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Croatie

en croate Hrvatska

Nom officiel : République de Croatie

Carton de situation - Croatie
Drapeau de la Croatie
Drapeau de la Croatie

État de l'Europe balkanique baigné à l'ouest par la mer Adriatique, la Croatie est limitée à l'est par le Monténégro, au sud par la Bosnie-Herzégovine, au nord par la Hongrie et au nord-ouest par la Slovénie.
La Croatie est membre de l'Union européenne et de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN).

  • Superficie : 56 500 km2
  • Nombre d'habitants : 4 290 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Croates
  • Capitale : Zagreb
  • Langue : croate
  • Monnaie : kuna
  • Chef de l'État : Ivo Josipović
  • Chef du gouvernement : Zoran Milanović
  • Nature de l'État : république à régime parlementaire
  • Constitution :
    • Entrée en vigueur : 21 décembre 1990
Pour en savoir plus : institutions de la Croatie

GÉOGRAPHIE

Étirée en forme de croissant, du Danube à la mer Adriatique, la Croatie est formée de collines et de plaines dans le nord et l'est, de reliefs (Alpes dinariques) dominant la côte dalmate à l'O. Les Croates d'origine, catholiques, sont nettement majoritaires. Le pays compte plus de 10 % de Serbes, orthodoxes. L'agriculture juxtapose céréales (blé et maïs) dans la Slavonie, correspondant largement aux plaines d'entre Save et Drave, et cultures plus spécialisées (vignes, agrumes) sur la frange méditerranéenne. L'industrie souffre de la pauvreté du sous-sol et de l'étroitesse du marché intérieur Les principales industries, chimie, métallurgie et construction navale, sont localisées sur le littoral. Le littoral est une grande région touristique (vers Split et Dubrovnik).

La Croatie devient le 28e État de l’Union européenne en 2013.

1. Le relief

La Slavonie, au nord-est, constituée par les larges couloirs de plaines pannoniennes de la Podravina et de la Posavina, limités par les terrasses de la Drave, qui forme en partie la frontière avec la Hongrie, et la Save, navigable jusqu'à Sisak, qui atteint le Danube à l'est et qui entourent les massifs du Papuk et du Psunj. Ces deux vallées sont séparées par des reliefs, fragments de massifs anciens, détachés des Alpes orientales slovènes, frangés de collines de dépôts néogènes, couvertes de vignes et de vergers. Au sud, les collines de la Krajina de Croatie épousent la courbure de la frontière bosniaque.

La Croatie occidentale se compose de hautes chaînes calcaires (Corski Kotar, 1 528 m ; Velebit, 1 757 m), de plateaux et de poljés (Lika). Elle tombe abruptement sur le littoral adriatique. La Lika est un grand poljé karstique enclavé.

La Dalmatie, au sud-est, forme une bande côtière étroite, bordée de 1 185 îles et îlots orientés parallèlement au littoral (parmi les principales îles : Brac, Cres, Dugi Otok, Hvar, Korcula, Krk, Losinj, Mljet, Pag, Rab, Solta, Vis). Cette zone de karst très dégradé tourne le dos à l'arrière-pays bosniaque, accessible seulement par la vallée de la Neretva.

2. Les différentes régions

2.1. Le centre

Le territoire de la Croatie résulte de la réunion de régions historiques. La région-cœur, qui jusqu'au milieu du xixe s. était la seule à être désignée comme Croatie, s'étend du nord-est au sud-ouest, depuis la Drave jusqu'à l'Adriatique. La région de Zagreb et les collines densément peuplées du Zagorje en constituent le centre ; au nord, le Medjimurje et la région de Varaždin se rattachent plutôt à la zone pannonienne. Le principal port du pays, Rijeka, au fond du golfe du Kvarner, est relié à son hinterland centre-européen par le col de Delnice (742 m).

2.2. La Slavonie

Densément peuplée, la Slavonie pratique une agriculture performante, recèle un peu de pétrole et a développé une industrie de transformation variée. Son chef-lieu, Osijek, à mi-chemin entre Zagreb et Belgrade, a souffert de la guerre de 1991-1995 ; Vukovar, seul port danubien, a été entièrement détruit. Vinkovci et Slavonski Brod possèdent des industries variées.

