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Vienne

en allemand Wien

Vienne
Vienne

Capitale de l'Autriche, sur le Danube.

  • Population : 1 724 381 hab. (recensement de 2011)

GÉOGRAPHIE

Le nom de la ville vient de la Wien, petit affluent du Danube. Ville-pont située sur la retombée des Alpes orientales, au contact du bassin géologique de Vienne, c'est un remarquable carrefour : la route N.-S. mène de Pologne et des pays tchèques à l'Adriatique ; d'O. en E. une voie relie la France et la Bavière aux Balkans. La ville s'est édifiée dans la plaine marécageuse (bras du Danube), à l'abri de digues construites à partir de 1868. La « Altstadt » est née à l'écart du Danube, au confluent d'un bras de celui-ci, le Donaukanal, et de la Wien. La place Saint-Étienne est à 171 m d'altitude, mais au N.-O. les collines dépassent 400 m. Malgré la demi-douzaine de ponts, le Danube marque encore une limite (Floridsdorf a été annexé en 1904). À l'O. et au N.-O., les communes viticoles incorporées à la ville (Grinzing, Sievering, etc.) ont conservé leur charme agreste. En 1850, la ville s'étendait sur 5 540 ha, sur 41 495 aujourd'hui. L'essor de Vienne s'explique aussi par le choix des Habsbourg d'en faire leur capitale. Mais c'est l'échec des Turcs devant la ville (1683) qui déclenche une nouvelle phase de prospérité et de développement. La ville peut asseoir sa base agricole en s'annexant le riche bassin agricole de Vienne. L'expansion autrichienne, la constitution d'un vaste empire favorisèrent les progrès urbains. Trois plans d'extension vers 1850, 1890 et 1904 entraînèrent une croissance rapide. Entre 1890 et 1918, la ville passe de 1,34 à 2,23 millions d'habitants. La ville est une plaque tournante. L'industrie profite du chemin de fer (relation avec les pays tchèques industrialisés), du port fluvial, de la place bancaire. Pendant un certain temps, Vienne est la plus grande ville germanique (Berlin la détrônera à la fin du xixe s.). La défaite et le démembrement après 1918 laissèrent une capitale hypertrophiée. La population tombe à 1,9 million en 1923. L'Anschluss accentue la décadence de la ville, qui chute au niveau d'une capitale provinciale ; son rôle se réduit à celui d'un relais vers les Balkans. La Seconde Guerre mondiale entraîne d'énormes destructions et l'occupation par les quatre Alliés. Toutefois, la signature du traité de 1955 rend sa souveraineté au pays ; Vienne retrouve les fonctions de capitale, ce qui n'arrête pas le déclin démographique jusque dans les années 1980 : 1,61 million en 1971 ; 1,52 en 1983. Cependant, Vienne a retrouvé un rayonnement nouveau : elle est le siège de nombreux organismes internationaux. Depuis 1960, la ville remplit des fonctions internationales importantes. L'ONU-city, complexe achevé en 1979, est le siège de l'Agence internationale de l'énergie atomique et de l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel. Vienne est un centre commercial en relation étroite avec la Hongrie et les autres pays d'Europe centrale. Le riche passé de Vienne en fait une ville culturelle et touristique de première importance ; avec plus du cinquième de la population autrichienne, elle domine tout le pays, sauf l'excentré Vorarlberg. Les écoles supérieures sont fréquentées par plus de 75 000 étudiants. La Bibliothèque nationale a une réputation mondiale. La ville compte de nombreux musées, théâtres et salles de concerts.

Sur le plan de l'urbanisme, Vienne présente de grands ensembles homogènes. Le Ring du xixe s. enserre la vieille ville, riche en monuments historiques ; cette dernière est aussi le centre commercial. Au-delà du Ring, on pénètre dans les quartiers plus récents. Au S.-O. se trouve la Westbahnhof (gare Ouest), non loin de la Mariahilferstrasse, grande artère commerciale. Le château de Schönbrunn est tout près. Les quartiers aux maisons typiques de la Gründerzeit forment une couronne autour du Ring. Plus à l'O. et au S., des quartiers de pavillons et de villas marquent le paysage urbain. Le Prater, parc de loisirs et de promenades, est installé sur les anciens terrains humides ; dans son prolongement vers le N. on trouve le seul ensemble architectural tourné vers le fleuve. La ville compte 1 973 ha d'espaces verts.

L'industrie ne fournit qu'une faible partie du produit intérieur brut de la ville. Parmi les branches les plus importantes, on trouve : l'électrotechnique, la construction de machines, l'alimentation, la métallurgie, la confection, la chimie, la construction de véhicules, le textile, le papier, le bois. Grâce à la raffinerie de Schwechat, l'industrie pétrolière joue un rôle important pour l'approvisionnement de tout le pays. L'aéroport international a un trafic supérieur à 3 millions de passagers.

