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Milan

en italien Milano

Milan
Milan

Ville d'Italie, capitale de la Lombardie et chef-lieu de province.

  • Population : 1 245 660 hab. (recensement de 2011)
  • Nom des habitants : Milanais
  • Population pour l'agglomération : 2 915 979 hab. (estimation pour 2010)

GÉOGRAPHIE

Au cœur de la plaine padane, à 121 m d'altitude, Milan se trouve au contact de régions complémentaires. Au Nord, on trouve la haute plaine sèche, des collines morainiques, les Alpes ; au Sud c'est le domaine de la basse plaine humide s'abaissant vers le Pô. Mais, surtout, Milan se trouve sur la grande voie de liaison entre l'Europe industrielle et le monde méditerranéen, en particulier grâce au Saint-Gothard. L'importance de cette situation est perçue très tôt et dès l'Antiquité, encore plus au Moyen Âge, Milan est un grand foyer d'activité. Avec l'unité italienne, cette ville essentiellement marchande va devenir un centre industriel, puis elle accentuera son caractère de centre de décision économique et financier.

Les fonctions sont doubles. D'une part, Milan se présente comme une solide capitale régionale dont l'influence s'étend à toute la Lombardie et déborde même sur les provinces piémontaises de Novare et Alexandrie, ainsi que sur la province émilienne de Plaisance. D'autre part, Milan s'est imposée comme capitale économique du pays, tant par le poids de ces activités que par la concentration d'une grande partie des leviers de commande de l'économie nationale. Cette dualité s'appuie sur un ensemble d'activités diverses.

L'agglomération est d'abord le principal foyer industriel de l'Italie. Dans la ville même, le nombre d'usines recule au profit des banlieues (vers le Nord en particulier). Toutes les branches sont représentées, avec, cependant, trois secteurs dominants, les industries mécaniques et électromécaniques, le textile (coton, textiles synthétiques, confection) et la chimie, suivis par l'alimentation, l'édition, le meuble, sans oublier la présence massive du bâtiment.

Toutefois ce sont les activités tertiaires qui sont désormais le moteur de l'essor urbain. Milan est le premier foyer commercial italien avec ses grossistes, son commerce intégré (Rinascente), ses contacts internationaux. Les activités de transport sont très développées. Et, surtout, il y a la fonction financière et décisionnelle avec un grand nombre de banques, de sociétés financières, et la concentration des sièges sociaux des sociétés (Montedison, Pirelli, etc.). Une fonction culturelle notable (trois universités, la Scala, journaux à grand tirage) complète ce tableau.

Ce dynamisme a engendré de vigoureux flux migratoires depuis toutes les régions d'Italie. Les nouveaux venus s'installent dans l'agglomération, tandis que Milan voit diminuer sa population. La structure urbaine est caractérisée par un plan concentrique avec trois boulevards circulaires successifs. Le centre historique, d'origine médiévale, se transforme en « City », tandis que l'ensemble de la ville est investi par des bureaux au détriment des résidences. Au contraire, dans les banlieues, surtout au nord, il y a un enchevêtrement d'habitations et d'usines. Cela ne va pas sans poser de redoutables problèmes de fonctionnement des services, d'où les efforts tendant à une planification urbaine.

Milan a été désignée pour organiser l'Exposition universelle de 2015, dédiée au thème Nourrir la planète.

L'HISTOIRE DE MILAN

La ville antique

Fondée par les Étrusques entre l'Olona et le Lambro, Melpum est rebaptisée Mediolanum (ville du milieu du pays) par les Gaulois Insubres. Les Romains la conquièrent en 222 avant J.-C. et lui donnent un plan rectangulaire ; dotée du droit latin en 89 avant J.-C., elle est la principale cité de la région de Transjordane. Milan devient un grand centre commercial au ier s. après J.-C. grâce à la convergence en son site des voies alpestres. Fortifiée au iie s. pour faire face aux premières invasions, sauvée de celle des Alamans par Gallien en 261, érigée alors en colonia Gallieniana Augusta Felix Mediolanum, menacée pourtant par les Juthunges en 270, Milan est en fait la capitale de l'Occident romain lorsque les deux Augustes, Maximien et Dioclétien, y font célébrer, en 290, le rite de l'adoratio. Résidence fréquente de Maximien, dotée d'un palais, d'un quartier administratif et d'une garnison englobés dans une muraille de trois kilomètres de pourtour, Milan est dès lors le siège du préfet du prétoire et du vicaire du diocèse d'Italie. Elle est occupée en 312 par Constantin, qui y proclame avec Licinius en février 313 la liberté de croire, que ce dernier fait appliquer en Orient par un mandatum (et non par un edictum). Les empereurs y résident fréquemment au ive s. Mais la ville est surtout marquée par la présence du consulaire de Ligurie, qui devient évêque de la ville de 374 à 397 : saint Ambroise. Celui-ci élimine les ariens de la ville, où il fait ériger de nombreuses églises.

