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Drapeau de la Hongrie

Hongrie

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Carton de situation

Hongrie
en hongrois Magyarország
Nom officiel : République de Hongrie

État d'Europe orientale, la Hongrie est limitée au sud par la Croatie et la Serbie, à l'est par la Roumanie, au nord-est par l'Ukraine, au nord par la Slovaquie, à l'ouest par l'Autriche et la Slovénie.

Superficie : 93 000 km2
Nombre d'habitants : 9 993 000 (estimation pour 2009)
Nom des habitants : Hongrois
Capitale : Budapest
Langue : hongrois
Monnaie : forint

Chef de l'État : László Sólyom

Chef du gouvernement : Gordon Bajnai

Nature de l'État : république à régime parlementaire

Constitution :

 Entrée en vigueur : 20 août 1949

 Révision : octobre 1989

Institutions

Exécutif

Chef de l'État : président de la République

Chef du gouvernement : Premier ministre

Législatif

 Assemblée nationale

GÉOGRAPHIE

Les régions

Petite par la taille, entièrement danubienne, occupant le fond du bassin pannonien, la Hongrie n'en est pas moins régionalement contrastée. Formant l'ossature du pays, une dorsale O.S.-O.-E.-N.-E. peu élevée (de 500 à 800 m), mais courant sur 400 km des derniers contreforts des Alpes aux Carpates s'individualise en petits massifs cristallins, calcaires et volcaniques brisés au cénozoïque, minéralisés (bauxite, manganèse, lignite, sources thermales), couverts de forêts et frangés de vignobles. Séparés en leur milieu par la percée et le coude du Danube à Visegrád, ces massifs sont : à l'O., en Transdanubie, les monts Bakony, tombant en versants abrupts sur le lac Balaton, les Vértes, le Pilis ; au-delà, dans le massif du Nord, le Börzsöny, les monts Mátra (1 015 m au Kékes, point culminant de la Hongrie), les karsts de Bükk et d'Aggtelek, les monts de Zemplén, dominant le prestigieux vignoble de Tokaj (Tokay).

   De part et d'autre du massif de Transdanubie, deux régions agricoles douées (lœss, pluies d'été) font de la Hongrie occidentale la partie la plus opulente du pays. Au N.-O. des Bakony, une plaine de remblaiement tertiaire et quaternaire, le Kisalföld (Petite Plaine), développe jusqu'au Danube grandes cultures et fermes d'élevage à gros rendements (blé, orge, maïs, betterave sucrière, plantes fourragères, pommes de terre, vaches laitières, porcs). Au S.-E., le Mezőföld, le Somogy et le Tolna alignent, façonnées par le Kapos et ses affluents, de longues collines de faible altitude (100 à 300 m), domaine d'une polyculture intensive (céréales, fourrages, bovins, volailles). Aux collines succèdent, jusqu'à la Drave, deux blocs karstiques isolés, les Mecsek (682 m ; charbon, uranium) et le petit massif de Villány (442 m ; vignobles), déjà méditerranéens (figuiers, amandiers).

   La plaine qui, à l'E. du Danube, s'étend du massif du Nord aux frontières roumaine et yougoslave couvre la moitié du pays (47 000 km2). C'est l'Alföld, la Grande Plaine. Elle correspond au fossé de subsidence pannonien, rempli depuis le cénozoïque, selon la profondeur du socle, de 2 000 à 4 000 m de dépôts marins, lacustres, fluviaux et éoliens. Le Kiskunság (Petite Coumanie), entre Danube et Tisza, et le Nyírség, au N.-E., constituent deux immenses cônes de déjection sableux, construits par le Danube et la haute Tisza, et modelés en dunes par le vent. Le défaut de pente contrarie le drainage (méandres de la Tisza) et multiplie les efflorescences salines. La rigueur des hivers et la sécheresse de l'été faisaient naguère encore du pays une puszta (steppe) parcourue par des troupeaux extensifs de bœufs à cornes fourchues, de chevaux et de moutons. Aujourd'hui, un dense réseau de canaux d'irrigation, branchés sur le Danube et sur la Tisza (barrages de Tiszalök et de Kisköre), et une agriculture savante ont réduit la puszta aux parcs nationaux d'Hortobágy (60 000 ha) et de Bugac (30 000 ha), préservés comme réserves naturelles. Les lœss et tchernozems du Jászság et du Nagykunság (Grande Coumanie) portent des céréales (blé, maïs, riz) ; les sables du Nyírség, des plantes industrielles (tabac, pommes de terre, tournesol). Des plantations de peupliers, d'acacias, de sapins, de genévriers, mais aussi d'arbres fruitiers et de vignes ont fixé les dunes et valorisent des sols médiocres (abricotiers, pêchers, pruniers, pommiers, vins et raisins de table de Kecskemét et du Nyírség, cerisiers au sud d'Eger). Les cultures légumières et d'horticulture florale ont conquis les vallées (paprika de Kalocsa et de Szeged, oignons de Makó). Des viviers alimentent en carpes un marché friand. L'exploitation du sous-sol livre, autour de Szeged, du pétrole, du gaz naturel, de l'énergie géothermique (serres, chauffage urbain).

L'économie depuis 1945

L'économie socialiste après la Seconde Guerre mondiale

La Hongrie a adopté après la Seconde Guerre mondiale les principes de l'économie socialiste centralisée de type soviétique. C'est-à-dire qu'à la suite des nationalisations, une planification a été introduite, accompagnée d'une industrialisation rapide. De même, dans l'agriculture, les coopératives se sont développées. Cependant, la Hongrie a connu un développement économique particulier avec des phases successives de libéralisation (en 1957, 1966, 1980). Ainsi, une autonomie plus large que dans les autres pays d'Europe de l'Est (excepté en Yougoslavie) a été accordée aux entreprises. Par ailleurs, une certaine libéralisation en matière de fixation des prix a permis une décentralisation de l'économie. De plus, un intéressement des travailleurs a contribué à une nette amélioration de la productivité. Ces réformes successives ont permis une multiplication par quatre du revenu national entre 1949 et 1980.

   Dans le cadre de la division internationale du travail entre les États membres du Comecon (ou C.A.E.M. : Conseil d'assistance économique mutuelle), la Hongrie est chargée de produire des moyens de transports (camions, autobus, matériel ferroviaire, moteurs). Mais elle produit également des machines-outils, des appareils électroménagers, des centrales électriques, tandis qu'une agriculture intensive permet le développement d'industries agroalimentaires.

