop froids. À Zurich, les températures moyennes mensuelles varient de 0,6 °C en janvier à 18 °C en juillet.
En partant du sud vers le nord, il est possible de distinguer les régions suivantes : le pays de Genève, le pays de Vaud, le Mittelland fribourgeois, le Mittelland bernois, le pays de Lucerne, l'Argovie, le Mittelland zurichois, la Thurgovie.
L'originalité du pays de Genève vient de la présence du lac Léman. En plus, la région est située à 100-200 m plus bas que le Mittelland du Nord. La cuvette de Genève est dans l'ombre pluviométrique du Jura.
Au Quaternaire, pendant les époques interglaciaires, le Rhône était bloqué par du matériel morainique dans la région de l'Écluse. De ce fait, l'eau s'accumula jusqu'à une altitude de 425 m ; à l'époque würmienne, son niveau tomba à 405 m ; il est de 372 m aujourd'hui. Ces changements expliquent la topographie actuelle, et notamment la présence de terrasses. La métropole protestante et internationale qu'est Genève a contribué à marquer de son sceau le paysage. Genève commande à une partie de la Suisse. L'agriculture, favorisée par le climat, est intensive.
Le canton de Vaud est à cheval sur les trois régions suisses. C'est une des plus importantes zones de passage. Les altitudes s'échelonnent entre 400 et 700 m, en moyenne. Le glacier du Rhône a laissé des traces importantes. De tout le Mittelland, c'est la région la plus rurale : les moraines de fond constituent de bons sols. Les labours dominent et la rotation la plus courante est l'association trèfle-céréales. L'élevage par stabulation exprime l'intensité de l'agriculture. L'habitat est groupé en villages-rues ou en villages-tas.
Le protestantisme donne à cette région un certain caractère austère. Les villes sont de taille réduite. Lausanne, centre tertiaire, est aussi le centre culturel du pays de Vaud. Mais, alors que cette ville est encore marquée par les influences rhodaniennes, le nord du pays de Vaud est déjà plus rhénan.
Le Mittelland fribourgeois est une région frontalière : la frontière linguistique passe par la ville de Fribourg. Dans le canton de Fribourg, 85 % des habitants sont catholiques, les deux-tiers sont francophones et un tiers germanophones. Mais ni les différences linguistiques ni les différences religieuses ne se répercutent dans les paysages. L'agriculture ressemble encore à celle du pays de Vaud, quoique l'habitat dispersé prenne, ici, une importance considérable. La vigne n'est pas absente. Tabac, betterave à sucre, maïs sont fréquents. À proximité des Alpes, les villages s'orientent davantage vers l'élevage, notamment pour la fabrication de fromage autour de Gruyères. Les villes sont rares : aussi l'influence de Fribourg est-elle déterminante.
Tout le canton de Berne ne fait pas partie du Mittelland. Les altitudes dépassent parfois 2 000 m. Les glaciers du Rhône et de l'Aar ont exercé une influence considérable : la vallée de l'Aar a été considérablement élargie par son glacier entre Thoune et Berne. Le Mittelland bernois est constitué d'une série de vallées et plateaux. Le Schwarzenburger Land, non englacé à l'époque würmienne, a des sols pauvres, et l'habitat y est fréquemment isolé. Vallées de la Gürbe, de l'Aar, de l'Emme constituent des cellules agricoles particulières. Dans les vallées, l'assolement triennal l'emportait, mais dans les fermes isolées l'absence de contraintes a permis toutes les évolutions. La prospérité agricole des fermes était, souvent, liée au minorat, système successoral qui attribuait l'héritage au fils le plus jeune. À proximité des Alpes, la Grasackerwirtschaft (prairies) gagne en ampleur. Les fromageries de l'Emmenthal étaient mondialement célèbres dès 1800 .
L'ensemble de la région vit sous l'influence de la capitale fédérale, Berne, dont le rayonnement s'étend rapidement.
Le canton de Lucerne s'étend essentiellement dans le Mittelland. Les cours d'eau issus des Alpes, les lacs découpent le pays en petites unités géographiques. L'influence des Alpes est grande tant sur le plan hydrologique et climatique que sur le plan morphologique et pédologique. Les villages sont localisés sur la bordure montagneuse, alors que vers l'ouest les fermes isolées sont nombreuses. C'est l'élevage qui l'emporte, même si dans cette dernière région règne la Grasackerwirtschaft. Quelques villes médiévales expriment l'ancienneté de l'urbanisation et des fonctions commerciales. L'industrie, liée à la force hydraulique, est dispersée. Toutefois, une certaine concentration se réalise autour de Lucerne (électrotechnique, fibres synthétiques, confection, industries alimentaires).
L'Argovie correspond avant tout aux parties inférieures des vallées de la Limmat, de la Reuss et de l'Aar.
À l'ouest, l'Aar argovienne coule dans une gouttière le long du Jura. Par contre, toute une série de cours d'eau issus des Alpes (Murg, Wigger, Suhr, Wina, Reuss, Limmat, etc.) donnent à cette région une densité hydrographique inégalée. En plus, ils font de la région une des grandes zones de passage entre Fossé rhénan et Alpes. Mais, malgré cette densité, le relief reste relativement simple. Il n'y a aucune ville importante, mais une multitude de bourgs et de petites villes tournées vers le commerce et l'industrie. Celle-ci est très diversifiée : textiles, produits alimentaires, métallurgie, bois. Baden, station thermale dès l'époque romaine, est aussi le siège du puissant konzern d'électrotechnique Brown, Boveri et C. (BBC), expression de la technologie suisse.
Le Mittelland zurichois englobe le sud du lac de Zurich ainsi que la zone de Schaffhouse. Le rapprochement des Alpes et du Jura tabulaire est l'élément physique fondamental. Le lac de Zurich est né de fractures alpines qui ont leur prolongement dans le bassin molassique.
Sur le plan économique, la région se caractérise par une très nette interpénétration de l'industrie et de l'agriculture : l'urbanisation des campagnes est quasi complète. Grâce à la présence de Zurich, la métropole économique de la Suisse, la région possède un poids considérable à l'intérieur de la Confédération.
L'une des régions de la Suisse du Nord-Est, la Thurgovie s'ouvre, grâce au voisinage du lac de Constance, sur les régions alémaniques de l'Allemagne méridionale. La partie méridionale est un pays de collines où les moraines expliquent souvent les traits essentiels du paysage. La vallée de la Thur, parallèle au lac de Constance, forme, avec les rives de ce dernier, l'axe essentiel du pays. L'agriculture porte déjà des caractères rhénans : l'arboriculture est intensive et la vigne apparaît. Le paysage rural prédomine, mais l'industrie, plus importante qu'il ne paraît, anime bourgs et petites villes, notamment Arbon.
Elles occupent 62 % de la superficie du pays. Si la partie suisse ne renferme pas les éléments les plus élevés de la chaîne, par contre elle abrite la majeure partie des glaciers : près de 2 000 km2, soit près de la moitié des glaciers alpins.
Chaîne de montagnes récente, les Alpes présentent à la fois des paysages englacés (mont Rose, Bernina), des faces rocheuses dénudées (Eiger, Säntis) et de profondes vallées glaciaires (Rhône, Rhin). Reliées par des cols élevés, ces dernières sont accessibles toute l'année grâce à la mise en œuvre de moyens modernes de déneigement. L'altitude moyenne se tient aux alentours de 1 700 m, plusieurs centaines de sommets dépassent 3 000 mètres. Les Alpes se partagent selon la vallée nord-sud du Rhin.
Deux grandes zones alpines peuvent se distinguer à l'intérieur de la Suisse : les Préalpes calcaires, qui frangent le Mittelland à l'est, et, plus à l'est, les hautes Alpes cristallines et charriées. Cependant, la géographie régionale ne se calque pas toujours sur le milieu physique. Rhin, Rhône et Inn introduisent des facteurs de variété. Le relief cloisonné a favorise le développement du particularisme suisse : l'histoire de la Confédération est largement liée aux Alpes, l'esprit montagnard a profondément marqué la mentalité suisse. Ce milieu rude n'est pourtant pas délaissé l'agriculture y est très moderne malgré quelques archaïsmes qui se maintiennent grâce aux conditions topographiques et climatiques, l'industrie a été renouvelée par l'hydroélectricité et le tourisme est une des principales branches économiques de la Suisse.
À l'approche des Alpes, les variations locales et régionales deviennent si particulières que l'on peut parler d'un climat spécifique alpin ou périalpin, caractérisé par des vents locaux, un refroidissement altitudinal et des précipitations orographiques. Le fœhn est un vent connu pour ses tempêtes capables d'arracher les toitures des chalets et même des arbres.
Du fait de l'importance des dénivellations, les Alpes présentent de grands contrastes saisonniers et diurnes. À Davos (1 588 m d'altitude, dans les Grisons), la moyenne thermique de janvier est de – 6,3 °C. Elle est de – 0,2 °C à Sion (548 m d'altitude, dans le Valais), de – 8,7 °C à Säntis (2 501 m d'altitude, au sud de Saint-Gall), de 2,3 °C à Lugano (276 m). Par contre, en juillet, les chiffres sont respectivement de 11,6 °C à Davos, 19,6 °C à Sion, 5 °C à Säntis et 21,3 °C à Lugano. Dans le Sud, les influences méditerranéennes sont plus nettes. Quant aux précipitations, elles reflètent également une grande diversité : 2 480 mm à Säntis, 1 007 mm à Davos, 1 726 mm à Lugano, 2 570 mm dans les Préalpes, au-dessus de Leysin (influence des vents d'ouest), mais seulement 592 mm à Sion. Les vallées, bien exposées ou abritées, contrastent avec les massifs, qui sont de véritables châteaux d'eau. La vigne est encore cultivée dans le Valais. Mais ici plus qu'ailleurs, exposition (adret, ubac) joue un rôle déterminant.
L'ensoleillement est également variable, mais ne désavantage pas systématiquement la haute montagne. Davos compte 1 666 heures d'ensoleillement par an, Säntis 1880, contre 1 699 pour Neuchâtel, 1 672 pour Montreux, 1 971 pour Lausanne et 1 979 pour Genève pour moins de 1 500 dans les Préalpes du Nord, déjà plus humides. Saint-Moritz, avec 1 805, se place encore bien. Les stations du Tessin sont les plus favorisées : Locarno, 2 286 ; Lugano, 2 101. L'ensoleillement privilégie les stations de montagne. En hiver, certaines de celles-ci présentent un ensoleillement d'une durée double ou triple de celle de certaines villes de plaine. Ainsi l'ensoleillement, en décembre, est de 37 heures à Zurich, 52 à Bâle, 46 à Berne, 29 à Neuchâtel, mais de 117 heures à Säntis, 80 à Saint-Moritz, 115 à Montana, 79 à Davos, 102 à Lugano. Cette situation se répète de novembre à février. Les stations d'altitude sont ainsi favorisées en hiver sur le plan de l'ensoleillement, qui n'est pas à confondre avec celui des températures.
