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Dalmatie

Croatie

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Carton de situation

Croatie
en croate Hrvatska
Nom officiel : République de Croatie

État de l'Europe balkanique baigné à l'ouest par la mer Adriatique, la Croatie est limitée à l'est par le Monténégro, au sud par la Bosnie-Herzégovine, au nord par la Hongrie et au nord-ouest par la Slovénie.

Superficie : 56 500 km2
Nombre d'habitants : 4 416 000 (estimation pour 2009)
Nom des habitants : Croates
Capitale : Zagreb
Langue : croate
Monnaie : kuna

Chef de l'État : Stjepan, dit Stipe Mesić

Chef du gouvernement : Jadranka Kosor

Nature de l'État : république à régime parlementaire

Constitution :

 Entrée en vigueur : 21 décembre 1990

Institutions

Exécutif

Chef de l'État : président de la République

Chef du gouvernement : président du gouvernement

Législatif

Le Parlement se compose de la Chambre des représentants et de la Chambre des municipalités.

GÉOGRAPHIE

Le territoire de la Croatie résulte de la réunion de régions historiques. La région-cœur, qui jusqu'au milieu du XIXe s. était la seule à être désignée comme Croatie, s'étend du nord-est au sud-ouest, depuis la Drave jusqu'à l'Adriatique. La région de Zagreb et les collines densément peuplées du Zagorje en constituent le centre ; au nord, le Medjimurje et la région de Varaždin se rattachent plutôt à la zone pannonienne ; au sud, les collines de la Krajina de Croatie, qui épouse la courbure de la frontière bosniaque, était jusqu'en 1995 peuplée surtout de Serbes. La Croatie occidentale est une zone montagneuse très dépeuplée (Corski Kotar, 1 528 m ; Velebit, 1 757 m) qui tombe abruptement sur le littoral adriatique. Le principal port du pays, Rijeka, au fond du golfe du Kvarner, est relié à son hinterland centre-européen par le col de Delnice (742 m). La Lika est un grand poljé karstique enclavé.

   Autour de ce pivot s'articulent trois ensembles périphériques importants. La Slavonie, au nord-est, constituée par les larges couloirs de plaines de la Podravina et de la Posavina, limités par la Drave et la Save, qui atteint le Danube à l'est et qui entourent les massifs du Papuk et du Psunj, est une région de passage entre l'Ouest et l'Est. Densément peuplée, elle pratique une agriculture coopérative performante, recèle un peu de pétrole et a développé une industrie de transformation variée. Son chef-lieu, Osijek, à mi-chemin entre Zagreb et Belgrade, a souffert de la guerre de 1991-1995 ; Vukovar, seul port danubien, a été entièrement détruit. Vinkovci et Slavonski Brod possèdent des industries variées. Le bourrelet montagneux dinarique, qui sépare la Croatie intérieure du littoral, consiste en chaînons calcaires, tel le Velebit, entourant des poljés (Lika). Traversée par le grand axe de circulation Zagreb-Rijeka, animée ponctuellement par l'industrie (Lički Osik) ou le tourisme (lacs de Plitvice), c'est une région pauvre et dépeuplée.

   

La Croatie possède, avec les côtes d'Istrie, du Kvarner et de Dalmatie, plus de 80 % de l'ancien littoral yougoslave. La Dalmatie, au sud-est, forme une bande côtière étroite, bordée de 1 185 îles et îlots orientés parallèlement au littoral. Cette zone de karst très dégradé tourne le dos à l'arrière-pays bosniaque, accessible seulement par la vallée de la Neretva. Autrefois très mal relié à l'intérieur du pays, ce littoral, aujourd'hui désenclavé, connaît une croissance économique rapide, fondée sur l'activité portuaire (Rijeka, premier port du pays, Split, métropole régionale active [chantiers navals, cimenteries, etc.], Kardeljevo), l'industrie (constructions navales, chimie, cimenteries, combinat d'aluminium de Šibenik traitant la bauxite dalmate) et le tourisme, présent à Dubrovnik et à Split, et qui intéresse aussi certaines îles de l'archipel dalmate. Le tourisme est devenu depuis les années 1960 une activité prédominante dont le succès repose sur la variété des paysages, l'ensoleillement généreux et la richesse du patrimoine culturel. Tout au sud, le territoire de Dubrovnik est isolé par une bande de territoire appartenant à la Bosnie-Herzégovine. Les îles, fortement dépeuplées, mais très fréquentées l'été, connaissent des problèmes d'approvisionnement en eau. L'agriculture (vigne, agrumes), qui souffre de la faiblesse des surfaces cultivables, joue un rôle modeste dans ce développement.