Le temps des épreuves (ve-viiie) s.

Menacée par les Wisigoths d'Alaric en 402, décapitalisée peu après par Stilicon (et Honorius) au profit de Ravenne, siège de la garnison barbare qui met fin en 476 à l'empire d'Occident au profit de son chef Odoacre, Milan est pillée par les Huns en 452. Elle est reconstruite par Eusèbe, évêque de Milan de 449 à 462, mais elle est occupée par Théodoric en 490. Ralliée aux Impériaux en 538 et détruite de ce fait par les Ostrogoths en 539, puis par les Lombards en 569, privée alors de son évêque, réfugié à Gênes, et de la Cour, qui s'établit à Monza, Milan s'efface derrière Pavie pendant quatre siècles.

Le temps des archevêques

Milan est au viie s. résidence d'un duc lombard, puis au viiie s. d'un comte carolingien. Elle est dotée de nouveau par Charlemagne d'un archevêque et enrichie par les souverains qui résident à Pavie. Elle devient au ixe s. la capitale de fait d'une vaste principauté ecclésiastique englobant tout le nord-ouest de la plaine du Pô ainsi que les hautes vallées alpestres du Tessin, par où passe la route commerciale du nord empruntée avec profit par les negociatores milanais depuis la fin des invasions hongroises. L'archevêque, qui concède à partir de 983 les « pievi » (paroisses) à la petite noblesse de son diocèse, coule la société milanaise dans un cadre féodal à trois niveaux : celui des vieilles familles féodales dont sont issus évêques et abbés ; celui des petits chevaliers ruraux ou urbains promus capitanei par l'Église, qui leur inféode dîmes et tonlieux ; celui enfin des monnayeurs, des hommes de loi (juges, notaires, avocats), des marchands et des artisans, qui afferment les curtes des établissements ecclésiastiques qui leur prêtent de l'argent. L'archevêque Aribert d'Intimiano (1018-1045) couronne dans sa ville Conrad II roi d'Italie en 1026 et assiste, premier après le pape, au couronnement impérial de ce même souverain à Rome, en mars 1027 ; il prétend faire de l'Église de Milan une autre Rome : « altera Roma ». Aribert reconstitue sa richesse par d'habiles investissements, restaure son prestige en combattant par le bûcher l'hérésie manichéenne, dont nicolaïsme et simonie favorisent la diffusion, assujettit le comte et le vicomte à son autorité et transforme sa curie en un véritable gouvernement doté de dix services dirigés chacun par un magister. Mis au ban de l'Empire à l'instigation des vavasseurs, qui obtiennent alors de Conrad II en mai 1037 la publication de la Constitutio de Feudis reconnaissant enfin l'hérédité de leurs fiefs, Aribert ne peut empêcher ni la fusion de ces vavasseurs avec les capitanei, ni la révolte en 1040 des cives, qui l'ont soutenu en 1037 contre l'empereur et qui acquièrent leur liberté en 1045 lorsque Milan prend enfin conscience d'elle-même face à l'empereur. Éliminant clercs simoniques et nicolaïtes, les réformateurs milanais (patarins, c'est-à-dire loqueteux) contraignent en effet le candidat de l'empereur à l'archiépiscopat, Guido da Velate (1045-1071), à se retirer et récusent ses successeurs jusqu'à ce que l'un d'eux, Anselmo de Rho, accepte en 1088 d'être réintégré après soumission préalable par Urbain II, qui contrôle désormais le parti de la Réforme.

