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Lac de Tibériade

Palestine

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Palestine
(étymologie pays des Pelishitim, des Philistins)

Région du Proche-Orient, entre le Liban au nord, la mer Morte au sud, la Méditerranée à l'ouest et le désert de Syrie à l'est.

Population (Cisjordanie et Gaza) : 3 762 005 hab. (estimation pour 2005)

GÉOGRAPHIE

Mis à part l'actuel État d'Israël, le territoire de la Palestine s'étend sur la Cisjordanie et la bande de Gaza. La Cisjordanie, d'une superficie d'environ 6 000 km2, est située au nord-ouest de la mer Morte. Les principales villes sont Bethléem, Hébron, Jéricho, Jérusalem, Naplouse et Ramallah. Dans le nord, la Samarie présente un aspect désertique ; elle est prolongée à l'est par la dépression du Ghor, qui longe le Jourdain, prolongé par la mer Morte, à 400 m au-dessous du niveau de la mer ; au sud, les monts de Judée, qui constituent la région principale de la Cisjordanie, sont composés de collines et de plateaux calcaires dépassant 1 000 m d'altitude, relativement bien arrosés (500 à 600 mm de précipitations annuelles), où domine la polyculture céréalière. Le climat et la végétation, de type méditerranéen, comportent une composante désertique de plus en plus affirmée au fur et à mesure que l'on va vers l'est.

   La bande de Gaza est une étroite zone en bordure de la Méditerranée, longée au sud par l'Égypte.

HISTOIRE

De l'Antiquité aux Ottomans

Après la conquête romaine, le territoire est divisé en trois circonscriptions administratives portant le nom de « Palestine » 1, 2 et 3. Au IVe s., début de la période byzantine, la population, d'origine variée (Juifs, Arabes, hellénophones, etc.), se convertit majoritairement au christianisme. Les diocèses de l'Église d'Orient ont conservé jusqu'à aujourd'hui les noms des circonscriptions romaines (le mot « Palestine » n'a ainsi jamais totalement disparu). La région devient la Terre sainte des chrétiens tout en restant un centre actif de l'activité intellectuelle juive (surtout en Galilée). Après la conquête arabe du VIIe s., une part croissante de la population s'islamise tandis que la présence juive décline inexorablement à cause des nombreuses conversions. Les musulmans gardent le nom de Palestine pour désigner cette région, transformée en circonscription militaire à l'époque du califat omeyyade (fin du VIIe s.-début du VIIIe s.). C'est à cette époque qu'elle devient également pour les musulmans une terre sainte. Jusqu'au XIe s., les garants de l'orthodoxie se méfient de cette évolution, qui leur semble aller au détriment de la primauté de Médine et de La Mecque.

   Les saints musulmans locaux, vénérés par les habitants, restent les prophètes de la Bible (Moïse, David, Samuel). Cet ancrage biblique fait la spécificité de l'islam palestinien, au point que l'on pourrait parler de judéo-islamisme. Au terme d'une évolution historique de plusieurs siècles, le mot « Palestine » disparaît de l'usage courant (bien qu'on le retrouve dans les écrits de certains lettrés du XVIIe s.) au profit de celui de Terre sainte. Il en est de même pour Jérusalem, appelée simplement la « Sainte » (al-Quds).

   Durant les croisades (XIIe et XIIIe s.), la Palestine devient le champ d'affrontement entre monde musulman et monde chrétien. La région se voit définitivement reconnaître son caractère de Terre sainte au sein de l'islam. À partir de la fin du XIIIe s., elle fait partie du sultanat mamelouk, qui l'organise pour résister à une éventuelle réapparition des croisés.

   Au début du XVIe s., la Palestine passe sous l'autorité de l'Empire ottoman. Des immigrants juifs fuyant l'Espagne s'établissent en Galilée et à Jérusalem. L'inspiration de ce mouvement de population est essentiellement religieuse et les habitants juifs dépendent pour vivre des aumônes de la diaspora. Le XVIe s. est une période de grande prospérité, au contraire du XVIIe s. au cours duquel se développe une grave crise économique, sociale et démographique provoquée par l'invasion de tribus bédouines. La région retrouve une certaine prospérité au XVIIIe s. Dans la seconde moitié du siècle, la réorientation des échanges vers l'Europe permet la renaissance des villes littorales, et un pouvoir semi-indépendant s'établit entre la Galilée et Acre jusqu'en 1834, date de la prise de la ville par les troupes égyptiennes d'Ibrahim Pacha. Durant ces trois siècles d'occupation ottomane, la présence européenne est volontairement limitée par les autorités ottomanes. Les pèlerinages catholiques, organisés par les Franciscains de la Custodie de Terre sainte, se font plus rares. La région apparaît ainsi fermée aux Occidentaux.

La Palestine au XIXe s.

Les régions littorales sont dévastées en 1799 par les troupes de Napoléon Bonaparte et, au cours des années suivantes, de nouvelles infiltrations bédouines chassent les populations sédentaires vers les hauteurs. L'éphémère occupation égyptienne de 1834-1841 ouvre la Palestine à la présence occidentale. Après 1840, celle-ci redevient la Terre sainte des puissances chrétiennes qui, occupées à s'affronter pour accroître leur zone d'influence, multiplient les incidents autour des lieux saints. Ces troubles dégénèrent en violences et serviront de prétexte à la guerre de Crimée (1854-1855).

   Vers 1860, les Ottomans mettent un terme, par une intervention armée, aux désordres endémiques provoqués par les luttes entre factions paysannes et par les déprédations des Bédouins. Jérusalem est élevée au statut de capitale d'une province indépendante de celle de Damas, et l'espace se restructure autour de l'axe Jaffa-Jérusalem (route, puis voie ferrée). L'économie est fondée sur l'arboriculture méditerranéenne (oliviers et, de plus en plus, agrumes, dont les fameuses oranges de Jaffa). Les pèlerinages et les fondations missionnaires font la prospérité de Jérusalem. L'ouverture à l'Europe se traduit par l'établissement de lignes télégraphiques, de voies maritimes régulières par bateaux à vapeur et de consulats. Le système des capitulations permet de faire passer une fraction importante de la population juive et chrétienne sous le régime de la protection consulaire, qui la soustrait à la juridiction ottomane.