   L'Istrie, à l'ouest, est une péninsule qui se prête aux cultures méditerranéennes. Sa position très occidentale a permis l'essor du tourisme (Poreč). Pula offre la meilleure rade au nord de l'Adriatique.

   

Cette relative disparité géographique, encore mal surmontée par le réseau des communications, est compensée par un vigoureux sentiment national croate qui a su dépasser les différences dialectales (cakavien – čakavski dijalekt – dans les îles, kajkavien – kajkavski dijalekt – dans le Zagorje, stokavien – štokavski dijalekt – ailleurs). Zagreb domine le pays. Située sur le grand axe européen qui suit la vallée de la Save, la ville a connu, grâce au chemin de fer, un développement industriel précoce. Dans le cadre yougoslave, son rayonnement s'étendait à toute la moitié occidentale du pays. Le communisme y a développé une puissante industrie mécanique, bientôt relayée par la pétrochimie.

   Longtemps terre de départ (États-Unis, Canada, Amérique du Sud) et ayant fourni de forts contingents dans les années 1960 et 1970 à l'émigration économique vers l'Europe occidentale, la Croatie est aujourd'hui un pays vieillissant, au croît naturel légèrement négatif. Au cours du XXe s., sa population s'est homogénéisée sur le plan national : expulsion des Allemands de Slavonie et départ des Italiens d'Istrie en 1945, exode de plus de 300 000 Serbes de Krajina en 1995.

   Bien formée, dynamique et entreprenante, la population croate avait su s'assurer un leadership économique dans la Fédération yougoslave. Cette dernière prélevait une partie des revenus en devises provenant du tourisme, du commerce et de l'émigration pour les reverser aux régions yougoslaves moins développées. Le pari de l'indépendance, en 1991, n'a pu tenir ses promesses de prospérité du fait de la guerre.

   

L'agriculture juxtapose céréales (blé et maïs) dans la Slavonie, correspondant largement aux plaines d'entre Save et Drave, et cultures plus spécialisées (vignes, agrumes) sur la frange méditerranéenne. Celle-ci est aussi une grande région touristique (Split et Dubrovnik), le pays ayant accueilli plus de 9 millions de touristes en 2007. L'industrie souffre de la pauvreté du sous-sol et de l'étroitesse du marché intérieur. Les principales industries, chimie, métallurgie et construction navale, sont localisées sur le littoral. Les infrastructures routières ont été améliorées. Les indicateurs économiques marquent une amélioration générale de l'économie et les négociations d'adhésion de la Croatie à l'Union européenne ont été entamées en 2005.

HISTOIRE

Au début de notre ère, les régions croates, peuplées d'Illyriens, sont incluses dans les provinces romaines de Pannonie et de Dalmatie ; lors des grandes invasions, elles entrent en partie dans un État ostrogoth, puis lombard, enfin avar au VIIe s. ; à cette époque, les Croates s'y implantent. En Croatie dalmate, les tribus croates s'organisent sous le prince Trpimir (vers 845-864). Au Xe s., le roi Tomislav règne sur le pays tout entier et fonde une dynastie en se proclamant en 925 rex Croatorum. Il doit lutter contre les Hongrois, les Bulgares et Byzance, et étend sa domination en Pannonie, en Bosnie et dans les villes et les îles du littoral. Parmi ses successeurs, Étienne (Stjepan) Držislav (969-997) combat les Bulgares, Krešimir III (1000-1003) doit reconnaître la suzeraineté de Byzance. L'Église croate est partagée entre le rite latin et le rite slave et oriental, propagé au IXe s. par Cyrille et Méthode. Pierre (Petar) Krešimir IV (1058-1074) se rapproche de Rome, et le concile de Split de 1060 exige l'adoption du rite latin. Non sans luttes, l'influence « latine » finit par prévaloir sur le parti slave. Dmitar Zvonimir est couronné à Split, en 1076, par le légat du pape. À la mort de ce dernier, sa veuve réclame l'aide de son frère le roi de Hongrie, qui s'empare du nord de la Croatie, le littoral retournant à Byzance. En 1097, le dernier roi croate Pierre (Petar) Svačié, élu par le parti slave, est tué en combattant les Hongrois, et le roi Kálmán de Hongrie est couronné roi de Croatie à Biograd na Moru en 1102.