La Commune de Milan

Mais l'essor d'un important commerce local (huile de Ligurie, bois des Alpes, sel de l'Adriatique) et international (épices et soieries d'Orient, tissus de laine de Flandre et de France) provoque une expansion accélérée du crédit gagé sur des biens immobiliers et par là même la naissance d'une classe d'hommes d'affaires d'où sont issus sans doute les consules et primores civitatis ; l'apparition de ces derniers dans un acte de 1081 marque la naissance de la Commune de Milan. Formé au plus tard en 1117 de 18 membres (17 nobles et un monétaire), le consulat impose dès lors à l'archevêque le pouvoir de cette commune qui s'attache aussitôt à éliminer par la force la concurrence économique de ses rivales : Crémone et Lodi entre 1107 et 1111, Côme le 27 août 1127.

Une telle politique expansionniste suscite l'hostilité des autres villes lombardes et facilite l'intervention de Frédéric Ier Barberousse, qui occupe Milan en 1158 et ne reconnaît officiellement son consulat que contre la prestation d'un serment de fidélité et l'acceptation de la présence d'un podestat impérial dont l'éviction par le peuple en 1159 provoque le retour de l'empereur.

La ville, rasée au terme d'un long siège en 1162, privée des emblèmes du « carroccio » et soumise à l'autorité d'un podestat impérial, se joint à la ligue que les villes lombardes forment contre l'empereur (mars 1167). Les Milanais rentrent enfin dans leur ville, qu'ils reconstruisent aussitôt, élargissant leur ligue aux villes de Vénétie, favorisant la création de la place stratégique d'Alexandria en 1168 ; ils brisent le 29 mai 1176 à Legnano la contre-offensive de l'empereur, qui leur accorde en fait son alliance et la maîtrise du contado par la paix de Constance de 1183.

Les Milanais entreprennent dès 1168 la rédaction des coutumes de la ville, source du Liber consuetudinum Mediolani de 1216. Ils assument de nouveau leur prospérité non seulement grâce à l'essor de leur commerce international, mais aussi grâce à celui de leur industrie : métallurgie (armes, outils, fers à chevaux, etc.) ; textiles (soie, coton, futaine, laine et draps fabriqués surtout par les uniliati, héritiers des patarins). Peuplée vers 1200 de 90 000 habitants au sein desquels monétaires et marchands, unis dans la consorteria della Motta, veulent s'arroger les pouvoirs royaux détenus par les nobles, tandis que la masse des populares (artisans) s'unit depuis 1198 en une credenza di Sant'Ambrogio, Milan doit admettre à plusieurs reprises entre 1186 et 1214 la substitution au régime consulaire d'un régime de podestatie qui devient définitif en 1214 lors de la promulgation de nouveaux statuts sous la triple pression du pape, de Frédéric II et des villes lombardes adverses.

Un moment apaisée par la défaite que lui inflige cet empereur à Cortenuova en 1237, la lutte entre les nobles et les cives se poursuit pendant tout le xiiie s. La construction entre 1236 et 1237 du « Stiebende Brücke » (le pont « écumant »), qui dégage la voie du Saint-Gothard, la frappe en 1253 d'un ambrogino d'or (3,50 g à 24 carats) témoignent de la réussite économique de ces derniers, mais n'empêchent pas la « credenza » d'imposer finalement par la force le régime de la seigneurie au profit des chefs du parti populaire : les Della Torre (ou Torriani).

Le régime de la seigneurie (1259-1535)