   En 1939, seules Budapest et Miskolc possédaient des industries importantes. En province, le développement économique a été plus lent autour des villes de Győr, Tatabánya et Székesfehérvár. Neuf villes nouvelles ont été créées après la Seconde Guerre mondiale pour accueillir de nouveaux sites industriels. Il s'agit de Komlő (carbochimie), Dunaújváros (sidérurgie), Százhalombatta (pétrochimie), Ajka et Várpalota (aluminium), Oroszlány (métaux non ferreux), Kazincbarcika et Leninváros (engrais et plastiques), Uraniumváros (nucléaire). Mais, si les régions du Nord et de l'Ouest voient leur développement s'appuyer à la fois sur l'exploitation minière, les activités industrielles, une agriculture dynamique et le tourisme, celles du Sud et de l'Est souffrent de la pauvreté du sous-sol, des aléas climatiques et de la désertification humaine. Par ailleurs, la persistance d'un faible taux de natalité a entraîné un vieillissement de la population dont une forte proportion se concentre dans les grandes agglomérations urbaines (un quart des Hongrois résident à Budapest). Malgré cet handicap, l'adaptation de l'économie hongroise aux différentes crises, tant énergétiques (dans les années 1970) que systémiques (crises du système économique socialiste), a révélé la vitalité du pays.

La transition vers l'économie de marché

La Hongrie a été le premier État du bloc socialiste à s'engager dans la voie des réformes, avec notamment une mise en place progressive de l'économie de marché. Le mouvement s'est accéléré après l'éviction de János Kádár de la direction du parti communiste en 1988. Il devenait urgent de sortir le pays d'une crise conjuguant l'inflation, la montée du chômage, l'augmentation de la dette extérieure et les phénomènes de pénuries. La nécessité de réformer en profondeur le système a conduit à la privatisation et à la libéralisation de l'économie. Ainsi, une Bourse des valeurs (la première dans les pays socialistes) a été instituée à Budapest et la Hongrie, qui comptait près de 2 000 entreprises d'État, a lancé en 1990 un vaste programme de privatisations portant sur une vingtaine de grandes sociétés. Elle a bénéficié dès lors d'un afflux important de capitaux étrangers. Les investissements se sont concentrés dans l'industrie (construction mécanique, automobiles, matériel électrique, télécommunications), et ont contribué à une croissance de 4 % de la production industrielle en 1993. Depuis 1992, cependant, les investissements directs étrangers s'essoufflent et s'orientent dorénavant, de préférence, vers les services (finance, commerce de gros et de détail) qui emploient 50 % de la population active. Le processus de privatisation s'est quelque peu ralenti à partir de 1993, étant donné la difficulté de procéder aux restructurations des très grandes entreprises et la crainte des autorités d'assister à une augmentation du chômage.

Le rapprochement avec l'Union européenne

À la différence des autres pays d'Europe de l'Est, la Hongrie avait développé, bien avant la chute du communisme, une politique de commerce extérieur permettant de nouer des liens avec les États de l'Union européenne. Ainsi, dans les années 1980, ceux-ci fournissaient 40 % des importations hongroises et absorbaient 32 % des exportations. Le pays, qui bénéficie, depuis 1989, d'un programme d'aide économique de l'Union européenne, est entré au Conseil de l'Europe en 1990. Depuis janvier 1995, conformément aux accords passés dans le cadre de son association avec l'Europe communautaire, la Hongrie s'efforce de lever ses barrières douanières.

   Une politique macro-économique de rigueur a été menée depuis le début des années 1990. Elle s'est intensifiée avec la mise en place d'un programme de stabilisation en 1995. Ainsi, les déficits des finances publiques et des paiements extérieurs se sont réduits, l'inflation a diminué et la compétitivité s'est améliorée, ramenant la confiance des marchés financiers. Depuis 1997, la croissance de la production industrielle s'accélère sous l'effet de la reprise des investissements et de la progression des exportations. Cependant, les signes de fragilité demeurent, en raison même de la très grande ouverture du pays sur l'extérieur et de la dépendance de l'activité économique vis-à-vis des importations.

   C'est donc dans un contexte contrasté de reprise et d'austérité budgétaire que s'effectue le rapprochement vers l'Union européenne. La Hongrie s'est également rapprochée, à partir 1990, de la Pologne et de la Tchécoslovaquie. Après le démantèlement du pacte de Varsovie et du Comecon en 1991, ces trois pays, regroupés dans le cadre du « groupe de Visegrád » (destiné à favoriser la coopération régionale en vue d'un rapprochement avec l'Union européenne et l'O.T.A.N.), ont signé des accords d'association avec la Communauté européenne. La Hongrie a adhéré à l'O.T.A.N. en 1999. Cependant, la persistance des discriminations à l'égard des Roms, le surpeuplement carcéral et l'alignement sur l'acquis communautaire en matière d'environnement apparaissent encore comme des insuffisances aux yeux de la Commission européenne. Les bonnes perspectives économiques du pays, présence dans les industries nouvelles et croissance en hausse, facilitent son entrée dans l'Union européenne en 2004. La Hongrie a des taux d'inflation et de chômage assez élevés. Elle doit aussi faire face au problème du statut des minorités d'origine hongroise dans les pays périphériques : en Roumanie, en Serbie (Vojvodine) et en Slovaquie.

Les ressources et les échanges aujourd'hui

L'agriculture associe céréales (blé et surtout maïs) et élevages variés ; localement, la viticulture est présente. Le sous-sol fournit du lignite, du gaz naturel et de la bauxite. L'industrie est dominée par la métallurgie de transformation, devant la chimie et l'agroalimentaire. Le secteur secondaire et plus encore les services sont présents à Budapest, qui concentre le cinquième d'une population caractérisée par un taux d'urbanisation moyen et une lente décroissance, tenant à la conjonction de la chute du taux de natalité et du vieillissement. Depuis le retour de la Hongrie à l'économie de marché et avec son intégration récente à l'Union européenne, le pays a fait d'importants progrès en terme de développement. Aujourd'hui, les principaux partenaires commerciaux sont au sein de l'Union européenne, l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie. Le tourisme culturel et climatique apporte un complément de ressources appréciable. La Hongrie offre aux touristes le charme et les facilités d'accueil de sa capitale, la séduction du Danube (Visegrád), la beauté architecturale de ses vieilles villes (Sopron). Les monts Mátra se sont équipés pour les sports d'hiver. Le lac Balaton est devenu, à 80 km de Budapest (autoroute) et avec ses 2 000 heures d'ensoleillement annuel, un ensemble balnéaire considérable (Balatonfüred, Tihany, Siófok). Le tourisme thermal anime une vingtaine de centres de cure. La nature est très protégée (3 parcs nationaux, 616 sites, 27 zones, totalisant 300 000 ha).

