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Art nouveau

Aubrey Beardsley, Isolde
Aubrey Beardsley, Isolde

Nom le plus généralement donné au mouvement de rénovation des arts décoratifs et de l'architecture survenu en Occident vers la fin du xixe s.

Introduction

En 1895, le collectionneur et marchand français d’origine allemande Samuel Bing ouvre à Paris un magasin d'objets d'art et le baptise « L'Art nouveau », reprenant ainsi l'expression créée par la revue belge l'Art moderne, fondée en 1881.

Ce terme d’« Art nouveau » sera utilisé pour qualifier les créations des architectes et décorateurs avant-gardistes de la fin du xixe s. et des premières années du xxe s. Le mouvement se manifestera à une échelle internationale, s’étendant de Londres à Vienne et à Chicago.

L’emploi de lignes sinueuses, de courbes et de formes organiques représentera l’une de ses caractéristiques majeures.

L'expression « Art nouveau » consacre un phénomène exprimé sous un grand nombre d'appellations, et, parfois, de sobriquets : en Autriche et en Allemagne, le Jugendstil (« style des jeunes ») succède au Neustil (« style nouveau »), tandis que le Sezessionstil (« style de la Sécession ») reste cantonné à Vienne. Les États-Unis connaissent le style Tiffany, la Grande-Bretagne le mouvement Arts and Crafts, les Pays-Bas le Nieuwe Kunst et la Belgique le mouvement ou ligne belge et le style Horta. En Espagne, on parle de Arte joven ou de modernismo, en Italie de Stile floreale ou de Stile Liberty, de style 1900, nouille, métro, voire rastaquouère en France.

L'Art nouveau a pour ambition de fonder un style qui ne doive rien au passé et qui puisse imprégner tous les niveaux de l'activité quotidienne, de l'architecture à la mode vestimentaire, dans la rue comme dans les intérieurs. Le but final en serait l'œuvre totale (appelée Gesamtkunstwerk par les Allemands), où se résumeraient les aspirations à la modernité d'une société en pleine transformation. Mais, au lieu de donner le pas à l'ingénieur – ou au designer – sur l'artiste, comme le fera le xxe s., l'Art nouveau pense que l'artiste seul est en mesure de donner au monde moderne un visage harmonieux.

Naissance de l’Art nouveau

Vers le renouveau

Le regain d'intérêt pour la période médiévale apparu dans la seconde moitié du xixe s., tant en Europe qu'aux États-Unis, a une incidence certaine sur l'émergence de l'Art nouveau : ainsi, à l'exemple des sculpteurs de chapiteaux des cathédrales médiévales, certains artistes opèrent un retour à l'observation et à l'imitation de la nature tout en produisant de nouvelles formes, dans de nouveaux matériaux.

L'architecte et théoricien français Eugène Viollet-le-Duc, dans ses Entretiens sur l'architecture, (1863-1872) stigmatise la platitude des décors néoclassiques, qui ne correspondent plus aux réalités de l'époque.

En Angleterre, William Morris, disciple de John Ruskin, ouvre la voie au renouveau stylistique en s'insurgeant – à l'instar des préraphaélites, auxquels il se lie – contre le manque d'imagination de ses contemporains. En 1861, il ouvre à Londres le premier magasin consacré à la maison et à sa décoration. L'objet d'art y est placé en harmonie avec son environnement.

Nouvelles sources d’inspiration

L’art d’Extrême-orient

Avec l'ouverture du Japon aux étrangers, vers 1860, les Occidentaux se passionnent pour les objets extrême-orientaux, dont ils apprécient la sophistication des formes et la richesse des matériaux. Le japonisme, comme les autres courants, régénère l'inspiration des créateurs.