L'HISTOIRE DE VIENNE

Les origines, le Moyen Âge

Le noyau de la cité (Ier arrondissement, die « Innere Stadt ») occupe une terrasse surplombant de peu un bras de fleuve, l'actuel « canal du Danube » (Donaukanal). Cette terrasse, à l'abri des inondations, fut sans doute déjà occupée par les Celtes et même par les Illyriens. En tout cas, les Romains y établirent au ier s. de notre ère un camp de légionnaires. Détruite par les Quades et les Marcomans en 166, Vindobona (nom d'origine celtique) est reconstruite en 170 par l'empereur Marc Aurèle et élevée en 213 au rang de municipium. Le site semble avoir été abandonné en 395 après la rupture du limes.

La fondation des premières églises Saint-Rupert (Ruprechtskirche) et Saint-Pierre (Peterskirche) remonte sans doute au viiie s. Au xiie s., la ville devient résidence des ducs d'Autriche de la maison de Babenberg et connaît une première période de prospérité ; elle est un centre commercial important grâce à sa situation sur la voie fluviale, d'une part, et sur la route de l'ambre, qui relie la Méditerranée à la Baltique, de l'autre. Cette prospérité se maintient sous la domination du roi de Bohême Otakar II Přemysl, héritier des Babenberg. En 1276, l'empereur Rodolphe de Hasbourg, vainqueur d'Otakar, s'empare de la ville, qui, économiquement, souffre de ces guerres successorales. De l'essor économique de la ville au xive s. témoignent un certain nombre d'édifices gothiques conservés malgré les guerres et les sièges dont la ville aura à souffrir : cathédrale Saint-Étienne (Stephansdom), église Maria am Gestade, noyau du « château » (Burg). Au xve s. et au début du xvie s. – en particulier sous la domination du roi de Hongrie Mathias Ier Corvin – Vienne continue de prospérer.

Les temps modernes

Au début du xvie s., la poussée turque interrompt les voies de communication de l'Est : Vienne, qui ne peut plus jouer son rôle de relais économique, devient le centre administratif de l'empire des Habsbourg, qui héritent des couronnes de Hongrie et de Bohême. En 1529, un premier assaut turc est repoussé. La ville, passée à la Réforme, est ramenée au catholicisme avec l'aide des Jésuites. L'influence culturelle espagnole et italienne devient prépondérante et marque d'une façon indélébile le « baroque » autrichien. En 1683, l'armée turque assiège de nouveau la ville ; elle est repoussée après la victoire – sur les pentes du Kahlenberg – des troupes alliées commandées par le roi de Pologne, Jean Sobieski. La ville, en grande partie démolie, est reconstruite dans le nouveau style baroque à la mode.

En 1704-1708, devant la menace d'incursions des insurgés kuruc, est édifiée une nouvelle enceinte, protégeant cette fois-ci les faubourgs : les actuels arrondissements II à IX. Au xviiie s., la ville profite de la consolidation de l'État autrichien, réorganisé et modernisé sous Marie-Thérèse et Joseph II. Pendant les guerres napoléoniennes, elle est assiégée et occupée à deux reprises : en 1805 et en 1809. Après la défaite de Napoléon, le « congrès » de paix se tient à Vienne, qui, malgré une crise financière aiguë, connaît alors un de ses moments les plus glorieux. Sous le régime du prince-chancelier Metternich (qui gouverne l'Empire de 1809 à 1848), la ville et le pays commencent à s'industrialiser.

En 1848, Vienne est le théâtre de sévères combats de rues, jusqu'à l'entrée des troupes d'Alfred Windischgrätz (1787-1862). Après les journées de 1848, on décide de raser l'enceinte fortifiée. Les terrains ainsi dégagés permettent de tracer un boulevard circulaire – l'actuel Ring – que bordent de pompeux édifices et monuments officiels ou privés. Sous le règne de l'empereur François-Joseph (1848-1916), la ville se modernise : intégration administrative des faubourgs proches (c'est-à-dire des actuels arrondissements II à IX), canalisation du Danube, adduction d'eau potable depuis le massif alpin. Une brillante exposition universelle est organisée en 1873.

L'industrialisation accélérée provoque une augmentation rapide de la population ouvrière, surtout dans les faubourgs : en 1891, les actuels arrondissements XI à XIX sont à leur tour inclus dans la cité (le Xe arrondissement ayant été incorporé en 1874). Le même développement de l'industrialisation, l'appauvrissement de l'ancien artisanat et la constitution d'un prolétariat, en partie tchèque, entraînent l'apparition de nouveaux partis politiques : le parti social-démocrate et le parti chrétien-social (de tendance xénophobe et antisémite). Le chef de ce dernier parti, Karl Lueger (1844-1910), l'emporte lors des élections de 1895. Confirmé dans ses fonctions de bourgmestre par l'empereur en 1897, Lueger se révèle un administrateur efficace. En 1904, de nouveaux quartiers, les XXe et XXIe arrondissements, qui se sont développés sur l'autre rive du Danube, sont à leur tour rattachés à la ville, dont la population dépasse alors les 2 millions.

