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Pays-Bas

royaume des Pays-Bas

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Carton de situation

royaume des Pays-Bas
en néerlandais Nederland

État d'Europe occidentale, les Pays-Bas s'ouvrent sur la mer du Nord à l'ouest et au nord, et sont bordés par l'Allemagne à l'est et par la Belgique au sud.  

Superficie : 34 000 km2
Nombre d'habitants : 16 592 000 (estimation pour 2009)
Nom des habitants : Néerlandais
Capitales : Amsterdam et La Haye (siège des pouvoirs publics et de la Cour)
Langue : néerlandais
Monnaie : euro

Chef de l'État : Béatrice

Chef du gouvernement : Jan Peter Balkenende

Nature de l'État : monarchie constitutionnelle à régime parlementaire

Constitution :

 Entrée en vigueur : 17 février 1983

Institutions

Exécutif

Chef de l'État : roi

Chef du gouvernement : Premier ministre

Législatif

Le Parlement se compose d'une Seconde Chambre et d'une Première Chambre.

GÉOGRAPHIE

Le milieu naturel

Près de la moitié du territoire se situe au-dessous du niveau des hautes eaux marines et fluviales ; ailleurs, l'altitude ne dépasse qu'exceptionnellement une centaine de mètres (point culminant : 322 m, dans le sud du Limbourg). L'ensemble est en effet de constitution récente et les formations quaternaires affleurent presque partout : alluvions des grands fleuves (Rhin, Meuse, Escaut), dépôts morainiques et éoliens, argiles et tourbes marines. Au nord d'une ligne Utrecht-Nimègue domine l'empreinte des grandes glaciations : collines sableuses, moraine de fond argileuses parsemées de blocs erratiques, anciens chenaux pro-glaciaires. Au sud, les dépôts sont surtout sableux et d'origine fluviatile. À l'ouest, enfin, la limite entre la terre et la mer est longtemps restée très incertaine, l'intervention humaine jouant un rôle décisif pour consolider le cordon dunaire, établir des digues et assécher marais et tourbières (poldérisation).

   L'absence d'obstacles de relief permet aux influences océaniques de s'étendre sur tout le territoire. Ce climat frais et humide se caractérise par la prépondérance d'une circulation atmosphérique d'ouest, avec des vents violents, une forte nébulosité, des pluies fréquentes en toute saison mais pas très abondantes (700 à 800 mm en moyenne) et une amplitude thermique relativement modérée. Les formations végétales originelles (forêt de feuillus, principalement) ont presque partout disparu au profit des landes (souvent reboisées en conifères), des prairies et des labours.

La population

Les Pays-Bas ont enregistré une croissance démographique rapide aux XIXe et XXe siècles : leur population est passée de 2,6 millions d'habitants en 1830 à 5,9 millions en 1910 et à 15,8 millions en 2001. Cette évolution est due, pour l'essentiel, à l'accroissement naturel et, en particulier, à une fécondité qui est restée longtemps plus élevée que dans le reste de l'Europe du Nord-Ouest. La natalité a certes diminué, après la Seconde Guerre mondiale, dans les régions protestantes, mais il faut attendre les années 1970 pour que les régions catholiques (le Sud) connaissent un phénomène similaire. Aujourd'hui, les Pays-Bas conservent un léger excédent naturel (environ 0,4 % par an), mais le rythme de croissance s'est nettement ralenti, en raison de la chute du taux de natalité (désormais inférieur à 12 ‰) et du tarissement de l'immigration. Avec une espérance de vie élevée (78 ans) et un indice de fécondité de 1,5 enfant par femme, le pays connaît, comme l'ensemble des nations développées, un vieillissement sensible de sa population : 18 % des Néerlandais ont moins de 15 ans, 13 % sont âgés de plus de 65 ans.

   L'immigration apparaît comme un fait relativement récent aux Pays-Bas, où l'émigration, au contraire, vers les pays neufs (Afrique du Sud, États-Unis…) constituait une tradition ancienne et s'était notablement renforcée au XIXe s. Le renversement des flux migratoires date de l'après-guerre : la liquidation de l'héritage colonial, puis les besoins croissants en main-d'œuvre (industrie et transports) ont entraîné la venue de nombreux migrants depuis l'Asie du Sud-Est, le Suriname (ex-Guyane hollandaise), la Turquie, le Maroc… Les entrées diminuèrent fortement après le premier choc pétrolier (1973) et l'indépendance du Suriname (1975), mais le regroupement familial et l'accueil des réfugiés politiques – de plus en plus réticent depuis les années 1990 – maintiennent un solde positif. Le taux relativement faible d'étrangers (environ 4 % de la population totale) ne doit pas faire oublier qu'une part importante des habitants d'origine étrangère possède la nationalité néerlandaise.