2.3. Les Alpes dinariques

Le bourrelet montagneux des Alpes dinariques, qui sépare la Croatie intérieure du littoral, consiste en chaînons calcaires, tel le Velebit, entourant des poljés (Lika). Traversée par le grand axe de circulation Zagreb-Rijeka, animée ponctuellement par l'industrie (Lički Osik) ou le tourisme (lacs de Plitvice), c'est une région pauvre et dépeuplée.

2.4. Le littoral

La Croatie possède, avec les côtes d'Istrie, du Kvarner et de Dalmatie, plus de 80 % de l'ancien littoral yougoslave. Elle s'étend jusqu'aux bouches de Kotor. La Dalmatie, au sud-est, forme une bande côtière étroite, bordée de 1 185 îles et îlots orientés parallèlement au littoral. Cette zone de karst très dégradé tourne le dos à l'arrière-pays bosniaque, accessible seulement par la vallée de la Neretva. Autrefois très mal relié à l'intérieur du pays, ce littoral, aujourd'hui désenclavé, connaît une croissance économique rapide, fondée sur l'activité portuaire (Rijeka, premier port du pays, Split, métropole régionale active [chantiers navals, cimenteries, etc.], Kardeljevo), l'industrie (constructions navales, chimie, cimenteries, combinat d'aluminium de Šibenik traitant la bauxite dalmate) et le tourisme, présent à Dubrovnik et à Split, et qui intéresse aussi certaines îles de l'archipel dalmate.

Le tourisme est devenu depuis les années 1960 une activité prédominante dont le succès repose sur la variété des paysages, l'ensoleillement généreux et la richesse du patrimoine culturel. Le pays a accueilli plus de 9 millions de touristes en 2011. Tout au sud, le territoire de Dubrovnik est isolé par une bande de territoire appartenant à la Bosnie-Herzégovine. Les îles, fortement dépeuplées, mais très fréquentées l'été, connaissent des problèmes d'approvisionnement en eau. L'agriculture (vigne, agrumes), qui souffre de la faiblesse des surfaces cultivables, joue un rôle modeste dans ce développement.

L'Istrie, à l'ouest, est une péninsule qui se prête aux cultures méditerranéennes. Sa position très occidentale a permis l'essor du tourisme (Poreč). Pula offre la meilleure rade au nord de l'Adriatique. Ses chantiers navals sont dynamiques.

2.5. Zagreb

Cette relative disparité géographique, encore mal surmontée par le réseau des communications, est compensée par un vigoureux sentiment national croate qui a su dépasser les différences dialectales (cakavien dans les îles, kajkavien dans le Zagorje, stokavien ailleurs). Zagreb domine le pays. Située sur le grand axe européen qui suit la vallée de la Save, la ville a connu, grâce au chemin de fer, un développement industriel précoce. Dans le cadre yougoslave, son rayonnement s'étendait à toute la moitié occidentale du pays. Le communisme y a développé une puissante industrie mécanique, bientôt relayée par la pétrochimie.

HISTOIRE

Au début de notre ère, les régions croates, peuplées d'Illyriens, sont incluses dans les provinces romaines de Pannonie et de Dalmatie ; lors des grandes invasions, elles entrent en partie dans un État ostrogoth, puis lombard, enfin avar au viie s. ; à cette époque, les Croates s'y implantent. En Croatie dalmate, les tribus croates s'organisent sous le prince Trpimir (vers 845-864). Au xe s., le roi Tomislav règne sur le pays tout entier et fonde une dynastie en se proclamant en 925 rex Croatorum. Il doit lutter contre les Hongrois, les Bulgares et Byzance, et étend sa domination en Pannonie, en Bosnie et dans les villes et les îles du littoral. Parmi ses successeurs, Étienne (Stjepan) Držislav (969-997) combat les Bulgares, Krešimir III (1000-1003) doit reconnaître la suzeraineté de Byzance. L'Église croate est partagée entre le rite latin et le rite slave et oriental, propagé au ixe s. par Cyrille et Méthode. Pierre (Petar) Krešimir IV (1058-1074) se rapproche de Rome, et le concile de Split de 1060 exige l'adoption du rite latin. Non sans luttes, l'influence « latine » finit par prévaloir sur le parti slave. Dmitar Zvonimir est couronné à Split, en 1076, par le légat du pape. À la mort de ce dernier, sa veuve réclame l'aide de son frère le roi de Hongrie, qui s'empare du nord de la Croatie, le littoral retournant à Byzance. En 1097, le dernier roi croate Pierre (Petar) Svačié, élu par le parti slave, est tué en combattant les Hongrois, et le roi Kálmán de Hongrie est couronné roi de Croatie à Biograd na Moru en 1102.

