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Naples

en italien Napoli

Naples, Italie
Naples, Italie

Ville d'Italie, capitale de la Campanie et chef-lieu de province, au sud du golfe de Naples (formé par la mer Tyrrhénienne), à l'O. du Vésuve.

  • Population : 947 764 hab. (recensement de 2011)
  • Nom des habitants : Napolitains
  • Population pour l'agglomération : 2 348 100 hab. (estimation pour 2010)

Naples est le principal centre urbain du Mezzogiorno, la troisième ville de l'Italie, après Rome et Milan, et le cinquième port du pays.

GÉOGRAPHIE

1. Le site de Naples

Naples s'étend sur 20 km de Pouzzoles à Portici, s'étageant sur les pentes des champs Phlégréens et du Vésuve. La ville est à la tête d'une région urbaine et industrielle qui s'étend au sud jusqu'à Sorrente sur le littoral, et s'élargit vers l'intérieur, gagnant Caserte, Capoue, Nola. Ville d'art et de culture et haut lieu du tourisme mondial avec ses environs (Capri, Ischia, Pompéi, Vésuve), elle présente des aspects très contrastés, oscillant entre un modernisme trépidant et mal maîtrisé et une traditionnelle vie de quartier.

Les conditions géographiques sont bonnes. C'est le seul site portuaire vraiment favorable de Gênes à Messine, avec des possibilités de relations aisées vers un vaste arrière-pays. Le site urbain, d'une grande beauté, s'inscrit sur les dernières pentes des champs Phlégréens, qui se terminent ici en deux amphithéâtres principaux. Mais les extensions actuelles dépassent largement les limites de cette implantation primitive. Sur le littoral, de Pouzzoles jusqu'au Vésuve et aux premiers contreforts des monts Lattari, sur près de 40 km, c'est une succession d'aires résidentielles et industrielles. L'urbanisation se diffuse vers l'intérieur, respectant encore des zones rurales.

2. Les différentes parties de la ville

Le cœur de la ville, délimité au nord par la via Foria, à l'est par la Piazza Garibaldi (gare centrale), s'étend jusqu'au Palazzo Reale au sud et au pied du Vomero à l'ouest. Dense et compacte, il est fait d'étroites ruelles et renferme l'essentiel des curiosités touristiques. De l'autre côté de la via Toledo, en partie piétonne, le vieux quartier en damier construit sous la domination espagnole est encore plus resserré. Une population très modeste s'y concentre ; le quartier espagnol est celui des bassi, ces habitations qui s'apparentent extérieurement à des caves et où logent des familles entières. À la suite du tremblement de terre de 1980, une partie de la population a dû évacuer les immeubles qui menaçaient de s'écrouler. Seuls quelques grands axes percés au tournant du xxe s., comme le Rettifilio, nom donné par les Napolitains au Corso Umberto I, ont ouvert le centre ville. Le centre historique de Naples a été inscrit en 1995 sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Le long de la mer, une immense avenue, bordée de luxueux hôtels, offre un magnifique panorama sur la baie et surtout sur le Vésuve.

Le paysage urbain est le résultat d'une longue évolution historique. Ancienne cité grecque, puis romaine, pendant tout le Moyen Âge, Naples est enfermée dans les murs érigés au Bas-Empire, avec un faubourg important vers la mer. Le choix de Naples comme capitale par les Angevins apporte la prospérité, et la ville commence à prendre un aspect monumental. La période espagnole est marquée par de nombreuses constructions. Sous les Bourbons, les embellissements de la ville vont de pair avec un processus d'industrialisation assez vif. Mais les conséquences économiques de l'unité italienne sont graves pour Naples. En dépit de dispositions visant à améliorer la situation de l'emploi, le problème chronique de cette ancienne capitale devient celui du chômage, auquel il faut ajouter un déficit permanent de logements.