Le Valais correspond, essentiellement, à la zone de drainage du Rhône, s'étirant sur 120 km, du Saint-Gothard vers l'ouest. Sur le plan morphologique, le Valais appartient en quasi-totalité aux massifs centraux. Au sud-ouest, les Alpes Pennines, considérées comme résultant d'un soulèvement oligocène et d'un décapage ultérieur, dominent abruptement un liseré sédimentaire au bord de la plaine du Pô. Plus à l'est, dans le massif du mont Rose, la pointe Dufour est le point culminant du pays (4 633 m). Le Rhône, entre Loèche-la-Ville (Leuk) et Martigny, coule dans une gouttière au contact du massif cristallin et de sa couverture secondaire. Les glaciers actuels occupent 18 % de la surface du canton du Valais. Ce dernier est original sur le plan climatique. La vallée du Rhône, encadrée de montagnes culminant à 3 000-4 000 m, est un îlot de sécheresse. Du fait des vents ascendants, l'ensoleillement, est important, dépassant 2 120 heures par an à Sion. La faiblesse des précipitations (570 mm à Riddes) rend l'irrigation nécessaire : l'eau est apportée grâce à un système de canaux (les bisses). La vallée du Rhône est un milieu privilégié.
Le Valais est un canton montagnard. Toutefois, le centre du Valais présente un aspect presque horticole : l'arboriculture y est pratiquée intensivement (pommes, abricots, pêches). S'y ajoutent des cultures légumières (tomates, asperges). Les coopératives agricoles prennent une grande part à cette activité. Mais c'est surtout la vigne qui marque une partie du Valais : importante à partir de Loèche-la-Ville, vers l'aval, elle s'étend sur plus de 3 000 ha et monte jusqu'à 920 m d'altitude, à Venthône. La récolte représente le tiers du total suisse (dont 10 % de vins blancs).
Le fond de la vallée a été aménagé afin de réduire les effets des crues et gagner des terres nouvelles.
Les vallées latérales ont gardé leur originalité : c'est le cas du val d'Anniviers. Une exploitation agricole peut avoir des terres situées entre 520 et 2 800 m d'altitude. Les migrations de travail sont ainsi très complexes.
L'industrie ne se marque guère dans les paysages. Pourtant, l'hydroélectricité a bouleversé l'économie. Il en va de même du tourisme, qui constitue pour certaines communes l'essentiel des revenus (Zermatt, Sion, Martigny, etc.). La haute vallée du Rhône est traversée par la frontière linguistique : le bois des Finges marque la limite des deux aires linguistiques. Le tunnel du Simplon ouvre le Valais sur l'Italie.
Le Tessin est le seul canton suisse situé sur le versant sud des Alpes. Il forme un triangle dont la base, longue de 50 km, s'adosse au massif de l'Aar-Gothard. Sa pointe méridionale s'enfonce sur 90 km et approche la plaine du Pô. La partie nord du Tessin appartient au domaine des roches cristallines. Le Tessin est relié au versant nord des Alpes par le col et le tunnel du Saint-Gothard. À l'approche des grands lacs italiens, la couverture secondaire constitue l'essentiel des roches. La masse montagneuse forme une protection remarquable contre les influences climatiques du nord. Aussi le Tessin est-il une zone privilégiée. Les hivers sont relativement doux, les étés, chauds. Déjà s'annoncent les aspects méditerranéens (élevage du mouton, vigne). Mais les hautes vallées se dépeuplent. L'industrie est moins développée que dans les autres cantons suisses. L'hydroélectricité n'a touché que les hautes vallées. Chaque vallée constitue un milieu particulier. Les plus peuplées sont celles qui débouchent sur les lacs. Là, l'agriculture est intensive, notamment dans le val Leventina, traversé par le Tessin, qui débouche sur le lac de Lugano, et dans le val Maggia, qui débouche sur le lac Majeur.
Le tourisme devient la première des activités économiques. Son essor explique l'accroissement démographique des petites villes : Locarno, Ascona, Ronco, Bellinzona (chef-lieu du canton du Tessin). La population du canton s'élevait à 118 000 habitants en 1850. Elle est de 306 000 habitants en 2000.
La complexité physique est, ici, plus grande que dans le Valais et le Tessin. Les deux tiers de la surface sont drainés vers le Rhin. Le reste l'est essentiellement vers le Danube par l'intermédiaire de l'Inn. L'Engadine est séparée du reste des Grisons par une ligne de partage des eaux d'importance européenne. Sur le plan morphologique, les Grisons appartiennent aux massifs centraux alpins et sont apparentés à la zone austro-alpine. Ils culminent dans les Alpes Rhétiques, au pic de la Bernina (4 049 m). Malgré leur morcellement, les Grisons souffrent d'un certain isolement : c'est le cas en particulier des vallées méridionales (Mesocco, val Bregaglia, Poschiavino et Münster). Dans le canton des 150 vallées, les grandes vallées, encadrées par des massifs de plus de 2 000 m d'altitude, présentent des fonds plats. Les cols sont situés à plus de 2 000 m (Splügen, 2113 m, Flüela, 2 383 m, Strela, 2 350 m, Ofen, 2 149 m, Saint-Gothard, 2 108 m). Les terrains improductifs (montagnes, glaciers, lacs, cours d'eau) couvrent la majeure partie de la superficie, ce qui exprime bien le caractère montagnard du canton des Grisons. L'agriculture est de type alpin : les alpages constituent souvent les meilleures terres. Seulement 1 % des terres est situé à moins de 600 m d'altitude, 10 %, à moins de 1 200 m, mais 68 % au-dessus de 1 800 m. Aussi la plupart des fermes associent-elles l'exploitation des terres de vallées et les alpages.
Sur le plan de l'habitat, l'originalité des Grisons vient des îlots d'habitations de Valaisans (Avers, Vals, Davos, Arosa). Les Valaisans se sont établis à partir du XIIIe s., surtout dans les hautes vallées, au niveau des alpages. Habitant dans des fermes isolées, ils ignorent les assolements et les alpages communaux.
L'hydroélectricité et le tourisme ont bouleversé l'économie du pays. Le canton possède, hormis Coire, la ville principale, des stations touristiques, qui comptent parmi les plus importantes de Suisse : Saint-Moritz, Arosa, Pontresina, Valbella, Flims, Dorf, Davos.
Le massif de l'Aar-Gothard constitue la haute montagne délimitée par le Rhône à l'est et le Mittelland à l'ouest : c'est le domaine des grands sommets qui ont fait la réputation de la Suisse (Jungfrau, Mönch, Eiger, Wildhorn, les Diablerets) et du plus grand glacier d'Europe (le glacier d'Aletsch).
Les vallées principales (Simmental, vallée de Kandersteg, Haslital) sont déterminées par la tectonique. À l'est, le massif de l'Aar est constitué de roches cristallines. Vers l'ouest, la couverture sédimentaire autochtone forme les régions au contact du Mittelland molassique.
Les Alpes bernoises sont fragmentées en petites unités : Simmental, Frutigland, vallées de la Lütschine (ou vallées de Lauterbrunnen et de Grindelwald), Haslital, régions lacustres deBrienz et de Thoune, avec le lac de Thoune.
Les paysages agraires dominent. L'élevage, grâce à l'exploitation des prés et alpages, détermine les revenus paysans. C'est dans la Haslital que l'hydroélectricité est le plus répandue. Mais le tourisme ouvre le pays sur l'extérieur : les stations touristiques les plus importantes sont Grindelwald, Mürren, Wengen, Beatenberg.
Il s'agit des Alpes de Glaris et des Alpes de Thurgovie. Le fait physique dominant est la prépondérance du domaine préalpin plissé calcaire, couverture secondaire de moindre altitude décollée et entraînée par un soulèvement pliocène du sud vers le nord, où elle s'est empilée et ridée sur la molasse du Moyen Pays. L'ouverture des vallées se fait, nettement, sur le monde germanique.
Les systèmes de cultures sont intensifs et varient avec l'altitude : au fur et à mesure que celle-ci diminue, les labours augmentent. Les densités sont fortes. Dans le canton de Saint-Gall, elles dépassent 220 hab./km2. Certaines zones montagneuses dépassent 100 hab./km2 (comme à Werdenberg). C'est que l'industrie a pénétré profondément la montagne, dès le XIXes., permettant de distinguer nettement les Alpes du Nord des autres régions alpines suisses. Le travail du textile anime les vallées des Alpes de Glaris, qui coïncide grossièrement avec le canton de Glaris. Si les villes ne sont pas de taille considérable, elles sont présentes dans toutes les vallées.
Le Jura suisse est une montagne périphérique, plissée et calcaire. Il s'étend, à l'ouest du lac Léman jusqu'au nord de Zurich, sur 10 % du territoire. Il comprend la partie orientale de la chaîne jurassienne, qui s'épanouit surtout en France. Vers l'ouest, la frontière est peu marquée. A l'est, la retombée sur le Mittelland se fait sous la forme d'une véritable muraille. La chaîne se continue, toutefois, vers le nord, à travers les cantons de Bâle et de Schaffhouse, pour reprendre vigueur à travers le Jura souabe et le Jura franconien. Le Jura est à l'écart des grands axes de circulation. Aucun fleuve important, à l'exception du Rhin, ne le draine sur des étendues importantes. Les rivières, rares, suivent les vals ou coupent les monts en cluses étroites selon un cours en baïonnette. Cette faiblesse du réseau hydrographique est à mettre en rapport avec le fait que les roches jurassiques et crétacées qui composent le Jura sont à dominante calcaire, d'où les nombreuses formes karstiques. Bien des régions, surtout dans le sud du Jura plissé, sont confrontées au problème de l'eau, malgré des précipitations relativement élevées.