L’observation de la nature

Désireux de donner de nouveaux fondements à l'art, les artistes de la fin du xixe s. multiplient textes et interventions et se dotent de nombreuses institutions : revues, expositions, salons, groupes et associations. Le peintre et affichiste Eugène Grasset publie notamment un recueil de botanique appliquée à l'art : la Plante et ses applications ornementales. Le peintre Henry Van de Velde publie en 1895 à Bruxelles ses Aperçus en vue d'une synthèse de l'art, tandis que l'architecte belge Victor Horta prône un renouvellement des motifs décoratifs inspiré directement de la nature. Il écrit : « Préfère la tige et le bouton à la fleur éclose. » La plante gonflée de sève, à la tige sinueuse, séduit parce qu'elle devient symbole de ce printemps de l'art, de cette renaissance esthétique. Ver Sacrum (« le Printemps sacré »), revue autrichienne de la Sezession (mouvement de la « Sécession »), le révèle bien par le choix de son titre.

Caractéristiques principales

L’alliance du beau et de l’utile

Le renouveau de l'art passe par la refonte de la hiérarchie artistique. La distinction entre arts majeurs et arts mineurs est abolie : l'artiste, soucieux d'implanter l'harmonie dans la vie quotidienne, ne conçoit plus l'objet isolé de son environnement. Désormais, l'art est dans tout, et il découle de l'utile. Cette liaison du beau et de l'utile apparaît dans un contexte de révolution industrielle: la machine inquiète et séduit à la fois, car elle déshumanise le travail tout en produisant pour le plus grand nombre. L'art est offert à tous et s'attache à tous les domaines : William Morris, assez proche des utopistes, ne dessine-t-il pas des papiers peints ou des objets destinés à la production industrielle ? Lutter contre l'académisme, c'est aussi lutter contre l'élitisme, car, selon Van de Velde, « ce dont seule une minorité profite est à peu près inutile ». Le retour à l'observation non conventionnelle de la nature, l'abolition de la distinction entre arts majeurs et arts mineurs concourent à ouvrir l'art au plus grand nombre. L'artiste devient militant, et se trouve investi d'un rôle essentiel : faire entrer la beauté dans la vie.

Renouvellement des matériaux

De nouveaux buts et de nouvelles sources d'inspiration appellent de nouveaux matériaux : tandis que les motifs floraux sont reproduits à l'infini sur les tissus, papiers peints, reliures, affiches, meubles, et que l'image de la femme, tant bénéfique que maléfique, se trouve à la fois exaltée et banalisée comme un simple motif décoratif, l'architecture voit s'imposer l'utilisation du fer, du verre, de la céramique. Dévoilée, la structure métallique de l'édifice devient aussi ornement. L'architecte français Hector Guimard recouvre nombre de ses façades de fonte travaillée avec liberté : la matière semble saisie en pleine métamorphose. La virtuosité des maîtres verriers – Paul Daum, Émile Gallé, René Lalique, Louis Comfort Tiffany – n'a d'égale que leur inventivité. Adapter le matériau à la modernité du temps (utilisation du béton) ou révéler celui qu'on négligeait (adoption de la brique, économique et décorative) devient une exigence essentielle.

Arts décoratifs

Pour réintroduire l'harmonie dans le décor de la vie quotidienne, les architectes de l'Art nouveau prévoient jusqu'aux plus petits détails du mobilier et de l'aménagement intérieur.

L’emploi de lignes courbes et d’éléments végétaux et floraux est généralisé mais Glasgow et Vienne conservent à la ligne droite et aux surfaces nues une fonction particulière (Charles Rennie Mackintosh, Josef Hoffmann). La production de mobilier est partout florissante. La céramique, où Gauguin a pu faire figure de pionnier, est illustrée par de nombreux artisans remarquables comme le Danois Thorvald Bindesbøll, le Néerlandais Theodoor Colenbrander, auxquels il convient de joindre le Français Henri Cros, spécialiste de la pâte de verre. La verrerie, le bijou connaissent un véritable âge d’or. Si les broderies les plus déliées sont dues au sculpteur suisse Hermann Obrist, la Grande-Bretagne est la productrice des plus beaux tissus imprimés, les chintz d'Arthur H. Mackmurdo et de Charles F. Annesley Voysey.