L'union avec la Hongrie et la domination autrichienne

Liée désormais à la Hongrie par une union personnelle, la Croatie, pendant huit siècles, formera sous la couronne de saint Étienne un royaume particulier ayant son ban et sa diète. La lutte pour le littoral s'intensifie : la paix de Zadar (1358) redonne la côte à la Hongrie, mais, à partir de 1420, Venise s'y implante de façon durable (jusqu'en 1797). En 1526, le roi de Hongrie Louis II est battu par les Turcs à Mohács et une partie de la Croatie passe sous la domination ottomane, tandis qu'en 1527, à Cetin, les nobles croates élisent pour roi Ferdinand Ier de Habsbourg. La noblesse croate se rapproche de la Hongrie, et le premier ban de la Croatie prend place à la Chambre des magnats hongrois en 1625. En 1671, le complot fomenté par Zrinski, Frankopan et d'autres membres de la noblesse croate et hongroise contre les Habsbourg aboutit à leur exécution et à la confiscation de leurs biens.

   Par la suite, le traité de Karlowitz (Karlovci) [1699] reprend aux Turcs leurs conquêtes en Croatie ; ces terres slavonnes sont données à des nobles, des non-Croates surtout. À la fin du XVIIIe s., l'absolutisme autrichien provoque un rapprochement entre nobles hongrois et croates ; en 1790, la diète croate abdique certaines compétences en faveur de la diète hongroise. Napoléon Ier crée en 1805, avec des territoires croates et slovènes, les Provinces Illyriennes, qu'il perd en 1813. Enfin, en 1822, la Croatie recouvre ses anciennes frontières, et ses liens avec la Hongrie sont restaurés. En voulant imposer leur langue, les Hongrois accélèrent le mouvement national croate, qui prend la forme de l'illyrisme, et qui s'oriente vers les autres Slaves du Sud.

   Quand les Hongrois s'insurgent en 1848, les Croates combattent, avec leur ban Josip Jelačić, en faveur des Habsbourg. Cette politique s'explique à la fois par leur attitude religieuse, qui les rapproche des Autrichiens (catholicisme) et les oppose aux Serbes (orthodoxie), et par leur volonté d'indépendance par rapport aux Hongrois, dont la révolution nationale représente aussi la sujétion des Slaves dépendant de la couronne de saint Étienne. En 1848 le servage est aboli, mais le statut politique de la Croatie change peu malgré les services rendus à l'Autriche ; de 1849 à 1860, le pays est soumis à l'absolutisme du ministre autrichien Bach et la germanisation. Lors de l'établissement du régime dualiste en Autriche-Hongrie (1867), la Croatie se trouve dans la partie hongroise, la ville de Rijeka étant administrée directement.

   La Diète croate conclut, en 1868, avec le Parlement de Budapest, un accord, révisé en 1878, qui octroie une certaine autonomie et l'usage de la langue croate, mais les partis nationaux le combattent comme insuffisant. L'évêque de Djakovo, Josip Štrosmajer (ou Strossmayer), défend l'idée de la création d'État sud-slave, et le parti du « Droit » de Eugen Kvaternik et Ante Starčević, celle d'une Croatie autonome. Par ailleurs des tensions existent entre Croates et Serbes, Josip Frank, dissident du parti du Droit, et ses partisans manifestant un nationalisme croate très hostile aux Serbes. Cependant, en 1905, un accord intervient entre des politiciens croates et serbes qui espèrent, en appuyant la lutte de l'opposition libérale en Hongrie, améliorer le sort de la Croatie : c'est la « résolution de Fiume ». La coalition serbo-croate obtient, en février 1908, la majorité à la Diète croate. Mais la Hongrie poursuit la lutte anticroate. Pendant la Première Guerre mondiale, des politiciens croates animent à Londres un Comité national yougoslave, qui défend l'unification et l'indépendance des Slaves du Sud de l'Autriche-Hongrie.

