
Chef de l'État : Shimon Peres
Chef du gouvernement : Ehoud Olmert
Nature de l'État : démocratie parlementaire
Il n'y a pas de Constitution formelle mais un ensemble de lois fondamentales.
Exécutif
Chef de l'État : président de l'État
Chef du gouvernement : Premier ministre
Législatif
Knesset
L'État d'Israël correspond à la partie occidentale de l'ancienne Palestine sous mandat britannique délimitée par les lignes d'armistice de 1949 à la suite de la guerre qui opposa les forces arabes au nouvel État proclamé en 1948, laissant à la Transjordanie d'importants secteurs à l'ouest du Jourdain (Cisjordanie) avec la vieille ville de Jérusalem. Vers le sud, le territoire israélien atteint en coin le golfe d'Aqaba, à Eilat. Depuis 1967, Israël occupe la Cisjordanie (site de colonies de peuplement) et la partie orientale de Jérusalem, ainsi que le Golan (ce dernier secteur a été annexé en 1981). À la suite de la reconnaissance mutuelle entre Israël et l'Organisation de libération de la Palestine (O.L.P.), les accords d'Oslo (1993) prévoyaient les modalités d'autonomie pour les territoires occupés. Ils ont été complétés par l'accord intérimaire signé à Washington en 1995.
La plaine côtière, alluviale, bordée d'un cordon de dunes littorales, est interrompue au droit de Haïfa par le mont Carmel. Au nord, une étroite plaine s'ouvre sur la baie d'Acre. Au sud, la plaine côtière s'élargit progressivement, de 5 à 20 km dans la plaine de Sharon, entre Haïfa et Tel-Aviv, jusqu'à 40 km dans la plaine de Judée, ou Shefela. L'axe montagneux central est assez varié. La coupure transversale de la plaine d'Esdrelon, ou Emeq Yizreel, sépare anticlinaux de calcaires jurassiques et crétacés découpés en collines : les chaînons de la Galilée, au nord – où se dresse le mont Méron (1 208 m), point culminant du pays, près de Safed –, l'éperon calcaire du mont Carmel et les collines de Samarie et de Judée (881 m).
Vers le sud, le désert du Néguev, ensemble de plis lâches et discontinus atteignant 958 m, constitue plus de la moitié (12 000km2) de la surface totale du pays. Il associe des plateaux monotones, les immenses « cratères » (en fait, des cirques d'érosion à structure plissée) de Makhtesh Qatan, Makhtesh Gadol et Makhtesh Ramon (1 035 m sur sa bordure sud-ouest), puis le bord du bouclier arabique. Dans les parties hautes sont dégagées de magnifiques formes d'inversion de relief sous forme de grandes combes. Des surfaces d'applanissement s'observent sur le revers des crêts qui les dominent.
Ces plis sont accompagnés d'un véritable champ de fractures. À l'est, une série de dépressions jalonnent le fossé tectonique d'effondrement nord-sud qui prolonge au nord le grand rift africain : vallée du Jourdain – élargie au niveau du lac Kinneret (de Tibériade), qui se trouve à 210 m au-dessous du niveau des mers libres –, qui aboutit à la mer Morte (dont la surface est à 396 m au-dessous du niveau des mers), vallée sèche du wadi Arava, golfe profond d'Eilat (ou golfe d'Aqaba). Le fond de ce fossé est à 800 m au-dessous du niveau de la mer (la mer Morte a des fonds de 400 m). Au nord-est, Israël, depuis 1967, s'est assuré le contrôle du plateau basaltique du Golan et du flanc sud-ouest du mont Hermon (2 214 m).
Les précipitations peuvent atteindre 600 à 800 mm par an sur les collines, mais tombent déjà au-dessous de 200 mm dans le fond du fossé et à moins de 100 mm sur les bords de la mer Morte, et diminuent de façon générale vers le sud. Du fait de sa position à l'angle sud-est du Bassin méditerranéen, Israël est le théâtre d'une transition climatique brutale. Les hautes pressions subtropicales, qui règnent sur l'ensemble du pays en été, entretiennent un climat chaud et sec. En hiver, seule la partie septentrionale est affectée par les dépressions cyclonales, source de précipitations, qui parcourent le bassin Méditerranéen. La Galilée reçoit des pluies relativement abondantes durant la saison froide (718 mm en 75 jours à Safed). Les précipitations diminuent peu à peu vers le sud et vers l'intérieur ; Tel-Aviv (539 mm en 64 jours) et Jérusalem (486 mm en 57 jours) connaissent un régime pluviométrique encore nettement méditerranéen. Mais on passe assez rapidement à un climat aride dans le Néguev (204 mm en 33 jours à Beersheba), voire hyperaride à Eilat (25 mm) et dans le fossé de la mer Morte.
Les versants montagneux, fortement érodés, portent généralement des sols squelettiques ponctués de poches de terra-rossa. Ils ont perdu l'essentiel de leur couverture forestière naturelle, au caractère méditerranéen prononcé. Le parc national du mont Carmel (9 000 ha), la plus vaste des réserves créées, renferme une zone de protection de cerfs et de gazelles. Les meilleurs terrains sont constitués par les sols alluviaux des vallées de l'intérieur, alors que les sols sableux de la plaine côtière demandent davantage d'eau et d'engrais. Une steppe très clairsemée, à affinité tropicale, couvre de façon discontinue les hauteurs du Néguev, du wadi Arava et le bassin de la mer Morte.
Depuis sa création, Israël a connu un essor démographique remarquable, la population ayant quasiment sextuplé depuis 1948. Cet accroissement tient avant tout à l'immigration continue de Juifs de la diaspora (aliyah). Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le pays a accueilli 300 000 Juifs d'Europe orientale (Ashkénazes), survivants du génocide (Shoah), mais, très rapidement, l'aliyah s'est « orientalisé » avec l'arrivée massive de Juifs originaires des pays islamiques (Iraq, Yémen, Maroc en particulier). L'intégration de ces Juifs séfarades n'est pas allée sans difficultés (émeutes de Wadi Salib en 1959, mouvement des Panthères noires dans les années 1970) et les disparités socio-économiques avec les Ashkénazes demeurent réelles. Ces derniers ont bénéficié d'importants apports démographiques avec l'arrivée massive de Juifs soviétiques dans les années 1970, puis à partir de 1989. Cette dernière vague migratoire a conduit à l'installation de plus de 950 000 personnes, ce qui, dans un premier temps, a posé de sérieux problèmes au pays (logements, emplois). Le transfert d'un nombre aussi important de russophones a en outre favorisé la constitution d'une communauté relativement structurée qui a disposé pendant un temps de plusieurs partis politiques spécifiques (Israel Baaliyah, Israel Beiteinou). Les Juifs sont majoritaires au sein de la population israélienne (plus de 80 %). Le reste de la population (soit 1,5 million de personnes) est constitué en grande partie des Palestiniens d'Israël, appelés aussi Arabes israéliens, qui sont en majorité musulmans, avec une minorité de chrétiens.
Bien que le sionisme socialiste ait été mû par une idéologie de retour à la terre, la population israélienne est massivement urbanisée. Trois grandes villes dominent l'espace israélien, chacune avec une histoire et des traits qui lui sont propres : Tel-Aviv-Jaffa, métropole moderne fondée en 1909 ; Haïfa, cité portuaire et industrielle, édifiée sur le mont Carmel ; Jérusalem, ville trois fois sainte, qui a connu, depuis « la réunification » de juin 1967, une croissance soutenue. La concentration démographique sur la côte a poussé le gouvernement israélien à encourager une répartition plus harmonieuse de la population en élaborant des plans d'aménagement régionaux et, surtout, en créant une vingtaine de villes nouvelles, dites de développement. Cette politique a obtenu un succès mitigé, mais a toutefois permis un certain rééquilibrage vers le sud (Ashkelon, Beersheba…). La population arabophone israélienne est, quant à elle, concentrée en Galilée et dans la région du Triangle (Umm el Fahm) ; des Bédouins, largement sédentarisés, résident également dans le Néguev. Après la guerre des Six-Jours (1967), Israël encouragea l'installation de colons juifs dans les territoires nouvellement occupés, dont deux ont été annexés par l'État hébreu : Jérusalem-Est (anciennement sous contrôle jordanien), en juin 1967, et le plateau syrien du Golan, en décembre 1981.
