En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

spartakisme

Clara Zetkin
Clara Zetkin

Courant politique révolutionnaire né en Allemagne au cours de la Première Guerre mondiale, créé par Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg, Franz Mehring, Clara Zetkin, autour d'un journal qui paraît à partir de septembre 1916, Spartakus.

1. Naissance du mouvement

1.1. L'opposition à la guerre

Le mouvement qui, plus tard, s'appellera « spartakisme » naît en Allemagne en août 1914. Lors de la déclaration de guerre, les dirigeants du parti social-démocrate (SPD), une organisation forte de quelque quatre millions d'adhérents, renoncent à leur politique internationaliste et acceptent l'union sacrée. Leurs parlementaires, y compris Karl Liebknecht, votent les crédits de guerre le 4 août. Les internationalistes doivent donc organiser leur propre action contre la guerre en dehors du SPD, donnant ainsi naissance au spartakisme.

En votant les crédits de guerre, les parlementaires du SPD désavouent les résolutions des congrès de la IIe Internationale, à laquelle leur parti est pourtant affilié, congrès tenus à Stuttgart (1907), Copenhague (1910) et Bâle (1912).

Seuls quelques militants du parti, dont Rosa Luxemburg, Clara Zetkin et Franz Mehring, refusent de suivre les dirigeants ; ils sont bientôt rejoints par Liebknecht, qui, dès septembre 1914, reconnaît avoir eu tort de se plier à la discipline du parti et de voter pour la guerre. Liebknecht est exclu du SPD dès janvier 1915 et lance en mai suivant le mot d'ordre « Le principal ennemi est à l'intérieur de notre propre pays ». Peu à peu, d'autres parlementaires du SPD refusent de voter les crédits de guerre et sont exclus du parti au cours de l'année 1916. L'année suivante, les sections locales opposées à la direction du SPD sont elles aussi exclues.

1.2. Mettre fin à la guerre par la révolution

Les opposants à la guerre cherchent à s'organiser malgré les nombreuses difficultés, dues notamment aux longues périodes d'emprisonnement des dirigeants. Rosa Luxemburg est incarcérée à plusieurs reprises durant la guerre, une première fois en janvier 1915, tandis que Liebknecht est arrêté le 1er mai 1916 alors que, en uniforme, il distribue des tracts pacifistes à Berlin.

Les opposants se font d'abord connaître par l'intermédiaire de leur journal, Die Internationale, dont le seul et unique numéro paraît en avril 1915. La première conférence du groupe Die Internationale a lieu en janvier 1916, et adopte les thèses de Rosa Luxemburg, alors en prison, qui prône la transformation de la guerre impérialiste en guerre révolutionnaire.

Par la suite, le groupe publie un bulletin intitulé Politische Briefe (« lettres politiques »), dont certains articles sont signés du nom du célèbre esclave romain Spartacus ; le bulletin change son nom en septembre 1916 en Spartakusbriefe (« lettres de Spartakus »). Le groupe envoie deux délégués à la conférence socialiste de Zimmerwald, du 5 au 8 septembre 1915, dont est issue une première forme d'organisation internationale contre la guerre.

2. La fondation du parti communiste (novembre-décembre 1918)

2.1. Au sein du parti social-démocrate indépendant d'Allemagne

L'initiative de la fondation d'un nouveau parti revient aux parlementaires exclus du SPD pour avoir refusé de voter les crédits de guerre. Ils se regroupent au sein du parti social-démocrate indépendant d'Allemagne (Unabhängige Sozialdemokratische Partei Deutschlands, USPD), auquel adhère le groupe Spartakus – non sans que cette adhésion suscite une opposition interne chez les spartakistes, certains y étant hostiles. Spartakus ne suit pas la ligne défendue par l'USPD ; lorsque la république est proclamée en Allemagne, le 9 novembre 1918, les spartakistes refusent de participer au gouvernement du social-démocrate Ebert.

Le 11 novembre, ils s'organisent en Spartakusbund (« ligue Spartakus ») et se dotent d'un quotidien, Die Rote Fahne (Le Drapeau rouge), qu'ils tentent d'installer dans les locaux du journal Berliner Lokal Anzeiger ; ils en sont presque aussitôt expulsés.

