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Autriche : histoire

Maximilien Ier
Maximilien Ier

Résumé

L’histoire de l’Autriche est étroitement liée à celle du Saint Empire romain germanique. Formant la marche de l’Est puis d’Autriche sous l’Empire carolingien et ottonien, ses territoires, érigés en duché en 1156, arrachés au roi de Bohême après 1278, sont rassemblés et agrandis entre la fin du xiiie siècle et la deuxième moitié du xive siècle comme possessions de la dynastie des Habsbourg.

xiiie-xvie siècles

Avec l’élection de Rodolphe, les princes Habsbourg accèdent pour la première fois à l’Empire en 1273-1291. Les ducs d’Autriche étendent alors leurs possessions avant d’accaparer la couronne impériale au milieu du xve siècle.

xvie-xviie siècles

Les deux branches espagnole (Charles Quint) et autrichienne (Ferdinand) des Habsbourg s’imposent dans toute l’Europe tandis que s’installe la longue hostilité avec la France. Repoussant les Ottomans, la monarchie autrichienne, par ailleurs championne tout comme l’Espagne de la Contre-Réforme, s’affermit et s’étend à l’est (Hongrie, Bohême).

xviiie siècle

Après les traités de Karlowitz (1699), de Passarowitz (1718) et les succès obtenus à l’issue de la guerre de succession d’Autriche (1740-1748), la puissance des Habsbourg atteint son apogée. Le règne de Marie-Thérèse (1740-1780) est notamment marqué par l’éclat de la Vienne baroque tandis son fils Joseph II (1780-1790), partisan du despotisme éclairé (joséphisme), tente de moderniser les institutions impériales.

xixe siècle

Bien que l’Autriche revienne avec l’œuvre du chancelier Metternich, au premier plan dans le nouvel équilibre européen post-napoléonien (congrès de Vienne, 1815), l’éveil des nationalités signe le début du déclin. Si les mouvements d’indépendance en Europe centrale sont provisoirement jugulés, les unités italienne et allemande (1860-1870) amputent l’Autriche d’une grande partie de ses territoires, la cantonnant définitivement à l’Europe danubienne.

xxe siècle

Les revendications nationales, dont celles des Slaves du Sud, ont cependant raison du nouvel empire né du compromis austro-hongrois de 1867 : c’est en Bosnie-Herzégovine, annexée en 1908, qu’éclate l’étincelle de la Première Guerre mondiale. L’Autriche-Hongrie n’y survivra pas.

1. Les origines

Très tôt, la présence des hommes est attestée sur les territoires de la future Autriche. Depuis le néolithique, on y exploite de nombreuses mines (sel puis métaux) et on y a découvert les traces des civilisations protohistoriques des Urnenfelder (champs d'urnes) et de Hallstatt (village proche de Salzbourg) – qui a donné son nom au premier âge du fer en Europe centrale (de 1000 à 500 avant J.-C.). De 15 avant J.-C. jusqu'à la fin du ve s., les Romains s'établissent durablement ; les camps de leurs légions donnent naissance aux principales villes autrichiennes : Vindobona (Vienne), Colonia Hadriana (Salzbourg), Lentia (Linz) ; l'empereur Marc Aurèle meurt à Vindobona en 180. À partir du ive s. débutent les invasions germaniques. Diverses tribus font leur apparition, dont celle des Bavarois. Au vie s., le pays est partiellement conquis, après la Hongrie, par une population proto-mongole venue d'Asie centrale, les Avars, tandis qu'une autre fraction reste sous domination bavaroise. À la limite des territoires envahis par les Barbares, l'évêché de Salzbourg est fondé en 739. En 803, Charlemagne détruit l'Empire avar et crée l'Ostmark, ou marche de l'Est, séparée de la Bavière et chargée d'assurer la couverture militaire de son empire. Il s'agit sans doute là de l'acte de naissance de l'Autriche, bien que celui-ci soit plus couramment daté de 996, année où apparaît pour la première fois le nom « Ostarrîchi » (Österreich), après la victoire d'Otton le Grand – le fondateur du Saint Empire romain germanique – sur les Hongrois à la bataille du Lechfeld en 955. En 976, la marche d'Autriche est attribuée par l'empereur à la famille des Babenberg.

2. Les Babenberg

La marche d'Autriche, selon le principe déjà mis en place sans grand succès par Charlemagne, est destinée à protéger l'Empire germanique des incursions et des ambitions de ses voisins turbulents, la Hongrie, évidemment, mais aussi la Bohême. Les Babenberg, qui ont au départ le titre de margrave (« comte de la marche »), obtiennent de l'empereur que l'Österreich soit érigé en duché (1156) et bénéficie désormais d'une certaine autonomie. Sous leur autorité, et avec les nobles bavarois dont ils s'entourent, le pays jouit d'une grande prospérité : la construction de nombreux monastères est encouragée, ce qui permet la mise en culture des terres vierges ; le commerce avec l'Italie se développe. Diverses conquêtes (la Styrie et une partie de la Carniole) agrandissent le territoire. En 1246, Frédéric le Batailleur est tué en combattant les Hongrois : avec lui s'éteint la dynastie des Babenberg.

3. La fulgurante ascension des Habsbourg

3.1. Rodolphe de Habsbourg et la victoire sur les Tchèques

Le roi de Bohême, Otakar II, époux d'une Babenberg, profite de la situation de vacance du pouvoir pour se faire élire duc d'Autriche, d'autant plus facilement que l'Empire germanique est alors sans titulaire. Mais l'« interrègne » s'achève avec l'élection de Rodolphe de Habsbourg (1273), qu'Otakar refuse de reconnaître : la guerre est inévitable. Le roi de Bohême est tué en 1278 à la bataille du Marchfeld, et l'empereur Rodolphe attribue l'Autriche ainsi que la Styrie à son fils Albert.