La structure économique du pays a été profondément modifiée depuis la création de l'État d'Israël. Alors qu'un tiers de la population active était employée dans le secteur agricole en 1945, la proportion d'agriculteurs est tombée à 3,5 %. Ceux-ci travaillent essentiellement dans des coopératives, les mochavim. Les kibboutz, exploitations communautaires, ont quasiment disparu. Il existe également des localités rurales fonctionnant sur des bases purement privées. L'agriculture israélienne est encadrée et soutenue par un réseau de coopératives d'approvisionnement et de distribution.
Grâce à une utilisation rationnelle des ressources en eau et au recours à des techniques modernes, le rendement de l'agriculture israélienne est élevé. De plus, Israël s'est spécialisé dans certaines branches comme les agrumes, les avocats, les fleurs et les légumes hors saison, de haute valeur ajoutée, où les débouchés à l'exportation sont nombreux (surtout en Europe).
Le recul de l'agriculture s'est accompagné d'un développement industriel remarquable. La pauvreté du sous-sol (phosphates exceptés) explique l'absence d'industries lourdes. Néanmoins, Israël est parvenu à se doter d'un tissu industriel performant dans certains secteurs : agroalimentaire, textile, chimie, taille des diamants, etc. Les activités de haute technologie (matériel de précision et armement, aérospatiale, chimie, télécommunications [dont la téléphonie cellulaire], informatique [dont la sécurité informatique], instrumentation médicale, biotechnologies) ont connu un essor important et ont bénéficié de l'immigration de scientifiques originaires de l'ex-URSS. L'industrie israélienne est restée longtemps marquée par le poids considérable de « l'économie ouvrière », à savoir l'existence d'un conglomérat industriel et financier – représentant 30 % de la production industrielle – contrôlé par le syndicat Histadrouth. Le plan de stabilisation économique de 1985 a conduit à un rétrécissement du secteur parapublic, de nombreuses entreprises ayant été cédées à des investisseurs privés. Le processus de privatisation, qui a déjà touché de nombreux secteurs (chimie, téléphone, aéronautique…), accélère l'intégration d'Israël dans le marché mondial.
Malgré ces succès dans les domaines agricole et industriel, et un apport important du tourisme et des services, la balance commerciale reste déficitaire depuis 1948 et le taux de couverture des importations par les exportations n'atteint que 70 %. Israël achète surtout du pétrole, des matières premières et des produits finis et semi-finis ; il exporte des denrées alimentaires, des diamants taillés, des vêtements, des produits chimiques et de haute technologie, de l'armement. Les exportations se dirigent principalement vers l'Union européenne (30 %), avec laquelle Israël est liée par un accord d'association, les États-Unis, avec lesquels Israël bénéficie d'un accord de libre-échange, la Chine et l'Inde. Quant aux importations, elles proviennent pour moitié de l'Union européenne et, pour le reste, essentiellement de l'Amérique du Nord et de l'Asie. La balance des paiements est, elle aussi, déficitaire malgré l'importance des transferts unilatéraux (réparations allemandes, fonds fournis par la diaspora, dons des États-Unis) et la dette extérieure demeure considérable, notamment en raison des dépenses militaires.
Israël est fortement intégré à l'économie mondiale. Membre de l'O.M.C., le pays a adopté une législation favorisant la circulation des capitaux et des marchandises (réforme des marchés financiers, baisse des tarifs douaniers…). Il est parvenu à attirer un nombre considérable d'investissements de l'étranger, au cours des années 1990, en particulier dans le domaine des hautes technologies. Cependant, la confrontation violente entre Israéliens et Palestiniens continue à peser sur l'économie nationale. La situation économique s'est dégradée au début des années 2000 en raison de la deuxième Intifada et a touché durement le secteur du tourisme et limité fortement le volume des investissements de sociétés étrangères. Elle s'est améliorée à partir de 2004, grâce notamment à un programme de privatisations, un programme de grands travaux (transports, dessalement de l'eau de mer, énergie), aux garanties des États-Unis aux emprunts de l'État d'Israël, mais aussi à une diminution des budgets sociaux. Aujourd'hui, seuls les terres, les ports, l'eau et l'électricité sont publics.
Le 14 mai 1948, conformément à la résolution de l'assemblée générale de l'O.N.U. en date du 29 novembre 1947, David Ben Gourion proclame l'indépendance de l'État d'Israël (« Medinat Israel ») et devient Premier ministre. Le nouvel État doit immédiatement faire face à l'offensive de cinq armées arabes (Égypte, Transjordanie, Iraq, Syrie, Liban) qui viennent prêter main-forte aux Arabes de Palestine, militairement défaits. La guerre s'achève par la victoire d'Israël, mais engendre un nouveau problème humanitaire et politique, celui des réfugiés palestiniens. (guerres israélo-arabes.)
Si l'année 1948 marque l'accession à la souveraineté d'un nouvel État, elle constitue à bien des égards la consécration d'une réalité sociopolitique qui a pris progressivement corps dans la première moitié du siècle. Les pionniers juifs qui arrivent de Russie dès 1904 jettent en effet les premières bases d'une société juive indépendante (villages coopératifs, partis politiques, union agricole, organisation paramilitaire d'autodéfense). Ces débuts modestes connaissent d'importants développements après l'instauration du mandat britannique sur la Palestine en 1920. La Histadrouth (Fédération générale des travailleurs d'Eretz Israel) est, dès le départ, bien plus qu'un simple syndicat : elle agit aussi comme entrepreneur (coopératives, entreprises, kibboutzim, mochavim), pourvoyeur de soins (par l'intermédiaire de la Koupat Holim, Caisse d'assurance maladie) et « agence culturelle » (gestion jusqu'en 1951 des écoles du courant ouvrier, d'associations sportives et culturelles, de maisons d'édition, de journaux…). Elle contrôle également à l'origine la Haganah, l'embryon d'armée juive, qui s'étoffera progressivement jusqu'à rassembler 45 000 hommes en 1947. Si la Histadrouth est le véritable instrument de consolidation du sionisme, la communauté juive de Palestine (yichouv) dispose également de véritables organismes « paragouvernementaux ». Le plus important est l'Agence juive qui, dirigée par Ben Gourion à partir de 1935, fonctionne comme le gouvernement officieux des Juifs de Palestine et de la diaspora qui se reconnaissent dans le projet sioniste. Deux autres instances spécialisées représentent les seuls Juifs de Palestine : l'Assemblée des élus (Asefat ha-Nivharim) et le Conseil national (Vaad Leoumi). La première est un « Parlement des Juifs de Palestine », qui préfigure la Knesset, et permet d'organiser la vie politique naissante autour de quatre courants : le bloc socialiste, qui voit régulièrement croître son audience, les sionistes généraux (libéraux centristes), les révisionnistes (droite conservatrice), les sionistes religieux. Quant au Conseil national, émanant de l'Assemblée des élus, il constitue un organe essentiellement administratif s'occupant de l'acquisition des terres, de l'éducation, de la santé, des affaires sociales…
Toute cette infrastructure institutionnelle encadre une communauté juive qui s'est renforcée démographiquement durant l'entre-deux-guerres du fait de l'immigration, passant de 56 000 en 1918 à 550 000 en 1945 (durant la même période, la population arabe passe de 600 000 à 1,2 million). La déclaration d'indépendance en 1948 marque un tournant mais, à bien des égards, elle constitue aussi l'aboutissement de l'entreprise de consolidation nationale menée depuis un demi-siècle. Les représentants du sionisme socialiste, qui dominent l'appareil du mouvement sioniste et les institutions du yichouv depuis les années 1930, vont conserver cette suprématie jusqu'aux élections de mai 1977 – où, pour la première fois, l'opposition de droite accède au pouvoir.