   La population augmente rapidement (350 000 habitants vers 1860 et 800 000 vers 1914). La croissance naturelle la plus importante concerne les chrétiens, mais son effet est atténué par une forte émigration de cette communauté vers les Amériques. À partir de 1870, une immigration juive à vocation économique et de plus en plus politique remplace la traditionnelle arrivée de Juifs pieux subventionnés par les aumônes de la diaspora. Dès le début des années 1880, le philanthrope français Edmond de Rothschild finance la création de colonies agricoles. Il s'agit de rendre les Juifs de Palestine « productifs » et non plus dépendants des aumônes. Ce n'est qu'à partir de 1908 que l'organisation sioniste fondée par Theodor Herzl dix ans auparavant s'implante réellement dans le pays. À cette époque, la question sioniste devient une des principales raisons qui président à l'émergence d'un mouvement politique arabe en Palestine comme dans les autres provinces arabes de l'Empire ottoman.

La Première Guerre mondiale

En 1917 et 1918, la Palestine est transformée en un champ de bataille entre les troupes britanniques du général Allenby et les forces ottomanes. Son futur statut, qui rentre dans le champ des négociations entre les puissances occidentales, reste ambigu : la Palestine deviendrait arabe, selon une certaine interprétation de la correspondance échangée entre Husayn ibn Ali Hussein et sir Henry McMahon en 1915-1916 ; elle serait internationalisée, selon l'accord Sykes-Picot de 1916 ; elle serait dotée d'un foyer national juif, selon la déclaration Balfour du 2 novembre 1917 ; ou encore, elle devrait respecter le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, selon les déclarations franco-britanniques de 1918. Les arbitrages franco-britanniques de l'après-guerre en font un mandat britannique comprenant un Foyer national juif qui ne doit pas s'étendre à la Transjordanie (charte du mandat sur la Palestine ratifiée par la Société des Nations en juillet 1922).

Le mandat britannique

Le premier haut-commissaire britannique, sir Herbert Samuel, opte pour un développement séparé des communautés dans le cadre d'une Palestine qui ne serait ni juive ni arabe. Dans les années 1920, le sionisme est un échec relatif : certes, le Yichouv (communauté juive de Palestine) se structure avec des institutions fortes et puissantes, mais l'immigration juive est tout à fait mesurée et le mouvement sioniste ne dispose pas des moyens financiers de ses ambitions. Néanmoins, une culture juive nouvelle d'inspiration nationaliste est en train de s'établir. Les relations avec les Arabes sont difficiles. Des violences éclatent entre les communautés en 1920-1921 et, après quelques années de calme, elles reprennent en 1929 autour des Lieux saints de Jérusalem. L'opposition des populations se fonde aussi bien sur la contradiction des projets nationaux – les sionistes veulent un État juif, et les Arabes, un État arabe palestinien éventuellement membre d'une fédération arabe du Proche-Orient – que sur la multiplication des antagonismes locaux. Vers 1930, la Palestine est déjà un pays surpeuplé, selon les critères de l'époque, et il n'existe pas de terres inexploitées. La colonisation juive a alors un but moins économique que politique : il s'agit de se donner un territoire et, dans un premier temps, de s'établir sur les axes de communication. Devant le manque de terres à acheter et la résistance des populations, on évoque de plus en plus le « transfert », c'est-à-dire l'expulsion d'une partie au moins des Arabes palestiniens. Pour ces derniers, l'entreprise sioniste est illégitime et répond à une volonté strictement colonialiste. Pour les sionistes, il n'y a pas de « peuple » arabe en Palestine, mais seulement des habitants arabes qui constituent un obstacle à leurs projets. L'évocation par certains de la constitution d'une entité binationale est rejetée majoritairement par les deux communautés. Aucun accord ne peut être obtenu sur la question cruciale de l'immigration juive.

   L'avènement d'Hitler en Allemagne donne une impulsion décisive au sionisme, qui reçoit les immigrants et les capitaux qui lui manquaient. En 1935, il y a en Palestine 355 000 Juifs sur une population totale de 1 300 000 habitants. Les inquiétudes des Arabes se transforment en 1936 en révolte organisée contre les Britanniques et les Juifs. Le premier plan de partage proposé en 1937 par Londres provoque un important soulèvement de la population qui dure jusqu'au début de 1940, en dépit d'une sévère répression britannique. En vertu du Livre blanc de 1939, Londres limite de manière drastique l'immigration juive et relance la formule d'une Palestine unitaire, ni juive ni arabe. Toutes les tentatives de compromis échouent en raison de la contradiction des projets nationaux. Le mieux que l'on puisse proposer à l'autre partie, c'est un statut de minorité avec un régime de droits garantis.

   Durant la Seconde Guerre mondiale, le pays s'enrichit grâce aux commandes de l'armée britannique. Le secteur juif amorce un mouvement d'industrialisation et les paysans arabes se débarrassent d'un endettement séculaire. Si le Yichouv fournit des soldats à l'armée britannique, les forces de la droite sioniste (groupe Stern, puis Irgoun) multiplient à partir de 1944 les attentats contre les Britanniques. À la fin de la guerre, le courant majoritaire, dominé par les socialistes, se joint aux actions antibritanniques et organise de spectaculaires opérations d'immigration clandestine. Les coûts militaires, économiques et politiques de la présence britannique deviennent insupportables pour Londres, qui décide au début de 1947 de transmettre le dossier palestinien à l'O.N.U.

Le premier conflit israélo-arabe

Le 29 novembre 1947, l'Assemblée générale de l'O.N.U. vote le plan de partage de la Palestine en deux États, juif et arabe, et Jérusalem est transformée en territoire international. Chacune des parties est étroitement imbriquée dans les autres, ce qui, selon les concepteurs du plan, devrait forcer les intéressés à coopérer. Dans la zone accordée à l'État juif, la population arabe constitue presque la moitié de la population et détient la plus grande partie des terres. Les Arabes s'opposent à ce partage qui les dépossède de ce qu'ils considèrent comme faisant partie de leur territoire national. Dès le lendemain du vote, la violence éclate entre les communautés.

   Dans les semaines qui suivent, les Arabes, profitant de l'éparpillement des installations juives dans le pays, mènent une guérilla contre les voies de communication. Les forces sionistes, refusant d'abandonner une quelconque position, sont contraintes à une défensive coûteuse en hommes. Les Britanniques organisent méthodiquement leur évacuation et limitent leurs interventions sur le terrain. Ils encouragent des négociations secrètes entre le mouvement sioniste et le roi Abdullah de Jordanie pour un partage à l'amiable de la Palestine : le futur État palestinien devant être annexé par son voisin arabe. Au mois d'avril 1948, les sionistes prennent l'offensive et chassent les populations arabes des régions littorales et d'une partie de la Galilée. Il s'agit surtout d'assurer la sécurité du futur État juif en cas d'interventions militaires des pays arabes. Ce premier exode de centaines de milliers de Palestiniens provoque ces interventions le 15 mai 1948, date de la fin du mandat et de la création de l'État d'Israël.