Sur les pentes des collines de San Martino et Capodimonte, la résidence modeste l'emporte, alors que sur celles du Vomero, du Pausilippe, de Santa Lucia, Chiaia et Mergellina les belles demeures s'étalent face à la mer. Quant à la grande bourgeoisie qui traditionnellement occupait la riviera di Chiaia et la colline du Pausilippe, elle a tendance à fuir le chaos citadin en direction de la presqu'île sorrentine ou de Pouzzoles et des champs phlégréens.

La croissance de la ville s'est faite vers la périphérie ; sur le littoral à l'ouest, dans la plaine de Fuorigrotta et Bagnoli, ou à l'est de la piazza Garibaldi. Quant à la partie est de l'agglomération, elle est également marquée par l'alternance de complexes industriels et d'unités résidentielles, dans la plaine formée par le Sebeto (Ponticelli, Barra, San Giovanni a Teduccio), et elle se relie sans solution de continuité à Portici, Torre del Greco ou Casoria.

3. Les activités

En dépit des efforts accomplis par l'État italien (création dans les années 1950 de la Cassa per il Mezzogiorno, Caisse du midi, remplacée par la suite par l'Agenzia per il Mezzogiorno), Naples tout comme le Mezzogiorno manque d'emplois. Les investissements industriels restent insuffisants malgré l'installation de grandes entreprises qui font de Naples le centre industriel le plus actif du Mezzogiorno. L'industrie s'est bien développée avec la mécanique à Naples même, à Pouzzoles (matériel de bureau), à Castellammare di Stabia (constructions navales), à Pomigliano d'Arco (automobiles), les industries textiles et alimentaires (minoteries, conserveries), les textiles, la raffinerie de pétrole et la chimie (engrais, plastiques), la cimenterie, les verreries, l'agroalimentaire. Port industriel et de voyageurs, Naples est dotée d'un marché agricole. Ce sont les activités tertiaires (administration, commerce) qui offrent plus de la moitié des emplois. Elles sont dominées par des micro entreprises. De petits ateliers de confection, plus ou moins légaux, contrôlés par de grands commerçants sont nombreux à Naples.

La fréquentation touristique n'est pas négligeable. Outre la visite de la ville, Naples est le point de départ d'excursions vers la péninsule de Sorrente (Positano, Amalfi, côte Amalfitaine), vers les îles de Capri et Ischia, vers les sites archéologiques de Pompéi, Herculanum, Cumes, vers le Vésuve. Mais l'activité tertiaire principale est celle qui est liée au port. Organisé au xviiie s., agrandi au xixe s., il s'est développé d'ouest en est, protégé par deux digues parallèles au rivage (pour les pétroliers, un port et une île flottante ont été construits). Il est complété par cinq autres ports (Pouzzoles, Portici, Torre del Greco, Torre Annunziata, Castellammare di Stabia).

Pauvreté, chômage favorisent le développement des activités de la Camorra, la mafia napolitaine, très présente en Campanie.

4. Le climat de Naples

Le climat de Naples est méditerranéen, avec un total annuel de précipitations de 915 mm, qui tombent surtout en hiver, et des températures moyennes journalières qui s'échelonnent entre 8 °C en janvier (12 °C maximum et 4 °C minimum) et 24 °C en juillet et août (29 °C maximum et 18 °C minimum).

L'HISTOIRE DE NAPLES

Les origines

Naples est fondée vers la fin du viie s. avant J.-C. par les Eubéens de Cumes sous le nom de Parthénope ; elle est agrandie au ve s. et reconstruite alors selon un plan en damier auquel elle doit son nom (Neapolis : « Nouvelle Ville »). Occupée par les Romains en 327 avant J.-C., elle est contrainte de signer un fœdus, qui en fait une cité alliée en 326 avant J.-C., et résiste à Pyrrhos et à Hannibal. En 90 avant J.-C., elle est érigée en municipe romain. Elle devient une ville résidentielle qui compte peut-être 30 000 habitants, mais que ne nourrit pas le grand commerce international dont Pouzzoles canalise le trafic à son profit.

