hymne
(bas latin ecclésiastique hymnus, du grec humnos)
LITTÉRATURE
Un rituel liturgique
L'hymne chanté à la gloire d'un dieu, d'un héros ou d'un roi est une des plus anciennes formes de poésie. L'hymne est, à l'origine, toujours associé à un rituel. Ainsi chez les Sumériens, un recueil de 42 hymnes (2500 avant J.-C.), dont la compilation est attribuée à la fille du roi Sargon d'Akkad Enheduanna, célèbre les temples d'Éridou, Nippour, Our. D'autre part, des hymnes adressés aux dieux, comportant des notations liturgiques (refrain, antiphon), étaient récités avec accompagnement de lyre ou de tambourin : ces hymnes mentionnent fréquemment le nom du roi, qu'il s'agisse de l'énumération des actes que celui-ci a accomplis sur l'ordre de la divinité, ou d'une prière pour le bien-être du souverain. Les scribes sumériens avaient élaboré une classification des différents genres d'hymnes. Ainsi, les compositions appelées adab comportent-elles invariablement trois parties : louange de la divinité à laquelle l'hymne est adressé, demande de bénédiction pour le roi et conclusion en forme de brève prière à la même divinité. Les hymnes royaux pouvaient être adressés au roi lors de cérémonies de cour. Il existait aussi une catégorie particulière, où la louange du roi était placée dans la bouche même du souverain : le genre est notamment connu pour le roi d'Our Shoulgi (xxie s. avant J.-C.), qui vante à la fois ses exploits de sportif et de lettré.
Tout comme les Sumériens, les Akkadiens ont adressé à leurs divinités des hymnes, en général divisés en strophes, et offrant une assez grande variété de procédés littéraires : tantôt l'auteur se met en avant à la première personne et s'adresse à la divinité (« Seigneur, le plus expert des dieux célestes, je veux chanter ton nom ! »), tantôt le style est plus impersonnel (« Nabu, le conseiller des dieux du ciel et de la terre… »), tantôt l'assemblée est interpellée (« Chantez la déesse ! »). Certains hymnes, véritables morceaux d'érudition, apparaissent comme des compositions sans but liturgique ou pratique. Les Akkadiens avaient classé eux-mêmes les hymnes en différents genres, au moyen de rubriques telles que « prière pour calmer le cœur d'une divinité », ou « prière pour se réconcilier le dieu personnel irrité », qui forment l'essentiel des prières pénitentielles. Ce sont les prières conjuratoires qui donnent lieu au plus grand nombre de genres (contre les sortilèges, les démons, les malédictions) : leur récitation s'accompagnait de rites, souvent décrits sur la même tablette. Dans une civilisation dominée par le fait monarchique, de nombreuses prières ont été composées pour le roi : on possède ainsi l'hymne du couronnement d'Assourbanipal.
Dans la littérature de l'Égypte pharaonique, l'hymne relève du culte journalier officié dans les temples ; chaque matin, dès l'ouverture du naos où est enfermée la statue du dieu, on récite un hymne destiné à éveiller ce dieu (« Éveille-toi en paix ! » en est le refrain) pour lui faire prendre possession de son hypostase, la statue. De même, chaque phase des cérémonies et des fêtes épisodiques implique la récitation d'hymnes ; d'où une abondante littérature parmi laquelle on distingue les Hymnes au diadème du culte de Souchos Shedty (version du xvie s. avant J.-C.) et les Hymnes au soleil levant (des papyrus de Berlin 3050, 3056, 3048 : copie du xe s. avant J.-C.).
Des divinités au culte pharaonique
Très tôt, l'hymne s'est étendu hors de la liturgie proprement dite pour être utilisé dans tous les actes exigeant de rendre en quelque sorte présente la divinité. D'où, par exemple, un hymne stéréotypé à Amon pour introduire et rendre efficace un décret oraculaire attribué au dieu (Décret pour Nésy-Chonsou, v. 974 avant J.-C.) ou pour présenter un programme politique (Supplique à Taharqa, v. 680 avant J.-C.). L'hymne est souvent récité dans les documents de la piété personnelle, soit comme actes de simple dévotion – ainsi les célèbres Hymnes à Aton dans les tombes des fidèles d'Akhenaton (v. 1350 avant J.-C.) –, soit pour introduire une demande ou appuyer une action de grâce : ainsi, sur sa stèle (xiiie s. avant J.-C.), Nebrê veut proclamer la puissance de la divinité miséricordieuse qui l'a guéri de sa cécité ; l'hymne devient alors arétologie.
La littérature de la religion funéraire et celle de la magie recourent très souvent à l'hymne, soit que l'homme entende se concilier les divinités (ainsi, dans les hymnes qui constituent le chapitre XV du Livre des Morts), soit qu'il s'identifie à elles pour en accaparer les pouvoirs, énumérés précisément dans l'hymne. Par ailleurs, l'hymne peut constituer une véritable somme théologique, condensant la substance d'une doctrine et servant d'œuvre de référence pour la propagande ou la profession de foi, ainsi dans l'Hymne à Amon (papyrus Leyde J 350 : copie du xiiie s. avant J.-C.).