   

Les Pays-Bas sont un pays très densément peuplé (461 hab./km2) et fortement urbanisé (près de 90 % de citadins). La population est inégalement répartie : 40 % des Néerlandais sont regroupés dans les provinces de l'Ouest, principalement à l'intérieur d'une conurbation, la Randstad Holland, qui inclut les quatre plus grandes villes (Amsterdam, La Haye, Rotterdam et Utrecht). C'est dans cette région que l'immigration étrangère est la plus importante et que les contrastes sociaux sont les plus marqués. Les densités décroissent progressivement vers la périphérie, où l'on trouve des provinces de tonalité plus rurale (Groningue, Frise, Drenthe, Zélande), qui comptent cependant encore plus de 150 hab./km2.

Une économie ouverte

Petit pays, au marché intérieur étroit, les Pays-Bas demeurent une nation commerçante largement ouverte sur l'économie mondiale (surtout européenne) et qui exporte environ 40 % de sa production. La tertiarisation de l'économie y est très poussée : l'agriculture n'emploie plus que 4 % de la population active, tandis que l'industrie régresse elle aussi (23 %), au profit d'un secteur tertiaire de plus en plus dominant (73 %).

   L'état actuel de l'économie néerlandaise reflète à la fois les progrès accomplis depuis 1945 et la fragilité d'une situation de dépendance vis-à-vis de l'extérieur. Malgré le gaz naturel de Groningue et les avantages de l'intégration européenne, l'élévation du revenu par habitant et la qualité de la protection sociale auraient pu être remises en cause par la récession du milieu des années 1970. De fait, les Pays-Bas ont connu une période de doute, marquée par les difficultés à maintenir une industrie performante. Au début des années 2000, le pronostic apparaît beaucoup plus favorable. Le pays a renoué avec la croissance (4,5 % estimés pour 2000) et le chômage diminue (3,3 % en 2000). Mais le gouvernement doit veiller au maintien d'une compétitivité, qui dépend de la géographie des flux en Europe et de la capacité des Néerlandais à préserver leurs parts de marché (pour l'industrie mais aussi, de plus en plus, pour les services) face aux grandes puissances. Les atouts résident dans la situation stratégique de l'ouest des Pays-Bas et dans la qualité des infrastructures urbaines dans les grandes villes. On comprend ainsi qu'une répartition plus équilibrée des activités à l'intérieur du pays ne soit plus aujourd'hui la priorité de l'aménagement du territoire. Mais, entre cette logique économique et les nécessités de la préservation de l'environnement, les arbitrages seront de plus en plus difficiles.

L'agriculture

L'agriculture néerlandaise, très intensive, est un bon exemple d'adaptation à des conditions naturelles peu favorables et à l'exiguïté d'un territoire où la poldérisation ne suffit plus à compenser les empiétements de l'industrie et des villes. L'image « agraire » des Pays-Bas correspond à un passé révolu, mais les produits agricoles conservent une place notable dans les exportations, grâce à la promotion de l'élevage et de l'horticulture, mais aussi à la modernisation des structures de production et, surtout, de commercialisation. Les gains de terres dus à la poldérisation ont été si spectaculaires qu'ils ont quelque peu masqué une évolution plus profonde vers des spécialisations qui convenaient mieux à des exploitations de petite taille qu'une céréaliculture grosse consommatrice d'espace. L'élevage laitier en est un exemple, ainsi que, plus récemment, celui des porcs et des volailles. L'horticulture sous serre ou de plein champ reste assez fortement concentrée dans l'Ouest mais a diversifié ses productions fruitières, légumières et florales. L'enseignement et la recherche agronomique sont très développés, ainsi que l'organisation coopérative (principalement au stade de la commercialisation), l'industrie agroalimentaire et la prospection des marchés étrangers. La branche agroalimentaire fournit, pour sa part, plus de 20 % des exportations et contribue de façon décisive à l'excédent de la balance commerciale. En comparaison, la pêche maritime fait figure de parent pauvre, malgré le rôle qu'elle joua jadis dans le développement d'Amsterdam.

