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Omeyyades ou Umayyades

Expansion de l'islam au temps des Omeyyades
Expansion de l'islam au temps des Omeyyades

Dynastie de califes arabes qui a régné sur l’ensemble de l’Empire musulman (califat omeyyade, 661-750), depuis sa capitale Damas (aujourd’hui en Syrie), puis dans la seule péninsule Ibérique avec l’émirat de Cordoue (756-1031, érigé en califat rival des Abbassides en 929).

HISTOIRE

1. La conquête du pouvoir

Les Omeyyades appartiennent à l'ancienne oligarchie de La Mecque, qui a obtenu le pouvoir avec la nomination du troisième calife, Uthman ibn Affan (644-656), le seul membre de cette aristocratie à avoir rallié Mahomet au début de sa prédication.

À la suite de l'assassinat de Uthman en juin 656 par des mutins de l'armée d'Égypte, la famille des Umaiyya accuse, pour conserver le pouvoir, le quatrième calife, Ali (656-661), de complicité dans ce meurtre.

Très vite, une forte opposition se dessine contre le calife, mettant en cause sa légitimité. Elle se groupe essentiellement autour de Muawiya, neveu de Uthman, qui exige, selon la vieille coutume arabe, la vengeance du meurtre de son oncle. Gouverneur de Syrie depuis le califat de Umar, Muawiya dispose d'une excellente armée, rompue à la discipline et à l'art militaire au cours des escarmouches de frontières contre les Byzantins chrétiens. Fort de cet instrument, il refuse de céder son poste au nouveau gouverneur nommé par Ali.

Et, en 657, il rencontre les troupes de Ali en Syrie, non loin des ruines de la ville romaine de Siffin. Bien que battu, il parvient à sauver la situation : acculés à la défaite, ses soldats élèvent le Coran à la pointe de leurs lances en criant : « Que Dieu en décide ! » Ce subterfuge convainc, et Ali est contraint, par le parti pieux du camp, d'accepter cet arbitrage qui met en cause sa légitimité. Cela amène la défection d'un groupe important de ses adeptes, les kharidjites (« ceux qui sortent »). La position de Ali s'affaiblit davantage en 659, lorsque les arbitres désignés par les deux partis rendent un verdict qui implique son abdication. Quelques mois plus tard, Muawiya réussit à s'emparer de la province d'Égypte et renforce sa position. En 661, Ali est assassiné par un kharidjite. Son fils Hasan renonce à ses droits au profit de Muawiya, qui étend alors son pouvoir sur tout l'Empire et fonde la dynastie des Omeyyades.

Califes omeyyades de Damas

Règne

Calife

661-680

Muawiya

680-683

Yazid

683-684

Muawiya II

684-685

Marwan

685-705

Abd al-Malik

705-715

Walid

715-717

Sulayman Ier

717-720

Umar II

720-724

Yazid II

724-743

Hicham

743-744

Walid II

744-750

Marwan II

2. Le califat omeyyade de Damas (661-750)

2.1. L’organisation de l’Empire omeyyade

Gouvernement et administration au début des Omeyyades

À l'avènement de Muawiya, l'Empire musulman souffre d'instabilité et de manque d'unité. Cette situation découle essentiellement de la décentralisation de l'administration, ainsi que de la recrudescence du désordre et de l'anarchie parmi les nomades. Pour assurer la cohésion de l'Empire, le nouveau calife substitue à la théocratie islamique un État arabe séculier, fondé sur la caste dirigeante arabe. Certes, le facteur religieux reste important, et Muawiya sait admirablement l'exploiter au cours de ses multiples campagnes contre les Byzantins, qui lui permettent de se poser en champion de l'islam. Mais il fonde ses rapports avec la population non pas sur le lien religieux, mais sur un nouveau lien moral, en s'appuyant sur la fidélité de la nation envers son chef séculier. Toutefois, sa souveraineté n'est ni religieuse ni monarchique et relève plutôt du régime des cheikhs préislamiques avec une autorité plus étendue.

