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Jordanie

en arabe al-Urdunn

Nom officiel : royaume hachémite de Jordanie

Carton de situation - Jordanie
Drapeau de la Jordanie
Drapeau de la Jordanie

État d'Asie occidentale situé au Moyen-Orient, la Jordanie est limitée à l'ouest par Israël, au sud-est par l'Arabie saoudite, à l'est par l'Iraq et au nord par la Syrie.

  • Superficie : 92 000 km2
  • Nombre d'habitants : 7 274 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Jordaniens
  • Capitale : Amman
  • Langue : arabe
  • Monnaie : dinar jordanien
  • Chef de l'État : Abd Allah II
  • Chef du gouvernement : Abd Allah Ensour
  • Nature de l'État : monarchie constitutionnelle à régime parlementaire
  • Constitution :
    • Adoption : 1er janvier 1952
    • Révisions : novembre 1974, février 1976, janvier 1984
Pour en savoir plus : institutions de la Jordanie

GÉOGRAPHIE

1. Le milieu naturel

La Jordanie tire son nom du Jourdain, dont le cours, qui lui sert de frontière occidentale, occupe la partie nord d'un vaste fossé tectonique (vallée ou dépression du Ghor), où il rejoint la mer Morte. Au sud de celle-ci, la dépression du Wadi Araba se dirige vers le golfe d'Aqaba (mer Rouge) tandis que, vers l'est, s'élève une chaîne montagneuse qui atteint 1 000 m d'altitude aux environs d'Amman et 1 727 m au djebel Labrak, au-delà de Pétra. Le point culminant de la Jordanie se trouve cependant ailleurs, aux confins jordano-saoudiens, dans le massif désertique du Tubayq (1 865 m).

L'essentiel du pays est en fait constitué par un vaste plateau calcaire désertique (plateau transjordanien), de quelque 70 000 km2, s'inclinant en pente douce vers le bassin mésopotamien, entre la Syrie et l'Arabie saoudite (désert de Syrie).

La Jordanie appartient à une zone climatique de transition entre le domaine méditerranéen et le désert arabo-syrien. La flore et la faune y sont caractéristiques des régions semi-arides aux ressources hydrauliques rares. Les fleuves les plus importants sont le Yarmouk et le Jourdain, mitoyens de la Syrie et des territoires palestiniens occupés, mais sur lesquels Israël exerce des prélèvements prioritaires. D'autres rivières (Zerqa, Wadi Mudjib, Wadi Hasa), tributaires du Jourdain et de la mer Morte, ont des débits irréguliers.

2. La population

Une population sédentaire, vivant autrefois de l'agriculture, est concentrée dans les vallées depuis l'Antiquité. Sa composition ethnique résulte de nombreuses migrations et occupations. La population jordanienne est aujourd'hui complètement arabophone et en grande partie musulmane. Il existe une minorité chrétienne – héritage du séjour des Byzantins et du passage des croisés – ainsi que quelques milliers de Caucasiens (Circassiens, Tchétchènes) qui sont les descendants de réfugiés installés dans la région par les Ottomans à la fin du xixe s. Quoique bien assimilés, ces derniers ont conservé l'usage privé de leur langue. Plus nombreuse et plus récente, la masse des Palestiniens chassés d'Israël (1948) et de Cisjordanie (1967) risque d'être plus irréductible. Avec leurs descendants, ils constituent aujourd'hui plus de la moitié de la population. Celle-ci s'est concentrée dans l'importante conurbation d'Amman-Zarqa, ainsi qu'à Irbid. Les villes traditionnelles d'al-Salt et d'al-Karak se sont également fortement développées. En milieu urbain, les activités tertiaires prédominent aux côtés du secteur artisanal et industriel.

Pendant des siècles, les zones arides, à l'est du tracé de l'ancien chemin de fer du Hedjaz, furent l'apanage des Bédouins, qui imposaient au monde de l'agriculture une « protection » abusive. La modernisation de l'État et le développement économique ont entraîné la sédentarisation de ces derniers, donc leur quasi-disparition. Les Bédouins ont cependant marqué de leur empreinte la culture sociale (tribalisme) et politique (clientélisme monarchique) jordanienne, les « grandes familles » fournissant en effet à l'État son plus haut personnel administratif.