Les Habsbourg, à l'origine simples titulaires de fiefs en Alsace et en Suisse alémanique, vont connaître une destinée exceptionnelle : non seulement les descendants du très ambitieux et très catholique Rodolphe régneront sur l'Autriche et ses possessions pendant plus de six siècles, mais ils assumeront la charge d'empereur germanique (d'Allemagne) jusqu'à la disparition de ce titre, en 1806 – à l'exception cependant d'une période de 130 années (1308-1438). Cette double responsabilité rend difficile d'isoler l'histoire de l'Autriche proprement dite. Ainsi, le titre de souveraineté des Habsbourg sur l'Autriche reste pendant des siècles celui de duc, puis d'archiduc (à partir de 1453), et non d'empereur. L'Empire d'Autriche n'est en effet créé qu'en 1804, lorsque le Saint Empire romain germanique est déjà condamné à disparaître.

3.2. L'État patrimonial d'Autriche

À la mort d'Albert Ier, en 1308, l'Empire échappe aux Habsbourg, dont l'ambition inquiète les princes allemands. Les ducs d'Autriche se consacrent alors à leurs seules possessions patrimoniales. Ils font l'acquisition de la Carinthie et de la Carniole (1335) puis du Tyrol (1363), mais perdent leurs fiefs suisses, révoltés par leurs abus (1389).

L'Autriche constitue alors un État qui s'inscrit sensiblement dans les frontières de l'actuelle République. En même temps, les Habsbourg favorisent le développement économique, culturel et religieux du pays (université et cathédrale de Vienne, collégiale Saint-Étienne, etc.). Ils obtiennent que leur titre devienne héréditaire, en 1356, grâce à l'une des dispositions de la Bulle d'or qui fixe la constitution de l'Empire.

3.3. La mainmise sur l'Empire

La couronne impériale revient aux Habsbourg en 1438, avec Albert II (qui par ailleurs devient, pour peu de temps, roi de Bohême et de Hongrie). Mais c'est avecFrédéric III, qui va régner durant presque toute la dernière moitié du siècle, que les Habsbourg, ducs d'Autriche et empereurs, vont atteindre une stature européenne. Frédéric imagine l'orgueilleuse devise de sa famille, « AEIOU », qui, dans ses versions latines (Austriae Est Imperare Orbi Universo ; Austria Erit In Orbe Ultima) comme allemandes (Alles Erdreich Ist Österreich Untertan ; Allen Ernstes Ist Österreich Unerzetzlich) proclame hautement l'universalité du destin de l'Autriche.

À vrai dire, ce prince, qui fut longtemps mal jugé, assura l'avenir de sa dynastie plus par la négociation et les alliances matrimoniales que par la guerre, pour laquelle il ne montra guère de dispositions. Son fils Maximilien Ier épouse, en 1477, Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, qui apporte les Pays-Bas et la Franche-Comté aux Habsbourg. Son petit-fils, Philippe le Beau, épouse, en 1496, Jeanne la Folle, fille de Ferdinand le Catholique, roi de Castille et d'Aragon, de Sicile et de Naples.

Ainsi, son arrière-petit-fils, Charles Quint, va devenir le maître d'un empire « sur lequel le soleil ne se couche jamais ». La même politique de mariages est menée à l'Est avec les Jagellon, rois de Bohême, de Pologne et de Hongrie, ce qui annonce la mainmise de l'Autriche sur l'Europe centrale.

Cet expansionnisme ne peut que se heurter à des intérêts divergents : à partir du règne de Frédéric III, et pour plusieurs siècles, les Habsbourg doivent faire face à deux adversaires extérieurs, les Turcs et la France, tout en luttant pour imposer leur autorité sur un ensemble étatique extrêmement hétérogène.

3.4. Charles Quint et Ferdinand Ier

Charles Quint se trouve donc, par le jeu des héritages, le souverain d'un immense conglomérat de pays et de peuples, trop abusivement nommé Empire. En réalité, il est (principalement) archiduc d'Autriche, roi d'Espagne et empereur d'Allemagne (à partir de 1519). Par goût – il est né et a passé son enfance aux Pays-Bas –, mais aussi par nécessité, il s'intéresse d'abord à ses possessions espagnoles et à leurs prolongements en Italie et dans le Nouveau Monde. Il doit compter avec le roi de France, François Ier, auquel l'opposeront pas moins de quatre guerres, et avec les Turcs, en Afrique du Nord. Ainsi, en 1522, il cède à son frère cadet, Ferdinand, le gouvernement de l'État patrimonial d'Autriche puis, en 1552, le fait désigner comme son successeur à la tête du Saint Empire.

Après l'abdication de Charles Quint en 1556, Ferdinand devient donc empereur (Ferdinand Ier), alors que la couronne d'Espagne échoit au fils de Charles, Philippe II. Deux dynasties de Habsbourg, que des mariages consanguins continueront d'unir, règnent alors en Europe.

4. La monarchie autrichienne (1526-1867)

4.1. Le danger turc

À la suite de la victoire des Turcs sur le roi de Hongrie Louis Jagellon (→ bataille de Mohács, 1526), qui perd la vie dans la bataille, Ferdinand peut se faire élire roi de Bohême (terre d'Empire à laquelle est rattachée la Silésie) et de Hongrie. Mais le danger turc se fait pressant. En 1529, Vienne est assiégée par Soliman le Magnifique. L'insuccès de l'opération va conduire le Sultan à tourner ses efforts de conquête vers le Moyen-Orient, mais la lutte reprendra, avec notamment pour enjeu le contrôle de la plaine hongroise.