   Le 11 juin, l'O.N.U. impose une trêve temporaire. Le 8 juillet, les hostilités reprennent et les armées arabes sont défaites. À partir de l'été 1948, les troupes israéliennes procèdent à une action systématique d'expulsion des populations et de destruction de leurs sources de revenus. À l'automne 1948, les Israéliens achèvent la conquête de la Galilée et repoussent les Égyptiens dans le Sinaï, à l'exception de la bande de Gaza, qui passe sous leur administration. La guerre est officiellement terminée le 7 janvier 1949. La Cisjordanie est annexée par la Jordanie et le nombre de réfugiés palestiniens serait alors de l'ordre de 700 000 à 800 000. (guerres israélo-arabes.)

Le mouvement national palestinien

Jusqu'à l'occupation britannique

L'identité palestinienne moderne émerge dans la seconde moitié du XIXe s. La conscience d'appartenance régionale se fonde aussi bien sur la spécificité d'une Terre sainte musulmane et chrétienne que sur les transformations administratives en cours. La création d'un sandjak (département) de Jérusalem indépendant de Damas fait de Jérusalem la capitale administrative de la région tandis que les arrondissements du Nord dépendent de Beyrouth. Le terme « Palestine » redevient d'usage courant pour les Européens comme pour les Ottomans. Les grands notables des villes palestiniennes entrent au service de l'administration ottomane et font carrière un peu partout dans l'Empire. Ce sont des « ottomanistes », c'est-à-dire des partisans du maintien de l'Empire.

   Après la révolution jeune-turque de 1908, ces notables maintiennent leur engagement « ottomaniste » et servent le nouveau régime. Mais une jeunesse éduquée, issue des branches cadettes de familles de notables ou des classes moyennes, commence à demander des mesures de décentralisation administrative. L'autonomisme arabe proprement dit a peu d'écho en Palestine, sauf dans la région de Naplouse qui, dès avant la Première Guerre mondiale, est déjà une place forte du nationalisme arabe. En revanche, dès 1908, l'antisionisme devient la base de l'activité politique palestinienne, tous courants confondus.

   Durant la guerre, la jeunesse éduquée se rallie à la révolte arabe partie du Hedjaz tandis que les anciens ottomanistes se voient confirmés dans leurs positions de pouvoir par les conquérants britanniques. En 1918, les notables établissent des comités « islamo-chrétiens » dans les principales régions de la Palestine et fédèrent le mouvement en un congrès. Ils veulent une Palestine sous mandat international mais sans Foyer national juif. La personnalité la plus importante est Musa Kazim al-Husayni, alors maire de Jérusalem. Les jeunes cherchent au contraire à faire de la Palestine la « Syrie du Sud » appartenant à une grande Syrie, indépendante de la domination européenne. Ils militent dans le cadre de clubs politico-littéraires. Après l'échec du Royaume arabe de Damas en juillet 1920, ils reviennent en Palestine et élaborent un compromis politique avec leurs aînés. Le troisième congrès islamo-chrétien de Haïfa, qui se tient en décembre 1920, est l'acte de naissance définitif du nationalisme arabe palestinien : il se veut le représentant du « peuple arabe palestinien » qui rejette toutes les revendications sionistes et qui exige un « gouvernement national responsable devant une chambre des députés qu'éliraient les membres du peuple parlant la langue arabe et habitant en Palestine au début de la guerre ».

Sous le mandat britannique

H. Samuel oriente le développement politique de la Palestine vers la voie communautaire. Il permet au nouveau et jeune mufti de Jérusalem, Hadjdj Amin al-Husayni, de prendre le contrôle des institutions religieuses musulmanes, ce qui lui donne des moyens importants. Tout en coopérant avec les Britanniques et en leur assurant le calme public, Amin al-Husayni s'affirme comme le représentant d'un nationalisme palestinien radical. Ses adversaires, les « opposants », regroupés autour de la famille rivale des Nachachibi, se veulent des pragmatiques antisionistes, partisans d'une alliance durable avec la Grande-Bretagne. Cette rivalité de clans familiaux recoupe en partie des clivages entre différents programmes, régions et groupes sociaux. Les congrès arabes palestiniens des années 1920 établissent un « Exécutif arabe », dirigé par Musa Kazim al-Husayni, un vieillard respecté de tous. Son jeune cousin, Hadjdj Amin, tente progressivement de le supplanter. En 1934, à la mort de Musa Kazim, l'Exécutif palestinien est pratiquement dissous et les forces politiques palestiniennes se regroupent autour de partis politiques récemment créés. À côté des organisations de notables, on voit apparaître des groupes radicaux nationalistes arabes ou islamistes (groupe de al-Qassam, qui tente un soulèvement contre les Britanniques en 1935).

   Lors de la grève générale de 1936, l'ensemble des organisations politiques se regroupe autour du Haut-Comité arabe, dominé par les Husayni (le fils de Musa Kazim, Abd al-Qadir al-Husayni, devient un héros de la lutte contre les Britanniques). En 1937, au moment du premier plan de partage, les Nachachibi font scission et coopèrent avec les autorités mandataires tandis que les organisations proprement nationalistes sont interdites. Les Husayni choisissent la voie de la radicalisation et de l'exil. Le mufti se réfugie d'abord au Liban puis, en octobre 1939, en Iraq. La destruction de la classe politique palestinienne par les Britanniques fait des États arabes les partenaires de Londres dans la gestion du dossier palestinien.

   Hadjdj Amin participe à la lutte antibritannique durant la Seconde Guerre mondiale et se réfugie en Allemagne nazie à la fin de 1941. Il espère que Hitler fera de lui le chef de l'ensemble du monde arabe. En 1945, il se livre aux autorités françaises, qui le mettent en résidence surveillée tout en négociant avec lui. L'année suivante, il « s'évade » et s'établit en Égypte, où il reste en contact régulier avec les Français.