L'union avec la Hongrie et la domination autrichienne

Liée désormais à la Hongrie par une union personnelle, la Croatie, pendant huit siècles, formera sous la couronne de saint Étienne un royaume particulier ayant son ban et sa diète. La lutte pour le littoral s'intensifie : la paix de Zadar (1358) redonne la côte à la Hongrie, mais, à partir de 1420, Venise s'y implante de façon durable (jusqu'en 1797). En 1526, le roi de Hongrie Louis II est battu par les Turcs à Mohács et une partie de la Croatie passe sous la domination ottomane, tandis qu'en 1527, à Cetin, les nobles croates élisent pour roi Ferdinand Ier de Habsbourg. La noblesse croate se rapproche de la Hongrie, et le premier ban de la Croatie prend place à la Chambre des magnats hongrois en 1625. En 1671, le complot fomenté par Zrinski, Frankopan et d'autres membres de la noblesse croate et hongroise contre les Habsbourg aboutit à leur exécution et à la confiscation de leurs biens.

Par la suite, le traité de Karlowitz (Karlovci) [1699] reprend aux Turcs leurs conquêtes en Croatie ; ces terres slavonnes sont données à des nobles, des non-Croates surtout. À la fin du xviiie s., l'absolutisme autrichien provoque un rapprochement entre nobles hongrois et croates ; en 1790, la diète croate abdique certaines compétences en faveur de la diète hongroise. Napoléon Ier crée en 1805, avec des territoires croates et slovènes, les Provinces Illyriennes, qu'il perd en 1813. Enfin, en 1822, la Croatie recouvre ses anciennes frontières, et ses liens avec la Hongrie sont restaurés. En voulant imposer leur langue, les Hongrois accélèrent le mouvement national croate, qui prend la forme de l'illyrisme, et qui s'oriente vers les autres Slaves du Sud.

Quand les Hongrois s'insurgent en 1848, les Croates combattent, avec leur ban Josip Jelačić, en faveur des Habsbourg. Cette politique s'explique à la fois par leur attitude religieuse, qui les rapproche des Autrichiens (catholicisme) et les oppose aux Serbes (orthodoxie), et par leur volonté d'indépendance par rapport aux Hongrois, dont la révolution nationale représente aussi la sujétion des Slaves dépendant de la couronne de saint Étienne. En 1848 le servage est aboli, mais le statut politique de la Croatie change peu malgré les services rendus à l'Autriche ; de 1849 à 1860, le pays est soumis à l'absolutisme du ministre autrichien Bach et la germanisation. Lors de l'établissement du régime dualiste en Autriche-Hongrie (1867), la Croatie se trouve dans la partie hongroise, la ville de Rijeka étant administrée directement.

La Diète croate conclut, en 1868, avec le Parlement de Budapest, un accord, révisé en 1878, qui octroie une certaine autonomie et l'usage de la langue croate, mais les partis nationaux le combattent comme insuffisant. L'évêque de Djakovo, Josip Štrosmajer (ou Strossmayer), défend l'idée de la création d'État sud-slave, et le parti du « Droit » de Eugen Kvaternik et Ante Starčević, celle d'une Croatie autonome. Par ailleurs des tensions existent entre Croates et Serbes, Josip Frank, dissident du parti du Droit, et ses partisans manifestant un nationalisme croate très hostile aux Serbes. Cependant, en 1905, un accord intervient entre des politiciens croates et serbes qui espèrent, en appuyant la lutte de l'opposition libérale en Hongrie, améliorer le sort de la Croatie : c'est la « résolution de Fiume ». La coalition serbo-croate obtient, en février 1908, la majorité à la Diète croate. Mais la Hongrie poursuit la lutte anticroate. Pendant la Première Guerre mondiale, des politiciens croates animent à Londres un Comité national yougoslave, qui défend l'unification et l'indépendance des Slaves du Sud de l'Autriche-Hongrie.