Un siècle et demi plus tard, en 1683, les Turcs sont de nouveau devant la capitale autrichienne, sauvée grâce à l'intervention du roi de Pologne Jean Sobieski, victorieux au Kahlenberg. Cet échec correspond au début de l'affaiblissement de l'influence ottomane en Europe. Les Autrichiens prennent Buda en 1686 puis, sous la conduite d'Eugène de Savoie-Carignan, dit le Prince Eugène (passé du service de Louis XIV à celui de l'empereur), écrasent les Turcs à la seconde bataille de Mohács (1687), puis à Zenta. Les vaincus doivent signer la paix de Karlowitz (1699), cédant presque toute la Hongrie, puis celle de Passarowitz (1718), par laquelle ils abandonnent le banat de Temesvár (aujourd'hui Timişoara), une partie de la Valachie, de la Bosnie et de la Serbie. C'est désormais un nouvel adversaire, la Russie, que les Turcs auront principalement à combattre en Europe, et l'Autriche n'apparaîtra plus qu'en second plan dans les conflits avec la Sublime Porte (notamment pendant la guerre de 1787-1792).

Au début du xviiie siècle, la maison d'Autriche est ainsi au faîte de sa puissance : à la tête de l'Empire allemand, elle est aussi souveraine directe d'un ensemble d'États correspondant aux actuelles Républiques autrichienne, tchèque, slovaque, hongroise et à une partie de la Pologne, de l'Italie, de l'ex-Yougoslavie et de la Roumanie – même si elle a dû céder la Haute-Alsace à la France en 1648 (→ traités de Westphalie).

4.2. Le « patchwork » autrichien

Cet ensemble est disparate, notamment sur le plan linguistique – Tchèques et Hongrois, notamment, mènent un combat continu pour faire reconnaître leur langue face à l'allemand –, et la réforme protestante va donner l'occasion aux peuples soumis de prendre leurs distances vis-à-vis des très catholiques Habsbourg. Pourtant, ces derniers ne gouvernent pas à la manière des rois de France, qui veulent – et savent – mettre au pas toute autorité intermédiaire.

Dès le début de son règne, à partir donc du premier quart du xvie siècle, le futur empereur Ferdinand Ier met en place des institutions qui, tout en visant à assurer sa prééminence, tiennent compte des traditions locales et s'appuient sur le haut clergé et sur la noblesse. Il reprend pour une part les initiatives que son grand-père, Maximilien, avait prises dans le cadre des domaines héréditaires, et qui consistaient à créer une série de conseils délibérant collectivement sous l'autorité d'un président.

Les institutions « nationales », en particulier les diètes (assemblées), sont maintenues. L'appareil de souveraineté qui est ainsi créé est sans doute fort lourd – l'administration autrichienne y gagnera une réputation de lenteur extrême –, mais il est souple et permet de ménager les susceptibilités des puissants. Il perdurera d'ailleurs peu ou prou jusqu'à la révolution de 1848. Le peuple est évidemment tenu à l'écart du pouvoir et la petite noblesse n'est guère plus considérée.

4.3. Naissance de la question religieuse

La Réforme (→ Martin Luther, Jean Calvin) connaît un succès immédiat et le protestantisme se répand dans les États de la maison d'Autriche. Le terrain est particulièrement favorable en Bohême où, un siècle auparavant, Jan Hus avait à la fois prêché le retour à l'esprit de pauvreté de l'Évangile et défendu l'usage de la langue tchèque. Le schisme avait été réprimé par les armes.

En Hongrie, l'adoption du calvinisme, qui n'est ni catholique, ni allemand, constitue une double contestation des Habsbourg. Vienne, elle-même, devient une ville majoritairement luthérienne. Cette effervescence correspond à un affaiblissement du pouvoir, tant dans l'Empire que dans les États des Habsbourg. Charles Quint, après avoir combattu les princes protestants (soutenus par la France, qui voyait là l'occasion d'affaiblir la puissance impériale), doit finalement accepter la paix d'Augsbourg (1555), qui accorde aux souverains des États membres de l'Empire le droit de choisir leur religion et de l'imposer à leurs sujets (cujus regio, ejus religio).

À Vienne, Ferdinand Ier, mort en 1564, a partagé l'État patrimonial d'Autriche entre ses trois fils, l'Empire et les couronnes de Bohême et de Hongrie revenant à la branche viennoise. La fin du siècle est une période noire pour les Habsbourg : abandon de la capitale viennoise au profit de Prague, querelles fraternelles, défaites devant les Turcs, révoltes paysannes en Hongrie, concessions religieuses en Bohême…

4.4. La Contre-Réforme

La réaction à la Réforme fut l'œuvre de Ferdinand II (1578-1637), issu de la branche styrienne, ancien élève des jésuites d'Ingolstadt et devenu empereur en 1619.

Un an auparavant s'était produite la seconde défenestration de Prague : comme en 1429, à l'époque de la révolte hussite, des notables catholiques avaient été jetés dans les fossés du château. En 1619, la noblesse tchèque déchoit Ferdinand et élit roi l'Électeur palatin, prince allemand protestant. Ferdinand II réagit vigoureusement et écrase les Tchèques à la bataille de la Montagne Blanche (1620). C'est le début de la guerre de Trente Ans.

Allemand à l'origine, le conflit prend une dimension européenne avec l'intervention des puissances étrangères (Danemark, Suède, Espagne, France), dévaste l'Allemagne et se termine par un affaiblissement du pouvoir impérial (→ traités de Westphalie, 1648) et la perte du landgraviat de Haute-Alsace, alors que la tutelle de la maison d'Autriche sur ses possessions héréditaires s'accroît. Elle met aussi définitivement fin à l'espoir des Habsbourg de rétablir l'unité religieuse de l'Empire.