Une capitale culturelle

Capitale, jusqu'au début de ce siècle, d'un des grands États européens, Vienne devient très tôt un centre culturel important. La cour des Babenberg attire les grands Minnesänger, dont Reinmar et Walther von der Vogelweide. De nombreux monuments dans la ville ou dans le proche voisinage (abbaye de Klosterneuburg, où l'on conserve les panneaux d'autel [1181] de Nicolas de Verdun ; abbaye de Heiligenkreuz, fondée en 1135) témoignent de ce premier apogée. Au service successivement des empereurs Frédéric III et Maximilien Ier, l'humaniste Konrad Celtis (1459-1508) organise à Vienne une sodalité savante (Sodalitas Danubiana). Après la victoire sur les Turcs, Vienne se couvre d'édifices luxueux.

La réforme joséphiste de l'État entraîne la constitution d'un fonctionnariat bourgeois, éclairé et libéral : cette classe sociale devient le support de la culture autrichienne. Sous Marie-Thérèse, l'université est soustraite à l'autorité des Jésuites ; la faculté de médecine est réorganisée sur le modèle de celle de Leyde et devient rapidement l'une des plus célèbres d'Europe. En 1776 est fondé le Burgtheater, à la fois théâtre de cour (du « château ») et théâtre « national » allemand. Dans les faubourgs prospèrent des théâtres populaires réputés. La musique, que les grandes maisons nobles continuent à favoriser, atteint un public de plus en plus vaste et connaît un essor remarquable. Il en est de même de la littérature et de l'art, en particulier dans la bourgeoisie juive.

À la fin du xixe s., Vienne devient le carrefour de la modernité : la Sécession architecturale est fondée en 1897, Schönberg, Berg et Webern constituent la « trinité viennoise » et Freud invente la psychanalyse…

Vienne après 1918

L'effondrement de l'Empire austro-hongrois en 1918 entraîne une crise majeure : la capitale d'un des grands États européens doit s'adapter à son nouveau rôle de métropole d'une petite république comptant un peu plus de 6 millions d'habitants. La municipalité socialiste (1919-1934) fait construire de vastes complexes d'habitations à bon marché et procède à une réforme scolaire et hospitalière.

Le conflit, d'abord latent, entre les partis de gauche, avec leurs formations paramilitaires, et le gouvernement fédéral, qui s'appuie sur la province, paysanne et conservatrice, éclate une première fois en 1927 (démonstrations de rue, incendie du Palais de Justice le 15 juillet), puis en 1934 (combats de février, au cours desquels est bombardé le Karl-Marx-Hof). Un nouveau réseau routier réalisé à cette époque assure un accès facile du Wienerwald. Après l'Anschluss de 1938, de nouveaux faubourgs et quelques communes adjacentes sont à leur tour rattachés administrativement à la cité.

Les bombardements alliés et les combats qui précèdent la prise de la ville par les troupes russes en avril 1945 entraînent la ruine d'à peu près 13 % des maisons d'habitation et 25 % des installations industrielles. De 1945 à 1955, Vienne, enclave dans la zone d'occupation soviétique, est placée sous contrôle interallié.

En 1954, une partie des territoires englobés après 1938 sont de nouveau rattachés au Land de Basse-Autriche, la ville comptant désormais vingt-trois arrondissements. Les ruines réparées, dont celles de la cathédrale, de l'Opéra, du Burgtheater, on met en œuvre un vaste programme de constructions : nouveaux ensembles d'habitations « municipaux », notamment sur l'« autre » rive du Danube, nouvelles voies de communication, etc.

VIENNE, VILLE D'ART

Introduction

L'aspect que présente Vienne au visiteur hâtif est celui d'une grande ville avenante, sur laquelle un xixe s. quelque peu pompeux – celui de l'empereur François-Joseph – a imprimé sa marque en aménageant à partir de 1857 sa ceinture verdoyante de boulevards, le Ring, appuyé par ses deux extrémités au canal du Danube et bordé par des monuments plus recommandables par leur majesté que par leur style, qui assurent les fonctions essentielles d'une capitale : Opéra – si important dans la ville de la musique –, musée d'Histoire de l'art, musée d'Histoire naturelle, Parlement – auquel l'architecte Theophil von Hansen a su donner de la grandeur –, hôtel de ville, Burgtheater, université, voire église Votive (Votivkirche).