   En 2008, confrontée à une grave crise économique, la Hongrie obtient une aide d'un montant de 20 milliards de dollars de la part de l'Union européenne, du Fonds monétaire international (F.M.I.) et de la Banque mondiale.

HISTOIRE

Des origines à Béla III

Vers 500 avant J.-C., des Illyriens et des Thraces s'installent dans le territoire qui constituera la Hongrie ; ils sont suivis par des Scythes et des Celtes, en attendant les Romains, qui, au Ier s. après J.-C., occupent la Transdanubie et en font la province de Pannonie ; un siècle plus tard, Trajan fait de la Transylvanie le centre de la Dacie ; mais, dès 271, Rome doit l'abandonner aux Ostrogoths ; en 409, ceux-ci quittent la Pannonie ; derrière eux s'engouffrent Gépides, Huns, puis Avars. Au IXe s. arrive de l'est une population d'origine finno-ougrienne, les Hongrois, ou Magyars, qui, contraints par les Petchenègues à franchir les Carpates, s'installent dans le bassin danubien et, de là, entreprennent des raids, auxquels mettront fin la défaite du Lechfeld (955) devant l'empereur Otton Ier et le renforcement du pouvoir byzantin. Un de leurs chefs, Árpád, fonde la dynastie nationale.

   Un descendant d'Árpád, le duc Géza (972-997), impose sa domination à toutes les tribus et se fait baptiser avec toute sa famille. Son fils, Étienne Ier (997-1038), écrase les révoltes, occupe la Transylvanie. Il obtient de Rome une organisation ecclésiastique indépendante de la Germanie et reçoit du pape Sylvestre II la couronne royale, qui assure l'indépendance de la Hongrie (1000). Il disloque les tribus en divisant le domaine royal en comitats ; à sa mort, en 1038, l'État hongrois est né, mais cette mort ouvre une ère anarchique caractérisée par les guerres de succession et la suzeraineté de l'Empire. Cependant le règne d'André Ier (1047-1060) marque un retour à l'indépendance. L'un des successeurs de ce roi, Ladislas Ier (1077-1095), conquiert même la Slavonie, la Croatie et les villes dalmates ; son fils, Kálmán (1095-1116), poursuit la politique hongroise d'expansion dans les Balkans. Mais Géza II (1141-1162) doit subir la pression de Byzance.

   Bien que porté au trône par son oncle le basileus Manuel Ier, Béla III (1172-1196) secoue sa tutelle et, appuyé par le pape, reprend la Dalmatie aux Byzantins. Son règne marque la première apogée du royaume hongrois, qui atteint 2 millions d'habitants. Tandis que l'administration se modernise et que l'artisanat prend son essor, les Cisterciens multiplient les défrichements.

Les derniers Árpád et la dynastie d'Anjou-Luxembourg (1205-1437)

André II (1205-1235), affronté à la féodalité montante, doit concéder la Bulle d'or (1222), qui exonère d'impôts la petite noblesse et admet la restriction des privilèges royaux. Béla IV (1235-1270) s'efforce bien de rétablir le pouvoir royal, mais celui-ci est encore affaibli par une invasion mongole (1241-1242) qui dépeuple et ravage le pays. Au lendemain de cette épreuve, le royaume se couvre de châteaux forts. Face aux puissants féodaux, le roi s'appuie sur la petite noblesse, tandis que les villes se peuplent d'une bourgeoisie active. En 1301, la mort du dernier Árpád, André III, précipite le morcellement féodal.

   Charles Ier Robert, des Anjou de Naples (1308-1342), raffermit le pouvoir royal ; la découverte de mines d'or enrichit la bourgeoisie, tandis qu'une association diplomatique tchéco-polono-hongroise (1335), en stoppant l'expansion des Habsbourg, permet à la Hongrie de s'accroître de la Bosnie. Le fils de Charles Robert, Louis Ier le Grand (1342-1382), porte de nouveau le royaume hongrois à l'apogée, réalisant l'union de la Hongrie, de la Croatie, de la Dalmatie et devenant (1370) roi de Pologne. Mieux, son gendre, Sigismond de Luxembourg (1387-1437), bien que défait par les Turcs (Nicopolis, 1396), obtient la couronne impériale (1410) et celle de Bohême (1419), mais il perd la Dalmatie. À l'intérieur de la Hongrie, il ne peut rien contre l'oligarchie, à laquelle il essaie d'opposer les villes par lui privilégiées. De 1437 à 1440, une guerre de succession ravage le pays ; finalement, les Jagellons triomphent.

Jagellons et Hunyadi (1440-1526)

Ladislas III Jagellon, roi de Hongrie (1440-1444) sous le nom d'Ulászló Ier, doit confirmer les droits politiques de la noblesse. Aidé par le Valaque Jean Hunyadi, il s'avance jusqu'à Sofia, mais il périt à Varna, face aux Turcs, vainqueurs. Jean Hunyadi, régent (1446-1456), stoppe les Turcs devant Belgrade (1456), mais meurt peu après, laissant un pays bien peuplé (4 millions d'habitants), prospère, encore que son commerce international soit contrôlé par les Allemands. Après lui, son fils Mathias Hunyadi, dit Corvin (1458-1490), s'efforce de renforcer la centralisation et privilégie lui aussi les villes face à l'aristocratie. Il conquiert la Bohême, la Moravie, la Silésie et s'installe même à Vienne (1485), tout en maintenant à Buda une cour brillante, foyer européen d'humanisme. Mais son autorité a été telle qu'à sa mort les magnats écartent son fils pour choisir le prince le plus faible de l'Europe centrale, Ulászló II Jagellon (1490-1516), déjà roi de Bohême (sous le nom de Vladislav II), qui perd tout le terrain gagné par Mathias Corvin : l'oligarchie redevient maîtresse du pays, la paysannerie se révolte. Le fils de Vladislav II, Louis II (1516-1526), non seulement ne peut freiner cette décadence, mais il est battu par Soliman le Magnifique à Mohács (1526). Il meurt sans descendance, laissant le pays en proie aux divisions.