L'industrie

L'industrie néerlandaise est relativement récente (fin du XIXe s.). Il ne reste en effet aujourd'hui que peu de traces des activités qui étaient florissantes au Siècle d'or : le textile et la construction navale, notamment, ont connu un net déclin. La révolution industrielle a tardé à s'implanter, en raison d'une orientation essentiellement commerciale de l'économie. Le réseau ferré s'est mis en place très lentement et le gisement houiller du Limbourg ne fut véritablement exploité qu'au début du XXe s. Une sidérurgie « sur l'eau » fut implantée à IJmuiden en 1917, avec l'aide du gouvernement, mais ce sont l'électricité et le pétrole qui ont fait entrer les Pays-Bas parmi les nations industrielles, avec deux branches fortes : les constructions électriques (Philips) et la chimie (Shell, notamment).

   Après la Seconde Guerre mondiale, la découverte d'un très important gisement de gaz naturel dans la région de Groningue permit de limiter la dépendance énergétique des Pays-Bas et fournit les ressources nécessaires à l'État pour financer une politique d'industrialisation ; elle accéléra par ailleurs la désaffection vis-à-vis du charbon (les mines du Limbourg fermèrent dès 1975). L'importation et le raffinage du pétrole restent l'un des points forts de l'économie néerlandaise, avec, comme principal foyer, le port de Rotterdam. Après la guerre, le gouvernement encouragea la diffusion de l'industrie dans les régions périphériques, le Nord en particulier, à l'exception des aires industrialo-portuaires. Les provinces de l'Ouest perdirent alors une grande partie de leurs activités de fabrication. Mais, progressivement, la désindustrialisation s'étendit à l'ensemble du territoire, notamment après la crise du milieu des années 1970. Les grandes firmes néerlandaises entreprirent de développer leurs investissements à l'étranger tout en réduisant leurs effectifs aux Pays-Bas. Certaines d'entre elles disparurent, comme DAF (automobile), absorbée par Volvo, ou Fokker (aéronautique), mise en liquidation. La situation n'est cependant pas catastrophique : si les activités de production continuent à régresser aux Pays-Bas, les autres secteurs (recherche, mercatique…), qui emploient une main-d'œuvre qualifiée, y restent solidement implantés. Cela n'exclut pas une certaine fragilité, commune aux petits États, pour qui le maintien des exportations industrielles est vital, en raison d'un marché intérieur restreint, et qui sont condamnés à trouver des créneaux porteurs dans une économie mondiale dominée par les grandes puissances. Dans cette compétition, les Pays-Bas disposent de certains atouts, en particulier une bonne situation géographique, la présence du plus grand port mondial (l'ensemble portuaire Rotterdam-Europoort), des secteurs industriels spécialisés (constructions électriques et électroniques, agroalimentaire, chimie), une main-d'œuvre de qualité et un bon équipement en services aux entreprises. La production de gaz naturel (6e rang mondial) couvre la moitié de la consommation intérieure totale et permet des exportations vers la Belgique, la France et l'Allemagne.

Secteur tertiaire et commerce extérieur

Le commerce, la finance et les transports occupent une place prédominante parmi les activités de service. La concentration portuaire a profité à Rotterdam (le trafic est environ de 380 millions de tonnes par an), accessible aux plus gros navires, et, dans une moindre mesure, à Amsterdam-IJmuiden. Le transit rhénan est en diminution relative par rapport à l'entre-deux-guerres et emprunte moins la voie fluviale. Pour améliorer l'accessibilité terrestre du port sans trop accroître le trafic autoroutier, les Pays-Bas ont entrepris la construction d'une nouvelle voie ferrée réservée aux marchandises entre Rotterdam et l'Allemagne. L'autre fleuron de la « plate-forme logistique » hollandaise est l'aéroport de Schiphol, dont l'extension est en cours, malgré l'entorse faite à la protection des espaces ouverts dans l'ouest des Pays-Bas. Si la flotte marchande néerlandaise a fortement décliné, les Néerlandais occupent des positions internationales très fortes dans la batellerie intérieure et le trafic routier, l'intégration à l'Europe ne pouvant que favoriser l'essor de ces branches. Les principaux partenaires commerciaux des Pays-Bas sont les pays de l'Union européenne (Allemagne et Belgique en tête). La balance commerciale et la balance des paiements courants sont excédentaires, mais leur importance rend le pays tributaire du marché mondial, vulnérabilité qui constitue, avec le chômage, le souci économique majeur du pays.