3. Aspects économiques

3.1. Les ressources

L'économie jordanienne tire un grand bénéfice de la situation géographique du pays, au croisement de deux grands axes de communications intercontinentales : le premier relie, du nord au sud, la Turquie et l'Europe orientale à la péninsule arabique et à l'Afrique ; le second relie, d'est en ouest, l'Asie à la Méditerranée. Les itinéraires traditionnels du pèlerinage de La Mecque ou, jadis, de la route des épices ont fait place à une infrastructure de transports moderne comprenant un réseau autoroutier dense, le port d'Aqaba et l'aéroport international d'Amman. Ces équipements génèrent des activités de transit, dont le chiffre d'affaires représente 15 % du produit national brut et se place juste derrière le secteur financier.

La production industrielle, de son côté, assure plus de 32 % du produit intérieur brut. L'exploitation des phosphates et de la potasse extraite de la mer Morte ainsi que les productions chimiques et agroalimentaires (Amman, Zarqa), le raffinage pétrolier (Zarqa), la cimenterie (Fuheis) et la petite métallurgie y occupent une place importante.

Les cultures et l'élevage, qui furent longtemps les seules ressources de l'économie jordanienne, n'ont pas connu une expansion comparable. Si le cheptel camelin est demeuré constant, le nombre des bovins, des ovins et des poulets ainsi que la production des fruits (notamment des agrumes) et de légumes frais ont augmenté grâce à l'irrigation de la vallée du Jourdain (30 000 hectares). La Jordanie produit aussi du blé, de l'orge et de l'huile d'olive.

Près du tiers des actifs jordaniens travaillent dans le secteur commercial ou touristique. Le tourisme bénéficie de sites archéologiques (Pétra, Gerasa) ou naturels (Wadi Ram) renommés dans un pays qui attire de plus en plus de touristes (près de 4 millions en 2011).

3.2. Finances publiques et emploi

Le produit national brut jordanien connaît une croissance ininterrompue. Un important déficit de la balance commerciale entraîne cependant un endettement extérieur considérable. L'inflation reste toutefois modérée. La moitié du budget de l'État est affectée à l'investissement, un quart, aux dépenses militaires, et le dernier quart, aux dépenses civiles. Parmi ces dernières, l'enseignement est le plus richement doté. Il concerne plus de 1,2 million d'élèves et 80 000 étudiants universitaires, ce qui fait de la Jordanie le pays le plus éduqué du Moyen-Orient arabophone. Mi-public, mi-privé, le secteur de la santé constitue la seconde priorité civile du gouvernement. La densité du réseau et la qualité des soins sont également un atout. Un sous-emploi important obère cependant la situation sociale. Le taux de chômage s'élèverait entre 20 et 30 % de la population active, ce qui contraint de nombreux Jordaniens à s'expatrier.

HISTOIRE

L'État jordanien, de création relativement récente, a été imposé à l'origine par les grandes puissances. Sa gestation a été laborieuse, et son histoire, mouvementée. L'extension de l'influence américaine sur toute la région lui assure aujourd'hui une relative tranquillité.

1. L'émirat de Transjordanie (1923-1949)

Le futur royaume de Jordanie est issu du démembrement de l'Empire ottoman. Prolongement naturel et historique de la Syrie, il est d'abord soumis au mandat britannique sur la Palestine, mais fait l'objet d'une administration distincte, dès 1921, sous l'autorité de l'émir Abdullah, descendant par le prophète Mahomet de l'ancienne tribu hedjazienne Banu Hachim (d'où la qualification « hachémite » de la dynastie et du royaume).

Le territoire est érigé en émirat en 1923 par le Royaume-Uni, qui lui reconnaît une indépendance toute formelle sous le contrôle d'un haut-commissaire. Grâce aux forces britanniques, l'agitation tribale est matée et les incursions des Wahhabites saoudiens sont repoussées.

Pour en savoir plus, voir l'article Transjordanie.

À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, un nouvel accord anglo-transjordanien est signé (1946). Abdullah se fait couronner roi et, le 24 janvier 1949, l'émirat prend le nom officiel de royaume hachémite de Jordanie.

2. La Cisjordanie annexée

2.1. Début du règne de Husayn

La guerre israélo-arabe, qui éclate après la création d'Israël (14 mai 1948), fournit au roi Abdullah l'occasion d'annexer la Cisjordanie, mais il est assassiné par des Palestiniens à Jérusalem en juillet 1951 alors qu'un traité israélo-jordanien est sur le point d'être conclu. Son fils, Talal, de santé déficiente, abdique au bout d'un an (août 1952) en faveur de son propre fils, Husayn.