La lutte contre le protestantisme ne se limite pas à la guerre. Les protestants tchèques sont sommés de se convertir, ou de quitter le pays. Décision funeste – comme le sera en France la révocation de l'édit de Nantes – qui vide le pays d'une partie de ses élites et favorise la constitution de grands domaines aux mains de l'aristocratie catholique. Mais, pour des souverains qui préfèrent « régner sur un pays désert que sur des sujets hérétiques » (Ferdinand II), c'était un succès. En Hongrie, la lutte est plus incertaine, l'ensemble de la noblesse, menée par Ferenc Rákóczi, s'étant révoltée, l'indépendance du pays étant même un moment proclamée ; le retour à la paix n'interviendra qu'en 1711, la Hongrie conservant une certaine autonomie, notamment sur le plan fiscal, ainsi que la liberté du culte.

Sous l'impulsion de la Compagnie de Jésus est également mise en place ce que l'on appellerait aujourd'hui une vaste opération de communication, afin de conforter la « vraie foi ». La Contre-Réforme, dans l'ensemble du monde catholique, est bien sûr doctrinale (concile de Trente, 1545-1563) et pastorale (création de séminaires, de couvents, d'universités), mais elle prend aussi une dimension artistique, réaction à l'austérité et à la sobriété protestantes.

Dans les pays danubiens, l'art dit « baroque », d'inspiration religieuse, sollicite la sensibilité, impressionne par le pathétisme, éblouit souvent par la somptuosité. Né en Italie, il trouve un terrain d'élection dans l'Empire et en Hongrie, qui se couvrent d'églises à l'architecture caractéristique, richement décorées de fresques, de statues, de mobilier. La haute noblesse catholique n'hésite pas, pour sa part, à se faire construire de magnifiques palais à la mode. L'architecture baroque demeurera dominante dans l'Empire jusqu'à la seconde moitié du xviiie siècle.

Pour en savoir plus, voir l'article l'art baroque.

4.5. L'hostilité austro-française

Le conflit entre la France et les Habsbourg débute avec la succession du duc de Bourgogne Charles le Téméraire, mort devant Nancy en 1477, et le mariage de Maximilien d'Autriche avec Marie de Bourgogne. Si la France récupère la Bourgogne ducale (à l'ouest de la Saône), elle se voit, à l'avènement de Charles Quint – également héritier de la couronne d'Espagne –, littéralement encerclée par les Habsbourg, la partition intervenue entre les branches espagnole et autrichienne n'écartant pas, aux yeux des rois de France, la menace.

Desserrer l'étau, affaiblir les Habsbourg, conquérir les territoires ou places fortes permettant de consolider les frontières (Nord, Rhin, Pyrénées…) deviennent les objectifs fondamentaux de la politique extérieure française. Les très catholiques rois de France n'hésitent pas à combattre d'autres souverains catholiques, quitte, au besoin, à s'allier contre eux avec des princes protestants, ou même avec la Sublime Porte. C'est déjà la politique de François Ier, le grand rival de Charles Quint – à qui il avait disputé en vain la couronne impériale –, qui fait alliance avec Soliman le Magnifique et s'engage, mais sans succès, dans les guerres d'Italie : la péninsule passe sous la domination des Habsbourg d'Espagne, qui s'y heurteront à la France jusqu'à la disparition de la dynastie, en 1700.

L'intervention française dans la guerre de Trente Ans, à partir de 1635, marque le début d'un face à face armé, qui ne prendra fin, tous comptes faits – et à l'exception de quelques épisodes –, qu'après la Seconde Guerre mondiale. En moins de cinquante ans, l'Autriche et la France s'affrontent de nouveau à trois reprises : guerre de Hollande, de 1672 à 1679 ; guerre de la ligue d'Augsbourg (1688-1697), constituée pour s'opposer à la politique de conquête de Louis XIV ; enfin, guerre de la Succession d'Espagne (1701-1714).

4.6. Charles VI et les trois guerres européennes de succession

En 1700, la branche des Habsbourg d'Espagne s'éteint, Charles II mourant sans héritier. Par testament, il a désigné pour successeur le petit-fils de Louis XIV, qui monte sur le trône espagnol sous le nom de Philippe V. Évidemment, cette situation est inacceptable pour les Habsbourg d'Autriche, et l'archiduc Charles conteste le testament. Mais, de son côté, la France ne peut admettre que se reconstitue l'« Empire » de Charles Quint.

La guerre, devenue, selon l'expression consacrée, « inévitable », commence en 1701 ; elle oppose la France et l'Espagne à l'Empire, aux Provinces-Unies, à l'Angleterre, au Portugal, et s'achève par les traités d'Utrecht et de Rastatt (1713-1714).

Philippe V est confirmé sur le trône espagnol, mais la maison d'Autriche hérite des possessions des Habsbourg d'Espagne en Italie et aux Pays-Bas (actuelle Belgique). L'Angleterre gagne Gibraltar et les conquêtes de Louis XIV sont entérinées. L'archiduc Charles, devenu l'empereur Charles VI en 1711, a considérablement accru ses possessions, mais son pouvoir à la tête de l'Empire s'est affaibli. Un nouveau défi, celui de l'hégémonie sur le monde germanique, se pose alors à la maison d'Autriche.

Se place ici un court épisode d'alliance entre l'Autriche et la France : à la mort de Louis XIV (1715), les relations se tendent entre Versailles et Madrid, Philippe V ayant été écarté de la régence en France. Comme il remet d'autre part en cause les dispositions des traités d'Utrecht, une Quadruple-Alliance (Hollande, France, Angleterre, Autriche) est formée en 1718 contre lui.