L'emprise des Habsbourg et la fin de l'indépendance (1526-1711)

En 1526, Ferdinand de Habsbourg – frère de Charles Quint – devient le maître des parties nord et ouest du royaume (diète de Presbourg), tandis que le parti national de Jean Zápolya conserve le Centre et l'Est. À la mort de Zápolya (1540), le Sultan occupe Buda et la plaine danubienne, ne laissant à Jean Sigismond (le fils nouveau-né de Jean Zápolya, roi de 1540 à 1571) que la Transylvanie, qui, en 1556, devient une principauté indépendante, encore que payant tribut au Sultan. Cependant les Habsbourg accentuent leur pression : de 1591 à 1606 sévit la guerre de Quinze Ans, caractérisée par la terreur organisée par l'armée impériale. Finalement, le soulèvement dirigé par Bocskai oblige les Habsbourg à reconnaître les privilèges de la Hongrie royale et de la Transylvanie.

   Georges Ier Rákóczi, prince de Transylvanie (1630-1648), confirme les libertés constitutionnelles et religieuses du pays, où la Contre-Réforme, menée par les Habsbourg, assure le triomphe du catholicisme. Mais Georges II Rákóczi (1648-1660) provoque le mécontentement du Sultan en intervenant en Pologne ; aussi la Transylvanie perd-elle son indépendance. Privée de son appui, la Hongrie royale tombe sous le joug des Habsbourg. Sous Léopold Ier (empereur de 1658 à 1705), le pays est ravagé par une véritable guerre civile opposant nobles et paysans au pouvoir central. L'insurrection s'arrête lors de l'offensive victorieuse de l'armée impériale, qui permet aux Habsbourg de se débarrasser définitivement des Turcs (paix de Karlowitz, 1699). Mais, en 1703, une formidable insurrection conduite par François II Rákóczi soulève le pays, qui, en un an, est libéré des Habsbourg. Rákóczi est proclamé prince souverain (1704), tandis que la Transylvanie, elle aussi, est libérée. En 1707, le Parlement proclame la déchéance des Habsbourg et l'indépendance de la Hongrie.

   Mais, en 1711, en l'absence de Rákóczi, le chef de l'aristocratie, Sándor Károlyi, conclut avec les Habsbourg une paix de compromis qui assure l'amnistie et l'autonomie : en fait, celle-ci consistera surtout dans le maintien des privilèges d'une noblesse (magnats) dont l'empereur Charles VI (couronné roi de Hongrie sous le nom de Charles III) a besoin pour faire reconnaître son autorité.

Les Habsbourg maîtres du pays (1711-1848)

De 1711 à 1740 règne Charles III, qui proclame (1715) l'indivisibilité de la Hongrie et des provinces héréditaires des Habsbourg ; le gouvernement du pays dépend en fait de la chancellerie de Vienne. Les Habsbourg implantent des colonies venues de tous les points de l'Empire. Marie-Thérèse (1740-1780), qui s'appuie elle aussi sur les magnats, enferme la Hongrie dans un système douanier très favorable à l'Autriche. Joseph II (1780-1790) tente de moderniser le pays, mais sa politique centralisatrice et germanophile se heurte à l'opposition grandissante des Hongrois. Si bien que Léopold II (1790-1792) reconnaît à la Hongrie la spécificité de ses lois et coutumes.

   Cependant, la peur de la Révolution française rassemble la noblesse hongroise autour de l'empereur François II (François Ier de Hongrie) [1792-1835]. Tandis que les idées libérales et nationales se répandent dans les milieux intellectuels, grâce à l'abbé Ignać Martinovics, le livre du comte I. Széchenyi (1830) – le Crédit – met en accusation tout le système féodal. Sous Ferdinand Ier (1835-1848), le courant réformiste et national se renforce avec Ferenc Kölcsey, Ferenc Deák et surtout Lajos Kossuth, qui exige l'égalité devant la loi et devant l'impôt ainsi que la suppression des privilèges.

Les grands mouvements nationaux (1848-1867)

En mars 1848, l'Autriche, cédant sous la pression de la révolution, nomme Lajos Batthyány Premier ministre et unit la Transylvanie à une Hongrie royale devenue autonome (16 mars). Mais, en Croatie, Jelačić, encouragé par Vienne, organise une armée, qui envahit la Hongrie. Cette dernière se dote d'un Comité national de défense, dirigé par Kossuth, qui bat les troupes de Jelačić (29 septembre). Cependant, les Autrichiens, qui ont mis fin à la révolution à Vienne, envahissent la Hongrie en décembre 1848 et occupent Pest en janvier 1849. Au printemps, les troupes autrichiennes sont refoulées, et, le 14 avril, le Parlement hongrois décide la déchéance des Habsbourg et proclame Kossuth président-gouverneur (14 avril). François-Joseph appelle alors à l'aide le tsar Nicolas Ier, dont les troupes battent les Hongrois à Világos (13 août). Une dure répression s'instaure ; le pays, découpé, est dirigé de Vienne, qui impose l'allemand comme langue officielle.

   Cependant, sa défaite militaire en Italie (1859) oblige François-Joseph à réviser sa politique en Hongrie. Le « Diplôme d'octobre » (1860) réorganise l'Empire dans un esprit fédéral. Mais la « patente » de février 1861 marque un retour à la centralisation, et le Parlement hongrois est dissous. La défaite autrichienne devant la Prusse (1866) amène l'empereur-roi à nommer un gouvernement hongrois dirigé par Gyula Andrássy. Le « Compromis » de 1867 crée une double monarchie austro-hongroise.

Le dualisme austro-hongrois (1868-1918)

L'Empire est partagé entre l'Autriche, ou Cisleithanie, et la Hongrie, ou Transleithanie ; le royaume de saint Étienne a sa part de « hordes » à garder, puisqu'il compte 8 millions d'allogènes sur 14 millions d'habitants. En Hongrie, l'absolutisme est tempéré par la règle du contreseing ; le pouvoir législatif est confié à deux chambres : la Chambre des magnats et la Chambre des représentants (dominée par la noblesse). L'Autriche et la Hongrie restent liées par la dynastie, par les affaires communes. Il y a en effet un ministère d'Empire (Affaires étrangères, Finances, Guerre), dont les ministres sont contrôlés par deux Délégations de soixante membres chacune, délibérant séparément, sauf exception, et alternativement à Vienne et à Pest.