Après une brève régence, celui-ci monte sur le trône le 2 mai 1953. Il n'a pas tout à fait 18 ans. Il se trouve bientôt en butte à l'opposition des nationalistes palestiniens et nassériens. Pour apaiser ceux-ci, il met fin en mars 1956 à la présence des Britanniques qui encadrent encore l'armée, mais, en avril 1957, il doit faire face à une tentative de putsch militaire.

Malgré les méthodes autoritaires du gouvernement, l'agitation populaire ne cesse pas. Les représailles israéliennes consécutives aux tentatives d'infiltration des Palestiniens expropriés et les surenchères interarabes entraînent une escalade qui conduit le roi Husayn à rallier le camp nassérien le 30 mai 1967, puis à prendre part à la guerre des Six-Jours, le 5 juin. En deux jours, l'armée jordanienne est refoulée à l'est du Jourdain, ainsi qu'une nouvelle vague de réfugiés palestiniens. Amman perd le contrôle effectif de Jérusalem, annexée, et de la Cisjordanie, occupée.

Pour en savoir plus, voir les articles Cisjordanie, guerres israélo-arabes.

3. Le poids des Palestiniens

Grossie de 250 000 réfugiés supplémentaires, la colonie palestinienne abrite à partir de 1967 de forts mouvements de résistance regroupés au sein de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Yaser Arafat. Avec le renfort de l'armée jordanienne, les fedayin remportent la demi-victoire de Karameh (21 mars 1968), mais, faute d'ébranler la puissance israélienne, ils mettent en péril le régime jordanien. Une sévère répression, connue sous le nom de Septembre noir (1970), conduit l'année suivante au désarmement complet des commandos palestiniens.

Les revers de la résistance palestinienne au Liban entraînent le rapprochement d'Arafat et du roi. Après plusieurs tentatives de négociation sur l'avenir de la Cisjordanie, celui-ci décide, en juillet 1988, de rompre les liens administratifs subsistant encore entre Amman et ce territoire. En Jordanie cependant, les Palestiniens continuent de jouir de la citoyenneté jordanienne et figurent en nombre non négligeable dans les institutions du royaume.

4. Une démocratie autoritaire

4.1. La Constitution de 1952

Le système politique jordanien se réfère formellement à des institutions démocratiques, dont la pratique s'éloigne cependant sensiblement de leur modèle. Ces institutions répondent aux exigences de la Constitution du royaume.

Promulguée en 1952, cette Constitution définit le caractère monarchique, parlementaire et arabe du régime, dans lequel l'islam est religion d'État. Elle garantit l'égalité des citoyens et les principales libertés publiques. Le roi nomme le gouvernement, responsable devant une Chambre des députés élue au suffrage universel. Avec le Sénat, nommé par le roi, celle-ci vote la loi. Le pouvoir judiciaire est en principe indépendant. Il est prévu qu'en cas d'urgence la Constitution puisse être suspendue.

Dans les faits, le roi exerce un pouvoir personnel incontesté, malgré une « démocratisation » qui s'est traduite en 1989 par les premières élections législatives générales depuis 1967, par l'abolition de la loi martiale (1991) et par la légalisation des partis politiques (1992). Les bases de ce régime sont la loyauté de l'armée, l'efficacité de la police – respectivement fortes de 98 000 et 10 000 hommes et femmes – et, surtout, le soutien de la classe politique traditionnelle des notables.

4.2. Un climat général de morosité

Depuis la grande crise palestinienne de 1970, l'ordre public n'est troublé qu'épisodiquement pour des raisons surtout économiques liées au chômage et à l'augmentation du coût de la vie consécutifs à l'application des mesures d'ajustement prescrites par le Fonds monétaire international (FMI). Ces troubles apparemment spontanés affectent les provinces du Sud (Maan en 1989, al-Karak en 1994) dans un climat général de morosité. La presse, quoique relativement libre, pratique une prudente autocensure ; les syndicats, sous surveillance, se cantonnent dans une sphère strictement professionnelle ; les partis politiques eux-mêmes, de tradition conservatrice ou d'opposition nationaliste arabe (nassériens, baassistes), ne sont actifs qu'en période pré-électorale.

Un Front d'action islamique (FAI), émanation de la confrérie des Frères musulmans, fait toutefois exception en prenant, sans rompre avec le diwan royal (le cabinet du roi), des positions populistes tant en matière de société que de politique étrangère. Fort de 22 sièges (sur 80) à l'issue des élections législatives de 1989 puis de 16 sièges aux premières élections multipartites de 1993, le FAI devient la formation la plus importante du Parlement.