Mais cette entente est rapidement rompue par la question de la Succession de Pologne. La France soutient Stanislas Leszczyński, beau-père de Louis XV ; la Russie et l'Autriche, Auguste de Saxe. Les combats (1733-1738) se déroulent en Italie. Stanislas doit renoncer au trône de Pologne, mais reçoit en viager la Lorraine : à sa mort, elle reviendra à la France et sortira ainsi de l'Empire. La maison d'Autriche perd en même temps Naples et la Sicile.

Très tôt, Charles VI est confronté à un autre problème de succession : la sienne propre. N'ayant pas d'héritier mâle, il désigne par la Pragmatique Sanction de 1713 sa fille Marie-Thérèse pour lui succéder à la tête de ses États. D'abord entérinée par les puissances européennes, la Pragmatique Sanction est dénoncée dès sa mort, en 1740, immédiatement suivie par la guerre de Succession d'Autriche, qui s'achève en 1748 (traité d'Aix-la-Chapelle).

Certes, la France est de nouveau dans le camp des adversaires des Habsbourg. Mais l'âme de la coalition anti-autrichienne est cette fois un Allemand, un Hohenzollern, Frédéric II, l'ami de Voltaire, qui vient de monter sur le trône de Prusse. Louis XV, poussé par un entourage très hostile à l'Autriche, intervient à contrecœur. La validité de la Pragmatique Sanction est reconnue, mais la guerre se termine principalement au bénéfice de Frédéric II : il s'approprie la Silésie, qui dépendait de la maison d'Autriche ; la France, dit-on alors, « a travaillé pour le roi de Prusse ». La rivalité austro-prussienne devient la nouvelle donnée fondamentale de l'histoire européenne.

4.7. Marie-Thérèse

Par son mariage avec François de Lorraine (1736), qui a dû céder son duché héréditaire à Stanislas Leszczyński en échange du grand-duché de Toscane et qui devient, en 1745, l'empereur germanique François Ier, l'archiduchesse Marie-Thérèse (1717-1780) fonde la branche des Habsbourg-Lorraine, qui régnera sur l'Autriche jusqu'à 1918.

Mère de 16 enfants, elle ne laisse pas pour autant à son mari le soin de gouverner ses États. Avec l'aide de son conseiller Haugwitz, puis de Kaunitz, elle les réorganise dans un sens centralisateur : création de la chancellerie d'État (affaires étrangères), de la Cour suprême (justice), du commissariat de la Guerre et du directoire de l'Intérieur, présidé par Haugwitz ; en même temps, elle favorise la germanisation de certains de ses États (rédaction d'un Code pénal unique, colonisation de terres par des Allemands, notamment dans les Sudètes en Bohême, complètement intégrée à l'Autriche en 1749). En 1761, elle institue un Conseil d'État, destiné à limiter le pouvoir des diètes, et développe une bureaucratie et un corps d'officiers fidèles à la dynastie.

Marie-Thérèse, dotée d'un grand sens politique, sait pourtant ménager les particularismes de la Hongrie (dont elle obtient un soutien décisif dans sa lutte contre la Prusse), des Pays-Bas et du Milanais. Sur le plan religieux, elle maintient la tradition des Habsbourg, en favorisant le catholicisme avec intolérance, tout en obtenant du pape Clément XIV la dissolution de l'ordre des Jésuites (1773).

En politique étrangère, elle désire plus que tout prendre sa revanche sur la Prusse et n'hésite pas, dans ce but, à se rapprocher de la France, ce dont témoignera le mariage de sa fille Marie-Antoinette avec le futur Louis XVI (1770).

C'est le second épisode d'entente austro-française de l'histoire européenne. Avec la France, et forte de l'appui de la Russie, de l'Espagne, de la Suède et de la Saxe, elle déclenche contre la Prusse, alliée à l'Angleterre et au Hanovre, ce qui deviendra la guerre de Sept Ans (1756-1763), qui se déroule à la fois en Europe et sur les mers, ce second aspect opposant particulièrement les impérialismes coloniaux de la France et de l'Angleterre.

L'échec est sévère : l'Autriche doit renoncer définitivement à la Silésie (traité de Hubertsbourg) et la France à l'essentiel de son domaine colonial (traité de Paris) : tout est en place pour que l'Angleterre devienne la première puissance du monde. Quelques années plus tard, en 1772, l'Autriche reçoit une compensation : associée au premier partage de la Pologne, initié par la Prusse et la Russie, elle absorbe la Galicie.

4.8. Joseph II

Joseph II (1741-1790), fils aîné de Marie-Thérèse, devient empereur à la mort de son père François, en 1765, et commence dès lors, aux côtés de sa mère, à jouer un certain rôle en matière de politique étrangère. Mais il lui faut attendre la disparition de Marie-Thérèse, en 1780, pour assurer la plénitude des pouvoirs.

Son caractère est totalement opposé à celui de sa mère : même lorsqu'il assume la continuité de l'héritage (centralisation, germanisation), il agit différemment, les principes abstraits prenant le pas sur les contraintes du gouvernement des hommes. Adepte des Lumières, que Marie-Thérèse détestait, il veut transformer la société par le haut, comme d'autres princes de ce temps. Mais, contrairement à Frédéric de Prusse ou à Catherine de Russie, c'est un pur théoricien, au point de donner son nom – le joséphisme – à sa théorie du despotisme éclairé.

Ses réformes audacieuses – abolition du servage et de la corvée, patente de tolérance religieuse, institution du mariage civil, fonctionnarisation du clergé séculier – lui valent l'hostilité des puissants, tout en heurtant le traditionalisme religieux du peuple. Aux Pays-Bas, le mécontentement devient un véritable soulèvement, la révolution brabançonne, étape de la constitution du sentiment national belge. En Hongrie, Joseph perd l'appui de la noblesse, ce qui le place en position de faiblesse vis-à-vis de la Prusse.