La capitale du duché de Naples

Résidence du dernier empereur romain d'Occident, Romulus Augustule, occupée par Bélisaire en 536, qui réveille ses traditions helléniques, Naples devient en 661 la capitale d'un duché byzantin qui englobe l'essentiel de la Campanie jusqu'en 839-845, dates de l'émancipation de villes voisines : Gaète, Cumes, Pouzzoles, Sorrente, Amalfi surtout.

Depuis le vie s., Naples est menacée sans cesse par les Lombards ; elle vit repliée à l'intérieur de ses murailles antiques (100 ha), accrue au xe s. de la junctura nova. Hors des murs s'étend alors un nouveau quartier : la junctura civitatis, qui englobe un marché et deux ports : l'Arcina (arsenal) et le Vulpulum (grand port) par lesquels sont importés fruits, légumes, poissons, soieries byzantines et exportés les produits des industries locales : armes, toiles de lin. Le duc, dont le titre est devenu héréditaire au milieu du viiie s., détient dès lors un pouvoir absolu, qu'il exerce avec l'aide de fonctionnaires nobles et d'une élite bourgeoise, sur une population formée de petits artisans, de colons ruraux, difisi (défendus), protégés par de puissants laïques ou ecclésiastiques, et enfin d'esclaves. Mais le duché ayant été amputé de ses dépendances extérieures du fait de la perte de Pouzzoles en 1026, d'Amalfi et de Sorrente en 1039, de Gaète en 1040, Serge V (1053 ?-1090 ?) doit se reconnaître vassal de Richard, prince normand de Capoue qui assiège sa capitale en 1077. Ayant renouvelé son hommage au roi de Sicile Roger II en 1134, Serge VII (1123 ?-1137) concède aussitôt par le Pactum Sergii d'importants privilèges à l'aristocratie nobiliaire non engagée personnellement dans les liens de dépendance à l'égard des Normands. Ce texte garantit le libre accès de la ville par terre et par mer aux marchands pisans et surtout amalfitains, qui y possèdent une importante colonie ; il confirme ainsi le caractère désormais passif du commerce napolitain.

Révoltée en vain contre Roger II en 1136-1137, indépendante de 1137 à 1139, Naples doit accueillir en 1139 le comte de Sicile, qui l'intègre, par les assises d'Ariano, dans le cadre féodal de la monarchie normande dont elle devient la capitale.

La capitale royale du Moyen Âge

La capitale normande

Bien que les fils de Roger II de Sicile, Alphonse, puis Guillaume Ier (1154-1166), soient tour à tour proclamés duc de Naples, la ville est dès lors administrée par un comes palatii (compalazzo), lequel agit au nom du roi, qui privilégie la noblesse locale. Privées dès lors de tout espoir d'ascension sociale, les classes moyennes se révoltent en 1155-1156. Contre elles, Guillaume II (1166-1189) édifie alors le Castel Capuano et le Castel dell'Ovo dans l'île du Salvatore, forteresses qui lui permettent de mieux contrôler les 30 000 habitants de la ville, nourrie par une importante immigration rurale et par l'implantation de nombreuses colonies étrangères : 500 familles juives, nombreux marchands amalfitains et pisans. Mais la revendication par les Napolitains de la libertas que leur a reconnue Roger II en 1140 contraint Tancrède (1189-1194) à concéder à la ville l'important privilège de 1190, qui réserve sa seigneurie au roi seul tout en l'exemptant en tout ou en partie de très nombreuses taxes. Dès lors, Naples devient une commune à conseils présidée par un compalazzo. Mais ce régime de semi-autonomie municipale ne survit pas à l'occupation de la ville par l'empereur Henri VI, qui détruit ses remparts en 1194.