Le musée d'Histoire de l'art (Kunsthistorisches Museum), construit selon des normes généreuses de 1872 à 1881, a reçu les anciennes collections impériales. À l'entresol, un des plus riches ensembles de tapisseries du monde, les camées, l'illustre trésor de métaux précieux provenant des fouilles de Hongrie ainsi que la remarquable série des portraits funéraires égyptiens du Fayoum. Au premier étage, la richesse de la Galerie de peinture a permis de consacrer des salles entières à tel artiste ou à telle école (Rubens, les Vénitiens…). L'école espagnole abonde en portraits princiers de la famille impériale. Entre les œuvres les plus réputées de ce musée brillent celles de Dürer, dont l'empereur Rodolphe II était un amateur passionné, et celles de Bruegel l'Ancien, dont il n'existe nulle part ailleurs un ensemble pareil.

Vienne médiévale

Alors que la cathédrale (Stephansdom), située au cœur de la ville ancienne, n'a gardé que peu de souvenirs de son passé roman (édifices des xiie et xiiie s.), c'est en 1340 que fut consacré son chœur gothique, suivi de la tour sud, magnifique clocher de 137 m, et de la nef. Dans le fond du chœur s'élève le tombeau monumental de l'empereur Frédéric III et de sa femme, entrepris en 1467 par le sculpteur Nikolaus Gerhaert de Leyde (vers 1430-1473). Au début du xvie s. s'illustre Anton Pilgram (vers 1460-vers 1515), qui s'est représenté deux fois sur ses œuvres avec une verve toute populaire : à la chaire et à la base de l'orgue.

Tout aussi aimée des Viennois, l'église Maria am Gestade (xive s.-début du xve s.), dont le chœur conserve une riche vitrerie gothique, est située plus au nord, dans un quartier qui a gardé son aspect ancien et familier.

Vienne baroque

Sans doute est-ce en qualité de métropole du baroque que Vienne a conquis sa célébrité, presque exclusivement à partir de la mémorable victoire du Kahlenberg, en 1683.

Deux très grands architectes surtout ont été les artisans de la mutation baroque : Johann Bernhard Fischer von Erlach (1656-1723), aidé de son fils Joseph Emanuel (1693-1742), et Johann Lukas von Hildebrandt (1668-1745), ingénieur militaire de naissance italienne. L'un et l'autre travaillent aux édifices religieux et profanes de la première moitié du xviiie s. à Vienne. On les trouve tous deux au Palais impérial, à la Hofburg, où Fischer le fils construit le chef-d'œuvre qu'est la Bibliothèque nationale, dont les beaux volumes architecturaux surmontés d'un dôme sont décorés par les trompe-l'œil du peintre Daniel Gran (1694-1757). C'est encore Fischer le fils qui est l'auteur du manège où des écuyers impeccables présentent toujours la célèbre parade de leurs chevaux de race espagnole. Dans l'église toute voisine des Augustins, Antonio Casanova a sculpté l'un de ses plus beaux tombeaux, celui de l'archiduchesse Marie-Christine, femme de l'archiduc Albert de Saxe-Teschen (1738-1822), le fondateur de l'Albertina – la plus belle au monde, peut-être, des collections de dessins, d'aquarelles et de gravures (célèbre, notamment, pour ses Dürer, ses Rubens, ses Rembrandt).

Dans la vieille ville, dès le xviie s., la vénérable église des Neuf-Chœurs-des-Anges (« Am Hof ») gothique d'origine, avait reçu une façade baroque. Non loin de la cathédrale, c'est probablement à Hildebrandt qu'est attribuable la reconstruction de la Peterskirche, de forme ovale et dont le grand axe est perpendiculaire à la longue place du Graben, ponctuée par la colonne tarabiscotée de la Sainte-Trinité.

Au sud du Ring se trouvent les monuments majeurs de l'architecture baroque de Vienne, et d'abord la Karlskirche (église Saint-Charles-Borromée), que le grand Fischer von Erlach éleva avec sa colonnade antique précédant une coupole et accostée de deux ailes qui sont comme creusées pour recevoir deux colonnes du type de la colonne Trajane. Une autre église, des plus originales, est la Piaristenkirche, qui a reçu une très belle décoration à fresque du peintre Franz Anton Maulbertsch (1724-1796).

Beaucoup de palais de la noblesse viennoise sont ornés d'atlantes grandioses adossés aux colonnes des escaliers, supportant à grand effort des balcons, encadrant des portails. Le plus exemplaire de ces palais est probablement le Belvédère, construit par Hildebrandt pour le prince Eugène de Savoie sur deux niveaux comprenant chacun un édifice. Le Belvédère supérieur est séparé du Belvédère inférieur par un long parterre aux eaux jaillissantes. Les atlantes du premier sont parmi les plus tumultueux de Vienne. Le second a été transformé en musée d'Art baroque autrichien sous la tutelle d'un groupe sculpté aux singulières torsions, l'Apothéose du Prince Eugène (1721), par Balthasar Permoser (1651-1732) ; la génération suivante des sculpteurs, d'une pureté presque classique, est représentée par Georg Raphael Donner (1693-1741), dont les statues des affluents du Danube (remplacées par des copies à la belle fontaine du Neuer Markt) ont été transportées ici, faisant contraste avec les bustes grimaçants par lesquels l'étrange Franz Xaver Messerschmidt (1736-1783) a prétendu représenter les divers caractères humains. Institution unique que ce musée du Baroque, où ne manque point non plus la peinture avec l'étincelant décorateur Maulbertsch.