   Les Pays-Bas tiennent également une place importante, en Europe, pour ce qui est des activités financières et des services aux entreprises. Les premières sont issues du commerce et remontent au XVIIe s., avec, pour centre principal, Amsterdam. La concentration actuelle y a été tardive mais rapide et s'est accompagnée d'une forte internationalisation (groupe ING, Robeco, ABN-AMRO). La Bourse d'Amsterdam a plus de difficultés à maintenir ses positions face aux grandes places européennes. En matière de services marchands, les Pays-Bas ont conservé des spécialisations anciennes (agronomie tropicale, poldérisation, travaux hydrauliques et portuaires) mais aussi considérablement élargi leurs activités (courtage, mercatique, ingénierie, cabinets de conseil), lesquelles sont concentrées dans l'ouest du pays. Quant à l'administration publique nationale, elle est localisée surtout à La Haye, siège du gouvernement.

   La balance touristique des Pays-Bas est déficitaire, comme généralement en Europe du Nord. Alors que les Néerlandais vont de plus en plus passer leurs vacances d'été et d'hiver à l'étranger, les Pays-Bas accueillent surtout un tourisme de passage (villes d'art, champs de fleurs, littoral…), mais aussi un tourisme de séjour estival, où se côtoient Néerlandais et Allemands.

HISTOIRE

De 1830 à 1945

L'indépendance de la Belgique, proclamée le 4 octobre 1830, brise l'union entre les deux parties des anciens Pays-Bas. Le roi Guillaume Ier ne reconnaîtra l'état de fait qu'en 1839 et abdiquera peu après le règlement final de l'affaire belge (1840). Ce monarque avait patronné de nombreux travaux d'assèchement, amélioré les communications, sans craindre les innovations (chemin de fer d'Amsterdam à Haarlem, inauguré en 1839). Il avait encouragé l'industrie du pays et présidé à la réinstallation des Néerlandais en Indonésie. Les bénéfices réalisés par le gouvernement et par la Compagnie néerlandaise de commerce, que le roi avait fondée en 1824 pour les transports d'État en Indonésie, avaient résorbé une partie de la dette publique et financé les travaux publics.

   L'opinion publique aux Pays-Bas s'est éveillée avec la révolte belge, et, pour s'opposer au régime contre-révolutionnaire de Guillaume Ier, s'est créé un parti libéral avec Van Hogendorp et Thorbecke. Dans les milieux conservateurs, le Réveil calviniste provoque la formation d'un nouveau parti, dit « antirévolutionnaire », dont le chef est Groen Van Prinsterer.

   

Mais les mauvaises récoltes de 1845 à 1848 provoquent une grande misère dans les classes populaires ; aussi la menace d'émeutes à Amsterdam décide-t-elle le roi Guillaume II (1840-1849) à réunir une commission, animée par le chef des libéraux, Thorbecke, pour modifier la Constitution. Elle établit la responsabilité ministérielle, le contrôle du budget par le Parlement, et un mode de suffrage censitaire pour les deux chambres (1848). En 1849, Guillaume III (1849-1890) appelle Thorbecke au gouvernement. Celui-ci présidera trois gouvernements (1849-1853 ; 1862-1866 ; 1871-1872), en alternance avec les conservateurs. Cette période est occupée par deux questions principales.

   La question religieuse est posée par la reconstitution de la hiérarchie catholique aux Pays-Bas, avec le consentement de Thorbecke. Dès lors, les catholiques, solidement encadrés par leurs évêques, font de grands progrès et apparaissent dans l'arène politique. Ils font cause commune avec les libéraux jusqu'en 1864. La condamnation des idées modernes par Pie IX interrompt cette collaboration et amène la formation d'un parti catholique romain, qui se rapproche des protestants sur la question scolaire.