La capitale des Hohenstaufen (1194-1266)

Autonome de fait à la mort de ce souverain en 1197, Naples détruit Cumes afin de rétablir l'ordre menacé en Campanie. La ville est vaincue en 1207 par une coalition urbaine animée par Diepold von Vohberg, maître de Salerne, et perd de nouveau son autonomie au lendemain du couronnement impérial de Frédéric II en 1220. Incorporée par ce dernier dans la province de la Terre de Labour, soumise à l'autorité civile du compalazzo et militaire des châtelains impériaux du Castel Capuano et du Castel dell'Ovo, écrasée sous le poids très lourd des monopoles d'État concernant le sel, la poix, le fer, l'acier, Naples devient pourtant, en raison de sa position exceptionnelle, la capitale politique réelle des possessions péninsulaires de l'empereur. L'enceinte fortifiée est reconstruite, un nouveau palais édifié, les revenus du royaume concentrés dans les deux châteaux ; le port, les constructions navales et les industries textiles sont développés, les Génois et les Marseillais attirés par des exemptions de droits de douane, les Napolitains enfin incités à participer au grand commerce international. Concrétisant la prospérité de la ville, Frédéric II y autorise la frappe en 1231 de la première monnaie d'or italienne, l'augustale, et surtout la création en 1224 d'un studium generale, université organisée selon les conseils de Pietro Della Vigna et de Roffredo di Benevento et destinée à concurrencer celle de Bologne en matière de droit civil. Naples rejette l'autorité impériale en 1250 et se dote d'un « podestat » (Riccardo Filangieri [1251-1252], puis Gallo de Orbellis [1252-1253] assisté d'un conseil). Le 10 octobre 1253, elle est reconquise par Manfred, le fils bâtard de Frédéric II. Abolie par Conrad IV, restaurée presque aussitôt après sa mort en 1254, la commune de Naples accueille le pape Innocent IV, puis le conclave qui élit Alexandre IV (1254). De nouveau soumise à Manfred (1256-1266), elle est enfin occupée par Charles Ier d'Anjou en 1266.

La capitale angevine (1266-1442)

Naples, qui est située au cœur de l'Empire méditerranéen de Charles Ier d'Anjou, en devient tout naturellement en 1282 le centre politique, économique et militaire. À côté du gouvernement, l'administration de la justice et des finances du royaume y ont en effet leur siège ainsi que l'Hôtel des Monnaies et l'université, qui enseigne le droit aux futurs fonctionnaires angevins. Enfin, la présence d'une cour brillante fréquentée par de nombreux chevaliers français explique la transformation monumentale de la ville (construction du Castel Nuovo et de nombreuses résidences princières, reconstruction de la cathédrale, etc.) ainsi que l'attraction qu'elle exerce du xiiie au xve s. sur de nombreux intellectuels tels que Boccace, Pétrarque, etc. Surtout, ce rôle de capitale facilite l'essor de ses activités économiques : artisanat de luxe (laine et soie) ; constructions navales liées au développement de la marine de guerre et à la multiplication des chantiers navals autour du cap Santa Lucia ; grand commerce international aux mains des étrangers (Génois, Barcelonais, Marseillais, Pisans, Florentins, Amalfitains). Naples, qui a 50 000 habitants vers 1300, apparaît comme l'une des capitales les plus brillantes de l'Occident. Mais la perte de son autonomie municipale est le prix de cette prospérité puisque cinq des six prud'hommes qui l'administrent sont élus annuellement et obligatoirement au sein de la classe nobiliaire, étroitement contrôlée par le roi.

Marquée par l'exécution de Conrad V de Hohenstaufen (Conrandin) sur la place du Marché en 1268, par la vaine révolte de 1284, par l'occupation hongroise (1348) et par la peste noire, qui éclate cette même année, l'histoire de la ville se confond, désormais, avec celle du royaume de Naples. Occupée en 1381 par Charles de Durazzo, qui détrône Jeanne Ire, Naples se dote d'un nouveau corps : les « Otto del buono stato », qui reconnaissent la royauté de Louis II d'Anjou, lequel y réside de 1391 à 1399. La ville est assiégée par Louis III d'Anjou en 1417 et occupée temporairement par Alphonse V, roi d'Aragon et de Sicile, en 1423 ; elle accueille en 1435 la reine Isabelle, puis en 1438 son époux le roi René Ier d'Anjou, qui y est assiégé et vaincu par les Aragonais (1441-1442).