2.2. L'action des masses contre le parlementarisme

Sous la houlette de Rosa Luxemburg, ils voient dans la force populaire le vrai moteur de la révolution, et ils combattent tant l'armée que le gouvernement SPD en s'appuyant sur les ouvriers et les soldats de retour du front, notamment les marins. Ils préconisent la création de conseils ouvriers et de soldats, seuls représentants authentiques du peuple. À leur appel, d'immenses manifestations se déroulent dans Berlin, comme celle du 25 décembre – le « Noël sanglant », au cours duquel ouvriers et marins affrontent des éléments de l'armée fidèles au gouvernement.

Les spartakistes décident de quitter l'USPD, dont le parlementarisme est en opposition complète avec leur ligne, puis se réunissent en congrès du 28 décembre 1918 au 1er janvier 1919. C'est alors qu'avec le soutien de divers groupes, comme les communistes de Brême publiant le journal Arbeiterpolitik et les Revolutionäre Obleute – les « Délégués révolutionnaires », une organisation syndicale puissamment implantée à Berlin – est fondé le parti communiste d'Allemagne (Spartakus) ou KPD selon son sigle allemand.

3. L’échec de la « Commune de Berlin » (1918-1919)

3.1. L'extension du mouvement

Les marins se sont mutinés à Kiel dès le 3 novembre 1918 – ils refusent de tenter une nouvelle sortie ainsi que le leur demandent leurs officiers –, et cherchent à rallier toute l'Allemagne en se rendant dans les principaux ports et villes du pays. L'extension de leur mouvement d'indiscipline, malgré la répression, est la cause directe de la proclamation de la république, le 9 novembre, ce qui débouche sur l'armistice, le surlendemain.

La situation politique intérieure de l'Allemagne, une fois la Grande Guerre achevée, n'est cependant toujours pas stabilisée, le gouvernement ne pouvant compter que sur l'appui d'une partie de l'armée, celle qui s'était montrée la moins réceptive aux idées pacifistes ou révolutionnaires. Dans ces conditions, la prise du pouvoir par la force semble à beaucoup de communistes un objectif possible.

3.2. La révolte spartakiste

Le signal de la révolte spartakiste est donné dans les premiers jours de janvier 1919. Le gouvernement social-démocrate cherche à destituer le préfet de Berlin, Eichhorn, un membre de l'USPD jugé trop favorable aux spartakistes. Le préfet est destitué le 4 janvier, et les révolutionnaires occupent aussitôt divers bâtiments administratifs ainsi que les locaux du Vorwärts (« En avant »), le journal du SPD.

Le 5 janvier, un comité révolutionnaire, comprenant Liebknecht, Ledebour et le dirigeant des Délégués révolutionnaires, Paul Scholze, déclare déposer le gouvernement et en assumer provisoirement les fonctions. Cependant, ce comité est chassé par les marins chez lesquels il pensait s'abriter, et par la suite, il choisit majoritairement de négocier avec le gouvernement, contre, semble-t-il, la majorité des spartakistes eux-mêmes.

3.3. Une sanglante répression

Le 10 janvier, le social-démocrate Gustav Noske, fort du soutien des militaires loyalistes, lance la contre-offensive dans Berlin, maîtrisant les garnisons rebelles, arrêtant Ledebour dans la nuit du 10 au 11, puis Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg le 15 – les deux dirigeants spartakistes sont aussitôt assassinés.

La « Commune de Berlin » s'achève, tandis que les Freikorps (« corps francs ») qui ont mené la répression se livrent à travers toute l'Allemagne à l'assassinat de nombreux dirigeants révolutionnaires. Une nouvelle grève générale lancée à Berlin par les spartakistes est réprimée en mars, et leur principal dirigeant, Leo Jogisches, est assassiné en prison le 10 mars 1919. La dernière expérience de conseils, en Bavière, est écrasée par l'armée en mai 1919.

Les événements se déroulent très rapidement ; les ouvriers et soldats, sur lesquels s'appuient les spartakistes, prêtent crédit aux quelques concessions sociales faites par les dirigeants sociaux-démocrates – journée de travail de huit heures, plan d'aide aux chômeurs, égalité des droits politiques de l'homme et de la femme… – et ne suivent pas les spartakistes, qui voient pour leur part la véritable démocratie socialiste dans l'instauration de conseils.

Pour en savoir plus, voir les articles communisme, histoire de l'Allemagne, marxisme, parti communiste allemand.