Cette longue période est d'abord marquée, de 1948 à 1963, par l'« ère de Ben Gourion », dont le parti Mapai (travailliste) rassemble en moyenne 35 % des voix. Toutefois, bien que dominant, le « parti des travailleurs d'Eretz Israel » est obligé de s'allier à d'autres formations pour constituer une majorité gouvernementale. Ce recours aux coalitions est lié au mode de scrutin. Les 120 députés de la Knesset sont en effet élus tous les quatre ans, par listes, à la proportionnelle intégrale (pour être représenté, il suffit d'obtenir 1,5 % des suffrages exprimés). Aucun parti n'est donc en mesure de bénéficier à lui seul de la majorité des sièges et, pour former le gouvernement – auquel appartient le véritable pouvoir exécutif –, les alliances politiques s'avèrent indispensables.
Jusqu'en 1955, le Mapai s'est appuyé sur les sionistes généraux et les partis religieux (dont les exigences seront à l'origine de nombreuses crises gouvernementales). Par la suite, il entrera dans une alliance de plus en plus étroite avec les autres formations de gauche, Ahdout ha-Avodah (centré autour de la fédération de kibboutzim ha-Kibboutz ha-Mehouhad) et Mapam (formation marxisante centrée autour d'une autre fédération de kibboutzim, ha-Kibboutz ha-Artzi).
À l'intérieur de son parti, Ben Gourion, qui n'accepte pas facilement d'être contesté, doit faire face à des divergences d'opinion avec son ministre des Affaires étrangères, Moshe Sharett, favorable à une attitude plus modérée vis-à-vis des pays arabes. Cela le conduit à une première retraite politique (décembre 1953-février 1955) au cours de laquelle il ne cesse de réclamer une politique plus offensive envers l'Égypte nassérienne qui se fait le héraut du nationalisme arabe. La détérioration du climat politique en Israël, consécutive à « l'affaire Lavon » (du nom du ministre de la Défense israélien compromis dans une série d'attentats anti-américains commis en Égypte dans le but de provoquer une crise entre Washington et Le Caire), favorise son retour au pouvoir et lui permet de lancer, en coopération avec la France et la Grande-Bretagne, la campagne de Suez contre l'Égypte (octobre 1956).
De nouveaux rebondissements dans l'affaire Lavon, à partir de 1960, conduisent finalement Ben Gourion à la démission (juin 1963). Sa tentative pour se doter d'une nouvelle base politique – il constitue en 1965 un nouveau groupement, le Rafi, avec de jeunes partisans comme Moshe Dayan et Shimon Peres – sera un échec. En 1968, le Rafi rejoint Ahdout ha-Avodah et le Mapai pour constituer le parti travailliste israélien (P.T.I.). Le successeur de Ben Gourion, Levi Eshkol, n'infléchit guère la ligne politique générale. La montée de la tension régionale en mai 1967 le pousse à nommer le général M. Dayan ministre de la Défense et à former un gouvernement d'union nationale où siège, pour la première fois, Menahem Begin, le leader du Gahal, un bloc de droite regroupant la droite conservatrice (Herout) et le parti libéral.
Ce gouvernement bipartisan continuera à fonctionner jusqu'à l'été 1970 sous la direction de Golda Meir, nommée Premier ministre à la mort de L. Eshkol (février 1969). Celle-ci maintient difficilement l'unité du parti travailliste, traversé par des luttes sévères entre Yigal Allon et Abba Ebban d'un côté, S. Peres et M. Dayan de l'autre. De plus, elle doit faire face à un mécontentement grandissant des Séfarades, qui dénoncent les discriminations sociales dont ils sont l'objet. Enfin, la guerre d'usure entre l'Égypte et Israël, le long du canal de Suez, entretient une tension régionale persistante qui conduit d'ailleurs à l'éclatement de la quatrième guerre israélo-arabe, en octobre 1973 (guerre du Kippour). La victoire à l'arraché obtenue par Israël engendre une grave crise de confiance qui pousse G. Meir à démissionner en avril 1974, après des élections législatives au cours desquelles le crédit des travaillistes a été largement entamé, alors que le bloc de droite, appelé désormais Likoud, gagne du terrain.
Les années 1974-1977, où le Premier ministre, Yitzhak Rabin, doit faire face à une opposition de droite de plus en plus virulente (y compris dans les colonies juives de Cisjordanie), sont également marquées par une rivalité grandissante entre celui-ci et son ministre de la Défense, S. Peres, pour le leadership du parti. Cette décomposition interne contribue à la victoire du Likoud, en mai 1977. En obtenant 43 sièges contre 32 à l'Alignement travailliste (P.T.I. et Mapam), le Likoud de M. Begin met fin à l'hégémonie du sionisme socialiste et intègre définitivement le camp nationaliste de droite dans le jeu politique israélien.
Le Likoud doit avant tout son succès au « second Israël », ces couches populaires séfarades qui se considèrent comme des laissés-pour-compte de l'État travailliste. Le changement de gouvernement entraîne une série de conséquences : multiplication des implantations juives en Cisjordanie et à Gaza au nom de l'édification du « Grand Israël » (de la Méditerranée au Jourdain), libéralisation de l'économie, qui accroît la liberté de mouvement des capitaux mais produit aussi un emballement de l'inflation (160 % en 1983)… Le grand succès de l'ère Begin reste la paix avec l'Égypte (mars 1979), conclue grâce à l'entremise américaine (accords de Camp David) ; son échec le plus sérieux est la guerre du Liban, déclenchée en juin 1982, qui n'atteint aucun de ses objectifs (reconstruction d'un État libanais fort, marginalisation de la Syrie, élimination de l'Organisation de libération de la Palestine [O.L.P.] comme acteur politique).
Lorsque M. Begin passe la main à Y. Shamir (août 1983), le pays est dans une situation assez médiocre. Isolé sur le plan diplomatique pour son engagement au Liban et son refus de dialoguer avec l'O.L.P., en proie à des difficultés économiques (inflation, grèves…), le gouvernement finit par tomber, mais les élections de juillet 1984, loin de dégager une majorité cohérente, donnent un poids parlementaire quasiment équivalent à la gauche et à la droite et contraignent le P.T.I. et le Likoud à constituer un gouvernement d'union nationale. Ce dernier procède en 1985 au retrait de l'armée israélienne du Liban (à l'exception d'une zone dite de sécurité, au sud du pays) et stabilise l'économie nationale.
L'élection, en novembre 1988, d'une nouvelle chambre ingouvernable (droite : 47 députés ; gauche sioniste : 49 ; partis religieux : 18) entraîne de nouveau la formation d'un gouvernement d'union nationale, dirigé par Y. Shamir. Miné par des rivalités internes, le gouvernement se trouve rapidement paralysé, alors même qu'Israël est confronté à un soulèvement populaire de grande ampleur (Intifada) dans les territoires occupés depuis 1967 en Cisjordanie et à Gaza (Palestine). Après une ultime crise, l'union nationale se brise en mars 1990, permettant à Y. Shamir de constituer une coalition de droite qui va diriger les affaires du pays jusqu'en juin 1992, date à laquelle le parti travailliste reprendra le pouvoir.