Ayant vaincu en 1259 les nobles milanais alliés à Ezzelino da Romano (1194-1259), Martino Della Torre confie le capitanat général sur la ville et le district de Milan au marquis Oberto Pallavicino (?-1269), qui inaugure une politique d'expansion territoriale (1260-1264) que promeuvent Martino Della Torre (1257-1263), puis son frère Filippo (1263-1265) et enfin, de 1265 à 1277, son cousin Napoleone (?-1278), également parés du titre de perpetuus dominus populi mediolanensis, auquel ce dernier ajoute celui de vicaire impérial en 1273. Cumulant les seigneuries de nombreuses villes italiennes, ces hommes font de Milan le centre d'une principauté territoriale de fait, bientôt appelée le Milanais. Cependant les Della Torre s'opposent en 1262 à l'entrée dans la ville du nouvel archevêque de Milan, Otton Visconti (1207-1295), guelfe mais noble ; vaincus à Desio en 1277, ils sont éliminés d'abord temporairement (1277-1302), puis définitivement en 1311 par le petit-neveu de ce prélat. Mathieu (Matteo) Visconti (1250-1322), tour à tour capitaine du peuple (1287), vicaire impérial (1311) et seigneur général de Milan (1317). Célébrée en 1288 par Bonvesin da la Riva (vers 1240-1315), auteur du De magnalibus urbis Mediolani, Milan est dès lors la riche capitale d'une vaste principauté, érigée en duché en 1395 et régie par les Visconti jusqu'en 1447, puis par les Sforza (1450-1535) après le bref intermède de la République ambrosienne. Milan, qui est devenue de ce fait une ville de cour, connaît alors un grand essor économique. Ajoutant à partir de 1340 la soierie à la draperie, la ville est, en effet, un centre textile de première importance au moment où se développent à la fin du xive s. ses industries de l'armement (bombardes, armures, etc.), qui contribuent à faire d'elle un grand centre bancaire, ainsi qu'en témoigne l'établissement par les Médicis de l'une de leurs filiales (1452-1478).

L'une des villes les plus peuplées de l'Occident (entre 100 000 et 150 000 habitants au minimum au xive s. et quelque 200 000 habitants au xve s.), Milan ouvre en 1386 le chantier du Dôme, qui attire maîtres d'œuvre et ouvriers de tous pays.

Déclin et renouveau (1535-1859)

Occupée par les Français de 1499 à 1513 et de 1515 à 1525, puis par les Espagnols, contre lesquels ses habitants se révoltent en 1526, restituée momentanément à François II Sforza en 1529, la ville, ruinée et dépeuplée, est tour à tour espagnole (1535-1706), puis autrichienne (1706-1733 et 1736-1796) et sarde (1733-1736). Elle ne maintient son rayonnement international que grâce à ses archevêques saint Charles Borromée (1564-1584) et Frédéric Borromée (1595-1631), qui y font appliquer les réformes tridentines et qui la dotent d'une bibliothèque dite « ambrosienne » (1609) et d'une pinacothèque (1618). La ville est, de plus, victime au xviie s. de l'émigration des travailleurs de la soie vers la campagne. Elle reprend quelque activité au xviiie s., grâce au despotisme éclairé des Habsbourg de Vienne et grâce à l'essor de l'industrie du coton. Accueillante aux révolutionnaires français, elle devient tour à tour capitale de la République cisalpine en 1797, de la République italienne en 1802, du royaume d'Italie en 1805 et du royaume lombard-vénitien en 1815.

Milan manifeste son hostilité à la politique de Metternich, lors de la journée des cigares, le 3 janvier 1848 ; elle expulse les Autrichiens au terme de cinq journées de bataille (18-22 mars). Réoccupée le 6 août par Joseph Radetzky (1766-1858), elle est incorporée au royaume de Sardaigne en 1859, puis au royaume d'Italie en 1861.

MILAN, VILLE D'ART

Les colonnes romaines dressées devant la basilique San Lorenzo sont l'un des rares vestiges de l'Antiquité. Fondée au ive s., la basilique fut plusieurs fois reconstruite, notamment au xvie s., mais toujours sur le plan primitif. Les mosaïques des chapelles de San Lorenzo et celles de la basilique Sant'Ambrogio, également fondée au ive s., révèlent l'importance de la ville à l'époque paléochrétienne ; en sculpture, le grand sarcophage de Sant'Ambrogio, de la fin du ive s., demeure une pièce exceptionnelle.

Transformée aux viiie s., ixe s. et xie s., Sant'Ambrogio est précédée d'un très bel atrium du xiie s. Elle possède les caractéristiques du style romano-lombard : faîte des murs extérieurs orné d'un feston en léger relief supporté par des pilastres plats, décor et murs traités dans le même appareil rustique. Subsistent encore, du Moyen Âge, Sant'Eustorgio, construite au ixe s., dont l'abside et le noyau principal datent du xiiie s. ; le campanile de l'église San Gottardo, édifié au xive s. ; et aussi quelques édifices civils, le palais de la Raison, ou Broletto Nuovo, et la loggia degli Osii.