5. La politique extérieure

5.1. Entre Israël et les Palestiniens

Au service d'une stratégie favorable à des intérêts étrangers, la marge de manœuvre jordanienne s'est révélée étroite face aux exigences de l'opinion locale et régionale dominante. Le jeu de bascule des alliances régionales entre Le Caire, Damas, Bagdad et Riyad ayant vite montré ses limites, Amman a dû donner à plusieurs reprises des gages au nationalisme, notamment à celui de ses nombreux résidents palestiniens.

L'OLP et les Palestiniens de Jordanie, tout en doutant de sa sincérité, apprécient que le roi Husayn n'ait pas pris position contre l'Intifada palestinienne des territoires occupés (1987) et qu'il ait applaudi l'année suivante à la proclamation de l'État de Palestine. On a surtout su gré au roi de s'être désolidarisé de la coalition anti-irakienne lors de la crise du Golfe (1990-1991). Ce contexte favorable permet de constituer en octobre 1991, selon le vœu américain, une délégation commune jordano-palestinienne à la conférence de Madrid pour la paix au Moyen-Orient et aux négociations subséquentes de Washington.

L'accord israélo-palestinien de Washington (ou d'Oslo) du 13 octobre 1993, qui permet l'institution à Gaza d'une Autorité nationale palestinienne présidée par Arafat, semble avoir pris le roi Husayn au dépourvu. Celui-ci s'abstient désormais d'intervenir ouvertement dans les affaires des Palestiniens d'outre-Jourdain, tandis que ceux de l'intérieur, faute d'espérer rentrer chez eux, envisagent de s'intégrer un jour au système politique jordanien.

Pourtant, après les élections législatives de 1993, la diplomatie jordanienne s'aligne de plus en plus sur les positions américaines. Elle soutient l'opposition irakienne et accentue un rapprochement militaire avec la Turquie. Surtout, forte des précédents égyptien et palestinien, la Jordanie signe avec Israël un traité de paix en bonne et due forme, incluant la normalisation des relations politiques et la coopération économique. Cet accord est en réalité l'aboutissement de quarante années de contacts secrets entre le roi et les dirigeants israéliens. Signé en grande pompe le 26 octobre 1994 à un poste frontière de la vallée de l'Araba par le roi Husayn et le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, il ne rapporte pas aux Jordaniens les profits escomptés. Après l'assassinat du Premier ministre israélien, l'élection à la tête du gouvernement de l'ultranationaliste Benyamin Netanyahou et sa politique arabe contribuent à faire du rejet de ce traité l'un des principaux thèmes de l'opposition.

Mais, qu'ils soient sensibles ou non aux revendications de celle-ci, les Jordaniens, comme leurs voisins, ont une liberté de manœuvre limitée. En échange des faveurs financières occidentales, ils doivent accepter un ordre régional qui, mettant hors-jeu le contestataire irakien, garantit le statu quo pétrolier, et qui, sous couvert de processus de paix, permet en fait à Israël de consolider impunément sa mainmise sur les territoires palestiniens.

5.2. Une fonction stratégique assignée

La liberté d'action de la Jordanie est limitée par les contraintes financières et sécuritaires qui pèsent sur elle. Dès l'origine, pour alimenter son budget et tenir ses adversaires en respect, le régime a compté sur l'aide étrangère qui fut d'abord britannique puis américaine. En échange, Amman était dans la nécessité de remplir le rôle régional qui lui était assigné et qu'elle assume encore aujourd'hui.

Dans l'organisation de l'ordre mondial garanti par les États-Unis, tout spécialement dans cette région, la fonction de la Jordanie est l'occupation d'un espace stratégique sensible dont la neutralisation est nécessaire au maintien du statu quo pétrolier et à la sécurité d'Israël. En jouant ce rôle, Amman s'est attiré l'hostilité unanime des voisins arabes, sans parler de la vieille animosité dynastique des Saoudiens.

Dans son rôle d'État tampon, la Jordanie s'est trouvée d'emblée dans une position défensive ; le danger venait moins d'Israël – dont l'expansion à l'est du Jourdain n'est ouvertement envisagée que par les sionistes extrémistes –, que des voisins arabes, notamment à l'époque du nationalisme arabe triomphant. En ayant su résister à la dynamique unitaire qui faillit balayer son royaume à l'époque de la République arabe unie égypto-syrienne (1958-1961) et à celle de l'activisme baassiste syrien (1961-1970), le roi Husayn a maintenu l'intégrité de son royaume.

