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Cisjordanie

Bethléem, église Sainte-Catherine
Bethléem, église Sainte-Catherine

Cette partie du territoire de la Palestine, sous mandat britannique jusqu'en 1948, située, comme son nom l'indique « à l'ouest du Jourdain » a été annexée par la Jordanie après la guerre israélo-arabe de 1948-1949. Occupée par Israël en 1967, elle constitue aujourd'hui avec la bande de Gaza, les Territoires palestiniens.

  • Population : 2 054 036 hab. (recensement de 2007)

GÉOGRAPHIE

La Cisjordanie, d'une superficie d'environ 6 000 km2, est située au nord-ouest de la mer Morte. Les principales villes sont Bethléem, Hébron, Jéricho, Jérusalem, Naplouse et Ramallah. Dans le nord, la Samarie présente un aspect désertique ; elle est prolongée à l'est par la dépression du Ghor, qui longe le Jourdain ; au sud, les monts de Judée, qui constituent la région principale de la Cisjordanie, sont composés de collines et de plateaux calcaires dépassant 1 000 m d'altitude, relativement bien arrosés (500 à 600 mm de précipitations annuelles), où domine la polyculture céréalière.

HISTOIRE POLITIQUE

1. Institutions, gouvernance, économie

1.1. De 1949 aux années 2000

Annexée au royaume de Jordanie en 1949, cette région est, à partir de 1967, occupée et administrée militairement, sous le nom de Judée-Samarie, par Israël, qui y favorise l'implantation de colonies juives.

À partir de décembre 1987, cette occupation se heurte à un soulèvement populaire palestinien, l'Intifada. En 1988, le roi Husayn de Jordanie rompt les liens légaux unissant son pays et la Cisjordanie.

En 1994, un statut d'autonomie (palestinienne) est instauré dans la zone de Jéricho, conformément à l'accord israélo-palestinien de Washington. Un nouvel accord consacre, l'année suivante, l'extension de l'autonomie aux grandes villes arabes de Cisjordanie (Jénine, Naplouse, Tulkarem, Qalqilya, Ramallah, Bethléem et, partiellement, Hébron).

L’Autorité nationale palestinienne, institution née du processus de paix israélo-palestinien, est théoriquement en charge de ces zones. Mais, dans les faits, elle détient des pouvoirs d’action limités sur le plan territorial. En 1999, elle ne contrôle ainsi que 18 % de la Cisjordanie – le reste du territoire étant encore occupé par l’armée israélienne.

1.2. Un territoire occupé et fragmenté

Plus encore, la mise en œuvre du processus de paix conduit à une véritable fragmentation territoriale de la Cisjordanie. Les espaces sont mités par la présence (de plus en plus importante) des colonies israéliennes. Le nombre de colons en Cisjordanie est passé de 112 000 en 1992 à plus de 300 000 en 2012 – soit, 4,1 % de la population israélienne totale et plus de 16 % de la population totale de la Cisjordanie.

À partir de septembre 2000, la Palestine connaît un nouvel embrasement avec le déclenchement de la seconde Intifada, conduisant à un arrêt du processus de paix. Parallèlement à la réoccupation (pour des périodes plus ou moins longues) des villes dites autonomes palestiniennes et aux bombardements réguliers des infrastructures collectives construites dans la perspective de l'édification d'un État palestinien, l'État d'Israël édifie, de manière unilatérale, un Mur, à partir de 2002, qui accentue le processus de démembrement territorial de la Cisjordanie. En effet, ce Mur pénètre – parfois largement – en territoire palestinien pour inclure des blocs de colonies, côté israélien du Mur. De plus, à Jérusalem-Est, il coupe plusieurs banlieues du centre névralgique de la ville – empêchant celle-ci de jouer son rôle de carrefour politique, économique, social, religieux et culturel pour les Palestiniens. Cette situation de fait explique la condamnation de cette construction par la Cour internationale de justice (CIJ) en juillet 2004.

L’impression d’émiettement territorial de la Cisjordanie est renforcée par la présence de très nombreux barrages militaires ou checkpoints aux portes d’entrée et de sortie des villes autonomes palestiniennes. Ces barrages, emblématiques de l’asymétrie des rapports de force entre les deux parties, sont construits en dur à partir de la décennie 2000 ; ils sont l’occasion de contrôles d’identité arbitraires, souvent longs et humiliants. L’augmentation du nombre et de l’étendue des colonies israéliennes en Cisjordanie, couplée à la présence de très nombreux checkpoints (près de 700, dont 76 permanents, en juin 2009), s’accompagne d’un processus de confinement et de séparation des espaces de vie palestinien et israélien.