Les palais à atlantes sont nombreux : palais Trautson, de la Chancellerie de Bohême, palais d'hiver du Prince Eugène, palais Daun-Kinsky, Liechtenstein… Le palais Schwarzenberg est célèbre par ses jardins. Mais le plus vaste et le plus connu de ces ensembles civils est le château impérial de Schönbrunn, construit sur les plans de J. B. Fischer von Erlach de 1695 à 1713, à l'emplacement d'un pavillon de chasse, et remanié ensuite par Nikolaus Pacassi (1716-après 1796).

VIENNE, VILLE DE MUSÉES

Outre les appartements et collections de la Hofburg (trésor impérial, musée d'Éphèse, armes et armures, instruments de musique, etc.) et de Schönbrunn, l'Albertina et le Kunsthistorisches Museum, la capitale possède de nombreux autres musées importants. La galerie de l'Académie des beaux-arts conserve un millier de tableaux des écoles européennes. Le musée d'Art baroque autrichien, le musée d'Art médiéval autrichien et la galerie d'art autrichien du xixe et du xxe s. sont abrités dans l'ensemble du Belvédère. Le musée archiépiscopal d'art sacré renferme notamment une partie du trésor de la cathédrale Saint-Étienne. Le musée des Arts appliqués, fondé dès 1864, possède des tapis d'Orient, des tapisseries, des meubles, des porcelaines, de la verrerie, etc. Le Musée historique de la ville illustre l'histoire et les arts à Vienne des origines à nos jours. Un musée d'Art moderne a été créé en 1979 dans l'ancien palais Liechtenstein. Depuis 1999, un musée d'Art contemporain abrite la collection Karlheinz et Agnes Essl à Klosterneuburg, dans la banlieue de Vienne. L'important musée des Techniques jouxte le parc de Schönbrunn. Les maisons de Schubert et de Freud, enfin, constituent des musées consacrés à ces illustres Viennois. Inauguré en 2001, le Quartier des musées (MuseumsQuartier) constitue le plus grand centre culturel européen consacré à l'art moderne et à l'art contemporain ; il réunit notamment le Leopold Museum (collection de Ludwig Leopold ; peintures d'Egon Schiele, de Gustav Klimt, d'Oskar Kokoschka, de Richard Gertsl, d'Albin Egger-Lienz, etc.), et le Mumok (musée d'art moderne de la Fondation Ludwig), qui rassemble les collections jusque-là conservées au Musée du XXe siècle ainsi qu'au palais Liechtenstein.

L'ÉCOLE ARCHITECTURALE DE VIENNE

Capitale internationale d'un empire cosmopolite, Vienne est à l'extrême fin du xixe s. l'un des carrefours de la pensée européenne : le conflit permanent qui existe entre le pouvoir dictatorial de l'administration impériale et le réveil des nationalités dans l'Europe centrale crée cette fermentation favorable à l'éclosion d'une pensée nouvelle qu'on ne trouve nulle par ailleurs sur le continent, sinon en Russie. L'explosion démographique de ce centre industriel en plein essor n'est pas moins considérable, puisque la ville passe de 632 000 habitants en 1869 à plus de 2 millions en 1910 : la fièvre des affaires surchauffe des esprits en pleine révolution.

L'explosion urbaine de Vienne est marquée dans la seconde moitié du xixe s. par la démolition des fortifications et l'aménagement du Ring, qui prend leur place. La forte personnalité de l'architecte Theophil von Hansen (1813-1891) et celle de l'Allemand Gottfried Semper expriment, dans cette période, les opinions vigoureusement contradictoires des tenants de l'académisme et du rationalisme – face à l'éclectisme florissant de Karl von Hasenauer (1833-1894), de Heinrich von Ferstel (1828-1883), d'August Siccard von Siccardsburg (1813-1868) et d'Eduard Van der Nüll (1812-1868), les deux derniers auteurs de l'Opéra de Vienne, dont le mauvais accueil par le public et par la presse provoqua le double suicide…