Depuis 1970, aucun contingent armé irakien ou syrien n'a stationné en Jordanie. À cette époque, la « révolution palestinienne », qui aurait pu changer l'orientation de la politique étrangère, a été anéantie, et un corps blindé syrien, dépêché pour la secourir, a été refoulé par les chars jordaniens et les menaces israéliennes. La discontinuité territoriale égypto-syrienne est assurée et un vaste glacis sépare Israël de l'Iraq et, au-delà, de l'Iran réputé hostile. En 1991, lors de la guerre du Golfe, la volée de scuds irakiens qui s'abat sur Israël démontre l'utilité de cette distance stratégique.

L'autre fonction assignée à la Jordanie par ses parrains est l'accueil et le contrôle politique de la majorité des Palestiniens expulsés d'Israël. Amman remplit ce rôle efficacement jusqu'à aujourd'hui, ayant même hébergé en 1991 les Palestino-Jordaniens fuyant le Koweït. Elle craint pour l'avenir de nouveaux exodes venus de l'ouest.

6. Le règne d'Abd Allah II (1999-)

Quelques jours avant sa mort survenue le 7 février 1999, le roi Husayn destitue son frère Hasan, l'héritier du trône depuis le 1er avril 1965, et confie les rênes du pouvoir à son fils aîné Abd Allah. Ce brusque revirement, dans le respect néanmoins de la Constitution jordanienne qui prévoit que le fils aîné du roi est naturellement appelé à lui succéder, ne provoque nul remous dans le royaume. Dans les mois qui suivent son intronisation, Abd Allah II, affichant une image résolument moderne, promet de répondre au désir de changement d'un pays miné par le chômage, la corruption et une bureaucratie pléthorique. Il s'engage à élargir les libertés publiques et fixe au gouvernement le redressement économique du royaume comme priorité.

6.1. La continuité de la politique extérieure

Poursuivant la politique étrangère initiée par son père, Abd Allah II s'aligne sur les États-Unis et s'évertue à contribuer à un accord de paix israélo-palestinien. Jouissant d'un état de grâce, le jeune monarque se rend dès son intronisation en Arabie saoudite, à Oman, dans les Émirats arabes unis, en Libye puis en Syrie, pays avec lequel s'amorce un véritable rapprochement. L'un des parrains de l'accord de Charm el-Cheikh du 4 septembre 1999, il réaffirme à maintes reprises – après l'échec du sommet israélo-palestinien de Camp David (juillet 2000) – son rejet de la souveraineté israélienne sur Jérusalem-Est et réclame l'arrêt immédiat des « agressions israéliennes » à la suite du déclenchement de la seconde Intifada (septembre 2000).

Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, les nouvelles menaces que les États-Unis font peser sur l'Iraq, au nom de la bataille planétaire contre le terrorisme, provoquent un courant d'antiaméricanisme virulent dans l'Orient arabe. La Jordanie et l'Égypte, soucieuses de ne pas mécontenter Washington demeurent « discrètes » sur ces questions et se retrouvent isolées au sein de la Ligue arabe. Le royaume hachémite prête ses bases aériennes à la coalition sans rejoindre l'offensive américano-britannique lancée contre l'Iraq. L'exode de 750 000 réfugiés iraquiens fuyant l'instabilité politique de leur pays, fragilise le royaume hachémite. Ce dernier est en outre la cible de plusieurs attaques terroristes : attaque à la roquette contre un bâtiment de guerre américain à Aqaba ainsi que le triple attentat dans des hôtels d’Amman (2005) revendiquées par al-Qaida.

Dans ce contexte, le roi Abd Allah II s'efforce de jouer un rôle modérateur et de promouvoir un islam de tolérance et de dialogue. Invité à la Maison-Blanche par Barack Obama (avril 2009) et lors d'un entretien avec le nouveau Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou (mai 2009), le monarque réitère la nécessaire et urgente mise en œuvre d'une solution prévoyant la création d’un État palestinien.