Arts graphiques

Les répercussions de l'Art nouveau sur l'art du livre constituent un de ses aspects les plus passionnants. Non seulement l'époque abonde en livres illustrés remarquables, mais c'est la conception même du rapport texte-illustration qui se voit bouleversée, tandis qu'apparaissent de nouveaux caractères typographiques. Les plus grands illustrateurs du mouvement sont, en Grande-Bretagne, Walter Crane, Aubrey Beardsley, Frank Brangwyn, Edmund Dulac et Arthur Rackham, en Belgique Georges Lemmen, en France Eugène Grasset, en Allemagne Peter Behrens, Melchior Lechter, Thomas Theodor Heine, en Italie Alberto Martini, en Russie Ivan Bilibine. À la suite de William Morris, qui crée en 1890 son célèbre Golden Type, Georges Auriol et Grasset à Paris, Koloman Moser à Vienne et surtout Otto Eckmann à Munich vont révolutionner la typographie. La reliure est surtout représentée par le Néerlandais Carel Adolph Lion Cachet et le Nancéien René Wiener. L'affiche Art nouveau, de son côté, est d'une somptuosité et d'une efficacité rarement atteintes depuis, avec ses maîtres incontestés, Mucha et Bradley, et aussi Beardsley, Grasset, G. de Feure, Moser… Enfin, c'est à l'Art nouveau qu'un genre à ses débuts, la bande dessinée, doit son chef-d'œuvre : Little Nemo in Slumberland, de l'Américain Winsor McCay (1889-1934).

Peinture et sculpture

Dans une large mesure, la peinture de l'Art nouveau et la peinture symboliste se confondent. En effet, l'une et l'autre reçoivent l'héritage préraphaélite et ses thèmes de prédilection, l'exaltation (maléfique ou bénéfique) de la femme en premier lieu. Mais si la sensibilité est la même, une différence très nette s'établit au niveau de l'expression, par exemple lorsqu'on compare l'Autrichien Gustav Klimt au Français Gustave Moreau. Aux réflexions sur les mythes du second, les compositions du premier s'opposent comme un cri à une méditation. Gauguin et Munch exceptés, qui le débordent en tous sens, les peintres qui incarnent le mieux l'Art nouveau sont : en Angleterre, Walter Crane ; en Suisse, Ferdinand Hodler ; en Belgique, Fernand Khnopff ; en Autriche, Gustav Klimt ; en Italie, Giovanni Segantini ; aux Pays-Bas, Johan Thorn Prikker et Jan Toorop. Dans le domaine de la sculpture les figures majeures sont Gaudí et Hermann Obrist.

Architecture

Si l'on ne retenait que l'influence de Morris ou de Van de Velde, peintres venus à l'architecture, celle-ci pourrait paraître sous la dépendance des arts plastiques. Mais, tout en préférant pour son décor, comme les arts appliqués, les formes végétales à la répétition des éléments classiques ou aux pastiches « de style », l'architecture profitera davantage de la volonté d'ouverture aux réalités contemporaines, qui est l'un des points de la « doctrine » de l'Art nouveau ; elle fera siennes les conclusions des « rationalistes » du xixe s., utilisant les techniques récemment mises au point pour le fer, le verre, etc. En rompant délibérément avec un art qui ne disposait plus que de formules épuisées, l'Art nouveau a préparé la révolution architecturale des « années 1920 » ; s'il ne la réalisa pas lui-même, c'est parce que l'emploi du béton armé devait remettre tout en question.

Un style controversé

Dès son apparition, l'Art nouveau déclenche des polémiques dans un contexte artistique figé par le néoclassicisme. « Laissez tomber les anciennes traductions des vieux styles », clament les créateurs de l'Art nouveau. Le propos porte autant sur l'art que sur la société, et il explique sans doute la violence des réactions des contemporains. Le caractère international de l'Art nouveau inquiète, et ses liens avec le socialisme effraient. Cet « internationalisme » explique l'ampleur et la soudaineté du succès du mouvement, mais cela fut aussi un de ses points faibles.