Issu de la surrection alpine, le Jura est une moyenne montagne qui apparaît comme un faisceau de plis, serrés et élevés au sud (la Dôle, 1 680 m ; le mont Tendre, au nord-est du lac Léman, 1 683 m ; le Chasseron, 1 611 m), de direction S.-O.-N.-E. Le faisceau s'élargit vers le centre ; les plis prennent plus d'ampleur aux environs de Bâle-Schaffhouse, donnant parfois un paysage tabulaire aux altitudes proches de 600 m. Ce n'est que dans le Jura souabe et franconien que les plis ont plus de vigueur. Constituant une frontière entre la Suisse et la France, il forme une barrière caractérisée par l'absence de vallées transversales. La direction d'ensemble s'explique par la présence de môles de résistance (Vosges, Forêt-Noire) lors de l'orogenèse tertiaire. Le Jura, dont la Suisse possède les parties est et nord-est, est formé de sédiments mésozoïques plus calcaires que marneux.
Les bons sols sont rares. L'importance du lessivage tend à la décalcification : d'où, assez paradoxalement, un manque de chaux pour des sols installés sur les roches calcaires. Les meilleurs sols, riches en humus, se situent dans les dépressions ou sur les terrasses fluviales. Sur le plan agricole, le bilan naturel n'est donc pas très favorable. La densité des populations n'en est que plus étonnante.
Le Jura présente des données de moyenne montagne. La dissymétrie avec le Jura français est évidente. Les sommets reçoivent plus de 2 m de précipitations, alors que le versant oriental est plus sec. Neuchâtel ne reçoit que 981 mm. Dans cette dernière station, la température de janvier est de 0 °C en moyenne, contre 18,4 °C en juillet. Les conifères apparaissent vers 800 m pour disparaître à 1 600 m d'altitude.
Le rebord oriental, le Jura plissé, correspond à une zone de plis aux ondulations assez régulières axées du S.-O. au N.-E.. Les vallées longitudinales l'emportent presque toujours, elles correspondent à des creux synclinaux (vaux, comme le Val de Joux), encadrés par des voûtes anticlinales (monts), comme celui du mont Tendre, parfois évidés en combes. Le relief inversé n'est pas absent. L'altitude, vigoureuse au sud-ouest (au mont Tendre), s'abaisse au nord-est, où les plis le cèdent aux plateaux, du sud de Bâle à Schaffhouse. Le Jura forme ainsi un réel obstacle, renforcé par la rudesse du climat froid et humide, que la route et le rail ont percé plus récemment : tunnels du Hauenstein et du Mont-d'Or. Les passages transversaux sont rares. Souvent les routes sont obligées de franchir les monts par des cols élevés (la Vue des Alpes, entre La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel, 1 283 m).
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Il s'agit des hautes vallées du pays de Vaud, de celles du canton de Neuchâtel, c'est-à-dire des vallées de Joux, de la Brévine, du Locle, de La Chaux-de-Fonds. L'altitude y dépasse presque toujours 1 000 m. Ces vallées correspondent presque toutes à des synclinaux ; les bassins y sont nombreux, ce qui en accentue le caractère autarcique. Le fond des vallées et des dépressions est recouvert de matériel tertiaire ou glaciaire. L'habitat est limité à la périphérie des vallées, et les villages-rues sont fréquents. L'agriculture obéit à une zonation géologique et climatique : les champs montent jusqu'à 1 200 m ; vers les sommets, prairies et forêts dominent. Les pâturages forestiers sont nombreux dans cette région où le défrichement a été tardif. La région du Locle a été défrichée au Moyen Âge, grâce à des lettres de franchise accordées par les seigneurs aux colons.
L'horlogerie a été introduite en partant de Genève. Ce sont des Juifs alsaciens qui sont, pour une part, à l'origine de l'organisation du commerce. Le développement de l'horlogerie a créé un paysage très original, celui des hautes vallées urbanisées, bien que les villes aient plutôt l'aspect de très gros bourgs. Les vallées où l'industrie est absente restent des réservoirs de main-d'oeuvre. Les mouvements de travailleurs migrants ont pris de l'ampleur. Seules les hautes terres se dépeuplent.
Toutefois, les difficultés éprouvées lors des crises mondiales, la concurrence des États-Unis et du Japon ont conduit à un changement d'orientation qui touche surtout le Jura du Sud. Ce dernier se tourne de plus en plus vers la production d'appareillage électrique et la photographie (Vallorbe, Sainte-Croix). Le tourisme est présent (sports d'hiver à Saint-Cergue et à Sainte-Croix). Vallorbe est sur la frontière française.
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Les basses vallées sont le val Saint-Imier, le val de Travers, la vallée de Tavannes, le val de Ruz et le val de Balsthal. Les altitudes se situent autour de 700 m. Le drainage est, ici, subaérien, alors que dans les hautes vallées il est fréquemment souterrain. Les conditions thermiques accroissent les possibilités d'une agriculture intensive. L'estivage du bétail est une pratique courante, qui entraîne une dissociation de l'habitat : villages groupés dans la vallée et exploitations estivales dispersées sur les versants (métairies, vacheries).
Les conditions hydrauliques permettent l'installation d'usines électriques. Aussi l'industrie y est-elle plus diversifiée que dans les hautes vallées : horlogerie et cimenterie à Saint-Imier ; poteries à Balsthal.
Les basses vallées permettent des liaisons avec l'intérieur du Jura et la France et sont les axes préférentiels pour les relations intrajurassiennes. Toutes sont parcourues par le chemin de fer. Par leurs conditions climatiques plus clémentes, et par leur diversification, elles annoncent la bordure orientale du Jura.
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Le Vignoble est un gigantesque adret où l'ensoleillement peut dépasser 2 000 heures par an. Les conditions climatiques favorables sont à l'origine de deux activités importantes qui manquent au Jura des chaînes : la vigne et le tourisme.
Les sols de décomposition du calcaire conviennent à la culture. Malheureusement, les trop fortes pentes sont un obstacle à une exploitation rationnelle, et il a fallu y remédier en édifiant des terrasses. Les rendements dépassent 75 hl/ha. Dans le canton de Neuchâtel, la surface cultivée est de 600 ha, dans celui de Vaud, de 3 300 ha et dans celui de Genève, de 1 000 ha. Les cépages blancs l'emportent partout, et la vigne est généralement d'un bon rapport.
Quant au tourisme, il bénéficie, outre d'un climat clément, d'excellentes voies de communication, de sites magnifiques, de richesses historiques et architecturales considérables. Les sites lacustres ont déterminé l'essor de stations balnéaires. Neuchâtel, Bienne sont les grands centres du tourisme. Mais les villages viticoles attirent aussi un nombre croissant de visiteurs. C'est une publicité pour l'écoulement de la production vinicole.
L'industrie prend des allures plus variées (à Neuchâtel : horlogeries, chocolateries [Suchard], constructions électriques).
Aussi n'est-il pas étonnant que le chapelet de gros bourgs et de villes du Vignoble rassemble des densités très fortes (500 habitants au km2).
La transition avec le Jura tabulaire s'opère par la région des Franches-Montagnes.
La région des Franches-Montagnes est située entre le val Saint-Imier et le Jura bâlois (région de Delémont). Ici, les plis sont moins visibles, car ils ont été attaqués par l'érosion : ils forment un plateau d'une altitude maximale de 1 000 m.
L'aspect général du paysage est celui de pâturages boisés. L'absence de relief, c'est-à-dire l'absence d'abri, détermine des conditions climatiques rudes. L'habitat, dans l'ensemble, est dispersé : chaque ferme est isolée au milieu de ses terres, groupant forêts, prés, pâturages et champs. Cette région a été le grand centre suisse de l'élevage du cheval, autour de Saignelégier. C'est une région assez isolée, par rapport au reste de la Suisse. Delémont est la seule localité de quelque importance, mais elle appartient autant aux Franches-Montagnes qu'à l'Ajoie. Tout au nord-ouest, Boncourt est près de la frontière française. L'attraction du Fossé rhénan et de Bâle s'intensifie. La région des Franches-Montagnes est un district du canton du Jura.
D'altitude plus basse, le Jura tabulaire présente des conditions climatiques plus favorables. Il apparaît comme une vaste surface légèrement inclinée vers le sud. Les vallées sont, ici, les facteurs de régionalisation.
Tectoniquement, le Jura tabulaire est tributaire du fossé rhénan. L'absence de môle de résistance a permis des plissements moins serrés, d'où un aspect tabulaire en relation avec des plis en coffre. Sur le plan hydrologique, dans la partie nord, les cours d'eau convergent vers le Rhin (Birse, Ergolz, Aar). De ce fait, les influences rhénanes gagnent le Mittelland.
Les lacs, surtout ceux de l'avant-pays (lac de Joux, lac de Neuchâtel, lac de Bienne), épousent les directions tectoniques.
À l'ouest, l'Ajoie est quelque peu isolée. Les défrichements ont été importants et les vallées sont intensément utilisées. On y pratique l'assolement triennal amélioré. Les arbres fruitiers font leur apparition. L'habitat est groupé, par opposition à celui des Franches-Montagnes. Ces deux régions constituent des réduits francophones au sein du Jura bernois, qui est, lui, dans l'ensemble, germanophone, ce qui a entraîné la création d'un 23e canton dans la Confédération, le canton du Jura, en 1979. La ville principale est Porrentruy, sur la route de Delémont à Belfort, en France.
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La vallée de la Birse est le prolongement vers le sud de la plaine d'effondrement du Rhin supérieur. L'agriculture y trouve de bonnes conditions naturelles. Les localités de la basse vallée constituent déjà la grande banlieue de Bâle.
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Le Jura bâlois va de la Birse jusqu'à Rheinfelden. Le plateau est découpé par cinq vallées confluentes. Le travail industriel domine : l'hydroélectricité a joué un grand rôle dans la naissance de l'industrie moderne. Liestal, chef-lieu du demi-canton de Bâle-Campagne, est une ville industrielle. Olten, plus au sud, est un des grands carrefours ferroviaires de la Suisse. Mais l'influence de Bâle et de sa banlieue (dont Allschwil, Muttenz et Riehen) domine toute la région.
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Trois petites régions peuvent être distinguées : à l'ouest, le Klettgau, ancienne vallée du Rhin où arboriculture et viticulture déterminent le paysage ; au centre, le Randen, table calcaire en partie boisée (Schaffhouse, ville-pont, grâce à l'hydroélectricité, a vu se développer d'importantes activités industrielles, dont la métallurgie et les chutes du Rhin sont une attraction touristique) ; à l'est, le Hegau, surmonté d'une double rangée de culots volcaniques, encore rural.