L'ère espagnole (1442-1734)

Après l'entrée triomphale d'Alphonse V le 26 février 1443, Naples devient la capitale d'un nouvel empire maritime étendu de Barcelone à Palerme. Elle se montre accueillante aux artistes et aux humanistes de la Renaissance italienne, qui inspire par son intermédiaire la première Renaissance française à la suite de l'occupation de la ville par les troupes de Charles VIII (1495) et de Louis XII (1501-1503). Mais elle n'est plus à partir de 1503 que la résidence du vice-roi espagnol. Soulevée contre l'Inquisition en 1510 et en 1547, victime des conflits opposant dans la péninsule les Bourbons aux Habsbourg au xvie s., passant en un siècle de 150 000 à 260 000 habitants du fait de l'exode rural, Naples, à l'appel de Masaniello, se révolte contre les Habsbourg avec l'appui des Bourbons (juillet 1647- avril 1648).

Le temps des Bourbons (1734-1860)

Occupée en 1734 par le Bourbon d'Espagne don Carlos (Charles VII), Naples redevient alors la capitale effective du royaume. Les Bourbons, qui fondent en 1737 le théâtre San Carlo, contribuent au réveil intellectuel et artistique de la ville. Mais ils ne peuvent empêcher l'aggravation des antagonismes sociaux dans une ville dominée par une aristocratie oisive et où affluent de nombreux ruraux : les lazzaroni victimes de la ruine du royaume. Occupée par les Français de Championnet, qui en font la capitale de la république Parthénopéenne (janvier-juin 1799), théâtre d'une sanglante répression contre-révolutionnaire (1799), capitale du royaume napoléonien de Naples (1806-1815), puis de la dynastie restaurée des Bourbons (1815-1860), Naples est victime de l'insurrection des carbonari (1820-1821), puis de la révolution de 1848, durement réprimée par Ferdinand II, roi des Deux-Siciles.

Déclin et renouveau (1860-1973)

Le 7 septembre 1860, Garibaldi s'empare de la ville. Réduite au rang de capitale provinciale, dévastée par les bombardements aériens en 1943-1944, révoltée en septembre 1943 contre les Allemands, qui exécutent de nombreux résistants, mais reconstruite depuis lors, Naples est devenue le principal centre économique du Mezzogiorno.

L'ART À NAPLES

Introduction

Naples n'a rien gardé de son passé grec, et l'on n'y retrouve la civilisation romaine que dans les riches collections du Musée archéologique national, formées d'ailleurs des vestiges d'Herculanum et de Pompéi. Si l'enceinte actuelle du Duomo conserve un témoignage de l'art paléochrétien avec les restes de la cathédrale Santa Restituta (ive s.), et surtout son baptistère à coupole embelli de mosaïques (seconde moitié du ve s.), rien ne rappelle à Naples la domination de l'empire d'Orient, des Normands, de la maison de Souabe ; c'est en Campanie qu'il faut chercher des monuments de cette période : Santa Sofia de Bénévent (viiie s.), imitation lombarde des modèles byzantins ; Sant'Angelo in Formis (fin du xie s.), que l'abbé du mont Cassin fit construire selon le type basilical et orner de fresques ; les cathédrales de Salerne, Ravello, Caserta Vecchia, Capoue, Sessa Aurunca, Bénévent (fin du xie au xiiie s.), où la tradition paléochrétienne accueille la décoration byzantine et parfois ce style islamisant qui, apparenté à celui de la Sicile, triomphe à la cathédrale d'Amalfi et dans les palais de Ravello.