   La ligue des États arabes, fondée en 1945, reconnaît la Palestine comme l'un de ses membres. Elle tente d'organiser une représentation politique palestinienne en recréant le Haut-Comité arabe ; dès son retour en Égypte, le mufti en prend la direction. Néanmoins, l'évolution économique et sociale permet l'émergence de nouvelles forces comme celle des premiers groupes marxistes arabes et des syndicats ouvriers. Le Haut-Comité arabe se montre intransigeant dans les négociations d'après-guerre et les Nachachibi optent pour la fusion avec la Jordanie du roi Abdullah. En 1948, le mufti crée à Gaza un gouvernement de toute la Palestine pour essayer de constituer un État palestinien et s'opposer ainsi à l'annexion par la Jordanie. L'expérience avorte rapidement en raison des défaites militaires en Égypte, qui soutient le gouvernement. En 1949, l'O.N.U. refuse de reconnaître la représentativité de l'organisation du mufti et cesse de considérer les Palestiniens comme des acteurs politiques : ils ont désormais un statut de simples « réfugiés ».

Les Palestiniens après 1949

Les réfugiés de 1948 se trouvent regroupés dans des camps établis en Cisjordanie, dans la bande de Gaza, en Transjordanie, en Syrie et au Liban. L'Égypte refuse la constitution de camps sur son sol. La dispersion s'effectue en fonction des offensives israéliennes qui repoussent la population arabe vers les frontières. La constitution des camps se fait ensuite en fonction des origines géographiques. Les regroupements familiaux achèvent la formation d'ensembles cohérents sur la base d'agglomérations disparues de la Palestine mandataire. L'O.N.U. crée une institution spéciale, l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), chargée d'apporter une aide à ces derniers en attendant leur rapatriement prévu par des résolutions de l'Assemblée générale, régulièrement répétées pendant un certain nombre d'années. L'UNRWA s'occupe très tôt du « recasement » de ses administrés, mais il se révèle impossible, au siècle de l'exode rural et de la croissance démographique rapide (souvent plus de 3 % par an), d'opérer le retour de ces personnes majoritairement d'origine rurale.

   Les camps, installés le plus souvent à la périphérie des grandes agglomérations, deviennent ainsi des quartiers spécifiques de mégalopoles arabes en formation. L'UNRWA assure un minimum de rations alimentaires et de services sociaux, rendant ainsi l'utilisation de la main-d'œuvre réfugiée bon marché pour les pays hôtes. Sa plus grande réussite est une élévation considérable du niveau éducatif, en particulier des jeunes, correspondant à une forte demande sociale. La main-d'œuvre qualifiée, venant le plus souvent des villes littorales palestiniennes, émigre très tôt vers les pays du Golfe, dont elle est employée à bâtir les infrastructures. Dans les années 1960, elle est rejointe par des gens moins qualifiés. Les réfugiés sont généralement soumis à un strict contrôle policier de la part des pays hôtes.

   La bourgeoisie palestinienne réfugiée s'installe dans les grandes villes arabes et forme un milieu d'affaires particulièrement actif dans des pays comme le Liban ou la Jordanie. En Cisjordanie et dans la bande de Gaza, la société traditionnelle d'inspiration rurale conserve ses structures avec la prédominance des relations familiales et claniques, plus atténuées dans la population réfugiée. En Israël même, la communauté arabe se maintient grâce à sa croissance naturelle ; elle représente alors 14 à 16 % de la population totale de l'État, malgré l'importance de l'immigration juive. On lui accorde les droits politiques individuels tout en la soumettant jusqu'au milieu des années 1960 à la tutelle d'une administration militaire. Ses déplacements sont soumis à autorisation et l'État exerce des subterfuges juridiques pour la déposséder de ses terres. La conséquence de la politique suivie est l'absence d'exode rural et la transformation de villages en agglomérations de plusieurs milliers d'habitants. Les Israéliens fixent ainsi involontairement les Arabes palestiniens dans les campagnes.

L'O.L.P. et la résistance palestinienne

Le Haut-Comité arabe du mufti continue d'exercer un rôle politique jusqu'au début des années 1960, en particulier chez les réfugiés du Liban. Une fraction de l'ancienne classe politique palestinienne se rallie à la monarchie jordanienne ou se met au service des pays du Golfe. La relève se fait dans les années 1950 chez les étudiants issus de la bourgeoisie et non des camps. Ces nouveaux militants participent aux révolutions arabes de ces mêmes années.

   

À partir de 1958, la question palestinienne devient une arme politique dans la confrontation entre régimes arabes qui s'opposent sur la question de l'unité : reconnaître une identité palestinienne propre irait à l'encontre des projets de fusion des différentes parties du monde arabe. Néanmoins, les États arabes sentent la nécessité de canaliser la revendication montante des Palestiniens en constituant une « entité palestinienne ». Celle-ci, l'Organisation de libération de la Palestine (O.L.P.), est fondée en 1964 sous le contrôle de la ligue des États arabes. La première O.L.P. recrute essentiellement dans la bourgeoisie formée à l'époque du mandat britannique. Son programme de libération ne concerne ni la Cisjordanie, ni la bande de Gaza. Face à elle, la résistance armée est issue des cadres étudiants des années 1950. L'organisation la plus importante est le Fatah, fondé en 1957-1958 au Koweït, qui commence ses opérations armées en 1965. Progressivement, Yasir Arafat se distingue des autres fondateurs. À sa gauche se trouve une série d'organisations « progressistes » d'inspiration marxisante ; leur maître à penser est Georges Habache qui s'oriente d'abord vers un nationalisme arabe unitaire. Après 1967, des pays comme la Syrie et l'Iraq suscitent l'apparition d'organisations qui leur sont dévouées.

   Pendant la guerre des Six-Jours (juin 1967), Israël s'empare du reste de la Palestine mandataire et annexe la Jérusalem arabe et ses environs. L'occupation israélienne se veut « humaine », mais elle est, dès le début, répressive. Les tentatives d'implantations des organisations de résistance échouent rapidement en Cisjordanie, alors qu'il faut plusieurs années à l'armée israélienne pour parvenir à les éliminer de la bande de Gaza.

