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Vienne

en allemand Wien

Vienne
Vienne

Capitale de l'Autriche, sur le Danube.

  • Population : 1 714 227 hab. (recensement de 2011)
  • Nom des habitants : Viennois

Centre administratif, culturel (Université) et commercial, Vienne est de loin la plus grande ville d'Autriche.
Elle possède de nombreux bâtiments remarquables : cathédrale reconstruite aux xive-xvie s. ; nombreux édifices baroques, dus notamment à J. B. Fischer von Erlach et à Hildebrandt ; œuvres de O. Wagner et de J. Hoffmann, nombreux musées, dont le Kunsthistorisches Museum, l'Albertina, le Leopold Museum (importante collection d'œuvres d'Egon Schiele) et le MUMOK (musée d'Art moderne de la Fondation Ludwig) dans le MuseumsQuartier, et le musée du Baroque et la galerie d'Art autrichien des xixe-xxe s. (œuvres de Klimt, Kokoschka et autres artistes de l'école de Vienne) dans les deux palais du Belvédère.
Forteresse romaine à la frontière de la Pannonie, Vienne se développa au Moyen Âge grâce aux Babenberg, puis aux Habsbourg, qui l'acquirent en 1276. Résidence des empereurs du Saint Empire (partiellement après 1438, définitivement à partir de 1611), elle fut assiégée par les Turcs (1529, 1683). De nombreux traités y furent signés, celui de 1738 qui mit fin à la guerre de la Succession de Pologne. Vienne fut au xixe s. l'un des principaux foyers culturels de l'Europe. Après l'effondrement de l'Empire austro-hongrois (1918), elle devint la capitale de la République autrichienne.

GÉOGRAPHIE

1. Situation et site

Vienne s'est développée à un carrefour de voies naturelles qui correspond également à un carrefour géologique. En effet, c'est sur les derniers (ou les premiers) contreforts alpins que s'est installée la ville. Toutefois, les Romains, qui marquèrent de leur empreinte les pays au sud du Danube, avaient d'abord donné la préférence à Carnuntum, un peu plus à l'est de la capitale actuelle. Mais, les Barbares ayant facilement emporté la place, ils préférèrent un site plus facile à défendre. Située sur une petite rivière, la Wien, Vindobona a été implantée sur le dernier bourrelet alpin, avant l'actuel bassin de Vienne. La situation de carrefour était sauvegardée. Les Alpes favorisent, le long du Danube, la circulation longitudinale ; grâce au bassin géologique de Vienne, à la Morava et au couloir de Moravie, Vienne se situe sur la grande route Venise-République tchèque-Allemagne-Scandinavie. L'histoire et la politique, sans doute, expliquent qu'un des plus remarquables carrefours de l'Europe centrale n'ait connu qu'un essor relativement tardif.

Le site n'est pas comparable à celui de Linz ou de Passau, où le passage du fleuve a donné naissance à une ville-pont. À la hauteur de Vienne, le Danube est violent et, jadis, il divaguait au milieu de prairies parsemées d'aulnes. Aussi a-t-on pu dire que Vienne n'est pas située sur le Danube.

Les relations de Vienne avec le Danube, selon les Viennois, sont nonchalantes, un schlampertes Verhältnis. La ville cache le Danube à l'étranger, si bien que celui-ci peut se promener des heures durant à travers l'organisme urbain sans jamais voir le fleuve : rien de comparable à Paris et à Londres, où Seine et Tamise ont été intégrées dans le paysage urbain en donnant naissance à des fronts de fleuve accompagnant le cours d'eau. Le touriste débarquant d'un paquebot danubien sera accueilli par des gazomètres, des installations industrielles, des « casernes d'habitations », des gares de marchandises et les espaces verts destinés à recevoir les eaux du fleuve lors des crues. Avec quelque chance, il apercevra le toit de la cathédrale Saint-Étienne ; les charmes de la ville sont ailleurs. Ce n'est qu'à une date récente que des efforts, gigantesques, ont été faits pour intégrer le fleuve dans l'organisme urbain. La branche principale du fleuve coulait immédiatement aux pieds de l'enceinte urbaine jusqu'au xviiie s. Inondations, difficultés de navigation, marécages, foyers d'infection étaient autant d'obstacles à l'utilisation du fleuve.

2. Les grandes phases du développement urbain

2.1. Du xvie au xixe siècle

Au cours du xvie s., les Habsbourg choisissent Vienne, en raison de sa remarquable situation géographique, comme résidence principale de leurs possessions ; l'urbanisation de la noblesse, gagnant alors l'Europe centrale, accentuera l'essor de la ville. Cet événement se place quatre ans après une première alerte : Soliman le Magnifique, avec une armée de 250 000 hommes, avait essayé, en 1529, de prendre la ville.

La Vienne du xvie s. est encore peu développée ; pendant tout le Moyen Âge elle dépendait, sur le plan religieux, de l'évêché de Passau. Ce n'est qu'en 1469 qu'un évêché y a été créé. La Klosteroffensive (« offensive des cloîtres »), en relation avec la Contre-Réforme, entraîne l'essor des couvents, des abbayes et des autres édifices religieux. De ce fait, la classe bourgeoise, notamment les marchands, voit son importance décliner. Cela se répercutera sur le cadre architectural de la ville : la propriété foncière changera de nature.

La victoire sur les Turcs devant les portes de Vienne en 1683 est un tournant capital dans le développement de la ville. À partir de cette date, l'expansion des Habsbourg dans le sud de l'Europe centrale fait disparaître la crainte d'une occupation turque qui pesait sur Vienne depuis 1529.

La période baroque (1683-1770) est une ère de construction active qui voit doubler la population de la ville. Les maisons gothiques aux façades étroites sont démolies par rues entières. Sur les parcelles remembrées, on construit des palais, des églises, des couvents ou des maisons de rapport. La rénovation du centre entraîne l'expulsion de l'artisanat vers la périphérie. Les faubourgs se développent rapidement, alors que, pendant toute la période des menaces turques, ils ont connu une stagnation permanente. Une nouvelle enceinte, correspondant à l'actuel Gürtel, est édifiée en 1706. Très rapidement, la ville franchit l'enceinte, en direction de l'ouest, avec les faubourgs de Fünfhaus et de Neulerchenfeld.

Vers 1770 débute une autre période d'expansion : l'« ère des manufactures » (Manufakturzeitalter). Elle se terminera vers 1840. De nouvelles couches sociales font leur apparition : entrepreneurs, directeurs de manufactures, banquiers, commerçants en gros et fonctionnaires supérieurs. L'époque des grands palais nobiliaires approche de sa fin. Cette période est caractérisée par des aspects architecturaux plus bourgeois. La crise financière, qui atteint la noblesse, fait que, dans le paysage urbain, les grands édifices administratifs, aux allures sobres, les habitations bourgeoises et les immeubles locatifs se côtoient de plus en plus.

2.2. La période décisive : la seconde moitié du xixe siècle

La seconde moitié du xixe s. voit l'ascension progressive mais rapide de Vienne au niveau d'une métropole mondiale. En 1840, toute l'agglomération viennoise comptait 440 000 habitants ; en 1910, le chiffre de 2 millions est dépassé.

De nouveaux faubourgs se développent à l'extérieur de l'enceinte. Mais près des trois quarts des maisons d'habitation d'avant 1840 sont démolies dans la vieille ville et la première ceinture des faubourgs. Un nouvel exode de population vers la périphérie en est la conséquence directe. À partir de 1857, les autorités font procéder à la démolition des fortifications, ce qui permet d'accroître la circulation par l'intermédiaire du Ring. Une partie des terrains récupérés est occupée par de grandioses bâtiments publics, faisant renaître les splendeurs de l'époque des palais baroques.

Le chemin de fer est amené par des gares terminales à proximité de ce qui a été l'enceinte du xviiie s. La gare du Sud (Südbahnhof) est ouverte en 1841. La gare François-Joseph (Franz-Josef-Bahnhof), à proximité du canal du Danube, est commencée à partir de 1867. Toutefois, c'est la gare du Nord (Nordbahnhof), construite en 1837, qui a été la première gare viennoise. La ligne qui la dessert, la Nordbahn, reliant Deutsch-Wagram à Vienne en passant par Floridsdorf, qui devait en être le principal bénéficiaire sur le plan du démarrage industriel, est une des principales voies menant à Vienne.