   La question scolaire rend possible une coalition gouvernementale (1887-1891) entre les calvinistes antirévolutionnaires et les catholiques, également partisans d'écoles confessionnelles à la charge de l'État et également hostiles à la neutralité de l'enseignement primaire organisé par l'État (loi de 1806), et dont sont partisans les libéraux. La loi de 1806 est modifiée de nombreuses fois au XIXe s. (1857, 1878, 1889), mais le principe d'une égale participation de l'État à toutes les écoles, confessionnelles ou non, ne sera admis qu'en 1920 (loi de Visser).

   À la fin du XIXe s., les Pays-Bas ont retrouvé une position commerciale de premier plan. Amsterdam s'est spécialisée dans le commerce colonial ; Rotterdam profite de l'ouverture de la navigation rhénane et du développement de la Ruhr. Malheureusement, l'agriculture, dépourvue de protection douanière, n'a pu résister à la concurrence des États-Unis et de la Russie, qui déversent en Europe leurs énormes surplus de blé, et doit être reconvertie à l'élevage et aux cultures industrielles, avec le soutien des coopératives et des écoles agricoles ; quant à l'industrie, elle reste traditionnelle.

   Vers 1880, un pasteur luthérien influencé par le marxisme, Domela Nieuwenhuis, lance l'idée de la démocratie sociale. En 1894, Troelstra fonde un parti socialiste ; l'action syndicale se développe parallèlement, malgré les divisions religieuses, et incite même les libéraux à adopter, entre 1867 et 1901, des mesures sociales, avant que ne se forme, à la suite des élections de 1901, le premier ministère Kuyper, unissant les partis religieux. Mais, au rythme des élections, les partis se multiplient, se fractionnent tellement qu'après celles de 1913, la reine Wilhelmine (1890-1948) doit former un gouvernement extraparlementaire (Cort Van der Linden, 1913-1918), qui maintient la neutralité néerlandaise pendant la Première Guerre mondiale. Les institutions politiques sont démocratisées : suffrage universel (1917), suffrage féminin (1918) ; le principe de l'égalité absolue entre enseignement d'État et enseignement privé est même adopté. Aussi, après une tentative de révolution socialo-communiste, due en partie à la misère consécutive à la guerre et menée par Troelstra (1918), un gouvernement de coalition catholique romain et chrétien historique, conduit pour la première fois par un catholique, Ruys de Beerenbrouck, est-il constitué. Fragile, la coalition se maintient jusqu'au vote par le Parlement d'une motion visant à la rupture des relations diplomatiques avec le Vatican (1925). Un gouvernement extraparlementaire dirigé par Dirk Jan De Geer doit alors être formé (1926-1929). Celui-ci, ainsi que Ruys de Beerenbrouck (président du Conseil de 1929 à 1933) et H. Colijn (calviniste antirévolutionnaire) [président du Conseil de 1925 à 1926 et de 1933 à 1939] ont à se préoccuper de la situation économique (crises de 1921 et 1929), de la législation sociale, de la condition des marins. En Indonésie, le mouvement nationaliste se développe.

   Le national-socialisme de Hitler revendique le peuple néerlandais comme un rameau de la race germanique. Il a peu de succès. Le parti nazi d'A. Mussert perd la moitié de ses voix entre les élections de 1933 et celles de 1937. Il est vrai que les Pays-Bas, ayant accueilli de nombreux réfugiés politiques et des Juifs chassés d'Allemagne, peuvent se faire une idée juste du régime hitlérien. Le 10 mai 1940 au matin, les chars d'assaut allemands franchissent la frontière et forcent les lignes de défense. Le bombardement de Rotterdam (14 mai) convainc le général en chef hollandais de l'inutilité de la résistance. La reine Wilhelmine, sa famille, le gouvernement se réfugient en Angleterre, où ils continuent la guerre avec l'aide des navires marchands néerlandais, essentiels pour les convois alliés. En décembre 1941, l'invasion japonaise déferle à son tour sur l'Indonésie.

   Les Pays-Bas, d'abord placés sous la coupe d'un commissaire du Reich, l'Autrichien Seyss-Inquart, puis du gauleiter Mussert, subissent une lourde occupation : réquisitions, ponction économique et financière, surveillance policière, persécution contre les Juifs… Ceux-ci, très nombreux à Amsterdam, sont rassemblés au camp de Westerbork, dans la Drenthe, et conduit à Auschwitz ; il y a 100 000 victimes. Le peuple néerlandais proteste par des grèves (février 1941, avril-mai 1943) et par des coups de main audacieux. La libération, espérée à l'automne 1944 (grève générale des chemins de fer, tentative d'invasion aéroportée par les Alliés au-delà d'Arnhem), a lieu au printemps 1945 (capitulation des armées allemandes le 5 mai à Wageningen).