   

Dans les pays arabes, la résistance palestinienne devient le principal mouvement révolutionnaire arabe. Le Fatah prend le contrôle de l'O.L.P. en 1968 et Y. Arafat en devient le président en 1969. Très tôt apparaît la contradiction entre les intérêts des pays arabes désireux de récupérer leurs territoires perdus, quitte à faire la paix avec Israël, et les organisations armées dont le but est de libérer l'ensemble de la Palestine, qui se transformerait en un « État démocratique et laïque » où les Juifs non-sionistes auraient leur place. Cet antagonisme conduit aux événements sanglants du « septembre noir » de 1970 lorsque la monarchie jordanienne chasse de son territoire les organisations palestiniennes. Pour éviter la répétition d'un tel drame, le sommet arabe de Rabat en 1974 reconnaît l'O.L.P. comme « le seul et légitime représentant du peuple palestinien ». Le 22 novembre 1974, l'Assemblée générale de l'O.N.U. affirme le droit des Palestiniens à l'autodétermination, à la souveraineté et à l'indépendance nationales. L'O.L.P. est admise aux Nations unies en qualité d'observateur.

Le conflit libanais

La lutte armée se déplace au Liban, où la résistance fait alliance avec les forces « progressistes » locales et est à l'origine de la guerre civile qui dure de 1975 à 1990. De 1977 à 1982, l'O.L.P. constitue un « quasi-État » au Liban et y multiplie les services sociaux. Mais elle perd progressivement ses alliés locaux. Politiquement, les accords de Camp David de 1978 entre l'Égypte et Israël prévoient une autonomie de « personnes » et non de « territoires » pour les régions occupées en 1967. Cela signifie une simple gestion des affaires courantes et l'absence de souveraineté, en particulier sur les ressources naturelles. Afin de permettre l'application de ce règlement de la question palestinienne, Israël envahit le Liban en 1982 pour combattre directement l'O.L.P. et la présence palestinienne dans ce pays. De cette politique découlent les massacres de réfugiés palestiniens à Sabra et à Chatila (septembre 1982). De 1982 à 1991, la résistance reste présente au Liban, mais elle se laisse entraîner dans les différentes guerres libanaises. Les pertes humaines palestiniennes, surtout civiles, sont considérables. Depuis 1991, la « seconde République » libanaise limite strictement les activités palestiniennes et la population des camps, le plus souvent interdite de travail, se paupérise dramatiquement.

   Après le départ de Beyrouth en 1982, l'O.L.P. établit son siège politique à Tunis. Y. Arafat se montre disposé à participer à un règlement de paix débouchant sur la constitution d'un État palestinien à Gaza et en Cisjordanie à côté d'Israël. Ce programme va dans le sens inverse des chartes palestiniennes de 1964 et 1968, tout aussi bien dans son contenu territorial que dans son ambition politique. Il ne peut être réalisé que si les États-Unis, maîtres du jeu, acceptent l'O.L.P. comme interlocuteur et obligent les Israéliens à négocier avec celle-ci.

   Dans ce but, des tentatives pour constituer une délégation jordano-palestinienne ont lieu. Mais elles échouent, l'O.L.P. refusant d'abandonner la lutte armée, que les États-Unis assimilent au « terrorisme ». Ces tentatives provoquent des dissidences, encouragées et soutenues par la Syrie, qui débouchent sur une véritable guerre civile palestinienne au Liban (1983-1991).

L'Intifada et l'accord de Washington ou d'Oslo

L'O.L.P. réussit à recréer une identité palestinienne forte et à remettre la question palestinienne au centre du conflit israélo-arabe. Elle n'a jamais eu les moyens d'inquiéter réellement l'État hébreu. L'arrivée de la droite israélienne au pouvoir en 1977 accélère le processus de colonisation des territoires occupés. Les habitants sont dépossédés d'une grande partie de leurs terres. L'accroissement de la pression conduit au soulèvement palestinien de décembre 1987, l'Intifada, qui contribue à affaiblir la position internationale d'Israël. Sur le terrain, l'O.L.P. et les organisations islamistes se concurrencent pour prendre la direction du mouvement. Y. Arafat en profite pour faire un pas décisif en acceptant les conditions américaines (renoncement au terrorisme et reconnaissance de l'État d'Israël), tout en proclamant l'État de Palestine (novembre-décembre 1988). Le dialogue palestino-américain et la tentative de relancer le processus de paix se soldent néanmoins par un échec (1990). L'O.L.P. se range alors dans le camp favorable à l'Iraq dans la guerre du Golfe et sort très affaiblie du conflit.

   

Le processus de paix entre dans une nouvelle phase avec la conférence de Madrid, déplacée bientôt à Washington (octobre-décembre 1991). Les Palestiniens sont représentés au sein d'une délégation jordano-palestinienne, théoriquement indépendante de l'O.L.P. Il s'agit de « Palestiniens de l'intérieur », avec des personnalités comme Faysal al-Husayni, fils de Abd al-Qadir al-Husayni. Les négociations s'enlisent progressivement, mais le gouvernement israélien de Yitzhak Rabin et Shimon Peres accepte de traiter directement et clandestinement avec l'O.L.P. L'accord de Washington ou d'Oslo (septembre 1993) reprend un certain nombre de principes existant dans les différents plans de paix depuis Camp David, mais en y intégrant l'O.L.P. et la reconnaissance du « peuple palestinien ». Les extrémistes des deux camps, les islamistes chez les Palestiniens, l'extrême droite chez les Israéliens, tentent de s'y opposer par tous les moyens. Y. Rabin choisit une approche pragmatique tout en se faisant le défenseur des intérêts matériels israéliens. Dès le début, les retards pris dans les engagements mettent en danger la dynamique du processus. La mise en place de l'autonomie avec notamment les premiers retraits israéliens se révèle difficile (1994). Un nouvel élan est donné par l'accord dit « Oslo II », conclu en septembre 1995 : les Palestiniens pourront élire une « autorité nationale », mais celle-ci ne s'étend en réalité que sur un archipel de centres urbains sans véritables droits de souveraineté sur les ressources naturelles. Les concessions octroyées par Y. Rabin – essentiellement d'ordre symbolique – pouvant conduire à terme à la constitution d'un État sont insupportables pour une fraction de son opinion publique. Il est assassiné par un extrémiste juif le 4 novembre 1995.

Un processus de paix laborieux

Le successeur de Y. Rabin, S. Peres tient les engagements pris et veut relancer la dynamique de la paix, dans le cadre d'une véritable intégration d'Israël dans la région, aussi bien sur le plan économique que politique. Une succession d'attentats sanglants, organisés par les islamistes palestiniens, remet tout en cause, et il perd les élections de mai 1996. La droite revenue au pouvoir avec Benyamin Netanyahou met plusieurs mois à accepter la reprise des négociations. Sous la pression américaine, le mémorandum de Wye River (ou Wye Plantation) de 1998 énonce une nouvelle série d'étapes, mais leur application est immédiatement gelée par l'annonce de nouvelles élections israéliennes.