Muawiya gouverne avec la Chura, ou Conseil des cheikhs, qui remplit à la fois des fonctions consultatives et exécutives. La Chura s'appuie sur les Wufud, ou délégations de tribus qui constituent la base du libre consentement et du loyalisme des Arabes. Les provinces sont dirigées par des gouverneurs, qui exercent l'autorité au nom du calife. Muawiya conserve la vieille machine administrative des Perses et des Byzantins, dont le personnel et la procédure demeurent intacts. Lui-même emploie un secrétaire syrien de religion chrétienne.

Muawiya parvient aussi à résoudre la question de la succession califale pour assurer la stabilité de l'Empire et maintenir le pouvoir dans sa propre famille. Avec beaucoup de tact, d'habileté et de diplomatie, il désigne, pour lui succéder, son fils Yazid, inaugurant ainsi dans l'Empire musulman la méthode de succession héréditaire.

Yazid succède à son père en 680. Il hérite d'un Empire stable et d'une autorité qui s'exerce, grâce aux conquêtes de Muawiya, à l'est jusqu'en Asie centrale et à l'ouest jusqu'en Afrique du Nord.

Cependant, l'Empire comporte certains points faibles qui peuvent, en se conjuguant, le mettre en péril. Le principal danger provient des Alides (partisans de Ali), qui, en 681, fomentent en Iraq – la province la plus turbulente de l'Orient – un mouvement, qui se solde par un échec. En 683, Muawiya II succède à Yazid, mais son règne ne dure que six mois. À sa mort, le pouvoir des Omeyyades est de nouveau contesté. Une guerre civile éclate en Syrie entre les tribus arabes. Ce conflit se termine par la victoire des Omeyyades à la bataille de Mardj Rahit en 684. Marwan (684-685), membre d'une autre branche des Omeyyades, est proclamé calife. Avant sa mort, il réussit à désigner, pour lui succéder, son fils Abd al-Malik (685-705). Celui-ci parvient à restaurer l'unité de l'Empire et l'autorité du gouvernement.

Organisation sociale
Les assises sociales du régime omeyyade

L'Empire omeyyade reste dominé par des Arabes constitués en caste sociale héréditaire. Cette aristocratie jouit de privilèges exorbitants. Elle ne paie pas d'impôt foncier, mais seulement une dîme religieuse personnelle. Elle constitue la majorité des guerriers et reçoit, outre les pensions mensuelles et annuelles, de nombreuses indemnités, provenant du butin des conquêtes. Au surplus, elle continue à acquérir des terres par achat à des propriétaires non arabes ou par concession reçue du gouvernement. Les immenses domaines hérités des Perses et des Byzantins lui sont concédés par les califes sous forme de qatai, ou fermages. Les fermiers sont tenus de cultiver la terre pendant une certaine période et de percevoir les impôts pour le compte du gouvernement. Les qatai ne tardent pas à se transformer en propriétés privées, qu'on peut acheter et revendre. Les propriétaires ne résident pas dans leurs domaines, dont ils confient l'exploitation à des fermiers autochtones ou à de la main-d'œuvre semi-servile.

Les mawali ou musulmans non arabes

L'aristocratie arabe qui domine l'Empire, constitue, dans les provinces conquises, une minorité de privilégiés, répartis en soldats, en fonctionnaires et en colons. Elle ne tarde pas à soulever le mécontentement de la population, et particulièrement celui de la classe des mawali, c'est-à-dire des musulmans non arabes (des convertis des territoires conquis) et aussi des Arabes qui n'appartiennent pas à la caste dirigeante.

Bien que tenus pour inférieurs dans le système omeyyade, les mawali partent du principe selon lequel tous les musulmans doivent exiger l'égalité dans le domaine économique et social. Une telle égalité entraînerait une diminution des revenus de l'État et une augmentation de ses dépenses. Autrement dit, elle toucherait directement aux intérêts de l'aristocratie arabe.