Grandes aires d’expression

Belgique

Bruxelles adopte assez tôt l'Art nouveau. La revue l'Art moderne fait siennes les conceptions de William Morris. À partir de 1893, et jusqu'en 1914, se tient annuellement à Bruxelles un salon de portée internationale, la Libre Esthétique. C'est en architecture que le mouvement prend naissance à travers deux figures dominantes : Paul Hankar, qui s'inspire à la fois de Viollet-le-Duc et de l'orientalisme (maison du Peintre), et surtout Victor Horta, véritable précurseur de l'architecture Art nouveau, qui inspirera, entre autres, le Français Hector Guimard.

Horta

Marquant la naissance de l’architecture Art nouveau (qu’annoncent déjà la porte monumentale de l'Exposition de 1878 par Gustave Eiffel ou la grande salle de l'Auditorium de Chicago réalisée par Louis Sullivan et Dankmar Adler de 1886 à 1889) la maison Tassel (1892-1893), à Bruxelles, se signale en particulier par son emploi, dans une habitation, du métal conjointement avec la pierre, comme cela se pratiquait antérieurement dans les immeubles commerciaux : la façade et l'escalier comportent des colonnes et des poutres en fer. Très caractéristique également est le fait que, dans cet escalier, les éléments métalliques du garde-corps, traités dans le style végétal, se continuent avec les mêmes formes sur la mosaïque du sol ou de la peinture des murs : la nature de la matière est négligée. Ces traits se retrouvent notamment au magasin de l'Innovation (1901, détruit) et dans les nombreux hôtels particuliers construits par l’architecte (hôtel Solvay à Bruxelles). Horta ajoute à l'usage purement architectonique de la fonte un usage ornemental (musée Horta) et conçoit la première façade de verre et de fer, pour la maison du Peuple, que ses convictions socialisantes (on le surnommait « le Rouge ») l'ont amené à construire. Cependant, dès 1906, il s'oriente vers un style dépouillé, aboutissant à une quasi-nudité.

Van de Velde

Van de Velde, peintre à l'origine, un des théoriciens du mouvement, applique son talent à toutes les disciplines en ardent défenseur du cadre de vie. Écartelé entre le travail de la machine et celui de l'artisan, il restera toujours conscient du paradoxe de l'artiste moderne. Lui aussi s'éloignera des tendances décoratives de ses débuts pour ouvrir la voie aux rigueurs stylistiques du Bauhaus.

Pays-Bas

Ici, ce sont davantage les arts dits mineurs qui subissent l'influence novatrice venue d'Angleterre, mais aussi de l'île de Java. L'orfèvre Jan Einsenloeffel oriente sa production vers une stylisation proche du fonctionnel. Les porcelaines de Juriaan Kok allient des formes renouvelées à des matériaux insolites. Les artisans se regroupent autour de l'association Nieuwe Kunst. Celle-ci oriente ses membres vers l'abandon du style floral au profit de motifs géométriques.

France

Nancy

Nancy est le berceau de l'Art nouveau français, qui s'affirme d'abord à travers les arts mineurs tels que la verrerie.

Gallé

Émile Gallé, chef de file incontesté, donne à la verrerie une dimension nouvelle grâce à des innovations techniques remarquables. Il réussit particulièrement dans la marqueterie de verre et la gravure à l'acide. Cette dernière technique sera également utilisée par l'entreprise de verrerie et de cristallerie Daum.

Majorelle

L'ébéniste Louis Majorelle, quant à lui, développe avec bonheur la voluptueuse ligne en « coup de fouet », particulièrement adaptée aux motifs végétaux.

Paris

Guimard

À Paris, c'est par Hector Guimard que le scandale arrive. Dédaignant le voyage en Italie, alors traditionnel pour tous les créateurs, il va rencontrer en Belgique l'architecte Victor Horta, qui le « convertira ». Il applique au Castel Béranger (« Castel Dérangé » pour ses détracteurs) son goût pour l'asymétrie et le fantastique. Il dessine non seulement les vitraux, les papiers peints et les poignées de portes, mais jusqu'aux clous utilisés dans la construction. Il met en pratique ses principes rationalistes en « habillant » le métro et en utilisant des éléments modulables de fonte et de verre. Le « style Guimard », appelé également « style métro », discipline peu à peu la fameuse « ligne en coup de fouet » qui le caractérise et s'imprègne finalement d'influences Arts déco.