   L'Autorité nationale palestinienne (A.N.P.), créée en 1994, et le Conseil de l'autonomie palestinienne, constitué après les élections de 1996, sont dirigés par Y. Arafat, qui essaie par tous les moyens d'éviter une guerre civile avec les islamistes en s'appuyant sur une multiplicité de services de renseignements et de maintien de l'ordre. Inexorablement, Y. Arafat est contraint à multiplier les concessions face à Israël. L'opposition islamiste reprend le programme nationaliste de libération de l'ensemble de la Palestine, mais semble évoluer vers l'acceptation d'un État palestinien sur les seuls territoires occupés en 1967 (mais sans aucune colonisation juive).

   Initialement prévue le 4 mai 1999, la proclamation de l'État palestinien est retardée par l'Autorité nationale palestinienne afin de ne pas favoriser le candidat Netanyahou aux élections générales israéliennes. La victoire du travailliste Ehoud Barak fin mai entraîne une reprise des discussions entre Israéliens et Palestiniens, notamment sur l'application de l'accord de Wye River. Au terme de difficiles négociations, un accord est signé le 4 septembre à Charm el-Cheikh (Égypte) sur une version révisée de l'accord de Wye River.

   

Le nouveau calendrier prévoit le retrait en trois phases des militaires israéliens d'une nouvelle portion de territoire en Cisjordanie, la libération de prisonniers palestiniens, l'ouverture d'un passage entre la bande de Gaza et le sud de la Cisjordanie et la construction du nouveau port de Gaza. L'application de ces différents points est progressivement mise en route, mais les hésitations des négociateurs à s'engager de façon irrévocable retardent le démarrage des discussions sur le « statut définitif » des territoires palestiniens prévu par l'accord de Washington. La date butoir pour un accord définitif (13 septembre 2000) – avancée à l'automne 1999 – est d'ores et déjà caduque. Devant le blocage des négociations imputé aux Israéliens, le conseil central de l'O.L.P. menace une nouvelle fois de proclamer unilatéralement, le 13 septembre 2000, l'État de Palestine avec Jérusalem-Est pour capitale.

L'échec d'un règlement de paix définitif et la reprise de l'Intifada

Un sommet israélo-palestinien est convoqué en urgence à Camp David par les États-Unis qui veulent tenter d'arracher un compromis historique aux deux parties (juillet 2000). Son échec conduit à l'embrasement des territoires palestiniens, déclenché par la visite d'Ariel Sharon, chef du Likoud, sur l'esplanade des Mosquées (le mont du Temple, pour les Juifs) à Jérusalem, le 28 septembre, suivie, le lendemain, de la répression sanglante de manifestants palestiniens par l'armée israélienne. Cette seconde Intifada (dite Intifada al-Aqsa), fruit des nombreuses frustrations accumulées par les Palestiniens depuis le début des négociations israélo-palestiniennes initiées il y a près de dix ans, menace d'enterrer le processus de Washington. En effet, les deux camps, en sabotant systématiquement les tentatives de reprise des discussions, s'installent progressivement dans une logique d'affrontements, alors qu'un sentiment d'impuissance gagne la communauté internationale, les États-unis en tête, qui tarde à réagir. Seule initiative notable, une commission internationale d'« établissement des faits » (dite commission Mitchell), chargée de déterminer l'origine des violences et de proposer des remèdes, est mise en place en décembre 2000. Ses conclusions, rendues publiques en mai 2001 et aussitôt approuvées par les deux camps – qui en font cependant une lecture différente –, ne seront finalement pas mises en œuvre.

   En 2001, on assiste à une nette radicalisation des deux camps et à l'installation du conflit dans la durée. Après les attentats du 11 septembre, le contexte international n'est guère favorable à une reprise du dialogue israélo-palestinien. En effet, les États-Unis laissent A. Sharon à peu près libre d'agir à sa guise, au nom du combat planétaire contre le terrorisme, tout en réaffirmant la nécessité d'un accord de paix fondé sur la coexistence de deux États, l'un israélien, l'autre palestinien, et en refusant de mettre Y. Arafat « hors jeu », comme l'aurait souhaité le Premier ministre israélien. Prise dans ses propres contradictions, l'administration Bush ne cesse d'atermoyer alors que les cycles de la violence « attentat-répression » s'enchaînent : mitraillages de colonies juives, tirs de mortiers et attentats-suicides, côté palestinien ; raids aériens, assassinats ciblés de responsables d'organisations palestiniennes « terroristes », multiplication des incursions dans les territoires, opérations de représailles et destructions massives dans des camps palestiniens (Djenin, avril 2002), côté israélien.

   Le bilan humain est très lourd – plus de 2 800 morts fin 2002, plus de 4 000 fin 2004, dont presque les trois quarts sont palestiniens –, des milliers de blessés et deux sociétés traumatisées. De même que les Israéliens, inquiets pour leur sécurité, se rassemblent autour d'A. Sharon, les Palestiniens connaissent également un réflexe d'union sacrée, les nationalistes du Fatah collaborant avec les islamistes du Hamas, et Y. Arafat, reclus presque sans interruption à Ramallah depuis décembre 2001, retrouvant une nouvelle légitimité. Ce dernier se résout à aborder la refonte des institutions de l'Autorité nationale palestinienne, sujet longtemps reporté. Il évoque également l'organisation prochaine d'élections. Cette initiative vise à la fois à prévenir les critiques (notamment sur la centralisation excessive des pouvoirs, l'inertie et la corruption) qui ne tarderont pas à renaître au sein de son propre camp et à répondre aux attentes de la communauté internationale, qui ne cesse d'exercer des pressions dans ce sens.

La « feuille de route »

Après la guerre contre l'Iraq au printemps 2003, une nouvelle tentative de paix – la « feuille de route » – est lancée à l'initiative du Quartet (États-Unis, Russie, O.N.U., Union européenne). Elle propose un plan par étapes devant déboucher sur la constitution d'un État palestinien et le règlement définitif et général du conflit israélo-palestinien d'ici à 2005. Le contenu territorial de ce règlement n'est pas fixé. Le texte est publié le 30 avril 2003. L'Autorité nationale palestinienne accepte la feuille de route dans son intégralité, tandis qu'Israël énonce une série de conditions pour son application (25 mai 2003).