La victoire du P.T.I. sous la conduite de Y. Rabin n'est pas la réédition – inversée – du triomphe électoral du Likoud en 1977. Il s'agit en effet davantage d'un vote sanction contre le Likoud pour ses échecs internes (mauvais résultats économiques, absorption imparfaite des immigrants russes) que d'un vote d'adhésion au P.T.I., même si le nouveau Premier ministre, leader respecté et pragmatique, paraît plus convaincant que son adversaire. Rabin place la question de la paix au premier rang de ses priorités. En étroite collaboration avec son ministre des Affaires étrangères, S. Peres, il imprime à la diplomatie israélienne un tournant radical en concluant avec l'ennemi d'hier, l'O.L.P., lors de négociations secrètes menées à Oslo, une déclaration de principes (13 septembre 1993) qui dresse les contours d'un règlement définitif du conflit israélo-palestinien. (accords de Washington ou accords d'Oslo.) Cette décision courageuse suscite des critiques véhémentes de la droite et des oppositions de plus en plus vives de certains secteurs de la société israélienne (en particulier parmi les sionistes religieux). L'hostilité au gouvernement croît d'autant plus que le processus de négociations avec les Palestiniens s'accompagne d'une montée de la violence (massacre de musulmans à Hébron par un colon juif ultranationaliste, attentats suicides du mouvement islamiste Hamas).
Dans ce climat de plus en plus tendu, l'irréparable se produit : le 4 novembre 1995, Y. Rabin est assassiné à Tel-Aviv par un ultranationaliste juif. Ce meurtre, qui traumatise les Israéliens, souligne combien la fracture est profonde entre partisans et adversaires du processus de paix. L'héritier politique de Y. Rabin, S. Peres, qui le remplace comme Premier ministre, bénéficie d'un crédit politique de courte durée. En février-mars 1996, cinq attentats islamistes extrêmement meurtriers permettent à la droite, d'abord discréditée par ses outrances verbales, de retrouver une audience plus large. Après une lutte très serrée, le candidat de la droite, Benyamin Netanyahou, remporte les premières élections directes au suffrage universel en mai et devient Premier ministre. Il parvient sans mal à constituer un gouvernement avec l'appui des formations religieuses et des partis de centre droit. Tout en ne rejetant pas explicitement les accords d'Oslo, le nouveau Premier ministre en donne toutefois une interprétation rigide qui ralentit considérablement le rythme des négociations, alors qu'il relance parallèlement la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem. Soumis à une forte pression américaine, il finit cependant par signer, en octobre 1998, avec Yasser Arafat un mémorandum destiné à relancer le processus de paix (accord de Wye River [ou Wye Plantation]). Abandonné progressivement par ses amis politiques, opposés aux accords, et condamné par la gauche qui lui reproche d'avoir bloqué l'application de ces derniers, B. Netanyahou ne parvient pas à s'opposer au vote du Parlement en faveur d'élections générales anticipées (fin décembre). Victime de ses contradictions, il est ainsi contraint d'écourter le terme de son mandat, prévu initialement en 2001.
Ce scrutin, organisé en mai 1999, permet le retour des travaillistes au pouvoir : Ehoud Barak est élu Premier ministre (56,1 % des suffrages), succédant à B. Netanyahou (43,9 %). Cette large victoire tend à démontrer le renforcement des idées centristes, mais le résultat des élections législatives relativise cette première impression : d'abord, la fragmentation de la Knesset, qui compte désormais quinze formations politiques ; ensuite, le renforcement des tendances centrifuges qui fissurent la société israélienne (poussée des partis religieux et de ceux qui revendiquent ouvertement la laïcité). Au terme de longues tractations, E. Barak parvient à former un gouvernement, qui lui donne une large majorité à la Knesset ; il se caractérise notamment par la participation du Shas, le parti orthodoxe séfarade, qui obtient quatre postes ministériels. Investi officiellement le 7 juillet, E. Barak réaffirme sa détermination à mettre fin au conflit israélo-arabe. Trois principaux dossiers sont à l'ordre du jour : la reprise des négociations de paix avec les Palestiniens, la normalisation des relations israélo-syriennes et le départ des troupes israéliennes du Liban. Les négociations avec les Palestiniens reprennent en juillet 1999 et une version révisée de l'accord de Wye River est signée à Charm el-Cheikh (Égypte), par E. Barak et Y. Arafat, le 4 septembre. Mais les hésitations des négociateurs à s'engager de façon irrévocable retardent le processus qui devrait conduire à un accord de paix définitif, accord qui se prononcera, entre autres, sur le statut des territoires palestiniens. La normalisation des relations israélo-syriennes s'avère beaucoup plus difficile que prévu, puisque les différentes rencontres initiées en décembre 1999 se soldent par un premier constat d'échec (mars 2000). Pourtant, dans la foulée, Israël annonce unilatéralement le retrait en juillet de ses troupes du Liban-Sud, finalement exécuté en mai avec plus d'un mois d'avance sur la date préalablement fixée. En arrière-plan à ces difficiles négociations, E. Barak lutte sans relâche pour conserver une coalition gouvernementale particulièrement hétéroclite. En juin 2000, les ministres du Meretz (gauche laïque) démissionnent ; ils sont suivis en juillet par les ministres de trois autres formations.
Les États-Unis convoquent alors en urgence un sommet israélo-palestinien, qui a pour but d'arracher un compromis historique aux deux parties. E. Barak, en grande difficulté (gouvernement désormais minoritaire, motions de censure à répétition), n'a qu'une très faible marge de manœuvre et compte sur le soutien de son peuple, tandis que Y. Arafat reste étroitement dépendant d'une direction palestinienne très divisée. Ouverte le 11 juillet 2000 à Camp David, cette rencontre s'achève deux semaines plus tard sans l'accord escompté. Pourtant les négociations ont permis de lever certains tabous. Le plus important concerne Jérusalem. Rompant avec la ligne officielle soutenue jusqu'alors par tous les gouvernements israéliens pour lesquels Jérusalem « réunifiée » est la capitale du seul État d'Israël, E. Barak propose de concéder aux Palestiniens des espaces de souveraineté dans les quartiers arabes du secteur oriental de la ville, rattaché unilatéralement à Jérusalem-Ouest dans la foulée de la victoire militaire en juin 1967. La souveraineté israélienne serait par contre préservée dans la dizaine de quartiers juifs (180 000 habitants) édifiés depuis 1967. Sur le kilomètre carré de la Vieille Ville, là où se trouvent la plupart des Lieux saints (Haram al-Charif ou esplanade des Mosquées [mont du Temple, pour les Juifs], Mur occidental, Saint-Sépulcre), Israël est disposé à admettre une souveraineté palestinienne dans les quartiers chrétien et musulman. Enfin, Israël souhaite se voir reconnaître la souveraineté ultime sur le mont du Temple, même si les autorités musulmanes conservaient la gestion de fait de ce site sur lequel se dressent le dôme du Rocher et la mosquée al-Aqsa qui font de Jérusalem la troisième ville sainte de l'islam. Ce dernier point, à forte dimension religieuse, est un élément majeur du blocage avec les Palestiniens.