La Croatie dans l'État monarchique yougoslave

À la fin de la guerre, la Diète croate proclame, le 29 octobre 1918, l'indépendance du pays et son rattachement au nouveau royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Mais la Croatie, au sein du nouvel État yougoslave, n'obtient pas d'autonomie ; les Croates fédéralistes s'opposent aux Serbes centralistes. Le parti paysan croate, dirigé par Stjepan Radić, obtient aux élections de 1920 une forte majorité et refuse de voter la Constitution, jugée trop centraliste. Le parti paysan finit par reconnaître la monarchie serbe en 1925, mais, après une brève participation au pouvoir, retourne dans l'opposition. En 1928, l'assassinat de Radić et d'autres députés croates provoque une crise grave et entraîne la dictature d'Alexandre Ier Karadjordjević. Ce n'est qu'en 1939 qu'un compromis intervient entre le ministre Dragiša Cvetković et le nouveau chef du parti paysan, Maček ; il donne un statut autonome à une banovine de Croatie englobant une partie de la Bosnie.

   Dans la Yougoslavie occupée par les Allemands et ses alliés et démantelée, la Croatie devient un « État indépendant » sous contrôle allemand et italien, bientôt érigé en royaume, dirigé par Ante Pavelić et les Oustachi, qui collaborent avec les Allemands à la lutte contre les partisans de Tito. En 1943, un conseil antifasciste de libération nationale est créé. Presque entièrement libérée en mai 1945, la Croatie devient une république fédérée de la Yougoslavie.

La Croatie dans la République socialiste fédérative de Yougoslavie

La Croatie est la république de Yougoslavie qui concentre le plus de devises étrangères, principalement grâce au tourisme. Sa participation au Fonds de redistribution pour les régions pauvres de la fédération (Kosovo, Macédoine) est donc importante. Le mouvement national croate qui se développe en 1971 dénonce ce système de redistribution des richesses au sein de la Fédération yougoslave. En novembre 1971, d'importantes manifestations étudiantes, soutenues par la direction communiste croate (Savka Dabčević, Mika Tripalo), font renaître l'idée d'une éventuelle indépendance. Accusés par Tito de nationalisme et de liens avec l'immigration croate anti-yougoslave, les leaders communistes du mouvement sont contraints de démissionner. La Croatie gagne néanmoins en autonomie avec la Constitution de 1974, qui confère davantage de compétences aux républiques fédérées. Mais, durant les années 1980, après la mort de Tito, deux forces politiques s'affrontent en Croatie. D'un côté, les communistes réformateurs, avec Ante Marković, qui est élu président du gouvernement fédéral en janvier 1989, et, de l'autre, une coalition regroupant des anticommunistes et des nationalistes, dont l'Union démocratique croate (H.D.Z.) dirigée par Franjo Tudjman.

L'indépendance

L'Union démocratique croate (H.D.Z.) prend ses distances avec le pouvoir fédéral, dirigé par les communistes réformateurs qui ont mis en place à partir du 1er janvier 1990 un programme de stabilisation pour sortir le pays d'une hyperinflation et transformer le système économique. Les effets négatifs de ces mesures (baisse de la production, augmentation du chômage) vont permettre à la H.D.Z. de mener une campagne contre le programme fédéral. Lors des premières élections libres et pluralistes de mai 1990, la H.D.Z. remporte ainsi une large majorité et F. Tudjman est élu président de la République par le Parlement. Les tensions s'intensifient aussi avec les dirigeants serbes de Belgrade sur la question de l'avenir de la fédération, la H.D.Z. souhaitant obtenir une large indépendance économique, politique et militaire pour la Croatie. L'intransigeance des autorités de la république serbe, présidée par Slobodan Milošević, rend impossible toute négociation sur la souveraineté croate. En mai 1991, 94 % des Croates se prononcent en faveur de l'indépendance de leur pays lors d'un référendum organisé par la H.D.Z. et boycotté par la minorité serbe de Croatie, qui représente 11,5 % de la population et vit principalement en Krajina. L'indépendance de la Croatie, proclamée le 25 juin 1991, est rejetée par le gouvernement fédéral.