De la libération au premier choc pétrolier

Après la guerre, le gouvernement néerlandais liquide les séquelles de l'Occupation : jugement de Mussert et des autres collaborateurs, assainissement des finances (œuvre du ministre Lieftinck), remise en ordre de l'économie (récupération des terres inondées, dégagement des ports). En 1948, la reine Wilhelmine abdique en faveur de sa fille, la reine Juliana. L'Indonésie obtient son indépendance en 1949, après trois ans de combats entrecoupés de négociations. Les Pays-Bas, l'Indonésie, les Antilles néerlandaises et Suriname forment alors une Union, dont l'Indonésie se retirera en 1956. En revanche, en décembre 1954, Suriname et les Antilles sont intégrés au royaume des Pays-Bas, avec égalité de droits. Suriname deviendra indépendant en 1975.

   Privés du commerce colonial, les Pays-Bas opèrent une révolution économique, en développant principalement leur industrie et leur secteur tertiaire. Rotterdam prend la tête des ports européens et le deuxième rang mondial. L'agriculture est florissante ; la poldérisation du Zuiderzee s'achève. Le plan Delta, concernant les estuaires de la Meuse et du Rhin, est mis en place : il sera terminé en 1986.

   Les Pays-Bas recherchent avec leurs voisins la coopération économique (Benelux, 1948 ; Communauté européenne du charbon et de l'acier, 1953 ; Marché commun, 1957) et militaire (Organisation du traité de l'Atlantique Nord, 1949).

   En 1963, le ministre des Affaires étrangères, Joseph Luns, normalise les relations avec l'Indonésie et fait approuver par la Chambre un traité germano-néerlandais portant sur les réparations dues par l'Allemagne au titre de la guerre et de l'Occupation. Les années 1960 et le début des années 1970 connaissent de multiples crises politiques, en raison de la multiplicité des partis, favorisée par le scrutin proportionnel. Mais un certain consensus atténue les conflits ; les deux partis politiques les plus importants : parti du Travail (socialiste), et parti populaire catholique, alternent à la tête de gouvernements de coalition. Jusqu'au début des années 1970, le niveau de vie augmente considérablement et les Néerlandais envisagent l'avenir avec optimisme. Une contestation extra-parlementaire se développe cependant dans la jeunesse : « Provos » puis « Kabouters » (Farfadets) ; elle connaît son apogée avec le mouvement des squatters, notamment à Amsterdam. Le contexte économique reste favorable jusqu'en 1973, année du premier choc pétrolier, très durement ressenti aux Pays-Bas en raison de l'embargo décidé par les pays arabes (octobre 1973-juillet 1974) et de la nationalisation par l'Iraq des avoirs néerlandais de la Shell.

Incertitudes politiques et reprise économique

Après 1973, l'instabilité gouvernementale chronique se renforce du malaise social croissant et des manifestations des mouvements pacifistes. Le 30 avril 1980, la reine Juliana a abdiqué en faveur de sa fille aînée Beatrix. À la suite des élections anticipées de septembre 1982, un gouvernement de centre droit se constitue sous la direction de Ruud Lubbers (chrétien-démocrate). Celui-ci reste au pouvoir jusqu'en 1994, mais avec une nouvelle coalition après les élections anticipées de 1989 : les libéraux sont remplacés par les socialistes. Ce changement modifie peu la politique gouvernementale, fondée sur les restrictions budgétaires et le rétablissement de la compétitivité de l'économie. L'influence dominante des chrétiens-démocrates est aussi visible dans la prise de position très proaméricaine adoptée par les Pays-Bas dans la guerre du Golfe (1990-1991).

   Mais l'usure du pouvoir se fait sentir. Aux élections de 1994, les chrétiens-démocrates (Appel chrétien-démocrate, C.D.A.) et, dans une moindre mesure, les socialistes connaissent un recul. Le C.D.A. optant pour une « cure d'opposition », les socialistes se retrouvent en position clé pour la formation du nouveau gouvernement ; ils s'allient à Démocratie 66 (D66, centre gauche) et aux libéraux (V.V.D.), malgré les profondes divergences qui les opposent à ces derniers en matière politique et sociale. Pour la première fois dans l'histoire contemporaine des Pays-Bas, les chrétiens-démocrates ne sont pas associés au pouvoir.