Lalique

En joaillerie et en verrerie, René Lalique crée un univers fantastique dont le végétal, la femme et l'insecte sont les motifs favoris.

Grande-Bretagne

Contrairement à la France, la Grande-Bretagne est très tôt touchée par le mouvement, qu'elle rejettera par la suite fort vivement.

Angleterre

Le courant d'idées suscité par William Morris aboutit à la création par l'architecte Charles Robert Ashbee, en 1888, de la société des Arts and Crafts, dont le peintre Walter Crane est le premier président. Ce mouvement a pour objectif d'unir toutes les disciplines artisanales et artistiques, en réaction contre la laideur de l'environnement industriel. L'architecte et décorateur Arthur Mackmurdo fonde le groupe Century Guild (1882) dans le même esprit. Ses meubles dépouillés des ornements traditionnels et ses édifices plutôt austères suscitent de vives polémiques.

Écosse

À Glasgow, en 1895, le plus avant-gardiste des créateurs écossais, Charles Rennie Mackintosh, fonde le groupe des Quatre avec Herbert MacNair et les sœurs Margaret et Frances Macdonald. Leurs créations architecturales unissent la courbe épanouie à une structure linéaire fortement rythmée. Leurs meubles, aux tons pastel et aux formes compactes, sont toujours ornés d'une rose stylisée. Des salons de thé à l'école d'art qu'ils conçoivent, ils tentent de réconcilier fantaisie et rationalisme. Cette dernière tendance prédominera : l'ornement se verra rejeté, au profit de la structure.

Allemagne

L'Art nouveau fait son apparition en Allemagne assez tardivement. À Munich, en 1896, les revues Simplicissimus et Die Jugend diffusent à la fois critiques politiques et manifestes artistiques. La tendance, qui prend le nom de Jugendstil, est représentée par deux artistes séduits par les thèmes d'inspiration florale : le peintre, sculpteur et décorateur suisse Hermann Obrist ouvre à Florence, en 1892, un atelier de broderie, qu'il transfère à Munich en 1894 ; Otto Eckmann dessine des meubles, des alphabets et des ornements typographiques. C'est à Darmstadt que sera créé un véritable centre d'études, dont l'évolution conduira peu à peu au rationalisme le plus marqué. Le peintre et architecte Peter Behrens recevra dans ses ateliers des créateurs comme Gropius, Le Corbusier ou Mies van der Rohe, et sera lié, en 1919, à la création du Bauhaus. Dans le domaine du mobilier s’illustrent August Endell, Bernhard Pankok et Richard Riemerschmid. Karl Köpping quant à lui est un verrier majeur.

Autriche

En 1897 est fondé à Vienne, par dix-neuf artistes, le groupe de la Sezession, à la tête duquel on trouve des peintres comme Gustav Klimt. Des architectes y participeront, tel Joseph Maria Olbrich. Josef Hoffmann, tout comme Adolf Loos, fait évoluer le mouvement dans un sens radical qui élimine l'ornement et le « floralisme ».

Dans le domaine de l’architecture on notera également la réalisation des stations du métro de Vienne (à partir de 1894), par Otto Wagner avant que ne se dessine une évolution importante aussi bien chez Wagner que chez ses élèves Hoffmann et Olbrich : l'architecture se dépouille à la Caisse d'épargne de Vienne (Wagner, 1904-1906), au palais Stoclet à Bruxelles (Hoffmann, 1905-1911), à la Maison des artistes de Darmstadt (Olbrich, 1901-1908), où les formes simples et les surfaces nues annonçaient déjà la phase suivante de l'architecture, comme Wagner pressentait l'urbanisme contemporain dans ses projets de villes. Même tendance aux Pays-Bas, qui pourtant ont largement diffusé les formes de l'Art nouveau, notamment par l'ameublement : la Bourse d'Amsterdam (1885-1903) de Hendrik Berlage (1856-1934) est un édifice sans ornements, avouant la brique et la charpente de fer.