La guerre

Refusant de reconnaître le pouvoir de la H.D.Z. et les symboles de l'indépendance (le nouveau drapeau rappelle celui de la Croatie indépendante des Oustachi créée par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale), les Serbes de Krajina prennent les armes et obtiennent le soutien de l'armée fédérale. Celle-ci devient majoritairement serbe après de nombreuses désertions d'officiers croates et l'organisation, à son détriment, d'un recrutement parallèle dans les forces de la défense territoriale dirigée par la H.D.Z. L'armée fédérale prend le contrôle de 30 % du territoire croate, après les affrontements dans les périphéries des villes de Karlovac, d'Osijek, de Zadar, de Dubrovnik et la chute de Vukovar.

   L'Union européenne refuse dans un premier temps de reconnaître l'indépendance de la Croatie et préfère accorder son soutien au gouvernement fédéral dirigé par A. Marković. De fait, la complexité de la question nationale dans les Balkans et le risque d'extension du mouvement aux autres républiques, susceptible de provoquer de nouveaux conflits dans le reste du pays, inquiètent la communauté internationale. Sans tenir compte de l'avis négatif exprimé par la Commission d'arbitrage, mise en place par l'Union européenne pour évaluer les conditions de l'indépendance, l'Allemagne décide de reconnaître unilatéralement la Croatie en décembre 1991. De janvier à avril 1992, une trentaine de pays, dont la plupart des États de l'Union européenne, reconnaissent à leur tour l'indépendance de la Croatie, qui est admise en mai 1992 à l'O.N.U.

   Entre-temps, la poursuite des combats entre l'armée fédérale et les milices croates soutenues par la défense territoriale pousse l'O.N.U. à intervenir : une force internationale d'interposition (Forpronu) se déploie en Croatie dès mars 1992, sans toutefois apporter de solution militaire ni politique au conflit. Les Croates s'engagent en janvier 1993 dans des combats en Krajina et dans la région de Maslenica. En mars 1994, l'alliance conclue avec les forces croato-musulmanes de Bosnie (accords de Washington), malgré ses vicissitudes, permet également à l'armée croate d'intervenir dans ce pays voisin et surtout de reprendre sous son contrôle en mai 1995 des territoires de la Slavonie occidentale.

   En août 1995, une importante offensive croate – l'opération « Tempête » (« Oluja »), commandée par le général Ante Gotovina – est lancée contre les Serbes de Krajina, provoquant le plus grand exode de population qu'aient causé les conflits de l'ex-Yougoslavie. Plus de 300 000 réfugiés quittent la Krajina pour la Serbie. Affaiblis par les bombardements de l'O.T.A.N., les Serbes de Bosnie n'interviennent pas, ni les autorités de Belgrade. Ces victoires militaires contre les Serbes assurent à la H.D.Z. une large majorité lors des élections législatives anticipées d'octobre 1995, mais l'autoritarisme du régime est dénoncé par une opposition de plus en plus active.

La Croatie après les accords de Dayton

En marge des accords de Dayton sur la paix en Bosnie-Herzégovine (décembre 1995), cosignés par la Croatie, les accords d'Erdut sur la Slavonie orientale, occupée jusque-là par les forces serbes, permettent au pays de reconstituer progressivement ses frontières de 1991. La Croatie est admise au Conseil de l'Europe en juillet 1996, après quelques réticences liées à la question du retour des réfugiés serbes en Krajina et au déficit démocratique du régime. Le processus de normalisation avec la nouvelle République fédérale de Yougoslavie (R.F.Y.) aboutit à la réintégration de la ville de Vukovar le 15 janvier 1998 : désormais, pour la première fois depuis la proclamation de l'indépendance, en juin 1991, Zagreb exerce ainsi sa souveraineté sur l'ensemble du territoire de l'ancienne République socialiste de Croatie. Malgré l'affaiblissement de la H.D.Z. et le mécontentement social, les élections régionales et présidentielles d'avril et de juin 1997 permettent au président F. Tudjman d'obtenir un troisième mandat de cinq ans, les partis d'opposition s'étant montrés incapables de s'unir et d'adopter une stratégie cohérente. Privé du soutien international dont il bénéficiait pendant la guerre, le régime cherche à se rapprocher de l'Union européenne. F. Tudjman meurt en décembre 1999.

