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merveilleux

Intervention de moyens et d'êtres surnaturels, de la magie, de la féerie.

LITTÉRATURE

Le merveilleux tient une place importante dans la littérature. Il est différent du fantastique, qui n'apparaît que dans un monde laïcisé. Le merveilleux se trouve, en effet à l'opposé du surnaturel, dans la mesure où il n'appartient plus au domaine des croyances admises par un peuple ou une civilisation. Ainsi, il n'y a du merveilleux dans les contes de fées que pour les auditeurs et les lecteurs qui ne croient plus aux fées. Aragon écrira dans le Paysan de Paris, ouvrage dans lequel l'existence humaine est sans cesse transfigurée, « sauvée » par le merveilleux quotidien : « La réalité est l'absence apparente de contradiction. Le merveilleux, c'est la contradiction qui apparaît dans le réel. »

La religion des simples

À l'origine, la religion constitue la source du merveilleux. Cependant, il est difficile de distinguer le merveilleux des autres éléments auxquels il est mêlé et qui sont empruntés soit aux sciences occultes, soit à l'imagination du narrateur. Dans les civilisations « débutantes », le merveilleux trouve son expression la plus pure : dans la Bible, dans les épopées, comme le Mahâbhârata, le Râmâyana, l'Iliade, les chansons de geste françaises, les Eddas scandinaves, les Nibelungen germaniques, le romancero espagnol, ainsi que dans les drames religieux d'Eschyle et les mystères du Moyen Âge. Dans la Chanson de Roland, par exemple, l'usage du merveilleux chrétien, qu'illustrent l'intervention jugée naturelle de l'archange Gabriel et les prodiges traditionnels accomplis à l'occasion du massacre de Roncevaux, rappelle discrètement que la volonté et les forces de l'homme ne sont pas seules en jeu. Spontané et organique, le merveilleux forme la trame même d'une œuvre telle que l'Iliade d'Homère ; il suscite également des pages d'une grande beauté dans les œuvres de Virgile, de Dante, du Tasse, de Milton.

Unité, pluralité du merveilleux

La Renaissance, ayant redécouvert la beauté des thèmes et des formes mythologiques de l'Antiquité, fut à l'origine du combat de titans qui allait opposer le merveilleux païen au merveilleux chrétien ; à l'occasion de la querelle des Anciens et des Modernes, Boileau entreprit de critiquer les ouvrages dans lesquels trouvait place le merveilleux chrétien (la religion ne put courir le risque d'être confondue avec la poésie), et de retrouver le ton de l'épopée païenne ; les froides allégories de la Henriade de Voltaire constituent la preuve de son échec. Chateaubriand revient puiser aux sources du merveilleux chrétien. Dans le Génie du christianisme, il écrit : « Chez les Grecs, le ciel finissait au sommet de l'Olympe, et leurs dieux ne s'élevaient pas plus haut que les vapeurs de la terre. Le merveilleux chrétien, d'accord avec la raison, les sciences et l'expansion de notre âme, s'enfonce de monde en monde, d'univers en univers, dans des espaces où l'imagination effrayée frissonne et recule. »

Au-delà de l'apparence

Au xixe s., le merveilleux, affranchi de toute règle, inspire en France, en Grande-Bretagne et en Allemagne les écrivains de l'époque romantique : Victor Hugo évoque le passage du temps et des civilisations dans la Légende des siècles ; Lamartine représente le miracle intérieur d'une âme chrétienne dans Jocelyn. Les romantiques allemands, Novalis, Ludwig Tieck (1773-1853), Hoffmann, font apparaître les puissances souterraines, lourdes de fatalité germanique, celles qui forment les rêves du monde élémentaire, de ce « monde natal », dont Novalis écrivait qu'il est partout et nulle part. La rêverie nocturne qui constitue la partie la plus importante de Sylvie, de Gérard de Nerval, repose sur le souvenir ; elle commence avec la quête de la « figure oubliée » et réunit la réalité d'aujourd'hui et la réalité d'hier.

Progressivement, le rêve envahit la vie quotidienne, le songe s'infiltre dans le monde matériel et le merveilleux spiritualise l'événement. Charles Nodier (1780-1844) imagine des contes où la fantaisie, empreinte d'une certaine bizarrerie, se donne libre cours, particulièrement dans Trilby ou le Lutin d'Argaèl (1822), tandis que Jules Verne amplifie et rend poétique le monde des découvertes scientifiques. Dans un célèbre roman, l'Ève future, sous l'apparence d'une fiction scientifique, Villiers de L'Isle-Adam poursuit une méditation sur l'être et le non-être, en faisant s'affronter magistralement la réalité quotidienne et l'illusion, afin de fixer le sens d'un au-delà de l'apparence. Ici, comme dans les œuvres symbolistes (Pelléas et Mélisande, de Maurice Maeterlinck) ou surréalistes (Nadja, d'André Breton), le merveilleux, tout chargé d'images analogiques, projette les formes et les profondeurs multiples de l'indicible, royaume des Illuminations de Rimbaud, des Chants de Maldoror de Lautréamont, d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Il se plonge dans la fantasy anglo-saxonne et dans l'univers de la science-fiction.