La période angevine, l'art gothique

Ayant fait de Naples sa capitale, la maison d'Anjou y apporte l'art gothique. Du Castel Nuovo fondé en 1279 par Charles Ier, il reste essentiellement la chapelle. La domination angevine a laissé surtout des églises : San Lorenzo Maggiore (fin du xiiie s.), dont l'abside est entourée d'un déambulatoire à chapelles rayonnantes ; Santa Chiara (1310-1328), vaste vaisseau unique ; le Duomo, San Gennaro (1294-1323), très remanié par la suite. Ces églises abritent les monuments funéraires de la maison d'Anjou, chargés de sculptures qui s'étagent en registres sous un baldaquin de pierre ; on y reconnaît la main d'artistes toscans, tel Tino da Camaino, venu de Sienne vers 1323-1324. La peinture du xive s. dépend aussi de l'Italie centrale. On doit à l'atelier de Pietro Cavallini, de Rome, les fresques qui revêtent le chœur des Franciscaines de Santa Maria Donna Regina (vers 1316-1320). L'activité napolitaine de Simone Martini est attestée au moins par un panneau de 1317 conservé à la Galerie nationale du palais de Capodimonte.

La Renaissance

Si Naples figure parmi les foyers de la Renaissance italienne, c'est grâce à l'apport d'autres cités plutôt qu'aux artistes autochtones. L'impulsion décisive revient à la dynastie aragonaise. En commémoration de l'arrivée victorieuse d'Alphonse V d'Aragon à Naples, le Castel Nuovo, reconstruit en formes encore gothiques, reçoit à partir de 1454 une entrée triomphale à quatre étages, inspirée des modèles classiques dans son ordonnance comme dans les sculptures qui l'enrichissent. Giuliano da Maiano, venu de Florence, et Fra Giocondo, de Vérone, élèvent la fastueuse villa de Poggio Reale, dont rien ne subsiste. On doit au premier la chapelle de Tolosa à Sant'Anna dei Lombardi, l'église des Olivétains. Dans cet édifice, principal témoignage religieux de la Renaissance napolitaine, les Florentins Antonio Rossellino et Benedetto da Maiano ont laissé des retables sculptés, Guido Mazzoni, de Modène, une Pietà (1492) dont les huit figures en terre cuite polychrome sont d'un réalisme saisissant, Fra Giovanni, de Vérone, les panneaux marquetés de la sacristie. Pour le cardinal Oliviero Carafa, Tommaso Malvito de Côme aménage de 1497 à 1507, dans le Duomo, l'élégante crypte du Succorpo.

Dans la seconde moitié du quattrocento, le milieu napolitain attire des peintres de l'Italie centrale ou septentrionale, de l'Espagne méditerranéenne et de la Sicile ; l'école flamande est présente dans les collections royales. La formation d'Antonello de Messine bénéficie de ce croisement d'influences. Un seul maître local est de quelque notoriété : Colantonio, auteur entre 1445 et 1465 de panneaux d'un réalisme méticuleux. Au début du xvie s., Antonio Solario, originaire de la Vénétie, peint à fresque la vie de saint Benoît dans le cloître des Santi Severino e Sossio. L'étude de Raphaël est à la source du maniérisme gracieux d'Andrea Sabatini, natif de Salerne (vers 1490-vers 1530).

L'âge baroque et la peinture napolitaine

Le véritable épanouissement de l'art napolitain s'est accompli sous le signe du baroque, entre les dernières années du xvie et le milieu du xviiie s. Le début de cette période est marqué par une grande activité dans le domaine de la construction. Pour le vice-roi espagnol, Domenico Fontana, de Lugano, élève un palais plutôt sévère, devenu le Palazzo Reale. L'architecture religieuse bénéficie de la vitalité des ordres. Le Florentin Giovanni Antonio Dosio, par exemple, élève l'église San Filippo Neri, dite « des Gerolomini », et commence à reconstruire la chartreuse de San Martino, haut lieu de baroque napolitain, que Cosimo Fanzago, de Bergame, achèvera dans un style plus pittoresque. Dans l'ensemble, il faut l'avouer, cette architecture manque de hardiesse. À Naples, l'église baroque est surtout le cadre d'une décoration somptueuse, dont l'essentiel est offert par la peinture. Or, l'école napolitaine a la première place, après celle de Rome, dans l'Italie de l'époque baroque.