La sortie de l'isolement

À l'issue des élections législatives de janvier 2000, l'Union démocratique de Croatie (H.D.Z.) accuse un net recul au profit d'une coalition de six partis de centre gauche, dont le parti social-démocrate (S.D.P., successeur de la Ligue communiste) et le parti social-libéral (H.S.L.S.). Ivica Račan, leader du S.D.P., prend la tête du nouveau gouvernement. Un mois plus tard, le candidat du parti populaire (H.N.S.), le centriste Stipe Mesić, remporte l'élection présidentielle anticipée avec 56,2 % des voix à l'issue du second tour. Le gouvernement Račan souhaite briser l'isolement de la Croatie grâce à une intégration à terme à l'Union européenne et à l'O.T.A.N. Il réussit à engager le pays sur la voie d'une démocratie libérale en transformant, notamment, le système semi-présidentiel en système parlementaire à l'automne 2000 et en supprimant, en février 2001, la Chambre des comitats (Županijski dom). En revanche, sa décision de collaborer avec le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie entraîne la démission de 4 ministres du H.S.L.S. et suscite de vives réticences au sein de la population croate. À la suite d'une crise gouvernementale qui éclate en juillet 2002, I. Račan forme un nouveau cabinet composé du parti paysan (H.S.S.), du parti populaire (H.N.S.) et d'une fraction dissidente du H.S.L.S., dénommée Libra. Le dépôt de la candidature officielle de la Croatie à l'adhésion à l'U.E., en février 2003, n'apporte aucun bénéfice à la coalition au pouvoir. Minée, de surcroît, par des dissensions entre le S.D.P. et le H.S.S. et souffrant d'une baisse de popularité, celle-ci perd les élections législatives anticipées de novembre au profit de l'Union démocratique croate (H.D.Z.) d'I. Sanader.

   Sur le plan régional, la Croatie manifeste nettement sa volonté de normaliser ses relations avec ses voisins issus de la Yougoslavie, même si plusieurs contentieux demeurent sans solution. Avec la R.F.Y., ses relations connaissent de réelles avancées : signature en décembre 2002 d'un protocole intérimaire sur le statut de la presqu'île de Prevlaka, située à la frontière croato-monténégrine et occupée en 1991 par l'armée yougoslave ; libéralisation du régime des visas (juin 2003) et signature d'un accord de libre-échange (décembre 2003) entre les deux pays. Des trois principaux litiges subsistant entre la Slovénie et la Croatie depuis leur accession à l'indépendance – la délimitation des frontières maritimes entre les deux pays dans le golfe de Piran, le dédommagement d'épargnants croates dans une banque devenue slovène et l'utilisation de la centrale nucléaire commune de Krsko – seul ce dernier trouve une solution en 2003. Enfin, en Bosnie-Herzégovine, la Croatie renonce officiellement à établir des liens privilégiés avec la communauté croate vivant dans ce pays – comme l'y autorisent les accords de Dayton –, sans pour autant se désolidariser complètement de son sort.

   L'intégration à l'O.T.A.N. – autre objectif majeur de la Croatie avec l'adhésion à l'U.E. – est reléguée au second plan. Une première étape est franchie en juillet 2000 lorsque la Croatie est admise dans le partenariat pour la paix. Par ailleurs, l'intégration dans l'Alliance atlantique pâtit d'un net refroidissement des relations croato-américaines : en effet, pourtant cosignataire, en février 2003, de la déclaration du groupe de Vilnius appuyant le projet américano-britannique d'intervention militaire en Iraq, Zagreb refuse d'y envoyer des troupes, et d'extrader les citoyens américains appelés à comparaître devant la Cour pénale internationale (C.P.I.). S'alignant ainsi sur la position commune adoptée par l'Union européenne, la Croatie entend, prioritairement, se rapprocher de l'Europe.