   Soutenu par les États-Unis, le gouvernement de Mahmud Abbas négocie une trêve avec les mouvements armés, en premier lieu islamistes. Elle est conclue le 29 juin 2003 pour trois mois, les mouvements armés exigeant la fin de tout acte de violence de la part des Israéliens et la libération des prisonniers. Ne se considérant pas engagé par cette trêve, le cabinet Sharon demande, avant toute autre mesure, le désarmement des mouvements armés et n'accepte que des libérations très partielles de prisonniers. Le cycle de la violence se poursuit et les attentats reprennent.

   M. Abbas, qui n'a pas réussi à prendre le contrôle des forces de sécurité palestiniennes au détriment d'Arafat et qui apparaît aux yeux des Palestiniens comme un « collaborateur » des Américains, est contraint de démissionner (septembre 2003). Il est remplacé par Ahmad Quray, président du Conseil législatif palestinien et principal négociateur de Washington. Cependant, A. Quray ne parvient, pas plus que son prédécesseur, à prendre à Y. Arafat le contrôle des forces de sécurité. Il tente de négocier une nouvelle trêve avec les islamistes. Échouant à son tour, il entre en conflit périodique avec Y. Arafat sur la question des services de sécurité et sur le contrôle des finances, mais il ne démissionne pas. La demande de réformes est tout aussi bien le produit d'une forte demande intérieure que des pressions extérieures, en particulier des bailleurs de fonds occidentaux. L'impasse demeure en raison du refus israélien et américain de négocier avec Y. Arafat, considéré comme un partenaire non fiable, et du refus de ce dernier de se voir dépossédé de ses pouvoirs.

   Parallèlement aux tentatives de solution diplomatique, le gouvernement israélien s'est lancé, en juin 2002, dans la construction d'un « mur de sécurité », destiné à être impénétrable. Initialement prévu sur 350 km, l'ouvrage empiète sur la Cisjordanie, intégrant plusieurs colonies israéliennes et entraînant de nouvelles confiscations de terres palestiniennes et des destructions de cultures. L'affaire est portée devant la Cour internationale de justice, qui donne un avis « historique » le 9 juillet 2004 : les territoires pris par les Israéliens en juin 1967 sont bien juridiquement « occupés », et donc s'y appliquent les conventions de Genève, ce qui implique l'interdiction de toute modification du peuplement. En conséquence, la colonisation et la construction du mur sont illégales. Lors de l'accord de Washington, Israël a reconnu l'existence du peuple palestinien et donc celle de son droit à l'autodétermination. En définissant l'espace où doit s'exercer l'autodétermination du peuple palestinien, la Cour donne aussi, pour la première fois, une définition juridique du territoire israélien. A. Sharon s'en tient pourtant à son projet d'évacuation unilatérale de la bande de Gaza qui deviendrait une enclave hermétiquement close, tandis que la colonisation de la Cisjordanie serait intensifiée. Les États-Unis l'approuvent en avril 2004, à condition d'inscrire ce plan dans la « feuille de route ». Mais la droite israélienne et les colons mènent une vigoureuse campagne contre le principe même d'une quelconque évacuation.

   La mort de Y. Arafat, le 11 novembre 2004, modifie les données politiques immédiates. M. Abbas assure l'intérim et se fait investir comme candidat du Fatah à la nouvelle élection présidentielle. Axant sa campagne sur le thème de la fidélité à l'héritage d'Arafat, il se fixe trois objectifs principaux : la renonciation à la lutte armée, l'amélioration des conditions de vie des Palestiniens. L'élection, organisée dans le délai de quarante jours prévu par la Loi fondamentale, a lieu le 9 janvier 2005. M. Abbas est élu devant l'indépendant Mustafa Barghuti (19,80 %) et cinq autres candidats. Soutenu par la communauté internationale, M. Abbas apparaît comme un partenaire fiable pour la reprise du processus de paix.

La montée du Hamas

Les élections municipales partielles de mai 2005 marquent une très forte progression du Hamas, dont les candidats bénéficient d'une réputation d'intégrité. Ce dernier rejette les propositions de participer à un gouvernement d'union nationale. À partir de juillet , la violence reprend entre Palestiniens et Israéliens. M. Abbas ne réussit pas à imposer son autorité sur les différentes factions armées du Fatah. Le désordre devient permanent dans la bande de Gaza. Au mois d'août, A. Sharon réussit à imposer, malgré la résistance des colons, le retrait unilatéral de la bande de Gaza. N'étant pas négocié, ce dernier apparaît davantage comme une victoire de la lutte armée que du processus de paix, qui demeure au point mort en raison de l'absence de véritable volonté de la part du Quartet – États-Unis, Russie, O.N.U., Union européenne – de concrétiser la feuille de route. La priorité est, en effet, accordée au soutien à A. Sharon pour les prochaines élections israéliennes fixées au 28 mars 2006. De même, si les bailleurs internationaux augmentent l'aide apportée à l'Autorité nationale palestinienne, les exigences de bonne gestion impliquent une réduction du nombre de fonctionnaires. Ainsi la première année du mandat de M. Abbas n'apporte pas une réelle amélioration de la situation matérielle de la population et aucun progrès vers une solution politique satisfaisante. Les élections législatives du 25 janvier 2006 (initialement prévues pour le 17 juillet 2005 et finalement reportées « pour des raisons techniques ») sont remportées par le Hamas qui obtient la majorité des sièges au Conseil législatif (74 sur 132) devant le Fatah (45 sièges), demeuré incapable de se réformer. Les petites formations se partagent 9 sièges, auxquels s'ajoutent 4 députés indépendants.

La division politique des territoires palestiniens

Le 29 mars 2006, le nouveau gouvernement, sous la direction d'Ismaïl Haniyah (ou Ismaël Haniyeh) – tête de la liste « nationale » du Hamas aux élections et ex-secrétaire particulier d'Ahmad Yassine – prend ses fonctions. Il est aussitôt confronté à deux difficultés. Sur le plan international, la suspension par Israël des reversements des taxes et des droits de douane au profit de l'Autorité palestinienne ; la suspension par l'Union européenne et les États-Unis de leurs aides directes à l'Autorité palestinienne tant que le Mouvement de la résistance islamique n'aura pas répondu aux trois conditions suivantes : renonciation à la violence, reconnaissance d'Israël, respect des accords d'Oslo. La principale victime est la population palestinienne qui ne reçoit plus qu'une « aide humanitaire », mesurée chichement par rapport à ses besoins. Déclenchés par une lutte de pouvoir pour le contrôle des services de sécurité (en majorité tenus par le Fatah), les heurts se multiplient entre militants du Fatah et du Hamas.