Château d'eau de l'Europe, la Suisse se partage entre quatre grands bassins fluviaux : du Rhin (68 % du pays), du Rhône, des affluents suisses du Pô et, enfin, de l'Inn, qui rejoint le Danube, tributaire de la mer Noire.
Situé à l'est du massif de l'Aar (ou Alpes bernoises), le massif du Saint-Gothard donne naissance à deux grands fleuves : le Rhône qui coule vers l'ouest sous la forme d'un torrent et se jette dans le lac Léman, d'où il ressort à Genève ; le Rhin antérieur, qui coule vers le nord-est et s'unit, dans les Grisons, au Rhin postérieur pour former le Rhin, au régime nivo-glaciaire, qui sépare la Suisse de l'Autriche, puis de l'Allemagne. Le bassin rhénan est drainé par un grand nombre d'affluents (Sarine, Reuss, Limmat, Thur...) dont le plus important est l'Aar (295 km) ; née dans le massif de l'Aar, elle coule vers le nord, arrose Berne, puis se dirige vers le nord-est pour se jeter dans le Rhin en amont de Bâle.
La Suisse est également un pays de nombreux lacs d'origine glaciaire. Le plus grand, le lac Léman (à 370 m d'altitude, 582 km2), dans le bassin du Rhône, est partagé entre la Suisse (348 km2) et la France ; le lac de Constance (540 km2) l'est entre la Suisse, l'Autriche et l'Allemagne. Au Tessin, le lac Majeur (512 km2), ainsi que le lac de Lugano (48 km2), sont partagés entre l'Italie et la Suisse. Les autres lacs importants, sur le Plateau, sont le lac de Neuchâtel (216 km2), à 429 m d'altitude ; le lac des Quatre-Cantons (114 km2), à 434 m ; le lac de Zurich (88 km2), à 406 m ; le lac de Thoune (48 km2) ; le lac de Bienne (42 km2) ; le lac de Zoug (38 km2), et le lac de Brienz (30 km2).
Les glaciers, quoique en retrait depuis un siècle et demi, couvrent encore 3 000 km2 et constituent d'importantes réserves d'eau, surtout pour l'été ; celui d'Aletsch, dans le Valais, s'allonge sur 27 km, pour une surface de 117 km2.
Le pays se répartit en quatre domaines de superficies à peu près égales : montagnes incultes, pâturages d'altitude, domaines forestiers, terres cultivables. La faible étendue des surfaces utiles explique l'importance accordée dans ce pays à la protection de la nature : ainsi, la forêt est protégée depuis la fin du XIXe s. ; on ne peut actuellement réduire sa surface, chaque défrichement devant être compensé par un reboisement. Les versants mal exposés (ubacs) des vallées alpines et les forêts jurassiennes sont les régions les plus riches en conifères. Au voisinage des lacs, à faible altitude et sur le Mittelland, les feuillus ont tendance à s'imposer. Les fortes dénivellations aidant, il est aisé d'observer la succession des ceintures végétales, du couvert méditerranéen à la toundra arctique. À l'agriculture de plaine succède la culture de la vigne (souvent en terrasses), la forêt de feuillus, la forêt mixte, les pâturages et la forêt de conifères, la pelouse alpine, et enfin la zone des neiges persistantes. Plantes et fleurs de montagnes sont elles aussi soigneusement protégées.
En raison de l'activité humaine, la faune est peu abondante sur le Mittelland. C'est surtout en montagne que se rencontrent le chevreuil, le chamois, le renard, la marmotte et divers oiseaux alpins (lagopèdes, aigles). Grâce à la création de réserves naturelles, comme en basse Engadine, le gibier a pu se reconstituer.
La population suisse, estimée à plus de 7 568 000 résidents permanents en 2009, ne progresse plus que très lentement. Son taux d'accroissement annuel, dû pour les deux tiers à l'excédent migratoire, qui était de 1,3 % en 1991, était de l'ordre de 0,3 % en 2007. Elle est vieillissante (près de 23 % des habitants sont âgés de 60 ans et plus) et l'âge médian est de plus de 41 ans, le cinquième plus élevé du monde. Son espérance de vie est la plus élevée du monde après celle du Japon. Un besoin permanent de main-d'œuvre spécialisée ainsi que les regroupements familiaux (en dehors des frontaliers et des saisonniers) ont fait croître le taux de population étrangère, qui s'est stabilisé, depuis quelques années, à 19 % de la population totale. Sur les 1 344 000 personnes disposant d'un permis d'établissement ou d'une autorisation annuelle (en dehors des demandeurs d'asile écartés du marché du travail), les Italiens, toujours en tête, ne représentent plus que le quart des effectifs, précédant de peu les ressortissants de l'ex-Fédération yougoslave.
Le critère identitaire essentiel n'est plus la religion (les deux principales religions, catholique et réformée, constituent des groupes à peu près équivalents), mais bien la langue maternelle. Avec 26 cantons et demi-cantons souverains, la Suisse a pu préserver une variété linguistique qui trouve son origine dans la multiplicité des ensembles naturels. La Confédération helvétique est traditionnellement divisée en une Suisse alémanique, une Suisse romande et une Suisse italienne. Le pays compte quatre langues nationales, dont les trois premières, officielles sur le plan fédéral, sont l'allemand (64 % de locuteurs, mais 73 % chez les nationaux suisses), le français, en légère progression, parlés dans les cantons (romands) de Genève, de Vaud, de Neuchâtel, du Jura (19 % de locuteurs mais 20 % chez les nationaux suisses) et l'italien, parlé dans le Tessin et les Grisons (respectivement 8 % et 4 %), la quatrième langue étant le romanche (réduit à moins de 1 %), qui a été reconnu comme quatrième langue nationale en 1938. Les cantons du Valais, de Fribourg et de Berne ont deux langues officielles. Les autres cantons sont unilingues alémaniques.
Le statut des langues relève du droit cantonal fondé à la fois sur la liberté personnelle et la territorialité. La Confédération intervient pour protéger les deux vraies minorités linguistiques tandis que le dialogue est souvent difficile entre les deux communautés principales. Les alémaniques, pour se distinguer du géant allemand et de la culture germanique, utilisent de plus en plus un dialecte unifié (ou « Schwyzertütsch »), devenu une langue courante de communication, voire une matière d'enseignement.
La Suisse moyenne (ou plateau suisse) concentre la majorité de la population avec cinq grandes agglomérations (dans l'ordre, Zurich, Genève, Bâle, Berne et Lausanne) regroupant près de 2,5 millions d'habitants (soit une augmentation de 65 % en quarante ans) et débordant largement les frontières cantonales. La Suisse dispose également de tout un réseau de villes moyennes, capitales de cantons (Neuchâtel, Saint-Gall, Coire, Lucerne) ou villes satellites (Baden, Winterthur) aux activités très différenciées. Au total, une aire urbaine de plus de 4 millions d'habitants s'étend sur deux axes croisés : de Bâle à Lugano, d'une part, de Genève à l'Autriche, d'autre part. Les restructurations d'entreprises actuellement en cours montrent un renforcement de la prédominance de la Suisse du Nord et un recentrage des sièges et des directions au profit de Zurich, la capitale économique et financière, ou de la région bâloise, carrefour européen.
La Suisse a mis à profit trente années de prospérité, de 1945 à 1975, pour compléter ou renouveler son équipement énergétique et son réseau de communications, développer la productivité de son agriculture de plaine, conforter son rôle de place financière (comme remède au déficit chronique de sa balance commerciale, dû au manque de matières premières) et assurer la formation de ses cadres (écoles polytechniques fédérales de Zurich et de Lausanne, université commerciale de Saint-Gall). Cette longue période de croissance prit fin avec le choc pétrolier de 1974 et la récession qui s'ensuivit. Le pays connaît, depuis le début des années 1990, une grave stagnation de son économie. Celle-ci aboutit, en 1996, à un tassement du P.I.B. Le chômage, qui reste faible, connut une accélération rapide (il s'élevait à 5,7 % de la population active en janvier 1997 et se situait entre 7 et 9 % dans les cantons romands et le Tessin). Un programme limité de relance intéresse surtout le secteur du bâtiment, qui a perdu 40 % de ses emplois. Le retour à une croissance limitée (1,5 % en 1999, mais 3,3 % estimés pour 2000) s'est accompagné d'une retombée du chômage (3,5 % en 1998).
Après avoir rassemblé à la fin du XIXes. près de 40 % de la population active, le secteur agricole n'en représente plus que 5,5 %. Passée au libre-échangisme dans la seconde moitié du XIXe s., la Suisse a senti lors des deux guerres mondiales le danger de sa dépendance, outre l'exiguïté de sa surface agricole utile, qui ne couvre que le quart du pays. Depuis le plan Wahlen de « bataille agricole » (1939-1945), le gouvernement pratique une politique d'intervention : contingentement des importations (légumes, fruits) et de la production (lait), soutien des prix, subventions aux régions d'agriculture difficile (montagne), protection de la forêt. Malgré ce protectionnisme, source de complications pour une éventuelle intégration à l'Union européenne et responsable de coûts de la vie élevés, l'agriculture suisse vit une période difficile. Les exploitations sont petites et le terrain est cher, ce qui amplifie un exode rural déjà soutenu. Cependant, la Suisse, grand pays d'élevage, se place au deuxième rang pour le rendement laitier en Europe, après les Pays-Bas. Les fromages suisses (gruyère, emmenthal, tilsit) sont réputés. Ce sont les cantons de Berne, de Lucerne et de Zurich qui comptent le plus grand nombre de bovins. Le vignoble, essentiellement le long de l'arc lémanique, au Tessin et en Valais, est connu pour ses vins blancs (cépages chasselas) et rouges (cépages pinot, gamay et merlot). Quant au Mittelland, aux exploitations très mécanisées et à haut rendement, il donne des betteraves à sucre, du blé, des pommes de terre et tous les produits de base dont le pays aurait besoin en cas de crise. L'arboriculture – qui fournit poires, pommes, abricots, cerises et pruneaux – concerne la plupart des cantons situés à faible altitude.
La Suisse est pauvre en ressources minérales, les mines des Alpes ayant été progressivement abandonnées. Seuls les calcaires constituent une matière première en quantité notable.