La Croatie dans l'État monarchique yougoslave

À la fin de la guerre, la Diète croate proclame, le 29 octobre 1918, l'indépendance du pays et son rattachement au nouveau royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Mais la Croatie, au sein du nouvel État yougoslave, n'obtient pas d'autonomie ; les Croates fédéralistes s'opposent aux Serbes centralistes. Le parti paysan croate, dirigé par Stjepan Radić, obtient aux élections de 1920 une forte majorité et refuse de voter la Constitution, jugée trop centraliste. Le parti paysan finit par reconnaître la monarchie serbe en 1925, mais, après une brève participation au pouvoir, retourne dans l'opposition. En 1928, l'assassinat de Radić et d'autres députés croates provoque une crise grave et entraîne la dictature d'Alexandre Ier Karadjordjević. Ce n'est qu'en 1939 qu'un compromis intervient entre le ministre Dragiša Cvetković et le nouveau chef du parti paysan, Maček ; il donne un statut autonome à une banovine de Croatie englobant une partie de la Bosnie.

Dans la Yougoslavie occupée par les Allemands et ses alliés et démantelée, la Croatie devient un « État indépendant » sous contrôle allemand et italien, bientôt érigé en royaume, dirigé par Ante Pavelić et les Oustachi, qui collaborent avec les Allemands à la lutte contre les partisans de Tito. En 1943, un conseil antifasciste de libération nationale est créé. Presque entièrement libérée en mai 1945, la Croatie devient une république fédérée de la Yougoslavie.

La Croatie dans la République socialiste fédérative de Yougoslavie

La Croatie est la république de Yougoslavie qui concentre le plus de devises étrangères, principalement grâce au tourisme. Sa participation au Fonds de redistribution pour les régions pauvres de la fédération (Kosovo, Macédoine) est donc importante. Le mouvement national croate qui se développe en 1971 dénonce ce système de redistribution des richesses au sein de la Fédération yougoslave. En novembre 1971, d'importantes manifestations étudiantes, soutenues par la direction communiste croate (Savka Dabčević, Mika Tripalo), font renaître l'idée d'une éventuelle indépendance. Accusés par Tito de nationalisme et de liens avec l'immigration croate anti-yougoslave, les leaders communistes du mouvement sont contraints de démissionner. La Croatie gagne néanmoins en autonomie avec la Constitution de 1974, qui confère davantage de compétences aux républiques fédérées. Mais, durant les années 1980, après la mort de Tito, deux forces politiques s'affrontent en Croatie. D'un côté, les communistes réformateurs, avec Ante Marković, qui est élu président du gouvernement fédéral en janvier 1989, et, de l'autre, une coalition regroupant des anticommunistes et des nationalistes, dont l'Union démocratique croate (HDZ) dirigée par Franjo Tudjman.

L'indépendance

L'Union démocratique croate (HDZ) prend ses distances avec le pouvoir fédéral, dirigé par les communistes réformateurs qui ont mis en place à partir du 1er janvier 1990 un programme de stabilisation pour sortir le pays d'une hyperinflation et transformer le système économique. Les effets négatifs de ces mesures (baisse de la production, augmentation du chômage) vont permettre à la HDZ de mener une campagne contre le programme fédéral. Lors des premières élections libres et pluralistes de mai 1990, la HDZ remporte ainsi une large majorité et F. Tudjman est élu président de la République par le Parlement. Les tensions s'intensifient aussi avec les dirigeants serbes de Belgrade sur la question de l'avenir de la fédération, la HDZ souhaitant obtenir une large indépendance économique, politique et militaire pour la Croatie. L'intransigeance des autorités de la république serbe, présidée par Slobodan Milošević, rend impossible toute négociation sur la souveraineté croate. En mai 1991, 94 % des Croates se prononcent en faveur de l'indépendance de leur pays lors d'un référendum organisé par la HDZ et boycotté par la minorité serbe de Croatie, qui représente 11,5 % de la population et vit principalement en Krajina. L'indépendance de la Croatie, proclamée le 25 juin 1991, est rejetée par le gouvernement fédéral.