Si Jérusalem apparaît comme la pierre d'achoppement principale, les autres dossiers sont loin d'être réglés. Celui sur les frontières enregistre des avancées significatives mais la proposition de restituer aux Palestiniens 91 % de la Cisjordanie, les 9 % restants – où résident 80 % des colons juifs – étant annexés par Israël, aurait pratiquement coupé en trois leur futur État. Finalement, la question des réfugiés (soit 3,6 millions de personnes) n'est qu'effleurée. Israël rejette toute responsabilité dans l'exode des 750 000 Palestiniens en 1948 et refuse de prendre en considération la résolution 194 de 1948, prévoyant soit le retour des réfugiés dans leurs foyers, soit le versement de compensations financières. Pour l'O.L.P., qui a été pendant des décennies le porte-parole des réfugiés palestiniens, il est évident qu'accepter un compromis – pourtant nécessaire – sur ce dossier s'est avéré, pour l'heure, prématuré.
Le bilan du sommet de Camp David est donc mitigé. D'un côté, E. Barak a incontestablement transformé les termes du débat intérieur en Israël. Sur Jérusalem comme sur les colonies, il a posé de nouveaux paramètres qui ne pourront être ignorés par ses successeurs. D'un autre côté, malgré ces avancées, le sommet n'a pas abouti à un accord concret et cet échec a pesé lourd par la suite pour les Palestiniens qui y ont vu l'illustration de l'impasse persistante du processus d'Oslo au cours duquel la colonisation juive s'est poursuivie sans relâche, rendant un compromis territorial de plus en plus difficile à mettre en œuvre. À l'évidence, cette réalité sur le terrain a nourri un profond ressentiment qu'un geste a suffi à faire éclater.
La visite d'Ariel Sharon sur l'esplanade des Mosquées (mont du Temple pour les Juifs), fin septembre 2000, est l'étincelle qui met le feu aux poudres, ouvrant une phase de confrontation violente entre Israéliens et Palestiniens. Celle-ci se traduit par une militarisation croissante : liquidations d'activistes du Hamas et du Fath, incursions prolongées de chars, raids d'hélicoptères de combat et d'avions de la part d'Israël ; mitraillages de colonies juives, tirs de mortier et attentats-suicides du côté palestinien. Le prix humain est considérable : plus de 5 800 morts (à la fin août 2007), dont les quatre cinquièmes sont palestiniens, des milliers de blessés, deux sociétés traumatisées. Cette violence généralisée a alimenté un mouvement de « défense patriotique » assez large. En Israël, le sentiment que le pays est en danger a amené une majorité d'électeurs à se rassembler autour d'A. Sharon, élu Premier ministre en février 2001 avec 62 % des suffrages, et à soutenir l'établissement d'un gouvernement d'unité nationale, S. Peres devenant ministre des Affaires étrangères. Chez les Palestiniens, le réflexe d'union sacrée a joué également à plein. Toutefois, une crise gouvernementale finit par mettre un terme à l'union nationale en Israël, conduisant à des élections législatives anticipées en janvier 2003. A. Sharon voit sa position consolidée : avec 40 mandats, le Likoud double sa représentation à la Knesset, tandis qu'avec 19 sièges, le parti travailliste enregistre une défaite historique. Le bloc de droite est largement dominant avec 69 sièges (sur 120), tandis que celui de gauche obtient difficilement 36 mandats, 15 sièges revenant à la formation centriste Shinouï (Changement). Fort de ces résultats, A. Sharon constitue un gouvernement rassemblant le Likoud, l'extrême droite et le Shinouï, à l'exclusion des ultraorthodoxes qui se retrouvent pour la première fois depuis bien longtemps sur les bancs de l'opposition. La tâche de cette nouvelle équipe est double : redresser une situation économique dégradée (hausse du chômage, reprise de l'inflation, baisse des investissements…) et sortir de la confrontation avec les Palestiniens dans un environnement régional transformé. Pour répondre au premier défi, le gouvernement a adopté un budget d'austérité qui comporte en particulier une réduction draconienne des aides sociales. Face à la seconde Intifada, qui a conduit à la suspension des relations diplomatiques entre Israël et le monde arabe (Orient arabe), le gouvernement a choisi l'option militaire. Elle s'est traduite par la quasi-réoccupation de la Cisjordanie (accompagnée de mesures de bouclages très sévères, d'arrestations et de destructions de maisons) ainsi que par une politique d'« assassinats ciblés » visant les cadres des groupes paramilitaires palestiniens. Au printemps 2004, Israël liquidait tour à tour le cheikh Ahmad Yassine, fondateur et chef spirituel du Hamas, et son successeur Abdel Aziz al-Rantissi. Parallèlement, la construction d'un mur de séparation, édifié depuis 2002 de manière unilatérale entre Israël et la Cisjordanie, s'est accélérée malgré sa condamnation par la Cour internationale de justice en juillet 2004. Sur le front diplomatique, en revanche, les choses n'ont guère avancé. L'adoption, au printemps 2003, par le « Quartet » (États-Unis, Union européenne, Russie, Nations unies) d'une « feuille de route » visant à parvenir, en trois étapes, à un règlement définitif du conflit israélo-palestinien sur la base de la coexistence entre deux États, marquait une volonté renouvelée d'implication de la communauté internationale. Néanmoins, en l'absence de gestes significatifs d'Israël (sur la question des implantations et les opérations de l'armée dans les territoires palestiniens) comme de trêve inter-palestinienne durable, cette initiative a tourné court.
Face à cette impasse diplomatique, les raisons d'espérer sont venues de l'intérieur des sociétés palestinienne et israélienne avec le lancement, à l'automne 2003, de deux initiatives. La première consiste en une pétition à l'origine de laquelle se trouvent Ami Ayalon, ancien chef des services de renseignements intérieurs de l'État hébreu, et Sari Nusseibeh, président de l'université palestinienne al-Quds, pétition qui précise que la solution au conflit passe par la constitution, dans les frontières du 4 juin 1967, d'un État palestinien, aux côtés d'Israël, et par le respect de certains principes (évacuation des colonies juives, souveraineté divisée à Jérusalem-Est, strict cadrage de l'application du « droit au retour » des réfugiés palestiniens). La seconde, plus politique, lancée par Yossi Beilin, au nom d'une large partie de la gauche israélienne, et par Yasser Abed Rabbo, soutenu par d'importants secteurs du Fatah, consiste en un véritable plan de paix alternatif contenant des dispositions très précises pour régler l'ensemble du contentieux israélo-palestinien. Du côté israélien, ces propositions de paix ont suscité un vaste débat interne et contraint A. Sharon à reprendre l'initiative en annonçant son intention de procéder à un retrait unilatéral de la bande de Gaza et du Nord de la Cisjordanie. Cette initiative devrait conduire au retrait de l'armée et, surtout, pour la première fois, au démantèlement de 25 implantations juives et à l'évacuation de leurs habitants (environ 8 000 personnes). Ce projet a suscité l'opposition des partis d'extrême droite, qui ont quitté la coalition, contraignant A. Sharon à s'allier, à nouveau, au parti travailliste en janvier 2005. La constitution de ce gouvernement d'unité nationale a facilité la mise en œuvre fructueuse du plan de désengagement au cours de l'été 2005. Concentré sur cette politique unilatérale, le gouvernement Sharon n'a guère cherché à relancer les négociations bilatérales avec les Palestiniens, malgré l'élection de Mahmud Abbas à la présidence de l'Autorité palestinienne en janvier 2005. Le triomphe du Hamas aux législatives palestiniennes de janvier 2006, qui refuse de reconnaître l'État hébreu, a conduit à sa mise en quarantaine et au gel des négociations.