L'implantation des voies ferrées et des gares ne s'est pas faite au hasard : l'intention était de faciliter le ravitaillement des casernes et de faire venir rapidement de province des troupes en cas de révolution. En effet, les principales gares étaient couplées avec des complexes militaires (casernes, entrepôts), si bien que la stratégie militaire ne perdait pas ses droits dans l'urbanisme du xixe s. Le développement de l'arsenal, à proximité des gares du Sud et de l'Est, s'explique de la même façon.

Pendant longtemps, l'État fut souverain dans le domaine architectural et urbanistique. La municipalité exerça pour la première fois son influence en 1890, lorsqu'il fallut remplacer le « Linienwall » par une nouvelle ceinture. Jusque-là, ses compétences se limitèrent essentiellement à l'assurance du ravitaillement et au développement du système d'enseignement primaire. Lors des élections de 1895, le parti petit-bourgeois Christlichsoziale Partei conquit la majorité au conseil municipal. Le maire Karl Lueger fut à l'origine du « socialisme municipal », tant admiré en Europe. Il réussit à municipaliser les sociétés, souvent étrangères, qui contrôlaient la production de gaz et d'électricité. En 1903, les entreprises de transports urbains sont municipalisées ; soixante-dix écoles furent édifiées en quinze ans. Des hôpitaux municipaux furent construits dans la partie ouest de la ville (Lainzer Krankenhaus). La municipalité créa et développa les caisses d'épargne, des sociétés d'assurance municipales.

La régularisation du Danube (1869-1875) fut une des grandes réalisations de l'époque. Les crues répétées nécessitèrent de grands travaux. Le fleuve fut installé dans un lit rectiligne qui recoupait la Auenlandschaft, c'est-à-dire toute une zone amphibie de bras et d'îles occupés par l'eau, les prés, les marécages et de petits bois. Le Danube fut accompagné sur la rive gauche d'un ruban de près de 500 m de large servant à recueillir les eaux de crue. En période normale, cette zone donne l'aspect d'espaces verts, mais introduit néanmoins une coupure dans l'espace urbain. La Alte Donau et quelques autres plans d'eau dans la zone du Prater sont les témoins du passage désordonné du fleuve à travers Vienne. La régularisation n'entraîna de construction de quais que sur la rive droite. La construction de la Donauuferbahn permit de relier les bords du fleuve avec les gares urbaines. Ce n'est qu'en 1902 qu'on entreprit, en utilisant un bras abandonné du Danube, de construire un port « d'hiver » à Freudenau (extrémité sud-est du Prater). Le port d'Albern, situé au sud-est du précédent, n'a connu qu'un début de réalisation. La reprise de l'extension est en relation avec la réalisation du canal Main-Danube, qui laisse de grands espoirs à la navigation danubienne. Le port de Lobau a été spécialisé dans le trafic pétrolier. Le développement de la raffinerie de Schwechat est en relation avec ce dernier.

2.3. Le xxe siècle

La troisième grande époque de l'expansion de Vienne fut marquée en 1904 par la traversée du Danube en direction de Floridsdorf. Le passage de la voie ferrée, l'existence d'un pont avaient fait de cette localité la « tête de pont industrielle ». Les projets grandioses d'un canal Danube-Oder formaient l'arrière-plan de la politique d'extension sur la rive gauche. La décennie précédant la Première Guerre mondiale ne suffit pas pour donner aux responsables le temps de réaliser les plans ambitieux. La guerre et le démembrement de l'Empire consécutif à sa défaite laissèrent la rive gauche dans une situation d'inachèvement. Des maisons de rapport de plusieurs étages, implantées aux carrefours, contrastèrent avec l'énormité des surfaces agricoles du Marchfeld.

L'année 1918 marque pour Vienne une coupure beaucoup plus importante que pour les autres capitales européennes. Ancienne métropole d'un empire de plus de 50 millions d'habitants, Vienne ne fut plus, dès lors, que la capitale d'un territoire de 6,5 millions d'habitants. Les bases de l'existence urbaine étaient atteintes dans leur profondeur. D'une position centrale, au sein de l'Empire, la ville se vit repoussée dans une situation périphérique, dans le cadre purement autrichien. En plus, Vienne « la rouge », la socialiste, ne fut pas totalement reconnue par le reste de l'Autriche, plus conservateur. Les problèmes étaient graves, car l'industrie lourde avait été, dans le cadre de l'Empire austro-hongrois, établie en Bohême-Silésie. L'industrie textile viennoise vivait en partie en symbiose avec celle des pays sudètes. La disparition de l'Empire amena celle d'une clientèle de luxe qui avait suscité le développement de nombre d'industries à Vienne.

La chute de la monarchie entraîna une émigration importante. Au moins 340 000 non-Autrichiens, surtout des Tchèques, quittèrent Vienne après 1918. La population tomba de 2 275 000 habitants en 1915 à 1 842 000 en 1919. Le repli sur les territoires purement allemands après 1918 amena une restriction de la zone de recrutement de la population de la ville.

La conception urbanistique changea complètement après 1918. L'administration social-démocrate n'avait plus à affronter le pouvoir impérial. La construction de logements devint le premier problème de la municipalité. C'est uniquement à travers les options socialistes qu'on peut comprendre le développement de Vienne après 1918. La municipalité acheta des terrains afin de limiter la spéculation foncière. De 5 504 ha en 1914, les propriétés foncières municipales passèrent à 6 689 ha en 1926. L'innovation anglaise de cité-jardin fut introduite. Mais on fit appel également à l'idée allemande de coopératives de construction (système Raiffeisen).

L'urbanisme évoluant, on construisit entre les deux guerres des ensembles collectifs comportant des équipements sociaux. Ce fut le type des « Hof », où les jardins intérieurs devaient constituer des aires de calme : Karl-Marx-Hof, Karl-Seitz-Hof et Reumannhof symbolisent l'urbanisme de la Ire République d'Autriche.

La Seconde Guerre mondiale entraîna des destructions importantes. Sur 706 000 logements, 87 000 furent totalement ou partiellement détruits. La reconstruction amena une nouvelle phase dans l'urbanisme viennois.

Entre les deux guerres, la municipalité avait fait construire près de 60 000 logements, ce qui avait amené l'élargissement de la ceinture d'habitations pavillonnaires et des immeubles collectifs. Cette tendance a continué après 1945. À côté de la construction de logements, l'aménagement de « subcentres », avec équipements commerciaux et collectifs, intéresse surtout les zones périphériques, les quartiers du xixe s. ayant souvent leurs rues commerçantes. Le sous-développement commercial était plus aigu sur la rive gauche dans la « Donaustadt » ; mais l'étendue des espaces non bâtis a permis d'y aménager, selon les normes urbanistiques, les équipements nécessaires et souhaitables.

Vienne a retrouvé un rayonnement nouveau : elle est le siège de nombreux organismes internationaux. Depuis 1960, la ville remplit des fonctions internationales importantes. L'ONU-city, complexe achevé en 1979, est le siège de l'Agence internationale de l'énergie atomique et de l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel.

Sur le plan de l'architecture, de l'urbanisme, Vienne est le résultat d'un héritage complexe et de plusieurs idéologies. C'est dans cet esprit qu'il faut comprendre le caractère de chaque quartier.

3. Les activités

L'industrie ne fournit qu'une faible partie du produit intérieur brut de la ville. Parmi les branches les plus importantes, on trouve : l'électrotechnique, la construction de machines, l'alimentation, la métallurgie, la confection, la chimie, la construction de véhicules, le textile, le papier, le bois. Grâce à la raffinerie de Schwechat, l'industrie pétrolière joue un rôle important pour l'approvisionnement de tout le pays. L'aéroport international a un trafic supérieur à 3 millions de passagers.