L'événement principal est évidemment, au xive s., la fondation du Duomo, cathédrale gothique la plus importante d'Italie, commencée en 1386, achevée sur l'ordre de Napoléon Ier en 1805-1813. Après les maestri campionesi, des Français (Nicolas de Bonaventure, Jean Mignot) et des Allemands participèrent au début des travaux, non sans des conflits de conception avec les Italiens. L'immense entreprise fut poursuivie au xve s. par Filippino degli Organi, les Solari, etc., puis au xvie s. par P. Tibaldi, qui dessina la façade, continuée au xviie s. par Carlo Buzzi et achevée en 1813 seulement. L'église est en croix latine à cinq vaisseaux, avec un transept à collatéraux ; la flèche du xviiie s. qui surmonte la coupole (d'environ 1500) s'élève à 108 m. L'édifice est orné à l'extérieur d'une centaine de pinacles gothiques et de plus de deux mille statues de marbre. Sous le chœur, baroque, une chapelle (due à Richini, 1606) renferme le corps de saint Charles Borromée, qui a consacré la cathédrale en 1557.

La peinture gothique survit grâce aux fragments de fresques de la salle des jeux du palazzo Borromeo, et à quelques peintures et dessins de Giovannino De'Grassi (?-1398).

La civilisation de la Renaissance est arrivée assez tard dans la grande cité lombarde ; elle a été importée de Florence, de Ferrare et de Mantoue par les Visconti et les Sforza, qui appelèrent à leur cour des humanistes et des artistes remarquables. L'apogée se situe sous le règne de Ludovic le More. Léonard de Vinci est alors le plus beau fleuron de cette cour brillante et raffinée. La reconstruction du château des Sforza sur l'ancien château des Visconti se poursuit sous la direction de Bramante, des frères Solari, Cristoforo (1460-1527) et Andrea (vers 1460-vers 1520), et d'Antonio Averlino, dit le Filarete (1400-vers 1469). Ce dernier élève, avec Guiniforte Solari (1429-1481), le portique de l'Ospedale Maggiore, tandis que Bramante donne deux autres chefs-d'œuvre de la Renaissance : l'église Santa Maria presso Santo Satiro et la coupole, l'abside et le cloître de Santa Maria delle Grazie. Une multitude d'églises ont été modifiées ou construites aux xve et xvie s. : dans l'église Sant'Eustorgio s'élève la chapelle Portinari, due à Michelozzo (1396-1472) ; à San Nazaro la chapelle Trivulzio, par Bartolomeo Suardi, dit le Bramantino (vers 1465-vers 1536).

Trois architectes maniéristes se détachent dans la seconde moitié du xvie s. Pellegrino Tibaldi (1527-1596) construit l'église San Fedele (1569) et la cour de l'archevêché. Leone Leoni (1509-1590) subit profondément l'influence de Michel-Ange en élevant la façade de la Casa degli Omenoni, ornée de huit énormes atlantes. L'ouvrage le plus important de Galeazzo Alessi (1512-1572) est le palazzo Marino, où se développe une profusion d'ornements assez confus, mais typiques du maniérisme lombard. La fin du siècle est marquée par la personnalité de saint Charles Borromée (1538-1584), fondateur de nombreuses églises, collèges et institutions.

La peinture milanaise de la Renaissance et du baroque est dominée par quelques grands artistes originaires d'autres régions de l'Italie. Auteur du cycle des fresques de l'histoire de saint Pierre (1467-1468, chapelle Portinari à Sant'Eustorgio), Vicenzo Foppa (vers 1427-vers 1515) est considéré comme le fondateur de la première école milanaise. Il eut plusieurs disciples, dont Bernardino Butinone (vers 1450-après 1507), Bernardino Zenale (1436-1526) et Ambrogio da Fossano, dit le Bergognone (actif de 1481 à 1522), qui adoucit les lignes et subit l'influence de Léonard de Vinci. Du reste, l'admiration suscitée par la Cène (au couvent des Dominicains de Santa Maria delle Grazie) valut à Léonard de nombreux imitateurs : Bernardino Luini (vers 1485-1532), Giovanni Ambrogio De Predis (vers 1455-vers 1510), Andrea Solari, Giovanni Antonio Boltraffio (1467-1516), entre autres. Avec eux, l'école milanaise et lombarde manifeste une suavité un peu stéréotypée, dont elle ne se débarrassera souvent qu'au prix d'un éclectisme lui aussi discutable.