Élève de Hansen, puis de Siccardsburg et de Van der Nüll, Otto Wagner (1841-1918), fondateur de cette école architecturale de Vienne, en reste la plus forte personnalité par sa foudroyante progression. La première moitié de sa carrière est celle d'un architecte académique qui verse dans l'éclectisme. En 1893, Wagner dessine un plan général d'aménagement de la ville de Vienne, qui comprend la création du chemin de fer urbain et la régulation des cours du Danube et de la Vienne – travaux considérables qui seront aussitôt entrepris sous sa direction. En 1894, il succède à Hasenauer comme professeur à l'Académie des beaux-arts : sa leçon inaugurale pose les fondements d'une pensée fonctionnaliste inspirée par Semper. Ces théories architecturales et urbanistiques aboutiront à la publication de Moderne Architektur (1895), puis de Die Grossstadt (1911). Chef de file des modernistes, Wagner évolue alors de façon spectaculaire : la « Majolika Haus » (1898-1899), couverte d'un magnifique décor de faïence polychrome, est l'un des monuments de l'Art nouveau européen. Mais Wagner saura dépasser cette expérience : la caisse d'épargne (1904-1906), puis l'église Am Steinhof (1904-1907) acquièrent dans leur monumentalisme une retenue toute moderne, dont les dernières œuvres du maître (projet de l'hôtel Wien, 1910 ; seconde villa Wagner, 1912-1913) exaspèrent l'élégance.

Autour de Wagner, c'est le mouvement de la « Sécession » viennoise qui est d'abord florissant : Josef Maria Olbrich (1867-1908) et Joseph Hoffmann (1870-1956), les deux assistants de Wagner, fondent le mouvement en 1897 avec d'autres artistes, notamment le peintre Gustav Klimt (1862-1918) et le graphiste Koloman Moser (1868-1918). La Sécession publie jusqu'en 1904 une revue littéraire et artistique, Ver Sacrum, et organise de multiples expositions dans le bâtiment qu'Olbrich lui a construit en 1898. Se réclamant dès l'origine de Charles Rennie Mackintosh et de l'Art nouveau bruxellois, c'est autour de ces expositions que le mouvement définit l'originalité du « Jugendstil » viennois, qui cède moins au symbolisme et à l'exaspération lyrique de la courbe qu'à une forme de modernisme, orienté comme il est vers une géométrie hiératique et précieuse, riche en matériaux raffinés et en élégance de couleurs.

Josef Maria Olbrich, cofondateur en 1899 de la « colonie » artistique de la Mathildenhöhe à Darmstadt, y laissera l'essentiel de son œuvre, trop tôt interrompue. Quant à Josef Hoffmann, il sera surtout l'auteur de l'admirable palais Stoclet de Bruxelles (1905-1911) ; mais, dès 1903, il avait fondé avec Koloman Moser les Wiener Werkstätte, ateliers d'artisanat d'art qui fonctionneront jusqu'en 1933. À partir de 1905, Hoffmann est à la tête du mouvement dissident de la Sécession (fondation du « Kunstschau » avec Gustav Klimt), qui accuse celle-ci de rester d'esprit trop ornemental et de ne pas acquérir le dépouillement indispensable à un art moderne. Après la Première Guerre mondiale, il sera l'architecte en chef de la ville de Vienne : il construira en 1924-1925 des ensembles d'habitat populaire et en 1932 une partie du quartier pour l'exposition du Werkbund, tardive manifestation d'esthétique puriste chez l'un des grands précurseurs de l'art moderne.

La personnalité la plus en marge de l'école de Vienne est Adolf Loos (1870-1933), ennemi juré de l'ornement. Après un séjour aux États-Unis de 1893 à 1896 – il y fait la découverte de la pensée et des œuvres de Louis Henri Sullivan –, il rentre à Vienne et, pendant trois ans, dans une série d'articles pour la Neue Freie Press (rassemblés en 1921 sous le titre d'Ins Leere gesprochen, « prononcé dans le vide »), lance des attaques acerbes contre la Sécession. Son activité de théoricien se complétera par la publication, en 1908, d'Ornament und Verbrechen (« Ornement et crime ») et par la création d'une école libre d'architecture. Son œuvre, qui a été d'abord celle d'un décorateur au purisme élégant (Kärtner Bar, Vienne, 1907), devient peu à peu celle d'un architecte : villa Karma à Montreux, Suisse, 1904-1906 ; maison Steiner, Vienne, 1910 ; maison Tristan Tzara, Paris, 1926-1927 ; etc. Dans toutes ces œuvres, le luxe des matières, la simplicité de leur traitement et l'élégance des proportions forcent l'admiration, mais il n'est pas sûr que le langage spatial puisse être considéré comme aussi riche et aussi novateur que celui de l'école moderne de l'époque : le radicalisme anti-ornemental de Loos se ressent quelquefois d'une certaine sécheresse d'intentions, qui n'existait pas dans les débordements généreux d'un Otto Wagner.

LA MUSIQUE À VIENNE

Introduction

La situation géographique de Vienne, à mi-chemin entre les pays germaniques et l'Italie, devait faire de cette ville le lieu de rencontre idéal pour les musiciens venus de ces régions. De plus, l'activité musicale qui s'y manifesta très tôt, puis l'intérêt des Habsbourg et de la noblesse pour la musique attirèrent à Vienne, à chaque époque, nombre de compositeurs célèbres, qui s'y fixèrent.

Du Moyen Âge à la fin du xixe s.