Contraint d'organiser des élections législatives anticipées, A. Sharon choisit de créer une formation politique plus centriste, Kadima (En avant), afin d'accroître sa marge de manœuvre politique mais, victime d'une attaque cérébrale au tout début de l'année 2006, il disparaît brusquement de la scène politique. Désormais emmené par Ehoud Olmert, Kadima gagne les élections de mars 2006 (29 sièges) et constitue un nouveau gouvernement d'union avec le parti travailliste. La voie de l'unilatéralisme dans laquelle Kadima entendait persister après le triomphe du Hamas aux législatives palestiniennes de janvier 2006, est suspendue après le semi-échec de la guerre menée contre le Hezbollah au Liban au cours de l'été, qui fragilise considérablement le gouvernement. La prise du pouvoir par la force du Hamas à Gaza, en juin 2007, contribue aussi à détériorer la situation sur le terrain avec la multiplication des tirs de roquette sur le sud d'Israël d'un côté, la poursuite des opérations militaires israéliennes de l'autre. Les conclusions de la commission d'enquête chargée de se pencher sur la conduite de la seconde guerre du Liban soulignent de graves défaillances politiques et militaires. Bien que E. Olmert ait vu sa popularité entamée, l'absence d'alternative politique crédible contribue un temps à son maintien au pouvoir. Prenant acte de l'impasse de l'unilatéralisme, il reprend, dans le sillage de la conférence internationale d'Annapolis (États-Unis, novembre 2007) des négociations de fond avec le président M. Abbas mais celles-ci échouent à mettre en place un accord-cadre sur le règlement final avant la fin 2008. Rattrapé par une nouvelle affaire de corruption, E. Olmert annonce fin juillet qu'il ne participera pas aux primaires de son parti et qu'il démissionnera dans la foulée. Tzipi Livni remporte ces primaires, en septembre, mais la nouvelle dirigeante de Kadima ne parvient pas à consituer un gouvernement autour d'elle, rendant de nouvelles élections inévitables. Tenu en février 2009, après une campagne militaire de plus de trois semaines menées contre le Hamas à Gaza, ce scrutin donne la majorité au bloc de droite, permettant à B. Netanyahou de constituer, fin mars, un gouvernement qui regroupe, autour du Likoud, formations religieuses et nationalistes (Shas, « Foyer juif », Israel Beitenou, Judaïsme unifié de la Torah) mais aussi, de façon plus inattendue, le parti travailliste de E. Barak.
Parce qu'il est défini comme l'État du peuple juif, l'État d'Israël est ouvert à tous les Juifs de la diaspora qui bénéficient d'un droit naturel et inaliénable à y immigrer (réglementé par la loi du retour de 1950). La réalisation du sionisme passe avant tout par l'immigration (aliyah), qui a essentiellement touché deux zones géographiques : la Russie et l'Europe orientale, d'où vinrent les gros bataillons d'immigrants (jusqu'en 1950, puis dans les années 1970 et les années 1990), et les pays d'islam, qui se vidèrent quasiment de tous leurs Juifs en trois vagues successives entre 1948 et 1964.
Durant les quinze premières années qui suivirent sa création, alors qu'Israël accueillait plus d'un million d'immigrants, l'État défendit une intégration nationale par fusion qui supposait que les nouveaux arrivants abandonnent leurs identités d'origine et se laissent absorber dans leur nouvelle société d'accueil. Cette idéologie du melting-pot réclamait l'assimilation des nouveaux immigrants au modèle socioculturel en place qui avait été forgé par les pionniers russo-polonais ayant immigré entre 1904 et 1923. Cette intégration, menée par l'État, passait par la mobilisation de deux instruments de socialisation, l'école et l'armée. Celles-ci ont contribué de façon déterminante à faire naître une conscience collective partagée. Elles ont nourri un patriotisme israélien qui s'est également renforcé avec l'usage de l'hébreu comme langue parlée, abondamment diffusée par les mass média, et avec l'attachement à une territorialité spécifique (nourri par l'étude de la Bible, l'archéologie, les excursions à travers le pays). Si un sentiment d'appartenance nationale a vu le jour, la société israélienne reste toutefois fortement divisée selon trois lignes de fracture.
Comme tous les États du Proche-Orient, l'État d'Israël est fondé sur la reconnaissance des appartenances communautaires. Par conséquent, Juifs, Arabes et Druzes (secte hétérodoxe de l'islam) sont officiellement considérés comme des groupes ethniques différents. 1,2 million d'Arabes et de Druzes possèdent de plein droit la citoyenneté israélienne, mais leur statut de minoritaires dans un État juif les place souvent dans une situation très délicate. Soumis jusqu'en 1966 à une administration militaire qui restreignait sévèrement leurs libertés civiles, les Arabes d'Israël virent leurs terres expropriées et remises à des localités juives et à des kibboutzim. Quant aux ressources qui leur étaient allouées, elles étaient notoirement plus réduites que celles destinées aux Juifs (subventions publiques, dotations budgétaires aux conseils locaux et municipaux…).
Bien que la situation objective des Arabes d'Israël se soit améliorée depuis les années 1970, leur intégration dans un État juif dont ils ne peuvent partager les valeurs et les symboles demeure nécessairement problématique, et leur participation à la vie de la cité, imparfaite : il faudra attendre 2001 pour voir un Arabe accéder à un poste de ministre et 2007 pour qu'un musulman devienne ministre. Situés à la périphérie de la société israélienne, les Arabes apportent majoritairement leurs suffrages à des partis non sionistes (parti communiste, parti démocratique arabe, Alliance nationale démocratique) et poursuivent une stratégie de consolidation communautaire qui passe de façon croissante par l'islam. De plus, tout en exigeant l'égalité de traitement avec leurs concitoyens juifs, ils ont réaffirmé, au contact des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, leur identité palestinienne. La reprise de l'Intifada n'a fait que resserrer ces liens, 13 Arabes israéliens ayant été tués par la police lors de manifestations en octobre 2000.
Autant les différences entre Juifs et Arabes sont officiellement reconnues, autant celles entre Juifs sont récusées par un État fondé sur le postulat de l'unité du peuple juif. Pourtant, les conditions mêmes dans lesquelles la société israélienne s'est constituée progressivement (par immigrations successives) ont perpétué un clivage entre Ashkénazes et Séfarades. Jusqu'à la récente vague migratoire venant de l'ex-U.R.S.S., la population juive était à peu près également distribuée entre les deux groupes ethniques. Bien que les Séfarades aient connu une ascension sociale certaine depuis les années 1970 (forte pour les Irakiens, normale pour les Yéménites, faible pour les Marocains) et que les phénomènes de convergence (dans les modes de vie, les pratiques familiales) soient réels, la constitution d'une nation israélienne homogène par amalgame des immigrants est loin d'être réalisée. La persistance d'un écart ethnique important dans les domaines éducatif et professionnel au détriment des Séfarades montre que la stratégie de fusion dans un creuset commun n'est pas parvenue à ses fins. Ainsi, les élèves d'origine orientale sont concentrés dans les écoles professionnelles alors que leurs condisciples ashkénazes sont plus nombreux dans l'enseignement général. À l'université, les Séfarades ont cinq fois moins de chance d'obtenir un diplôme que les Ashkénazes.
Au niveau économique, les Juifs des pays d'islam sont concentrés parmi les cols bleus (ouvriers) alors que les Juifs d'Occident forment les gros bataillons des classes moyennes et dominent l'élite économique, universitaire et médiatique. Le mécontentement du « second Israël » par rapport au parti travailliste, accusé d'avoir conduit la politique d'intégration de façon autoritaire, s'est traduit par le soutien massif accordé au Likoud en 1977, ce qui a permis la première alternance politique du pays. Cette adhésion au Likoud demeure importante, mais l'État d'Israël a affaire aujourd'hui à une mobilisation inédite de la « séfaradité » à travers le parti Shas (« Séfarades gardiens de la Torah »), qui appelle à une pratique rigoriste du judaïsme et valorise la spécificité culturelle des Juifs des pays d'islam. En offrant un ensemble de services (jardins d'enfants, écoles primaires…), le Shas est parvenu à renforcer sa base politique et à s'imposer comme le porte-parole de l'« Israël séfarade », économiquement défavorisé et culturellement marginalisé. Son audience électorale reste forte. Si le résultat obtenu lors des élections législatives de mai 1999, avec 17 sièges, reste exceptionnel, les 11 mandats décrochés en 2009 montrent que le Shas demeure bien installé dans le paysage politique israélien.