Enfin, l'hymne en vient à s'adresser non plus seulement aux divinités, mais aussi à la personne du pharaon. C'est le cas dans la littérature de l'idéologie monarchique, dans les autobiographies des particuliers qui se plaisent parfois à des proclamations loyalistes, ou encore, dans les variétés didactiques, recopiées et ressassées par les apprentis scribes durant leur formation ; l'adulation du pharaon va jusqu'à l'exaltation de la nouvelle résidence qu'il a bâtie, ou de chacune des pièces qui constituent son char (Hymne au char du pharaon, Nouvel Empire).
Un genre littéraire
Formellement, on distingue deux types majeurs d'hymnes, ceux qui utilisent une structure de communication (le bénéficiaire de l'hymne étant évoqué à la deuxième personne, par une formule comme « salut à toi ! », le récitant pouvant ou demeurer implicite, ou s'introduire explicitement après l'éloge proprement dit) et ceux, plus rares, qui sont rédigés à la troisième personne. Parfois, leur composition laisse transparaître une structure antiphonique fondée sur l'alternance d'un refrain, confié au chœur, et de couplets incombant à un soliste. Inversement, dès le Moyen Empire, les marques formelles du genre servent de cadre à des œuvres dont la finalité n'a rien à voir avec la liturgie : l'Hymne au Nil (v. 2000 avant J.-C.), bien qu'utilisant les formes de l'hymne à la divinité, ressortit ainsi au seul domaine de la poésie.
En Grèce, les Hymnes homériques sont des préludes épiques destinés à des fêtes religieuses. L'hymne se chantait et souvent se dansait accompagné de cithares (des hymnes du iie s. avant J.-C. ont été trouvés à Delphes avec leur notation musicale), et, depuis les poètes musiciens légendaires Orphée et Musée, le poète lyrique est en même temps compositeur : ainsi en est-il des hymnes de Terpandre, Thalétas, Alcman, Arion, Stésichore, etc. (viiie s.-vie s. avant J.-C.), des Odes triomphales en l'honneur des athlètes vainqueurs, de Simonide de Céos, de Bacchylide, de Pindare (vie-ve s. avant J.-C.), et des nomes (sortes d'oratorios) de Timothée (ve s.). À l'époque alexandrine, l'hymne devient purement littéraire, développant les thèmes d'une mythologie savante ou philosophique (Hymnes de Callimaque, de Cléanthe). Mais l'hymne chanté ne disparaît pas et se retrouve dans le culte impérial, confié en Asie à des collèges d'hymnodes (compositeurs et exécutants), et surtout dans le culte chrétien (Hymnes de Synésios, ve s. après J.-C.).
À Rome, le genre, moins favorisé, n'est représenté, en dehors de chants rituels très primitifs (des Saliens, des Arvales), que par le Carmen saeculare d'Horace, composé pour la célébration des jeux Séculaires par Auguste (17 avant J.-C.). Le christianisme, en revanche, devait créer, à partir de saint Ambroise, une hymnologie populaire latine qui restera vivante au Moyen Âge et sera à l'origine de la versification syllabique et rimée.
Au-delà des poètes néolatins comme Marulle (Hymni naturales, 1497) ou Macrin (Hymni, 1537), la Pléiade retrouve le genre avec Ronsard (Hymnes, 1555-1556) qui l'oriente dans trois directions principales : philosophique et scientifique (« Hymne à la Philosophie » de Ronsard, « Hymne de Jésus-Christ » de Le Fèvre de La Boderie), mythologique, circonstancielle (« Au Roi sur la prise de Calais », de Du Bellay). Cette triple tradition prévaudra de Desportes à Corneille et à Lamartine, mais l'hymne reparaîtra sous sa forme héroïque dans quelques-uns des chants de la Révolution (Marseillaise, Chant du départ) et Hugo composera un Hymne funèbre (chanté le 27 août 1831 et recueilli dans les Chants du crépuscule) à la mémoire des morts de 1830.
MUSIQUE
Dans l'Église latine, l'hymne appartient à la liturgie et fait partie de l'office divin. Elle célèbre le Christ ou la Vierge. La plus ancienne est le Te Deum. Mais le véritable point de départ est marqué par saint Ambroise de Milan (?- 397), qui composa des hymnes pour le cycle annuel des fêtes religieuses. Cependant l'Église romaine ne les admit définitivement dans son cursus qu'au xiie s. L'hymne est une composition personnelle qui, jusqu'à la fin du Moyen Âge, attira beaucoup de poètes chrétiens, mais dont on ignore le plus souvent l'origine de la mélodie. Jusqu'à la Révolution certains ordres religieux, certains papes, dont Urbain VIII, ont remanié le fonds ancien conservé à la basilique vaticane.
Les hymnes ont suggéré des commentaires polyphoniques à Dufay, Palestrina, Victoria, etc., et ont été l'objet de nombreuses paraphrases en vers français. La réforme de l'office (1969) a rétabli un grand nombre d'hymnes anciennes ou plus récentes, restauré le texte primitif et accueilli de nouvelles créations. La réalisation d'un office en français a provoqué la composition d'un hymnaire français.
La riche hymnologie des Églises issues de la Réforme (chorale de Luther, version métrique du psautier huguenot de Marot) a été d'une importance exceptionnelle pour le culte réformé.
Quelques grands hymnes nationaux
France : la Marseillaise.– Belgique : la Brabançonne.– Grande-Bretagne : God save the King ou the Queen.– U.R.S.S. : l'Internationale (1917-1944) – Allemagne : Deutschland über alles, hymne national (1922), puis, sous le titre de Deutschlandlied, hymne de la République fédérale d'Allemagne (1952). – États-Unis : Star-Spangled Banner.