4. Les différents quartiers de Vienne

Si Vienne, politiquement, correspond à une province autonome, elle est, administrativement, divisée en vingt-trois arrondissements, ou Bezirke. La taille de ces derniers varie considérablement ; elle est fonction des périodes de croissance, c'est-à-dire d'annexion.

L'arrondissement le plus peuplé est le Xe, au sud (Favoriten, Oberlaa, Rothneusiedl, Unterlaa), qui a aussi la plus forte population active industrielle. Suit le IIIe arrondissement, au sud-est du centre-ville, correspondant au quartier de la Landstrasse. Sa situation stratégique sur la route menant vers la Hongrie lui a valu très tôt un rôle décisif. Plus de la moitié des actifs sont employés dans l'industrie, mais le commerce et les services administratifs y sont bien représentés.

Le XVIe arrondissement, ou Ottakring, déborde déjà sur les collines de l'ouest. Il est encore à majorité industrielle. Il est suivi par le IIe arrondissement (Leopoldstadt), à l'est, entre la vieille ville et le Danube. Les grandes gares sont proches, et cela explique la prédominance des actifs industriels. Toutefois, proportionnellement à la population des autres arrondissements, cet arrondissement est un de ceux qui comptent le plus fort pourcentage de travailleurs dans la distribution (commerce de gros, entrepôts).

Sur le plan des densités, les différences sont considérables d'un arrondissement à l'autre. Ainsi, le Ie arrondissement (le centre) totalise encore plus de 100 habitants à l'hectare. Il est pourtant dépassé, et de loin, par le IVe (Wieden), avec environ 250 habitants, le Ve (Margareten), avec environ 350, le VIe (Mariahilf) et le VIIe (Neubau), approchant tous les deux le chiffre de 300 habitants, le VIIIe (Josefstadt), dépassant légèrement ce chiffre. Il s'agit essentiellement des quartiers entourant immédiatement le noyau historique. Le XVe (Rudolfsheim-Fünfhaus) fait partie de cette ceinture de fortes densités. Par contre, dans les quartiers de l'ouest, les densités sont généralement moins élevées. Les deux arrondissements de la rive gauche du Danube ont une densité moyenne faible. Ces chiffres laissent entrevoir les possibilités d'expansion de la ville.

Sur le plan typologique et fonctionnel, on peut dégager une demi-douzaine de types de quartiers.

4.1. Le centre

Il conserve un maximum de bâtiments anciens. Les bâtiments administratifs sont nombreux, surtout à proximité du Ring. Les palais aristocratiques sont fréquents. La fonction culturelle est importante : on compte au moins une dizaine de théâtres, et les musées sont nombreux. Le centre est le cœur de Vienne avec ses vieilles rues et ses petites places. Le commerce de détail occupe une place de choix.

4.2. Les quartiers à l'ouest du centre

Leur aménagement a été largement déterminé par les vallées parallèles, issues de la Wienerwald et dont la vallée de la Wien est l'élément le plus important. Il existe donc comme un système de grandes voies radiales se branchant d'abord sur le Gürtel et ensuite sur le Ring. À l'époque baroque, certaines de ces voies furent transformées en allées plantées d'arbres. La route de Linz est la voie radiale la plus importante. À l'approche du Ring, les quartiers sont mixtes, unissant les fonctions résidentielles et administratives, voire commerciales. L'allure géométrique prédomine encore plus dans la forme des blocs de maisons en hauteur des quartiers situés plus à l'ouest.

4.3. Les anciens villages du rebord de la Wienerwald

Ceux de la partie nord (Nussdorf, Grinzing, Sievering) sont profondément marqués par la viticulture, qui, ici, remonte au Moyen Âge. Ce sont souvent des marchés aux vins établis en bordure de la forêt viennoise. L'urbanisation est ancienne. On y trouve beaucoup de propriétés religieuses, bourgeoises et nobiliaires. Nombre de vignes sont clôturées d'un mur de pierre. Les demeures sont pittoresques, et la topographie ajoute aux charmes d'un habitat bien conservé. Les villas ont tendance à envahir ces coteaux, qui passent pour fournir les plus beaux sites de Vienne.

4.4. Les quartiers du sud-ouest

Il s'agit souvent de quartiers issus d'agglomérations villageoises établies le long des routes menant vers le sud. Le long de la Blätterstrasse, l'ancienne route du vin, s'étaient développés des villages viticoles ; à l'époque de la « Gründerzeit », la Triesterstrasse avait vu se développer des tuileries (vers 1870), en partie abandonnées de nos jours. Entre les deux s'enchevêtrent les habitations modestes, les zones maraîchères, les friches et les établissements industriels. L'ensemble n'est pas encore très bien intégré dans le corps urbain.

4.5. Les quartiers du sud

La partie méridionale de la ville présente des possibilités presque idéales pour un développement de celle-ci en forme d'éventail. La zone entièrement bâtie va du Ring au Gürtel. La Favoritenstrasse, plus au sud, est l'axe principal d'une deuxième zone densément occupée. Les gares du Sud et de l'Est introduisent une barrière entre le quartier de Wieden, qui présente encore des caractères des quartiers résidentiels coûteux, et Favoriten, où les types d'habitations sont plus variés. Les constructions récentes sont aussi plus nombreuses dans Favoriten. Au début du xixe s., cette zone était encore consacrée à l'agriculture ; l'immigration tchèque et slovaque y avait donné des caractères originaux.

Le quartier de Wienerberg abritait à la fin du xixe s. la plus grande briqueterie d'Europe. Les façades monotones, en brique, des maisons ouvrières sont l'héritage d'une activité quasi disparue. Quant à la colline du Laaerberg, peut-être à cause de la proximité des briqueteries, les essais d'y implanter des résidences secondaires ont échoué constamment. Les surfaces agricoles ont mieux résisté à l'urbanisation qu'ailleurs.

4.6. Les quartiers du sud-est

Ils présentent quelques caractères communs. Avant l'apparition du chemin de fer, ils étaient axés sur une voie de communication unique. Le développement urbanistique y a été plus hésitant. Enfin, la région du sud-est a connu un développement par stades successifs.

La construction des ponts sur le Danube, plus au nord, a donné à l'ensemble de ces quartiers une impulsion considérable, permettant des liaisons ferroviaires entre les pays tchèques et slovaques, d'une part, et la Hongrie, d'autre part.

La Ungarische Landstrasse, l'axe routier principal, avait pour objet fondamental, jusqu'à l'avènement de la voie ferrée, de ravitailler la ville en produits alimentaires. La construction des chemins de fer et des gares amena dans cette région de la ville un cloisonnement qui fractionne et isole un certain nombre de quartiers. Simmering a été longtemps une aire purement agricole, avant de recueillir les maraîchers chassés par l'expansion urbaine. Puis la commune a utilisé une partie des terrains pour y implanter des abattoirs ainsi que des usines à gaz et à électricité ; s'y ajoutent l'arsenal et d'autres entreprises, qui font de la partie extérieure du sud-est de la ville une zone essentiellement industrielle. La proximité de Schwechat, le centre autrichien du raffinage du pétrole, ne fait qu'accentuer cette orientation.

4.7. Les quartiers de la rive gauche ; l'exemple de Floridsdorf

Au nord du Danube, les quartiers ne sont pas homogènes, mais celui de Floridsdorf, véritable ville, est le plus expressif. La localité a été créée en 1786. Sa fonction de passage dominait, mais les prés servaient d'embouche aux marchands de bestiaux de Vienne. L'industrie s'y installa d'abord sous la forme d'ateliers de constructions ferroviaires. Puis ce fut l'époque de l'industrie mécanique et chimique. La population ouvrière domine. Les demeures luxueuses sont rares. Aussi Floridsdorf a-t-elle des aspects plus prolétaires que d'autres quartiers. Il s'y ajoute un certain caractère d'inachevé du fait de l'avortement des plans d'expansion en 1918. Ce caractère est encore assez visible dans la Brünner et la Pragerstrasse. Un effort d'adaptation est cependant fait. Depuis 1945, Floridsdorf est un des quartiers où la construction est la plus active.