Espagne

Barcelone est, à la fin du siècle, la capitale culturelle de l'Espagne. Le néoclassicisme florissant ne connaît qu'une exception : Antonio Gaudí y Cornet, architecte dont l'originalité a su séduire un mécène d'envergure, Eusebio Güell. Il traite la façade de la casa Milá comme un rivage où les grilles en fer forgé des fenêtres figurent des algues échouées. Son chef-d'œuvre – inachevé – reste la Sagrada Familia, église votive à la structure gothique magnifiée par des innovations audacieuses. Gaudí peuple d'animaux fantastiques cette sorte de concrétion minérale s'arrachant avec élan du sol. Il se consacre également au cours de sa carrière à la création d’éléments de mobilier et de pièces de ferronnerie destinés à ses propres réalisations.

Italie

En 1875, à Londres, Arthur Lasenby Liberty ouvre un magasin d'objets de décoration, et ne tarde pas à en développer le commerce sur le continent. C'est ainsi qu'en Italie le « Stile floreale » prend également le nom de « Stile Liberty ». La première Exposition internationale d'arts décoratifs se tient à Turin en 1902. Mais le Stile floreale reste très superficiel et ne bouleverse guère les habitudes artistiques. Seul l'architecte Giuseppe Sommaruga se fait remarquer, sans toutefois parvenir à s'évader du style néoclassique, comme l'atteste son palais Castiglioni (Milan, 1901), qu'il enrichit d'une ornementation souvent débordante.

États-Unis

Les influences japonaise et néogothique sont aux origines de l'Art nouveau américain. Louis Comfort Tiffany se consacre surtout au verre de 1893 à 1900. Il connaît un grand succès avec ses abat-jour en vitrail et ses vases en verre soufflé irisé « Favrile » à motifs végétaux, puis, toujours fidèle aux lignes sinueuses, réalise des pièces de céramique, d'orfèvrerie ou de joaillerie. Louis Henry Sullivan, chef de file de l'école de Chicago, se contente de plaquer arabesques et volutes sur ses édifices, sans les intégrer à leur structure.

La fin de de l'Art nouveau

L'Art nouveau mourra de ses propres contradictions. Si son ambition était de faire entrer l'art dans toutes les maisons, il ne s'est rendu matériellement accessible qu'à la bourgeoisie, et celle-ci haïssait ses tendances novatrices. Les artistes qui voulaient revenir à la pureté de l'artisan médiéval tout en pactisant avec la machine exprimaient les contradictions d'une société à la fois séduite et effrayée par l'industrialisation. La fragile unité qui existait entre tous les créateurs n'a pas longtemps résisté : beaucoup ont brûlé ce qu'ils avaient adoré la veille. L'ornement, source de renouveau s'il prend racine dans l'observation de la nature, devient nuisible par sa prolifération. La courbe donne vie à l'immobile et au rigide, mais on l'accuse vite de masquer abusivement la structure. L'Art nouveau mal compris devient le style « nouille » : la courbe s'affadit, le détail surabonde et l'objet perd de sa pureté. Quand le mouvement disparaît au profit de l'ornement, l'esprit même de l'Art nouveau est trahi.

La brièveté de la période et le mépris longtemps attaché à l'Art nouveau – les destructions d'œuvres ont été nombreuses, surtout vers 1960 – n'ont pas toujours permis de juger l'importance d'un phénomène qui ouvre la voie à la révolution artistique du xxe s.

Rompant avec l'académisme, abattant les frontières entre les arts, désormais destinés au plus grand nombre, tout en affirmant le rôle essentiel de l'artiste, qui seul peut faire entrer la beauté dans la vie, les créateurs ont amorcé le débat qui sera au centre des problèmes esthétiques de notre siècle : réflexion sur la matière, sur l'environnement de l'objet d'art, sur le rôle de l'artiste dans la société moderne. Reprenant au baroque son goût de la ligne dynamique qui met en valeur la structure, les architectes et ceux que l'on appellera les « designers » ont recherché avec ardeur la vérité de la nature.