   

Comme le droit de vote n'appartient qu'aux propriétaires et aux fonctionnaires, presque tous magyars (1 200 000 sur 20 millions en 1914), il n'y a en Hongrie guère d'évolution vers la démocratie. Kálmán Tisza, au pouvoir de 1875 à 1890, pratique une politique de magyarisation qui finira par provoquer des troubles, surtout chez les Slaves du Sud. En 1868, un compromis avait établi l'union personnelle entre la couronne de Hongrie et la couronne de Croatie-Slavonie, ce dernier pays jouissant d'une certaine autonomie ; mais l'accord n'est pas respecté et les Croates sont opprimés. Les politiciens hongrois, faisant assaut de nationalisme, réclament que le magyar soit employé comme langue de commandement dans l'armée de la double monarchie, ce qui provoque de mauvais rapports avec Vienne, jusqu'au jour où François-Joseph menace les magnats du suffrage universel. Ce n'est pas sans hésitation que la Hongrie se range aux côtés de l'Autriche dans la Première Guerre mondiale. Les défaites amènent la fin du dualisme austro-hongrois. Le 23 octobre 1918 se constitue un Conseil national, composé des partis de l'Indépendance, social-démocrate et radical. Après des émeutes à Budapest (28 octobre), l'archiduc Joseph, représentant du roi Charles (1916-1918), refusant de confier le pouvoir au chef de l'opposition, le comte Mihaly Károlyi, le Conseil national prend le pouvoir dans la nuit du 30 au 31 octobre. La république est proclamée le 16 novembre 1918.

Entre les deux guerres

La deuxième République hongroise, dirigée par Károlyi, est affrontée à une situation catastrophique, qui provoque un mécontentement dont bénéficie le parti communiste hongrois, formé le 24 novembre. Le 20 février 1919, à la suite d'une manifestation ouvrière qui se transforme en bataille sanglante, le parti communiste est dissous. Le gouvernement Károlyi, ne voulant pas entériner les frontières telles que les Alliés les ont fixées, démissionne le 20 mars. Se constitue alors une République des Conseils (21 mars), dirigée par les communistes et qui nationalise l'industrie et les grandes propriétés terriennes. La nouvelle Constitution (2 avril) attribue le pouvoir législatif à l'Assemblée nationale des Conseils ouvriers, paysans et militaires, et le pouvoir exécutif au Conseil exécutif révolutionnaire des commissaires du peuple, présidé par Béla Kun. Mais l'armée rouge hongroise échoue dans son offensive contre les Roumains, qui ont envahi le pays. Le Conseil révolutionnaire doit démissionner (1er août) : la République des Conseils aura duré 133 jours.

   Le contre-amiral Miklós Horthy, élu régent du « royaume sans roi » de Hongrie, rompt officiellement le lien avec l'Autriche (1er mars 1920). La paix de Trianon (4 juin) entérine la perte de la Slovaquie, de la Ruthénie, de la Transylvanie, de la Croatie, de Fiume, du Banat. En réponse à deux tentatives de restauration de Charles IV (Charles Ier d'Autriche) – mars et octobre –, les Habsbourg sont définitivement écartés du trône (novembre). En 1927, un traité d'amitié est signé avec l'Italie pour obtenir la révision du traité de Trianon.

   Mais la crise économique de 1929 touche durement la Hongrie, où le gouvernement est aux mains des conservateurs (István Bethlen de 1921 à 1931, puis G. Gömbös de 1932 à 1936). Dès 1934, par le pacte italo-austro-hongrois, Gömbös se rapproche de l'Allemagne nazie. Aussi, quand Kálmán Darányi (unitaire) arrive au gouvernement (1936), assiste-t-on à une forte poussée de l'extrême droite antisémite. Ferenc Szálasi a fondé dès 1935 le parti pronazi des Croix-Fléchées. Le 8 mai 1938, Darányi doit céder la place à Béla Imrédy, qui, lors du démembrement de la Tchécoslovaquie, obtient la restitution d'une partie de la Slovaquie (2 novembre). Imrédy, en février 1939, signe une loi antisémite et adhère au pacte anti-Komintern. Mais il est remplacé par le conservateur antinazi Pál Teleki, qui fait occuper la Ruthénie (19 mars). Le 30 août 1940, la Hongrie obtient la restitution du nord de la Transylvanie mais doit rejoindre le pacte tripartite (20 novembre).

   L'armée allemande ayant traversé la Hongrie sans son accord, Teleki se suicide. Son successeur, László Bárdossy, déclare la guerre à l'U.R.S.S. (27 juin). Mais, dès mars 1942, le gouvernement de Miklós Kállay, qui veut se retirer de la guerre, prépare une paix séparée. Aussi l'Allemagne occupe-t-elle la Hongrie (19 mars 1944) et impose-t-elle Döme Sztójay, qui applique une législation antisémite et est bientôt révoqué par Horthy (24 août), qui nomme Géza Lakatós, chargé de préparer l'armistice. Les Allemands obligent Horthy à démissionner et imposent les Croix-Fléchées de Szálasi, qui instaurent un régime de terreur. En décembre 1944, l'Armée rouge encercle Budapest, et le gouvernement de Szálasi s'enfuit en Allemagne. Le 22 décembre, les partis et organisations ayant constitué le Front national hongrois forment un gouvernement provisoire, qui signe le 20 janvier 1945 le nouvel armistice.

La Hongrie socialiste

Les réformes socialistes

Favorisé par la présence de l'Armée rouge, le parti communiste, dont les effectifs avaient toujours été très réduits et qui avait été victime d'une terrible persécution sous la Régence, se reconstitue. Le 15 mars 1945, la loi de réforme agraire distribue à 660 000 paysans environ 1 800 000 hectares. En novembre 1945, un accord économique soviéto-hongrois prolonge les réquisitions du temps de guerre par la mainmise sur l'économie hongroise. Les Magyars doivent se contenter des frontières de 1920, mais ils expulsent les 500 000 Allemands de leur pays.

   