Si les arts majeurs furent souvent le fait d'artistes nés en dehors de Milan, il n'en est pas de même pour les arts mineurs : étoffes et armes faisant la gloire, aux xve et xvie s., des artisans milanais ; les cristaux d'art étaient aussi très recherchés.

Malgré Francesco Maria Richini (1584-1658) – palais Durini, Litta, de Brera – et surtout Giuseppe Piermarini (1734-1808), constructeur du palais Royal et du théâtre de la Scala (1776-1778), l'art milanais des xviie s., xviiie s. et xixe s., peu novateur, reste attaché à un éclectisme et à des modèles néoclassiques et romantiques venus d'ailleurs. Les créations les plus intéressantes sont pourtant des œuvres néoclassiques, comme la galerie Victor-Emmanuel II, par Giuseppe Mengoni (1877), ou l'arc de triomphe de la Paix, de Luigi Cagnola (1762-1833).

La prospérité économique entraîne dès le début du xxe s. un renouveau artistique (projet futuriste de la Città Nuova de A. Sant'Elia) et fait de Milan un laboratoire de l'architecture moderne (tour Pirelli, par G. Ponti, 1948) et du design.

LES MUSÉES DE MILAN

La Pinacothèque de Brera, installée dans un palais construit en 1615 par F. M. Richini, abrite une très riche collection de peintures : Scènes de la vie de la Vierge, par Carpaccio ; le Christ mort, par Mantegna ; Pietà, par Giovanni Bellini ; Vierge à l'enfant et saints, par Piero della Francesca ; Christ à la colonne, par Bramante ; le Mariage de la Vierge, par Raphaël ; la Flagellation, par Signorelli ; Repas chez Emmaus, par Caravage.

La bibliothèque Ambroisienne, fondée en 1609 par le cardinal Frédéric Borromée, abrite, outre des livres rares et de précieux manuscrits, une pinacothèque (portraits du musicien Gaffurio par Léonard de Vinci et d'Isabelle d'Este par Ambrogio De Predis).

Le château des Sforza, ancienne résidence des ducs de Milan, accueille un musée de la sculpture (Pietà Rondanini, dernière œuvre de Michel-Ange), une pinacothèque, un musée des instruments de musique…

Le musée Poldi Pezzoli abrite des collections d'armes, d'objets d'art et de peintures, surtout d'artistes lombards.

Le musée national de la Science et de la Technique Léonard de Vinci présente les maquettes des inventions du Maître.

On citera également la galerie d'Art moderne, le musée international d'Architecture moderne, le musée du Palais Bagatti Valsecchi, etc.

LE THÉÂTRE DE LA SCALA

Un incendie ayant détruit en 1776 le palais ducal, les Milanais demandent à l'archiduc Ferdinand d'Autriche de reconstruire un théâtre. La zone proche de l'église Santa Maria alla Scala est choisie et l'architecte Giuseppe Piermarini commence les travaux. L'inauguration a lieu en 1778 avec L'Europa riconosciuta de Salieri. Les compositeurs les plus liés avec la Scala furent Rossini, Bellini, Donizetti (dont une grande partie des opéras ont été créés dans ce théâtre) et Verdi. À partir de 1807 commencent d'importants travaux d'agrandissement de la scène et, plus tard, de restauration (1838). La façade est mise en valeur grâce à la démolition des maisons environnantes (1857). Après l'éclairage au gaz (1860), la Scala est le premier théâtre du monde à être éclairé à l'électricité (1884). L'établissement ferme ses portes de 1918 à 1921. La réouverture se fait avec Falstaff de Verdi, mais, dans la nuit du 15 août 1943, l'Opéra est très touché par les bombardements. Il sera reconstruit pour ouvrir à nouveau en 1948. Au traditionnel répertoire italien s'ajoutent alors les œuvres des romantiques et postromantiques russes et allemands, puis des impressionnistes français. Nommé directeur artistique (1897), Toscanini en fit un théâtre à la réputation inégalée. Après son départ en 1929, Victor De Sabata lui succède jusqu'en 1953. De 1952 à 1961, la présence de Maria Callas suscite la reprise d'œuvres italiennes oubliées ou méconnues.