Le retour au pouvoir de l'Union démocratique croate et le difficile rapprochement vers l'Europe

I. Sanader, chef de file de l'Union démocratique croate (H.D.Z.) depuis 2000, cherche à faire oublier l'image négative attachée au parti nationaliste fondé par F. Tudjman : il rénove sa formation en en excluant les éléments les plus radicaux et parvient à la transformer en un parti de centre droit proeuropéen. Privé de majorité absolue à l'Assemblée, il s'assure le soutien du parti social-libéral croate (H.S.L.S.), du Centre démocratique (D.C.) et du parti paysan (H.S.S.). Son gouvernement, investi en décembre 2003, de même que le président centriste, S. Mesić (réélu en 2005), prônent une adhésion rapide (escomptée pour 2007) de leur pays au sein de l'Union européenne et en font leur objectif prioritaire. Au sommet européen des 16 et 17 décembre 2004, la Croatie reçoit l'autorisation d'ouvrir des négociations d'adhésion en mars 2005, sous réserve d'une « pleine et entière coopération avec le T.P.I.Y. ». Celle-ci implique notamment l'arrestation et le transfèrement à La Haye du général A. Gotovina, en fuite depuis son inculpation en 2001 pour crimes de guerre contre les Serbes de Croatie lors du conflit serbo-croate. Célébré comme un héros après la reprise, en 1995, de la Krajina, le général Gotovina bénéficie de la protection des milieux nationalistes, notamment les services secrets, l'armée et la police, non démantelés depuis la mort du président Tudjman. En mars 2005, les autorités croates affirment être incapables de localiser le fugitif. Considérant insuffisante la coopération de Zagreb avec la justice internationale, Bruxelles décide d'ajourner sine die l'ouverture des négociations. Au mois d'octobre suivant, contre toute attente, l'ouverture officielle des négociations de la Croatie avec l'U.E. est annoncée (l'Autriche en ayant fait un préalable à son accord sur le lancement des pourparlers avec la Turquie). Arrêté le 8 décembre 2005 en Espagne, le général Gotovina est transféré à La Haye. Son procès s'ouvre le 11 mars 2008 devant le T.P.I.Y. pour les meurtres commis en 1995 de 37 Serbes lors de l'opération « Tempête », qui visait à reconquérir les territoires sous le contrôle de la République serbe de Krajina (R.S.K.), et qui avait provoqué la fuite d'au moins 250 000 Serbes de Croatie. Malgré ces accusations, le général reste toujours très populaire au sein de l'opinion publique croate et dispose du soutien actif d'une partie de l'Église catholique croate.

   Le T.P.I.Y. est largement considéré en Croatie comme une juridiction partisane, notamment après les sentences très légères infligées à trois Serbes accusés de crimes de guerre et de crime contre l'humanité lors de la prise de la ville de Vukovar en novembre 1992 par l'Armée fédérale yougoslave. Dans ces conditions, la page des guerres des années 1990 est encore loin d'être tournée, du moins dans l'inconscient collectif d'une partie de la population croate. Branimir Glavas, général à la retraite et ancien baron de la H.D.Z. de F. Tudjman, est ainsi élu député de son nouveau parti, l'Alliance démocratique croate de Slavonie et de Baranja (H.D.S.S.B.), lors des élections législatives de novembre 2007, alors qu'il était inculpé par le tribunal de Zagreb pour le meurtre d'au moins dix civils serbes à Osijek, en Croatie orientale, entre 1991 et 1992. Il est remis en liberté en janvier 2008, après la constitution du Sabor, le Parlement croate, en raison d'une nouvelle immunité parlementaire.