4.9. L'Autriche contre-révolutionnaire

Mal conduite, contradictoire et sans doute prématurée, la modernisation entreprise par Joseph II est globalement un échec. La fin de son règne est difficile : allié de la Russie, il a été entraîné dans une guerre incertaine contre les Turcs. Le court règne de son frère Léopold (1790-1792) est entièrement consacré à une reprise en main de la situation (abandon des réformes, soumission des Pays-Bas, réconciliation avec les Hongrois, victoire sur les Turcs).

Mais, en France, la Révolution a entre-temps éclaté. La lutte contre la contagion des idées libérales va devenir l'obsession du successeur de Léopold, son fils François, par ailleurs horrifié du sort réservé à sa tante Marie-Antoinette et à Louis XVI.

C'est peu dire que cette politique est un échec : la monarchie est abolie en France et, jusqu'à Wagram (1809), l'Autriche va pratiquement de défaite en défaite. Elle perd ses possessions d'Italie, des Pays-Bas et de la rive gauche du Rhin. Le Saint Empire romain germanique disparaît en 1806.

François II, empereur d'Allemagne, devient alors François Ier, empereur d'Autriche, titre créé en 1804, année du couronnement de Napoléon. Ce dernier, dictant alors ses conditions à l'Europe, épouse Marie-Louise, la fille de François d'Autriche. La France et l'Autriche sont pour la troisième fois alliées, mais tout aussi provisoirement que par le passé.

Dès 1813 en effet, Metternich, le chancelier autrichien, fait basculer à nouveau son pays dans la coalition antifrançaise. Deux ans plus tard, c'est Waterloo et l'abdication définitive de Napoléon.

Le congrès de Vienne, dont Metternich, le « cocher de l'Europe », est l'âme, replace l'Autriche aux tout premiers rangs – elle retrouve ses possessions perdues, à l'exception des Pays-Bas (Belgique), et s'approprie la Lombardie-Vénétie. Il consacre aussi le retour à l'ordre ancien, celui pour lequel l'insolente devise « liberté, égalité, fraternité » n'a pas de sens. Mais les choses ne sont plus tout à fait comme avant. Le Saint Empire n'est pas restauré et il est remplacé par la Confédération germanique, que préside François, et qui consacre le morcellement de l'Allemagne. La Prusse, habilement, commence alors à préparer son unité politique à l'aide d'une politique d'union douanière (Deutscher Zollverein), dont l'Autriche est exclue.

En outre, la Révolution française et l'épopée napoléonienne ont semé des idées nouvelles, auxquelles le développement économique et l'essor de la bourgeoisie donnent une force irrésistible. On admet de moins en moins l'absolutisme, et le nationalisme gagne les cœurs et les esprits. Ces sentiments sont totalement étrangers à l'empereur, à Metternich, à la cour de Vienne, à l'armée, au clergé. L'Autriche, très hétérogène, va être soumise à de fortes tensions internes, qui la conduiront au bord de la désagrégation, malgré la police et la censure, devenues les armes principales du régime.

4.10. La révolution de 1848

Les revendications nationales des peuples non allemands se sont précisées dans la première moitié du xixe siècle : en 1840, les Hongrois ont obtenu l'introduction du magyar comme langue officielle ; le réveil du sentiment national tchèque est devenu une réalité populaire ; l'« illyrisme » (du nom de l'ancienne province grecque puis romaine regroupant la Croatie, la Dalmatie, la Bosnie-Herzégovine, l'Albanie) se développe chez les Slaves du Sud.

Le 13 mars 1848, suivant l'exemple de Paris, Vienne se soulève et chasse Metternich. L'empereur Ferdinand Ier promet alors une constitution et des réformes libérales. D'autres mouvements révolutionnaires éclatent en Italie, en Hongrie – qui, sous l'impulsion du radical Kossuth, menace de faire sécession –, à Prague. Le 15 mai, l'empereur fuit devant l'émeute. La répression commence alors, menée par les troupes du général Windischgrätz. L'insurrection de Prague est réprimée le 11 juin ; le 25 juillet, les troupes de Radetzky défont à Custoza les patriotes italiens et l'armée piémontaise du roi Charles-Albert de Sardaigne. Vienne est reprise le 31 octobre. En novembre, le prince Schwarzenberg est nommé chancelier et, le 2 décembre, Ferdinand abdique en faveur de son neveu François-Joseph.

Le nouvel empereur et son chancelier s'emploient à casser définitivement et sans ménagement l'esprit révolutionnaire et les velléités d'indépendance des nations de l'Empire autrichien. Les Piémontais sont battus à Novare (23 mars 1849) et les Hongrois, qui ont élu en avril 1849 Kossuth président de la République, capitulent en août, après l'intervention de l'armée russe. Les réformes libérales de 1848 sont abolies et un régime néoabsolutiste est instauré, qui fait des possessions des Habsbourg un État centralisé. Cette attitude réactionnaire, qui ne tient aucun compte de l'évolution des mentalités, bien loin de régler les problèmes dans un sens favorable à l'Autriche, va au contraire précipiter le déclin de l'Empire.

Pour en savoir plus, voir l'article révolutions européennes de 1848.

5. Échecs et fin d'une dynastie (1859-1918)

5.1. Les unités italienne et allemande

L'unité italienne ne pouvait se réaliser que contre l'Autriche, qui possédait deux des plus riches provinces du pays, la Lombardie et la Vénétie. Elle fut permise grâce à l'appui apporté au roi du Piémont-Sardaigne, Victor-Emmanuel, et à son ministre Cavour par l'empereur des Français, Napoléon III. François-Joseph veut s'y opposer par les armes et lance ses troupes en Italie, en 1859.