Les élections de novembre 1945 assurent la victoire des agrariens (56 % des suffrages). Le parti communiste, qui n'a obtenu que 17 % des voix, continue à participer au ministère, gardant l'Intérieur, dont le contrôle permet de préparer l'arrivée au pouvoir. La république est proclamée (février 1946) ; Zoltán Tildy (agrarien) devient président de la République, et Ferenc Nagy (agrarien) président du Conseil. Les communistes provoquent la formation d'un bloc de la gauche au sein du Front national (mars 1946) ; de gré, puis de force, ils obtiennent l'épuration du parti agrarien ; Ferenc Nagy doit démissionner (août 1947). Les élections d'août 1947 donnent 22 % des voix au parti communiste, mais 60 % à la coalition qu'il dirige. En juin 1948, le parti communiste fusionne avec les socialistes de gauche pour former le parti des travailleurs hongrois. Les entreprises occupant plus de 100 personnes sont nationalisées. La lutte contre le clergé catholique s'accentue. Dès 1946, le cardinal Mindszenty, primat de Hongrie, a protesté contre la proclamation de la république. Peu après, le gouvernement a décidé la séparation de l'Église et de l'État, a laïcisé l'état civil et le mariage. En 1948, il sécularise les écoles et nationalise les biens du clergé, qui reçoit désormais un traitement. En février 1949, le primat est condamné à la prison perpétuelle pour complot et espionnage. Le ministre de l'Intérieur, Rajk, organise les élections de mai 1949 avec liste unique, et les partis bourgeois achèvent bientôt de disparaître. Le secrétaire général du parti communiste, Rákosi, proclame la République populaire hongroise le 20 août 1949 et présente le premier plan quinquennal (1950-1954). Le procès et l'exécution de Rajk (septembre-octobre 1949) marquent le début d'une grande épuration dirigée contre les « titistes ». En août 1952, Rákosi ajoute à ses pouvoirs de secrétaire général ceux de chef du gouvernement. Mais la déstalinisation se fait sentir en Hongrie : le 4 juillet 1953, Rákosi est remplacé au gouvernement par Imre Nagy, qui annonce « un cours nouveau » et proclame une amnistie. Le libéralisme mitigé de Nagy ne plaît à personne. Rákosi reprend de l'assurance, et, le 18 avril 1955, Nagy est relevé de ses fonctions. L'opinion ne l'admet pas, et les dirigeants du parti communiste doivent lâcher du lest : en mars 1956, Rajk est réhabilité. Le cercle Petőfi entretient l'hostilité contre Rákosi, qui démissionne le 18 juillet 1956 et est remplacé par Ernő Gerő.

   L'« Octobre polonais » accroît l'agitation de la jeunesse, au point que Gerő fait appel aux troupes soviétiques le 24 octobre 1956. Imre Nagy est nommé Premier ministre le 24 octobre, et János Kádár, le 25 octobre, remplace Gerő à la tête du parti communiste. Mais l'agitation tourne à l'insurrection nationale. Le 4 novembre 1956, les troupes soviétiques attaquent Budapest à la demande d'un nouveau gouvernement dirigé par Kádár. Les combats se seraient poursuivis dans les localités ouvrières jusqu'au 13 novembre, et des grèves durent longtemps, le gouvernement Kádár s'imposant difficilement. Nagy et ses amis, jugés secrètement, sont exécutés le 16 juin 1958.

   Secrétaire général du parti communiste et chef du gouvernement depuis 1956, János Kádár est remplacé à ce dernier poste, en 1958, par Ferenc Münnich. En 1961, il cumule de nouveau les charges de secrétaire général du parti et de président du Conseil ; en 1965, un « kadariste » éprouvé, Gyula Kállai, vice-président depuis 1960, lui succède à la tête du ministère. Quant au chef de l'État (président du Conseil présidentiel), István Dobi (de 1952 à 1967), il exerce sa charge honorifique dans l'ombre de Kádár. Dans le même temps, la Hongrie s'engage sur la voie de la déstalinisation.

L'évolution démocratique du régime

Au début de 1967, Kádár instaure un nouveau système électoral : à la place de la division du corps électoral en 20 circonscriptions à plusieurs sièges, où l'électeur ne pouvait que voter en bloc pour la liste proposée, le pays est divisé en 349 circonscriptions d'un siège, l'électeur pouvant choisir parmi les personnes proposées à chaque siège. Cette libéralisation du système électoral comporte une limite importante : le candidat doit être membre du Front patriotique populaire. Les élections de 1967 sont suivies, le 14 avril, d'un remaniement gouvernemental. Tandis que Pál Losonczi remplace István Dobi comme chef de l'État, Gyula Kállai quitte la présidence du Conseil pour celle de l'Assemblée nationale. L'homme en vue devient Jenő Fock, à qui est confiée la préparation de la réforme économique pour 1968. L'amélioration du niveau de vie, une plus grande coopération économique avec l'Occident, l'accord avec le Vatican rétablissant la hiérarchie catholique le 23 janvier 1969, le départ du cardinal Mindszenty pour Rome le 28 septembre 1971 favorisent la libéralisation. En mars 1969, les conseils locaux sont transformés en « organes autonomes socialistes », disposant aussi d'une certaine autonomie financière. L'influence des syndicats se développe, et leur secrétaire général participe au Conseil des ministres. En 1975, Jenő Fock est remplacé, à la tête du gouvernement, par György Lázár, János Kádár restant à la tête du parti et Pál Losonczi chef de l'État. La crise économique conduit le gouvernement à accentuer sa politique d'ouverture vers l'Occident.

La Hongrie post-socialiste

Les réformes politiques

Une nouvelle loi électorale instituant un système de candidatures multiples est adoptée en 1983. Elle sera mise en œuvre pour la première fois lors du scrutin de 1985. Malgré cette ouverture politique, le régime se durcit à l'égard des mouvements d'opposition. Les médias ont néanmoins la liberté d'aborder des thèmes polémiques, tels que les problèmes posés par la baisse de la natalité, les méfaits de l'alcoolisme ou encore le sort des minorités hongroises des pays voisins (Tchécoslovaquie, Roumanie). En 1987, si le parti socialiste ouvrier hongrois envisage de changer de secrétaire général, c'est probablement parce que János Kádár, âgé de 76 ans, est devenu un obstacle aux réformes. Celles-ci devenaient d'autant plus nécessaires que l'économie hongroise était en stagnation et que la situation présentait des risques d'explosion sociale. Au congrès de 1988, Károly Grosz succède à János Kádár, qui conserve néanmoins un poste honorifique de président du parti.

   Ce changement accélère les réformes déjà en cours dans les autres pays d'Europe de l'Est sous l'impulsion de la perestroïka. L'entrée des réformateurs Imre Pozsgay et Rezsö Nyers au bureau politique du parti ouvre une période de changement. À partir de 1989, deux mouvements d'opposition se transforment en partis : le Forum démocratique hongrois (M.D.F.) rassemble des intellectuels nationalistes et populistes, dont József Antall, avec l'appui tacite d'Imre Pozsgay ; l'Alliance des démocrates libres (SzDSz) regroupe la plupart des dissidents anticommunistes et libéraux. Au début de l'année 1989, le parti socialiste ouvrier hongrois, qui a fondé avec d'autres partenaires le parti socialiste hongrois (MSzP), accepte l'instauration du multipartisme (adopté au Parlement en octobre 1989). Le 23 octobre de la même année, la République populaire hongroise prend le nom de République de Hongrie, expression symbolique du changement de système. Parallèlement, une controverse sur Octobre 1956 a lieu et aboutit à une révision de l'histoire par l'opinion publique. À partir de 1989, l'anniversaire de l'insurrection de 1956 sera commémoré chaque année le 23 octobre.