La production d'hydroélectricité joue un rôle essentiel (elle représentait 54 % de la production totale d'électricité en 2004). Elle repose sur de grands ouvrages réalisés, notamment, dans les Grisons, l'Oberland bernois et, surtout, dans le Valais (barrages de la Grande Dixence et de Mauvoisin…). Elle a été complétée par la construction de centrales nucléaires, en Argovie (à Beznau, près de Döttingen, et à Leibstadt), près de Soleure (à Gösgen) et près de Berne (à Mühleberg). L'hostilité franche de certains cantons à toute extension du programme nucléaire (à Genève, cette sensibilité visait aussi la centrale française de Creys-Malville) et les imposantes manifestations des années 1980 ont entraîné l'abandon du site de Kaiseraugst (en Argovie). La Suisse comble ses déficits saisonniers en matière d'électricité par des échanges (notamment avec E.D.F. ou des réseaux allemands).
Le pétrole (en provenance, essentiellement, du Nigeria, de la Libye et de l'Algérie) constitue 60 % des importations de matières premières énergétiques. Acheminé par bateau, via le port fluvial de Bâle, ou par oléoducs, il est traité par trois grandes raffineries (à Cressier, dans le canon de Neuchâtel, à Collombey, dans la vallée du Rhône, et à Sennwald). La raffinerie de Cressier est alimentée par un oléoduc venant de Lavéra, celle de Collombey par celui qui vient de Gênes.
La Suisse est l'un des pays les plus industrialisés d'Europe. Les industries suisses sont très spécialisées et tournées vers l'exportation. Elles ont connu des mutations importantes, entraînant la réduction rapide de l'emploi industriel. Bon nombre d'entreprises ont une envergure mondiale, comme Novartis (né de la fusion de Ciba-Geigy et Sandoz) et Hoffmann-La Roche pour la chimie et l'industrie pharmaceutique, activités de pointe reposant sur d'importants centres de recherche, qui sont dominantes dans la région bâloise. La réputation des puissantes sociétés agroalimentaires, Nestlé, basée à Vevey, et Jacobs-Suchard en tête, n'est plus à faire ; c'est d'ailleurs de l'importance de ces firmes, souvent contestées (comme Nestlé), qu'est née l'image d'une Suisse dominatrice, imposant ses modes de consommation. Les grandes entreprises de machines et métaux sont elles aussi prospères (Asea-Brown Boveri, Sulzer). Baden est le siège du premier groupe mondial d'électromécanique. Mais la Suisse brille surtout grâce aux noms de ses firmes horlogères traditionnelles comme Tissot, Longines et Rolex, sans oublier les produits nouveaux comme la Swatch, adaptation réussie face à la concurrence japonaise. L'industrie horlogère, venue du Jura, s'est concentrée dans la région de Soleure et, surtout, à Bienne, ville bilingue située en bordure du Jura bernois. Après une chute qui a épargné, toutefois, la production « haut de gamme », ce dernier a renoué avec la croissance, notamment à l'exportation. Le secteur des textiles (coton et synthétiques), implanté principalement dans le Nord et le Nord-Est jusqu'à Saint-Gall et le canton montagneux de Glaris, poursuit son déclin. L'industrie de l'aluminium se relève d'une longue crise de restructuration tandis que le secteur machines-appareils-matériel roulant, grande spécialité suisse, présente dans toutes les agglomérations de la Suisse moyenne, reste tributaire des commandes extérieures. Si la Suisse ne compte que pour moins de 0,1 % de la population mondiale, elle exporte 1,4 % des produits manufacturés dans le monde et en importe plus de 1,5 %.
Le secteur tertiaire représente près de 69 % de la population active employée. La Suisse est un important prestataire de services. C'est d'abord une place financière (notamment Zurich, Bâle et Genève, ces deux dernières dominant une active région transfrontalière), rendue particulièrement attractive par son secret bancaire, qui peut cependant être levé pour les besoins de la procédure pénale. Les assurances et les réassurances jouissent également d'une grande réputation (les Suisses détiennent le record du peuple le mieux assuré du monde !). Une grande partie des activités de services se déroule hors des frontières. Grâce au solde positif de la balance des paiements et à la rigueur du contrôle monétaire, le franc suisse est une monnaie solide. Mais cette réputation monétaire ne va pas sans son lot d'inconvénients, à commencer par la cherté des produits et des services. Le tourisme et le commerce en subissent parfois les contrecoups.
L'adaptation à la concurrence et les restructurations (un établissement bancaire sur trois a disparu ; la plupart des banques cantonales se sont regroupées ou ont changé de statut) ont eu un coût social important. Elles permettent à la place financière suisse de conserver son rang et d'affronter l'euro. Les trois grands groupes suisses à dimension internationale ont acquis des sociétés américaines ou européennes et conclu des accords en Asie.
Dans le domaine touristique, l'identité suisse repose sur une série d'images de paysages montagnards (comme ceux du Cervin et du mont Rose) et urbains. Initié dès le XIXes., le tourisme est à l'origine de la formation de plus de 6 % du produit intérieur brut (P.I.B.), et sa filière dépasse 30 % de l'emploi total dans certains cantons (Valais, Grisons). La Suisse a reçu en 2007 plus de 8 millions de visiteurs. L'hôtellerie suisse, confortée par ses écoles hôtelières (celles de Lausanne et de Glion), a acquis une réputation internationale. Le tourisme lacustre des rivières lémaniques et tessinoises a été progressivement complété par les séjours urbains (Genève, Berne, Lucerne) puis par un tourisme montagnard. Les stations de Saint-Moritz, Davos (dans les Grisons), Gstaad et Grindelwald (dans le canton de Berne), Crans-Montana, Zermatt, Saas Fee (dans le Valais) comptent parmi les plus réputées du monde. Lieux de détente, de colloques internationaux, de pratiques sportives, ces centres renouvellent en permanence leur image pour conserver leur attrait.
Au centre de l'Europe, la Suisse, malgré ses montagnes, a toujours joué un rôle de plaque de communications. L'étoile de vallées et de nombreux cols ont facilité le passage des Alpes, équipées dès l'époque romaine (Julier, Grand-Saint-Bernard), puis au Moyen Âge (Splügen, Saint-Gothard), faisant aujourd'hui de la Confédération un « État portier » toujours à la pointe de l'équipement : tunnels ferroviaires ou routiers du Simplon et du Grand-Saint-Bernard, à l'ouest, du Saint-Gothard et du San Bernardino, au centre. Les réseaux routier et ferré sont très denses. Les transports en commun, chemins de fer fédéraux et locaux, sont réputés pour leur ponctualité et leur très bonne couverture du territoire. En vue de l'intégration européenne, la Suisse, qui cherche des solutions d'avenir pour les transports – en particulier pour le ferroutage des poids lourds en transit afin, notamment, de faciliter la traversée des Alpes –, a proposé en 1990 la percée de nouveaux tunnels ferroviaires sous les massifs de l'Aar-Gothard, du Lötschberg et du Simplon. Les Suisses, soucieux de leurs paysages et de leur cadre de vie, souhaitent limiter le transit routier, source de pollution. Si elle dispose d'un parc de plus de 3,1 millions de voitures et de 287 000 véhicules utilitaires – l'un des plus denses d'Europe –, la Suisse maintient des services de chemins de fer de qualité. L'amélioration des transports urbains – en particulier ceux des réseaux intégrés, comme à Zurich (tramways, bus, trains) – est l'une des priorités des politiques cantonales, communales et fédérales.
Occupée par les Celtes depuis le premier millénaire (La Tène, Helvètes), annexée par Rome au Ier s., la future Suisse acquiert sa spécificité culturelle à partir des grandes invasions du Ve s. Son territoire se partage alors entre les Burgondes, déjà chrétiens, qui se fondent aisément dans la population latinisée autochtone (ils s'installent de part et d'autre du Jura et du Léman) et les Alamans, païens et plus farouches, qui refoulent les anciens habitants et germanisent le bassin du Rhin et de l'Aar inférieur. Convertis par des missionnaires francs et surtout irlandais (saint Gall), soumis aux souverains francs, les Alamans poursuivent leur expansion au-delà de l'Aar, remontant même les vallées alpines et isolant les parlers romanches. Le Saint Empire romain germanique, fondé en 962, qui comprend dès cette époque le pays des Alamans, annexe en 1032 le royaume de Bourgogne, dont l'Helvétie fait partie. La paix retrouvée permet la renaissance du commerce alpin entre la Germanie et l'Italie et l'épanouissement d'une première vie urbaine (Zurich, Lucerne), tandis que les centres épiscopaux (Bâle, Lausanne, Genève) et monastiques (Saint-Gall) se développent.
Profitant de l'affaiblissement progressif de la puissance impériale, des États féodaux voient le jour dès le XIe s. Le premier d'entre eux, celui des Zähringen (fin du XIe-début du XIIe s.), s'étend au sud-ouest de la Souabe, sans parvenir à soumettre la Bourgogne cisjurane (future Franche-Comté), tandis que l'occupation du pays de Vaud par les ducs de Savoie au XIIIe s. limite au sud l'expansion des Zähringen. En 1218, la mort de Berthold V fait passer une large fraction des possessions de cette famille d'abord aux Kybourg, puis aux Habsbourg, une famille originaire de l'Argovie ; au milieu du XIIIe s., ces derniers, grâce à la protection des Hohenstaufen, contrôlent toute la Suisse centrale et occidentale et cherchent à affermir leur autorité en faisant administrer leurs possessions par des baillis. Cette initiative est ressentie comme une humiliation par les habitants qui, en outre, sont très attachés à leurs anciennes franchises. L'élection de Rodolphe de Habsbourg à l'Empire (1273) aggrave encore la situation puisqu'elle interdit désormais aux paysans d'opposer l'empereur à leur suzerain, les deux étant confondus. À la mort de Rodolphe, dans des circonstances devenues légendaires (Guillaume Tell), les trois cantons forestiers (Waldstätte) de Schwyz, Uri et Unterwald se lient par un pacte perpétuel (1er août 1291) pour défendre leurs libertés. C'est l'acte de naissance de la Confédération suisse.
Les trois cantons sont désormais en lutte ouverte avec les Habsbourg. Ils soutiennent le candidat à l'Empire qui leur est hostile pour mieux profiter de l'immédiateté impériale. C'est ainsi qu'en 1309 ils obtiennent d'Henri VII de Luxembourg une charte confirmant tous leurs droits. En 1314, un conflit entre Schwyz et l'abbaye d'Einsiedeln, protégée des Habsbourg, provoque une guerre qui se termine par la défaite de Léopold d'Autriche à Morgarten (15 novembre 1315). Le pacte perpétuel est alors renouvelé à Brunnen, le 9 décembre 1315.