5. Espaces verts et héritage historique

Le charme de Vienne tient moins au Danube qu'à la ville proprement dite. Les espaces verts représentent en partie les restes des parcs des propriétés féodales. Certains gardent leur style historique, tel le Belvédère, qui allie les aspects de la Renaissance italienne et du baroque français. Le parc de Schönbrunn est d'inspiration française. C'est sous Joseph II, le despote éclairé, que nombre de parcs furent rendus accessibles à la population. Le début d'une politique des espaces verts est indiscutablement lié à cet empereur : ce dernier non seulement ouvrit au public (1766) les immenses espaces verts du Prater, mais encore transforma le glacis de fortifications en une ceinture d'espaces verts ouverte au peuple. En mettant en place une administration communale, il préparait l'avenir. En effet, la municipalité acquit nombre de parcs aristocratiques (Esterházy, Schönborn, Arenberg), qui, autrement, eussent été victimes des promoteurs immobiliers. Cette politique fut imitée par des communes alors encore autonomes, comme Döbling et Währing, au nord-ouest de la ville (Türkenschanzpark). Les autorités communales laissèrent en parc certaines parcelles rectangulaires au milieu des blocs construits au xixe s.

Après la Première Guerre mondiale, la commune, dans le cadre des « constructions sociales », envisagea également des « espaces verts sociaux ». La politique municipale visait à introduire dans le noyau urbain ancien des espaces verts en nombre suffisant, en fonction des possibilités d'achats de terrains ou d'immeubles.

La mise en place de terrains de sport s'est opérée selon la même politique. Le quartier du Prater a servi dès le xixe s. au sport noble par excellence, l'équitation. Depuis, il est devenu le quartier des loisirs pour Vienne, voire pour l'Autriche entière : terrains de sport (dont le grand stade), zones de loisirs, expositions, etc. Avec l'aménagement tardif du Prater, les rives du Danube sont intégrées dans l'espace fonctionnel de la ville.

Il y a une grande différence entre les deux rives du Danube. Si la ville de rive droite est l'expression historique de l'Autriche, la rive gauche est d'aménagement récent. Les espaces verts sont, ici, plus liés à la politique de construction récente et à l'utilisation de terrains adéquats (méandre recoupé de la Alte Donau) qu'à la mise en valeur et à la conservation d'héritages historiques.

6. Le premier centre intellectuel des pays allemands du Danube

Pendant longtemps, la capitale culturelle et intellectuelle de la civilisation germanique se trouvait sur les bords du Danube et non pas sur la Sprée. Ce n'est qu'à la veille de la Première Guerre mondiale que Berlin a éclipsé Vienne. L'université de Vienne, fondée en 1365, a longtemps été la plus importante de l'Empire. L'université technique (Technische Hochschule, fondée en 1872) a des effectifs moins importants que l'université classique, mais elle joue un rôle de premier ordre pour l'économie urbaine et nationale.

Une des originalités est l'École supérieure pour le commerce mondial (Hochschule für Welthandel, créée en 1898), qui marque la tradition commerciale de la ville. Parmi les autres écoles supérieures, on peut citer l'Institut d'agronomie (Hochschule für Bodenkultur), l'École vétérinaire (Tierärztliche Hochschule), l'Académie des beaux-arts, l'Académie des arts appliqués et l'Académie de musique. Il y a une étroite imbrication entre la vie intellectuelle et la vie économique. En y ajoutant le cosmopolitisme viennois, on a peut-être là le fond de l'âme viennoise, qui baigne dans un environnement culturel que très peu de grandes métropoles possèdent. Quant au « Wiener Witz » (l'« humour viennois »), il en est l'expression parlée de l'homme de la rue.

7. Le premier centre touristique autrichien

Vienne reste une ville cosmopolite, au passé d'une extraordinaire richesse. Les contacts avec les civilisations allemande, tchèque, slovaque, magyare, slave du Sud, pour ne parler que des contacts essentiels, ont laissé des traces profondes dans l'histoire, l'architecture, la culture, en un mot dans la civilisation viennoise. C'est ce dépaysement, agrémenté des charmes d'un milieu urbain différencié, qui attire le touriste. Le tourisme culturel se traduit par la visite des innombrables palais et constructions des trois derniers siècles. Les églises de la vieille ville sont les plus anciennes. Le château de Schönbrunn (le « Versailles viennois »), avec ses salles d'apparat, sa collection de carrosses historiques, son parc et son jardin zoologique, est une attraction majeure. Englobés dans la ville actuelle, ses parcs servent aussi d'aire de détente pour les Viennois. Le Belvédère, flanqué de parcs, n'est pas loin du centre historique. Il renferme les musées d'art autrichien, du Moyen Âge à nos jours. L'ancienne et la nouvelle Hofburg possèdent des salles d'apparat, des musées, mais aussi la célèbre école d'équitation espagnole. Les musées sont nombreux dans la vieille ville. Une certaine homogénéité de l'architecture donne l'impression de puissance, qui fut celle de l'Empire autrichien. Le principal problème est d'« actualiser » ou de « fonctionnaliser » l'énorme héritage monarchique et impérial : d'où l'organisation de manifestations de niveau international. La Foire internationale de Vienne se tient en mars et en septembre. Le parc d'attractions du Prater ouvre ses portes chaque 1er mai. Le festival de Vienne, consacré à la musique et au théâtre, se tient en mai-juin. D'autres spectacles de valeur sont organisés en juillet et en août, en utilisant un cadre architectural approprié. L'automne voit l'ouverture de la saison de l'opéra. Mais on reste loin des splendeurs impériales, lorsque empereur et Cour constituaient autant d'attractions que les artistes sur scène. Vienne, à la tradition si riche, reste une des capitales mondiales de la musique. Le cosmopolitisme culturel a subi un rude coup avec le démembrement de l'Empire, mais il faut souligner les efforts faits pour maintenir l'ouverture sur le monde extérieur.

Les environs de Vienne ne sont pas moins attrayants. Le Weinviertel, au nord du Danube, s'orne de villages viticoles, où les viticulteurs offrent le « Heuriger » (« vin nouveau »). Les caves creusées dans le lœss ajoutent au pittoresque.

La Wienerwald pourrait raconter des pages entières de la civilisation viennoise. Fuyant les chaleurs de l'été viennois, les membres de la Cour, les nobles et les bourgeois ont cherché la « Sommerfrische » dans la forêt, dernière expression qui devait être plus tard synonyme de vacances d'été.

Le climat de Vienne

Le climat de Vienne est océanique de transition, avec des précipitations assez faibles (660 mm par an), qui tombent surtout en été, et des températures qui oscillent entre 20 °C en juillet et – 1 °C en janvier, pour une moyenne annuelle de 9 °C.

L'HISTOIRE DE VIENNE

Les origines, le Moyen Âge

Le noyau de la cité (Ier arrondissement, die « Innere Stadt ») occupe une terrasse surplombant de peu un bras de fleuve, l'actuel « canal du Danube » (Donaukanal). Cette terrasse, à l'abri des inondations, fut sans doute déjà occupée par les Celtes et même par les Illyriens. En tout cas, les Romains y établirent au ier s. de notre ère un camp de légionnaires. Détruite par les Quades et les Marcomans en 166, Vindobona (nom d'origine celtique) est reconstruite en 170 par l'empereur Marc Aurèle et élevée en 213 au rang de municipium. Le site semble avoir été abandonné en 395 après la rupture du limes.

La fondation des premières églises Saint-Rupert (Ruprechtskirche) et Saint-Pierre (Peterskirche) remonte sans doute au viiie s. Au xiie s., la ville devient résidence des ducs d'Autriche de la maison de Babenberg et connaît une première période de prospérité ; elle est un centre commercial important grâce à sa situation sur la voie fluviale, d'une part, et sur la route de l'ambre, qui relie la Méditerranée à la Baltique, de l'autre. Cette prospérité se maintient sous la domination du roi de Bohême Otakar II Přemysl, héritier des Babenberg. En 1276, l'empereur Rodolphe de Hasbourg, vainqueur d'Otakar, s'empare de la ville, qui, économiquement, souffre de ces guerres successorales. De l'essor économique de la ville au xive s. témoignent un certain nombre d'édifices gothiques conservés malgré les guerres et les sièges dont la ville aura à souffrir : cathédrale Saint-Étienne (Stephansdom), église Maria am Gestade, noyau du « château » (Burg). Au xve s. et au début du xvie s. – en particulier sous la domination du roi de Hongrie Mathias Ier Corvin – Vienne continue de prospérer.