La guerre

Refusant de reconnaître le pouvoir de la HDZ et les symboles de l'indépendance (le nouveau drapeau rappelle celui de la Croatie indépendante des Oustachi créée par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale), les Serbes de Krajina prennent les armes et obtiennent le soutien de l'armée fédérale. Celle-ci devient majoritairement serbe après de nombreuses désertions d'officiers croates et l'organisation, à son détriment, d'un recrutement parallèle dans les forces de la défense territoriale dirigée par la HDZ. L'armée fédérale prend le contrôle de 30 % du territoire croate, après les affrontements dans les périphéries des villes de Karlovac, d'Osijek, de Zadar, de Dubrovnik et la chute de Vukovar.

L'Union européenne refuse dans un premier temps de reconnaître l'indépendance de la Croatie et préfère accorder son soutien au gouvernement fédéral dirigé par A. Marković. De fait, la complexité de la question nationale dans les Balkans et le risque d'extension du mouvement aux autres républiques, susceptible de provoquer de nouveaux conflits dans le reste du pays, inquiètent la communauté internationale. Sans tenir compte de l'avis négatif exprimé par la Commission d'arbitrage, mise en place par l'UE pour évaluer les conditions de l'indépendance, l'Allemagne décide de reconnaître unilatéralement la Croatie en décembre 1991. De janvier à avril 1992, une trentaine de pays, dont la plupart des États de l'UE, reconnaissent à leur tour l'indépendance de la Croatie, qui est admise en mai 1992 à l'ONU

Entre-temps, la poursuite des combats entre l'armée fédérale et les milices croates soutenues par la défense territoriale pousse l'ONU à intervenir : une force internationale d'interposition (Forpronu) se déploie en Croatie dès mars 1992, sans toutefois apporter de solution militaire ni politique au conflit. Les Croates s'engagent en janvier 1993 dans des combats en Krajina et dans la région de Maslenica. En mars 1994, l'alliance conclue avec les forces croato-musulmanes de Bosnie (accords de Washington), malgré ses vicissitudes, permet également à l'armée croate d'intervenir dans ce pays voisin et surtout de reprendre sous son contrôle en mai 1995 des territoires de la Slavonie occidentale.

En août 1995, une importante offensive croate – l'opération « Tempête » (« Oluja »), commandée par le général Ante Gotovina – est lancée contre les Serbes de Krajina, provoquant le plus grand exode de population qu'aient causé les conflits de l'ex-Yougoslavie. Plus de 300 000 réfugiés quittent la Krajina pour la Serbie. Affaiblis par les bombardements de l'OTAN, les Serbes de Bosnie n'interviennent pas, ni les autorités de Belgrade. Ces victoires militaires contre les Serbes assurent à la HDZ une large majorité lors des élections législatives anticipées d'octobre 1995, mais l'autoritarisme du régime est dénoncé par une opposition de plus en plus active.

La Croatie après les accords de Dayton

En marge des accords de Dayton sur la paix en Bosnie-Herzégovine (décembre 1995), cosignés par la Croatie, les accords d'Erdut sur la Slavonie orientale, occupée jusque-là par les forces serbes, permettent au pays de reconstituer progressivement ses frontières de 1991. La Croatie est admise au Conseil de l'Europe en juillet 1996, après quelques réticences liées à la question du retour des réfugiés serbes en Krajina et au déficit démocratique du régime. Le processus de normalisation avec la nouvelle République fédérale de Yougoslavie (RFY) aboutit à la réintégration de la ville de Vukovar le 15 janvier 1998 : désormais, pour la première fois depuis la proclamation de l'indépendance, en juin 1991, Zagreb exerce ainsi sa souveraineté sur l'ensemble du territoire de l'ancienne République socialiste de Croatie. Malgré l'affaiblissement de la HDZ et le mécontentement social, les élections régionales et présidentielles d'avril et de juin 1997 permettent au président F. Tudjman d'obtenir un troisième mandat de cinq ans, les partis d'opposition s'étant montrés incapables de s'unir et d'adopter une stratégie cohérente. Privé du soutien international dont il bénéficiait pendant la guerre, le régime cherche à se rapprocher de l'Union européenne. F. Tudjman meurt en décembre 1999.