Le danger autrichien n'en est pas pour autant écarté et les trois cantons deviennent des exemples pour des communautés voisines elles aussi menacées ; cet exemple est d'autant plus attractif que toutes ces régions ont en commun les mêmes intérêts économiques. En 1230, Uri ouvre le col du Saint-Gothard, qui constitue le plus court chemin entre le Rhin et le Milanais. En 1235, la route du Simplon est mentionnée pour la première fois dans un document, tandis que la batellerie s'intensifie sur le Rhin et que l'abbaye de Saint-Gall exporte en Pologne les toiles travaillées par l'artisanat rural local.
En 1332, Lucerne s'allie aux trois cantons primitifs, puis c'est le tour de Zurich (1351), de Glaris et de Zoug (1352), enfin de Berne (1353), mais les liens qui unissent tous ces cantons entre eux sont souvent très lâches. C'est le danger habsbourgeois qui va les resserrer. La guerre est marquée par la victoire de Sempach, où le duc Léopold III est tué (1386), et par celle de Näfels (1388). Par l'armistice de 1389, qui aboutira à la « paix perpétuelle » de 1474, les Habsbourg reconnaissent l'indépendance de la Confédération, qui est forte de huit cantons et de leurs agrandissements, la Suisse restant toutefois membre de l'Empire.
Les cantons, tout en restant liés entre eux, mènent leur propre politique extérieure et agrandissent leur territoire. Pourtant, les circonstances renforcent la cohésion de l'ensemble. Le « convenant » de Sempach fixe, en 1393, les obligations militaires de chacun de ses membres. La Confédération disposant d'une excellente armée organisée en masses profondes et pourvue d'artillerie dès le XVe s., son aide est appréciée par les souverains étrangers. Ainsi, l'empereur Sigismond, en lutte contre Frédéric IV d'Autriche, obtient la collaboration des Suisses en 1415 et les pousse à s'emparer des possessions des Habsbourg au sud du Rhin ; ces territoires seront partagés entre Berne et les autres cantons. S'intéressant aux débouchés italiens du Saint-Gothard, les cantons occupent la vallée de la Leventina dès 1403, et ils réunissent autour d'eux, soit par la négociation, soit par les armes, le Valais, Neuchâtel, Appenzell, Saint-Gall, Schaffhouse, Bienne, Mulhouse et Soleure : certains de ces territoires deviennent des cantons à part entière, d'autres sont liés à la Confédération par une alliance, d'autres encore sont sujets d'un ou de plusieurs cantons à qui ils doivent des redevances.
L'unité de la Confédération est plusieurs fois remise en cause : les cantons citadins oligarchiques s'opposent aux cantons montagnards de tradition démocratique. En 1436, un conflit éclate entre Schwyz et Zurich pour la possession du comté de Toggenburg. Zurich fait appel aux Habsbourg, mais est vaincue par les autres cantons à Saint-Jacques sur la Sihl (1443). L'empereur demande alors à la France de détourner contre les cantons 40 000 mercenaires, qui l'emportent sur les confédérés près de Bâle, à Saint-Jacques sur la Birse (1444). La croissance de l'État bourguignon menace directement Berne, soutenue par les autres cantons et par l'or de Louis XI. Victorieux de Charles le Téméraire à Grandson et Morat (2 mars et 22 juin 1476), les Suisses se divisent au lendemain du succès, les cantons montagnards craignant l'accroissement de la puissance des cantons citadins et surtout du puissant État de Berne. Grâce à saint Nicolas de Flue, la paix intérieure est rétablie à la diète de Stans (1481), qui renouvelle entre les gouvernements – et non plus entre les peuples – la promesse de défense mutuelle contre les dangers intérieurs et extérieurs. Soleure et Fribourg entrent alors dans la Confédération. Vainqueurs de l'empereur Maximilien Ier dans la guerre de Souabe, les cantons lui imposent la reconnaissance de fait de leur indépendance par le traité de Bâle (1499). Devenue puissance internationale, la Suisse renforce ses frontières du Rhin, en admettant comme cantons à part entière Bâle et Schaffhouse (1501), puis Appenzell (1513). À cette date, la Confédération compte treize cantons.
Depuis longtemps, les mercenaires suisses étaient très recherchés par les princes européens et nombreux étaient les Suisses, manquant de terres ou avides de butin, qui s'engageaient dans les armées étrangères. Ils participent activement aux guerres d'Italie, d'abord aux côtés des rois de France, puis, sous l'influence du cardinal Schiner, un Valaisan évêque de Sion, ils rejoignent la Sainte Ligue patronnée par le pape Jules II (1510). Tandis que les ligues grisonnes auxquelles ils sont alliés depuis 1498 occupent la Valteline (1512), les Suisses prennent Milan pour le compte de son duc (décembre 1512) et battent les Français à Novare (1513), mais François Ier les défait à Marignan (1515) puis leur accorde l'avantageuse paix perpétuelle de Fribourg (novembre 1516). Celle-ci est transformée, le 5 mai 1521, en alliance offensive et défensive qui accorde au roi de France le droit de lever 6 000 mercenaires (plus tard 16 000), et qui place ainsi la Suisse dans l'orbite française (jusqu'en 1815).
Depuis longtemps, l'élite intellectuelle se passionne pour les controverses théologiques soulevées, en particulier, par les conciles de Constance (1414-1418) et de Bâle (1431-1449). Les imprimeries de Bâle et de Burgdorf diffusent les travaux des humanistes rhénans dont Bâle est alors l'un des foyers les plus brillants. Zwingli commence dès 1519 à Zurich ses prédications et son explication serrée de l'Évangile, présentant, peu après Luther mais indépendamment de lui, une nouvelle doctrine. En 1525, Zurich a complètement adopté la Réforme, suivie par Berne en 1528, Bâle et Schaffhouse en 1529. Le protestantisme triomphe également dans les villes alliées (Saint-Gall, Bienne, Mulhouse) et dans les bailliages communs.
Les cinq cantons montagnards (Uri, Schwyz, Unterwald, Lucerne, Zoug), ainsi que Fribourg et Soleure, décidés à rester catholiques (dispute de Baden, 1526), s'allient au duc Ferdinand d'Autriche. Une première bataille à Kappel, en 1529, se termine par un compromis. Zwingli reprend l'offensive en 1531 contre les catholiques, mais il est tué à Kappel. Un équilibre précaire se maintiendra désormais entre les cantons catholiques, les plus nombreux, et les cantons protestants, les plus peuplés. Dans les cantons de Glaris et d'Appenzell, les deux confessions coexistent librement. En vertu de la combourgeoisie Berne-Genève-Fribourg, Berne libère Genève de la menace savoyarde en occupant le pays de Vaud, l'année même où Calvin s'y établit à l'appel de Farel (1536). Les diverses familles protestantes élaborent, grâce à Bullinger, une Confession de foi helvétique. Genève devient ainsi la « Rome du protestantisme », tandis que, sous l'influence du concile de Trente et des jésuites (fondation des collèges de Lucerne [1574] et de Fribourg [1580]), les cantons catholiques se renforcent. Le partage du pays entre les deux confessions est un fait accompli. Entre les deux partis groupés en systèmes d'alliances opposées (ligue Borromée unissant les catholiques, 1586) éclatent des crises très graves, surtout à la fin du XVIe s.
Mais l'attachement envers la Confédération, sauvegarde des libertés dans une Europe absolutiste, conduit les magistrats à se résigner à des arrangements pour préserver un équilibre fragile. C'est la raison pour laquelle les cantons pratiquent une stricte neutralité pendant toute la durée des guerres de Religion et de la guerre de Trente Ans, malgré l'annexion du pays de Gex par la France (1601) et les tentatives de la Savoie (nuit de l'Escalade à Genève, 11-12 décembre 1602). Au traité de Westphalie (1648), les grandes puissances se mettent d'accord pour reconnaître de jure l'indépendance totale et la neutralité de la Confédération à l'égard de l'Empire.
Sur le plan social, un fossé se creuse entre un patriciat de plus en plus fermé et des classes populaires de plus en plus misérables, surtout dans les villes, bien qu'on assiste également à un essor de l'agriculture (défrichements, vins de Vaud et de Neuchâtel). L'essor économique est surtout dû aux progrès des communications. Le Valaisan Kaspar Stockalper négocie avec Milan le transport des marchandises italiennes par le Simplon ; au début du XVIIIe s., un entrepreneur tessinois améliore l'accès du Saint-Gothard en perçant un court tunnel dans les gorges de la Reuss. Le textile, lui aussi, connaît une grande expansion grâce au travail de la soie introduit par des protestants italiens et tessinois, auquel vient s'ajouter celui de la laine, accompli par des huguenots français, et, à partir du XVIIIe s., celui du coton. Berne fabrique des armes, et l'horlogerie commence à se développer à partir du XVIIe s. (Le Locle, La Chaux-de-Fonds). Toutes ces productions, le plus souvent exportées, enrichissent le patriciat urbain, qui investit ses bénéfices dans des activités bancaires, en particulier à Zurich, Genève, Bâle et Berne. La Confédération réussit à écarter la France de la succession de Neuchâtel, au profit de la Prusse, plus lointaine et, donc, moins dangereuse (1707). Elle apaise les querelles religieuses au traité d'Aarau, favorable aux cantons protestants (1712). Mais, sur le plan institutionnel, la sclérose est complète. D'une part, la diète reste impuissante malgré les aménagements du pacte confédéral (1777), d'autre part, dans les villes, les oligarchies se ferment de plus en plus sur elles-mêmes, suscitant l'envie des non-privilégiés et de ceux qui ne peuvent obtenir la « bourgeoisie » du lieu où ils résident. Cet antagonisme devient d'autant plus vif qu'il coïncide avec les progrès de la propagation des Lumières et des idées du Genevois J.-J. Rousseau. Ainsi, les Genevois se révoltent à plusieurs reprises (1738, 1768, 1782) ; à chaque fois, les Suisses et les Français imposent des compromis favorables aux anciens magistrats. Dans un tel contexte, la Révolution française rencontre à ses débuts un large écho en Suisse et, malgré le massacre des mercenaires aux Tuileries (10 août 1792), de nombreux démocrates helvétiques se réfugient en France ; leur Club helvétique (plus de 300 membres) devient rapidement un foyer de propagande révolutionnaire.