Après une série d'échecs (→ Turbigo, Magenta…), qui s'achèvent par la meurtrière défaite de Solferino (24 juin), où l'empereur, qui a pris le commandement de ses armées, est personnellement battu, l'Autriche perd la Lombardie, et aurait sans doute perdu également la Vénétie si Napoléon III n'avait abandonné la partie en cours de route, au grand dépit des Italiens. Ce sera chose faite en 1866, lorsque la Prusse, qui veut s'imposer définitivement en Allemagne, s'allie avec l'Italie, et écrase les Autrichiens à Sadowa.

La Confédération germanique est immédiatement dissoute, et, au lendemain de la déroute française, naît un nouvel Empire allemand, sous l'autorité de la Prusse (1871). Les Hohenzollern ont pris le pas sur les Habsbourg, et l'horizon de l'Autriche est désormais rétréci au monde danubien.

5.2. Le compromis austro-hongrois

Ces luttes ont affaibli l'Empire et François-Joseph, poussé par sa femme Élisabeth (la célèbre Sissi), est amené à faire des concessions aux Hongrois, qui aboutissent, après l’adoption de la constitution de l’Empire de 1861, au compromis de 1867. La Hongrie est restaurée en tant que royaume dans ses limites historiques et dotée d'une Constitution, d'un Parlement et de ministres responsables devant lui. Le reste des possessions autrichiennes constitue l'Empire d'Autriche, ou Cisleithanie (la Hongrie formant la Transleithanie). Les deux nouveaux États sont liés par la personne du souverain (l’empereur François-Joseph est couronné roi de Hongrie à Budapest, le 8 juin) et par trois ministères communs : Affaires étrangères, Finances et Guerre.

Le système satisfait la majorité des Hongrois – et particulièrement l'aristocratie magyare, toujours aussi puissante –, mais il est source de frustration pour les Tchèques, qui ne bénéficient pas d'un traitement semblable. De plus, il n'apporte aucune solution au problème des populations slaves, particulièrement nombreuses en Hongrie, qui demeurent écartées de toute responsabilité.

5.3. Développement économique et rayonnement culturel

Le contraste est grand entre l'affaiblissement international de l'Autriche sous le long règne de François-Joseph et son développement économique. En fait, le recentrage danubien du pays permet à l'industrie et au commerce de dominer les marchés émergents de l'Empire ottoman – et ce jusqu'au Proche-Orient. Des voies ferrées relient Vienne, Budapest et Prague à toute l'Europe : dès 1854, le percement du tunnel du Semmering, premier tunnel alpin, qui permet d'ouvrir une ligne directe entre Vienne et Trieste, rend célèbres les ingénieurs autrichiens. L'industrie lourde se développe à Vienne, elle est florissante en Bohême, qui accueille également des industries textiles. La capitale autrichienne s'enorgueillit d'un artisanat de luxe rivalisant avec celui de Paris. Par contre, les structures rurales n'évoluent guère, de très grands domaines modernisés côtoyant une microagriculture paysanne encore très pauvre. Mais le développement industriel permet à un prolétariat agricole en surnombre de trouver du travail, ce qui n'est toutefois pas le cas en Hongrie, dont la vocation rurale se confirme.

Jusqu'au déclenchement de la Grande Guerre, le rayonnement culturel de Vienne est considérable. Capitale considérée comme brillante et frivole, que des grands travaux ont transformée (aménagement du Ring), en plein essor démographique (900 000 habitants en 1869, 2 millions en 1910), elle est toujours la plus musicienne des capitales européennes (Johann Strauss, mais aussi Brahms, Mahler, Bruckner, Schoenberg…), elle abrite des peintres inspirés (Klimt, Schiele), des architectes novateurs (Otto Wagner, Adolf Loos), des scientifiques renommés et de grands intellectuels (Sigmund Freud, Stefan Zweig, etc.).

Une vie politique « moderne » se développe, aboutissant à l'adoption du suffrage universel masculin en Cisleithanie (1907). Trois forces politiques principales apparaissent peu avant 1890 : le parti chrétien-social, très antisémite, qui obtient l'adhésion de la petite bourgeoisie urbaine ; le parti national allemand, violent dans ses méthodes et dont certains membres réclament l'union avec l'Allemagne ; enfin, le parti social-démocrate, d'inspiration marxiste, particulièrement puissant dans le prolétariat viennois.

5.4. La question des nationalités et la guerre

Les choses bougent aussi à Prague, à Budapest, à Cracovie, où se renforcent les sentiments nationaux qu'exaltent artistes, écrivains et architectes. Les Tchèques, qui cohabitent de plus en plus difficilement avec les Allemands présents en Bohême, s'opposent particulièrement au pouvoir central : leur Parlement est souvent dissous. À côté des revendications des « nations historiques » s'exacerbe la question des minorités issues de groupes extérieurs à l'Empire (Ukrainiens, Serbes, Roumains, Italiens) qui ont conservé leurs spécificités linguistiques et religieuses. Face au mouvement national des Slaves du Sud, l'autorité hongroise répond par des mesures de rigueur et s'entête dans une politique de « magyarisation » rigide. Le problème prend une dimension internationale quand François-Joseph, profitant de la victoire russe sur les Turcs, décide d'occuper la Bosnie-Herzégovine (1878), s'attirant ainsi l'hostilité du nouvel État serbe, champion de l'indépendance des Slaves du Sud, et celle de l'allié privilégié de ce dernier, la Russie. Il s'en faut de peu qu'un conflit austro-russe n'éclate en 1908, lorsque la double province est purement et simplement annexée par Vienne. Six ans plus tard, l'attentat de Sarajevo contre l'archiduc François-Ferdinand entraîne l'Europe dans la Première Guerre mondiale.