La sortie de l'isolement

À l'issue des élections législatives de janvier 2000, la HDZ accuse un net recul au profit d'une coalition de six partis de centre gauche, dont le parti social-démocrate (SDP, successeur de la Ligue communiste) et le parti social-libéral (HSLS). Ivica Račan, leader du SDP, prend la tête du nouveau gouvernement. Un mois plus tard, le candidat du parti populaire (HNS), le centriste Stipe Mesić, remporte l'élection présidentielle anticipée avec 56,2 % des voix à l'issue du second tour. Le gouvernement Račan souhaite briser l'isolement de la Croatie grâce à une intégration à terme à l'UE et à l'OTAN. Il réussit à engager le pays sur la voie d'une démocratie libérale en transformant, notamment, le système semi-présidentiel en système parlementaire à l'automne 2000 et en supprimant, en février 2001, la Chambre des comitats (Županijski dom). En revanche, sa décision de collaborer avec le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) entraîne la démission de 4 ministres du HSLS et suscite de vives réticences au sein de la population croate. À la suite d'une crise gouvernementale qui éclate en juillet 2002, I. Račan forme un nouveau cabinet composé du parti paysan (HSS), du parti populaire (HNS) et d'une fraction dissidente du HSLS, dénommée Libra. Le dépôt de la candidature officielle de la Croatie à l'adhésion à l'UE, en février 2003, n'apporte aucun bénéfice à la coalition au pouvoir. Minée, de surcroît, par des dissensions entre le SDP et le HSS et souffrant d'une baisse de popularité, celle-ci perd les élections législatives anticipées de novembre au profit de la HDZ d'Ivo Sanader.

Sur le plan régional, la Croatie aspire à normaliser ses relations avec ses voisins issus de la Yougoslavie, même si plusieurs contentieux demeurent sans solution. Elle signe en décembre 2002 avec la RFY un protocole intérimaire sur le statut de la presqu'île de Prevlaka, située à la frontière croato-monténégrine et occupée en 1991 par l'armée yougoslave ; un accord sur la libéralisation du régime des visas (juin 2003) et un accord de libre-échange (décembre 2003). Des trois principaux litiges subsistant entre la Slovénie et la Croatie depuis leur accession à l'indépendance – la délimitation des frontières maritimes entre les deux pays dans le golfe de Piran, le dédommagement d'épargnants croates dans une banque devenue slovène et l'utilisation de la centrale nucléaire commune de Krsko – seul ce dernier trouve une solution en 2003. Enfin, en Bosnie-Herzégovine, la Croatie renonce officiellement à établir des liens privilégiés avec la communauté croate vivant dans ce pays – comme l'y autorisent les accords de Dayton –, sans pour autant se désolidariser complètement de son sort.

L'intégration à l'OTAN – autre objectif majeur de la Croatie avec l'adhésion à l'UE – est reléguée au second plan. Une première étape est franchie en juillet 2000 lorsque la Croatie est admise dans le partenariat pour la paix. Par ailleurs, l'intégration dans l'Alliance atlantique pâtit d'un net refroidissement des relations croato-américaines : en effet, pourtant cosignataire, en février 2003, de la déclaration du groupe de Vilnius appuyant le projet américano-britannique d'intervention militaire en Iraq, Zagreb refuse d'y envoyer des troupes, et d'extrader les citoyens américains appelés à comparaître devant la Cour pénale internationale (CPI). S'alignant ainsi sur la position commune adoptée par l'UE, la Croatie entend, prioritairement, se rapprocher de l'Europe.