La France occupe en 1792 l'évêché de Bâle et en fait le département du Mont-Terrible l'année suivante. En 1796, Bonaparte rattache la Valteline à la République Cisalpine, et le Directoire, s'appuyant sur le Club helvétique, animé par La Harpe, et sur la propagande démocratique de Pierre Ochs, à Bâle, suscite des troubles. Le 24 janvier 1798, les villes vaudoises proclament leur indépendance. Quelques jours plus tard, l'armée française occupe le pays de Vaud et, le 5 mars, entre à Berne. Une République helvétique, dotée d'une Constitution unitaire, est imposée par Paris et par son représentant, le général Brune ; mais, bien vite, la nouvelle République, amputée de territoires jurassiens, sombre dans l'anarchie. Bonaparte impose, en février 1803, l'Acte de médiation, qui reconstitue l'organisation confédérale mais qui lui laisse, en fait, le contrôle du pays. Le Blocus continental ruine l'économie, sauf la nouvelle industrie mécanique, mais les travaux routiers (amélioration du Grand-Saint-Bernard et aménagement du Simplon) faciliteront la reprise ultérieure.
L'effondrement napoléonien entraîne l'abrogation de l'Acte de médiation par la diète (décembre 1813). Les anciens gouvernements sont rétablis, mais les six cantons (Saint-Gall, Grisons, Argovie, Thurgovie, Tessin et Vaud) créés par Bonaparte en 1803 demeurent et ce sont vingt-deux cantons qui concluent un nouveau pacte confédéral (7 août 1815). Le congrès de Vienne restitue à la Suisse les territoires annexés par la France et reconnaît la neutralité perpétuelle du pays. La diète reste une simple réunion d'ambassadeurs sans pouvoir réel ; le directoire fédéral est exercé à tour de rôle par Zurich, Berne et Lucerne, et le seul organe permanent est la chancellerie fédérale. Les cantons se dotent de gouvernements conservateurs, mais la prospérité renaît (début du tourisme, inauguré par des Britanniques, construction de la route carrossable du Saint-Gothard). Pourtant, les difficultés réapparaissent. La multiplication des machines, surtout textiles, inquiète les ouvriers (émeutes de 1832 à Uster et Schaffhouse). En outre, le retour de l'ordre ancien et son inefficacité irritent les classes moyennes, de même que les interventions de Metternich. L'opposition libérale, encouragée par les événements parisiens de 1830, oblige douze cantons à se « régénérer », mais échoue à Neuchâtel, à Bâle et dans les vieux cantons montagnards où est pratiquée la démocratie directe (Landsgemeinde). Les libéraux sont débordés à leur tour par la « Jeune-Suisse », d'inspiration mazzinienne, et par les radicaux ; leurs idées démocratiques et anticléricales provoquent des incidents dans les régions catholiques, et sept cantons conservateurs et catholiques concluent en 1845 une « Alliance défensive séparée », le Sonderbund. Les radicaux, maîtres de Genève, avec James Fazy, et de la diète (1847), exigent la dissolution de l'Alliance puis, sur son refus, les milices fédérales, commandées par le général Dufour, la brisent rapidement (guerre du Sonderbund).
En septembre 1848, une nouvelle Constitution est élaborée. Le pays, composé de vingt-cinq cantons et demi-cantons, devient une véritable union fédérale dotée d'un gouvernement central, qui siège à Berne. Une Assemblée fédérale, qui remplace l'ancienne diète, est divisée en un Conseil national, représentant toute la population, et un Conseil des États, représentant les cantons ; l'exécutif, collégial, est assuré par le Conseil fédéral. Toutes les libertés publiques sont garanties. Par la suite, l'exécutif se renforce légèrement en 1874, notamment pour l'organisation de l'armée. Enfin, le pays adopte les droits de « référendum » (1874) et d'« initiative » (1891). En 1856, la Suisse a évité une guerre avec la Prusse à propos de Neuchâtel qui obtient en 1857 de rester une République et un canton suisse. Par ailleurs, elle poursuit son expansion économique : percement des deux grands tunnels du Saint-Gothard (capitaux germano-italiens) de 1872 à 1882 et du Simplon (capitaux français) de 1898 à 1905 ; ces réalisations favorisent son commerce, alimenté par une industrie de haute qualité. La classe ouvrière s'organise en une Fédération ouvrière suisse et en une social-démocratie, dont les positions, à l'origine, sont très radicales.
La Première Guerre mondiale et l'immédiat après-guerre provoquent des difficultés économiques et sociales, mais la neutralité et la vocation humanitaire du pays sont strictement respectées : la S.D.N. est installée à Genève. Pendant l'entre-deux-guerres, le pays reste stable, bien que fortement touché par la crise : la social-démocratie, un moment tentée par les idées de Lénine, se rallie à un réformisme qui explique la collaboration du patronat et des syndicats à la charte de 1937 ; de leur côté, les formations pronazies n'obtiennent qu'une audience très réduite. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la Suisse reste fidèle à sa double vocation de neutralité et d'aide humanitaire. Un plan d'autarcie alimentaire (plan Wahlen), un délicat équilibre entre les belligérants et la création d'une marine nationale permettent de franchir sans encombre les années difficiles.
La Suisse sort de la guerre épargnée mais assez isolée et objet de quelque défiance. Elle réussit à régler avec les Alliés (accords de Washington, en 1946) le contentieux issu des paiements en or d'origine douteuse effectués par les Allemands pendant la guerre et s'efforce de revaloriser son image, ternie comme celle des autres pays neutres, en invoquant la volonté de résistance à toute agression, incarnée par le général Guisan, à la tête de l'armée citoyenne mobilisée pendant le conflit. Max Petitpierre, chef du département politique fédéral (Affaires étrangères) de 1945 à 1961, définit le statut extérieur du pays par la formule « Neutralité-Solidarité », devenue référence internationale (notamment pour définir la neutralité imposée à l'Autriche par les Alliés en 1955). Cette conception maintient le principe d'une réserve stricte sur le plan des ententes politiques et des alliances militaires, mais comporte un programme, de plus en plus actif, de coopération : développement d'institutions diplomatiques encore embryonnaires, organisation ou accueil de conférences ; maintien ou installation à Genève, devenue le siège mondial le plus important, après New York, des institutions de l'O.N.U., avec plusieurs milliers de fonctionnaires internationaux, d'organismes comme l'O.I.T. ou l'O.M.S., ainsi que les hauts-commissariats aux Réfugiés et, récemment, aux Droits de l'Homme, ou encore le GATT, devenu l'O.M.C. Représentée Conseil de l'Europe (1963), membre fondateur de l'A.E.L.E. en 1959, adhérente à l'Unesco, signataire d'un accord de libre-échange avec les communautés européennes en 1972, la Suisse rejette les engagements trop contraignants, ou trop coûteux, que les opposants considèrent comme incompatibles avec une neutralité, assimilée par eux à l'indépendance nationale. Ainsi en est-il du rejet massif, par la votation du 16 mars 1986, d'une adhésion à l'O.N.U. ; le comité des opposants, dirigé par Christoph Blocher, leader des antieuropéens, devient un organisme permanent à l'appellation significative : « Action pour une Suisse indépendante et neutre ».
Cette neutralité « active », qui s'étend aux interventions humanitaires et à l'aide au développement, reste aussi, selon les règles du droit international, une neutralité armée. En fait, la mentalité défensive, héritée de la guerre et s'appuyant sur une armée de milice, nombreuse et immédiatement disponible, sur un « réduit » alpin, centre de repli et de résistance, sur un réseau d'abris civils et sur des « réserves obligatoires », se renforce avec la guerre froide, qui fait naître en Suisse la notion de « défense globale ». Les initiatives constitutionnelles, émanant des partis de gauche, pour la réduction du budget militaire, le contrôle des acquisitions éventuelles d'armes atomiques et l'interdiction des exportations d'armes sont rejetées. C'est au nom de la défense des valeurs traditionnelles qu'après plusieurs projets « xénophobes », l'initiative « Schwarzenbach » tendant à réduire le nombre des étrangers est présentée en 1970 ; elle n'est repoussée que par 54 % des votants. À la fin des années 1980, les autorités révéleront l'existence d'un énorme fichier politique interne, créé par ordonnance en 1951, et de services de renseignements spéciaux sans fondement légal. Une nouvelle initiative pour la suppression de l'armée, soumise à référendum en 1989, recueillera l'assentiment d'un tiers des votants.
Le rétablissement de la paix en 1945 avait mis fin aux pouvoirs exceptionnels attribués aux autorités fédérales. Toutefois, la progression remarquable des compétences centrales inscrites dans la Constitution (le plus souvent au moyen d'initiatives confirmées en votation), sous la forme de législation-cadre appliquée par les services cantonaux, est ressentie par les fédéralistes, partisans du maintien de l'autonomie, comme une marche vers la centralisation. Dès 1947, les « Articles économiques » introduisent un interventionnisme modéré ; la même année, « l'État social », initié par la « Paix du Travail » de 1938, avec son système de conventions collectives négociées en commissions paritaires, est confirmé par la création de l'assurance-retraite, complétée par l'assurance-invalidité en 1960. Dans les années 1990, dans un climat de récession économique, les autorités fédérales opteront pour un traitement social de la crise. La recherche d'un consensus (dit « Démocratie de Concordance ») se manifeste d'abord par l'institution, en 1959, de la « formule magique », répartissant selon une quasi-proportionnalité les 7 sièges du Collège exécutif fédéral (Conseil fédéral) entre les 4 grands partis du Parlement : 2 sièges au parti socialiste et, pour les partis « bourgeois », 2 au parti chrétien-conservateur (devenu chrétien-social), 2 au parti radical-démocratique, qui avait longtemps dominé la vie politique nationale, et 1 aux agrariens (Union démocratique du centre). Le Conseil fédéral, où la Suisse « latine » est surreprésentée (généralement 2 Romands et 1 Tessinois italophone), est perçu de plus en plus, à l'extérieur, comme un gouvernement ordinaire dont les membres se déplacent à l'étranger et préparent activement les projets nationaux. Toutefois, le recours systématique à la consultation des partis et des gouvernements cantonaux ainsi qu'à des commissions d'experts pour l'élaboration des textes législatifs, dans le but de désamorcer une demande éventuelle de référendum et d'aboutir à un compromis, tend à ralentir la prise de décision et à tempérer la volonté de réforme. L'aménagement des droits politiques s'opère lentement : le vote des femmes, notamment, est acquis en 1971, sur le plan fédéral, mais, dans le domaine local, il faut attendre 1990 pour qu'un arrêt du Tribunal fédéral brise la résistance du dernier canton refusant ce droit. L'Assemblée nationale élira, en 1984, la première conseillère fédérale de l'histoire, Elisabeth Kopp, membre du parti radical-démocratique.