Les événements se précipitent à partir de 1916. Les indépendantistes Tomáš Masaryk et Edvard Beneš, qui ont créé des légions tchèques combattant aux côtés des Alliés, forment un gouvernement provisoire en exil. L'agitation intérieure se développe et le Premier ministre est assassiné. François-Joseph, qui meurt le 21 novembre 1916, est remplacé par son neveu Charles Ier. Celui-ci engage, sans succès, des pourparlers avec les Alliés, et promet une constitution fédérale (« Manifeste » du 18 octobre 1918). Il est évidemment trop tard et Charles doit s'exiler en novembre 1918.

6. La République d'Autriche (1918-1938)

S'appuyant sur le principe des nationalités, les traités d'après-guerre dépècent l'Empire et donnent naissance à de nouveaux États, fondés sur des bases linguistiques et culturelles. Mais une exception est faite pour l'Autriche : malgré le vœu des députés, qui souhaitent le rattachement à l'Allemagne, les Alliés s'opposent à ce qu'elle se fonde dans ce qui sera la République de Weimar. La Constitution de 1920 dote la petite Autriche d'un régime fédéral et les chrétiens-sociaux accèdent au pouvoir, qu'ils conserveront jusqu'à 1938. L'accession à la chancellerie d'un prélat, Monseigneur Seipel, symbolise l'étroitesse des liens entre le pouvoir et l'Église catholique. La vie du nouvel État est dès lors dominée par deux problèmes majeurs : l'économie et la question allemande.

Sur le premier plan, il s'agit tout d'abord de pallier le déséquilibre entraîné par la dislocation de l'Empire. Le pays est doté d'une capitale désormais hypertrophiée – sa population va régulièrement décroître – et il faut désormais produire sur place ce qui était autrefois fourni par la Hongrie et la Bohême. Défi considérable, qui amène le gouvernement à prendre des mesures d'austérité impopulaires et que complique encore la grande crise de 1929. Ainsi, les tensions sociales, que double, sur le plan politique, la rivalité entre les chrétiens-sociaux (représentant le monde rural et les classes moyennes) et les sociaux-démocrates – dont le fief est « Vienne la rouge » – s'exacerbent (émeutes de 1927 et de 1934). Les affrontements politiques prennent alors une tournure inquiétante, avec la constitution de milices à gauche et à l'extrême droite. Ce contexte désastreux ne pouvait que préparer un terrain favorable au développement de la propagande nazie.

Engelbert Dollfuss, devenu chancelier en 1932, entend combattre à la fois la gauche et l'extrême droite. Par la Constitution de 1934, il instaure un régime autoritaire, corporatiste et chrétien, s'inspirant à la fois du fascisme italien et des encycliques sociales du pape Léon XIII. Il s'oppose aux prétentions de Hitler, en s'appuyant sur Mussolini, qui mobilise ses troupes sur la frontière autrichienne. Mais Dollfuss est assassiné le 25 juillet de la même année par des groupes nazis.

Kurt von Schuschnigg, qui lui succède, poursuit la politique de résistance aux hitlériens, mais les conditions ont changé : l'Allemagne se renforce, Mussolini, devenu son allié, ne s'oppose plus à l'Anschluss (rattachement de l'Autriche à l'Allemagne), et les démocraties occidentales renoncent à soutenir l'indépendance de la République. Sur ordre de Hitler, les nazis autrichiens multiplient désordres et provocations.

Devant le danger, Kurt von Schuschnigg tente de se rapprocher des sociaux-démocrates et de se concilier la Tchécoslovaquie et la Hongrie. Mais il est trop tard. Convoqué le 12 février 1938 à Berchtesgaden par Hitler, il est obligé d'accepter un nazi autrichien, l'avocat Arthur Seyss-Inquart, comme ministre de l'Intérieur, puis doit démissionner après avoir annoncé un plébiscite pour le 13 mars, cédant la place à Arthur Seyss-Inquart. Dans la nuit du 11 au 12, l'armée allemande entre en Autriche. Le chancelier est arrêté et l'Anschluss proclamé le 13. L'Autriche devient une simple province du Reich, l'Ostmark (marche de l'Est).

7. Sous la coupe de Hitler (1938-1945)

L'Ostmark est administrée par un gouverneur (Statthalter) qui dépend directement de Berlin. Un plébiscite, organisé le 10 avril par les nazis, ratifie l'Anschluss par 99,77 % des voix. Certes, les opposants avaient été massivement arrêtés et les résultats scandaleusement truqués, mais l'Allemagne a profité, en 1938, du soutien de la hiérarchie catholique et d'une certaine sympathie dans la population. L'amalgame austro-allemand est pratiqué dans l'Administration et l'armée, le plus souvent au profit des Allemands. L'économie connaît alors un certain essor, mais ce développement est entièrement mobilisé pour l'effort de guerre. L'opposition catholique et sociale-démocrate, bien que décimée, réussit à survivre clandestinement et quelques groupes de partisans apparaissent, en 1943, dans les montagnes.

À la fin du conflit, l'Armée rouge pénètre en Autriche au printemps 1945 (Vienne est libérée par les Russes le 12 avril), suivie de peu par les Occidentaux. Comme l'Allemagne, l'Autriche est divisée en quatre zones d'occupation, et Vienne, comme Berlin, en quatre secteurs. Mais les Alliés, considérant que l'Anschluss a été réalisé par la force (déclaration de Moscou du 1er novembre 1943), vont la traiter avec plus de bienveillance. La Seconde Guerre mondiale a fait 600 000 victimes autrichiennes, dont 380 000 dans la Wehrmacht et 130 000 Juifs.