Le retour au pouvoir de l'Union démocratique croate et le difficile rapprochement vers l'Europe

I. Sanader, chef de file de la HDZ depuis 2000, s'évertue à faire oublier l'image négative attachée au parti nationaliste fondé par F. Tudjman : il rénove la formation en en excluant les éléments les plus radicaux et parvient à la transformer en un parti de centre droit proeuropéen. Privé de majorité absolue à l'Assemblée, il s'assure le soutien du parti social-libéral croate (HSLS), du Centre démocratique (DC) et du parti paysan (HSS). Son gouvernement, investi en décembre 2003, de même que le président centriste, S. Mesić (réélu en 2005), prônent une adhésion rapide de leur pays au sein de l'UE et en font leur objectif prioritaire. Au sommet européen des 16 et 17 décembre 2004, la Croatie reçoit l'autorisation d'ouvrir des négociations d'adhésion en mars 2005, sous réserve d'une « pleine et entière coopération avec le TPIY ». Celle-ci implique notamment l'arrestation et le transfèrement à La Haye du général A. Gotovina, en fuite depuis son inculpation en 2001 pour crimes de guerre contre les Serbes de Croatie lors du conflit serbo-croate. Célébré comme un héros après la reconquête, en août 1995, de la Krajina, le général Gotovina bénéficie de la protection d'une partie de l'Église catholique croate, des milieux nationalistes – notamment les services secrets, l'armée et la police, non démantelés depuis la mort du président Tudjman – et jouit toujours d'une grande popularité dans l'opinion publique. Par ailleurs, le tribunal est largement considéré en Croatie comme une juridiction partisane, notamment après les sentences très légères infligées à trois Serbes accusés de crimes de guerre et de crime contre l'humanité lors de la prise de la ville de Vukovar en novembre 1992 par l'Armée fédérale yougoslave.

Considérant insuffisante la coopération avec la justice internationale de la Croatie, qui en mars 2005 affirme être incapable de localiser le fugitif, Bruxelles décide d'ajourner sine die l'ouverture des négociations. Au mois d'octobre suivant, contre toute attente, celle-ci est officiellement annoncée, l'Autriche en ayant fait un préalable à son accord sur le lancement des pourparlers avec la Turquie. Le général Gotovina, arrêté le 8 décembre 2005 en Espagne, est transféré à La Haye. Au terme de son procès entamé en mars 2008 devant le TPIY, le légionnaire franco-croate, reconnu coupable de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, est condamné à 24 ans de prison (avril 2011).

La HDZ garde la main

Les élections législatives de novembre 2007 confirment la mainmise de la HDZ sur la vie politique croate. Le parti du Premier ministre I. Sanader domine les sociaux-démocrates (SDP) de Zoran Milanović, élu à la tête du parti après le décès, le 29 avril 2007, de I. Račan. Après plusieurs mois de négociation, une coalition gouvernementale entre la HDZ, le HSS, et les partis des minorités, notamment les Serbes du SDSS, est constituée en janvier 2008, assurant à I. Sanader un nouveau mandat à la tête du pays. Pour la première fois dans l'histoire de la Croatie, un représentant de la minorité serbe, Slobodan Uzelac, devient vice-Premier ministre du pays, une manière pour le nouveau chef du gouvernement de prouver aux Européens que les communautés minoritaires sont intégrées à la vie politique croate et que Zagreb entend au plus vite mener les réformes lui permettant de rejoindre les structures européennes.

Vers l'intégration européenne

La rencontre à Bruxelles en mars 2008 du Premier ministre croate I. Sanader avec José-Manuel Durão Barroso, président de la Commission européenne, laisse entrevoir la conclusion des négociations d'adhésion de la Croatie à l'UE à l'automne 2009. Un objectif ambitieux pour le nouveau gouvernement croate, en regard des points faibles encore pointés en novembre 2007 par la Commission : corruption importante, protection des minorités insuffisante, administration publique inefficace et réforme du système judiciaire en panne. Le pays reste cependant porté par une croissance économique dynamique, une inflation basse et une stabilité macro-économique qui lui permettent de maintenir à un rythme soutenu le train des réformes. Dans le cadre de l'Instrument d'aide de préadhésion (IPA), mis en place par l'UE pour remplacer les instruments financiers qui s'appliquaient jadis aux pays candidats à l'intégration (PHARE, ISPA, Sapard, CARDS), Zagreb bénéficie, pour la période 2007-2009, de quatre programmes d'aide consacrés à l'amélioration de la compétitivité, aux transports, à la protection de l'environnement et à l'éducation.