Les temps modernes

Au début du xvie s., la poussée turque interrompt les voies de communication de l'Est : Vienne, qui ne peut plus jouer son rôle de relais économique, devient le centre administratif de l'empire des Habsbourg, qui héritent des couronnes de Hongrie et de Bohême. En 1529, un premier assaut turc est repoussé. La ville, passée à la Réforme, est ramenée au catholicisme avec l'aide des Jésuites. L'influence culturelle espagnole et italienne devient prépondérante et marque d'une façon indélébile le « baroque » autrichien. En 1683, l'armée turque assiège de nouveau la ville ; elle est repoussée après la victoire – sur les pentes du Kahlenberg – des troupes alliées commandées par le roi de Pologne, Jean Sobieski. La ville, en grande partie démolie, est reconstruite dans le nouveau style baroque à la mode.

En 1704-1708, devant la menace d'incursions des insurgés kuruc, est édifiée une nouvelle enceinte, protégeant cette fois-ci les faubourgs : les actuels arrondissements II à IX. Au xviiie s., la ville profite de la consolidation de l'État autrichien, réorganisé et modernisé sous Marie-Thérèse et Joseph II. Pendant les guerres napoléoniennes, elle est assiégée et occupée à deux reprises : en 1805 et en 1809. Après la défaite de Napoléon, le « congrès » de paix se tient à Vienne, qui, malgré une crise financière aiguë, connaît alors un de ses moments les plus glorieux. Sous le régime du prince-chancelier Metternich (qui gouverne l'Empire de 1809 à 1848), la ville et le pays commencent à s'industrialiser.

En 1848, Vienne est le théâtre de sévères combats de rues, jusqu'à l'entrée des troupes d'Alfred Windischgrätz (1787-1862). Après les journées de 1848, on décide de raser l'enceinte fortifiée. Les terrains ainsi dégagés permettent de tracer un boulevard circulaire – l'actuel Ring – que bordent de pompeux édifices et monuments officiels ou privés. Sous le règne de l'empereur François-Joseph (1848-1916), la ville se modernise : intégration administrative des faubourgs proches (c'est-à-dire des actuels arrondissements II à IX), canalisation du Danube, adduction d'eau potable depuis le massif alpin. Une brillante exposition universelle est organisée en 1873.

L'industrialisation accélérée provoque une augmentation rapide de la population ouvrière, surtout dans les faubourgs : en 1891, les actuels arrondissements XI à XIX sont à leur tour inclus dans la cité (le Xe arrondissement ayant été incorporé en 1874). Le même développement de l'industrialisation, l'appauvrissement de l'ancien artisanat et la constitution d'un prolétariat, en partie tchèque, entraînent l'apparition de nouveaux partis politiques : le parti social-démocrate et le parti chrétien-social (de tendance xénophobe et antisémite). Le chef de ce dernier parti, Karl Lueger (1844-1910), l'emporte lors des élections de 1895. Confirmé dans ses fonctions de bourgmestre par l'empereur en 1897, Lueger se révèle un administrateur efficace. En 1904, de nouveaux quartiers, les XXe et XXIe arrondissements, qui se sont développés sur l'autre rive du Danube, sont à leur tour rattachés à la ville, dont la population dépasse alors les 2 millions.

Une capitale culturelle

Capitale, jusqu'au début de ce siècle, d'un des grands États européens, Vienne devient très tôt un centre culturel important. La cour des Babenberg attire les grands Minnesänger, dont Reinmar et Walther von der Vogelweide. De nombreux monuments dans la ville ou dans le proche voisinage (abbaye de Klosterneuburg, où l'on conserve les panneaux d'autel [1181] de Nicolas de Verdun ; abbaye de Heiligenkreuz, fondée en 1135) témoignent de ce premier apogée. Au service successivement des empereurs Frédéric III et Maximilien Ier, l'humaniste Konrad Celtis (1459-1508) organise à Vienne une sodalité savante (Sodalitas Danubiana). Après la victoire sur les Turcs, Vienne se couvre d'édifices luxueux.

La réforme joséphiste de l'État entraîne la constitution d'un fonctionnariat bourgeois, éclairé et libéral : cette classe sociale devient le support de la culture autrichienne. Sous Marie-Thérèse, l'université est soustraite à l'autorité des Jésuites ; la faculté de médecine est réorganisée sur le modèle de celle de Leyde et devient rapidement l'une des plus célèbres d'Europe. En 1776 est fondé le Burgtheater, à la fois théâtre de cour (du « château ») et théâtre « national » allemand. Dans les faubourgs prospèrent des théâtres populaires réputés. La musique, que les grandes maisons nobles continuent à favoriser, atteint un public de plus en plus vaste et connaît un essor remarquable. Il en est de même de la littérature et de l'art, en particulier dans la bourgeoisie juive.

À la fin du xixe s., Vienne devient le carrefour de la modernité : la Sécession architecturale est fondée en 1897, Schönberg, Berg et Webern constituent la « trinité viennoise » et Freud invente la psychanalyse…

Vienne après 1918

L'effondrement de l'Empire austro-hongrois en 1918 entraîne une crise majeure : la capitale d'un des grands États européens doit s'adapter à son nouveau rôle de métropole d'une petite république comptant un peu plus de 6 millions d'habitants. La municipalité socialiste (1919-1934) fait construire de vastes complexes d'habitations à bon marché et procède à une réforme scolaire et hospitalière.

Le conflit, d'abord latent, entre les partis de gauche, avec leurs formations paramilitaires, et le gouvernement fédéral, qui s'appuie sur la province, paysanne et conservatrice, éclate une première fois en 1927 (démonstrations de rue, incendie du Palais de Justice le 15 juillet), puis en 1934 (combats de février, au cours desquels est bombardé le Karl-Marx-Hof). Un nouveau réseau routier réalisé à cette époque assure un accès facile du Wienerwald. Après l'Anschluss de 1938, de nouveaux faubourgs et quelques communes adjacentes sont à leur tour rattachés administrativement à la cité.

Les bombardements alliés et les combats qui précèdent la prise de la ville par les troupes russes en avril 1945 entraînent la ruine d'à peu près 13 % des maisons d'habitation et 25 % des installations industrielles. De 1945 à 1955, Vienne, enclave dans la zone d'occupation soviétique, est placée sous contrôle interallié.

En 1954, une partie des territoires englobés après 1938 sont de nouveau rattachés au Land de Basse-Autriche, la ville comptant désormais vingt-trois arrondissements. Les ruines réparées, dont celles de la cathédrale, de l'Opéra, du Burgtheater, on met en œuvre un vaste programme de constructions : nouveaux ensembles d'habitations « municipaux », notamment sur l'« autre » rive du Danube, nouvelles voies de communication, etc.

VIENNE, VILLE D'ART

Introduction

L'aspect que présente Vienne au visiteur hâtif est celui d'une grande ville avenante, sur laquelle un xixe s. quelque peu pompeux – celui de l'empereur François-Joseph – a imprimé sa marque en aménageant à partir de 1857 sa ceinture verdoyante de boulevards, le Ring, appuyé par ses deux extrémités au canal du Danube et bordé par des monuments plus recommandables par leur majesté que par leur style, qui assurent les fonctions essentielles d'une capitale : Opéra – si important dans la ville de la musique –, musée d'Histoire de l'art, musée d'Histoire naturelle, Parlement – auquel l'architecte Theophil von Hansen a su donner de la grandeur –, hôtel de ville, Burgtheater, université, voire église Votive (Votivkirche).