Aussi, loin de répondre à cette revendication, le calife Abd al-Malik adopte-t-il à l'égard des mawali une attitude hostile, qui consiste à réduire leur pression en les chassant des villes vers les campagnes. Bien plus, pour éviter une diminution des revenus du Trésor, il décourage la conversion à l'islam des dhimmis (adeptes des religions tolérées par l'État contre paiement d'un impôt plus élevé). En dépit de cette mesure, le nombre des mawali augmente considérablement. Dans les villes, ces derniers s'imposent par l'importance qu'ils jouent dans la vie économique comme ouvriers, boutiquiers, artisans et marchands au service de l'aristocratie. Leur hostilité à l'égard de la caste dirigeante n'est pas d'ordre racial ou national ; elle relève plutôt de considérations économiques et sociales. C'est ainsi que les Arabes pauvres d'Iraq et de Bahreïn se confondent avec les mawali, tandis que beaucoup de membres de la vieille noblesse terrienne de l'Iran s'accommodent du régime omeyyade, qu’ils considèrent tolérable.

Les mawali ne tardent pas à trouver à leur mécontentement une expression religieuse. À une époque où l'islam orthodoxe constitue l'idéologie officielle du régime, ils marquent leur opposition aux Omeyyades en adhérant au chiisme, mouvement qui soutient les prétentions au califat des descendants de Ali.

C'est sous la bannière du chiisme que les mawali se révoltent en 685. La révolte est écrasée dans le sang en 687, mais le mouvement reste vivace en Iran et en Iraq ; recrutant ses adeptes essentiellement dans les milieux pauvres, il constitue un élément de troubles et de difficultés pour les Omeyyades.

Les Omeyyades et les tribus arabes

Les Omeyyades sunnites ne peuvent pas compter, pour affronter ce danger, sur l'appui unanime des tribus arabes. Bien au contraire, le sens tribal d'indépendance demeure vivace parmi les nomades et contribue à miner l'autorité de la dynastie. Le kharidjisme est l'expression religieuse de l'insubordination des nomades. Les adeptes de ce mouvement ne reconnaissent pas d'autre autorité que celle d'un calife de leur choix, qui doit être le meilleur et le plus pieux des musulmans. À la mort de Yazid, en 683, ils fomentent en Iraq une révolte, qui se solde par un échec. Mais ce ne sont pas les mouvements chiite et kharidjite qui inquiètent le plus le régime omeyyade.

La faiblesse du califat réside essentiellement dans les dissensions entre tribus arabes, restées, comme avant l'islam, divisées en deux grands groupes antagonistes : celui du Nord et celui du Sud. Cette division traditionnelle se double d'un conflit d'intérêts opposant les Arabes du Sud, infiltrés avant les conquêtes en Syrie et en Iraq, aux Arabes du Nord, venus avec les armées de l'islam.

Les Omeyyades jouent d'abord un rôle d'arbitres entre les tribus. Mais, en 683, ils sortent de leur neutralité pour combattre avec l'aide d'une tribu du Sud (celle des Kalb), l'une des principales tribus du Nord (celle des Qays), qui refuse de reconnaître le successeur de Yazid. Par la suite, ils s'appuient, selon la situation, sur l'un ou l'autre clan, faisant ainsi du califat un parti associé à un conflit tribal.

2.2. L’évolution de l’Empire

Les réformes administratives sous Abd al-Malik

Le calife Abd al-Malik parvient à s'imposer à toutes les tribus. Il consolide son autorité en procédant à une plus grande centralisation. Il substitue aux anciens systèmes administratifs byzantins et persans un nouveau système impérial, dont la langue officielle devient l'arabe. En 696, il institue une monnaie arabe, qui vient remplacer les monnaies de types byzantin et persan. À sa mort, en 705, l'Empire musulman paraît paisible et puissant, mais les principaux problèmes ne sont pas pour autant résolus.