La Confédération se trouve par ailleurs confrontée à un conflit interne relatif aux districts jurassiens, rattachés au canton de Berne et qui constituent, à l'exception de la vallée de Laufen, une minorité francophone au sein d'un ensemble alémanique. Le « Rassemblement jurassien » lutte pour l'autonomie des districts. L'autodétermination est admise en 1970, et des plébiscites sont organisés en 1974-1975, sous l'arbitrage fédéral. Les trois districts du Nord, catholiques, forment un nouveau canton, reconnu en 1978. Le Sud, plutôt de religion réformée et à plus faible majorité francophone, admet le statu quo, mais un courant autonomiste se maintient, centré sur la ville de Moutier. La création, en 1994, d'une assemblée paritaire interjurassienne apporte quelque espoir d'une solution négociée. La Confédération et les autorités cantonales sont confrontées également, dans les années 1980, à des mouvements de contestation d'une ampleur inhabituelle, animés par les jeunes dans les grandes villes et par les pacifistes alliés aux écologistes et aux antinucléaires. Elle fait face aussi à une forte demande d'asile politique émanant surtout du tiers-monde (Zaïrois, Tamouls, qui seront relayés plus tard par les ressortissants de l'ancienne Fédération yougoslave).
La fin de la guerre froide engage la Suisse à redéfinir le rôle et l'importance de son armée de milice. L'abaissement de la limite d'âge du service et la réduction substantielle des effectifs, adoptés dans le programme « Armée 95 », sont complétés par l'établissement d'un service civil de remplacement. De nouvelles avancées sur le plan international concernent d'abord les domaines commerciaux et monétaires : adhésion à la B.E.R.D., à la Banque mondiale et au F.M.I., au GATT puis à l'O.M.C. En 1996, la Suisse accède à la présidence de l'O.S.C.E., chargée de l'application en Bosnie-Herzégovine des accords de Dayton. Elle rejoint, la même année, le « partenariat pour la paix » de l'O.T.A.N., jugé compatible avec la conception d'une neutralité quelque peu assouplie. En revanche, les électeurs ont rejeté, en 1994, la création d'un corps suisse de Casques bleus.
L'image internationale de la Suisse à travers sa pratique de la neutralité pendant la Seconde Guerre mondiale, et au-delà, est brutalement remise en cause, à partir de 1995, par la reprise du dossier des fonds juifs en déshérence, confiés aux banques suisses par les futures victimes de l'Holocauste. La prise en charge des intérêts des ayants droit par les grandes organisations juives et par la Commission sénatoriale américaine des banques entraîne un grand débat qui s'étend au problème de l'or nazi remis à la Banque nationale suisse, et introduit des doutes sur la validité des accords de Washington. La Suisse crée une commission d'historiens, puis un fonds spécial en faveur des victimes ou des héritiers nécessiteux, ainsi qu'une fondation de solidarité pour les causes humanitaires. Un règlement global intervient en août 1998, mettant en jeu une somme de 1,25 milliard de dollars offerte par les banques suisses ; la Banque nationale suisse et le gouvernement refusent d'y souscrire.
En 1993, le Conseil fédéral accueille, après une élection mouvementée, la socialiste Ruth Dreifuss. Chaque renouvellement du Conseil est marqué par une relance de l'idée d'un véritable système parlementaire, avec l'installation des socialistes (qui deviennent le premier parti au sein du Conseil national lors des élections de 1995) dans une opposition institutionnalisée. En 1999, R. Dreifuss assure la présidence suisse : c'est la première fois dans l'histoire du pays qu'une femme occupe cette fonction. Pendant ce temps, les autorités fédérales reprennent le chantier de la révision constitutionnelle abandonné dans les années 1980 ; une nouvelle Constitution fédérale est finalement approuvée par référendum (avril 1999). Aux élections législatives d'octobre 1999, l'Union démocratique du centre (U.D.C., droite nationaliste) de C. Blocher devient le premier parti politique du pays en obtenant 23 % des voix. Ses prises de position concernant le droit d'asile, la fiscalité, les affaires sociales ou bien encore l'Europe pèsent sur le débat politique. Profitant sans doute de la polémique européenne suscitée par l'entrée de l'extrême droite dans le gouvernement autrichien, l'U.D.C. confirme sa forte poussée de l'automne en faisant plus que doubler le nombre de ses représentants au Parlement du canton de Saint-Gall, frontalier de l'Autriche (février 2000).
L'intégration de la Suisse dans la construction européenne occupe le devant de la scène politique depuis 1988. La « voie médiane », entre l'adhésion et l'alliance économique – choix du Conseil fédéral – s'est présentée sous la forme de l'Espace économique européen (E.E.E.) ; elle a été acceptée par les autorités officielles, mais rejetée lors de la votation du 6 décembre 1992. Les négociations bilatérales engagées en 1993 avec Bruxelles ont achoppé sur le préalable du libre trafic de marchandises, compte tenu de la limitation suisse des poids lourds à 28 tonnes et de l'obligation née de la votation dite de « l'initiative des Alpes » de faire passer de la route au rail le transit des camions. L'engagement suisse en faveur des nouveaux tunnels ferroviaires de base, pour le ferroutage, et la perception par la Suisse d'une taxe sur les poids lourds, objet de l'accord de janvier 1998 et autorisée par la population en septembre 1998, permettent enfin de débloquer la situation, de reprendre les négociations et de parvenir à une série d'accords sectoriels en décembre 1998 (signés en juin 1999 à Luxembourg). Ces accords, qui portent sur la libre circulation des personnes, des transports terrestres et aériens, sur l'agriculture, la recherche, les marchés publics et le commerce, sont approuvés par les Suisses lors d'un référendum (mai 2000). La netteté du résultat (67,2 % de « oui ») constitue un encouragement pour les partisans d'une adhésion rapide de la Suisse à l'Union européenne, mais le rejet massif (76,7 % de « non »), le 4 mars 2001, par le peuple suisse d'une initiative populaire demandant l'ouverture immédiate de négociations en vue d'adhérer à l'U.E. conforte durablement la voie des négociations bilatérales.
La votation du 3 mars 2002 marque un tournant dans la culture politique suisse, fondée sur la neutralité et la revendication de la différence : à 54,6 %, les Suisses se prononcent en faveur de l'adhésion de la Confédération à l'O.N.U. (jusqu'ici le pays avait le statut d'observateur), dont elle devient le 190e membre le 10 septembre 2002.
Sur le plan intérieur, l'Union démocratique du centre (U.D.C.) remporte les élections législatives du 19 octobre 2003 et effectue sa percée la plus spectaculaire dans la partie francophone de la Confédération. Avec près de 27 % des voix, elle devient la première formation politique du pays devant le parti socialiste (23,4 %). Les perdants sont le parti radical démocratique (P.R.D.) et le parti démocrate-chrétien (P.D.C.), qui recueillent respectivement 17,3 % et 14,4 % des suffrages. Fort de ce succès, le leader de l'U.D.C., C. Blocher, est élu par le Parlement et entre au Conseil fédéral, où il dirige la Justice et la Police. Disposant de deux des sept portefeuilles ministériels, l'U.D.C. bouleverse l'équilibre politique helvétique, inchangé depuis 1959, au détriment du P.D.C. Le rejet par 57 % des Suisses du projet de naturalisation simplifiée pour les étrangers de deuxième et troisième génération lors du référendum du 9 septembre 2004 constitue une nouvelle victoire pour l'U.D.C., seul parti à avoir appelé à voter « non ». L'issue du scrutin révèle une scission profonde entre cantons francophones et cantons alémaniques.
La Suisse poursuit sa politique européenne sur la voie bilatérale. En mai 2004, elle conclut avec l'Union européenne une nouvelle série d'accords bilatéraux : parmi ceux-ci, elle parvient à préserver ses intérêts de place financière – notamment, son secret bancaire – et obtient, par ailleurs, sa participation à la coopération de Schengen-Dublin en matière de justice, de sécurité, d'asile et de migration. Soumis au référendum facultatif, ce dernier accord est approuvé par 54,8 % des Suisses le 5 juin 2005. Parallèlement, la Suisse et l'U.E. se mettent d'accord, en octobre 2004, sur l'extension de l'accord bilatéral sur la libre circulation des personnes aux dix nouveaux États membres ayant adhéré au 1er janvier 2004.
En septembre 2006, l'approbation par deux Suisses sur trois des nouvelles lois sur l'asile et sur l'immigration (prévoyant, notamment, le rejet de la demande d'asile si le requérant ne présente pas ses papiers d'identité dans les 48 heures) conforte C. Blocher, le père de la réforme, dans la poursuite de sa politique sécuritaire. Au terme d'une campagne violemment xénophobe, sa formation remporte, pour la deuxième fois consécutive, les élections à l'Assemblée fédérale en octobre 2007. Avec 29 % des voix et 62 sièges sur 200 au Conseil national (mais seulement 7 sièges sur 46 au Conseil des États), l'U.D.C. devance largement le parti socialiste (19,1 %), suivi du P.R.D. (15,6 %), du P.D.C. (14,6 %) et des Verts (11 %). Mais, en décembre, non reconduit au Conseil fédéral (le Parlement lui préférant Eveline Widmer-Schlumpf, une personnalité de l'aile modérée de l'U.D.C.), C. Blocher rejoint l'opposition, tandis que la représentante de l'U.D.C., accusée de trahison, est incitée à démissionner, ce qu'elle refuse de faire.
Bâle, Berne, Coire, Einsiedeln, Fribourg, Genève, Lausanne, Lucerne, Lugano, Neuchâtel, Payerne, Saint-Gall, Schaffhouse, Sion, Soleure, Thoune, Wettingen, Zoug, Zurich.
M. Bill, Mario Botta, Böcklin, Calame, Füssli, A. Giacometti, U. Graf, Hodler, Klee, Liotard, N. Manuel Deutsch, Tinguely, L. Robert, Vallotton.
H. F. Amiel, J. Olivier, É. Rod, R. Toepffer.
M. Chappaz, J. Chessex, A. Cohen, G. Haldas, P. Jaccottet, R. Morax, R. Pinget, C. F. Ramuz, D. de Rougemont, A. Voisard, M. Zermatten.
J. J. Bodmer, S. Gessner, J. K. Lavater, J. D. Wyss.
F. Dürrenmatt, M. Frisch, G. Keller, C. F. Meyer, Adolf Muschg, C. Spitteler, R. Walser.
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