Le musée d'Histoire de l'art (Kunsthistorisches Museum), construit selon des normes généreuses de 1872 à 1881, a reçu les anciennes collections impériales. À l'entresol, un des plus riches ensembles de tapisseries du monde, les camées, l'illustre trésor de métaux précieux provenant des fouilles de Hongrie ainsi que la remarquable série des portraits funéraires égyptiens du Fayoum. Au premier étage, la richesse de la Galerie de peinture a permis de consacrer des salles entières à tel artiste ou à telle école (Rubens, les Vénitiens…). L'école espagnole abonde en portraits princiers de la famille impériale. Entre les œuvres les plus réputées de ce musée brillent celles de Dürer, dont l'empereur Rodolphe II était un amateur passionné, et celles de Bruegel l'Ancien, dont il n'existe nulle part ailleurs un ensemble pareil.

Vienne médiévale

Alors que la cathédrale (Stephansdom), située au cœur de la ville ancienne, n'a gardé que peu de souvenirs de son passé roman (édifices des xiie et xiiie s.), c'est en 1340 que fut consacré son chœur gothique, suivi de la tour sud, magnifique clocher de 137 m, et de la nef. Dans le fond du chœur s'élève le tombeau monumental de l'empereur Frédéric III et de sa femme, entrepris en 1467 par le sculpteur Nikolaus Gerhaert de Leyde (vers 1430-1473). Au début du xvie s. s'illustre Anton Pilgram (vers 1460-vers 1515), qui s'est représenté deux fois sur ses œuvres avec une verve toute populaire : à la chaire et à la base de l'orgue.

Tout aussi aimée des Viennois, l'église Maria am Gestade (xive s.-début du xve s.), dont le chœur conserve une riche vitrerie gothique, est située plus au nord, dans un quartier qui a gardé son aspect ancien et familier.

Vienne baroque

Sans doute est-ce en qualité de métropole du baroque que Vienne a conquis sa célébrité, presque exclusivement à partir de la mémorable victoire du Kahlenberg, en 1683.

Deux très grands architectes surtout ont été les artisans de la mutation baroque : Johann Bernhard Fischer von Erlach (1656-1723), aidé de son fils Joseph Emanuel (1693-1742), et Johann Lukas von Hildebrandt (1668-1745), ingénieur militaire de naissance italienne. L'un et l'autre travaillent aux édifices religieux et profanes de la première moitié du xviiie s. à Vienne. On les trouve tous deux au Palais impérial, à la Hofburg, où Fischer le fils construit le chef-d'œuvre qu'est la Bibliothèque nationale, dont les beaux volumes architecturaux surmontés d'un dôme sont décorés par les trompe-l'œil du peintre Daniel Gran (1694-1757). C'est encore Fischer le fils qui est l'auteur du manège où des écuyers impeccables présentent toujours la célèbre parade de leurs chevaux de race espagnole. Dans l'église toute voisine des Augustins, Antonio Casanova a sculpté l'un de ses plus beaux tombeaux, celui de l'archiduchesse Marie-Christine, femme de l'archiduc Albert de Saxe-Teschen (1738-1822), le fondateur de l'Albertina – la plus belle au monde, peut-être, des collections de dessins, d'aquarelles et de gravures (célèbre, notamment, pour ses Dürer, ses Rubens, ses Rembrandt).

Dans la vieille ville, dès le xviie s., la vénérable église des Neuf-Chœurs-des-Anges (« Am Hof ») gothique d'origine, avait reçu une façade baroque. Non loin de la cathédrale, c'est probablement à Hildebrandt qu'est attribuable la reconstruction de la Peterskirche, de forme ovale et dont le grand axe est perpendiculaire à la longue place du Graben, ponctuée par la colonne tarabiscotée de la Sainte-Trinité.

Au sud du Ring se trouvent les monuments majeurs de l'architecture baroque de Vienne, et d'abord la Karlskirche (église Saint-Charles-Borromée), que le grand Fischer von Erlach éleva avec sa colonnade antique précédant une coupole et accostée de deux ailes qui sont comme creusées pour recevoir deux colonnes du type de la colonne Trajane. Une autre église, des plus originales, est la Piaristenkirche, qui a reçu une très belle décoration à fresque du peintre Franz Anton Maulbertsch (1724-1796).

Beaucoup de palais de la noblesse viennoise sont ornés d'atlantes grandioses adossés aux colonnes des escaliers, supportant à grand effort des balcons, encadrant des portails. Le plus exemplaire de ces palais est probablement le Belvédère, construit par Hildebrandt pour le prince Eugène de Savoie sur deux niveaux comprenant chacun un édifice. Le Belvédère supérieur est séparé du Belvédère inférieur par un long parterre aux eaux jaillissantes. Les atlantes du premier sont parmi les plus tumultueux de Vienne. Le second a été transformé en musée d'Art baroque autrichien sous la tutelle d'un groupe sculpté aux singulières torsions, l'Apothéose du Prince Eugène (1721), par Balthasar Permoser (1651-1732) ; la génération suivante des sculpteurs, d'une pureté presque classique, est représentée par Georg Raphael Donner (1693-1741), dont les statues des affluents du Danube (remplacées par des copies à la belle fontaine du Neuer Markt) ont été transportées ici, faisant contraste avec les bustes grimaçants par lesquels l'étrange Franz Xaver Messerschmidt (1736-1783) a prétendu représenter les divers caractères humains. Institution unique que ce musée du Baroque, où ne manque point non plus la peinture avec l'étincelant décorateur Maulbertsch.

Les palais à atlantes sont nombreux : palais Trautson, de la Chancellerie de Bohême, palais d'hiver du Prince Eugène, palais Daun-Kinsky, Liechtenstein… Le palais Schwarzenberg est célèbre par ses jardins. Mais le plus vaste et le plus connu de ces ensembles civils est le château impérial de Schönbrunn, construit sur les plans de J. B. Fischer von Erlach de 1695 à 1713, à l'emplacement d'un pavillon de chasse, et remanié ensuite par Nikolaus Pacassi (1716-après 1796).

VIENNE, VILLE DE MUSÉES

Outre les appartements et collections de la Hofburg (trésor impérial, musée d'Éphèse, armes et armures, instruments de musique, etc.) et de Schönbrunn, l'Albertina et le Kunsthistorisches Museum, la capitale possède de nombreux autres musées importants. La galerie de l'Académie des beaux-arts conserve un millier de tableaux des écoles européennes. Le musée d'Art baroque autrichien, le musée d'Art médiéval autrichien et la galerie d'art autrichien du xixe et du xxe s. sont abrités dans l'ensemble du Belvédère. Le musée archiépiscopal d'art sacré renferme notamment une partie du trésor de la cathédrale Saint-Étienne. Le musée des Arts appliqués, fondé dès 1864, possède des tapis d'Orient, des tapisseries, des meubles, des porcelaines, de la verrerie, etc. Le Musée historique de la ville illustre l'histoire et les arts à Vienne des origines à nos jours. Un musée d'Art moderne a été créé en 1979 dans l'ancien palais Liechtenstein. Depuis 1999, un musée d'Art contemporain abrite la collection Karlheinz et Agnes Essl à Klosterneuburg, dans la banlieue de Vienne. L'important musée des Techniques jouxte le parc de Schönbrunn. Les maisons de Schubert et de Freud, enfin, constituent des musées consacrés à ces illustres Viennois. Inauguré en 2001, le Quartier des musées (MuseumsQuartier) constitue le plus grand centre culturel européen consacré à l'art moderne et à l'art contemporain ; il réunit notamment le Leopold Museum (collection de Ludwig Leopold ; peintures d'Egon Schiele, de Gustav Klimt, d'Oskar Kokoschka, de Richard Gertsl, d'Albin Egger-Lienz, etc.), et le Mumok (musée d'art moderne de la Fondation Ludwig), qui rassemble les collections jusque-là conservées au Musée du XXe siècle ainsi qu'au palais Liechtenstein.

L'ÉCOLE ARCHITECTURALE DE VIENNE

Capitale internationale d'un empire cosmopolite, Vienne est à l'extrême fin du xixe s. l'un des carrefours de la pensée européenne : le conflit permanent qui existe entre le pouvoir dictatorial de l'administration impériale et le réveil des nationalités dans l'Europe centrale crée cette fermentation favorable à l'éclosion d'une pensée nouvelle qu'on ne trouve nulle par ailleurs sur le continent, sinon en Russie. L'explosion démographique de ce centre industriel en plein essor n'est pas moins considérable, puisque la ville passe de 632 000 habitants en 1869 à plus de 2 millions en 1910 : la fièvre des affaires surchauffe des esprits en pleine révolution.