La reprise des conquêtes

Sous le règne de Walid (705-715), les conquêtes sont reprises, et l'Empire s'étend du Sind (dans l'actuel Pakistan) à la péninsule Ibérique.

Le successeur de Walid, Sulayman Ier (715-717), lance contre Constantinople – capitale chrétienne de l’Empire byzantin – une grande expédition, qui se solde par un échec. La destruction de la flotte et de l'armée de Syrie sous les murs de Constantinople prive le régime d'un appui d'autant plus nécessaire que les frais d'équipement et d'entretien de la campagne, en aggravant l'oppression fiscale et financière, raniment les vieilles oppositions.

Umar ibn Abd al-Aziz, calife de la réconciliation

Pour sauver la dynastie Omeyyade, le calife Umar ibn Abd al-Aziz (dit Umar II, 717-720) s'engage dans une entreprise de réconciliation. Réputé par sa piété et sa probité, il parvient à s'imposer à tous les partis. Il institue le principe d'égalité devant l'impôt de tous les musulmans. Par cette mesure, il pacifie les mawali, qui obtiennent également le droit de s'établir dans les villes de garnison. En contrepartie, il aggrave le régime des dhimmis, qui, outre leur exclusion de l'administration, se voient plus rigoureusement soumis aux servitudes sociales et financières qui leur sont imposées par la loi. Cette politique se traduit par une augmentation des dépenses, une diminution des recettes et aussi des désordres dans l'administration, provoqués par le départ des dhimmis.

La réforme fiscale sous Hicham

Aussi, à la mort de Umar II, ses successeurs Yazid II (720-724) et surtout Hicham (724-743) se trouvent-ils dans l'obligation d'élaborer un nouveau système fiscal, qui survivra avec quelques modifications au régime omeyyade. Pour maintenir le kharadj, impôt foncier auquel les musulmans ne sont pas (en principe) soumis, l'ordre nouveau se fonde sur la fiction selon laquelle le kharadj frappe la terre et non le propriétaire. Des surintendants des finances sont chargés, aux côtés des gouverneurs de provinces, d'établir la nouvelle assiette d'impôt.

2.3. La chute des Omeyyades

En aggravant l'oppression fiscale, ces réformes raniment une fois de plus les vieilles oppositions, que la politique de Umar II avait apaisées. La conjugaison des oppositions tribale, kharidjite et chiite finit, au milieu du viiie s., par venir à bout des Omeyyades. Malgré son habileté, le dernier des Omeyyades, Marwan II (744-750), se trouve incapable de sauver la dynastie.

Le coup de grâce est donné par le parti des Hachimiyya, secte d'origine chiite, dirigée à partir de 716 par Muhammad ibn Ali ibn al-Abbas (descendant d'un oncle du Prophète), puis, respectivement, par ses deux enfants Ibrahim et Abu al-Abbas. S’appuyant sur les mawali iraniens, auprès desquels un agitateur chiite, Abu Muslim, persan lui-même et lieutenant d'Ibrahim, rencontre un immense succès, le mouvement des Hachimiyya parvient à s'emparer du Khorasan en 747-748 et s'engage dans une lutte ouverte contre les Omeyyades. En 749, les troupes des Omeyyades sont écrasées à la bataille du Grand Zab. Abu al-Abbas, qui succède à son frère Ibrahim à la tête du parti des Hachimiyya, est proclamé calife en 750 et inaugure le règne des Abbassides.

3. Les Omeyyades d'Espagne (756-1031)

Échappant aux massacres, un petit-fils du calife Hicham, Abd al-Rahman, s'enfuit au Maghreb, puis débarque dans la péninsule Ibérique ; il prend Cordoue (756) et fonde un émirat indépendant.

Un de ses successeurs, Abd al-Rahman III (912-961) achève la pacification de l'Andalousie (Al-Andalus), soumet les chefs arabes et berbères ; en 929, il prend le titre de calife, marquant ainsi sa totale indépendance à l'égard des califes abbassides de Bagdad.