   Par ailleurs, la violence continue entre Palestiniens et Israéliens. Le 25 juin, l'enlèvement du caporal Gilad Shalit par des groupes armés palestiniens provoque, en représailles, l'opération « Pluies d'été » – une série d'offensives militaires israéliennes d'envergure entraînant des destructions considérables d'infrastructures civiles et de lourdes pertes humaines (8 Israéliens et 595 Palestiniens tués lors du second semestre 2006). Après des affrontements meurtriers entre militants du Fatah et du Hamas en décembre 2006 et janvier 2007, l'Arabie saoudite impose sa médiation. L'accord de La Mecque du 8 février 2007 permet la création d'un nouveau gouvernement d'unité nationale, dirigé par I. Haniyah.

   La légitimité de ce dernier est aussitôt rejetée par Israël et les États-Unis. Le 15 mars, après de difficiles tractations sur la direction du ministère de l'Intérieur responsable des forces de sécurité, le gouvernement d'unité nationale est définitivement composé (12 Hamas, 6 Fatah, 7 indépendants). Il s'engage à respecter les accords signés par l'O.L.P. qui aura pour mandat de poursuivre les négociations. Mais les affrontements interpalestiniens reprennent dès la seconde quinzaine de mars. En avril, la trêve précaire entre l'armée israélienne et les activistes palestiniens n'est plus respectée par les deux parties. L'engrenage fatal entre attaques et représailles est de nouveau à l'œuvre.

   Dans la seconde quinzaine de mai, les heurts entre Palestiniens font plusieurs dizaines de victimes tandis qu'Israël lance une nouvelle campagne d'assassinats et d'arrestations de responsables du Hamas. Le 14 juin 2007, le Hamas s'empare de la totalité de la bande de Gaza en liquidant les milices affiliées au Fatah. Dès lors, la bande de Gaza se trouve sous embargo international, légèrement atténué par le passage d'une aide humanitaire d'urgence. M. Abbas proclame l'état d'urgence, limoge le gouvernement d'union nationale et charge Salam Fayyad de former un nouveau gouvernement dont l'autorité réelle ne s'étend qu'à la Cisjordanie. Le gouvernement Haniyah se concentre sur les questions de sécurité et le rétablissement de l'ordre public, mais une bonne part de l'administration cesse de fonctionner. L'Union européenne décide la normalisation immédiate de ses relations avec l'Autorité nationale palestinienne et rétablit son aide directe mais la vie économique reste largement paralysée par le maintien des barrages israéliens.

   L'administration Bush et le Quartet lancent une nouvelle initiative politique avec la réunion d'une conférence internationale à Annapolis à la fin de novembre 2007. Les parties s'y engagent à appliquer la « feuille de route » et à entamer des négociations finales. Une conférence internationale des donateurs au mois de décembre promet un financement de plusieurs milliards de dollars en faveur de l'Autorité nationale palestinienne.

   En représailles aux tirs de roquettes tirés par le Hamas depuis sa prise de contrôle de la bande de Gaza, Israël impose un blocus sévère aux Gazaouis. Du 23 janvier au 3 février 2008, des dizaines de milliers d'entre eux profitent de l'ouverture par le Hamas du mur qui sépare la bande de Gaza de l'Égypte pour se ravitailler. Un accord de cessez-le-feu, forgé sous l'égide de l'Égypte et conclu entre le Hamas et Israël, entre en vigueur dans la bande de Gaza le 19 juin 2008 pour une durée de six mois. Mais la trêve est rompue au mois de novembre par une incursion de Tsahal pour détruire un tunnel, suivie de la reprise des tirs de roquette par le Hamas en riposte à la mort de six de ses combattants. Le 19 décembre 2008, le jour de l'expiration du cessez-le-feu conclu en juin, la branche armée du Hamas – les Brigades Ezzedine al-Qassam – annonce la fin de la trêve avec Israël. L'État hébreu lance, le 27 décembre, l'opération « Plomb durci », une attaque aérienne surprise contre le Hamas relayée, à partir du 3 janvier 2009, par une offensive terrestre d'envergure. Lors de l'annonce par Israël de la fin de l'opération, le 18 janvier, les deux parties revendiquent chacune la victoire. Le bilan, très lourd, s'élève à 1 387 morts côté palestinien (parmi eux, 320 mineurs et 109 femmes), 5 450 blessés et des dégâts matériels considérables ; côté israélien, 13 morts et 160 blessés.

   En dépit de la persistance d'antagonismes profonds, le Hamas et le Fatah reprennent le dialogue fin février 2009 et tentent, sous la médiation de l'Égypte, de se réconcilier dans le but de former un gouvernement d'union. Le 19 mai, un nouveau gouvernement, dirigé par S. Fayyad, l'ex-Premier ministre démissionnaire, prête serment. Il comprend vingt-trois ministres dont dix appartiennent au Fatah. Aucun membre du Hamas ne participe au nouveau cabinet, qualifié d'« illégal ».

Repères d'actualité

4-10 août 2009 : lors de son VIe Congrès organisé à Bethléem, en Cisjordanie, les 2 300 délégués du Fatah, sont appelés à renouveler 18 des 23 sièges du Comité central ainsi que 80 des 120 sièges du Conseil révolutionnaire. L'entrée de la « jeune génération » des Palestiniens « de l'intérieur » – qui, avec 14 sièges au Comité central évince la « vieille garde » historique toujours en exil –, et celle de plusieurs figures emblématiques du Fatah, notamment Marwan Barghuti, secrétaire général du parti pour la Cisjordanie, emprisonné à perpétuité en Israël depuis 2002, renforce la position de M. Abbas face à Israël ainsi qu'à la tête du Fatah, où il est réélu pour cinq ans.

20 novembre 2009 : M. Abbas confirme à la fois le report des élections présidentielle et législatives dont la date était arrêtée au 24 janvier 2010, faute de coopération du Hamas, et sa décision (annoncée le 5) de ne pas briguer un second mandat.

Plan de l'article
À voir aussi dans Larousse
Médias
  • Affrontements israélo-palestiniens, Gaza, 2000
  • Conseil national de l'O.L.P., Alger, 1988
  • L'accord de Washington, 1993
  • L'accord de Washington, 1993
  • L'Intifada
  • Lac de Tibériade
  • Madeleine Albright et Yasir Arafat
  • Mahmud Abbas
  • Yasir Arafat
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