L'explosion urbaine de Vienne est marquée dans la seconde moitié du xixe s. par la démolition des fortifications et l'aménagement du Ring, qui prend leur place. La forte personnalité de l'architecte Theophil von Hansen (1813-1891) et celle de l'Allemand Gottfried Semper expriment, dans cette période, les opinions vigoureusement contradictoires des tenants de l'académisme et du rationalisme – face à l'éclectisme florissant de Karl von Hasenauer (1833-1894), de Heinrich von Ferstel (1828-1883), d'August Siccard von Siccardsburg (1813-1868) et d'Eduard Van der Nüll (1812-1868), les deux derniers auteurs de l'Opéra de Vienne, dont le mauvais accueil par le public et par la presse provoqua le double suicide…

Élève de Hansen, puis de Siccardsburg et de Van der Nüll, Otto Wagner (1841-1918), fondateur de cette école architecturale de Vienne, en reste la plus forte personnalité par sa foudroyante progression. La première moitié de sa carrière est celle d'un architecte académique qui verse dans l'éclectisme. En 1893, Wagner dessine un plan général d'aménagement de la ville de Vienne, qui comprend la création du chemin de fer urbain et la régulation des cours du Danube et de la Vienne – travaux considérables qui seront aussitôt entrepris sous sa direction. En 1894, il succède à Hasenauer comme professeur à l'Académie des beaux-arts : sa leçon inaugurale pose les fondements d'une pensée fonctionnaliste inspirée par Semper. Ces théories architecturales et urbanistiques aboutiront à la publication de Moderne Architektur (1895), puis de Die Grossstadt (1911). Chef de file des modernistes, Wagner évolue alors de façon spectaculaire : la « Majolika Haus » (1898-1899), couverte d'un magnifique décor de faïence polychrome, est l'un des monuments de l'Art nouveau européen. Mais Wagner saura dépasser cette expérience : la caisse d'épargne (1904-1906), puis l'église Am Steinhof (1904-1907) acquièrent dans leur monumentalisme une retenue toute moderne, dont les dernières œuvres du maître (projet de l'hôtel Wien, 1910 ; seconde villa Wagner, 1912-1913) exaspèrent l'élégance.

Autour de Wagner, c'est le mouvement de la « Sécession » viennoise qui est d'abord florissant : Josef Maria Olbrich (1867-1908) et Joseph Hoffmann (1870-1956), les deux assistants de Wagner, fondent le mouvement en 1897 avec d'autres artistes, notamment le peintre Gustav Klimt (1862-1918) et le graphiste Koloman Moser (1868-1918). La Sécession publie jusqu'en 1904 une revue littéraire et artistique, Ver Sacrum, et organise de multiples expositions dans le bâtiment qu'Olbrich lui a construit en 1898. Se réclamant dès l'origine de Charles Rennie Mackintosh et de l'Art nouveau bruxellois, c'est autour de ces expositions que le mouvement définit l'originalité du « Jugendstil » viennois, qui cède moins au symbolisme et à l'exaspération lyrique de la courbe qu'à une forme de modernisme, orienté comme il est vers une géométrie hiératique et précieuse, riche en matériaux raffinés et en élégance de couleurs.

Josef Maria Olbrich, cofondateur en 1899 de la « colonie » artistique de la Mathildenhöhe à Darmstadt, y laissera l'essentiel de son œuvre, trop tôt interrompue. Quant à Josef Hoffmann, il sera surtout l'auteur de l'admirable palais Stoclet de Bruxelles (1905-1911) ; mais, dès 1903, il avait fondé avec Koloman Moser les Wiener Werkstätte, ateliers d'artisanat d'art qui fonctionneront jusqu'en 1933. À partir de 1905, Hoffmann est à la tête du mouvement dissident de la Sécession (fondation du « Kunstschau » avec Gustav Klimt), qui accuse celle-ci de rester d'esprit trop ornemental et de ne pas acquérir le dépouillement indispensable à un art moderne. Après la Première Guerre mondiale, il sera l'architecte en chef de la ville de Vienne : il construira en 1924-1925 des ensembles d'habitat populaire et en 1932 une partie du quartier pour l'exposition du Werkbund, tardive manifestation d'esthétique puriste chez l'un des grands précurseurs de l'art moderne.

La personnalité la plus en marge de l'école de Vienne est Adolf Loos (1870-1933), ennemi juré de l'ornement. Après un séjour aux États-Unis de 1893 à 1896 – il y fait la découverte de la pensée et des œuvres de Louis Henri Sullivan –, il rentre à Vienne et, pendant trois ans, dans une série d'articles pour la Neue Freie Press (rassemblés en 1921 sous le titre d'Ins Leere gesprochen, « prononcé dans le vide »), lance des attaques acerbes contre la Sécession. Son activité de théoricien se complétera par la publication, en 1908, d'Ornament und Verbrechen (« Ornement et crime ») et par la création d'une école libre d'architecture. Son œuvre, qui a été d'abord celle d'un décorateur au purisme élégant (Kärtner Bar, Vienne, 1907), devient peu à peu celle d'un architecte : villa Karma à Montreux, Suisse, 1904-1906 ; maison Steiner, Vienne, 1910 ; maison Tristan Tzara, Paris, 1926-1927 ; etc. Dans toutes ces œuvres, le luxe des matières, la simplicité de leur traitement et l'élégance des proportions forcent l'admiration, mais il n'est pas sûr que le langage spatial puisse être considéré comme aussi riche et aussi novateur que celui de l'école moderne de l'époque : le radicalisme anti-ornemental de Loos se ressent quelquefois d'une certaine sécheresse d'intentions, qui n'existait pas dans les débordements généreux d'un Otto Wagner.

LA MUSIQUE À VIENNE

Introduction

La situation géographique de Vienne, à mi-chemin entre les pays germaniques et l'Italie, devait faire de cette ville le lieu de rencontre idéal pour les musiciens venus de ces régions. De plus, l'activité musicale qui s'y manifesta très tôt, puis l'intérêt des Habsbourg et de la noblesse pour la musique attirèrent à Vienne, à chaque époque, nombre de compositeurs célèbres, qui s'y fixèrent.

Du Moyen Âge à la fin du xixe s.

Dès le Moyen Âge, parallèlement au chant religieux diffusé par la cathédrale Saint- Étienne et la chapelle impériale, se développe l'art profane des Minnesänger, dont le plus célèbre représentant au xiiie s. se nomme Walther von der Vogelweide. Des musiciens étrangers s'attachent à la chapelle de la Cour, réorganisée en 1495 par Maximilien Ier : le Flamand Heinrich Isaac (vers 1450-1517), compositeur de Maximilien Ier ; le Suisse Ludwig Senfl (vers 1490-1543) ; son élève et successeur l'Allemand Heinrich Finck (vers 1444-1527) ; des Autrichiens comme l'organiste Paul von Hofhaimer (1459-1537) ou Arnold von Bruck. En 1568, le Flamand Philippus de Monte, après un long séjour en Italie, devient maître de chapelle de la Cour. Leurs œuvres font la synthèse d'éléments franco-flamands et italiens.