Abd al-Rahman III fait du califat de Cordoue le centre d'un riche État musulman. Le xe siècle voit la conquête de Saint-Jacques-de-Compostelle (997) et l'apogée de cette brillante civilisation. Cordoue rivalise alors en richesses et en éclat intellectuel avec la Bagdad musulmane et la Constantinople chrétienne. Le califat de Cordoue disparaît en 1031 avec la déposition de Hicham III.

BEAUX-ARTS

L'art islamique est né en Syrie et en Palestine à l'époque des califes omeyyades (islam). La conquête arabe ne détruit pas les ateliers qui travaillaient dans ces pays, et rien, tout d'abord, n'est changé à leur activité : les objets manufacturés de la première moitié du viiie s. ne se distinguent que difficilement de ceux des vie et viie s. Ce n'est que lentement qu'ils acquièrent leur caractéristique.

Si, d'une manière générale, tous les éléments que nous rencontrons dans l'art omeyyade sont déjà connus, la façon dont ils sont utilisés est entièrement nouvelle. Ainsi, par le choix et par la juxtaposition d'éléments se constitue le premier art musulman.

Architecture omeyyade

Les édifices religieux

Nous connaissons mal les deux premières mosquées dignes de ce nom, celle de Basra (Bassora, 665) et celle de Kufa (670), qui ont disparu, mais il semble qu'elles n'aient pas présenté d'innovations sensibles : la seconde a dû être influencée par les apadanas achéménides, et il est vraisemblable qu'elle a influencé à son tour les monuments postérieurs, agissant sur le plan et les procédés architecturaux inspirés entre-temps par la mosquée de Damas.

La plus ancienne œuvre musulmane que l'on peut encore admirer, la Coupole du Rocher (Qubbat al-Sakhra), mise en chantier en 688 sur l'emplacement du Temple de Jérusalem, est entièrement antique par son plan et son décor de mosaïques. Construite pour célébrer la gloire de l'islam et permettre le pèlerinage à un lieu saint, elle demeure une construction sans pareille dans le monde de l'islam.

C'est pour la mosquée des Omeyyades de Damas (705) que les formules antérieures (celles des palais byzantins et des basiliques) sont adaptées pour la première fois aux besoins canoniques. Sa cour antérieure entourée de portiques, sa salle à trois nefs parallèles, coupées en leur milieu par une travée perpendiculaire, donnent le schéma fondamental de ce qui sera, pour des siècles, la mosquée dite « arabe ». Mais, là encore, le décor, constitué essentiellement de mosaïques d'où sont exclues les figures animées, est byzantin et réalisé sans doute par des artistes byzantins ou syriens. Les minarets sont imités des clochers syriens. La mosquée de Médine, érigée entre 707 et 709, a été très remaniée au cours des temps, mais ne devait, primitivement, que peu différer de celle de Damas. Divisée en cinq vaisseaux, elle était flanquée de quatre minarets d'angles ; son décor était en mosaïques. Le tombeau du Prophète était situé dans la partie orientale de la salle de prière.

Les transformations effectuées par les Abbassides et par leurs successeurs (y compris les croisés) rendent malaisée la reconstitution du plan d'origine de la mosquée d'al-Aqsa de Jérusalem, fondation archaïque, mais véritablement architecturée au début du viiie s. par la mise en place de colonnes de marbre formant des nefs disposées perpendiculairement au mur du fond. Il en va de même à Harran (Turquie), où la mosquée a été commencée avant 750.

Après la révolution abbasside, les Omeyyades se sont réfugié en Espagne, où ils ont transporté toutes leurs traditions artistiques (Grande Mosquée de Cordoue).