Alors que règne encore le maniérisme monotone d'un Belisario Corenzio (vers 1558-vers 1640), la révolution est apportée par le Caravage, venu de Rome en 1607. Son influence fut capitale, mais inégalement subie par l'école napolitaine. On y retrouve la participation des étrangers, par exemple des Émiliens Giovanni Lanfranco et Domenico Zampieri (le Dominiquin), celui-ci plus classique, celui-là plus baroque, comme le montrent à la cathédrale les fresques de la chapelle San Gennaro, où ils s'affrontent. Lanfranco est aussi l'auteur de la vaste composition qui emplit d'un seul tenant la voûte principale de l'église de la Chartreuse (1643). Venu d'Espagne, Ribera passe la plus grande partie de sa carrière à Naples, donnant du caravagisme une interprétation très personnelle, comme le prouvent, à la Chartreuse, les douze prophètes peints au-dessus des arcades de la nef.

Mais l'école napolitaine n'a pas manqué de peintres autochtones. Le plus proche du Caravage est Giovanni Battista Caracciolo (vers 1570-1637), dont les compositions, denses et dramatiques, voisinent à la Chartreuse avec celles de Massimo Stanzioni (1585-1656), décorateur fécond, de tempérament plus réservé. Bernardo Cavallino (1616-1656) a marqué de sa sensibilité des compositions de format modeste. La synthèse du clair-obscur et de la couleur s'accomplit dans le style puissant de Mattia Preti (1613-1699), comme en témoignent les toiles du plafond de San Pietro a Maiella (1656) ou les deux Festins d'Absalon et de Balthazar (Galerie nationale de Capodimonte). Paysages animés, batailles, scènes de genre sont les sujets favoris d'Aniello Falcone (1600-1665), de Micco Spadaro (vers 1612-1675). Avec Salvator Rosa (1615-1673), le paysage prend un accent romantique et inquiétant. Un réalisme vigoureux mais teinté de faste assure une place éminente aux maîtres napolitains de la nature morte : Paolo Porpora (1617-1673), Giovan Battista Ruoppolo (1620-1685), Giuseppe Recco (1634-1695), Andrea Belvedere (1642-1732), les uns et les autres représentés à Capodimonte.

Dans la seconde moitié du xviie s., Luca Giordano (1634-1705) communique son souffle baroque à la peinture d'histoire. Il peint à fresque les Vendeurs chassés du Temple au revers de la façade des Gerolomini (1684), des scènes de l'Ancien Testament dans la chapelle du trésor à la Chartreuse. Sa science du décor plafonnant lumineux et vif triomphe au palais Medici-Riccardi de Florence et à l'Escorial – car sa carrière fut européenne. Après Giordano, l'école napolitaine a pour chef de file Francesco Solimena (1657-1747). Son style nerveux, coloré, d'une verve typiquement baroque, est toujours à l'aise dans la grande décoration, comme en témoignent ses fresques : le Triomphe de l'ordre dominicain (1709) à la voûte de la sacristie de l'église San Domenico, Héliodore chassé du Temple au revers de la façade du Gesù Nuovo. On doit d'autre part à Gaspare Traversi (1725 ?-1769) des scènes de genre au métier franc et savoureux.

La tradition baroque inspire les architectes de la première moitié du settecento, tels Ferdinando Sanfelice (1675-1748), auteur du palais Serra di Cassano, et Giovanni Andrea Medrano, que Charles de Bourbon chargea d'élever le théâtre San Carlo, le palais de Capodimonte, d'une élégante majesté (à partir de 1738), et celui de Portici.

La virtuosité, le goût des effets picturaux caractérisent la sculpture du xviiie s., dont le principal ensemble est la chapelle funéraire de la famille Sansevero di Sangro, rénovée à partir de 1749. Les presepi, crèches aux nombreuses figures polychromes (visibles notamment au musée San Martino), offrent de la sculpture une version populaire et typiquement napolitaine. Fondée par Charles de Bourbon, la manufacture de porcelaine de Capodimonte travaille de 1743 à 1759. On lui doit de gracieuses figurines, mais surtout l'éblouissant revêtement du « salon chinois » fait pour Portici et transféré à Capodimonte.