La H.D.Z. garde la main

Les élections législatives de novembre 2007 confirment la mainmise de la H.D.Z. sur la vie politique croate. Le parti du Premier ministre I. Sanader domine les sociaux-démocrates (S.D.P.) de Zoran Milanović, élu à la tête du parti après le décès, le 29 avril 2007, de I. Račan. Après plusieurs mois de négociation, une coalition gouvernementale entre la H.D.Z., le parti paysan croate (H.S.S.), et les partis des minorités, notamment les Serbes du S.D.S.S., a pu être constituée en janvier 2008, assurant à I. Sanader un nouveau mandat à la tête du pays. Pour la première fois dans l'histoire de la Croatie, un représentant de la minorité serbe, Slobodan Uzelac, est devenu vice-Premier ministre du pays, une manière pour le nouveau chef du gouvernement de prouver aux Européens que les communautés minoritaires sont intégrées à la vie politique croate et que Zagreb entend au plus vite mener les réformes lui permettant de rejoindre les structures européennes.

Vers l'intégration européenne

Lors d'une rencontre à Bruxelles avec le Premier ministre croate I. Sanader en mars 2008, le président de la Commission européenne, José-Manuel Durão Barroso, indique que les négociations d'adhésion de la Croatie à l'Union européenne devraient être conclues à l'automne 2009. Un objectif ambitieux pour le nouveau gouvernement croate, en regard des nombreux points faibles encore pointés, en novembre 2007, par le rapport annuel de la Commission européenne : une corruption importante, une protection des minorités toujours insuffisante, une administration publique inefficace, et une réforme du système judiciaire en panne. La Croatie reste cependant portée par une croissance économique dynamique, par une inflation basse et par une stabilité macro-économique qui lui permettent de maintenir à un rythme soutenu le train des réformes et de poursuivre la mise aux normes européennes de la société et de l'administration croates. Dans le cadre de l'Instrument d'aide de préadhésion (I.P.A.), mis en place par l'U.E. pour remplacer les instruments financiers qui s'appliquaient autrefois aux pays candidats à l'intégration (PHARE, ISPA, Sapard, CARDS), Zagreb bénéficie, pour la période 2007-2009, de quatre programmes d'aide consacrés à l'amélioration de la compétitivité, aux transports, à la protection de l'environnement et à l'éducation.

Le blocage slovène et le départ d'Ivo Sanader

La poursuite des négociations d'adhésion de la Croatie à l'U.E. est cependant brutalement interrompue par le veto opposé, le 18 décembre 2008, par la Slovénie, veto motivé par les contentieux territoriaux persistant entre les deux pays, notamment dans le golfe de Piran. Pendant près d'un an, les perspectives d'intégration européenne de la Croatie semblent disparaître, provoquant une sérieuse crise politique. Le 1er juillet 2009, le Premier ministre I. Sanader choisit de démissionner de toutes ses fonctions à la tête du gouvernement et de son parti, la H.D.Z., se limitant à indiquer sa volonté de « donner un choc à l'Europe et à la Croatie ». En réalité, sa décision était probablement motivée à la fois par le blocage du processus d'intégration européenne et par les difficultés du Premier ministre à exercer pleinement son autorité au sein de son propre parti, où une aile droite, nationaliste et ouvertement eurosceptique, demeure puissante. Les réformes importantes engagées par I. Sanader – notamment pour mettre le pays en conformité avec les exigences européennes – étaient contestées au sein même de la H.D.Z. Une figure de compromis, Jadranka Kosor, « acceptable » aux yeux de l'aile droite de la H.D.Z., succède à I. Sanader à la tête du parti et du gouvernement. Celle-ci réussit à reprendre langue avec son homologue slovène, Borut Pahor, ouvrant la voie à un déblocage des relations bilatérales et permettant la reprise des négociations européennes en octobre 2009. Les 3 et 4 avril 2009, lors du sommet du soixantième anniversaire de l'O.T.A.N., la Croatie, avec l'Albanie, a officiellement adhéré à l'organisation.

Repères d'actualité

10 janvier 2010 : Ivo Josipović, social-démocrate (S.D.P.), remporte l'élection présidentielle au second tour avec 60,26 % des suffrages devant Milan Bandić (39,14 %), maire de Zagreb et dissident du S.D.P. La défaite du candidat de la H.D.Z., Andrija Hebrang, arrivé en troisième position au premier tour avec 12,04 % des voix, constitue un véritable camouflet pour le parti au pouvoir.
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