   En mars-avril 1990 ont lieu les premières élections libres depuis 1947. Au premier tour, le Forum démocratique hongrois obtient 24,7 % des voix, l'Alliance des démocrates libres 21,3 %, le parti des Petits Propriétaires (FKgP) 11,7 %, le parti socialiste hongrois 10,9 %. Le deuxième tour conduit à la mise en place d'une coalition de centre droit regroupant le Forum démocratique, le parti des Petits Propriétaires et les chrétiens-démocrates, dirigée par József Antall, qui devient président du Conseil (mai). Árpád Göncz, l'un des fondateurs de l'Alliance des démocrates libres, est élu président de la République. La victoire politique de l'opposition conduit à accélérer la réforme économique, mais le manque de capitaux internes et la faiblesse des capitaux étrangers rendent difficile cette période de transition. En décembre 1993, József Antall meurt : Péter Boross lui succède à la tête du gouvernement. Le premier tour des élections législatives de mai 1994 donne lieu à un retour spectaculaire du parti socialiste hongrois, qui arrive en tête avec 32,4 % des suffrages. Tandis que l'Alliance des démocrates libres, en deuxième position, maintient à peu près son score du printemps de 1990 (19,4 %), le Forum démocratique, avec seulement 12 %, perd la moitié de ses électeurs. À l'issue du second tour, le parti socialiste détient la majorité absolue au Parlement (209 sièges sur 386). Au terme d'un « compromis historique », les socialistes et l'Alliance des démocrates libres s'accordent sur la formation d'un gouvernement de coalition dirigé par le leader du parti socialiste, Gyula Horn (juillet).

La coalition libérale-socialiste entre réussites et fragilité

Conformément aux recommandations du F.M.I., le nouveau gouvernement (MSzP-SzDSz) est contraint d'adopter une politique de très grande austérité budgétaire (dévaluation du forint, resserrement de la politique monétaire, diminution des salaires réels) entraînant un vif mécontentement social et, en janvier 1995, la démission du ministre des Finances chargé de mettre en œuvre le programme d'austérité. Toutefois, l'ouverture du commerce extérieur vers l'Union européenne permet d'éviter une grave récession. Sur le terrain diplomatique, la coalition libérale-socialiste enregistre plusieurs succès. Les relations avec la Roumanie se sont améliorées de façon notable depuis la signature d'un traité de coopération en 1996. Grâce à son ministre des Affaires étrangères László Kovács, la Hongrie joue un rôle modérateur dans une région soumise à de fortes tensions, proche de l'espace yougoslave.

La droite populiste au pouvoir : dynamisme économique et déconvenues politiques

Cependant, à partir de 1997, la vie politique du pays est marquée par divers scandales, liés à de graves affaires de corruption. Aussi, lors des élections législatives des 10 et 24 mai 1998, les électeurs apportent-ils leur soutien (38,6 % des voix, soit 148 sièges) à une formation de droite, la Fédération des jeunes démocrates (Fidesz-M.P.P.) emmenée par le jeune Viktor Orbán (35 ans), plutôt qu'aux socialistes (34,4 % des voix, soit 134 sièges). Ne disposant pas de la majorité absolue, la Fidesz-M.P.P. doit composer avec le parti des Petits Propriétaires, arrivé en troisième position avec 12,9 % des voix (48 sièges), et le Forum démocratique hongrois (14 sièges). Formé et dirigé par Viktor Orbán (juillet), le gouvernement de coalition s'efforce de remplir les objectifs énoncés pendant la campagne électorale : à l'extérieur, l'intégration dans l'O.T.A.N. (effective en 1999) puis l'adhésion à l'Union européenne (ouverture des négociations en mars 1998) sans que les intérêts nationaux soient lésés ; à l'intérieur, la lutte contre la corruption et le crime organisé, l'édification par le développement des P.M.E. d'une classe moyenne quasi inexistante, le rétablissement des allocations familiales destiné à amortir la dureté des réformes, le maintien d'un fort taux de croissance par la baisse des impôts. Le 6 juin 2000, le juriste et conservateur Ferenc Mádl est élu à la présidence de la République.

   En dépit de résultats économiques très satisfaisants, Viktor Orbán est jugé responsable de l'aggravation des inégalités sociales en période de croissance. Sur un autre plan, il est reproché d'avoir terni l'image de la Hongrie à l'étranger, en faisant voter le 19 juin 2001 une loi accordant des avantages économiques et sociaux aux 3,5 millions de Hongrois vivant dans les pays limitrophes. Aussi, lors des législatives d'avril 2002, marquées par une très forte participation (73 %), les électeurs renvoient-ils dans l'opposition la droite populiste pour lui préférer la coalition du parti socialiste (MSzP) et de l'Alliance des démocrates libres (SzDSz).

Le retour des socialistes et des libéraux et l'adhésion à l'Union européenne

Ne disposant que d'une courte majorité (198 sièges sur 386), la nouvelle coalition doit nécessairement composer avec la Fidesz-M.P.P. de Viktor Orbán et le Forum démocratique qui, avec respectivement 164 et 24 sièges, constituent une opposition puissante. Emmenée par le candidat du parti socialiste, Péter Medgyessy, nommé Premier ministre le 15 mai 2002, la coalition libérale-socialiste voit sa position consolidée par sa victoire aux élections locales d'octobre. Son objectif majeur – l'adhésion du pays à l'Union européenne – se trouve confirmé par le Conseil européen de Copenhague de décembre 2002, à l'issue duquel la Hongrie est invitée, avec neuf autres candidats, à rejoindre l'U.E. le 1er mai 2004. Dans cette attente, elle est tenue de rendre la loi sur les minorités hongroises vivant dans les pays voisins (entrée en vigueur le 1er janvier 2002) compatible avec le principe de non-discrimination énoncé dans les textes fondateurs de l'Union. Signataire en janvier 2003 de la « Lettre des huit pour un front uni face à l'Iraq », la Hongrie apporte son soutien aux États-Unis en engageant un bataillon de 300 hommes sur le terrain. Si le 12 avril 2003, les électeurs hongrois approuvent par 83,76 % des voix l'adhésion de leur pays à l'Union européenne, leur participation demeure faible, particulièrement parmi les agriculteurs, les jeunes et les personnes à faibles revenus.