Vers le milieu du xviiie s., l'architecture prend un caractère plus grandiose avec Luigi Vanvitelli (1700-1773). Outre l'église de l'Annunziata, il conçoit la résidence royale de Caserte, commencée en 1752. C'est un imposant quadrilatère où s'inscrivent quatre cours déterminées par un atrium cruciforme. L'influence de Versailles apparaît dans la chapelle et dans la magnifique perspective des jardins, qu'animent des eaux vives et des groupes sculptés.

Du néoclassicisme à nos jours

À Naples comme ailleurs, la seconde moitié du xviiie s. voit le renouvellement du goût sous le signe du « retour à l'antique », que favorisent les découvertes d'Herculanum et de Pompéi. Les principaux édifices néoclassiques sont le théâtre San Carlo, refait à partir de 1810 par Antonio Niccolini (1772-1850) ; du même, la villa Floridiana, élevée en 1817 pour Ferdinand Ier ; de Pietro Bianchi (1787-1849), l'église San Francesco di Paola (1817), inspirée du Panthéon de Rome. Le décor intérieur des palais royaux est rénové dans un style qui s'apparente au style Empire français. L'éclectisme l'emporte dans la seconde moitié du xixe s. : la Galleria Umberto (1890) associe un pastiche de la Renaissance à l'emploi du fer et du verre.

Mais, au-delà des œuvres d'art et des monuments, le caractère de Naples doit beaucoup aux contrastes de cette ville, où derrière les grands immeubles aux façades cossues, qui bordent les larges artères, d'innombrables maisons plus ou moins sordides se serrent dans des îlots séparés par des rues très étroites ; c'est là que se déroule la vie quotidienne des Napolitains, dans une atmosphère bruyante et animée. Le long de la mer, une immense avenue, bordée de luxueux hôtels, offre un panorama magnifique sur la baie et surtout sur le Vésuve. Le Castel dell'Ovo, ancienne forteresse normande, domine le charmant port de Santa Lucia, où se pressent les bateaux de pêche. Ces faubourgs du bord de mer se terminent au Posillipo, quartier de résidence, où les riches villas s'étagent sur les pentes des champs Phlégréens, au-dessus de Marechiaro, petit port de pêcheurs.

LES MUSÉES DE NAPLES

Les principaux sont : le Musée archéologique national, qui s'est constitué à la fin du xviiie s. (« palais des Études ») avec d'une part les collections des Bourbons de Naples (peintures, aujourd'hui transférées à Capodimonte ; sculptures antiques), d'autre part le fabuleux produit des fouilles d'Herculanum, Pompéi, Capoue, Cumes, Pouzzoles, Stabies, etc. La collection comprend un incomparable ensemble de peintures murales campaniennes, des mosaïques (Bataille d'Alexandre), des inscriptions, des marbres (Hercule Farnèse, Taureau Farnèse, Vénus de Capoue, etc.), une remarquable série de bronzes, de la verrerie, des vases peints, des médailles et des camées ; le Musée et la Galerie nationale de Capodimonte, dans le palais de Capodimonte, qui réunissent les collections napolitaines d'arts décoratifs (porcelaines, armes, etc.) et de peinture : près de 2 000 tableaux, du xiiie au xxe s., avec des chefs-d'œuvre de S. Martini, Masaccio, Bellini, Lotto, Corrège, du Parmesan, des Carrache, de G. Reni, une salle Titien, un riche panorama de l'école napolitaine et des œuvres de maîtres non italiens (K. Witz, Bruegel, le Greco, Claude Lorrain, etc.) ; le Musée national de San Martino, qui présente (non loin des œuvres d'art qu'abritent l'église de la chartreuse, sa sacristie et sa chapelle du trésor) une section historique sur le royaume de Naples et une section d'art napolitain (peinture des primitifs au xixe s. ; sculpture).