Le blocage slovène et le départ d’Ivo Sanader

La poursuite des négociations d’adhésion de la Croatie à l'UE est cependant brutalement interrompue par le veto opposé, le 18 décembre 2008, par le voisin slovène – veto motivé par les contentieux territoriaux persistant entre les deux pays, notamment dans le golfe de Piran. Pendant près d'un an, les perspectives d'intégration européenne de la Croatie semblent disparaître, provoquant une crise politique sérieuse. Le 1er juillet 2009, le Premier ministre I. Sanader quitte ses fonctions à la tête du gouvernement et de la HDZ. Outre le blocage du processus d'intégration européenne, il semble que le départ du Premier ministre ait été motivé par les difficultés à exercer pleinement son autorité au sein de son propre parti, dont l'aile droite, nationaliste et ouvertement eurosceptique, demeure puissante. Une figure de compromis, Jadranka Kosor, lui succède à la tête du parti et du gouvernement. Celle-ci réussit à reprendre langue avec son homologue slovène, Borut Pahor, ouvrant la voie à un déblocage des relations bilatérales et permettant la reprise des négociations européennes en octobre 2009. Une équipe internationale d’arbitrage devra statuer sur le contentieux frontalier entre la Slovénie et la Croatie dont la décision sera contraignante pour les deux pays.

Les 3 et 4 avril 2009, lors du sommet du 60e anniversaire de l'OTAN, la Croatie, avec l'Albanie, adhère officiellement à l'Alliance.

L'effondrement de la HDZ et l'adhésion à l'UE

La victoire écrasante (plus de 60 % des suffrages) du démocrate Ivo Josipović (SDP) devant Milan Bandić (39,14 %), maire de Zagreb et dissident du SDP à l'élection présidentielle du 10 janvier 2010 confirme la débâcle de la HDZ, dont le candidat, Andrija Hebrang, n'arrive qu'en 3e position au premier tour avec 12,04 % des voix. Peu après son élection, le président Ivo Josipović rappelle ses priorités : intégration européenne, relance de l’économie et justice sociale, mais surtout lutte contre la corruption, la multiplication des « affaires » et des scandales financiers ayant marqué le mandat de l'ex-Premier ministre Ivo Sanader. Déchu de son immunité parlementaire et impliqué dans plusieurs affaires de corruption, ce dernier prend la fuite avant d'être finalement arrêté en Autriche (décembre 2010) et condamné à dix ans de détention en novembre 2012.

Dans un contexte de crise économique (plus de 300 000 sans emploi début 2011), ces « affaires » provoquent le mécontentement d'une partie de la population et notamment des vétérans de guerre qui, opposés à l’entrée de la Croatie dans l'UE et à la normalisation des relations avec la Serbie, exigent l’abrogation des lois d’amnistie dont bénéficient les Serbes de Croatie impliqués dans la guerre serbo-croate, et des étudiants, qui, pour leur part, dénoncent le capitalisme et l'UE.

Le 4 décembre 2011, la coalition de centre gauche regroupée autour du SDP dans l’Alliance baptisée « Kukuriku » l’emporte largement aux élections législatives. Avec près de 53 % des suffrages, elle s’assure la majorité absolue des sièges au Parlement devant la HDZ – dont l’effondrement se confirme avec 19 % des voix contre plus de 33 % en 2007 – et ses alliés, le Centre démocratique (DC) et le parti civique croate (HGS). Zoran Milanović, chef du SDP, prend la tête du gouvernement. Le traité d’adhésion à l’UE est signé le 9 décembre et approuvé par plus de 66 % des électeurs à l’issue d’un référendum, le 22 janvier 2012. Toutefois, comme l’illustre le taux de participation qui n'atteint pas 44 % bien que la quasi totalité des partis aient approuvé l'adhésion, l’enthousiasme des Croates pour l'Europe s’est estompé au fil des négociations en raison notamment des conditions imposées par Bruxelles puis de la crise de la zone euro. Après ratification de cette adhésion par l’ensemble des pays membres de l’UE – dont la Slovénie à la suite du règlement de plusieurs différends – la Croatie devient le 28e État de l’Union européenne le 1er juillet 2013.

Pour en savoir plus, voir les articles Balkans, Bosnie-Herzégovine, Serbie.