1.3. Une économie très dépendante de l'aide internationale

Parallèlement, sur le plan économique, la signature de la paix ne met pas fin au système de relations très inégal observable durant l’occupation israélienne des Territoires, même si le Protocole de Paris signé en 1994, qui encadre les échanges commerciaux entre les deux parties, prévoit l’instauration d’une zone de libre-échange. En effet, le système de quotas à l’importation et à l’exportation demeure – qui oblige les entrepreneurs palestiniens à des procédures administratives souvent longues et coûteuses. La libre-circulation des travailleurs est, elle, sérieusement entravée par l’institutionnalisation d’un permis de travail. Ce système de permis permet à l’État d’Israël d’écarter de son marché économique tous les militants politiques palestiniens et, au-delà, ceux identifiés comme « indésirables ».

Ainsi, sur la longue durée, le nombre de travailleurs palestiniens en Israël employés principalement dans les secteurs manufacturiers et agricoles à des postes peu qualifiés diminue, et surtout, fluctue fortement d’une année sur l’autre en fonction des contingences politiques. Alors qu’il avoisine les 100 000 avant le processus de paix, il tombe à 25 000 en 1996 (en raison d’un bouclage sévère des Territoires), pour remonter à 140 000 en 1999, puis redescendre drastiquement à 16 000 en 2002 (au début de la seconde Intifada) et réatteindre 65 000 en 2007 pour la seule Cisjordanie (à Gaza, les flux sont proches de zéro depuis la victoire du Hamas aux élections législatives de 2006).

En Cisjordanie même, le secteur d’activité principal de la population depuis la signature des accords de paix est le secteur public (23 % des actifs). Viennent ensuite le commerce et les activités liées au tourisme (18 %), à l’industrie (16 %) et à l’agriculture (14 %). L’aide internationale – massive – qui doit participer à la croissance économique et à l’emploi, permet surtout de maintenir le maximum de population « à flot ».

Depuis la reprise de la violence armée entre les deux parties en septembre 2000, les fonds extérieurs servent ainsi à financer les dépenses courantes de l’ANP – et notamment, les salaires des fonctionnaires (en particulier, des forces de police) et ceux du personnel des innombrables ONG (investies dans les droits de l’homme ou le développement) qui vivent des mannes de la communauté internationale. Cette situation contribue à la formation d’une nouvelle classe sociale de « cols blancs » qui, certes, bénéficie de l’économie de la paix, mais dont le niveau de vie peut être très affecté par les variations du volume de l’aide internationale. La manne financière extérieure sert ainsi davantage à soutenir la consommation courante des populations qu’à constituer un secteur économique productif durable.

L’économie de la Cisjordanie est donc fragile et les choses ne s’améliorent pas à partir de 2007 du fait de l’absence de toute perspective d’amélioration de la situation politique, tant vis-à-vis de l’État d’Israël que du rival palestinien à Gaza, le Hamas. La politique économique néo-libérale du Premier ministre Salam Fayyad, aux commandes jusqu’en 2013, accentue plus encore les difficultés – en particulier, pour les populations les moins diplômées et les plus pauvres –, dans la mesure où elle conduit l’Autorité de la Cisjordanie à diminuer sa masse salariale, à supprimer certaines subventions sur les produits de première nécessité et à contraindre les consommateurs des services d’eau et d’électricité à s’acquitter du paiement de leurs factures plus fortement que par le passé. Il s’ensuit une série de grèves, sit-in et manifestations – parfois violemment matée par les forces de police –, qui, à compter de 2012, s’en prennent à l’augmentation des prix (du fuel, de l’électricité, des aliments, etc.) ou au plafonnement des salaires dans la fonction publique (avec des mobilisations importantes chez les instituteurs, par exemple). Ces mobilisations collectives sont toutefois localisées et limitées dans le temps. Viennent s’y ajouter des protestations d’ampleur contre les raisons et conditions de détention des prisonniers politiques palestiniens en Israël (qui regroupent l’ensemble des partis politiques, mais aussi des jeunes non « encartés »), ainsi que des actions de dénonciation des violences perpétuées par les colons en zones rurales ; ces actions sont réalisées par des collectifs de militants à la fois palestiniens et israéliens, qui ont des connections à l’international avec des associations de défense des Droits de l’homme. Le climat est donc à la montée des tensions sociales, à la remise en cause de la désunion nationale entre le Fatah et le Hamas, et à la lutte contre l’accentuation de la fragmentation du territoire.

Le difficile processus de réconciliation intra-palestinien, lancé en avril-juin 2014 avec la formation du gouvernement d’union nationale sous la direction de Rami Hamdallah, pourrait ouvrir la voie à une amélioration de la situation.

Pour en savoir plus, voir les articles Palestine, Question palestinienne, Territoires palestiniens.