Les châteaux omeyyades

Découverts les uns après les autres et loin d'être entièrement étudiés, les châteaux arabes, plus ou moins ruinés (et relevant souvent de la fouille), confirment ce que les textes apprennent : le goût effréné des princes pour les plaisirs de toutes sortes et jusqu'aux plus sensuels. Par la richesse de leur décor, ils prouvent que la représentation des êtres humains n'était alors limitée en aucune façon : certains ont pu dire qu'ils y tenaient une place excessive.

De conceptions très diverses, ces châteaux sont parfois de petits pavillons de chasse auxquels s'adjoint un bain, des villas groupées à l'intérieur d'une enceinte, des châteaux de plaisance avec hammam, mosquée et caravansérail, ou encore de vastes résidences conçues pour recevoir toute la Cour. Extérieurement, ils ressemblent assez au castrum romain avec leur enceinte carrée fortifiée de murailles et de tours semi-rondes. Intérieurement, ils s'en éloignent beaucoup. La cour est souvent la partie centrale, autour de laquelle, avec ou sans symétrie et sur deux étages, s'organisent les bâtiments.

Les plus anciens châteaux semblent dater de 705, et les plus récents de 744. Ils s'éparpillent à travers la Jordanie (Mchatta, Qasr al-Tuba, Qusayr Amra, etc.), le Liban (Andjar, situé au centre d'une ville récemment découverte et qui semble omeyyade), la Syrie (Qasr al-Hayr al-Gharbi, Qasr al-Hayr al-Charqi, Djabal Sais, Rusafa, etc.) et la Palestine (Khirbat al-Mafdjar Khirbat al-Minya).

Arts ornementaux

Plusieurs châteaux ont une valeur particulière par leur décor : Qusayr Amra, Mchatta, Khirbat al-Mafdjar, Rusafa, les deux Qasr al-Hayr. Nul doute que d'autres livreront encore d'importants témoignages. Les œuvres y sont audacieuses, variées, d'une grande richesse. Tous les procédés alors connus s'y rencontrent, isolés ou concurremment : le travail de la pierre ou du stuc – en méplat, en relief, en ronde bosse –, la peinture murale, la mosaïque. Le non-figuratif n'y est pas négligeable, mais cède en intérêt aux représentations d'êtres animés.

Le prince occupe une place prépondérante : à Qusayr Amra, sa plus belle représentation est celle où il est peint entouré de prétoriens, assis sur un trône au bord de la mer avec des oiseaux en vol autour de lui. D'autres peintures montrent les rois vaincus et vassalisés, des scènes de chasse, des séances de musique, de danse et de gymnastique, des baigneurs, les signes du zodiaque et les constellations. Le nu n'y est pas ignoré. Le bestiaire est très varié et plein de verve. À Qasr al-Hayr al-Gharbi, deux grandes compositions à même le sol (qui atteignent 10,87 m et 12 m, pour une largeur de plus de 4 m) décrivent la déesse syrienne Gaia, le buste découvert, entourée d'hippocampes et de figures animales – selon une inspiration très gréco-romaine –, ou encore un cavalier chassant, peint sous deux musiciens, qui dévoile une influence sassanide manifeste.

Les thèmes du prince debout et couronné, des bustes et des corps de femmes, des personnages assis ou couchés, des cavaliers monumentaux, des frises de figures masculines et féminines sont traités en stuc. Les corps des danseuses nues sont lourds, mais les visages sont expressifs. Khirbat al-Mafdjar offre toute une série de personnages dissimulés dans les vignes : vendangeurs, ours, chasseurs.

Les mosaïques ornent de dessins géométriques abondants les sols de la grande salle du bain et du diwan de Khirbat al-Mafdjar. Une seule a un décor figuré, et c'est un chef-d'œuvre : elle représente des animaux de part et d'autre de l'arbre de vie.

Si le travail de la pierre est un peu moins fréquent, il offre ici (Mafdjar) une série de fragments de têtes au type oriental accusé, là (Mchatta) une des plus belles compositions, où se mêlent la faune et la flore : oiseaux, fauves affrontés autour d'un calice, etc. (musée de Berlin).