Dès le Moyen Âge, parallèlement au chant religieux diffusé par la cathédrale Saint- Étienne et la chapelle impériale, se développe l'art profane des Minnesänger, dont le plus célèbre représentant au xiiie s. se nomme Walther von der Vogelweide. Des musiciens étrangers s'attachent à la chapelle de la Cour, réorganisée en 1495 par Maximilien Ier : le Flamand Heinrich Isaac (vers 1450-1517), compositeur de Maximilien Ier ; le Suisse Ludwig Senfl (vers 1490-1543) ; son élève et successeur l'Allemand Heinrich Finck (vers 1444-1527) ; des Autrichiens comme l'organiste Paul von Hofhaimer (1459-1537) ou Arnold von Bruck. En 1568, le Flamand Philippus de Monte, après un long séjour en Italie, devient maître de chapelle de la Cour. Leurs œuvres font la synthèse d'éléments franco-flamands et italiens.

Au xviie s., l'influence personnelle des empereurs Ferdinand III, Léopold Ier et Joseph Ier, compositeurs à leurs heures, amateurs d'art lyrique, permet le développement de celui-ci. Ils attirent des Italiens à la Cour : P. F. Cavalli y donne son Egisto en 1643 ; Antonio Cesti (1623-1669), au service de Léopold Ier, fait représenter ses œuvres (dont Il Pomo d'oro [1666 ou 1667]) ; Antonio Bertali (1605-1669) transmet à Vienne, où il est musicien de la Cour, la tradition vénitienne d'un Monteverdi et d'un Cavalli ; Antonio Draghi (1635-1700) fournit des livrets d'opéras à Léopold Ier et écrit oratorios et opéras destinés à la musique impériale. L'Autrichien Johann Heinrich Schmelzer (vers 1623-1680) fonde avec Heinrich Biber (1644-1704) une école de violonistes, tandis que l'Allemand Johann Jacob Froberger un temps organiste de la Cour, apporte les techniques de Frescobaldi son maître, et celles des musiciens français, connues lors de son voyage à Paris en 1652. À la même époque Vienne devient un centre réputé pour l'enseignement musical : Johann Kaspar von Kerll (1627-1693), Allemand qui a pris à Rome des leçons de G. Carissimi, professe l'orgue et la composition ; Johann Joseph Fux (1660-1741), maître d'une renommée internationale, forme Georg Christoph Wagenseil (1715-1777), Georg Muffat (1653-1704), Ignaz Holzbauer (1711-1783). En 1725, il publie un traité de contrepoint célèbre jusqu'à nos jours, le Gradus ad Parnassum.

Le xviiie s. consacre Vienne capitale européenne du classicisme. Une école préclassique contribue au développement formel de la symphonie, parallèlement aux écoles étrangères (Italie, Allemagne, France). Ses principaux représentants, Georg Matthias Monn (1717-1750), Georg Christoph Wagenseil, Karl Ditters von Dittersdorf (1739-1799), annoncent les maîtres de la symphonie classique, tandis qu'Ignaz Umlauff (1746-1796) crée le singspiel avec Die Bergknappen (1778). La même année, un nouveau théâtre ouvre, le Schikanedertheater, sur la scène duquel seront joués les opéras mozartiens. Gluck entreprend sa réforme de l'opéra italien à Vienne avec Orfeo ed Euridice (1762) et Alceste (1767). Haydn y termine sa vie dans la gloire. La majorité des ouvrages dramatiques des dernières années de la vie de Mozart, installé à Vienne en 1781, seront créés dans cette ville (l'Enlèvement au sérail, 1782 ; les Noces de Figaro, 1786 ; Cosi fan tutte, 1790 ; la Flûte enchantée, 1791). Beethoven se fixe également dans la capitale autrichienne, aidé financièrement par la haute société. C'est là que ses œuvres seront conçues, exécutées, publiées. Schubert, né près de Vienne, vivra une existence difficile dans cette ville, sans y rencontrer beaucoup de compréhension pour ses œuvres. À la même époque, l'enseignement pianistique de Karl Czerny (1791-1857) conduit à Vienne de nombreux pianistes (Sigismund Thalberg [1812-1871], Liszt).

En 1842, Otto Nicolai (1810-1849), maître de chapelle de la Cour, fonde l'Orchestre philharmonique, qui, avec l'Opéra, acquiert une renommée mondiale.

Ce climat, créé tant par la présence de compositeurs célèbres que par des institutions musicales de premier ordre, continue d'attirer à Vienne l'élite du monde musical dans la seconde moitié du xixe s. Wagner donne Tannhäuser (1857), Lohengrin (1858), le Vaisseau fantôme (1860) et travaille aux Maîtres chanteurs pendant son séjour viennois. Les trois noms du postromantisme se retrouvent à Vienne, où ils s'établissent définitivement : Johannes Brahms dirige la Singakademie (1862), puis la Gesellschaft der Musikfreunde (1872) ; Anton Bruckner mène une carrière de professeur au Conservatoire de Vienne (fondé en 1817), où il enseigne l'harmonie, le contrepoint et la fugue en 1868 ; Gustav Mahler dirige l'Opéra de la Cour (1897-1907), où il se révèle comme un très grand chef. C'est également à Vienne que vit Hugo Wolf, le plus grand représentant du lied à la fin du xixe s.