   Le gouvernement Wim Kok connaît des premières années délicates, car il est tiraillé entre les priorités divergentes des socialistes – qui ne veulent pas démanteler trop vite une protection sociale très avancé – et des libéraux – qui plaident pour la déréglementation et la baisse des impôts. La préparation de chaque budget entraîne des négociations tendues, où la coalition paraît parfois au bord de la rupture. Mais l'amélioration de la situation économique des Pays-Bas donne au gouvernement les marges de manœuvre dont il avait besoin. L'accélération de la croissance et la baisse du chômage font parler de « miracle hollandais » et de « modèle des polders » dans une Europe qui continue à connaître de grosses difficultés. Qu'il s'agisse d'une conjoncture favorable, des dividendes des politiques suivies depuis les années 1980 ou d'une exceptionnelle adaptabilité de l'économie néerlandaise, le redressement est porté au crédit du gouvernement. Aux élections de mai 1998, les partis de la coalition (sauf D66) accroissent leur représentation au Parlement, tandis que le C.D.A. subit un nouvel échec. Wim Kok est reconduit comme Premier ministre.

   En décembre 2001, il abandonne la présidence du PvdA et annonce son retrait de la vie politique à la fin de la législature. Mais, après la publication, en avril 2002, d'un rapport officiel dénonçant l'impuissance des Casques bleus néerlandais à prévenir en 1995 le massacre des musulmans bosniaques de Srebrenica, il reconnaît la « coresponsabilité » des Pays-Bas dans cette tragédie et présente la démission de son gouvernement un mois avant le terme de son mandat.

Le temps des doutes

Dans les années 1990, la bonne situation économique contraste avec la morosité de l'opinion. Une part croissante des Néerlandais remettent en cause les dogmes de la période antérieure : générosité des aides sociales, accueil des étrangers, ouverture européenne. Un courant « populiste » et xénophobe se développe, qui atteindra son point culminant aux élections législatives de mai 2002 (17 % des voix et 26 sièges sur 150), malgré l'assassinat de son chef, Pim Fortuyn, pendant la campagne. Cette irruption de la violence dans la vie politique provoque une émotion très vive dans la population et constitue un choc pour la démocratie néerlandaise. Le PvdA subit une défaite historique, ne conservant que 23 sièges (contre 45 dans la Chambre précédente). Les autres membres de la « coalition violette », les libéraux réformateurs de D66 et les libéraux du V.V.D., sont également sanctionnés par les électeurs. Le leader du C.D.A., Jan Peter Balkenende, est nommé Premier ministre (juillet) ; il forme un gouvernement de coalition d'une configuration inédite (et très marqué à droite) rassemblant, autour des chrétiens-démocrates, des libéraux du V.V.D. et des membres de la liste Pim Fortuyn. Mais cette coalition se brise au bout de trois mois en raison des divisions de l'extrême droite. Des élections anticipées sont organisées en janvier 2003 à l'issue desquelles le PvdA retrouve son audience (27 % des voix), tandis que la liste Pim Fortuyn s'écroule en perdant 18 des 26 sièges qu'elle avait obtenus. J.-P. Balkenende forme alors son deuxième gouvernement de coalition (C.D.A., V.V.D. et D66). Toutefois, en dépit de cette régression de l'extrême droite, les relations avec les communautés immigrées se tendent à la suite de l'assassinat par un islamiste du cinéaste Theo Van Gogh, auteur d'un film controversé sur le statut de la femme dans l'islam (novembre 2004). Les réticences à l'égard de la construction européenne, au nom de l'identité néerlandaise, se renforcent également, aboutissant à un net rejet de la Constitution européenne lors du référendum de juin 2005 (63 % des voix), malgré les prises de position favorables au « oui » des principaux partis politiques.