Le processus de communautarisation n'est pas limité au monde séfarade puisqu'il a touché les nouveaux immigrants de l'ex-U.R.S.S., mais il a, dans ce cas, évolué différemment. Un certain nombre de facteurs ont entretenu la tendance à la mobilisation communautaire : le poids démographique (1 million d'immigrants), le profil identitaire (forte déjudaïsation allant de pair avec la valorisation d'une identité culturelle russe), l'organisation interne très efficace (associations, presse et télévision en russe). La communautarisation est demeurée une réalité sociale mais elle a connu des traductions politiques variables. Présentes à la Knesset à partir de 1996, les formations « russes » s'étaient fondues dans la droite israélienne en 2003 avant de renaître en 2006 avec le parti Israel Beitenou (Israël, notre maison) dirigé par Avigdor Liberman, qui a obtenu 15 sièges. Cette formation revendique un nationalisme sans concession qui réclame, à terme, l'homogénéisation ethnique d'Israël par rattahcment des zones peuplées d'Arabes israéliens à toute future entité palestinienne. Qu'elle soit séfarade ou « russe », l'ethnicité est une ressource disponible pour être mobilisée politiquement dans une société israélienne plurielle mais traversée par une forte opposition entre religieux et laïcs.
Dès le départ, Israël s'est défini comme un État juif, devant donc assurer, à travers ses institutions, un projet de vie collective juive. Même si le contenu précis de cette identité nationale n'a jamais été clairement déterminé, le caractère juif de l'État impliquait que le droit de la famille et l'espace public étaient partiellement régis par une législation d'origine religieuse. D'où l'adoption d'une série de lois réglementant le respect du shabbat, la distribution de nourriture kasher dans les cantines publiques, l'élevage et la commercialisation de porc… et attribuant la gestion des mariages et des divorces aux seules autorités religieuses.
Ce statu quo où l'État concède certains droits à la sphère religieuse s'est maintenu jusqu'à aujourd'hui, malgré de nombreuses crises. Il est toutefois malmené par un phénomène contradictoire où la réaffirmation religieuse va de pair avec l'approfondissement de la sécularisation de la société.
Le pôle religieux, qui regroupe environ un quart de la population juive, est composé de deux courants, l'un ultraorthodoxe et l'autre sioniste religieux. Bien que séparés par d'importantes controverses théologiques quant à la signification religieuse à accorder à l'État d'Israël, ces deux courants défendent une même interprétation rigoriste du judaïsme et sont favorables à une présence plus grande de la religion dans la vie publique. Le rôle pivot que les partis religieux remplissent dans les différentes coalitions gouvernementales leur donne un moyen de pression idéal pour faire avancer leurs revendications. Toutefois, l'activisme des groupes religieux se heurte à l'opposition d'autres secteurs de la société israélienne qui défendent une laïcité inconditionnelle (passant, entre autres, par la séparation de la synagogue et de l'État). Cette laïcité militante a été parfois défendue par des formations politiques comme le parti Shinouï (Changement), qui obtint 15 mandats à la Knesset en 2003 au nom de la lutte contre la coercition religieuse.
Deux mouvements contradictoires traversent la société israélienne amenant les uns à prôner un État selon la Torah et les autres à se faire les avocats d'un Israël post-sioniste. Entre les deux pôles il existe toutefois un vaste conglomérat « centriste » de personnes attachées à la nature hybride de l'État d'Israël comme État juif et démocratique. La bipartition politique de la société israélienne (en particulier autour de la question déterminante du processus de paix) entretient une polarisation croissante entre un courant « normalisateur » (regroupant les laïcs de toute obédience) et un courant « identitariste » (allant des ultraorthodoxes aux traditionalistes).
Le jeu complexe des différents clivages – Juifs/Arabes, Séfarades/Ashkénazes, religieux/laïcs – définira les contours de l'État d'Israël de demain : en effet, les incertitudes sur l'évolution de l'identité nationale se multiplient, alors que le pays a gagné progressivement une légitimité internationale plus large dont la consolidation dépendra toutefois d'un règlement global de l'ensemble du contentieux israélo-arabe.
Paradoxe d'Israël : créé par une décision de la communauté internationale en 1947 (par 33 voix pour, 13 contre et 10 abstentions), l'État juif est sans doute l'État au monde dont l'existence a été la plus contestée dans le concert des nations. Ses relations internationales s'en sont longtemps ressenties. Depuis sa création, Israël n'a établi des rapports stables et continus qu'avec l'Occident. Le monde arabo-musulman lui a été totalement hostile pendant des décennies alors que les pays de l'Est et le tiers-monde ont entretenu avec lui, le plus clair du temps, des relations globalement assez distantes.
Pendant longtemps, l'isolement total de l'État juif dans la région rendait impérieux l'établissement de relations fortes avec des partenaires susceptibles de le soutenir, et ceux-ci se trouvaient essentiellement en Occident.
Durant les vingt premières années de son existence, Israël est surtout soutenu par la France. Dans les années 1950, grâce aux efforts de Shimon Peres, alors directeur général du ministère des Affaires étrangères, plusieurs accords d'armement sont en effet conclus entre les deux pays, prévoyant la livraison de tanks, d'avions et de pièces d'artillerie. Le début de la révolution algérienne, en novembre 1954, amène la constitution d'une alliance encore plus étroite, dans la mesure où le principal ennemi d'Israël, l'Égypte, est aussi le soutien majeur du F.L.N. L'expédition conjointe sur le canal de Suez, en octobre 1956, comme l'aide française à la construction du réacteur nucléaire de Dimona, dans le Néguev, sont les manifestations les plus fortes de cette union franco-israélienne contre le nationalisme arabe. L'instauration en France de la Ve République ne conduit pas immédiatement à une modification des rapports bilatéraux, mais la fin du conflit en Afrique du Nord pousse le général de Gaulle à renouer avec les pays arabes et à adopter, ce faisant, une position plus équilibrée dans le conflit israélo-arabe. La guerre des Six-Jours (5-10 juin 1967) marquera un tournant de la politique française : de Gaulle déclare un embargo sur la livraison de toutes les armes à destination du Moyen-Orient, ce qui pénalise fortement Israël, tributaire de la France en matière d'armement. Cette mesure fera progressivement des États-Unis le fournisseur quasi exclusif de l'État juif, tout en refroidissant les relations franco-israéliennes.
Avec l'Allemagne, le rapprochement était à la fois extrêmement délicat et pourtant indispensable. En reconnaissant publiquement la responsabilité allemande dans le génocide des Juifs d'Europe, le chancelier Adenauer enclencha un processus qui permit la conclusion, en septembre 1952, de l'accord de Luxembourg au terme duquel l'Allemagne s'engageait à verser à Israël, à titre de réparation, pendant douze années 3,4 milliards de marks (plus les dédommagements individuels destinés aux victimes du nazisme). Cet accord facilitera l'établissement de relations diplomatiques en mai 1965, et ce, malgré l'opposition virulente de la droite nationaliste regroupée autour de Menahem Begin.
Pour Israël, l'Europe est aujourd'hui avant tout un partenaire commercial vital. L'État hébreu bénéficie depuis 1975 d'un accord d'association avec l'Union européenne, accord qui a été renouvelé en 1995 dans le cadre du partenariat euro-méditerranéen. Si l'Europe est un enjeu surtout économique, les États-Unis constituent véritablement l'allié privilégié sur le plan politique.