Au xviie s., l'influence personnelle des empereurs Ferdinand III, Léopold Ier et Joseph Ier, compositeurs à leurs heures, amateurs d'art lyrique, permet le développement de celui-ci. Ils attirent des Italiens à la Cour : P. F. Cavalli y donne son Egisto en 1643 ; Antonio Cesti (1623-1669), au service de Léopold Ier, fait représenter ses œuvres (dont Il Pomo d'oro [1666 ou 1667]) ; Antonio Bertali (1605-1669) transmet à Vienne, où il est musicien de la Cour, la tradition vénitienne d'un Monteverdi et d'un Cavalli ; Antonio Draghi (1635-1700) fournit des livrets d'opéras à Léopold Ier et écrit oratorios et opéras destinés à la musique impériale. L'Autrichien Johann Heinrich Schmelzer (vers 1623-1680) fonde avec Heinrich Biber (1644-1704) une école de violonistes, tandis que l'Allemand Johann Jacob Froberger un temps organiste de la Cour, apporte les techniques de Frescobaldi son maître, et celles des musiciens français, connues lors de son voyage à Paris en 1652. À la même époque Vienne devient un centre réputé pour l'enseignement musical : Johann Kaspar von Kerll (1627-1693), Allemand qui a pris à Rome des leçons de G. Carissimi, professe l'orgue et la composition ; Johann Joseph Fux (1660-1741), maître d'une renommée internationale, forme Georg Christoph Wagenseil (1715-1777), Georg Muffat (1653-1704), Ignaz Holzbauer (1711-1783). En 1725, il publie un traité de contrepoint célèbre jusqu'à nos jours, le Gradus ad Parnassum.

Le xviiie s. consacre Vienne capitale européenne du classicisme. Une école préclassique contribue au développement formel de la symphonie, parallèlement aux écoles étrangères (Italie, Allemagne, France). Ses principaux représentants, Georg Matthias Monn (1717-1750), Georg Christoph Wagenseil, Karl Ditters von Dittersdorf (1739-1799), annoncent les maîtres de la symphonie classique, tandis qu'Ignaz Umlauff (1746-1796) crée le singspiel avec Die Bergknappen (1778). La même année, un nouveau théâtre ouvre, le Schikanedertheater, sur la scène duquel seront joués les opéras mozartiens. Gluck entreprend sa réforme de l'opéra italien à Vienne avec Orfeo ed Euridice (1762) et Alceste (1767). Haydn y termine sa vie dans la gloire. La majorité des ouvrages dramatiques des dernières années de la vie de Mozart, installé à Vienne en 1781, seront créés dans cette ville (l'Enlèvement au sérail, 1782 ; les Noces de Figaro, 1786 ; Cosi fan tutte, 1790 ; la Flûte enchantée, 1791). Beethoven se fixe également dans la capitale autrichienne, aidé financièrement par la haute société. C'est là que ses œuvres seront conçues, exécutées, publiées. Schubert, né près de Vienne, vivra une existence difficile dans cette ville, sans y rencontrer beaucoup de compréhension pour ses œuvres. À la même époque, l'enseignement pianistique de Karl Czerny (1791-1857) conduit à Vienne de nombreux pianistes (Sigismund Thalberg [1812-1871], Liszt).

En 1842, Otto Nicolai (1810-1849), maître de chapelle de la Cour, fonde l'Orchestre philharmonique, qui, avec l'Opéra, acquiert une renommée mondiale.

Ce climat, créé tant par la présence de compositeurs célèbres que par des institutions musicales de premier ordre, continue d'attirer à Vienne l'élite du monde musical dans la seconde moitié du xixe s. Wagner donne Tannhäuser (1857), Lohengrin (1858), le Vaisseau fantôme (1860) et travaille aux Maîtres chanteurs pendant son séjour viennois. Les trois noms du postromantisme se retrouvent à Vienne, où ils s'établissent définitivement : Johannes Brahms dirige la Singakademie (1862), puis la Gesellschaft der Musikfreunde (1872) ; Anton Bruckner mène une carrière de professeur au Conservatoire de Vienne (fondé en 1817), où il enseigne l'harmonie, le contrepoint et la fugue en 1868 ; Gustav Mahler dirige l'Opéra de la Cour (1897-1907), où il se révèle comme un très grand chef. C'est également à Vienne que vit Hugo Wolf, le plus grand représentant du lied à la fin du xixe s.

Dans le domaine de la musique légère, Vienne connut un rayonnement tout aussi grand. Franz von Suppé (1819-1895), Josef Lanner (1801-1843), Karl Ziehrer (1843-1922) et surtout la dynastie des Strauss brillèrent dans la composition de valses et d'opérettes.

L'école de Vienne

La Vienne du début du xxe s. fut certainement, sur le plan des arts et de la pensée, l'une des métropoles les plus actives de notre civilisation. Les noms de Freud, de S. George, de H. von Hofmannsthal, de O. Wagner, de P. Altenberg, de O. Kokoschka et, un peu plus tard, ceux de R. von Musil et de H. Broch l'attestent. Mais cette Vienne si créatrice, en éveil aux frémissements encore imperceptibles d'une sensibilité nouvelle, était aussi celle d'une des sociétés les plus réactionnaires d'Europe ; et la société viennoise constituait un public et s'exprimait en une critique fort peu préparée à la hardiesse de conception des artistes qui vivaient en marge d'elle.

Aussi l'histoire de la « trinité viennoise » (Schönberg– Berg– Webern) est-elle, sur le plan social, celle de l'indignation que suscitèrent les œuvres de ces artistes. La première audition des Lieder opus 1, 2 et 3 d'Arnold Schönberg, en 1898, choqua le public ; « et dès lors, commentait plaisamment Schönberg, le scandale n'a jamais cessé ». Quelques semaines avant celui du Sacre du printemps, un autre scandale, presque aussi célèbre, marqua la création des Cartes postales opus 4 (mars 1913) d'Alban Berg. Rétrospectivement, nous nous demandons aujourd'hui comment il se fait que Schönberg, poussé par la nécessité, ait participé à des concours de composition sans en obtenir le prix, que, cinq ans avant l'Anschluss, il ait dû s'expatrier (ce qui en dit long sur l'ambiance de sa ville natale), que Berg soit mort pauvre et Webern inconnu. La faute en incombe à une critique aussi aveugle que celle qui avait formulé, un siècle plus tôt, sur Beethoven et Schubert, d'étranges jugements.

À travers l'œuvre de ces trois maîtres, l'école de Vienne fut le berceau de la musique atonale et du dodécaphonisme sériel ; elle a également remis en honneur l'esprit d'analyse, que les préoccupations littéraires postromantiques avaient laissées se perdre. La polémique qui opposa Hans Pfitzner (1869-1949) à Berg en est un exemple. Le premier, commentant la Rêverie de Schumann, concluait qu'une telle page décourageait l'analyste et que celui-ci en était réduit à s'écrier : « Que c'est beau ! » Dans sa réponse, restée fameuse, Berg démontre que le fait musical a une existence concrète et que la beauté dont il est porteur peut être éclairée par l'analyse. Cet esprit d'investigation et de réflexion est dû à la rigueur de l'enseignement de Schönberg, que l'aîné des Viennois prodigua dès le début du siècle, et particulièrement de 1917 à 1920, lorsque son séminaire de composition musicale réunissait de nombreux élèves, qu'il entourait d'une vigilance despotique.

À la même époque fut fondé le Verein für musikalische Privataufführengen (Association d'exécutions privées d'œuvres musicales), dont le règlement prévoyait qu'une même œuvre « serait entendue plusieurs fois » et que le programme des concerts, « afin d'assurer l'assiduité des auditeurs, ne serait pas annoncé ». Rédigé par Berg en 1919, le manifeste de l'Association proclamait la nécessité de « soustraire les concerts à l'influence corruptrice de la musique officielle » et exigeait de la part du créateur « l'indifférence envers toute forme d'échec ou de succès ». Il a souvent été comparé au Coq et l'Arlequin, qui lui est légèrement antérieur. Il n'en a pas la verve insolente ; mais une vision plus noble de l'art musical s'y exprime. On ne s'étonne pas que l'importance historique des œuvres que ce manifeste recouvre ait été capitale. Après une période d'effacement, qui a coïncidé avec les succès du nazisme (les thuriféraires de l'ordre nouveau considéraient la musique non tonale comme une manifestation de dégénérescence culturelle due à l'influence juive), un très vif courant d'intérêt s'est manifesté dans tout l'Occident, immédiatement après la guerre, envers l'école de Vienne. En France notamment, les écrits théoriques de René Leibowitz et de Pierre Boulez ont étudié l'apport des maîtres viennois ; les œuvres de Pierre Boulez, de Jean Barraqué, de Michel Philippot, etc., ont prolongé leurs acquisitions.