6.2. Les tensions internes

Les relations du diwan avec les islamistes du FAI, principale force d'opposition au Parlement depuis depuis la libéralisation de 1993, se détériorent après la décision d'Abd Allah II de fermer définitivement les bureaux du Hamas à Amman, soupçonné d'activités illégales, et d'expulser une vingtaine de ses cadres. De même, les autorités jordaniennes prennent le contrôle des activités caritatives et sociales de la confrérie des Frères musulmans, souvent perçue comme un État dans l'État.

En outre, le souverain persiste à ne pas vouloir réformer la loi électorale en profondeur, principale exigence du FAI, qui réclame l'instauration de la représentation proportionnelle et un rééquilibrage du découpage électoral qui favorise toujours le vote des zones rurales, fief des tribus bédouines, au détriment du vote des villes où résident majoritairement les Jordaniens d'origine palestinienne. Alors qu’ils avaient boycotté les élections de 1997, les islamistes acceptent cependant de participer à celles de 2003 et obtiennent 17 sièges sur les 30 qu’ils briguaient. Les candidats indépendants, représentant principalement les grandes tribus et familles fidèles au régime, remportent une large majorité des 110 sièges de la Chambre des députés. Ce scénario se répète au scrutin de 2007, entaché de fraudes massives et marqué par une très forte abstention dans les circonscriptions urbaines. Seuls 6 candidats du FAI sont élus.

Face à la multiplication d'affaires de corruption dans lesquelles sont impliqués nombre de députés, Abd Allah II dissout le Parlement en novembre 2009, deux ans avant la fin de la législature. Dans l'espoir d'effacer le fiasco de 2007, il convoque un an plus tard ses concitoyens à des élections « libres, honnêtes et transparentes » tout en réitérant son refus de bouleverser le système électoral qu’il remanie partiellement. Le FAI ayant appelé au boycott du scrutin, aucune force d'opposition n'est élue à la Chambre basse, désormais réduite à une chambre d'enregistrement même si 78 parlementaires sont élus pour la première fois. Marginalisée, l'opposition islamiste menace de surcroît, dans un contexte de fortes tensions sociales exacerbées par l'absence de solution juste et pacifique en Cisjordanie, de se radicaliser.

Au mécontentement de l'opposition islamiste s'ajoute la fronde larvée qui émane depuis 2009 des grandes familles transjordaniennes, inquiètes de la volonté du souverain de secouer leur conservatisme et de l'influence qu'elles jugent grandissante des Jordaniens d'origine palestinienne. Défendant farouchement leur pouvoir et leurs privilèges, les tribus bédouines fustigent la corruption croissante et vont même – une première dans le royaume – jusqu'à mettre en cause de façon détournée la personne du roi, en accusant la reine Rania – son épouse d'origine palestinienne – d'affaiblir l'identité nationale pour avoir favorisé l'obtention de la nationalité jordanienne à quelque 78 000 Palestiniens.

En février 2011, inquiet du vent de révolte qui soulève la Tunisie et l'Égypte, et préoccupé par l'ampleur des revendications d'ordre économique (contre la hausse des prix et le chômage), politique (de la part du FAI) et identitaire, Abd Allah II prend les devants. Il limoge son Premier ministre Samir Rifaïr, devenu le bouc émissaire de la population jordanienne, et nomme à sa place Maraouf al-Bakhit, ancien Premier ministre de 2005 à 2007, avec pour mission de « mener de réelles réformes politiques ».

Ce changement gouvernemental (le huitième depuis l’intronisation du roi) n’apaise cependant pas les tensions. Les manifestations se poursuivent et le mécontentement – attisé par l’augmentation du prix des carburants et la suppression des subventions à l’achat d’essence (novembre 2012) – persiste, provoquant trois remaniements à la tête du gouvernement puis de nouvelles élections parlementaires anticipées en janvier 2013. Le scrutin, toujours boycotté par les Frères musulmans insatisfaits des aménagements dans le système électoral, donne comme à l’accoutumée une majorité de sièges aux candidats indépendants progouvernementaux, outre l’élection de 27 députés représentant les partis politiques. Ayant mobilisé 70 % des électeurs dans les zones rurales mais seulement 40 % dans les grandes villes, il intervient dans un contexte socio-économique aggravé par la présence sur le sol jordanien de quelque 400 000 réfugiés syriens, un nombre qui pourrait dépasser le million au cours de l’année, selon le HCR.

Alors que la nomination du Premier ministre aurait dû, pour la première fois, émaner d’une collaboration plus étroite avec le Parlement, c’est finalement Abd Allah Ensour, nommé par le roi en octobre 2012, qui reprend la direction du gouvernement en mars.