   La fin de l'année 2003 et l'année 2004 sont marquées par de très vives tensions entre le parti socialiste et la Fidesz, cette dernière ayant lancé une « Pétition nationale » réclamant un certain nombre de changements dans le budget de l'État. Par ailleurs, l'Alliance des démocrates libres (SzDSz), partenaire indispensable du parti socialiste pour voter les lois, réussit à obtenir que la réduction de l'impôt sur le revenu, décidée en 2002, soit appliquée dès 2004, et ce malgré l'ampleur du déficit budgétaire. Les résultats des élections du 13 juin 2004 au Parlement européen, remportées par l'opposition conservatrice devant la coalition au pouvoir, reflètent l'affaiblissement du soutien dont cette dernière a bénéficié lors de sa première année d'exercice. Après avoir déclenché en août un conflit au sein de la coalition en limogeant le ministre de l'Économie issu du SzDSz, P. Medgyessy démissionne. Ferenc Gyurcsány, ministre de la Jeunesse et des Sports dans le cabinet sortant, est désigné par le parti socialiste pour lui succéder.

La Hongrie sous la direction de Ferenc Gyurcsány (2004-2009)

F. Gyurcsány, fils d'ouvrier et ancien dirigeant des Jeunesses communistes, entrepreneur devenu milliardaire puis revenu à la politique en 2002, est élu Premier ministre par le Parlement le 29 septembre 2004.

   Lors du référendum organisé le 5 décembre suivant à la demande de l'Union mondiale des Hongrois (MVSz), les Hongrois sont appelés à se prononcer sur l'octroi éventuel de la double nationalité aux minorités hongroises disséminées dans les pays voisins et sur l'arrêt du processus de privatisation des hôpitaux. Ils répondent à 51,6 % à la première question, à 65 % à la seconde. Le référendum est invalidé faute de participation suffisante, mais majorité et opposition revendiquent toutes deux la victoire. Le 2 mai 2005, F. Gyurcsány présente au Parlement son « Programme des cent pas » concernant la politique de l'emploi, les systèmes de santé et de retraite, l'éducation, le régime fiscal, les collectivités locales. Les 6 et 7 juin 2005, le candidat de la Fidesz-Alliance civique (nouveau nom de la Fidesz depuis 2003), le conservateur László Sólyom, est élu à la tête de l'État.

   Les élections législatives des 9 et 23 avril 2006 voient la victoire de la majorité socialiste-libérale sortante avec 210 sièges (sur 386), contre 175 sièges pour l'opposition conservatrice (164 pour la Fidesz-Alliance civique à laquelle s'est rallié le parti chrétien démocrate [K.D.N.P.], 11 pour le Forum démocratique). Le parti socialiste, ayant obtenu la majorité avec 190 sièges, forme de nouveau une coalition avec son fidèle partenaire, l'Alliance des démocrates libres (SzDSz), détentrice de 20 sièges. Entré en fonctions le 9 juin, le second gouvernement de coalition Gyurscány, est – à l'image de son programme intitulé « Une nouvelle Hongrie » – un cabinet resserré de 12 ministres. L'objectif annoncé – rejoindre la zone euro en 2010 – nécessite en effet une cure d'austérité passant notamment par la réduction des effectifs des ministères, la suppression d'emplois de fonctionnaires, la hausse des impôts et celle de la T.V.A. sur certains produits courants, l'augmentation des prix de l'électricité, du gaz, du tabac, de l'alcool, l'introduction d'une taxe de solidarité à laquelle sont soumis particuliers et entreprises.

   Le 17 septembre, la diffusion par la télévision publique d'un discours du Premier ministre tenu à huis clos le 26 mai devant son parti, dans lequel il reconnaît avoir menti sur la politique économique de son gouvernement pour remporter les élections législatives d'avril, provoque de violentes émeutes à Budapest. Malgré l'ampleur des manifestations, F. Gyurscány refuse de démissionner. Après avoir reçu le soutien de la Commission européenne l'invitant à appliquer rigoureusement sa politique d'austérité, il présente ses excuses fin septembre. En dépit de la victoire de la Fidesz-Alliance civique aux élections locales du 1er octobre – à l'issue desquelles elle remporte 18 des 19 assemblées départementales de province, à l'exception de Budapest qui reste acquise à la coalition gouvernementale –, le Premier ministre refuse toujours de démissionner. Le président L. Sólyom appelle le Parlement à déposer une motion de censure, mais, conforté par le vote de confiance de 207 députés contre 165, F. Gyurcsány lance un appel au calme.

   Sous sa conduite , la Hongrie prend ses distances avec les États-Unis. Dès novembre 2004, le Premier ministre annonce le retrait du contingent hongrois déployé à la suite de l'intervention américano-britannique en Iraq au printemps 2003 ; celui-ci est achevé fin mars 2005. En décembre 2007, par 325 voix pour, 5 contre et 14 abstentions, la Hongrie ratifie le traité de Lisbonne, censé remplacer le projet de Constitution européenne. Par ailleurs, en mai 2008, la France et la Hongrie signent un partenariat stratégique portant sur une coopération dans les domaines politique, scientifique, énergétique (nucléaire civil), agricole, environnemental ainsi que celui de la défense.

   En mars et avril 2008, en remportant un référendum contre deux mesures budgétaires sur les droits d'entrée à l'Université et le paiement des consultations médicales, prises dans le cadre du plan de restrictions budgétaires, l'opposition de droite fait éclater la coalition de centre gauche au pouvoir. La suspension de la privatisation partielle de l'assurance-maladie entraîne le limogeage du ministre libéral de la Santé et la démission des autres ministres membres de la SzDSz. À la tête d'un gouvernement minoritaire, F. Gyurscány ne parvient pas à trouver la majorité nécessaire pour appliquer son plan de réformes alors que la Hongrie est touchée de plein fouet par la crise financière internationale, et doit démissionner en mars 2009. Gordon Bajnai, ministre de l'Économie (sans étiquette) dans le gouvernement sortant, est chargé de lui succéder et reçoit le soutien du Parlement en avril à la suite d'une « motion de défiance constructive », procédure permettant d'éviter les élections législatives anticipées réclamées par l'opposition de droite. Ce gouvernement, investi pour un an, est chargé d'adopter les mesures d'urgence dans l'attente des élections de 2010 et alors que l'opposition conservatrice, représentée par la liste Fidesz-K.D.N.P, l'emporte aux élections européennes de juin. Si la participation reste toujours très faible (36,2 % contre 38,5 % en 2004), avec 56,3 % des suffrages, la droite devance très largement le parti socialiste qui recule de 34,3 % à 17,3 % des voix tandis que le parti d'extrême droite Jobbik (Mouvement pour une meilleure Hongrie) fait une percée en arrivant en troisième position avec près de 15 % des voix et trois députés.

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