Bien que l'appui diplomatique américain ait été décisif dans la naissance de l'État juif, c'est la réorientation de la position française après la guerre des Six-Jours qui conduira progressivement à l'intervention de plus en plus appuyée des États-Unis aux côtés d'Israël. L'entente avec les États-Unis touche trois domaines : militaire (don annuel de 1,8 milliard de dollars pour l'achat d'armes, coopération stratégique), économique (don annuel de 1,2 milliard de dollars, accord de libre-échange), diplomatique.
Les États-Unis n'ont jamais ménagé leur soutien politique à Israël, en particulier à l'O.N.U., considérant que l'État hébreu constituait un élément de stabilité régionale et un atout stratégique (hier contre l'Union soviétique et ses alliés arabes, aujourd'hui contre l'islamisme radical). La perception de valeurs démocratiques partagées et le dynamisme de la communauté juive américaine ont, par ailleurs, cimenté l'alliance stratégique israélo-américaine. Cette forte proximité n'a pas empêché les États-Unis de promouvoir à plusieurs reprises des projets globaux de règlement du conflit israélo-arabe (plan Rogers de 1969-1970, processus de Camp David en 1978, plan Reagan de 1982), mais ceux-ci étaient difficiles à mettre en œuvre tant que l'Union soviétique se posait en puissance rivale des États-Unis. La disparition de l'U.R.S.S., en 1991, change radicalement la donne régionale et incite les États-Unis à lancer une initiative diplomatique majeure, la conférence de la paix de Madrid (octobre 1991), qui ouvre un cycle de négociations directes entre Israël et tous ses voisins arabes (y compris les Palestiniens).
Par la suite, les États-Unis accompagnent le processus de paix d'Oslo entre l'O.L.P. et Israël (déclaration de principes de 1993, accord intérimaire sur la Cisjordanie et Gaza de 1995, mémorandum de Wye River de 1998, accord de Charm el-Cheikh de 1999). Mais, après l'échec d'un nouveau sommet qui se tient à Camp David en juillet 2000 et la seconde Intifada qui a embrasé les territoires palestiniens, la perspective d'une reprise des négociations initiées à Madrid en 1991 s'est éloignée. La diplomatie finit pourtant par reprendre ses droits en 2003 avec l'adoption de la « feuille de route » du « Quartet » qui prévoit la création d'un État palestinien permanent dans le contexte d'une paix israélo-arabe globale (d'ici à 2005). Officiellement accepté par les Palestiniens et les Israéliens au sommet d'Aqaba en juin 2003, ce document n'a pourtant pas été en mesure d'enclencher une dynamique vertueuse de négociations. Malgré l'élection à la présidence de l'Autorité palestinienne d'un partisan convaincu du dialogue, Mahmud Abbas, Israël s'est engagé dans une politique de désengagement unilatéral (à Gaza en 2005). Toutefois, tant le semi-échec israélien au Liban que le coup de force du Hamas à Gaza (juin 2007) ont poussé le président Bush à se réengager dans le dossier israélo-palestinien en réunissant fin novembre 2007 aux États-Unis une conférence internationale. Si elle a permis la relance des négociations entre Israël et l'Autorité palestinienne, celles-ci n'ont pas débouché sur un accord de règlement définitif. Face au Hamas, le gouvernement Olmert décidait, après la non-reconduction d'une trêve de six mois, à la mi-décembre, de lancer une opération militaire de grande envergure afin de « changer l'équation stratégique » au sud d'Israël. Cette guerre qui causa la mort de 1 400 Palestiniens (dont 70 % étaient des civils selon le centre palestinien des droits de l'homme) et de 13 Israéliens n'a pourtant guère modifié la situation sur le terrain ; le Hamas est demeuré au pouvoir à Gaza et les tirs de roquettes vers Israël, s'il se sont espacés, n'ont pas cessé. Un modus vivendi ente Israël et le Hamas, deux acteurs qui s'ignorent, reste à définir.
Autant les relations d'Israël avec les États-Unis furent globalement positives, autant celles avec l'Union soviétique furent problématiques, voire franchement mauvaises. Bien que l'U.R.S.S. ait été favorable à la création de l'État juif – dans le but essentiel de chasser les Britanniques de Palestine –, les relations se dégradèrent rapidement, l'autocratie stalinienne donnant une vigueur nouvelle à un antisionisme communiste parfois très proche de l'antisémitisme pur et simple (complot des blouses blanches en janvier 1953). Les successeurs de Staline, désireux d'augmenter l'influence de l'U.R.S.S. dans le tiers-monde, se rapprochèrent des tenants de l'arabisme radical (Égypte, Syrie) et prirent progressivement leurs distances à l'égard d'Israël. Après la guerre des Six-Jours, l'U.R.S.S. rompra ses relations diplomatiques avec Israël, suivie par l'ensemble des pays de l'Est (à l'exception de la Roumanie, qui avait une politique d'indépendance nationale plus active) et n'aura dès lors de cesse de dénoncer avec virulence la politique israélienne. L'arrivée au pouvoir de Gorbatchev, en 1985, conduit à une détente certaine entre les deux pays (visites de responsables politiques, liberté d'émigration des Juifs d'U.R.S.S.) et, en 1991, l'Union soviétique agonisante rétablit ses relations diplomatiques avec l'État hébreu. Tous les États successeurs de l'Union soviétique (Russie, Ukraine, pays Baltes…, y compris les États musulmans comme le Kazakhstan et l'Ouzbékistan), de même que les anciennes démocraties populaires (Pologne, Hongrie…), ont aujourd'hui des liens avec Israël.
L'amélioration de la situation diplomatique d'Israël est incontestablement liée au démarrage du processus de paix et, surtout, à l'ouverture de négociations avec l'O.L.P. Depuis 1991, l'État hébreu a noué des relations avec près de 70 pays en Europe orientale, en Afrique et en Asie (y compris avec des géants comme l'Inde et la Chine). En décembre 1993, Israël a signé avec le Vatican un accord fondamental dont la portée symbolique dépasse de loin le simple établissement de relations diplomatiques.
Le contraste est particulièrement saisissant par rapport aux années 1970, au cours desquelles Israël était une sorte d'État paria, dont l'existence n'était pas reconnue par l'immense majorité des pays du monde. Sans doute Israël avait-il pris pied dans le continent noir au cours des années 1960 par le biais de l'assistance technique, particulièrement dans le domaine agricole. Mais cette coopération très étroite prit brusquement fin après la guerre du Kippour (octobre 1973), lorsque la quasi-totalité des nations africaines rompirent leurs relations avec Israël.
Aujourd'hui, Israël se trouve dans une position internationale confortée sur tous les continents tandis que ses adversaires les plus irréductibles se sont assagis (Libye), ont été diminués (Syrie de Bachar al-Asad) ou défaits (Iraq de Saddam Husayn). L'environnement régional demeure toutefois volatile avec la montée de l'islamisme politique (Égypte, Liban, Palestine), la stabilité précaire de l'Iraq et la volonté de l'Iran de se doter d'une capacité nucléaire. Si l'obtention de cette large légitimité internationale est, pour Israël, un acquis considérable, sa consolidation dépendra sur le long terme de la résolution de l'ensemble du contentieux israélo-arabe. Cela suppose le règlement de la question palestinienne dans sa globalité (réfugiés, statut de Jérusalem, souveraineté politique) et la conclusion de traités de paix avec le Liban et la Syrie, qui compléteraient ceux signés avec l'Égypte (mars 1979) et la Jordanie (octobre 1994).
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