Une désaffection à l'égard des forces politiques traditionnelles

Les Pays-Bas sont habituellement gouvernés par une coalition de deux des trois familles politiques classiques : sociaux-démocrates (PvdA, parti du Travail), libéraux (V.V.D.), chrétiens-démocrates (C.D.A.). Ces derniers, qui ont la particularité d'avoir été longtemps divisés entre protestants et catholiques, participent à la plupart des gouvernements et détiennent souvent le poste de Premier ministre. La représentation proportionnelle a permis l'existence de nombreux petits partis, mais jusqu'à une époque récente, ils n'avaient pas mis en péril la suprématie des formations traditionnelles. Le courant écologiste, très puissant aux Pays-Bas, n'a que très partiellement investi la sphère politique – l'extrême gauche en l'occurrence, avec la Gauche Verte (GroenLinks, 7 députés en 2006), née en 1990 de l'alliance de quatre formations marginales dont le parti communiste des Pays-Bas. On notera aussi la persistance de petits partis protestants, dont deux d'entre eux ont fusionné en 2003 dans l'Union chrétienne (Christen Unie) et servi d'appoint au C.D.A. et au PvdA dans le quatrième gouvernement Balkenende formé en 2007, à l'issue de nouvelles élections législatives anticipées en novembre 2006. 

   La contestation est d'abord venue de la droite, avec l'émergence soudaine d'un courant populiste, alors que l'extrême droite n'avait jamais réussi à percer aux Pays-Bas. Après s'être exprimé avec fracas en 2002, ce vote protestataire s'est stabilisé autour de 6 % à partir de l'année suivante. Représentée depuis 2006 par neuf députés, cette mouvance s'est restructurée autour du parti de la Liberté, fondé en 2004 par Geert Wilders, un transfuge du V.V.D., qui a fait du contrôle de l'immigration, dans des discours fortement islamophobes, le principal thème de ses campagnes électorales. En revanche, plus récemment, le parti du Travail, affaibli par sa participation gouvernementale et par son approbation de la Constitution européenne, a été contesté sur sa gauche : progressant régulièrement depuis la fin des années 1990, alors qu'il oscillait auparavant autour de 2 % des suffrages, le « parti socialiste » (S.P.) s'est affirmé aux élections de 2006 comme la troisième force politique du pays en obtenant environ 16 % des voix et 25 sièges. L'opinion apparaît aujourd'hui plus versatile, ce qui reflète un certain mal-être, d'origine plus psycho-sociologique qu'économique.

   Comme en France, le gouvernement n'a pas pris le risque de faire ratifier par référendum le traité simplifié qui a été substitué à la Constitution européenne mais a prévu des discussions et des débats avec la population afin de justifier la décision finale, alors que les sondages donnaient une opinion toujours très défavorable à cette ratification effective en juillet 2008 après le vote des deux chambres. En juin 2009, les élections européennes – qui ne mobilisent que 36,9 % des électeurs contre 39,2 % en 2004 – sont marquées par la forte percée du P.V.V. de G. Wilders, qui obtient 17 % des suffrages et 4 députés, talonnant le C.D.A. qui recule de 24,4 % à 19,9 % des voix. Avec seulement 12,1 % des suffrages contre 23,6 % en 2004, les sociaux-démocrates connaissent une défaite cuisante. Se maintenant à 7 % des voix, le S.P. reste très en deçà de son score national à la différence des libéraux réformateurs de D 66 qui progressent de 4,2 % à 11,3 % des suffrages.

   En février 2010, les chrétiens démocrates et les sociaux-démocrates ne parvenant pas à s'entendre sur la date de retrait des troupes néerlandaises en Afghanistan – 1 950 hommes basés pour l'essentiel dans la province d'Uruzgan dans le centre du pays –, le Premier ministre présente la démission de son gouvernement. Un cabinet chargé des affaires courantes est formé dans l'attente d'élections législatives anticipées en juin alors que les élections municipales du 3 mars – marquées par une abstention en hausse – confirment le succès du parti d'extrême droite qui vient en tête à Almere avec 21,6 % des voix et en seconde position à La Haye (16,9 %), les deux seules villes où il s'est présenté. En dehors des formations indépendantes purement locales (21 % des suffrages contre 17 % en 2006), les grands gagnants du scrutin sont toutefois les libéraux du V.V.D. et de D 66 qui renforcent leur implantation dans l'ensemble du pays tandis que reculent les deux grands partis de la coalition au pouvoir, en particulier le PvdA qui perd plus de 600 sièges.

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