Dans le domaine de la musique légère, Vienne connut un rayonnement tout aussi grand. Franz von Suppé (1819-1895), Josef Lanner (1801-1843), Karl Ziehrer (1843-1922) et surtout la dynastie des Strauss brillèrent dans la composition de valses et d'opérettes.

L'école de Vienne

La Vienne du début du xxe s. fut certainement, sur le plan des arts et de la pensée, l'une des métropoles les plus actives de notre civilisation. Les noms de Freud, de S. George, de H. von Hofmannsthal, de O. Wagner, de P. Altenberg, de O. Kokoschka et, un peu plus tard, ceux de R. von Musil et de H. Broch l'attestent. Mais cette Vienne si créatrice, en éveil aux frémissements encore imperceptibles d'une sensibilité nouvelle, était aussi celle d'une des sociétés les plus réactionnaires d'Europe ; et la société viennoise constituait un public et s'exprimait en une critique fort peu préparée à la hardiesse de conception des artistes qui vivaient en marge d'elle.

Aussi l'histoire de la « trinité viennoise » (Schönberg– Berg– Webern) est-elle, sur le plan social, celle de l'indignation que suscitèrent les œuvres de ces artistes. La première audition des Lieder opus 1, 2 et 3 d'Arnold Schönberg, en 1898, choqua le public ; « et dès lors, commentait plaisamment Schönberg, le scandale n'a jamais cessé ». Quelques semaines avant celui du Sacre du printemps, un autre scandale, presque aussi célèbre, marqua la création des Cartes postales opus 4 (mars 1913) d'Alban Berg. Rétrospectivement, nous nous demandons aujourd'hui comment il se fait que Schönberg, poussé par la nécessité, ait participé à des concours de composition sans en obtenir le prix, que, cinq ans avant l'Anschluss, il ait dû s'expatrier (ce qui en dit long sur l'ambiance de sa ville natale), que Berg soit mort pauvre et Webern inconnu. La faute en incombe à une critique aussi aveugle que celle qui avait formulé, un siècle plus tôt, sur Beethoven et Schubert, d'étranges jugements.

À travers l'œuvre de ces trois maîtres, l'école de Vienne fut le berceau de la musique atonale et du dodécaphonisme sériel ; elle a également remis en honneur l'esprit d'analyse, que les préoccupations littéraires postromantiques avaient laissées se perdre. La polémique qui opposa Hans Pfitzner (1869-1949) à Berg en est un exemple. Le premier, commentant la Rêverie de Schumann, concluait qu'une telle page décourageait l'analyste et que celui-ci en était réduit à s'écrier : « Que c'est beau ! » Dans sa réponse, restée fameuse, Berg démontre que le fait musical a une existence concrète et que la beauté dont il est porteur peut être éclairée par l'analyse. Cet esprit d'investigation et de réflexion est dû à la rigueur de l'enseignement de Schönberg, que l'aîné des Viennois prodigua dès le début du siècle, et particulièrement de 1917 à 1920, lorsque son séminaire de composition musicale réunissait de nombreux élèves, qu'il entourait d'une vigilance despotique.

À la même époque fut fondé le Verein für musikalische Privataufführengen (Association d'exécutions privées d'œuvres musicales), dont le règlement prévoyait qu'une même œuvre « serait entendue plusieurs fois » et que le programme des concerts, « afin d'assurer l'assiduité des auditeurs, ne serait pas annoncé ». Rédigé par Berg en 1919, le manifeste de l'Association proclamait la nécessité de « soustraire les concerts à l'influence corruptrice de la musique officielle » et exigeait de la part du créateur « l'indifférence envers toute forme d'échec ou de succès ». Il a souvent été comparé au Coq et l'Arlequin, qui lui est légèrement antérieur. Il n'en a pas la verve insolente ; mais une vision plus noble de l'art musical s'y exprime. On ne s'étonne pas que l'importance historique des œuvres que ce manifeste recouvre ait été capitale. Après une période d'effacement, qui a coïncidé avec les succès du nazisme (les thuriféraires de l'ordre nouveau considéraient la musique non tonale comme une manifestation de dégénérescence culturelle due à l'influence juive), un très vif courant d'intérêt s'est manifesté dans tout l'Occident, immédiatement après la guerre, envers l'école de Vienne. En France notamment, les écrits théoriques de René Leibowitz et de Pierre Boulez ont étudié l'apport des maîtres viennois ; les œuvres de Pierre Boulez, de Jean Barraqué, de Michel Philippot, etc., ont prolongé leurs acquisitions.